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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Mar 1 Oct 2013 22:48 
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Témoin aveugle



La situation était intenable. Hortense menacée par deux créatures, sans doute hideuses, se trouvait à la merci de celles-ci. Et moi, petite lutine porteuse d’un œuf de canard, je ne savais quoi faire pour venir en aide à ma compagne de route. Et puis, ma vision s’avérait trop limitée pour que je puisse me faire une idée claire de la situation.

(Un plan, une idée, je dois trouver ! )

Mais plus je me creusais les méninges pour trouver une solution et plus je devenais nerveuse et plus je perdais mes moyens.

C’est à ce moment que la voix d’Hortense forte et autoritaire se fit entendre de nouveau :
« Fichez le camp tout de suite toutes les deux, ou je vous tranche la gorge une après l’autre et je laisse vos dépouilles aux charognards. »

Suite à cette menace en règle, j’entendis une lame fendre l’air. Aussitôt suivit un bruit sourd et un cri de douleur. C’était insupportable, je ne pouvais rester cachée une minute de plus. J’espérais qu’Hortense soit l’attaquante, mais ça pouvait aussi bien être l’inverse.

En vitesse, je retirai mon œuf de sa cachette sous mes vêtements et retrouvai ma fine taille. Sans perdre de temps, j'emmitouflai le bébé à naître dans la petite fourrure prêtée si gentiment par la guerrière aux cheveux bruns. Je récupérai ensuite mon arc et je poussai de toutes mes forces sur le rabat de cuir.

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Mer 9 Oct 2013 04:23 
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Ficelée comme un saucisson


Nul ne saura si c’était ma détermination ou ma force qui eut raison de la partie supérieure de la sacoche, mais devant mon empressement de sortir, je la relevai sans aucune difficulté. Mon arc d’ombre tenu bien solidement dans ma main droite, ma main gauche pinça la fine corde ce qui fit apparaître une flèche aussi sombre que l’arme sur laquelle elle était accrochée. Ma paume en contact avec ma joue, la flèche à la hauteur de mon œil, je lançai un premier et dernier ultimatum avant de viser mon adversaire :

« Allez-vous-en et laissez-nous poursuivre notre chemin ! » Dis-je d’une voix forte et ferme.

Et c’est là que je la vis ! De grands et doux yeux d’un vert très pâle encerclés par de longs cils noisette bien définis, surmontés par des sourcils bien dessinés. Un petit nez légèrement retroussé et une petite bouche pleine, ouverte en forme de O marquant sa surprise de me voir surgir ainsi du sac accroché aux flancs de la calme jument grise. Le tout, encadrés par des cheveux bruns où se perdaient des mèches ambrées et où l’on pouvait voir poindre le bout pointu de jolies et délicates oreilles. Dotée d’une peau de pèche, il ne lui manquait plus qu’une petite taille et une paire d’ailes pour que je la prenne pour un ange.

Désemparée par tant douceur, je ne pouvais m’imaginer que cette fille au minois si doux rehaussé par sa longue cape bleue pouvait être la propriétaire de l’odieuse voix trop aiguë qui ne cessait de cracher son venin amer. Perplexe et cherchant des explications à ce qui s’était passé quelques instants plus tôt, je baissai mon arme. Les sourcils relevés, la tête légèrement inclinée sur le côté, je dévisageai la jeune personne qui se tenait devant moi sans penser à me préoccuper de l’état de santé d’Hortense.

Et c’est à ce moment-là, sous mes yeux, que s’opéra la métamorphose. Cette jeune beauté leva un sourcil, plissa les yeux et tordit sa bouche pour parler tout en dévoilant des dents mal-chaussées et trop nombreuses pour une si petite bouche. Les rides autour de ses lèvres en mouvement étaient si abondantes et profondes qu'elles déformaient complètement ce visage pourtant si beau quelques secondes plus tôt.

« Ah, parce que tu cachais une petite complice dans ton sac ? »
Lança-t-elle méchamment à l’intention de ma compagne sans plus se préoccuper de ma présence me jugeant probablement inoffensive.

Il était impressionnant et presque inconcevable que des traits presque parfaits se déformaient aussi radicalement lorsque les différentes parties du visage s’animaient. Et pourtant c’était bien le cas. Le masque était tombé, le charme évanoui et je me ressaisis enfin.

De nouveau en joue, visant la main armée d’une longue épée ensanglantée, je réitérai mon ordre :

« Allez-vous-en ! »

Au lieu de considérer ma menace avec sérieux, elle se mit à glousser effrontément. Presque au même moment, j’entendis un faible gémissement derrière moi. Je me retournai alors rapidement et j’aperçus enfin mon hôtesse. Elle était presque désarçonnée, maintenue de force par une autre demoiselle quasiment identique à la première. Une lame faisant pression suffisante sous sa gorge pour laisser perler quelques gouttes de sang, il était impossible pour Hortense de s'exprimer.

Impuissante, je sentis un nœud se former dans mon estomac lorsque je vis du sang couler d’une plaie béante située sous son aisselle gauche. Je ne pouvais rien faire, si je persistais à menacer mon adversaire, sa presque jumelle, arborant une chevelure plutôt blonde mettrait aussitôt fin aux jours de son otage.

La dame à l’épée souillée me donna ses ordres à son tour.

« Sors de cette sacoche et monte sur la selle de cette sale bestiole. Achel va pouvoir vous ficeler ensemble toutes les deux.»

Ne voulant risquer la vie de la guerrière, j’obéis et répondis nerveusement :

« Oui, je ramasse mon sac et je sors. »

Ne craignant sans doute aucune attaque d’un être si petit que moi, elle me laissa faire. En vitesse, je me penchai pour récupérer mon œuf et le dissimuler sous ma tunique et le recouvrir de ma cape.

N’ayant vu que le haut de mon corps, elles ne pourraient pas se douter de mon petit manège et je pourrais ainsi simuler une grossesse. C’était un peu risqué pour le petit caneton, mais tout de même un moindre mal que de le laisser à l’abandon.
Avec précaution, ma besace en bandoulière, je sortis du sac et grimpai prudemment sur la croupe de la jument pour atteindre la selle et m’asseoir non loin d’Hortense.
Achel retira la lame de la gorge de sa prisonnière pour exécuter les ordres que venait de lui donner sa sœur ainée qui nous surveillait et menaçait de son épée.

Respirant d’abord bruyamment, Hortense s’empressa de prendre la parole :
« Cette petite peste n’est pas ma complice, mais mon butin. Jamais je n’aurais fraternisé avec cette petite raclure au visage truffée de tache de rousseur. » Lança Hortense d’un ton dédaigneux à mon endroit.

« Quoi, vous m’avez… »

Mais je n’eus le temps de terminer ma phrase que ma conscience intervint une fois de plus :

(Tais-toi, ne vois-tu pas qu’elle tente de t'épargner l’emprisonnement ?)


Je me fiai donc à ma confiance et m’abstins de terminer la phrase commencée.
Les femmes intéressées par l’opportunité qui venaient de se présenter à elle questionnèrent de plus belle :

« Tu as entendu ça, Chimay ? Un butin qui nous revient de droit ! À qui avais-tu l’intention de la vendre, sale voleuse ?»

Rétorqua Achel de sa voix de crécelle tout en terminant de bien serrer les liens qui m'unissaient désormais à Hortense.

« Je ne vous dévoilerai rien ! » Répliqua mon infortunée hôtesse.
« Alors tu mourras ! » Ricana Chimay.

Quelques minutes s’écoulèrent avant qu’Hortense abdique :

« D’accord, j’accepte, puisque je préfère la vie aux pièces d'or. J’avais rendez-vous à la taverne de l’enclume étincelante avec un dénommé Rochefort. Mon contact ne m’a pas fait de description, je ne connais que son nom. On m’avait promis un somme fort alléchante pour une lutine dans son état. »

Les deux sœurs se regardèrent puis Chimay annonça sa décision à sa cadette :

« Alors on l’emmène en prison comme prévu, puis nous irons vendre le petit avorton.»

« Comme prévu ? Vous ne vouliez pas me tuer ? Mes aveux ne m’ont permis que de m’appauvrir ? » dit la prisonnière sur un ton de regret.

« Te tuer, ce n’était pas dans nos plans, pas tout de suite en tous cas. On pensait te trimbaler jusqu'à la milice te présentant comme une dangereuse criminelle. Je préfère te voir souffrir dans une prison et mourir lentement de l’infection sournoise de ta blessure plutôt que de te tuer immédiatement. Il faut bien que je profite de cette douce vengeance non ? »

Hortense ne prononça plus un mot, sans doute résignée à son funeste destin.

C’est ainsi, qu’escortée à l’avant par la monture trop maigre de Chimay et à l’arrière par celle obèse d' Achel, la brave Dulcinée se remit en marche. Le reste du trajet se passa en silence jusqu’à l’entrée de Mertar.



--> Entrée de Mertar

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Lun 17 Mar 2014 20:31 
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Les mines et les villes souterraines possèdent une température constante, à peu près zéro degré, le zéro étalon étant la température de Mertar prise dans une galerie non-surpeuplée ; c'est l'idéal pour un Thorkin. La sueur qui me ruisselait sur le front et la clarté infâme qui dégoulinait de la fenêtre indiquaient que nous étions quelque part à la surface sous un foutu soleil trop chaud.
Mon corps renvoyait la désagréable impression d'avoir été piétiné par un troll des profondeurs. Il était probablement en morceaux et chacun de mes mouvements, bien que non-douloureux, se faisait difficilement. Le plafond était superbement inintéressant et depuis le temps que j'avais les yeux fixés dessus je commençais à connaître les craquelures les plus insipides qu'il arborait. Pour me changer l'horizon je décidai de basculer sur le côté, ce qui me demanda tant d'efforts que je restai essoufflé plusieurs minutes.

La fenêtre ouvrait sur les cimes et les pics enneigés surplombant le col blanc. Je n'avais pas vu ces montagnes depuis fort longtemps ; elles ne m'avaient pas manqué. Elles étaient baignées d'une lumière jaune écœurante qui se reflétait sur la glace et blessait les yeux. Là-haut le froid vous broyait la poitrine aussi efficacement que la fumée de charbon, la neige attaquait les arpions et faisait noircir les orteils. La traversée de ce col pouvait coûter une armée et donc une guerre. L'altitude faisait partie intégrante de la défense de Mertar : la plupart des crétins ayant eu l'audace d'affronter les neiges éternelles pour conquérir la cité avaient été vaincu par le temps pourri qui régnait ici.
Autrement dit, seul un inconscient ou un crétin construirait une habitation dans le coin. La masure dans laquelle je me trouvais, bien que construite en suivant les canons barbares de la mode humaine possédait les proportions adéquates pour un Thorkin. Elle était probablement habitée par une créature dégénérée ayant oublié la tradition et le bienfait des galeries profondément enterrés. L'ameublement était simple : une table, un lit trop mou fait de paille au lieu de cailloux, quelques tabourets robustes et surtout des centaines de parchemins puant le bouquetin faisandé, couverts de runes, s'étalant partout où un carré de plancher était visible ; ce qui le rendait complètement invisible et me faisait dire que ce n'était peut-être même pas un plancher. Pour compléter ce foutoir nauséabond il fallait y ajouter quelques ustensiles de cuisine et un feu de bois agonisant dans une cheminée de pierre. Le bruit de parchemin froissé indiquait que quelqu'un se trouvait dans la pièce.

Je jetai une jambe hors de la paille. Elle ne supporta pas mon poids et je me retrouvai le nez dans une descente de lit collante. Je bouffai du poil d'ours au goût douteux jusqu'à ce que je sois soulevé par les épaules pour être rejeté sans aucun égard à la place que je venais de quitter.

Reste tranquille, tu m'fais déjà du travail alors qu'tu viens à peine de t'réveiller.


Je pivotai laborieusement pour découvrir mon interlocutrice à la voix rocailleuse ; je l'avais déjà aperçu avant qu'elle ne me rentre dans la panse près du trône de Mertar. Elle était responsable de l'état pitoyable dans lequel je me trouvais et au lieu de me laisser crever au fin fond des âges elle m'avait ramené _Valyus seul sait comment_ en haut de la montagne. Son visage et ses mains arboraient de multiples cicatrices comme seul quelques guerriers ayant passé une vie de batailles en recevaient. Malgré sa robustesse elle n'avait pas la carrure d'un combattant et ses manières d'anciens juraient avec la jeunesse que l'on pouvait lui prêter. Mon intuition me disait qu'elle faisait beaucoup moins que son âge, aussi sûrement que je sentais un filon de mithril.

Qu'est ce qu'tu r'gardes ?

Tes vieilles blessures, ça vient d'où ?

J'te d'mande de quel trou t'es sorti moi? Restes tranquille et m'emmerde pas j'te dis.

Elle avait le caractère généralement prêté au Thorkin connu sous le nom "d'insupportable" dans sa forme la plus polie. Le genre de personnalité douce et soyeuse comme une râpe à bois appelant irrémédiablement tout un tas d'injures. Ces dernières m'emplissaient la bouche et étaient si nombreuses qu'elles me filaient mal aux dents. Je restai pourtant coi : la force me manquait pour bien faire comprendre à cette ordure le fond de ma pensée.


Les jours suivant furent une alternance de longues phases de sommeil entrecoupées de réveils angoissés. Une habitation de surface n'offrait pas la rassurante sécurité d'un fond de galerie sans lumière où le danger ne pouvait venir que d'un unique endroit : devant. Des petits malins objectaient parfois que si le danger survenait on était coincé, mais ils objectaient moins avec la mâchoire cassée.
Invariablement je trouvais de la nourriture posée sur le tabouret à la tête du lit. Ce furent d'abord des soupes infâmes où la viande et ces poisons mous et poreux que l'on nomme légumes étaient mixés ensemble. Ça avait une texture de gerbe et une odeur guère plus engageante. La responsable de ces mixtures avait juré de m'affamer si je ne les avalais pas. Et je faillis bien crever de faim... Après chaque repas je gardais un goût d'herbe dans la cavité qui s'accrochait durant des heures.
Au fil des jours les breuvages infects firent place à des aliments indéfinissables mais ayant l'avantage d'être solides. J'y vis le signe que mes forces revenaient et je fus bientôt capable de sentir à nouveau mon corps. La plaie à l'épaule était saine, sous la suture une croûte épaisse s'était formée et attestait de la réparation des chairs. Elle tirait quand je bougeai le bras mais ça n'était guère douloureux. Une cicatrice sur le haut du crâne et une autre à la jambe finissaient de guérir. Somme toute j'étais entier et le repos me remettrait sur pied.

