L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Mer 26 Juil 2017 17:32 
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Confortablement emmitouflé dans les couvertures, je ne tarde guère à sombrer dans une profonde torpeur, tandis que la chaleur bienfaisante du feu se répand dans mon corps épuisé par la rude marche de la journée. Mes pensées errent un temps du côté de Nessima et des ficelles invisibles de plans que je ne parviens nullement à définir, puis, peu à peu, reviennent à mes préoccupations les plus urgentes: les Thorkins. Plongé dans ma méditation, j'en suis brutalement extirpé par une voix rauque qui s'exclame rudement, pas bien loin de moi:

"Là!"

Totalement pris par surprise, mon esprit encore embrumé de rêveries est suppléé par mon instinct, qui dicte à mon corps une réaction foudroyante. Je jaillis de mes couvertures d'un bond nerveux alors que mes mains s'emparent de mes lames: l'Ardente, qui répand sa lueur orangée dans la cavité et l'illumine plus fortement, et la Vorpale, froide et lugubre avec sa pâle livrée d'adamantite. Armes que j'avais soigneusement déposées à côté de moi, à quelques pouces seulement de mes doigts, prêtes à fuser hors de leurs fourreaux, comme j'en ai pris l'habitude voilà déjà bien des années. A peine suis-je debout, mes yeux s'ouvrant enfin sur la réalité, que je réalise la présence de quatre Thorkins dans la caverne, et non des moindres. L'un d'eux, vraisemblablement plus âgé que les trois autres, pointe son bâton vers mon fauve et moi en demandant d'un ton largement plus posé que celui de la naine:

"Hé, là. Qui est là ?"

Analytique, mon regard prend la mesure de la situation en un clin d'oeil, et ce que je découvre me glace les sangs. Par Sithi, ils ont déjà eu le temps d'attacher leurs boucs près de l'entrée et je n'ai rien entendu?! Je me maudis intérieurement de cette défaillance potentiellement mortelle et abaisse dans le même temps mes reliques afin de manifester mes intentions pacifiques. La dernière chose dont j'ai besoin maintenant, c'est bien d'une altercation avec des habitants de cette cité où je suis censé me rendre, qui me fermerait toutes les portes et réduirait à néant l'ouverture diplomatique initiée par la Royauté Thorkine. Je prends le temps d'une ample inspiration pour détendre mes nerfs malmenés avant de répondre de mon ton le plus aimable:

"Bien le bonsoir, Dame, Messires. Pardonnez ma réaction, j'ai été surpris."

Je rengaine lentement mes lames en observant plus attentivement les nains présents: la première est une naine massive, rousse comme les flammes et vêtue comme une guerrière, elle brandit en ma direction une hache si monumentale que je doute être en mesure de seulement la soulever d'une seule main. Ses yeux suspicieux sont soulignés d'un maquillage noir qui lui donne un air féroce, bien qu'elle me semble être assez jeune en y regardant à deux fois. Elle porte une épaulière massive en bronze sur l'épaule droite, un objet inhabituel qui retient mon attention une seconde avant que je ne passe au suivant. Le deuxième est plus âgé à en juger par sa longue barbe grise, il porte une redoutable arbalète manifestement prête à l'emploi, sans la braquer directement sur moi néanmoins. Solidement protégé également, équipé d'épaulières à pointes quant à lui, il m'observe d'un air plutôt calme, contrairement à la jeunette qui semble prête à me hacher menu. Le troisième est du genre à briser une charge Garzok rien qu'en se tenant au milieu de leur chemin, il est revêtu d'une armure de plates si massive qu'il ne faudrait sans doute rien moins que la force d'un Béhémot pour le bousculer. Comment il parvient à marcher avec une masse pareille sur le dos, je l'ignore, mais ce n'est pas le premier que je vois aussi lourdement équipé: cela m'avait stupéfié de voir des Thorkins tout aussi pesamment armés se battre sans la moindre difficulté apparente au Rock Armath.

C'est cependant le quatrième qui retient finalement tout mon attention. J'avais remarqué qu'il était le plus âgé du groupe, le moins lourdement harnaché aussi puisqu'il ne porte qu'une cotte de mailles en guise de protection et un bâton noueux en guise d'arme mais un détail, la maigreur de son ornement pileux, m'a empêché de réaliser immédiatement qu'il s'agit sans conteste d'un Ancien de ce petit peuple.

(Une Longue-Barbe, ici? Voilà qui est surprenant...)

Son crâne dégarni révèle d'antiques tatouages, à la couleur un peu passée, dont je ne peux deviner la signification. Son visage parcheminé est décoré d'un nez en bec de corbeau et de longues moustaches qui parviennent presque à compenser l'absence relative de sa barbe, fort peu fournie pour un Thorkin aussi vénérable. Mais c'est son regard qui constitue le point le plus marquant de sa physionomie. D'un bleu ciel profond il brille d'une rare sagacité et, presque impérieux, me scrute attentivement, attendant sans doute que je m'identifie en réponse à son interrogation. Je lui adresse une légère révérence, respectueuse mais non servile, avant de poser la main sur l'encolure de mon grand fauve qui semble plus intrigué qu'inquiet de ces nouveaux arrivants:

"Vénérable, mes respects. Permettez que je vous présente Sinwaë, libre prince des neiges éternelles. Je me nomme quant à moi Tanaëth Ithil, Première Lame de Sithi, de l'Ordre des Danseurs d'Opale."

Je désigne ensuite le feu crépitant d'un signe de la main:

"Mais je vous en prie, venez donc vous réchauffer, il fait trop froid pour palabrer dans les courants d'air."

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Ven 28 Juil 2017 10:59 
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La silhouette, à notre appel, se fait brusquerie en réaction de notre présence. Sortant de sa probable torpeur d’un bond leste et agile, ce qui n’est encore qu’une ombre pour moi dégaine ses deux longues lames pour nous en menacer. Si mes compaings réagissent vivement, l’une en se campant sur ses deux pieds, prête à planter le fer de sa hache dans la couenne de l’inconnu, l’autre en brandissant son arbalète cette fois plus directement sur sa cible, doigt sur la détente, et le troisième faisant mur entre l’être et le groupe, masse en main, la seule réaction vive que j’ai est une exclamation de béatitude admirative devant les deux armes qu’il brandit vaillamment.


« Par Meno, quelles lames ! »

L’une semble faite de flammes, sabre courbe comme celle d’un cimeterre qui flamboie dans la nuit par quelque artifice magique ou divin. Elle n’a pu être forgée que par Meno en personne, car mes yeux ne ploient à aucune illusion : il ne s’agit pas d’un enchantement quelconque, mais bien de la nature intrinsèque de l’arme. L’autre est une épée à la lame dentelée et ornée de dangereuses circonvolutions. Un chef d’œuvre d’une blancheur opaline, leurrant même un nain sur le métal dont elle peut être faite. Mais sitôt levées, sitôt l’inconnu, qui s’avère par ses traits être un elfe à la peau grise comme la roche, les baisse, soulagé. Il semblerait que nous l’ayons surpris. L’être nous salue en s’excusant de nous avoir ainsi accueillis dans une caverne censée être connue des seuls nains, et rengaine carrément ses armes mortelles, maintenant sa bestiole poilue dont je ne peux décemment pas deviner l’espèce.

La surprise était la solution la plus probable à sa subite agression à notre encontre, aussi l’ai-je de suite mise entre parenthèses, ce qui n’a pas été le cas des guerriers de mon escorte, toujours sous tension même après que l’elfe gris ait rengainé ses lames. Au moins, une chose est sûre : avec eux je ne risque pas grand-chose. Même si j’ignore s’ils sont à la hauteur d’un tel adversaire. Car outre ses lames époustouflantes, c’est d’une armure complète de mithril rouge qu’il est équipé. Aussi rare que précieux, et solide. Je pose une main sur l’épaule de Durak qui baisse son arbalète, puis sur celle de Rinn, qui ne décampe cependant pas de ses positions. Kazad, lui, est moins en position d’agression que de défense, et je poursuis mon avancée vers l’étranger en passant par-devant lui.

L’être aux oreilles pointues poursuit en m’adressant ses respects, reconnaissant en moi un être vénérable pour mon peuple, et non comme les vieillards sont traités chez les autres espèces pensantes du continent, comme des vieux incontinents et séniles ne servant plus à rien à part à disparaitre dans les affres de la mort. Je réponds à son salut poli par une inclinaison civilisée de la tête, alors qu’il nomme l’animal qui l’accompagne : Sinwaë. Un nom elfique, ça. Qui siffle comme le vent traitre. Lui se nomme Tanaëth Ithil, et se rengorge de titres pompeux indiquant sans doute sa noblesse avant de nous inviter à profiter de sa flambée, craignant pour notre santé, sans doute. Rinn est la plus vive à répondre, fière et acculée dans un mépris évident.

« Les nains ne craignent pas les courants d’air, messire le danseur tout pâle. »

Je grimace à l’incartade verbale, la rabrouant d’un regard pesant.

« Rinn. »

Puis, je me tourne vers l’elfe pour lui répondre d’une voix posée.

« Sire Tanaëth Ithil, excusez mes compagnons du piètre accueil qu’ils vous réservent. Il n’est pas courant de croiser un elfe au cœur du Royaume nain, fort proche des grandes portes de notre plus belle cité. Je me nomme Rakha’s al Bünd. Et je n’ai rien de vénérable, vous pouvez me croire. »

Une lueur taquine balaie, un instant, mon regard de glace pure. Je tends une main vers mes trois compagnons successivement, en commençant par l’arbalétrier, puis par la demoiselle, et finissant par l’armure vivante, tel que les obligations polies l’imposent chez notre peuple vénérant ses ancêtres.

« Et voici Durak, Rinn et Kazad. Nous acceptons avec joie votre proposition de nous joindre à vous… Si vous nous assurez que votre molosse si particulier ne mordra pas nos jarrets ! »

Rinn explose d’incrédulité.

« Mais… Mais c’est un elfe !! »

Je me tourne vers elle avec un air sentencieux.

« Un Elfe de Lune, oui, originaire d’un lointain continent. Nous n’avons aucun grief contre son peuple, d’aucune sorte. »

Je joue sur la nuance de l’inimitié légendaire des nains avec leurs elfes limitrophes : shaakts, hinïons et taurions. Les Gris du Naora n’ayant rien à avoir eu à faire avec cette ancienne guerre, peut-être mes compagnons d’infortune daigneront lui accorder le bénéfice du doute. Quoiqu’il en soit, et les laissant mariner dans le doute, je m’approche de la flambée.

« Moi, en tout cas, je vais profiter de ce feu bien chaud. »

Et, posant mon séant sur une roche non loin du brasier, je lève le regard vers le visage de l’elfe.

« Alors, messire sindel. Qu’est-ce qui amène l’un des vôtres sur nos terres ? »

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Rakha's al Bünd


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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Ven 28 Juil 2017 13:48 
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Les Thorkins réagissent promptement lorsque mes lames quittent leurs fourreaux. La forteresse à pattes se place aussitôt en infranchissable rempart devant les siens, tandis que la jeune Naine belliqueuse brandit de plus belle son hachoir à troll. L'impressionnante arbalète du troisième se pointe plus directement vers moi, sans que son projectile ne fuse, fort heureusement, cependant que la Longue Barbe s'exclame d'admiration à la vue de mes reliques, invoquant pour se faire le dieu des forges cher aux Thorkins, Meno. Si l'Aîné se détend lorsque je baisse puis rengaine mes armes, une fois les visiteurs identifiés pour ce qu'ils sont, les autres maintiennent leurs positions, prêts à toute éventualité. L'arbalétrier ne consent à baisser légèrement sa baliste portative que lorsque l'ancêtre pose une main apaisante sur son épaule; la jeunette, elle, ne démord pas de sa défiance malgré l'autre main de la Longue Barbe tentant de la calmer de même; quant à la tour mobile, elle se contente de ne pas bouger d'un cil, dans une attitude purement défensive.

La Longue-Barbe me salue d'une inclinaison de la tête après que je lui ai adressé mes respects, puis il s'avance calmement vers moi quand je les invite à s'approcher du feu, une proposition qui fait renâcler la jeune naine visiblement. Elle s'exclame avec toute la fougue de son âge que ses semblables ne craignent pas les courants d'air, ce qui lui vaut un lourd regard de l'ancêtre qui la remet à sa place en prononçant son nom: Rinn. J'accueille pour ma part la répartie de la naine en haussant un sourcil, l'ombre discrète d'un sourire au coin des lèvres:

"Loin de moi l'idée de vouloir vous priver de la fraîcheur de cette belle soirée, Dame Rinn, si vous la préférez à une bonne flambée."

L’Aïeul se tourne cependant vers moi, me priant d'excuser le piètre accueil de ses compagnons en précisant qu'ils n'ont guère coutume de croiser des Elfes si près des portes de leur belle cité. Une déclaration qui me réchauffe le coeur mieux que l'âtre qui crépite devant moi, ainsi je ne me suis pas irrémédiablement perdu et la mythique cité des Thorkins est proche! Le vieux nain se présente ensuite sous le nom de Rakha’s al Bünd, ajoutant avec une lueur taquine au fond des yeux qu'il n'a rien de vénérable, à quoi je réponds:

"Il n'y a rien à pardonner, Maître Thorkin, je suis un étranger en vos terres et votre prudence est bien naturelle."

Il me présente ensuite ses compagnons: l'arbalétrier grisonnant se nomme Durak, la jeunesse tempétueuse Rinn, ce que je savais déjà, et le rempart Kazad. J'adresse à chacun un signe de tête poli à l'énoncé de leur patronyme, puis souris aimablement au sieur Rakha's lorsqu'il déclare vouloir quant à lui profiter de mon feu, à condition que je lui assure que mon Ithilarthëa ne lui croquera pas un jarret. Avant que je n'aie eu le loisir de lui répondre, la tumultueuse s'exclame d'un air incrédule, presque outré, que je suis un Elfe! Je retiens non sans mal une riposte ironique destinée à saluer son ineffable perspicacité, ma taquinerie précédente me semblant fort suffisante pour l'instant étant donné que je ne tiens pas à la vexer. C'est l'ancêtre qui réagit, en expliquant de ce ton sentencieux si cher aux êtres âgés que je suis un Elfe de Lune et que son peuple n'a aucun grief contre le mien, d'aucune sorte. J'incline le visage en signe d'approbation à ces mots:

"Il n'y a nulle querelle entre nos peuples, c'est un fait et je m'en réjouis. Je suis venu en paix. Quant à mon compagnon, vous n'avez rien à craindre de lui, si ce n'est son insatiable curiosité."

Je serais un peu moins catégorique concernant les boucs attachés à l'entrée, mais j'ai assez dormi pour cette nuit et il ne servirait à rien d'inquiéter mes visiteurs, je tiendrai mon fauve bien serré. La Longue Barbe s'approche alors sans plus se soucier des tensions qui agitent ses compagnons et s'installe sur une roche près du feu, avant de me demander ce qui m'amène en ces contrées. Je le scrute un instant en silence, hésitant à révéler au premier Thorkin venu les raisons de ma venue, mais ma réticence cède à la pensée que je serais sot de considérer un Vénérable aussi solidement escorté comme le premier Thorkin venu. Indubitablement, il ne l'est pas, aussi je lui réponds pensivement en choisissant mes mots avec soin:

"Mon ordre tient une citadelle dans les environs, son commandeur m'a adressé une missive révélant que vos dirigeants souhaitaient y envoyer une délégation officielle. La moindre des courtoisies voulant que nous déléguions aussitôt l'un des nôtres pour les assurer d'un accueil bienveillant en nos murs, répondre à leurs interrogations préalables et les guider jusqu'à notre fief, me voici en route pour Mertar."

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Mar 1 Aoû 2017 12:50 
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Le sindel a des réactions diverses à notre présence. S’il m’accorde personnellement beaucoup de crédit, poli et révérencieux, précisant que la prudence que je souligne est toute naturelle, il provoque Rinn d’une pique bien sentie sur sa volonté à passer la soirée sous les rafales de neige. La naine farouche a beau avoir montré quelque réticences à s’approcher de cet inconnu aux oreilles pointues, elle n’en reste pas moins Thorkin en sa demeure, et la réponse du dénommé Tanaëth est quelque peu maladroite, et pourrait pour le trio m’escortant mettre en doute l’assurance de l’elfe d’être là en paix et sans querelle. Kazad la maîtrise par chance, et la prend à part dans un coin de la caverne, pour la calmer sans doute, car je la vois fulminer, mains serrées sur sa hache. Durak, lui, nous rejoint au coin du feu, à mon côté et à l’opposé de l’elfe, guettant toute réaction de l’animal imposant de l’inconnu.

Le sindel finit par répondre à ma question avec une apparente sincérité que je trouve presque surprenante. Non que les siens soient forcément fourbes – quoique – mais les voyageurs isolés ont souvent une foule de secrets qu’ils ne veulent révéler. Et quelle n’est pas ma surprise lorsque j’apprends qu’il appartient à l’ordre tenant une Citadelle dans les environs, contactée par Mertar pour prévenir de l’arrivée prochaine d’une délégation naine. Nous, en l’occurrence. Par souci de bien faire, ils l’auraient envoyé lui pour guider cette délégation vers leur domaine perdu dans les montagnes. Je masque ma surprise devant une perplexité notoire, et décide de ne pas révéler mon rôle dans cette histoire pour l’heure. Après tout, il ne m’a guère demandé ce que je faisais là. Prudent, je réponds à son assertion.

« Un elfe à Mertar ? Est-ce bien prudent ? Tous les miens ne sont pas aussi patients ou ouverts que moi aux vôtres, sire Ithil. »

Je jette un regard entendu vers Rinn, toujours sous la supervision de Kazad qui lui maintient les épaules en lui marmonnant quelque chose d’incompréhensible. Durak en profite pour placer son propre avis.

« Quand j’étais posté au Guet de l’approche de la cité, on avait pour ordre de faire des tirs de sommation à tout être non désiré osant s’approcher. Les elfes en faisaient partie. »

Je rétorque, tout de go :

« Mais pas les elfes escortés par des nains, n’est-ce pas ? Votre courtoisie vous honore, ser. Nous vous mènerons jusque dans les profondeurs de Mertar. Enfin… Là où les gardes voudront bien vous voir aller, en tout cas. »

Durak me lance un regard noir. Je sais ce qu’il pense et je sais aussi que son respect profond de l’âge fera qu’il ne dira rien. C’est une bonne chose. Bougon, il commence à bourrer sa pipe pour la fumer dûment. Pour ma part, je décide de singer l’innocente curiosité, et me permet de questionner davantage l’elfe.

« Une citadelle, donc. Et qu’est-ce que des elfes gris auraient à faire d’une citadelle dans les Monts des Nains de Nirtim ? »

J’espère qu’il ne trouvera pas ma curiosité offensante. Avec ces êtres-là, il faut toujours se méfier.