Parfois Reidïr entrait dans mon champ de vision. Il me jetait des regards oscillant entre le respect et la crainte tout en évitant de s'approcher du lit. La plupart du temps il passait son chemin comme si je n'existais pas et vaquait à d'obscures occupations consistant à bouger des parchemins pour en mettre d'autres à la place. Si ce crétin m'avait adressé la parole ça m'aurait arrangé ; sa reconnaissance m'importait peu mais je brûlai de savoir ce qu'il pouvait bien trafiquer avec l'habitante de ce taudis. Elle se trimbalait dans la pièce comme une reine et faisait exécuter à mon compagnon toutes les tâches qu'elle estimait trop basse pour sa personne ce qui malgré sa petite taille comprenait toutes les tâches possibles et imaginables. Le soir je les entendais causer, quelque part dans le labyrinthe de parchemin ils chuchotaient durant des heures, penchés sur des écrits jusqu'à loin dans la nuit. Les seuls mots compréhensibles et récurrents étaient « anciens » et « magie ». Le reste avait peu de sens. Même si je feignais de ne pas m'intéresser à leurs idioties ils réussirent à piquer ma curiosité.
Quand j'eus enfin la force de me lever pour me traîner près d'eux ils firent mine de ne pas me remarquer et ils continuèrent leur conversation portant sur le meilleur moyen de pénétrer dans un souterrain condamné. Dès que je compris la teneur de leur discours je décidai d'aller traîner ma carcasse ailleurs. Leurs idées sur la question étaient tellement stupides qu'il valait mieux s'éloigner fissa avant d'être embrigadé.

Hé, le vioc ! Restes là, ça t'concerne ce dont on cause.

Seuls les très vieux Thorkins osaient donner des ordres à leurs congénères : ceux qui savaient bien qu'ils étaient les plus forts et qu'ils ne craignaient rien ou, plus rarement, les suicidaires. Ainsi, peu de gens parlaient de cette manière à un Longtunnel, ou du moins pas longtemps. Instinctivement je mis la main à la ceinture.

Si t'cherches ton arme elle est à l'entrée. Mais réfléchis bien.

Elle gagnait pour cette fois encore. Personne ne m'avait renvoyé dans mes galeries aussi bien au combat qu'en parole depuis un bout de temps... Depuis que ma femme était crevée en fait, mais la famille était une exception. Pour le reste ça devait remonter à mon enfance et je m'étais vengé quelques décennies plus tard de façon suffisamment spectaculaire pour faire réfléchir les inconscients qui auraient voulu me mettre des cailloux dans les bottes. Manifestement l'espère de rombière qui m'adressait la parole n'avait jamais entendu parler de cette histoire.

Assieds-toi plutôt que d'cogiter Longtunnel. La différence ent'-nous c'est que j'sais bien qu't'es pas idiot ni inconscient, donc j'me méfie. J'attend pas que t'fasses une erreur, j'prends les d'vant. Maint'nant qu't'es l'vé on va pouvoir causer un peu. T'as sur'ment des questions : j't'écoute... Mais pas ben longtemps.

Tout nain avait sa fierté, même le dernier des pousses-chariots sans aucun avenir. Dans leur cas elle était parfois peu développée, ce qui les poussait à se ruer sur les miettes que l'on daignait leur laisser. Un Longtunnel n'avait jamais été ainsi ; je poursuivis mon repli vers la paillasse.

Bien entendu, Reidïr m'a parlé d'ce caractère... Si t'veux pas causer personne t'y poussera. Mais j'ai une proposition à t'faire.

Je fis l'effort d'accélérer encore avant qu'elle ne poursuive et n'affiche sa requête dont je me fichais comme d'une mine de cailloux. Je n'étais pas bien vaillant et mes jambes supportaient encore mal le poids de mon corps. Je réussis néanmoins à m'écrouler sur mon objectif. La sorcière m'avait suivi avec la claire intention de me coller au wagonnet jusqu'au fond des mines.

Z'avez foutu un sacré bordel là-d'sous...

Qu'est ce-t'veux qu'ça m'foute?


Longtunnel, c'est un vieux nom de Mertar. Un nom qu'a su s'creuser une bonne place en aidant la cité... Avec vos conneries elle est pt'êt en danger.

Ecoute l'emmerdeuse: va creuser plus loin, t'uses mon air. Si ces cons de Mertar disparaissent le monde s'en port'ra pas plus mal.

Elle resta interdite un moment puis son poing jaillit et s'écrasa au milieu de ma trogne. Je n'avais rien vu venir. Le sang s'étalait sur les draps et je restai sonné sur ma paille. Bientôt j'eus droit à bouffer de l'herbe et un pansement verdâtre me fut posé sur le tarin. Sûrement empli de saloperies pour vous faire dormir: ma conscience s'échappa et je tombai dans les vapes.

À mon réveil des vêtements de voyage, mon armure et mes armes étaient prêtes sur le tabouret. Je me sentais bien mieux et j'avais réussi à suffisamment vexer la propriétaire des lieux pour que ma présence devienne indésirable. En jetant un coup d'œil alentour je remarquai qu'une bonne quantité de parchemins avait disparu. Je fus rapidement prêt à prendre la route. Les plantes avaient agi : la douleur n'était plus qu'un mauvais rêve et les cicatrices s'étaient définitivement refermées. J'ouvris la porte et je respirai l'air hypothétiquement pur des montagnes.
La fumée nauséabonde caractéristique des mines de fer et des aciéries de Likhranen m'arriva dans les poumons. Le village responsable de l'empuantissement du lieu devait se trouver au nord, derrière la crête, et le vent charriait toute la crasse de l'exploitation : un cocktail composé de résidus de charbon, poussières de roches et de métaux, réputé pour son efficacité contre les rats de tunnels. Il était dispersé parfois dans les galeries infestées et nous avions appris récemment qu'il tuait aussi les crétins se trouvant dans les mêmes galeries que les rats ; propriété intéressante mais tout Mertar n'était pas de cet avis.
Un voile gris recouvrait la fine couche de neige et les murs de la masure. Vu de l'extérieur le bâtiment arrivait presque à être parfaitement désagréable à regarder. Les proportions avaient quelque chose de travaillée dans le mauvais goût, ce qui renseignait sur l'inaptitude du salopiaud qui avait commis la construction. Il n'était guère étonnant que les nains de Likhranen n'aient pas voulu ça chez eux. Je préférais ignorer le fait que la bâtisse s'enfonce dans le sol avec un bruit de roche concassé, ne laissant bientôt plus aucune trace de son existence. Avec un haussement d'épaule je tournais le dos à l'endroit redevenu présentable. Nous étions moins isolés que je l'avais pensé. Les contacts entre le village et ce lieu devaient exister même s'ils semblaient peu fréquents: aucune trace de pas n'allait vers les mines. Au contraire un chemin parcouru régulièrement, bien visible en cette saison, sinuait vers les hauteurs.

J'aurais dû rentrer dans mes galeries et m'enterrer au fond pour mes vieux jours. Grâce à la relique de Thor j'aurais gagné une bonne place à la tête de Mertar, participant une fois de plus à la grandeur des Longtunnel... Mais quelque part sur ce sentier de montagne une femme m'avait vaincu et humilié plusieurs fois. Elle m'avait même empêché de crever comme un guerrier en me faisant bouffer des plantes. Grunnr ne finirait pas comme une vieille pierre au fond d'une mine : là-haut il y avait une revanche à prendre et une bonne opportunité de dépoussiérer le marteau de Thor. J'avais juré à notre première rencontre d'écraser mon arme entre les deux yeux de cette garce et je devais encore tenir cette promesse.

>>Sale rencontre

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Dernière édition par Grunnr le Jeu 20 Mar 2014 10:10, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Lun 17 Mar 2014 20:35 
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Sale rencontre


N'importe qui ayant arpenté les montagnes avec un monceau de ferraille sur le dos vous dira qu'il valait mieux trimer dans une mine. Outre le fait qu'une cuirasse ne gardait aucune chaleur, elle collait à la peau avec le gel et pouvait vite se transformer en sarcophage. Depuis le début de la journée le sentier n'avait cessé de grimper, la neige m'arrivait désormais aux genoux et la température n'avait cessé de chuter en prémices à l'arrivée de nuages menaçant. Ils s'amoncelèrent d'abord sur les sommets passant du blanc au gris puis au gris tirant franchement sur le noir et enfin au noir sans plus une pointe de gris.
Mais le temps qu'il faisait était le cadet de mes soucis. À quelques mètres de moi se tenait un type de créature que j'avais espéré ne plus jamais rencontrer. Une espèce d'erreur de la nature que certains crétins comparaient aux Thorkins du fait que les deux races vivaient sous terre. Oreille pointue, peau sombre, visage lisse à vomir : l'elfe noire me zyeutait du haut de son rocher avec ses petits yeux que l'on voudrait voir arrachés.

Ha ! Les visites sont nombreuses depuis ce matin.

Personne t'oblige à rester là rat d'tunnel.

Quoique vous en pensiez : si, justement, je suis obligée de rester ici et de vous supporter.

T'inquiètes, j'ferais qu'passer si tu décarres de mon sentier. J'suis plutôt pressé.

La gourdasse, au lieu de sagement bouger son arrière-train, s'assit sur le rocher. Les Shaakts avaient la réputation d'être provocateurs et d'aimer les bains de sang. Ces saloperies adoraient d'ailleurs la mort, durant leur longue vie ils s'ingéniaient à la répandre avec zèle. Ils étaient des adversaires redoutables, et mon spécimen n'était pas né du dernier éboulement : les innombrables armes qu'elle trimbalait et sa cuirasse luisante m'inquiétaient. Une marchande itinérante d'outils tranchants en tout genre était trop improbable dans ce coin paumé.
Je pris l'initiative stratégique de la contourner à bonne distance. Une lance me coupa la route. Je l'écartai d'un revers du gantelet en reculant pour ne pas me faire empaler. L'importune avait sauté de son rocher et s'était à nouveau mise en travers de mon chemin. Elle venait de me donner un aperçu de sa rapidité : si je pus dévier l'attaque c'est qu'elle l'avait souhaité ainsi.

Je n'ai pas pour habitude de refuser l'hospitalité alors qu'une tempête se prépare. En outre vous êtes attendu. Mais une visite à Sanisstra se paye : je souhaite éprouver la valeur de l'héritier de Thor.

Je reconnus bien là l'esprit tordu d'un elfe : vous ramassiez dans un trou quelconque une arme dont la quasi-totalité du monde se fichait, et le premier de ces crétins aux oreilles pointues croisant votre route vous nommait héritier d'un individu fossilisé depuis des millénaires. Mon interlocutrice capotait du caillou, ce qui ne la rendait pas moins dangereuse. Pour le moment elle se tenait tranquille et aucune intention meurtrière ne se dégageait de sa personne, mais cette situation n'allait probablement pas durer.
J'avançais dans sa garde tout en saisissant le marteau qui se trouvait dans mon dos. Elle fit paresseusement un pas de côté, restant à portée. Je levais mon arme et je feignis de viser la tête. L'attaque réelle fut horizontale et elle ne laissait théoriquement aucune échappatoire à mon adversaire. Comme sortie de nulle part la lance vint intercepter ma trajectoire. Elle plia à peine et, solidement planté dans la neige, elle me renvoya toute l'énergie dans les bras. Je reculai. La garce n'avait pas bougé d'un pouce.

C'était... Décevant.


Elle ne riposta pas. Elle osa même se retourner tout en rangeant son arme. Les habitants du coin savaient ce qu'était l'humiliation. Je fonçai droit sur elle en me servant de l'élan pour lever le marteau et la réduire. Une fois que j'en aurais terminé il resterait tout au plus une flaque rouge dans la neige. La neige... Ce fut elle qui ralentit ma course. L'oreilles pointues eut tout le temps d'esquiver mais elle ne le fit qu'au dernier instant, quand tout changement de direction me fut impossible à réaliser. Son air narquois avait quelque chose de désobligeant ; il donnait envie de lui arracher la tête.
Après avoir touché le manche d'une de ses dagues elle écrasa sa main sur ma gorge et me déséquilibra. J'étais donc mort pour la seconde fois. Je récupérai mes appuis de justesse et je pus remettre de la distance entre nous. Elle n'était pas sérieuse, elle jouait, et c'était une insulte généralement classée dans « inadmissible » pour un combattant Thorkin. Cette salope le savait. Nos regards se croisèrent. Elle hésita une seconde et porta enfin la main à l'une de ses nombreuses armes : son choix se porta sur la lance.

Avec sa frêle carrure elle semblait voler sur la neige. À côté je ressemblais à une pierre tentant de nager, je m'enfonçais et chacun de mes mouvements demandait un effort considérable. Nous n'avions encore échangé aucune passe d'armes, nous décrivions des cercles en étudiant nos postures. Son allonge était plus grande et je savais ses attaques mortelles. Je me déplaçais ramassé sur moi-même, la garde bien en place pour ne laisser aucune ouverture.
La pique se dirigea droit vers ma gorge, j'eus à peine le temps de bouger la tête ; le fer siffla près de mon oreille. Je levais mon marteau en protection pour l'empêcher de frapper ma tempe avec le bois de son arme. Elle reprit ses distances sans insister : le chasseur éprouvait les capacités de sa proie.
Je m'étais battu contre quelques Garzoks féroces durant ma jeunesse, les rixes au fond des mines étaient également déconseillées aux fillettes ; mais aucun adversaire de la trempe de cette oreille pointue n'avait croisé ma route. La seconde attaque fut portée sur ma poitrine et ricocha contre la cuirasse. Je n'avais pu faire autre chose que pivoter pour éviter de prendre le coup à pleine puissance. Et ce fut heureux : je perdis l'équilibre et je roulai dans la neige pour éviter le manche de l'arme qui siffla dans l'air et traversa l'endroit où je me tenais à l'instant.

La lance était redoutable : outre son sa grande allonge et sa pointe acérée elle s'utilisait comme un bâton pouvant infliger des chocs violents. Dans les mains de l'elfe, quelle que soit la façon de l'utiliser, cette arme était mortelle ; deux attaques de sa part et je n'avais pas vu une seule occasion de pénétrer sa garde qui ne fut pas folie ou suicide.
La neige était entrée sous ma cuirasse et s'agglomérait aux articulations, limitant encore mes mouvements. Elle commençait aussi à tomber et les premiers flocons épars annonçaient la tempête qui n'allait pas tarder à s'abattre. Il me fallait prendre des risques si je voulais lui porter un coup: laisser une faille évidente dans ma garde, trop belle pour qu'elle ne se précipite pas dessus, et ainsi anticiper son mouvement... En espérant être assez rapide pour ne pas crever dans la manœuvre.
Je pris donc une garde trop haute. Elle soupira presque en piquant vers mes jambes. Me servant du manche de mon arme je déviai son attaque et plongeai sa pique dans la neige. Une fraction de seconde ses pupilles se dilatèrent, elle m'avait vraiment pris pour un pousse-chariot. J'envisageai alors d'utiliser mon meilleur atout: mon poids contre sa frêle constitution. Le coup de tête que je lui destinai ne l'atteignit jamais. Elle dégagea sa lance trop rapidement et je du reculer pour me mettre hors de danger.

Je ne lui laissai pas le temps de reprendre sa garde et j'assénai un coup de marteau horizontal au ras de la neige fraîche. Une vague blanche s'éleva entre nous. Je traversai le voile aussitôt en mettant mon arme en protection et me ruait sur elle. Cette fois elle recula. Comme je l'avais constaté plus tôt le terrain ne m'était pas favorable: je peinai à déplacer des paquets de poudres merdiques et cette raclure fut hors de portée en quelques pas. Cependant son attitude avait changé : son sourire avait laissé place à la perplexité. Peut-être allions-nous combattre sérieusement.

Cette arme vous encombre. Si vous ne lui donnez aucune énergie elle vous desservira.

Les causeries en plein combat m'avaient toujours exaspéré. Je répondis en crachant par terre et en avançant pour la provoquer.

Vous comptez seulement sur votre force. Ça ne suffit pas.

La lance vint droit sur mon flanc. Je pivotai et elle passa sous mon bras sans dévier de sa trajectoire. Contrairement à tout ce que je pouvais prévoir l'elfe vint au contact. Au corps-à-corps la différence de masse me donnait l'avantage et son arme à la grande allonge perdait beaucoup de son efficacité. Par réflexe je plaçai mon marteau pour l'empêcher de me ceinturer mais ce fut inutile : elle me contourna tranquillement et se plaça sur mon flanc. Quand je compris mon erreur il était trop tard: elle remonta sa pique entre mes bras et voulu me désarmer. Je m'agrippai et me retrouvai à nager dans la neige glacée, empêtré dans mon armure et gêné par mon arme que rien au monde ne m'aurait fait lâcher.

La tempête s'abattait maintenant de toute sa force sur la montagne et de gros flocons agglomérés s'écrasaient sur mon visage, me rendant à moitié aveugle. Le vent soufflait et soulevait la neige, rendant l'atmosphère à peine respirable. L'elfe n'était plus qu'une ombre incertaine que je poursuivais en m'épuisant. Parfois je la pensais à portée et je lançais une attaque qui semblait passer au travers de sa forme fantomatique. Sa voix insupportable s'élevait alors et tentait de faire monter ma rage.

Faible...

À chaque coup dans le vide ce mot sonnait à mes oreilles, dangereusement proche. Si elle pensait me faire perdre la tête ainsi cette ordure se trompait lourdement. Il existait deux façons de se battre égales en terme d'efficacités mais très différentes. Assurément l'elfe cherchait à déterminer la catégorie à laquelle j'appartenais.
Les premiers se laissaient emporter par la bataille et leurs sentiments. Il fallait se méfier de ces gars aux manières explosives : avec de la technique ils devenaient des machines à tuer ; uniquement concentrés sur leur cible ils oubliaient souvent les à-côtés et possédaient avant la bataille une humeur exécrable, après aussi d'ailleurs. Certains allaient jusqu'à s'épuiser tant ils s'emportaient. Tout l'apprentissage visait à canaliser cette énergie, ils étaient comparables à une poche de gaz prête à vous sauter à la gueule et vous réduire en cendres.
Contrairement à ce que tout un tas de crétins pensait, je faisais partie de la deuxième catégorie. Leur méprise venait probablement du fait que je n'aimais guère la plupart des créatures rampant à la surface de Yuimen. Tout cela n'avait rien d'émotionnel ; mon dégoût possédait une très bonne raison d'être : ces abrutis passaient une bonne partie de leur temps à se rendre détestable, alors je le détestais. J'agissais tout aussi froidement dans les combats. Les maîtres d'armes de Mertar m'avaient poussé dans cette voie. Une bonne dose de lucidité et l'analyse du terrain en toute circonstance étaient nécessaires. Si les premiers s'emportaient, notre force résidait dans l'immobilité et la conscience des événements, ainsi même quand le combat semblait désespéré le calme pouvait renverser la situation.

Je cessais de courir comme un demeuré après mon adversaire et je respirai longuement, les sens en alerte. L'oreilles pointues me tournait autour, le changement d'attitude l'avait perturbé, elle cherchait à nouveau une faille dans ma garde, je la lui offris. L'attaque vint comme prévu. Je parais mais la trajectoire de la lance changea au dernier instant et vint percuter de pleins fouets le fer de mon arme.

Faible...

Le choc me remonta dans les bras, paralysant un instant mes mouvements. La garce en profita pour se positionner sur mon flanc. J'étais prêt à une nouvelle parade, je bandais mes muscles pour anticiper le contact et quand il survint ce fut pire ; une vague de douleur me traversa le corps. Je reculai. La puissance des coups que pouvait porter l'elfe avec sa ridicule stature me surprenait, même si je les anticipais j'étais incapable de les encaisser.

Faible...

Elle me laissa le temps de reprendre l'équilibre. Elle se tint immobile au milieu de la tempête, face à moi. L'ambiance peu jouasse qui sévissait dans le coin empira. Le prochain coup serait différent : elle était du genre explosive et jusque-là elle avait gardé la tête froide. Sa posture s'était faite plus agressive ; dans quelques secondes elle m'enverrait saluer Thimoros. Cette ordure était si sûre de m'écraser qu'elle attendait mon signal et me laissait le temps de réfléchir. Si je ne pouvais encaisser ses coups je devais les dévier ou les détruire avant qu'ils ne m'atteignent. Stratégie désespérée, il fallait que je la prenne de vitesse et que je démolisse son attaque, qu'un instant j'oublie mon corps et que je projette toute ma force dans l'arme. C'était dangereux... C'était aussi la seule chance de salut.

J'ouvris ma garde. La vitesse me surprit : l'oreilles pointues décolla du sol et sa lance mortelle déchira l'air. Sa trajectoire semblait folle mais je savais quel point elle visait : c'est là que je l'attendais pour la détruire, quand son élan l'aura empêché de changer de direction. Si j'avais mal jugé sa vitesse je terminerais empalé. J'assurai mes appuis puis j'avançai vers le danger. Mon marteau remonta, non pour arrêter l'attaque, mais pour couper sa ligne.
Je déplaçai tout le poids de mon corps afin de donner un maximum d'énergie à ma riposte. L'acier chanta en glissant dans l'air et il vint percuter la hampe de la lance. Le fer toucha ma cuirasse au même moment. Un craquement retentit et le bois éclata.

Je n'eus pas le temps de savourer ma victoire ; deux coups m'arrivèrent dans la mâchoire : l'elfe s'était ramassée sur elle-même et avait pivoté pour reprendre l'élan nécessaire afin de m'envoyer les restes de son arme dans le tarin. Le fer de la lance qui se trouvait dans sa seconde main me caressa la joue avant que je ne tombe lourdement dans la neige.

Ce dernier échange ne manquait pas d'intérêt ; vous avez la détermination, le temps fera peut-être le reste. Ce sera tout pour aujourd'hui.

J'avais pour habitude de ne pas répondre à un quiconque me mettait une lame sous le gosier. Cependant elle semblait s'être calmée et sa volonté de détruire avait totalement disparu. Elle souriait même. Je crachais la glaire qui m'emplissait la bouche et ne réussis qu'à me baver dessus. Elle rangea enfin ses armes et décrocha le sac de mithril que je portais à la ceinture.

Avec ça je vous forgerai la protection dont vous avez besoin avant de devenir compétent.

Humffr... J't'enmmerde raclure.

Ne me remerciez pas ! Venez-vous mettre au chaud.

Son ton enjoué donnait envie de lui défoncer le crâne et je désespérais d'en être incapable. Après m'être extirpé du sol je vis avec surprise que nous étions près d'un lieu habité : une forge à l'abri d'un vieux temple en ruine se détachait dans la tempête. Le mât métallique qui s'élevait dans la cours renseignait sur le dieu du coin. À une époque lointaine une bande de dégénérés fanatiques avait planté ces tiges un peu partout sur Nirtim et les jours d'orage ils se tenaient à côté pour recevoir le jugement de Valyus. La divinité n'ayant rien à carrer de ces crétins, les adeptes disparurent plus vite qu'ils ne se renouvelèrent et le dernier mourut carbonisé voilà un millénaire. Restèrent leur temple et de bonnes histoires à raconter les soirs de beuveries, des cons pareils ne se ratent pas.
Quel que fut leur incompétence théologique ils savaient ce qu'était la maçonnerie : par je ne sais quel miracle le lieu de culte possédait une tour encore debout d'où s'échappait la fumée d'un feu de cheminée. L'oreilles pointues ouvrit la porte et s'engouffra à l'intérieur. La tempête me poussait à accepter l'invitation malgré mon antipathie profonde pour l'habitante de ce lieu pourri. La lourde porte de chêne se referma derrière moi.

>>L'art du négoce

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Dim 24 Aoû 2014 21:54 
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<La porte de Mertar>
Mertar était désormais derrière nous. La porte de la cité avait disparue, dissimulée par les montagnes, nous laissant pour seul décor les pentes abruptes des colosses de rocs. La route était bordée de nombreux rochers de tailles variables, certains suffisamment grand que pour pouvoir se dissimuler derrière. La fonte des neiges avait crée de nombreuses flaques, noyant par endroit le chemin sous plusieurs centimètres d’eau. Malgré la saison estivale, le col était balayé par un vent glacial. Observant Taurekkr, je lui enviais intérieurement la peau de bouc qu’il portait. Elle devait lui porter bien chaud. Nous nous taisions tous deux, ne laissant entendre que les grincements de la charrette et les plaintes des boucs.
Je n’étais sorti de Mertar qu’à de très rares occasions durant mon enfance et ne m’en étais jamais éloigné. Alors, si la route jusqu’à Likhranen n’était pas longue, elle me permettait de découvrir de nouveaux paysages. Je me mis à m’interroger sur ce qui pouvait se trouver par delà les cimes enneigées des montagnes. J’avais suivi quelques cours de géographie étant plus jeune et je savais donc approximativement ce qu’il se trouvait en dehors de nos frontières : Kendra Kâr, Darhàm, Bouhen,… Mais ce n’était là que des noms. Je me pris soudains à me questionner sur ce que pouvait renfermer ces villes. Comment étaient-elles bâties ? A quoi ressemblaient leurs habitants ? Quelles étaient leurs coutumes ?
Je fus soudains sorti de mes rêveries par Taurekkr :
« Regarde là bas. »
« Où ça ? »
« Là bas, dit-il en pointant la pente rocailleuse du doigt, derrière ces rochers. J’ai vu des types louches.»
Je me dandinai pour tenter de voir ce dont il parlait mais ne vis que des pierres.
« Je vais aller voir ça.»
Ainsi, je sautai du véhicule, marteau à la main, et entrepris l’escalade du flanc de la montagne. L’inclinaison de celle était assez clémente pour me permettre une escalade facile. Je me dirigeai le plus furtivement que le put un thorkin vers l’endroit indiqué par mon compagnon. J’entendis bientôt des bruits de pas. Je partis me dissimuler derrière un des rochers saillants de la pente et tentai un rapide coup d’œil vers les étranges individus.
(Par Valyus ! Des gobelins !)
Je me plaquai contre la pierre froide du rocher, espérant qu’ils ne m’aient pas repéré. Je tentai un nouveau rapide coup d’œil pour jauger leur nombre.
(Que deux, je dirais.)
Mais les deux gobelins m’avaient vu. Après tout, je n’avais jamais été formé aux manœuvres furtives. A présent, les deux compères se dirigeaient vers moi. Je les sentis bientôt tout proches ; alors, je surgis hors de mon couvert, les sektegs se tenaient juste devant moi. Profitant d’avoir pris l’initiative, j’enfonçai mon marteau dans l’abdomen du premier gobelin, qui se plia en deux sous le choc. Ensuite, j’abattis puissamment l’outil sur son crâne. Il s’effondra, probablement assommé ou, je l’espérais, mort. Le second ne perdit plus un instant et me sauta dessus, armé d’une dague. Nous perdîmes l’équilibre et dévalions la pente jusqu’à ce que je heurte un rocher qui manqua bien de me briser les côtes. Le peaux-verte se releva rapidement et envoya un coup de pied dans ma dextre pour tenter de me désarmer. Mon marteau vola à pas plus d’un mètre de là, mais il demeurait hors de portée. Je tentai de déséquilibré le gobelin en le balayant de ma jambe mais mon membre trop court failli à le faire chuter. Il se pencha alors au dessus de moi, brandissant sa dague au dessus de mon visage. Je saisi son poignet de ma main gauche afin d’éviter qu’il ne me poignarde à mort. Il enserra alors ma gorge de sa main libre et fit pression de tout son poids. Je tentai de me débattre, gigotant en tous sens, essayant de frapper son visage de mon bras trop court mais rien n’y faisaient : l’abject créature resserrait son emprise sur moi. Je commençais à suffoquer quand, soudain, le gobelin poussa un cri de douleur et roula de côté, me permettant enfin de respirer. Taurekkr se tenait devant moi, une pierre à la main. Le peaux-verte, à présent en infériorité numérique, tenta de fuir. Il fit quelques mètres et mon compagnon lui lança son projectile de fortune, qui l’atteignit entre les omoplates. Le gobelin, à terre, gémissait. Je me relevai en tremblant et ramassait mon marteau, pendant que Taurekkr l’achevait d’un coup de pierre.
« Partons vite d’ici avant de croiser leurs copains, m’injoncta-t-il. »
Je le suivi jusqu’à la charrette et nous reprîmes la route en direction de Likhranen. Mon dos me faisait atrocement mal mais aucune de mes cotes n’était brisée et je n’avais aucune blessure grave, c’était l’essentiel.
Après plusieurs heures de routes, nous arrivâmes à un endroit où le col devint trop étroit pour la charrette.
« Nous allons laisser les boucs ici. »
Moi et mon compagnon nous chargèrent donc de nôtre cargaison et continuâmes à pied. La boite était encombrante, certes, mais les nains étaient de constitution robuste et aptes à transporter de lourdes charges.

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Sam 11 Juil 2015 20:24 
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>>prologue

La montagne, ca vous gagne !


La faim réveilla la petite elfe blottie sous la voute d'un arbuste enneigé. Elle avait eu bien de la chance de trouver ce refuge de fortune, la veille, car à l'altitude où elle était montée, la végétation était rarissime. En effet, grisée par la perspective d'une aventure, elle avait en l'espace d'une heure de grimpe effrénée parcourut un grand dénivelé et se trouvait désormais en haute-montagne. Le dos ankylosé par cette nuit passée à même le sol, Haple se remit sur pied avec précaution avant d'étirer de tout leur long ses muscles endoloris. Et d'un même geste, la petite examina la distance qui la séparait encore du sommet... Son estomac émit alors un grognement de protestation. Oui, l'ascension serait dure. (Mais, de là-haut, j'aurai le point de vue nécessaire pour aviser de la route à suivre). Et sans plus tergiverser, elle se mit en marche.