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Rakha's al Bünd


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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Mar 1 Aoû 2017 15:28 
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La jeune Rinn réagit avec virulence à ma pique, sans doute aurait-elle tenté de me la faire rentrer dans la gorge à coups de fendoir si le Thorkin harnaché de plate, Kazad, n'était intervenu aussitôt pour la prendre à part et tenter de la calmer. J'assiste à la scène avec un certain amusement, soigneusement dissimulé par un masque d'impassibilité tranquille car je ne souhaite nullement ajouter de l'huile sur le feu et m'en faire une ennemie mortelle. Encore que cela semble plus ou moins déjà être le cas, à la voir fulminer, mains crispées sur son arme, mais qu'importe, le soleil se lèvera au nord avant que je craigne une jeune Naine un peu trop fougueuse. Durak, lui, vient s'installer près du feu, face à moi et le regard attentif au moindre mouvement de mon fauve. Rien d'étonnant à ce qu'il s'en méfie, l'Ithilartëa est plus haut que lui et un coup d'oeil suffit à le classer dans les carnassiers, et non des moindres. Afin de tranquilliser l'arbalétrier, et d'assurer la survie des boucs accessoirement, je passe un bras autour de l'encolure de Sinwaë et lui ordonne, à mi-voix mais d'un ton sans appel, en tapotant d'une main le sol à côté de moi:

"Viens là! Tranquille!"

Cette injonction me vaut un profond soupir de mon compagnon, frustré de ne pouvoir laisser libre cours à sa curiosité en allant humer de près chacun des Thorkins, mais il n'en obéit pas moins et se couche en grognant d'aise, ses prunelles de glace passant d'un Nain à l'autre dès qu'un mouvement de leur part capte son attention. La Longue Barbe écoute mes réponses à ses questions d'un air calme, s'il est surpris il le cache admirablement, puis finit par me demander s'il est bien prudent pour un Elfe d'aller à Mertar, les siens n'étant pas tous aussi ouverts et pacifiques que lui. Il renforce cette question toute rhétorique d'un bref coup d'oeil en direction de Rinn, puis c'est Durak qui intervient en précisant que, lorsqu'il était affecté au guet de la cité, les ordres étaient d'accueillir les indésirables par quelques flèches en guise de sommation. Avant que j'aie pu lui répondre, Rakha's al Bünd intervient à nouveau pour nuancer l'assertion de l'arbalétrier: si un Elfe solitaire serait pris pour cible, il n'en irait pas de même s'il était accompagné de Thorkins. Il déclare ensuite que ma courtoisie m'honore, voilà bien un compliment que l'on ne m'avait jamais fait, preuve peut-être que je finis par apprendre un peu, puis m'informe que lui et son escorte me conduiront dans les profondeurs de Mertar. Enfin, là où les gardes voudront bien que j'aille, évidemment.

Il récolte, pour prix de sa tolérance à mon égard, un regard noir de Durak, en voilà un autre qui n'aime guère les Elfes, finalement. Dieux que l'harmonie qui règne en Hidirain me semble loin, soudain... Mais il ne pipe mot, sans doute par respect envers la décision de son Aîné, et bourre plutôt sa pipe d'un air si bougon que je peine fortement à ne pas en sourire. Je remercie plutôt le Vénérable d'un signe de tête reconnaissant et réponds posément en m'adressant aux deux Thorkins:

"La prudence n'a jamais été mon fort, messires, ce ne serait pas la première fois que je serais accueilli par des flèches et tous n'ont pas la courtoisie d'adresser des sommations, loin s'en faut. Cela étant, c'est un risque que je vous saurai fort gré de m'épargner, soyez-en remercié Aîné."

Je l'écoute ensuite attentivement me poser une nouvelle question, fort pertinente: qu'est-ce que des Sindeldi auraient à faire d'une citadelle dans les monts Thorkins? Néanmoins, si la question est simple la réponse, elle, ne l'est pas. Il me faudrait lui en apprendre beaucoup sur notre ordre pour qu'il comprenne véritablement le pourquoi du comment et, pour l'heure, je n'y tiens pas. Quoique, en y pensant bien, il y a une réponse simple et vraie que je peux lui fournir:

"C'est une bien longue histoire que vous me demandez là, Maître Thorkin. Mais pour faire simple ce qui ne l'est pas, disons simplement que mon ordre a construit cette citadelle il y a un peu moins de cinq millénaires et que son emplacement dans vos montagnes fut dicté par des considérations stratégiques. A l'origine, elle fut conçue pour servir de base principale aux Danseurs d'Opale lorsque notre ordre se joignit à la lutte contre les Lords Nécromants."

Je rajoute pensivement une bûche dans le feu avant d'ajouter en désignant le nord-ouest du menton:

"Aujourd'hui, la menace est différente mais non moins sombre, elle nous affecte tous, le Naora lui-même n'a pas été épargné. En conséquence de quoi nous avons décidé qu'il était temps que l'Opale entre une nouvelle fois dans la danse, ce qui nous a amené à réveiller nos citadelles assoupies. Dont celle qui préoccupe apparemment vos dirigeants."

Mon regard revient se river à celui de la Longue Barbe et, après un bref instant de silence, je me risque à lui demander:

"Mais dites-moi, pour avoir passablement côtoyé votre peuple je sais qu'il n'est pas courant qu'un Aîné quitte le confort de sa cité, quelle impérieuse raison vous a poussé à prendre la route par un tel temps, si je puis me permettre cette question?"

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Jeu 3 Aoû 2017 12:13 
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Alors que Kazad semble parvenir, éloigné de nous, à mettre de côté la hargne déplacée de Rinn, s’assoyant avec elle dans un coin de la caverne, et que Durak parait rassuré par la prise en main du fauve par son maître, l’elfe nous remercie pour lui sauver la couenne des quelques traits qui auraient tenté de l’accueillir à Mertar. Il assure, dans le même temps, n’être pas un néophyte dans le domaine des accueils aussi chaleureux. Il répond ensuite à ma question « innocente » sur sa forteresse. Je l’écoute avec un intérêt non feint, choisissant à mon tour de sortir ma pipe de mes bagages pour la bourrer de tabac consciencieusement. Le regard détaché, apparemment concentré sur mes gestes alors qu’il n’en est rien, j’apprends ainsi avec une nonchalance ostensible que la citadelle en question a été bâtie voilà cinq millénaires pour servir de base d’opération aux Danseurs d’Opale dans le combat contre les Lords Nécromants. Je ne connais pas les détails de cette guerre ayant fait s’affronter pas mal de monde sur Nirtim contre de puissants nécromanciens répandant la mort et la maladie sur leur passage à part dans les grandes lignes, mais je n’ignore pas que les plus rudes des batailles se sont déroulées dans ces régions montagneuses, et plus particulièrement au sein des actuels Duchés des Montagnes du Royaume de Kendra Kâr.

Mais alors, pourquoi faire revivre cette ancienne citadelle à cette heure ? Pourquoi maintenant, alors qu’elle s’était endormie d’elle-même ? La réponse ne tarde pas à fuser, sans que j’aie à poser la question. L’elfe parle d’une menace différente, mais non moins sombre, touchant jusqu’au Naora. Les Danseurs d’Opale, devant cette nouvelle peine, auraient éveillé leurs citadelles de par le monde, dont celle où je devrai bientôt me rendre, même s’il l’ignore encore.

Faisant claquer mon briquet de silex et de fer pour faire naître l’étincelle qui embrasera les feuilles séchées de ma pipe, je l’écoute conclure sur une question : à son tour, il me demande pourquoi je suis là, à voyager, alors que, n’étant qu’un vieillard, je devrais selon lui être cantonné au confort de ma cité. Mon orgueil est piqué à vif : me pense-t-il donc incapable de quoique ce soit, quand bien même dissimule-t-il sa question derrière une politesse malhabile affirmant connaître bien mon peuple ? Je toussote un instant, tirant sur le tuyau de ma pipe pour la faire s’embraser, et crachotant la fumée parfumée qui m’envahit la bouche. D’un ton posé, quoiqu’un peu taquin, je lui rétorque :

« Hrem. Confort, confort. Pensez-vous réellement que tous les aïeux des Thorkins vivent reclus dans des homes pour impotents, seulement consultés comme de vieux grimoires posés sur une bibliothèque oubliée ? C’est un peu comme si je vous disais que je trouve curieux que vous n’ayez pas de luth ou de fifre pour nous casser les oreilles d’une mélodie elfe. »

Une fois de plus, je toussote avant de plonger mon regard dans le sien, alors que Durak m’adresse un air curieux.

« Hm. En vérité vous n’auriez pas tort. Mais ce n’est pas mon cas. Je vis depuis peu à Stanrock, cité frontalière avec l’Empire Oaxien, et bastion de défense de notre Royaume face aux forces obscures que vous semblez redouter. Et je n’aime rien de moins que l’inactivité et la sédentarité, contrairement à nombreux de mes semblables. Et la météo n’est en rien une raison de ne pas prendre la route, n’est-ce pas ? »

Je jette un regard convenu vers Rinn, ayant affirmé plus tôt qu’elle ne craignait pas la bise glacée d’un tempétueux vent crépusculaire. J’offre un sourire complice à cet elfe qui, peut-être, notera ma touche humoristique.

Tout ça, bien sûr, pour détourner la question. Il s’en rendra compte, certainement, mais n’est sûrement pas suffisamment insistant, au vu de son respect pour mon grand âge, pour insister davantage. Je poursuis quant à moi sur sa citadelle, puisque le sujet a été lancé.

« Et cette forteresse autrefois endormie, où se trouve-t-elle présentement ? Proche de cette nouvelle menace, tout comme Stanrock ? Est-elle toujours un point stratégique d’importance, pour cette guerre que vous comptez mener ? »

Une guerre où ils n’ont aucune chance de vaincre, comme l’a prouvé voici quelques années l’échec cuisant de l’alliance pour reprendre des griffes de la reine noire la cité de Pohélis, sur un lointain continent glacé. Espèrent-ils vraiment, lui et les siens, pouvoir l’attaquer de front dans son bastion le plus puissant sur Yuimen ? Ou s’y réfugient-ils de crainte d’être pourchassés, depuis l’attaque de la Noire sur le Naora ? Je fais pour ma part peu cas de cette guerre, qui n’est pour moi qu’une occupation : peu m’importe le visage d’avenir de Nirtim et de Yuimen, je suis suffisamment expérimenté pour y trouver une place. Et là, déjà, je me renseigne pour ma mission envers mon souverain, j’enquête discrètement, sous le couvert d’une curiosité toute légitime.

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Ven 4 Aoû 2017 17:24 
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L'Aïeul écoute mes réponses avec un visible intérêt, mais de l'air détaché de celui que ça ne concerne pas vraiment, tout en bourrant à son tour une pipe qu'il ne tarde pas à allumer. A mon étonnement de voir une Longue-Barbe sur les routes, il me rétorque d'un ton légèrement taquin en me demandant si je m'imagine que tous leurs Aînés sont tels de vieux grimoires poussiéreux figés sur leurs étagères et consultés seulement quand leur savoir est requis. C'est un peu, me dit-il encore, comme s'il s'étonnait que je ne sois pas déjà en train de leur casser les oreilles en jouant quelque mélodie elfique avec un fifre ou un luth.

Il toussote un peu tandis que son acolyte arbalétrier lui jette un étrange regard, puis ajoute qu'en fait, je n'aurais pas foncièrement tort, mais que ce n'est pas son cas. Il m'apprend qu'il vit à Stanrock depuis peu, un lieu certainement peu propice au calme que pourrait rechercher un ancêtre fatigué puisqu'il s'agit d'un bastion stratégique de la défense du Royaume Thorkin contre Oaxaca. Quoi qu'il en soit, le vénérable Thorkin déclare ne rien aimer moins que l'inactivité et la sédentarité et souligne sur le ton de la plaisanterie, en jetant un regard entendu à Rinn, que la météo n'est en rien une raison de ne pas entreprendre un voyage. A quoi je réponds avec un discret sourire au coin des lèvres:

"Certes, il faudrait plus que quelques flocons ou une légère brise pour décontenancer un Thorkin. Mais les Elfes n'ont pas votre résistance et ce qui n'est pour vous qu'une bourrasque me fait figure de belle tempête, je n'ai rien de moins pressé que de quitter les abords de ce bon feu."

Une affirmation quelque peu exagérée, je suis sur les routes depuis tant d'années que les caprices du climat ne me perturbent plus vraiment, mais en l'occurrence je suis bel et bien fort aise de m'être trouvé un abri et de quoi faire un feu. Rakha's al Bünd réoriente ensuite la conversation sur la citadelle de l'Opale, il me demande où elle se trouve et si sa position est toujours hautement stratégique aujourd'hui, proche de la frontière de l'Empire Oaxien à l'instar de Stanrock.

(Ha le vieux renard, plus enclin à poser des questions qu'à y répondre, apparemment...)

Une moue amusée se dessine sur mes traits, je prends le temps de replacer posément une bûche prête à tomber hors du foyer avant de lui répondre avec une discrète malice:

"Ma foi, les citadelles de l'Opale sont un peu comme les bons coins à champignons: dans les montagnes."

J'adresse un sourire cordial à l'ancêtre avant d'ajouter:

"Vous me pardonnerez je l'espère, mais ce sont des informations que je transmettrai en premier lieu à vos dirigeants, à eux de décider ensuite de les diffuser, ou pas. Mais je peux toutefois vous assurer que l'Opale ne construit jamais ses citadelles à la légère."

Je retiens un soupir en jetant un coup d'oeil dehors, pourvu que cette tempête se calme bientôt afin que nous puissions nous remettre en route, puisse Sithi faire que j'arrive à la capitale Thorkine avant que la délégation ne l'ait quittée...

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Dim 6 Aoû 2017 17:02 
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L’elfe accorde que quelques flocons n’effraient pas un Thorkin, et admet même humblement que lui ne quitterait le couvert de la flambée pour rien au monde. Je connaissais les elfes comme étant un peu précieux, mais de là à mettre de côté leur légendaire fierté, c’en est presque troublant ! Serait-ce un sang-mêlé ? Un exclus ayant appris à vivre, comme moi finalement, au crochet des autres peuples ? Peut-être. Après tout, si on m’envoie moi pour m’occuper de cette citadelle elfe, on ne l’a sans doute pas non plus envoyé lui s’occuper de parlementer avec des nains sans raison.

Je souffle la fumée de ma pipe avec un sourire compréhensif, répondant à la moue amusée sur son propre visage. Là encore, j’ai davantage eu l’occasion de croiser des elfes austères face à moi que souriants. Ce n’est pas désagréable, d’ailleurs. Il paraitrait presque sympathique, du coup. Alors qu’il entretient le feu, j’apprends la raison de son amusement : il tient l’information sur le positionnement de la Citadelle des Opales secret, et espère me faire mousser, sans doute, en faisant une comparaison avec les coins à champignon. Il se justifie ensuite en précisant qu’il ne lui appartient pas de me révéler cette information, et que notre souverain n’aura qu’à le faire s’il juge cela pertinent. Je rétorque, avenant :

« Sachez, sire elfe, que le Roi des Nains n’a aucun secret pour les siens. J’apprendrai cette position bien vite, quand bien même vous ne voudriez pas la révéler. Et il ne sera pas nécessaire de transmettre l’information à nos dirigeants : s’ils ont demandé à votre ordre de s’expliquer sur la présence de cette forteresse, c’est que nos dirigeants savent déjà pertinemment où elle se situe. »

Puis, sur un ton léger, alors qu’il affirme que les Danseurs ne construisent pas leurs quartiers à la légère

« A la légère peut-être pas, mais il vaut mieux pour vous que vous ayez une autorisation d’urbanisme : imaginez que votre castel ait été bâti au-dessus d’une galerie des nôtres : tous les calculs d’ingénierie seraient faussés, et le risque d’effondrement réel ! »

Je le taquine plus qu’autre chose. Après cinq mille ans, si rien ne s’est dégradé, ça n’arrivera bien sûr plus. Tout en tenant ma pipe entre mes dents, je fouille mon sac pour y dégoter de la viande fumée. Du bouc salé, pour être exact, au goût prononcé et aux qualités nutritives bien suffisantes pour n’être accompagné que d’un morceau de pain, dont je brise une miche pour m’en servir. Je tends viande et pain à mon vis-à-vis, pour lui proposer tacitement de partager notre repas, sous le regard suspicieux des trois autres des miens, qui n’osent cependant pas remettre en question mon geste oralement. Même si Rinn semble prête à dévorer une roche, au regard qu’elle décoche.

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MessagePosté: Dim 6 Aoû 2017 18:52 
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Mes paroles louant la résistance des Thorkins et l'admettant fort supérieure à celle d'un Elfe me valent un sourire compréhensif de l'Aîné, accompagné d'un panache de fumée qui embaume l'atmosphère. Mes réticences à dévoiler l'emplacement exact de Clair de Lune ne perturbent guère l'ancêtre, qui me rétorque non sans pertinence que les dirigeants de son peuple savent déjà fort bien où elle se trouve, sans quoi ils n'auraient pas prévu d'y envoyer une délégation pour s'enquérir de ce qui s'y passait. Il précise aussi qu'un Roi Thorkin n'a pas de secret pour les siens, une assertion qui me semble quelque peu exagérée car je doute qu'un dirigeant, quel qu'il soit, révèle l'entier de ses plans à ses sujets. Néanmoins il me faut tenir compte des coutumes Thorkines et, plus spécifiquement, du rôle particulier qu'occupent les Longues-Barbes au sein de ce peuple. Assurément, un Roi Nain n'aurait guère d'emprise sur son peuple s'il ne manifestait pas tous les égards dus, selon les usages, à ces sages extrêmement respectés. Sage qui me taquine ensuite sur la possibilité que notre citadelle ait été construite sur une nef souterraine excavée à l'insu de ses bâtisseurs, ce qui pourrait la menacer d'écroulement. Il sait qu'il n'en est rien, bien sûr, elle ne se dresserait pas, immuable, depuis cinq mille ans si c'était le cas et les Thorkins n'auraient pas toléré que l'une de leurs mines risque de s'effondrer par la faute de quelques Elfes ignorants déterminés à empiler un tas de rochers au mauvais endroit.