Un pas devant l'autre, suivant la route du moindre dénivelé, Haple progressa toute la matinée dans une couche de neige épaisse dont émergeait par endroits de grands blocs de roche noire issus du flanc de la montagne. Chaque pas lui coutait beaucoup d'efforts, car malgré sa légèreté, ses jambes menues s'enfonçaient jusqu'au genou dans la poudre cristalline. Néanmoins, une prudence toute elfique lui intimait de ne pas opter pour la solution de facilité que représentait le glacier s'étirant sur sa gauche jusqu'au sommet. En effet, si le sol y était certes lisse et dur, elle s'y exposerait, l'avaient avertie ses maîtres d'étude, à bien d'autres risques... Et la perspective d'être avalée par une crevasse ne l'enchantait pas plus que ça !

Les circonstances, sous la forme d'un mur de roche noire se perdant dans les cimes, finirent cependant par lui forcer la main : même une grimpeuse expérimentée ne se serait pas aventurée sur une paroi aussi menaçante. Avec une appréhension au coeur et une prière pour Yuia, Haple se résolut donc à pénétrer sur l'étendue désolée du glacier. A peine eut-elle fait quelques mètres que ses craintes s'envolèrent et le sentiment la gagna d'avoir été bien sotte d'apporter crédit aux histoires pour enfant. Un sourire carnassier aux lèvres, elle avalait la distance avec une vigueur renouvelée. En effet, sa progression n'étant plus entravée par la neige poudreuse, ses efforts portaient enfin leurs fruits ce qui encourageait naturellement la petite affamée. Et, elle progressa ainsi droit vers les hauteurs de la langue de glace où la neige fraîche s'accumulait en continu. (Il sera toujours temps de bifurquer lorsque j'atteindrai les couches molles du glacier). Car en effet, Haple avait repéré un chemin qui démarrait sur le flanc opposé à celui par lequel elle était arrivée et poursuivait à travers la neige, derrière une arête rocheuse l'isolant de la vallée glacière, jusqu'au sommet de la montagne.



Par intermittence, des craquements sourds résonnaient dans les entrailles de la masse de glace. Avertissements sinistres qui firent vaciller sa résolution les premières fois qu'elle les entendit. Mais, forte de sa nouvelle assurance et déterminée à ne pas laisser à nouveau des contes lui dicter sa conduite, Haple secouait la tête et se remettait alors en route, sa volonté affermie. Soudain, un grondement distinct des précédents lui fit cependant lever les yeux à la recherche de son origine... A quelques centaines de mètres en amont, un grizzli adulte se dressait sur ses pattes postérieures et agitait sa mâchoire béante en tous sens pour que son rugissement furieux retentisse aux oreilles de chacun. Le message était bien passé : elle n'était pas la bienvenue sur son territoire ! Immobile, son esprit tétanisé ne sachant à quel dieu se vouer, l'enfant hinïone observa dans un silence de mort le mastodonte de muscle et de poil retomber lourdement sur ses pattes antérieures. L'animal la dévisageait à distance. Puis après une seconde d'éternité, Haple observa avec terreur le prédateur faire un pas dans sa direction, puis un deuxième, avant de se lancer franchement à grande foulée dans la pente pour une partie de chasse à l'elfe.

C'est alors qu'un nouveau craquement retentit en profondeur, plus long et grave que tous ceux que Haple avait entendu jusqu'ici. Ou plutôt une série de détonations se répondant de part et d'autre de la montagne dans un écho funeste. Et alors que le silence retombait pendant l'espace d'un instant, Haple aperçut un nuage vaporeux se former sur la ligne d'horizon au sommet du glacier. Comme un nuage de basse altitude, traversant à califourchon la crête de roche et de glace pour rejoindre la vallée où ils se trouvaient... L'animal qui s'était stoppé dans son élan se mit alors à repartir de plus belle dans sa course en aval, soulevant d'épais volutes de poudre blanche. Et, ce fut à la vue de cette neige propulsée par la cavalcade de la bête que l'enfant elfe comprit(AVALANCHE ! ! !) Il ne s'agissait pas d'un nuage, mais bien d'une avalanche de neige ! Et la masse blanche qui dévalait le versant du glacier à une vitesse considérable l'engloutirait si elle ne réagissait pas immédiatement. Prenant aussitôt exemple sur la bête, Haple prit ses jambes à son cou. Mais contrairement à l'animal qui tentait vainement de fuir dans la direction opposée, la petite elfe s'élança de côté, en direction du boyau rocheux qu'elle avait repéré auparavant sur le flanc opposé du glacier.

Le sang battant aux tempes marquant le rythme de sa course folle, Haple perdit toute prise sur ce qui l'entourait. Seul existait son objectif, ce mur de roche qui marquait la fin du glacier et au-delà duquel les avalanches, les bêtes sauvages et autres joies de la montagne n'existaient pas. Son dernier espoir ! Et à chaque instant elle s'en rapprochait ; et à chaque instant son espoir grandissait. Si bien que parvenue à quelques dizaines de mètre de l'arête de roche salvatrice, elle s'autorisa un regard en amont tout en poursuivant sa course... et constata avec effroi que l'avalanche s'apprêtait à avaler le grizzli beuglant de terreur et gagnait du terrain sur elle ! Et reportant alors son attention sur sa trajectoire, l'elfe blanche eut de surcroît la mauvaise surprise de découvrir une crevasse de deux mètres de largeur s'étirant à un pas et demi devant elle. Utilisant au mieux la distance qui l'en séparait, la petite fournit toute l'énergie qui lui restait pour accélérer encore plus et, parvenue au bord de la faille, bondit dans les airs avec un rugissement de douleur et de hargne. Portée par son élan, Haple atterrit violemment de l'autre côté, sa cheville se pliant sous son propre poids et partit se vautrer en glissant sur la glace. Mais le temps n'était pas à s'apitoyer sur son sort et la courageuse enfant se remit à quatre patte, s'élançant en avant sans même prendre le temps de se remettre sur pied proprement, aiguillée par l'haleine glacée de l'avalanche qui lui soufflait désormais sur la nuque. Cinq mètres, quatre, trois … le grondement cataclysmique s'amplifiait derrière elle... deux mètres, un mètre … la terre tremblait sous ses pieds alors qu'elle se projeta au coin de l'arête rocheuse avec l'énergie du désespoir. Et avec la seconde d'avance dont elle disposait, Haple remonta la pente d'un pas et se blottit contre la roche protectrice en anticipation du choc final.

Et tout ce dont l'elfe se souviendrait de ce qui s'ensuivit serait ce silence absolu qui prit possession de la montagne. Un coup de tonnerre phénoménal d'abord, lorsque le raz-de-marée blanc s'abattit contre la paroi granitique... puis le silence. A l'image des éclaboussures neigeuses qui retombaient de l'autre côté de l'arête, ensevelissant bientôt l'enfant épuisée sous une couverture d'ouate, comme pour la couvrir pour la nuit après une journée riche en aventures.

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Dernière édition par Haple Mitrium le Sam 18 Juil 2015 11:46, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Dim 12 Juil 2015 01:23 
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Picnic, percus' et belle-étoile


Des minutes, des heures, des jours peut-être s'écoulèrent ainsi, l'enfant enfermée dans un sarcophage de neige. La torpeur gagnant son esprit, la petite observait ses pensées divaguer comme dans un songe où le temps n'avait plus aucune prise. Ce ne fut que lorsque l'image de ses géniteurs enterrés dans le sol gelé de ces même montagnes s'imposa à elle qu'une étincelle de volonté lui parvint... L'analogie de leurs situations était trop révoltante : la rebelle hinïone ne s'était pas arrachée à un avenir préconçu par les aînés Mitrium pour finir sur leurs traces ! Et le feu prit comme sur du bois mouillé. D'abord lentement, Haple remua ses doigts, puis ses mains, de manière à créer un petit espace libre de l'emprise de la neige. Puis, remué par des gestes de plus amples des bras, le manteau de neige commença à s'affaisser par endroits. La petite se lança alors dans une ascension désespérée où se mêlait un fond de panique nourrie par la sensation de se battre contre des sables mouvants. Jusqu'à ce qu'enfin, telle un nouveau-né émergeant sur le monde, l'enfant creva la surface stérile de la montagne et, aveuglée par la lumière réfléchie sur la neige, prit une goulée d'air avide où se mêlaient soulagement et triomphe !

Une fois entièrement extirpée, Haple remarqua que le soleil était toujours haut dans le ciel. Il s'était donc écoulé soit tout au plus deux heures, soit... une journée. Et, le vide qui semblait se creuser dans son ventre semblait pencher pour ce dernier scénario. Bien que le froid ne la condamnerai pas, et même si elle parvenait à échapper à des avalanches et des bêtes sauvages, la faim semblait être un ennemi qu'elle ne pourrait pas vaincre par son seul courage ou sa résistance naturelle. Il lui fallait trouver de la nourriture. Et au plus vite. Heureusement, le chemin vers le sommet ne semblait plus cacher d'obstacles insurmontables. Surplombant le goulet dans lequel Haple s'était réfugiée, apparaissait la crête givrée, soufflée par le vent du versant opposé. C'était l'affaire d'une escalade de quelques dizaines de minutes, estima-t-elle. Peut-être plus avec sa cheville blessée. Et en effet, moins d'une heure plus tard, elle voyait un nouveau paysage s'ouvrir sous ses yeux émerveillés.

...


A perte de vue s'étendait une mer de glace percée de si de là par des îlots rocheux marbrés de noir et le vent arrachait aux dunes blanches des volutes neigeux, comme de l'écume sur autant de vagues immobiles. Pour mieux jouir de son exploit, Haple ferma alors les yeux et offrit ses bras au vent mordant, sa veste de lin blanc et sa chevelure d'ébène claquant derrière elle. Elle se faisait l'idée d'être une conquérante des cimes avec son étendard flottant dans l'air turbulent de la crête. Les forêts de conifères de l'Anorfain et les tunnels montagneux de l'Atha Ust qu'elle savait derrière elle, aussi bien que ce royaume de nacre... tout lui appartenait ! Et les traces d'un sourire enfantin sur les lèvres, elle rouvrit les yeux et revint à contrecoeur à une réalité bien plus triviale. (Manger)

Alors qu'elle scrutait l'horizon à la recherche d'une habitation, ou bien d'un chemin quelconque, un éclat lumineux attira soudain son attention. Il était venu d'une zone légèrement en contre-bas de son actuel point de vue. Elle chercha à le retrouver, tournant la tête à droite à gauche dans cette direction, et... (Là !) Elle était sûre de ne pas l'avoir imaginé cette fois. Un flash de lumière lui était parvenu depuis cette dune neigeuse située à quelques centaines de mètres en aval. Claudiquant sans attendre dans la pente, Haple sentit l'espoir s'affermir alors que l'éclair lumineux réapparaissait de manière répétée. Quelqu'un cherchait-il à lui porter assistance ? Elle ne voulait pas se laisser embrigader dans quoi que ce soit mais un souper et un récit de voyage ne seraient pas de refus ! Cependant, lorsqu'elle parvint à quelques dizaines de pas de sa destination, cette espérance renouvellée prit un goût amer : il s'agissait de lances rudimentaires plantées de manière éparse dans la neige qui réverbéraient la lumière du soleil... Elle était seule. Il n'y avait personne pour lui envoyer des signaux lumineux, pas de campements nomades, rien qu'elle et la vaste étendue stérile.

...


Poursuivant clopin clopant dans sa lancée, l'entrain en moins, Haple parvint enfin au pied des lances trompeuses qui lui évoquaient, maintenant qu'elle y songeait, le dos épineux d'un porc-épic. S'adossant contre l'une d'elle, la petite laissa la fatigue l'envahir. Que pouvait-elle faire maintenant...? Elle allait en toute vraisemblance finir comme ces pauvres bougres qui avaient probablement succombé aux rigueurs de l'hiver montagnard... (Mais... bien sûr !) Les armes devaient bien appartenir à quelqu'un et leur propriétaires devaient bien transporter des vivres ! Emportée par la perspective de se mettre enfin quelque chose sous la dent, ses mains plongèrent spontanément dans la neige à la recherche de victuailles ensevelies sans même consulter le cerveau de l'elfe affamée. Sursautant soudain, la petite se figea dans son entreprise. Ses doigts avides étaient entrés en contact avec une surface dure. Reprenant son ouvrage, de manière plus soigneuse cette fois, elle s'affaira à dégager l'objet convoité, lequel prenait petit à petit une forme ovoïde. Jusqu'à ce que, ayant gratté la dernière couche de givre qui le recouvrait, Haple comprit enfin qu'il s'agissait d'une... (tête de Garzork). Et déjà que c'était pas beau à voir en temps normal, ainsi figée dans la glace, ses yeux grands ouverts envahis par une cataracte de givre, le spectacle était franchement à … Disons juste, que pour la première fois, Haple se félicitait de n'avoir rien mangé depuis deux jours.

Refoulant le dégout qui l'avait momentanément gagné, Haple repris son examen. Une flèche elfique traversait le front de la créature de part en part. Ses défenses jaunâtres sortant de sa gueule aux crocs tranchants n'avaient pas plus eu le temps de lui servir que sa lance, songea la petite en contemplant le visage effrayant du guerrier. Puis celle-ci entreprit de dégager le reste du corps à la recherche d'une sacoche... en vain. (Qu'à cela ne tienne) Et la douce enfant de briser la pointe de flèche tranchante d'un coup sec de son pied valide. Un air farouchement résolu sur le visage, Haple se tourna vers le flanc épais du Garzork et frappa à plusieurs reprises avec le métal aiguisé entre les côtes de celui-ci dans l'espoir d'en extirper une lamelle de viande. Malheureusement, (((ou pas,))) la chair était complètement gelée et ses tentatives furent vaines. Ne se laissant cette fois pas envahir par l'épuisement, l'enfant elfe tailla à la place un lambeau de tissu dans la tunique du guerrier et tenta de bander tant bien que mal la cheville qui la faisait souffrir.
(Ca fera l'affaire), se dit-elle en se remettant sur pied pour se retenter sa chance avec les propriétaires des autres lances.

...