Avant que je n'aie pu répondre, Rakha's al Bünd sort de son sac de la viande séchée et du pain puis, après s'être lui-même servi, me tend les aliments afin que je puisse partager son repas. Je dissimule ma surprise derrière une inclinaison respectueuse du visage et me sers avec retenue avant de tendre les mets à Durak, non sans me demander s'il va accepter cette nourriture des mains d'un Elfe. Décidément, cette Longue-Barbe n'est pas commune, je sais que l'inimitié est puissante entre les Thorkins de Nirtim et leurs voisins Elfes, il n'y a qu'à voir la réaction de Rinn à ce partage amical que m'offre l'Aîné, elle en rongerait les murs de rage et m'aurait plus volontiers offert un coup de hache qu'un bout de pain. Afin de me donner un temps de réflexion et, surtout, d'honorer ce partage en y contribuant, je sors de mon sac une flasque de vin rouge de Blanchefort, un cru corsé et tannique que la cuisinière de la commanderie de Luminion a tenu à ce que j'emporte. "De quoi réchauffer le coeur d'un homme après une longue marche", m'a-t'elle affirmé d'un air disant clairement que je n'avais pas intérêt à refuser son présent sous peine de la vexer. Je débouche donc la flasque et m'en accorde une lampée, sans toucher le goulot des lèvres, avant de tendre le breuvage à l'Aîné et de lui répondre enfin d'un ton songeur, le scrutant avec attention:

"Mertar aurait pu envoyer une armée régler le...problème de notre citadelle, je suppose que cela n'aurait pas trop déplu à certains d'entre vous. Au lieu de quoi ils ont choisi une approche diplomatique, nous faisant même l'honneur de nous dépêcher une délégation plutôt que de nous sommer de venir justifier les raisons de notre présence. Or une telle approche ne saurait être menée à bien que par un Thorkin doté de sagesse et, surtout, ne vouant pas une haine féroce aux Elfes. Ce sage aurait probablement déjà côtoyé des Elfes, ce qui sous-entendrait qu'il soit plus enclin aux voyages que la majorité des siens et, compte tenu de son rang dans la société Thorkine, il va sans dire qu'il serait solidement escorté. Par ailleurs, cet avisé diplomate tâcherait certainement d'obtenir adroitement quelques renseignements sur notre citadelle s'il en avait l'opportunité, sans montrer trop ostensiblement son intérêt bien évidemment."

J'adresse un nouveau sourire aimable au vieux renard et poursuis:

"Quelqu'un comme vous, en somme. De notre côté, nous enverrions un émissaire ayant déjà eu un contact cordial avec votre peuple, ce qui est chose peu fréquente dans ces contrées, d'un côté comme de l'autre. A dire vrai je ne vois guère qu'un lieu en ce monde où de tels contacts auraient pu s'établir, un lieu où Thorkins et Elfes se côtoient en bonne entente."

Je sors tranquillement mon insigne de la milice d'Hidirain de mon col et le tiens de manière à ce qu'il soit bien visible pour mon interlocuteur:

"Auriez-vous par hasard déjà vu cet emblème, Maître Thorkin?"

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Lun 7 Aoû 2017 11:18 
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L’elfe accepte avec déférence les vivres que je lui tends avec politesse, et je lui en sais gré. Le symbole est fort : on n’est pas ennemis. Nul ne peut trahir le lien se faisant dans un partage de repas. Mes compagnons, en revanche, n’accueillent pas cela avec toute l’ouverture qu’il faudrait. Rinn, rassurée sans doute par les murmures ineptes de Kazad, qu’elle doit être la seule à comprendre, finit par se détourner, hargneuse, pour ne plus avoir l’elfe dans sa ligne de mire. Durak, lui, à côté de nous, regarde un long moment la nourriture que lui passe l’elfe, avant de la lui laisser dans les mains pour fouiller à son tour son sac pour en sortir ses propres vivres. Je secoue la tête de dépit, en faisant en sorte que l’elfe me voit faire : il doit comprendre que je ne cautionne pas leur attitude, mais que je ne peux décemment pas me révolter plus que je ne l’ai déjà fait contre elle. Les nains sont butés, irrémédiablement. Il serait malavisé de vouloir leur faire changer d’avis.

En retour de mon offre de partage, il me tend à son tour une flasque de vin, que j’accepte avec une joie non feinte, même si je préfère la bière au jus de la treille. Et celui, là, quoique capiteux, n’en est pas moins goûteux. Je le savoure avec délectation avant de rendre sa flasque à son propriétaire, évitant ostensiblement de la faire tourner aux autres Thorkins, en signe de remontrance à leur égard pour… leur manque d’égard.

L’elfe se fait alors finaud, et énonce tout haut les propres conclusions sur la situation que j’ai songées juste avant, indiquant que seul un nain ouvert d’esprit peut mener ce genre de discussion diplomatique. Un nain comme moi. La conclusion m’arrache un sourire amusé. Il renchérit en précisant qu’un elfe comme lui est aussi bien indiqué, et me montre, attaché à son col, un insigne que je ne peux que reconnaître : celui de la milice d’Hidirain, cité calfeutrée d’Imiftil, connue de bien peu, rejetée par d’autres de par l’aberration de son concept. Pour ma part, j’ai longtemps joué le rôle de messager entre les deux cités naines de Yuimen, Mertar et Rock Armath, ce qui explique que je connaisse non seulement l’existence de cette cité mythique, mais également son emplacement, ses mœurs et symboles. Mon sourire se ravive encore, et mes yeux plongent dans la mélancolie lorsque pour réponse, je lui tends le dos de ma main, où sont conjointes deux chevalières arborant respectivement les symboles de Mertar, pour la première, et de Rock Armath, pour la seconde. Des chevalières d’honneur, reconnaissant en moi un nain ayant correctement servi sa patrie et son peuple. Surprenant, presque, compte tenu de mes nombreux voyages en baroudeur peu fidèle et loyal à ses origines.

« Je ne peux que le reconnaître, maître elfe. Ainsi vous connaissez Hidirain et Rock Armath. Vous semblez effectivement des plus indiqués pour votre tâche. »

À l’ouïe de ce nom, Durak s’emporte subitement :

« Quoi ? Quoi, quoi, quoi ? Foutaises que ceci : jamais une telle cité n’a vu le jour, elle n’est que légendes infondées pour les esprits faibles. Et quand bien même elle existerait, elle ne pourrait qu’être l’ennemie de notre Royaume, tant elle salit les fondements de notre civilisation. »

Je lui lance un regard mécontent.

« Fondements ? Haine et rancœur ne sont pas des fondements, mais des défauts, maître arbalétrier. Votre bellicisme ne plait qu’à vous. »

Outré de mes propos, mais incapable d’y répondre davantage au vu de mon statut, il se lève subitement et s’en va rejoindre à l’autre bout de la grotte ses deux autres compères. Pour ma part, baissant la voix, ce qui la rend plus rocailleuse et sourde que jamais, je renchéris auprès de Tanaëth Ithil.

« Les soldats de nos armées ne sont pas les nains les plus ouverts, je le crains. C’est cette hargne qui forge leur efficacité. Les mineurs, enfermés sous terre ne sont guère plus ouverts. Chez les Thorkins, Maîtres elfe, vous feriez mieux de vous fier aux marchands et voyageurs qu’aux extrêmes de nos ouailles. »

Je hausse les épaules d’un air fataliste. Mais prends aussitôt le parti de, finalement, lui révéler la raison de ma présence ici. Son tour de logique le mérite bien. Je lui pose une main sur l’épaule, qui me vaut les regards noirs de mes comparses écartés, et de ma voix chuchotante, je lui dis :

« Inutile de vous faire mariner plus longtemps : vous avez vu juste. Je suis le nain mandé par les miens pour me charger de me rendre en votre forteresse pour discuter des raisons de votre présence, et inspecter en toute amitié les lieux, pour prouver votre bonne foi. Je me rends présentement à Mertar pour recevoir mes ordres précis. Il semblerait que nos routes resteront liées pendant un certain temps encore, Ser Ithil. »

Puis, sincère, je rajoute :

« Veuillez excuser mon attitude réservée : ce n’est pas le genre d’information que je peux lancer à n’importe qui… »

Le sous-entendu est présent : je ne le considère pas, désormais, comme n’importe qui. De quoi faire reluire un peu sa fierté toute elfique, sans doute.

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Lun 7 Aoû 2017 20:07 
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Le sieur Durak observe longuement la nourriture que je lui tends, du même regard que si je lui tendais une poignée de cafards. Durant ce temps, mes yeux restent posés sur lui, indéchiffrables, ma main ne frémit pas davantage que le calme profond qui pare mes traits. Calme qui ne vacille pas même lorsque le Nain refuse ce partage, préférant puiser sa pitance dans son propre sac que de la recevoir des mains d'un Elfe. Sans un mot, sans manifester la moindre réaction face à cette offense délibérée, je me borne à rendre les mets à l'Ancien, qui secoue la tête d'un air désolé m'indiquant qu'il regrette la fermeture d'esprit des siens. En lui tendant ensuite la flasque de vin, qu'il accepte avec un plaisir sincère, je hausse légèrement les épaules pour signifier que l'attitude des siens ne m'atteint guère et que je ne lui concède pas l'importance qui pourrait en faire une insulte. J'aperçois Rinn qui détourne la tête pour ne pas assister au partage en cours, sous l'influence calmante de Khazad certainement. Je ne sais si ce dernier agit comme il le fait par pur respect envers les volontés de l'Ancien ou s'il est plus modéré que ses compatriotes à l'encontre des Elfes, son casque rendant impossible le déchiffrage de ses traits, mais j'apprécie néanmoins qu'il tempère la fougue de la jeune Naine. L'Aîné s'abstient de faire passer le vin à ses gardes du corps, pourquoi l'accepteraient-ils alors qu'ils ne veulent pas de la nourriture proposée, et écoute d'un air amusé mes supputations quant à ces histoires de délégation de Mertar.

Lorsque je lui montre mon insigne de la milice d'Hidirain, Rakha's al Bünd semble pris d'une étrange mélencolie, ce qui ne l'empêche pas de me montrer en retour le dos de sa main, aux doigts de laquelle sont passées deux chevalières. Si je ne connais pas l'emblème de la première, la deuxième porte en revanche le symbole du Rock Armath. Pensif, l'Ancien confirme mes suppositions en déclarant qu'il ne peut que reconnaître l'insigne que je lui ai montré, ajoutant ensuite que je suis en effet un émissaire tout indiqué de par ma connaissance de cette cité cachée. Mais ce lien ainsi dévoilé n'a pas l'heur de plaire à Durak qui s'emporte avec virulence, traitant nos paroles de foutaises et refusant de croire à l'existence d'un tel lieu où Elfes et Thorkins vivraient en harmonie. Pire, il traite, sans se rendre compte de la portée de ses mots sans doute, son Aîné et moi-même d'esprits faibles, déclarant que même si une telle chose existait, il faudrait y porter la guerre tant cela va à l'encontre des fondations de la culture de son peuple. Cette fois mes mains se reploient instinctivement, sans pour autant esquisser le moindre mouvement vers mes armes car un effort de volonté me permet de les contrôler, et mes yeux se plissent légèrement, ce qui rafraîchit notablement mon regard. Je peux mettre de côté ma fierté pour servir les intérêts de mon ordre, mais il y a des limites à ne pas dépasser et ce Durak s'en approche bien inconsidérément.

Toutefois, alors que je lutte pour me maîtriser, l'Ancien réagit en jetant un regard mécontent à l'arbalétrier et le tance sévèrement, déclarant que haine et rancoeur n'ont rien de fondements mais tout de défauts. Loin de se montrer contrit et de réaliser son erreur, Durak semble outré des paroles de l'Ancien, il n'ose cependant le contredire ouvertement et préfère rejoindre Rinn et Khazad à l'autre bout de la grotte. Les paroles de l'Ancien autant que la vision des trois bougons, qui se condamnent à passer la nuit dans le froid alors qu'un bon feu pourrait les réchauffer, chasse ma colère comme brume au vent. Je ne peux me prononcer concernant Khazad, qui reste peut-être dans son coin uniquement pour calmer Rinn, mais les deux autres me font l'effet de gamins boudeurs se rencognant d'eux-mêmes dans leur coin et je ne peux m'empêcher de trouver cela plus cocasse qu'offensant. Je me garde cependant bien de montrer mon amusement, nul besoin de les vexer davantage, et tends l'oreille pour écouter les paroles suivantes de la Longue-Barbe.

Il admet que les soldats de Mertar ne sont sans doute pas les plus ouverts, mais souligne qu'au fond c'est cette hargne belliqueuse qui fait leur efficacité. De même, ajoute-t-il, mieux vaudrait que je n'attende pas un accueil chaleureux des mineurs, une vie dans les mines n'étant probablement pas propice à une ouverture sur le monde. Marchands et voyageurs seront sans doute moins renfermés sur eux-mêmes déclare-t'il encore, une évidence en ce qui me concerne car, pour ce que j'en ai vu, il en va partout de même. Le vieux Thorkin hausse alors les épaules d'un air fataliste puis, en un geste surprenant qui va sans le moindre doute faire grogner ses comparses, me pose une main amicale sur l'épaule pour me révéler en chuchotant que j'ai vu juste. Il est bien celui que les dirigeants de Mertar ont choisi pour mener les discussions avec l'Opale et est présentement en route pour la capitale Thorkine afin d'y prendre ses ordres de mission détaillés. Mais il me donne déjà quelques éléments en indiquant qu'il a été mandé pour discuter des raisons de notre présence et inspecter en toute amitié notre forteresse, que nous devrions donc lui ouvrir sans limitations pour prouver notre bonne foi. Ainsi, comme il le dit, nos routes seront liées pour un certain temps, une idée qui n'est pas pour me déplaire car j'apprécie ce vieux Nain ferme et sagace. Il justifie encore sa réserve, arguant qu'il ne pouvait afficher son rôle d'émissaire diplomatique à n'importe qui, ce que je comprends fort bien ayant moi-même préféré taire certaines choses. Je prends quelques brefs instants pour choisir mes mots avant de lui répondre:

"Mon propre peuple n'est pas précisément connu pour son ouverture sur le monde, Maître Thorkin, et j'étais comme eux jadis. Malgré cela, ils sont mes frères et soeurs, et je donnerai ma vie pour eux. Concernant votre peuple, je suis instructeur à la milice d'Hidirain et je compte quelques solides amitiés au Rock. Je ne suis pas, et je ne serai jamais, l'ennemi des Thorkins."

J'avale une nouvelle rasade de vin et pose la gourde au sol de manière à ce que l'Ancien puisse aisément se servir s'il le souhaite, ce que je l'invite à faire à son gré d'un signe de la main.

"Ceci étant, notre citadelle de Clair de Lune se trouve à cinq jours de marche de Mertar, en aval du fleuve au milieu duquel elle est d'ailleurs bâtie. Vous y serez les bienvenus, aussi longtemps que vous le souhaiterez, et serez libres d'inspecter selon votre bon plaisir. Nous n'avons rien à cacher et je veillerai à ce que tous les accès vous soient ouverts. Quant aux questions que vous pourriez avoir, je me ferai un plaisir d'y répondre, il est peu de choses que j'ignore concernant l'Opale puisque, confidence pour confidence, j'en suis le dirigeant."

Je souligne mes dernières paroles d'un sourire aimablement malicieux et entreprends de déguster la viande séchée que m'a offerte l'Ancien, puissante en saveurs mais goûteuse, sous le regard indubitablement envieux de mon fauve. Force m'est de lui en donner une lichette avant que ne lui vienne l'idée d'aller se servir tout seul, un acte de piraterie dont je le sais fort capable...

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Dim 13 Aoû 2017 13:36 
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Après que j’aie fait un point sur la fermeture de mon propre peuple, il fait le mea-culpa du manque d’ouverture du sien, et précise même qu’il était comme ça également, jadis, avant d’être ouvert aux autres. Il précise, inutilement en ce qui me concerne, qu’il n’est pas et ne sera jamais l’ennemi des thorkins, car milicien d’Hidirain. Je songe un instant qu’il est un peu naïf de croire que tous les nains et elfes sont comme à Hidirain, mais je ne voudrais pas ternir son idéalisme patenté, signe de sa jeunesse. Et qu’il est bon de dire ça d’un elfe !

Après une nouvelle rasade partagée, il précise finalement la position exacte de sa citadelle, ce qui m’arrache un sourire satisfait. Il a compris où je voulais en venir : maintenant que nous nous sommes ouverts l’un à l’autre, il n’y a plus de petits secrets vils et inutiles entre nous. Ainsi donc, c’est à approximativement cinq jours de marche de Mertar que nous trouverons sa citadelle. Plutôt proche, en l’occurrence, quoique pas trop non plus. Il affirme pouvoir m’ouvrir le moindre recoin pour que je l’inspecte, précisant par là-même qu’il est le dirigeant des lieux. Je lève un sourcil surpris. Rien que ça ! Il est effectivement le plus indiqué pour m’emmener là-bas. Je le rassure tout de même :

« Oh, il ne me sera sans doute pas nécessaire de fourrer mon nez partout, vous savez ? Je me contenterai, sans doute, de poser des questions à vos hommes. Heu. Vos elfes. Celles que me dicteront les représentants du Roi lorsque nous serons à Mertar. »

Je tire sur ma pipe une dernière bouffée, mais elle est tarie. Je tapotte le sol pour en sortir les résidus cendreux et me permets une dernière goulée de vin avant de tendre le contenant à son propriétaire, concluant notre discussion.

« Bien. Nous avons encore du chemin jusqu’à Mertar, demain. Vous autres, elfes, n’avez guère besoin de beaucoup de sommeil, mais il n’en est rien des nains. Surtout ceux de mon âge. Aussi vais-je vous souhaiter la bonne nuit. »

Je le salue de la tête, puis m’allonge à même le sol, tête sur mon sac, me couvrant de mon manteau de fourrure, pour trouver le repos. Je m’endors sans grande peine. Je ne crains pas, contrairement à mon escorte, la moindre vilenie de la part de ce Tanaëth Ithil pendant mon sommeil. Cela ne lui servirait en rien, nous le savons tous deux.

Les heures sombres passent, et si les trois autres ont décidé de faire un tour de garde entre eux, tant pour surveiller l’elfe et sa bête que pour prévenir d’une éventuelle visite inopportune, je dors moi-même de tout mon soûl. Jusqu’à ce qu’encore, un cauchemar m’éveille, aussi vite effacé que la conscience s’empare de moi. Effacé de par son contenu, mais pas par ses effets : il était plus violent, plus virulent que les autres fois, et je sens cette rigidité désormais presque coutumière, quoique toujours aussi déplaisante, m’étreindre cette fois tout le corps, et non plus seulement une partie. Et de fait : ma peau s’est changée en pierre sur l’intégralité de mon corps, et instinctivement, dans un sursaut et un hoquet, je porte mes mains à mon visage dans un choc calcaire de deux rocs qui se touchent. Mon regard paniqué passe sur mes mains, toutes grises et poussiéreuses, aux jointures croustillantes, puis vers l’elfe, dont je ne sais s’il est éveillé à cause de mon réveil brutal ou de sa veille prolongée. Paniqué, je ne sais que dire. Le souffle me manque, je halète sans pouvoir faire grand-chose. Les trois nains n’ont pas encore remarqué ma panique, de l’autre côté de la grotte, mais l’elfe… Une fois encore, un regard suppliant se pose sur lui, bleu comme un diamant nocturne, clair comme le cristal. Supplique muette, certes, mais je ne sais moi-même pas que faire. Vais-je périr, là, changé en pierre intégralement ?