Au total, la petite exploratrice exhuma les dépouilles de douze guerriers. Tous Garzorks. Tous criblés de flèches. A son grand étonnement, elle découvrit cependant que certaines flèches portaient la marque des forges d'Atha Ust. Et l'histoire d'une alliance entre les elfes noirs et ses congénères lui revint en mémoire. Une histoire qu'elle avait entendue au village dans la bouche d'un ivrogne avant que des âmes bien-pensantes ne le fasse taire. Pour cause, Haple imaginait bien que beaucoup dans son village aurait préféré occulter le souvenir d'une alliance avec leurs Némésis. (Hypocrites). Et poursuivant son analyse archéologique, l'enfant hinïone parvint à la conclusion que ce groupe de guerriers Garzoks devaient être en route vers les villages montagnards de l'Anorfain afin de les raser pour la gloire d'Omyre avant d'être stoppés par les gardes-frontière de l'alliance elfique. Ca n'avait pas empêché ces villages qu'ils avaient traversés avec les Mitrium avant l'enterrement d'être réduits à néants, probablement par leurs traitres d'alliés Shaakts, mais l'enfant avait tout de même moins de scrupules en contemplant les maigres trésors qu'elle avait arrachés aux dépouilles des sbires d'Omyre.

Les objets de valeurs, armes et boucliers avaient naturellement été volés par les assaillants. Seules les lances, trop lourdes pour être transportées, ainsi que quelques objets sans intérêt avait été abandonnés au gel. Parmi ces bricoles, trônaient notamment, à la grande satisfaction de l'elfe, quelques miches de pain et du lard séché. Naturellement, ces victuailles alléchantes étaient gelées à coeur. Mais, un estomac affamé est ingénieux et persévérant ! Plaçant une tranche de viande sur sa langue, la petite entreprit de la manger comme une sucette, la réchauffant et libérant progressivement son gras juteux. Dans le même temps, elle se saisit d'une miche de pain et la coinça entre son ventre nu et sa tunique d'hiver pour lui permettre de s'attendrir à la chaleur de son corps. Il n'y avait plus qu'à attendre ! Et Haple porta finalement son attention sur le dernier objet notoire parmi ses trouvailles éparses : un tambour de guerre. L'instrument occupait le centre de ses pensées depuis qu'elle avait mis la main dessus, mais la petite s'était astreinte à la patience. Maintenant que son repas était en bonne voie, elle s'autorisa donc à examiner son trésor.

Il s'agissait d'un trésor bien pitoyable à vrai dire, avec sa peau miteuse et son coffre fendu lors d'une quelconque bataille. Mais aux yeux de l'enfant qui venait pour la première fois de mettre les pieds hors de son pays natal, l'instrument irradiait une aura d'exotisme excitante ! Plaçant le coffre entre ses jambes, accroupies sur le bas de l'instrument, l'enfant posa ses mains à plat sur la peau granuleuse du tambour. Et de ses paumes, elle fit sonner doucement l'instrument dans le soir montagnard. C'était la première fois qu'elle magnait une percussion et ces gestes furent dans un premier temps hésitants. Puis, se familiarisant avec le son et les vibrations qui résonnaient dans son ventre, Haple commença à en tirer une rythmique cohérente. Les yeux fermés, elle repensait aux sons des journées précédentes, nourrissant ses mains du tapotement régulier du pivert, du roulement diffus des pierres dans le torrent du village, du tintement syncopé des roues du chariot sur les pavés irréguliers et finalement du fracas assourdissant de la montagne qui gronde. Isolés, chacun de ces rythmes auraient été d'un ennui mortel, mais sous ses doigts bondissant, ils s'entremêlaient en une mélodie transcendante. Et les étoiles sortirent de la pénombre naissante pour écouter, la musicienne ayant perdu le fil du temps dans l'instantané absolu du Rythme.

...


Ce n'est que lorsque le soleil disparut complètement derrière les sommets occidentaux et que le froid nocturne s'abattit sur le col enneigé que l'enfant hinïone sortit de sa transe musicale. Elle tendit alors ses mains ankylosée devant elle, portant un regard perdu sur ses paumes sanglantes. La tendre chair de ses doigts d'enfant n'était pas adaptée à une si longue séance de percussion. Il lui faudrait trouver une baguette en attendant qu'une pellicule de corne ne se développe. Car s'il y avait une chose dont elle venait de prendre conscience au terme de ces deux derniers jours, après avoir survécu aux épreuves du Col Blanc, c'est que sa vocation était de parcourir le monde pour engranger de nouveaux rythme et les transformer en mélodies percutantes qui raconteraient le monde et entraîneraient ceux qui foulent sa surface dans une danse mystique. Et sur cette certitude grandissante, l'enfant bannie des siens, avala une bouchée de pain ramolli à pleines dents et se glissa finalement sous la carcasse massive d'un guerrier Garzok pour s'abriter du vent nocturne, avant de tomber dans un sommeil troublé de rêves de grandeur.

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Dernière édition par Haple Mitrium le Sam 18 Juil 2015 11:48, édité 4 fois.

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Dim 12 Juil 2015 16:25 
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La Fanfare des Pieux


Elle marchait dans le désert. Ses pieds foulant la rocaille chauffée par le soleil de plomb ; la poussière soulevée étouffant le bruit régulier de ses pas et effaçant leurs traces. Si bien qu'elle ne savait depuis combien de temps elle marchait. Elle n'avait peut-être même jamais été à l'arrêt. Une éternité aurait pu s'écouler ainsi : l'enfant, seule dans le désert, marchant à la cadence de sa propre foulée.

...


L'instant suivant, la réalité était tout autre... Elle avançait toujours droit devant elle à travers le sable grossier du désert, mais à présent un loup s'abreuvait à une flaque d'eau croupie. Lorsque celui-ci tourna vers elle son museau perlé de gouttes de givre, la marcheuse sut immédiatement que l'animal représentait un détail crucial, et pas seulement un élément du décor comme les grossières caillasses ou les lézards rampant. Et la suite lui accorda raison puisque la bête se joignit à son périple, calant sa démarche chaloupée sur le rythme de ses pas.

Là-bas, plus loin encore, trônait désormais sur un roc proéminent, une femme de petite taille et de grande largeur, ses cuisses écartées découvrant une arbalète prête à tirer calée contre son entre-jambes. Le duo continua dans sa direction, fort de la certitude que l'arbalétrière ne leur bloquerait pas le passage. Parvenue à sa hauteur, la marcheuse fut cependant traversée d'un doute momentané en plongeant son regard dans ces yeux qui dardaient des éclairs à son encontre. Mais celle qui portait avec fierté les traits thorkins se contenta de sauter à bas de son rocher, heurtant le sol dans un choc sourd, avant d'accompagner de son pas pesant la procession rythmée de l'enfant et du loup .

...


Un temps certain, un certain temps tant incertain s'écoula.
Le tapotement léger des pieds de l'enfant contre le sol de pierre et de sable s'était transformé en une véritable fanfare endiablée. Celle-là connaissait déjà certaines voix de la partition : la sourde percussion de la naine aux yeux foudroyant et la syncope du loup au museau de givre. Et, tout en allant de l'avant, elle tourna la tête de droite à gauche pour identifier les autres musiciens qui avaient rejoint leur rang: Cette vibration instable, chaude et lumineuse, c'était un chat noir qui s'arrêtait le temps de lécher sa queue brisée avant de revenir dans le rang se frotter contre les jambes des autres marcheurs. Cette dissonance aigüe déchirant l'ensemble mélodieux, l'enfant y reconnut le raclement de l'espadon enflammé d'un guerrier Garzork aux narines fulminantes. Ce sifflement continu qui virevoltait entre toutes les autres voix, elle le retraçait jusqu'aux lèvres ridées ornées de moustaches frémissantes d'un maître-lames aux longues nattes argentées et aux étoffes vaporeuses. Ce chuchotement sinistre et insaisissable, sans doutes possibles, devait provenir de ce jeune bédouin drapé dans ses voiles obscures comme une momie enveloppée d'ombres. Et cet écho qui amplifiait de manière erratique l'ensemble de ces voix éparses, à la manière de l'orage qui crève le ciel après la bruine ou de la marée dans laquelle se noie le roulis du sable, ne pouvait être que la contribution du dernier marcheur : cet ... humanoïde, de loin l'aîné de la troupe, à la peau bleue marbrée de sel blanc et incrustée de coquillages et d'algues marines.

Cependant, malgré la disparité des rythmes et des sonorités, au lieu de produire un capharnaüm abominable, la ligne de nomades comblait le silence du désert avec une musique parfaitement harmonieuse, proportionnée, ordonnée... Et la marcheuse centrale prit alors conscience de sa propre place dans la farandole : de ses pieds menus, elle marquait la mesure sur le sol de Yuimen. Et la terre vibrait en retour, ses pulsations augmentant en intensité, jusqu'à ce que les graviers entrent en résonance et que l'horizon tressaille. Un seul élément semblait insensible à leur foire rythmique : au loin, un chevalier se détachait sur le ciel brumeux, impassible à l'énergie qui envahissait à présent ce monde stérile. (Intrus) Et aussitôt, la percussioniste eut-elle noté sa présence discordante que celle-ci heurta dans un tintement métallique silencé la carapace d'acier de son destrier. Comment la distance les séparant avait-elle été abolie en l'espace d'un battement de coeur...? Elle ne s'attarda pas sur la question. Mais plutôt, l'enfant leva les yeux à la rencontre du chevalier gris. Celui-ci portait un heaume argenté d'une forme improbable. En effet, la visière ovale était totalement plate, sa surface polie se comportant comme un miroir. Si bien que l'elfe y découvrit son propre visage, lequel fut soudain parcouru d'un frisson d'appréhension lorsque le chevalier y porta une main pour dévoiler son identité. Son mutisme n'avait rien de rassurant, mais elle redoutait plus encore d'entendre le glas de sa voix. Et comme la lame sur le billot, la visière s'abattit révélant le visage grisâtre d'une femme sans âge. L'enfant intimidée comprit aussitôt que la nouvelle arrivante n'appartenait pas à ce monde... et, pourtant, elle était bien de chair et d'os. Comme pour confirmer son pressentiment, lorsque ses lèvres exsangues s'ouvrirent enfin, ce fut avec une voix éthérée que la femme s'exprima :
Je vois la voie de ta voix.
Tu es Simple ; tu es Sienne.
Mais tes fils je couperai, petit pantin d'argile, et libre tu seras... de retourner d'où tu viens !
Et sur cette sentence, le cheval carapaçonné se cabra mêlant le vacarme de ses plaques d'armure s'entrechoquant à un hennissement terrible. Et tous ses compagnons d'orchestre se portèrent à son secours alors que la petite tombait... à la renverse... menaçant... de heurter le sol...


...


Et Haple se cogna violemment la tête contre le... (plafond ?). Ou plutôt contre le ventre gelé du Garzork qui lui avait servi de tente pendant cette nuit agitée. Se frottant le crâne pour apaiser la douleur, elle nota que son front baignait de sueur...de sueur froide. Quel rêve vivace ! Malgré les incohérences spatio-temporelles, elle y avait cru dur comme fer à ce désert stérile qui prenait vie, à cette compagnie de saltimbanques et à cet intrus qui la surplombait de son regard supérieur. Elle n'était pas sur de quoi faire de ces dernières paroles que la cavalière en armure avait prononcées : S'agissaient-ils d'une menace ou bien d'une promesse ? Elle semblait lui offrir la liberté à laquelle l'enfant rebelle aspirait, mais quelque chose dans la formulation la laissait incertaine. Ne sachant que penser, la petite répéta en boucle ces vers dans sa tête car les détails des rêves sont facilement oubliés.

Puis, une fois remise de ses émotions, ses esprits lui revenant, Haple sortit de son abri et s'assit sur le dos du Garzork pour accueillir l'aube et méditer sur le programme de la journée. Elle avait de quoi se nourrir pendant quelques jours. (Bon) Le temps parraissait clément. (Bon) Aucune menace imminente ne l'inquiétait donc. (Bon) Le tout était de savoir quelle direction prendre à partir de maintenant. ( ... ) Et alors qu'elle se mettait sur ses jambes pour scruter le paysage, une étoffe tomba de son fauteuil d'Omyre et s'enfonça légèrement en surface de la couche de neige. Haple se pencha par automatisme pour s'en saisir. Il s'agissait d'un parchemin plié en deux et, curieuse, la petite frappa d'un coup net la ligne de pliure pour briser sa fibre durcie par le gel. A son grand ravissement, elle découvrit une carte des montagnes. La route de la troupe Garzorks figurait tracée en pointillés rouges et Haple préféra ne pas s'attarder sur la nature de l'encre utilisée. Mais elle étudia plus attentivement la trajectoire qu'ils avaient empruntée : partant d'Omyre, ils avaient pénétré les montagnes à l'Ouest et poursuivit vers le soleil levant jusqu'à leur dernière halte au bord d'un lac. Ou plutôt, leur dernière halte volontaire...

(Un lac, oui). Un lac permettrait à l'exploratrice en herbe de se désaltérer avec autre chose que de la glace fondue. Et peut-être trouverait-elle là-bas d'autres vestiges d'un campement pour compléter son équipement ou bien même, si la chance lui souriait, une caravane marchande de passage. A cette altitude, les sources d'eau fraîche devaient se faire rares et un lac serait donc un point de passage pour tous voyageurs des cimes. Avec ce vague but en tête, elle rangea donc ses maigres possessions dans le tambour après l'avoir renversé pour en faire un sac de fortune. Et finalement, elle fixa la bandoulière de l'instrument sur son épaule et partit à la rencontre de sa destinée qui devait ce jour-ci prendre la forme d'un loup au museau givré...

>>C'est l'heure de la fessée !

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Lun 14 Sep 2015 00:10 
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(((précédemment: 4. Levé de Coude)))

5. A la charrette

Après avoir racheté pour à peine quelques dizaines de yus un kilogramme du minéral des mineurs trop heureux de pouvoir vendre une trouvaille particulièrement malheureuse, Morte avait examiné l’objet. Sans être certain de ce que c’était, il était pratiquement sûr qu’aucun collectionneur n’en voudrait. Les cristaux n’étaient pas uniformes ou excentriques et n’avait pas une couleur particulièrement remarquable.
Morte s’était ensuite empressé de venir déposer l’achat au campement de Samson. Souvent, les marchands itinérants aisés ont de véritables caravanes. Lorsqu’ils arrivent dans la cité Thorkin, ils ne peuvent évidemment pas tout emmener avec eux, et laissent donc leurs charrettes et biens dans une aire spécialement prévue et réglementée. A l’entrée, des gardes tiennent un registre où ils notent leur identité, la durée de sa visite, et où il résidera en ville. Car évidement, un homme riche ne dort pas dans une large grotte creusée avec une voute culminant à vingt-cinq mètres, contrairement aux gardes et mercenaires qui gardent ses biens, mais dans des auberges.
Samson Toriak peut se permettre d’aller dormir à l’auberge, bien souvent il dort au campement même. S’il était arrivé à Morte de venir apporter des objets au marchand et de le voir dormir dans une couche près de la charrette, jamais ses gardes, eux, ne semblaient dormir. Samson n’était jamais accompagné des mêmes personnes, et pourtant tous semblaient partager ce goût pour le silence, l’air dur et impénétrable et l’envie d’impressionner.
Morte passe le poste des gardes, qui l’observent méticuleusement. Les étrangers, bon ou mauvais commerçant, mendiant ou riche marchand, bien que tolérés à Mertar, ne sont pas bien vus par les Thorkins. Les nains retiennent les étrangers qu’ils croisent et ils les soupçonnent en premier si quoi que ce soit arrive. C’est pourquoi la garde à l’entrée de la ville prend grand soin de noter l’identité des visiteurs, et de retenir qui les fréquente.
Une fois qu’il les a dépassés, il continue tout droit sur cent mètres puis tourne à droite et continue en diagonale sur deux cent mètres. Déjà au loin il voit la charrette, se dégageant de ses peu nombreuses voisines par son manque d’envergure. Un petit feu fume et une haute silhouette se dégage à ses côtés. Plus Morte s’approche, mieux il peut distinguer l’homme qui l’attend. Haut de un mètre soixante-quinze, il n’est finalement pas si impressionnant pour un humain. Il doit peser dans les quatre-vingt-dix kilos kilogrammes, ce qui se reflète dans une carrure imposante et musclée. Vêtu d’un plastron et de protections aux jambes et aux bras en cuir, il a des cheveux châtains, longs, tenus en queue de cheval.
Le garde le regarde approcher sans prononcer un mot. Le Thorkin arrive à quelques mètres de lui et aperçoit, posé contre la charrette un long arc en bois noir. Il s’arrête et s’éclaircie la voix le temps de trouver quoi dire.

"Hum, bonsoir. Je viens apporter cela," dit-il en tendant le sac dans lequel il a mis le minéral, "pour Samson Koriac."
Lorsqu’il dit cela, le garde pouffe et secoue la tête.
"Tu dois aussi rapporter une bourse si j’me souviens bien."
"Oui bien sûr !"

Et Morte, légèrement piqué, tend également la bourse. Non qu’il aurait tenté de la garder. Toutefois la non-chalence et le manque de respect de l’humain, qui le tutoie, attise tout de suite une certaine antipathie de la part du Thorkin. Le garde saisit les deux, et soupèse le premier, puis le second sac. Il fait une moue satisfaite et les pose dans la charrette avant d’aller s’assoir à côté du feu. Morte attend une second puis fait un pas dans sa direction.

"Hum, excusez-moi, mais Samson vous a-t-il parlé de mon paiement ? Hasarde-t-il.
"C’est le patron qui gère les sous, faut voir avec lui," lâche sur un ton détaché le garde, tout occupé à regarder dans le vide.

Morte comprend qu’il ne sert à rien d’insister plus, et d’ailleurs, Samson ne lui a-t-il pas dit lui-même qu’ils allaient se revoir bientôt ? Alors même qu’il pense cela, une voix l’interpelle dans son dos.

"Il m’a dit de te dire…" commence l’humain, avant de reprendre lorsque Morte s’est retourné, "qu’il fallait absolument que tu le retrouve au début de l’artère Est lorsque tu sortiras du boulot. Ça doit être pour ton paiement !"

Sans répondre, Morte reprend son chemin.


(((à suivre: 6. )))

_________________
Morte: Mage de Terre, Thorkin, niv.1


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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Ven 23 Sep 2016 23:03 
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Inscription: Sam 17 Sep 2016 03:05
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A peine suis-je dehors que mon regard s'envole, mes yeux se perdent dans le lointain. Devant moi se dressent majestueusement les pics des montagnes, gardiennes du peuple Nain. La neige éternelle, tel le manteau d'hiver, recouvre les sommets que je peux observer de ma position. Les sommets enneigés baignent dans la lumière du soleil, brillent de mille éclats... Cette blancheur immaculée m'inspire et me donne du baume au cœur. Ces entités immuables et tutélaires bornent l'horizon, nous protègent et nous veillent... Mais mon cœur s'étreint quand je pense à ces pourritures d'orques. Ils entachent la pureté de ce lieu divin, le souille de leurs simples présences.

Je me rends compte que j'ai par trop pris du retard et me dépêche de rejoindre ma cohorte, dévalant les sentiers montagneux en direction du col blanc qui permet de gagner nombres mines naines. Les pierres crissent sous mes pieds et bientôt, la neige remplace les graviers et je sens mes bottes la pénétrer, s'enfoncer dedans. J'éprouve moins de facilité à conserver mon rythme mais voyant que mes compères ne ralentissent pas, je me donne à fond.

(On est à la ramasse... T'as des jambes ou des mains pour supporter ta foutue carcasse Thror ?)

(La ferme Jorg. J'fais ce que j'peux, merde. Avoir l'âme d'mon frère en moi est déjà assez difficile, épargne moi au-moins tes remarques à la con.)

Ils s'arrêtent finalement et j'entends Korben demander à Hirsold, notre pisteur, de repérer d'éventuelles traces de passage. Ce dernier crache par terre et affirme que ce ne sera pas facile, la neige recouvrant peu à peu les indices. Il commence pourtant à avancer, le regard à l'affût et l'esprit acéré.

Il nous mène vers une petite forêt de conifères et semble perplexe, s'arrêtant quelques instants. Il renifle l'air et inspecte les arbres, le sol, cherchant des signes. C'est seulement au bout de quelques minutes qu'il nous hèle de venir. Il montre à Korben les branches cassées, les racines écrasée et indique que ce sont là autant de traces de passage de ces peaux-vertes puantes.

Il commence alors à partir dans un rire tonitruant et exaltant... qui réveille mon sang, mon envie de combattre. Me savoir proche de ces engeances maudites me donne des ailes.

"Bon ! Hirsold, tu pars devant." clame-t-il alors que le chasseur s'en va déjà. Il nous regarde ensuite tous et sourit comme un prédateur "Les gars ! On l'suit et on fait attention ! On approche de ces pourritures, pourrait y'en avoir d'embusqué j'sais pas où !"

C'est là que la véritable chasse commence. Les signes deviennent de plus en plus courants, évidents... Même moi j'en discerne un bon nombre. Je gravis une petite pente en compagnie d'mes camarades dont le sang bouillonnent tout comme le mien. Un cri soudain résonne alors dans le silence uniquement ponctué par le bruit de nos pas. C'est un hurlement strident, bestial... que je reconnais aussitôt. Il vient de ma droite et je dégaine aussitôt ma Titine. L'ennemi vient d'une pente où bon nombre d'arbres entravent les lignes de vue.

Je vois le premier qui sort des fourrés, sa gueule béante exsude la haine, ses yeux ne sont que le reflet de son âme putride. Grind et Dum se précipitent sur lui et dans un synchronisme parfait, ils enfoncent leurs épées dans le corps désormais sans vie du monstre qui s'affaisse piteusement au sol.

"R'vnez bande de cons ! On s'rassemble, que chacun se protège mutuellement ! Thror, c'est pas l'bon moment pour te laisser aller, garde ton sang-froid !"
hurle Korben à l'attention de mes camarades qui reviennent aussitôt. Les deux frères épéistes, Grind et Dum se positionnent sur la gauche, les lames brandies vers l'avant, prêtes à faire couler le sang. Hirsold lui, reste quelque peu en retrait et enclenche le complexe mécanisme de sa lourde arbalète de bois et de fer. Korben et moi sommes un peu en avant, lui avec sa masse bardée de pics d'acier, moi avec Titine, ma terrible hache à double tranchant.

D'autres hurlements strient le silence qui précède l'effervescence de la bataille. Des mouvements remuent les buissons qui nous surplombent et en jaillissent des peaux-vertes, plus d'une dizaine...

"Le sang va couler à flot mes frères ! Et ce ne sera pas le notre !" proclame Korben avec assurance.

"On va même pouvoir se baigner d'dans tant y'en aura !" rajouté- d'une voix énergique.

Le groupe entier rugit et passe à l'attaque. Un des premiers garzoks tombe, un carreau planté entre les deux yeux. Il ne ralentit pas la progression de ses camarades qui sautent par-dessus et se font accueillir par nos lames affûtées. Grind et Dum tailladent un orque qui a eu le malheur de croiser leurs chemin. N'en reste plus que huit.

Korben bondit d'une impulsion et fauche dans son élan deux des orques qui se brisent comme des poupées. Son attaque a été dévastatrice mais il se retrouve pris dans la mêlée et je saute dans la brèche qu'il a créé pour l'aider. J'en abats un premier d'un mouvement ample, l'éviscérant proprement. Korben pendant ce temps en a tué un autre et Hirsold également.

Les deux frère quant à eux se chargent d'endiguer la progression d'autres garzoks qui continuent d'affluer depuis la colline. Je ne leur dévoue qu'un fugace moment d'attention mais m'en trouve émerveillé. Ils sont comme des danseurs qui tuent sans répit ni difficulté. Un hurlement soudain me ramène à moi et je me fais bousculer par un coup d'épaule. Le crissement de l'acier m'avertit et je vois Korben qui pare un coup d'épée qui aurait dû m'embrocher...

Je me redresse aussitôt et m'attaque à un orque qui veut prendre Korben dans son angle mort. Ma Titine rencontre le mauvais acier de l'orque qui grogne et crache en exhibant ses crocs. Je ne vois en lui qu'une bête sauvage, atteinte par la rage. Je dois l'abattre comme le bûcheron abat le chêne.

Je donne un coup circulaire qui est dévié par une attaque sauvage de l'orque. Cette riposte me place dans une mauvaise posture car entraîné par le poids de mon arme, je me retrouve exposé à une contre-attaque féroce. Pourtant il n'en est rien... Je vois la pointe d'une épée surgir du torse de mon adversaire qui s'écroule à mes pieds.

Grind me tend la main et me tapote l'épaule en se moquant de moi.

"Plus capable d'te défendre par toi-même Thror ?! Bwahaha !"

"Je n'avais pas prévu qu'il me contre, cet enfant de putain." craché-je avec haine.

Korben s'approche alors de moi la mine sévère et s'apprête à me fustiger quand un terrible hurlement survient ! Une silhouette se dessine en hauteur. Elle s'approche à pas pesant et je contemple l'horreur. Un orque gigantesque me fait face. Il me regarde avec sa trogne d'animal, ses yeux sont injectés de sang. Il brandit sa grosse hache à double lame en beuglant.

"Bon, c'pas encore finit. C'doit être l'chef d'la troupe vu sa corpulence. Qui s'le prend les n'enfants ?!" demande Korben.

Je me porte aussitôt volontaire, désireux de laver mon honneur. Mais en même temps Dum lui aussi se propose. J'échange avec lui un regard complice et nous nous plaçons en face à face tandis que l'horrible garzok s'approche toujours. Chacun de nous met une main derrière son dos et après le signal, nous brandissons chacun le signe formé par notre main. Mes yeux pétillent de joie quand je vois que Dum a fait le ciseau et moi la pierre.

Je le regarde, haussant un sourcil et déclare :

"Bon bah, à moi l'tour ! Z'allez voir c'dont j'suis capable quand j'me concentre."

Je nettoie sur une peau de bête les lames de ma Titine et m'avance vers l'orque avant de l'insulter et de le provoquer :

"Viens voir papa pauv'étron puant ! Viens sentir la mort avec moi sac à foutre !"

L'orque se contente de hurler encore plus fort et commence à charger dans ma direction, la hache haute. Sa position basique laisse énormément de faille mais sa puissance me fait douter. Je sais bien qu'un seul coup peut m'être fatal... pourtant l'euphorie de la bataille me fait perdre tout sens commun. Je suis en parfaite communion avec mon opposant, n'ai comme lui qu'un seul but, le tuer, le massacrer.

Je rugis à mon tour et me précipite vers lui, la hache orientée vers le sol. Dès qu'l est assez proche, comme prévu, il essaie de m'asséner un brusque coup de hache de haut en bas. J'avais déjà anticipé sa réaction et bondit vers sa gauche avant d'élever à mon tour ma hache. L'orque, hébété, me regarde stupidement et l'une de mes lames vient se ficher dans son épaulette, sans toucher sa chair...

J'extirpe aussitôt ma lame et l'élève à hauteur de torse, prêt à réagir. La contre-attaque du garzok se ne fait pas attendre et il se lance dans une furieuse série d'attaques que je contre avec peine. L'acier crisse, hurle et naît de cette brutale confrontation des gerbes d'étincelles. Mes bras faiblissent car je me trouve forcé de parer pour ne pas crever. Pourtant, arrive le moment où je ne suis pas assez rapide et la hache de l'orque me touche au torse. Ma côte de maille accuse la majorité du choc mais s'ébranle sous l'intensité du choc et j'en ai le souffle coupé, plié en deux.

Régit par un instinct, je bascule vers la droite d'une roulade, juste avant que la hache de l'orque ne vienne se planter dans le sol glacé et la neige. Je vois là une occasion parfaite et abat ma propre arme sur la main de mon ennemi. Il ne voit rien venir et ne l'enlève pas à temps. Un moignon sanglant lui fait maintenant office de main droite qui tombe à terre, maculant la blanche poudreuse d'une teinte pourpre.

Sa réaction soudaine me surprend alors... Il rugit de plus belle et sans même regarder sa blessure, me flanque un solide coup d'épaule qui me déséquilibre et me fait tomber sur le dos. Je vois l'orque se soulève sa lourde hache d'une seule main et la pose sur son épaule. Il se rapproche alors de main et me donne un coup de pied dans le visage.

Mon nez me fait un mal de chien mais je me force à outrepasser cette douleur et d'une main qui tient toujours fermement le manche de ma Titine, la ramène vers l'avant et percute la cheville de l'orque. Ce dernier est à son tour déséquilibré et il tombe lourdement sur moi. D'une brusque impulsion je me dégage de son étreinte et reprend fébrilement mon souffle. Il ne me laisse pas de répit et rue sur moi. D'une attaque vicieuse, il me frappe le torse et entaille ma peau. Une large balafre serpente maintenant mon torse d'où le sang s'écoule abondement. Je crisse les dents et d'un coup de manche, frappe l'orque dans ses parties sensibles. Il couine et recule précipitamment se les tenant tandis que je passe une main sur mon entaille. Elle me fait mal... trop mal...

Le garzok me regarde d'un air méchant et crache à mes pieds avant de se lancer dans une nouvelle charge sauvage. Sa main gauche soulève sa hache et la fait tournoyer dans les airs alors que je l'élance vers lui et donne un coup rapide dans sa panse. Cette fois, le sang gicle, car il n'est pas protégé à cet endroit. Ce coup et la blessure que je me suis vue infligée me fatigue pourtant beaucoup et je commence à haleter sérieusement. Dès que je respire, je ressens son coup, la plaie s'agrandit, m'arrache des grimaces...

Il mugit alors et abat avec fracas sa terrible arme, mais par chance, je suis trop proche de lui et il n'a pas le temps de rectifier son attaque. La lame vient se planter juste derrière moi et seul le manche me touche, s'abattant sur le haut de mon crâne. Je grogne, la vision soudain trouble, la hache toujours en main.