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Mar 15 Aoû 2017 09:45 
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Le stoïque Rakha's arbore un sourire satisfait lorsque je lui dévoile l'emplacement de Clair de Lune, auquel je réponds d'un sourire tranquille: nous n'avons plus besoin de nous entourer de mystères inutiles, aucun de nous deux n'y aurait intérêt, moi encore moins que lui. Un sourcil levé témoigne cependant de sa surprise lorsque je l'informe être le dirigeant de l'Opale, ce qu'il interprète probablement comme simple dirigeant de Clair de Lune car les chances qu'il connaisse l'existence de l'Opale de Lune en Hidirain sont infimes, notre citadelle en Imfitil étant restée extrêmement secrète jusqu'à fort récemment. Quant à la commanderie de Luminion, elle est si récente que je doute que la rumeur de son existence ait déjà franchi les montagnes, quoique cela ne soit pas impossible, les marchands sont souvent bavards et je sais qu'il existe un commerce entre le Duché et Mertar. Quoi qu'il en soit le vieux Thorkin entreprend de me rassurer en soulignant qu'il n'aura probablement pas à fourrer son nez partout et qu'interroger quelques-uns de nos hommes, ou elfes il ne sait trop, suffira certainement. Je hausse les épaules à ces mots en répondant:

"Cela ne me pose pas le moindre problème que vous visitiez et interrogiez à votre aise, Maître Thorkin. Au contraire, nous pourrons visiter ensemble car je n'ai jamais mis les pieds dans cette citadelle de notre Ordre."

Une nouvelle révélation qui risque fort de le surprendre également et, sans aucun doute, de l'inciter à interpréter autrement ce rôle de dirigeant que je lui ai affirmé tenir. Cependant, le temps des devinettes étant échu, j'ajoute aussitôt:

"Nous avons une forteresse en Hidirain, l'Opale de Lune, ainsi qu'une commanderie à Luminion, récemment ouverte pour soutenir le Duché dans sa défense contre Omyre. C'est de cette dernière que j'arrive tout juste. Ceci étant, la source de l'Opale se trouve bien entendu au Naora, où nous possédons notre plus puissante citadelle, nommée l'Aura de Syriën. Je n'ai jamais vu cette dernière non plus, ayant été accepté au sein de l'Ordre et choisi pour en prendre la tête en notre forteresse d'Hidirain voilà quelques trois ans."

De quoi lui permettre d'appréhender plus justement la situation, autant que les choses soient claires dès le départ, nos relations futures ne s'en porteront que mieux si la franchise est de mise entre nous, du moins est-ce ma vision des choses. Pourtant, à ma surprise, la simple évocation de mon pays natal fait remonter en moi une étrange nostalgie, que je n'avais plus ressentie depuis bon nombre d'années. Cela fait quelque temps que la nécessité d'y retourner a pris racine dans mes pensées, mais ce n'était jusque alors que cela, un devoir, lequel comporte par ailleurs des risques loin d'être négligeables. Or ce soir, sans que je sache précisément pourquoi, c'est une envie de retourner dans ma patrie, de découvrir cette citadelle de l'Aura de Syriën bien sûr mais, plus que tout le reste, c'est le désir de revoir Nessima, la puissante cité fortifiée de mon enfance, qui me taraude. Pensif, je revois ses rues, ses maisons pauvres ou incroyablement fastueuses, la demeure de ma famille, les collines rugueuses qui l'entourent et la mer aux couleurs changeantes, d'un bleu turquoise lumineux au plus sombre gris plomb, dépendamment du temps qu'il fait. Perdu dans mes souvenirs, je me contente d'un sourire compréhensif et d'un simple "bonne nuit à vous, Maître Thorkin", en guise de réponse à la Longue Barbe lorsqu'il m'informe avoir grand besoin de sommeil, contrairement à l'elfe que je suis. Il s'allonge à même le sol et, s'entourant de son manteau de fourrure, s'endort presque aussitôt tandis que ses compagnons instaurent un tour de garde.

Les membres de l'escorte de l'Ancien n'ayant visiblement aucunement l'intention de m'adresser la parole, je laisse mes pensées dériver plus largement vers le Naora, réfléchissant pour la millième fois à la manière qui me permettrait d'y retourner sans risquer le bagne. Je n'ai jamais trouvé de solution satisfaisante à cette question mais, cette nuit, ma réflexion prend un tour différent, plus complexe et réfléchie à ce qu'il me semble. Cela tient peut-être à ce que j'ai énormément appris ces derniers temps, entre les discussions avec le Duc de Pérussac et ma relation des plus ambiguës avec Faryä. Sans compter mon voyage en territoire Omyrien, les rudes épreuves que j'y ai traversées me font relativiser fortement le danger d'un retour dans ma patrie et m'ont apparemment endurci plus que je ne le soupçonnais jusqu'à ce jour. Au fil des heures qui passent, un plan s'échafaude petit à petit dans mon esprit, plus cohérent et susceptible d'être couronné de succès qu'aucun autre auparavant. Un sourire farouche et déterminé prend place sur mon visage après que je l'aie tourné et retourné en tous sens pour déceler une éventuelle faille, mon plan n'en est pas totalement exempt mais il se tient assez pour que je prenne une irrévocable décision: je regagnerai Nessima dès cette histoire Mertarienne réglée, et malheur à qui oserait se mettre en travers de ma route. Le temps est venu de reprendre la place qui me revient de droit au Naora, mes parents sont morts et je ne laisserai pas l'héritage de ma famille finir entre les mains de ceux qui ont causé leur chute. Quant à la manière de rendre sa place légitime à l'Opale, c'est un problème d'une toute autre envergure, mais ce n'est pas en restant un exilé dépossédé de son titre et de tous les biens de sa famille que je pourrai le résoudre.

J'en suis là de mes réflexions lorsque Rakha's se réveille en sursaut, hoquetant avant de porter ses mains à son visage. Incrédule, je les entends se heurter avec un bruit de cailloux se percutant alors que le son devrait être celui de la chair contre la chair, bon sang que lui arrive-t'il?! Le Nain lorgne ses mains d'un air paniqué, et force est de reconnaître qu'il y a de quoi car elles ont toutes les apparences de la roche, puis se tourne vers moi, une supplique muette dans les yeux, avant de jeter un bref coup d'oeil vers ses compatriotes qui n'ont rien remarqué. Les prunelles d'azur reviennent se river aux miennes tandis que l'Ancien halète comme s'il manquait de souffle, empli de terreur et quêtant une nouvelle fois mon aide. Mais par tous les dieux que puis-je y faire, je n'ai pas la moindre idée de ce qui lui arrive! A peine ai-je pensé cela qu'une évidence me frappe, que j'énonce à voix basse de manière à ce que lui seul entende:

"De la magie...mais par Sithi qui peut vous avoir lancé un sort ici?!"

Mon regard parcourt vivement les environs, restreints, de la grotte, mais il n'y a que les compagnons de la Longue-Barbe qui soient visibles. Et deux d'entre eux dorment à poings fermés, leurs ronflements sonores en témoignent, ils ne peuvent être à l'origine d'un quelconque sortilège d'après le peu que je sais sur la magie. Il n'y a que la teigneuse Rinn qui soit éveillée, mais elle est assise dos à nous et j'aurais juré qu'elle n'avait rien d'une magicienne! Qui plus est, si elle s'est montrée haineuse envers moi, il me semble inconcevable qu'elle s'en prenne à une Longue-Barbe de son propre peuple. Et si quelqu'un d'autre s'était approché, elle l'aurait vu, sans compter que Sinwaë aurait certainement réagi également, or il n'a pas bronché d'une oreille avant que Rakha's se réveille. Perplexe, je demande mentalement à ma Faëra:

(Dis, est-ce que l'un de ces Thorkins possède des fluides magiques?)

(Oui, celui qui est en face de toi), répond Syndalywë d'un ton sarcastique.

(Ah. C'est le seul? Tu es certaine?)

(Puisque je te le dis,) rétorque ma petite compagne de fluide du ton de celle qui se voit contrainte d'asséner une criante évidence.

(Mmm. Et quel fluide possède-t'il?)

(Fluide de terre, enfin, c'est le plus présent en tout cas, s'il en a d'autres je ne peux les sentir.)

(Bon...bon bon bon...)

Je replonge mon regard dans celui de l'Ancien et murmure du ton le plus rassurant que je parvienne à adopter:

"Soit vous êtes victime d'une terrible malédiction lancée avant ce jour, mais je ne crois guère aux contes de Nains se transformant en pierre lorsque le jour se lève, soit c'est votre propre magie qui accomplit ça, mais j'ignore comment et pourquoi, je ne connais que peu de choses sur la magie. Ce qui est certain c'est que vous possédez du fluide de terre, et que j'ai déjà entendu parler de mages capables de se protéger de la sorte."

En réalité j'ai entendu une unique histoire là-dessus, et encore était-ce dans une taverne du Rock Armath, mais l'existence d'un tel pouvoir m'avait semblé relativement plausible et je n'ai pas d'autre explication à offrir au vieux Nain, qui semble avoir grand besoin d'être rassuré. Dans tous les cas il y a encore une chose que je peux lui conseiller, simple et qui n'a jamais fait de mal à personne:

"Essayez de vous détendre, respirez calmement et profondément, peut-être que ça aidera à faire passer ce...sort?"

J'ai bien failli dire "ce mal", mais si c'est un pouvoir incontrôlé qu'il possède, cela n'a rien d'un mal. Et si c'est une obscure malédiction il faudra plus savant que moi pour lui fournir de l'aide, mes connaissances en la matière sont pour ainsi dire inexistantes.