Je lui flanque un coup de tête dans le menton et d'une ruade, le force à reculer. Il continue de beugler et je m'efforce alors de donner le coup final. Je me jette sur lui tout en élevant ma Titine et d'une brusque impulsion l'envoie dans la crâne de mon ennemi. Ce dernier laisse tomber sa hache tandis que ses jambes vacillent. Il s’écroule quelques secondes plus tard par terre et ma Titine m'échappe des mains.

Je suis exténué par ce combat et tombe à genoux, tremblant. Un sourire éclaire cependant mon visage. Je suis si fier de l'avoir tué, d'en être venu à bout.

(Mais ce n'est qu'un début. Je vais devenir bien plus fort, et des comme ça, j'vais en massacrer à la douzaine.)

Je sens alors la main de Korben sur mon épaule et d'un ton chaleureux il me félicite pour ce combat.

"J'suis bien content d'toi, et fier d't'avoir comme frère d'arme. M'enfin, vu l'sale coup que t'as reçu, va pas falloir traîner ici. Les gars, on retourne à Mertar ! Et portez Thror, j'ai pas envie qu'il m'claque dans les doigts !"

Mes compagnons se précipitent alors vers moi et me portent à bout de bras tandis que le troisième, Hirsold, arrache un bout de tissu et met de l'alcool dessus avant de l'apposer sur ma blessure. Je grogne mais ne me plaint pas c'serait pas digne d'un nain. M'enfin, j'dois bien avouer que c'est foutrement douloureux.

Le traqueur me donne à boire c'qu'il reste et j'avale ce liquide brûlant avec entrain. Ma tête dodeline alors et mes paupières commencent de se fermer. A mes oreilles ne résonnent plus qu'un bourdonnement et je tombe finalement dans les limbes de l'inconscience.

_________________
----------------------------

Chef : Qu'il y a-t-il de mieux dans la vie ?
Guerrier : L'immense steppe, un rapide coursier, des faucons à ton poing et le vent dans tes cheveux.
Chef : Faux ! Conan, qu'il y a-t-il de mieux dans la vie ?
Conan : Écraser ses ennemis, les voir mourir devant soi et entendre les lamentations de leurs femmes.
Chef : C'est bien.



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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Dim 12 Mar 2017 21:39 
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Chapitre XII : Désillusion et Perfectionnement



En touchant la bosse poindre à l’arrière de son crâne, Cherock grimaça de douleur.

« Toujours aussi douloureux ?

- Oui, mais ça s’est calmé avec les herbes de Pétunia. Heureusement qu’elle est là !

- Ca passera avec le temps, et ta télékinésie ? T’en est où ?

- Ca avance pas de ce côté-là par contre, et je commence à désespérer ! » déplora Cherock, sa cuillère en bois dans la main.


Cela faisait maintenant 2 jours que le convoi avait quitté Luminion, le surlendemain de l’agression de Cherock. Le lendemain avait été dédié à la récupération de celui-ci après avoir été voir le guérisseur de Gaïa de la garnison qui était de faction, ainsi qu’au repos des chevaux et le réapprovisionnement pour les derniers jours de voyage.
Noruk parti en ville pour retrouver un ami de longue date, tandis que Jorund, Yveltam et Gramaar en profitèrent pour vendre quelques produits d’Ynorie, notamment quelques rouleaux de Soie au château du Duc de Luminion, où un certain elfe faisait à ce qu’on disait un peu de raffut.

Ils repartirent le lendemain aux aurores en remerciant l’hospitalité de Rogoune, se dirigeant vers l’étape la plus difficile du voyage, à savoir le Col Blanc.
Pendant les deux jours qui suivirent, à l’arrière de de la charrette de Brumal où le mage commençait à avoir ses habitudes, il s’entraîna à déplacer une cuillère en bois par la force de son fluide sous le regard interrogatif et amusé de son ami Hïo. Celui-ci s’était d’ailleurs trouvé une passion pour la sculpture sur bois, ses doigts de fée de forgeron le faisant progresser vite. Ainsi il taillait dans de l’écorce ou le bois ce qu’il voyait, parfois une fleur isolée sur un rocher, à un autre moment un bouloum gourmand qui les regarda passer la queue enroulée autour d’une pomme.
Cette sculpture d’ailleurs fut offerte le soir-même à Quibim qui accepta en rougissant avant de poursuivre en hurlant, couteau à la main, le sculpteur en herbe hilare quand celui-ci dit : « Tu sais, faire cette sculpture m’a fait penser à ce pauvre bouloum que tu avais épingler au tronc d’arbre au début du voyage. Et ça me rappelle que même si tu es une Dame naine, tu restes quand même la terrifiante tueuse de bouloum ! T’es sûre de pas être UN nain ? »

Cherock sourit en voyant la naine folle de rage courir après le jeune homme qui lui tirait la langue, avant d’éclater franchement de rire quand celui-ci devint blanc comme neige alors qu’aillant chuter sur une pierre, un couteau de Quibim vint se ficher dans la terre juste devant sa virilité. Il s’excusa platement auprès de la dame avant de recevoir sur la tête sa sculpture avec un couteau planté dedans, Quibim s’éloignant d’un pas furieux. Là, c’est tout le groupe qui s’écroula en se tenant les côtes devant le ridicule de la situation, même l’impassible Drom esquissa un sourire.
Après avoir essuyé des larmes de rire, Cherock se reconcentra sur la cuillère de bois posé devant lui.
(Fermer les yeux. Chercher mon fluide. Le concentrer dans ma main.)
Il expira lentement.
(Maintenant, la forme du disque. La rotation. Voilà…)

Après 5 minutes de préparation, le mage positionna sa main au-dessus de la cuillère de bois, et fit accélérer le disque.

La cuillère ne bougea pas.

Le mage fit accélérer encore le disque, sentant le fluide s’échauffer dans sa paume.

La cuillère ne bougea pas.

Serrant, les dents, Cherock donna tout ce qu’il avait, une veine palpitante dans son coup tendu semblait même sur le point d’exploser, et son œil bleu irradiait du courant de fluide qui passait à l’intérieur.

La cuillère ne bougea pas.

Le mage se laissa tomber en arrière, à bout de souffle. Fouillant sa poche de la main, il en tira le yus qu’il avait gardé avec lui, avec l'accord de Brumal.

(Pourquoi j’arrive à t’attirer toi ?)

Fatigué de chercher, le jeune mage alla manger avec les autres avant de filer prendre le premier tour de garde, cuillère en main.

Ce programme se répéta le lendemain, et aujourd’hui encore, la cuillère ne daigna pas bouger.
Le froid de plus se faisait de plus en plus mordant, et les mitaines/gants de laine ne furent pas de trop pour continuer à qui de tailler, à qui d’user de la magie.

« Décidément, cette cuillère ne veut toujours pas bouger…

- Et si tu réessayais avec la pièce ? Si ça se trouve, la cuillère est trop lourde encore pour tes petits pouvoirs ! se moqua Hïo.

- Super, le pouvoir de bouger seulement des objets pas plus lourd qu’une pièce, génial ! » répliqua avec cynisme le jeune Ynorieno-Wielhenois en se munissant tout de même de la pièce, et en la posant devant lui.


De nouveau, le mage convoqua sa magie, et à force de pratque, convoqua en moins de 2 minutes le disque tournant de fluide dans sa main.
La pièce décolla rapidement pour aller voler dans la main de Cherock, sous le regard estomaqué de Hïo.

« Nom de Rana !

- Mmmh… J’ai atteint la vitesse de rotation nécessaire à la faire décoller bien plus vite que la dernière fois avec mon entrainement…

- C’est dingue vieux ! Mais fait moi voir la pièce ? Peut-être que je peux faire pareil, que c'est la pièce qui est magique ! »

Cherock lui lança la pièce et lorsque Hïo referma ses doigts dénudés dessus, il lâcha la pièce avec un petit cri de surprise en se tenant la main.

« Eh ! Mais j’ai pris une décharge avec ta pièce !

- Comment ça une décharge ?

- Ramasse là tu verras bien ! » dit Hïo en examinant ses doigts.

Cherock pris la pièce d’une main gantée et approcha prudemment un doigt nu de la pièce jusqu’à la toucher, mais ne ressentit rien de douloureux. Cherock fit tournoyer la pièce en l’air, la rattrapa dans sa main, sans rien ressentir.

« Je ne ressens rien moi. Tiens touche la en même temps que moi, c’est peut-être mon fluide qui m’y immunise. » proposa le mage en tendant la pièce à son ami, qui la toucha craintivement de l’index avant de le retirer violemment.

« Non non, je prends des chocs ! Comme si la pièce était devenue électrique.

- C’est mon fluide qui doit en être la cause, pourtant quand tu me piquais ma cuillère en bois tu ne ressentait rien si ?

- Ah non non, sinon crois moi que j’aurai rapidement arrêter de t’embêter ! »

(C’est bizarre quand même, seule la pièce électrocute et est attiré par mon fluide... Mon pouvoir ne doit marcher que sur un certain type d’objet, je dois vérifier ça.)

« Eh Hïo.

- Qu’est-ce qu’il y a ? répondit le forgeron suspicieux.

- Tu veux bien me filer un coup de main ? »

- - - - - - -

Pomme, bague, écharpe, caillou de la taille d’un poing, tasse d’eau en terre cuite, dague : tels étaient les objets qui étaient rassemblés devant Cherock. Les deux amis avaient réuni le maximum d’objets hétéroclites pour déterminer si la magie de Cherock attirait d’autres objets, et si oui, les points communs qu’ils avaient.
En concentrant sa magie dans la paume, et en le faisant tourner jusqu’à une rotation satisfaisante, le jeune homme positionna devant le premier objet de sa liste, à savoir la pomme. A sa grande surprise, la pomme ne bougea pas, mais la bague situé 20 centimètres à côté commença à bouger, se rapprocha puis finalement s’envola pour atteindre la main de Cherock.

« Bon, la pomme et le bois, ça ne marche pas, donc le végétal on oublie ; par contre, la bague a volé dans ta main alors que tu ne la dirigeais pas dans sa direction, donc ton pouvoir à un champ d’action plus large.

- Bien vu, mais dommage moi qui voulait pouvoir attraper de la nourriture sans avoir à bouger… passons à la suite. »

L’écharpe ne donna pas plus de résultat, comme le caillou.

« Mmmh, si le caillou ne marche pas, ce n’est pas minéral non plus alors. »

Même constat pour l’objet suivant : ni la tasse de terre, ni l’eau qu’elle contenait ne réagissait à la magie.
Lorsqu’enfin la main de Cherock commença à se rapprocher, celle-ci bougea un peu, puis décolla pour aller rejoindre la main du mage, accélérant de plus en plus à mesure qu’elle s’approchait de la source de magie, à l’instar de la bague et la pièce. Et cette fois-ci encore, lâcher l’objet s’avéra difficile, et sa curieuse particularité adhésive cessa à l’instant où le fulguromancien cessa sa magie.

(Une dague, un yus et une bague. Leur seul point en commun, c’est qu’ils sont composés de métaux ; ma magie de foudre affecterait donc les métaux !)

« Les objets en métaux seraient donc sensibles à la foudre ? remarqua Hïo, qui en était venu à la même conclusion.

- Il n’y a qu’une seule manière de le savoir… » dit le mage en sortant le cadeau de sa mère, et en générant le disque tournoyant.
Sous le coup de l’excitation, Cherock ne fit pas attention qu’il commençait à effectuer la rotation de son disque dans le sens inverse de son habitude, aussi fut-il surpris quand la bille au bout de la chaîne s’éloigna de la main comme repoussé, au lieu d’être attirée.

« Mmmh ? Qu’est ce qui se passe ? » marmonna en augmentant la rotation de son disque, ce qui eut l’effet inverse : la chaîne se tenait maintenant parfaitement parallèle au sol.
Le mage fit passer l’anneau à sa main gauche, et lâcha l’objet de son autre main : la bille tendait la chaînette comme si elle voulait se désolidariser du bijou. Il fit tourner sa main dans tous les sens, même en la mettant paume vers le haut ce qui donna une situation des plus irréalistes : une chaîne aussi droite qu’une tige de fer, mais dont les maillons continuaient de donner sa souplesse à l’ensemble lorsqu’on les touchait.

(Ce n’est pas possible, pourquoi l’argent ne réagit pas comme les autres métaux ?) pensa Cherock avant de se concentrer sur son disque et se rendre compte de l’anomalie.

Hïo, lui, était dépassé par les évènements. Aussi ne dit-il rien lorsque la bille d’argent retomba dans sa paume, puis pendue dans le vide après que la main ait été retourné.
Cependant, lorsque cette dernière remonta dans sa main, daignant enfin être attirée par la magie, s’en fut trop pour le forgeron.

« Bon sang Cherock, tu peux me dire ce qui se passe ??

- C’est simple Hïo… Quand je fais tourner ma magie vers la gauche, j’attire les objets métalliques ; lorsque que c’est dans l’autre sens, je les repousse !

- Mais ça n’a aucun sens ! Tu maîtrises le fluide de foudre ! Comment pourrais-tu…

- Eh les jeunes ! les interpella Brumal en désignant un petit bosquet d’arbres, on s’arrête ici pour aujourd’hui ! Allez chercher des branchages, un bon feu ne s’ra pas d’trop c’te nuit, demain on attaque le Col Blanc ! »


A suivre…

_________________


Dernière édition par Tergeist le Lun 20 Mar 2017 10:29, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Dim 12 Mar 2017 21:49 
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Chapitre XIII : Le Col Blanc



Cette fois, c’était sûr ; Cherock allait mourir de froid. En cette deuxième journée dans le Col Blanc, il pensa perdre une demi-douzaine de fois ses doigts malgré la double paire de gants qu’il avait enfilés.


La veille en fin d’après-midi, le blizzard hebdomadaire du Col se leva, et dans ce genre de situation, il n’y avait que 2 solutions : rebrousser chemin ou continuer de marcher toute la nuit. Une nuit de sommeil par un froid aussi intense serait la dernière pour n’importe quel être vivant non habitué à ce climat. Rebrousser chemin était impensable, la moindre descente sous une telle tempête sanctionnerait la moindre chute d’une mort définitive, ce qui aurait été regrettable.
Ne restait plus qu’à faire marcher les chevaux de traits percherons 2 jours durant, tâche qui leurs auraient été aisé d’accomplir sans toute cette neige. Néanmoins, ceux-ci sont rompus au passage du Col et allaient le prouve une fois encore.
Les aurores Boréales furent les bienvenues en cette nuit, éclairant par intermittence le paysage pour que Brumal et Cherock ne tombent pas dans une crevasse par inadvertance. Blanche fut la neige, blanche fut la nuit.
Enfin, la neige n’était pas tout à fait blanche : les lumières célestes les teintaient de toute une palette de verts, et illuminaient chaque flocon du blizzard d’une lueur spectrale verdâtre, comme si d’un coup le ciel se parait d’étoiles vertes, malgré ses lourds nuages.
Cherock, quant à lui, brava les éléments en compagnie de Brumal, un père d’yeux n’étant pas de trop pour repérer les dangers. Une lamelle de bœuf séché entre les dents, il se sustenta comme il put, cette nourriture étant la seule à pouvoir supporter le froid sans devenir immangeable.