_________________

Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Mar 22 Aoû 2017 13:57 
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Surpris, l’elfe s’exclame doucement par le nom de sa déesse aux deux visages qu’il s’agit là de magie, de l’effet d’un sort, ce qui n’a en rien la conséquence de me calmer. Paniqué, tentant de reprendre ma respiration sans savoir que faire, sans ressentir pourtant aucune gêne respiratoire, mais ne m’en rendant pas encore compte, je le vois reluquer les environs comme pour chercher qui est à l’origine d’un tel maléfice. Je lève une main, sans savoir lui répondre, pour lui indiquer qu’il n’en est rien : j’ai déjà subi de tels sévices, seul chez moi. Si c’est bien un sort, c’est un maléfice durable qui m’atteint, lancé depuis de longs temps. Mais il est complexe de faire comprendre une chose comme ça en ne prononçant pas un mot, et à part me voir remuer les mains empierrées, il ne doit pas comprendre grand-chose. Une chose est sûre, il a l’air aussi perdu que moi. Craint-il pour sa vie ? De le voir ainsi chercher la source de mon mal m’apaise un peu : je réussis à me concentrer sur autre chose, et ma respiration se calme.

Après un moment, réflexif sans doute, il replonge son regard sombre dans le mien, plus posé, et me dit d’une voix rassurante que je suis possiblement victime d’une malédiction terrible – mes conclusions personnelles, donc – mais émet également l’hypothèse d’une magie qui me serait propre, indiquant qu’il ne croit guère aux contes de nains qui se changent en pierre. Instinctivement, je hausse les épaules. J’ai plus tendance à croire une sordide malédiction de thorkin qu’à l’occurrence de magie sur un ancien guerrier mercenaire et barbu. Il semble néanmoins convaincu, et m’affirme que je possède de manière assurée du fluide de terre. Il précise même connaître des mages aptes à se couvrir de pierre pour se protéger.

Mon calme revient petit à petit, la maîtrise de moi se faisant à mesure que la raison prend le dessus sur la panique primaire. Les mots apaisants de Tanaëth m’y aident, et je suis ses conseils de respiration lente et profonde. Cela ne fait guère partir la pierre sur mon épiderme, mais au moins suis-je calmé. Après un moment de silence, je rétorque tout de même, encore à moitié haletant, mais pas dupe pour autant.

« Ah. Des fluides. Hmmf. Non, non. C’est ridicule. J’ai toujours été un guerrier, toute ma vie. Et puis, un nain avec de la magie ? Certes ça a existé mais… Non. Non, ça serait ridicule. »

Je ne peux y croire. Je ne veux y croire. Je reste campé sur ma première impression : la malédiction. Et puis, comment pourrait-il savoir que j’ai des fluides en moi ? Il a l’air tout aussi guerrier que je ne le fus. Je lui fais aussitôt remarquer.

« Tiens, vous êtes mage ? Votre accoutrement ne le laisse pas paraître. Comment pourriez-vous êtes aussi sûr de ça d’une présence de fluides en moi ? »

A vrai dire, même chez les mages de ma connaissance, humains pour la plupart, je n’ai jamais vu ce pouvoir de détecter la présence de magie chez l’autre. Pour le peu que je connaisse dans le domaine des arcanes.

Un rai de lumière pénètre subitement la grotte, synonyme d’une aube radieuse nouvelle. Un changement s’effectue en moi, subtil, et je me frotte le visage et les mains, faisant choir au sol des détritus poussiéreux. J’ai retrouvé mon visage, mes membres, ma peau. Je soupire de soulagement. Les trois nains de mon escorte s’éveillent : ils ont passé la nuit dans leur coin, sans se mêler à nous, et restent silencieux, nous jetant des regards en biais. Si je n’étais pas une Longue-Barbe, sans doute nous auraient-ils apostrophés avec virulence pour me traiter de traitre et l’elfe de suppôt du mal. Ils ne se doutent même pas de ce qui vient de m’arriver, trop concentrés sur leur mine dédaigneuse. Je soupire une nouvelle fois. Tout ça est derrière, désormais… Jusqu’à la prochaine fois.

« Bon… une belle journée s’annonce. Équipons-nous, et partons. »

Je farfouille mon sac pour y dénicher une miche de pain et un saucisson pour petit-déjeuner. J’aurais pu m’en passer, mais après ce que je viens de vivre, je préfère être en forme et rassuré par une pitance consistante avant de partir. Nous ne devrions plus mettre trop de temps à rejoindre Mertar.

_________________
Rakha's al Bünd


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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Mar 22 Aoû 2017 21:04 
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Inscription: Jeu 26 Fév 2015 21:51
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L'Ancien retrouve peu à peu son calme, mes paroles l'y aidant peut-être, puis finit par rétorquer, toujours haletant:

"Ah. Des fluides. Hmmf. Non, non. C’est ridicule. J’ai toujours été un guerrier, toute ma vie. Et puis, un nain avec de la magie ? Certes ça a existé mais… Non. Non, ça serait ridicule."

Un instant de silence, puis il poursuit:

"Tiens, vous êtes mage ? Votre accoutrement ne le laisse pas paraître. Comment pourriez-vous êtes aussi sûr de ça d’une présence de fluides en moi ?"

Indéchiffrable, je le scrute en silence durant quelques secondes avant de répondre à mi-voix:

"Je ne suis pas mage au sens où vous l'entendez, Maître Thorkin. Je suis la Première Lame de Sithi et, en tant que tel, dépositaire d'une parcelle de son essence: la Vision."

Je ne peux lui révéler l'existence de Syndalywë, mais je n'ai pas non plus envie de lui mentir, cette réponse est la plus proche de la vérité que je puisse lui offrir, ma petite compagne de fluide étant liée à Sithi et constituée du même fluide qu'elle. Je hausse les épaules et ajoute encore:

"Vous possédez des fluides terrestres, cela je vous en fais le serment sur le Nom de notre Mère. Pour le reste, concédez-moi quelques mystères, nous nous connaissons encore bien peu."

Un sourire aimable souligne mes dernières paroles, puis mes yeux se tournent vers la lumière qui envahit la cavité. Le jour se lève et la tempête a cessé, ce qui n'est pas pour me déplaire. J'avise les trois compagnons de la Longue-Barbe, aussi revêches que la veille, qui s'éveillent en nous jetant des regards en biais quelque peu dédaigneux. Une chance que l'Ancien soit là, sans quoi la rencontre aurait fort bien pu tourner au vinaigre, ce qui n'aurait pas arrangé mes affaires. Quoi qu'il en soit je ne me dérobe pas lorsque nos regards se croisent, aucune hostilité n'émane de ma personne mais il faudrait plus que trois Thorkins pour ébranler mon assurance. Rakha's al Bünd détourne bien vite mon attention de ses compères en déclarant qu'une belle journée s'annonce et que nous ferions bien de équiper et de nous mettre en route, ce que j'approuve d'un hochement de tête:

"Je vous suis, messire."

Pourtant, alors que je me lève déjà sac en main et passant mon arc en bandoulière, le vieux Nain se met à farfouiller dans son sac et en sort une miche de pain et un saucisson. Je hausse un sourcil aussi interloqué qu'amusé à cette vision, apparemment nous n'avons pas la même notion de l'équipement. Un discret sourire au coin des lèvres, je pousse du pied mon fauve qui renâcle à se lever:

"Debout paresseux!"

Sinwaë grogne et lève son museau vers moi en me fixant d'un air si outragé que je ne peux m'empêcher d'en rire. Je me penche et frictionne vigoureusement sa frimousse en le secouant, ce qui lui tire un sourd grondement ayant toutes les apparences d'une menace. Mais je le connais assez pour savoir qu'il n'en est rien et lui attrape le museau d'une main preste, qu'il s'empresse de saisir entre ses crocs pour la mordiller en grognant de plus belle. Il maîtrise parfaitement sa force dans ce jeu et je ne crains pas qu'il me fasse mal, du moins tant que son excitation n'est pas à son comble car dans ce cas il lui arrive de s'oublier la moindre. Il finit par se lever et s'étire longuement en baillant à s'en décrocher la mâchoire, puis commence à s'impatienter alors que l'Ancien savoure son déjeuner, si bien que je l'entraîne dehors en disant au vénérable:

"Je vous attends dehors, il a besoin de se défouler un peu."

Je le tiens serré par la peau du cou lorsque nous passons devant les trois grincheux, leur hostilité n'échappe pas à mon Ithilartëa et je préfère éviter qu'ils se sentent menacés. Imperceptiblement ironique, j'incline le visage à leur adresse en lançant:

"Dame, messires, le bonjour. J'espère que vous avez bien dormi?"

Loin du feu et dans les courants d'air, en vérité, mais ils ne le doivent qu'à eux-mêmes et je ne compte pas me laisser ennuyer par trois bougons, si cruciale que soit la bonne entente entre Mertar et Clair de Lune. Une fois dehors, je bombarde Sinwaë de boules de neige puis me livre avec lui à une lutte impitoyable dans la neige fraîche avec mon turbulent compagnon après qu'il ait tenté de me jeter au sol comme un vulgaire lièvre. Un jeu sans vainqueur car, lorsque Rakha's sort enfin de la grotte, nous sommes tous deux joliment enneigés et essoufflés. Si je retrouve instantanément mon calme, il n'en va pas de même de mon Silnogure qui s'acharne à me mordiller un mollet pour me faire choir, ce que je fais aussitôt cesser d'un sévère:

"Assez Sinwaë!"

Adoptant un air faussement contrit, le fourbe me jette un regard de biais avant de s'emparer de l'une de mes mains entre ses crocs pour la secouer à qui mieux-mieux. Je lui assène une tape légère sur le museau en répétant mon ordre, puis, une fois libéré du facétieux, souris légèrement au Thorkin:

"Quand vous voulez, nous sommes prêts."

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