« Valyus tout puissant ! Ce climat est invivable !


- Et encore, beugla dans le vent Brumal, c’t’une petite tempête ! J’en ai connu qui arrachèrent les toiles des charrettes !

- Le climat est-il aussi rude à Mertar ? cria en retour Cherock.

- Bien sûr qu’non ! Sinon, y’a belle lurette qu’nous aussi on aurait disparu, comme les dragons de foudre ! »

Refermant les pans de sa couverture, Cherock se concentra sur la route jusqu’au petit matin, économisant ses forces dans le silence du vent hurlant autour de lui.
Au petit matin, durant une accalmie, les charrettes du convoi communiquèrent entre elles pour vérifier que tout le monde était bien présent et en un seul morceau, ce qui se révéla être le cas.
Peu de temps après l’accalmie, la charrette des jumeaux s’embourba dans une petite congère, et le convoi s’arrêta momentanément le temps que tous soulèvent la charrette pour la débloquer, à grands renforts de jurons tous plus fleuris les uns que les autres, le " Saloperie de ******** de ******** qui ******** " d’Yveltam étant particulièrement saisissant dans la bouche d’une femme, aussi naine fut-elle.

Le convoi repartit au bout d’une vingtaine de minutes, et recommença sa pénible ascension, sous un déluge de neige toujours plus important.

- - - - - -

(Je vais perdre un doigt à ce rythme !) pensait Cherock. en se frottant vigoureusement les mains, essayant d’emmagasiner un peu de chaleur.
(Peut être que ma magie va réchauffer mon corps ?)

La déception fut présente : le fluide parcourant son corps lui donnait une sensation de chaleur, mais seulement au niveau de sa paume ; ses doigts lui donnaient toujours l’impression d’être transpercé par une pleine poignée d’échardes et de vouloir se détacher phalange par phalange. Il ne maîtrisait pas encore assez sa magie pour la diffuser jusque dans ses doigts.
Au loin,
Le mage observa le Thorkin à sa droite : lui ne semblait pas souffrir du froid malgré le simple veston de fourrure qu’il portait depuis le début de l’ascension, pourtant il avait le regard soucieux et gardait depuis le matin Dunn’kur à portée de main.

« Vous craignez qu’il y ait des bêtes sauvages qui attaquent les charrettes ? demanda son passager.

- Ben c’m’ai jamais arrivé pour être franc, mais on est jamais trop prudent, des fois qu’on tomb’rait sur un Gakhaï ou pire, un Grizzly.

- Un Gakhaï ?

- C’t’une bestioles des montagnes, un genre de phacochère des neiges s’tu préfères. Y sont pas féroces ou carnivores, mais l’printemps approche et leurs femelles doivent déjà être fécondées, alors tout d’suite ils deviennent plus agressifs quand ils se sentent en danger. Enfin seulement pour les mâles.

- Et… C’est dangereux comme bestiole ?

- C’pas ça leur problème : le truc, c’est qu’ils sont insaisissables dans la neige, trop agile pour nous les Thorkins, même pour vous qu’avez plus d’allonge. Alors quand ils te prennent pour cible, bonne chance pour leur porter un coup !»

(Espérons qu’on ne tombera pas sur un de ces trucs, ça pourrait mal finir.)

Cherock se replongea dans l’observation du paysage à l’affût d’une éventuelle crevasse ou tout autre danger pour la caravane de tête. Le vent s’étant calmé, la tempête touchait maintenant à sa fin selon le nain qui en profita pour laisser les rênes au jeune homme le temps que celui-ci aille récupérer un morceau de bœuf séché.
Les deux percherons sentirent que leur guide n’était plus la même personne, mais ils n’en tinrent pas compte, en bons chevaux qu’ils étaient. Ils savaient l’arrivée toute proche, et n’avaient qu’une hâte, c’était de retrouver le confort de leurs écuries mertariennes. De plus, ils se trouvaient dans un passage des plus dangereux : la route passait le long d’une falaise, avec un vertigineux à-pic sur leur droite, où la moindre chute ne menait qu’a une seule conclusion, la mort.

Scrutant la route pour ne pas faire tomber la charrette dans une congère, le fulguromancien ne remarqua pas les deux ombres qui se déplaçait discrètement sur la ligne de crête, un peu plus loin sur leur gauche. Celles-ci observèrent le convoi, et d’une consultation du regard, décidèrent de la zone à cibler, là où les congères étaient les plus fragiles.
Une avalanche est si vite arrivée en montagne…

- - - - - - -

« On y est presque gamin ! Après c’te tournant, on arrive au VRAI Col Blanc !

- Comment ça le vrai ? demanda le mage, inquiet à l’idée d’affronter une zone montagneuse plus froide encore.

- C’est une route bien plate que nos ancêtres ont construit pour faciliter le trafic, informa Pétunia qui faisait l’inventaire à l’arrière de la charrette.

- Ca, c’tait avant de se rendre compte que même pour des Thorkins, terraformer et aplanir une route entière dans les montagnes, c’est un peu trop ambitieux ! » répondit le nain en partant dans un autre de ses grands éclats de rire qu’il réprima aussitôt.

Le mage regarda alors craintivement la falaise, à la recherche d’un quelconque signe d’une avalanche imminente. Les Thorkins les avaient brieffer avant de rentrer dans le Col : les avalanches, ces monstrueuses coulées de neiges destructrices, pouvaient être déclenchée par le moindre stimulis comme une onde de choc ou une onde sonore un peu trop forte, ce qui pourraient tous les condamner. Aussi Brumal s’adressa directement à Cherock avec ces mots : « Tant qu’on est encore dans l’Col, pas d’sort de foudre ! La détonation déclencherait à coup sûr une avalanche. »

Les blanches falaises restaient immobiles, sculptées par les vents du blizzard de la nuit. Et aucun grondement sourd n’annonçait l’arrivée imminente d’une masse de neige prête à les engloutir. Cherock poussa un soupir de soulagement, quand une détonation sourde résonna dans le col, typique d’un éclair s’abattant sur le sol, déchirant l’air. Sauf que le temps était on ne peut plus clair, et donc aucune possibilité de nuage d’orage.
Brumal se retourna immédiatement vers Cherock, les traits déformés par l’incompréhension et la peur, avant de voir le visage abasourdit de celui-ci et d’attendre une deuxième détonation, semblant venir de la crête, au-dessus d’eux.
Un grondement terrible se fit entendre, et Brumal hurla : « BOUGEZ VOUS !! UNE AVALANCHE !!!! » avant d’ordonner aux chevaux d’avancer le plus vite possible.

La caravane se mit en branle comme un seul homme, forçant les bêtes tractant les charrettes à accélérer au-delà du raisonnable en montagne, surtout pour des chevaux déjà épuisé par la nuit blanche. De l’écume à la bouche, les deux percherons de Brumal trébuchèrent, mais muent par une peur somme toute compréhensible, réussirent à garder leur équilibre pour continuer leur course effrénée dans la neige.
(Valyus tout puissant ! Qu’est-ce que c’est que ce bordel ??? ) jura le mage en regardant la masse de neige lentement se mettre en mouvement et accélérer.

Il restait une centaine de mètres avant que l’avalanche ne les atteigne, et plus elle avançait, plus elle s’élargissait. « Si jamais l’avalanche nous prend, saute ! T’auras pt’être une chance de survivre en dehors d’la charrette ! » hurla Brumal en serrant les dents, les doigts crispés sur les rênes à les battre toujours plus fort comme si cela pouvait faire avancer les chevaux à plus vite.

80 mètres.
Cherock se retourne et capta le regard de Drom qui suivait de près leur charrette. Le visage de celui-ci n’exprimait aucune émotion, mais au fond de ses yeux brillaient une détermination et une volonté aussi froide que le cataclysme qui allait leur tomber dessus. Tout le contraire de son passager Gramaar.

60 mètres.
Un bosquet de conifères ralentit un temps l’avalanche, faisant gagner 2 précieuses secondes au convoi. Ils furent déracinés et rendirent encore plus dangereuse la vague de neige, remplit maintenant de dizaines d’échardes et autres épieux/branches brisées. Ses malheureuses victimes seront compressées par les tonnes de poudreuses avant d’être réduits en charpie par les éclats de bois.

40 mètres.
La charrette de Brumal passe sous un aplomb de roche qui, estime-t-il, bloquera l’élargissement de l’avalanche de ce côté-ci de la route. Les talonnant, celle de Drom qui transportait un Gramaar apeuré se mit elle aussi à l’abri.

20 mètres.
Brumal et Drom continuèrent de s’éloigner pour laisser la place aux autres d’arrivés, comme ce fut le cas pour celle de Jorund et Yveltam puis celle de Quibim accompagné de Hïo un instant après. Le hongre de Quibim, aillant fait fi de la douleur pendant le sprint, semblait néanmoins s’être tordu la patte.

0 mètre.
Alors que l’attelage de Noruk arrivait, l’avalanche fondit sur la charrette et l’emporta avec elle dans le vide, alors que les chevaux attachés hennissaient de panique en se sentant tirés en arrière, la charrette les emmenant avec elle. Noruk ne dû sa survie qu’à un réflexe salvateur et une chance hors du commun : en sentant brusquement l’arrière de son moyen de transport être entrainé dans la coulée, le thorkin lâcha les rênes et sauta à l’abri de l’aplomb pour être récupéré par un Jorund ayant retrouvé toute la force de son bras droit.
Les jumeaux, eux, n’eurent pas cette chance. Dans un cri d’une terreur absolue vite etouffé par le grondement de l’avalanche, Frior et Fruar furent happés par le maelstrom de neige, de glace et de bois, et entrainés dans le ravin.

Pendant de longues secondes, le reste de l’avalanche dévala la pente, pour ensuite s’immobiliser, condamnant pour un temps cette route aux voyageurs.

Une longue plainte déchira l’espace redevenu silencieux.

A suivre…

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Lun 24 Juil 2017 17:28 
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Avant de quitter la commanderie, je prends encore un instant pour informer le Commandeur Illinwë, grâce à mon nécessaire d'écriture télépathique, que je me mets en route pour Mertar. J'aurais bien évidemment préféré avoir le loisir de me soigner correctement avant d'entreprendre un nouveau périple, mais l'idée de découvrir la légendaire cité Thorkine et Clair de lune, que je n'ai jamais vue, compense largement le désagrément. Reste que c'est en boitillant que je laisse Luminion derrière moi pour m'engager sur le chemin qui file plein est, droit sur les plus hauts sommets de Nirtim qui semblent trôner sur le paysage tels des monarques intemporels couronnés de neiges éternelles.

Sinwaë paraît ravi de retrouver la nature sauvage de ces contrées, un environnement bien plus adapté à sa nature que les rues d'une ville ou l'intérieur d'un bâtiment, si vaste soit-il. Il crapahute joyeusement autour de moi, fouinant ici et là, fourrant son museau pointu dans le moindre trou en quête d'une proie à débusquer. Cette première partie de mon périple est relativement fréquentée, par des marchands principalement. Aucun ne peut m'indiquer la route précise pour parvenir à Mertar, malheureusement, tous viennent du sud et ignorent comment rejoindre la mythique cité Thorkine. L'un d'eux évoque toutefois l'existence d'un discret chemin poursuivant vers l'est, qui débuterait selon ses dires à l'endroit où la route principale oblique vers le sud. Je le remercie pour cet indice et poursuis mon voyage après avoir partagé un repas avec lui, marchant d'un bon pas malgré mon handicap jusqu'à ce que le soleil se couche.

Je fais halte près d'un petit ruisseau cascadant entre les épineux et les rochers, quel plaisir de voyager sans craindre en permanence une embuscade Garzok et être contraint de se dissimuler sans cesse! La région dégage une impression de paix profonde, seuls les chants des oiseaux, le vrombissement des insectes et le léger murmure du ru troublent le silence de ces grands espaces vierges. Omyre pourrait se trouver à un monde d'ici, je sais que c'est totalement faux et qu'il suffirait qu'Oaxaca le décide pour que ces montagnes ruissellent de sang, mais c'est malgré tout un sentiment bienfaisant qui me permet de prendre un peu de recul par rapport à ce que j'ai vécu ces derniers temps.

A bien y songer, mon existence a basculé le jour où j'ai rencontré Faryä. C'est comme si j'avais passé un cap, ou un croisement, dont je ne sais pas trop s'il me rapproche ou, au contraire, m'éloigne du fil d'or de mon Destin. J'ai énormément appris depuis les incidents qui se sont déroulés dans ce qui est devenu par la suite la nouvelle commanderie de notre Ordre, mais...mais tous mes actes ont depuis lors été influencés par la Shaakte. Plutôt que de faire mes propres choix en toute liberté, j'ai suivi presque aveuglément la trame de ses manigances, ce qui me donne maintenant la détestable impression d'avoir bien contre mon gré endossé le rôle du pantin manipulable à l'envi. C'est déjà désagréable en soi, mais ce qui me dérange le plus c'est que, de manière insidieuse, Faryä pourrait influencer le destin de l'Ordre au travers moi. Et cela, je ne peux le tolérer. Je dois absolument reprendre en mains les rênes de ma destinée, mais comment, et pour aller où? Ma sombre amante a tissé avec adresse une toile complexe et floue à souhait, entremêlant d'innombrables fils en un noeud propre à décourager toute tentative de dénouement. Caix Imoros, Omyre, Royaume Kendran, Ynorie et même Khonfas, tous sont impliqués dans les plans occultes de la belle Shaakte.

Et avec moi c'est le Naora qu'elle tente d'inclure dans sa toile, je ne suis pas aveugle au point de croire que son incitation à me faire aller à Nessima ne visait qu'à me permettre de retrouver cette foutue cape de Revan. Je suis encore effaré de l'ampleur de ses connaissances sur moi et ma famille, elle savait que mon père entretenait des liens commerciaux avec Mertar, connaissait même son nom et n'ignorait rien de ce que j'ai fait aux alentours de Khonfas. Or je n'ai pas oublié que mon paternel, contraint sans doute par l'Ithilauster Averenn mais cela n'excuse de loin pas tout, s'était acoquiné avec les Shaakts d'Imfitil pour sceller ma perte et celle de l'Opale. De là à penser qu'Averenn a conclu un pacte avec les Elfes Noirs il n'y a qu'un pas et, si c'est le cas, les implications dépassent de très loin ma personne ou l'Ordre de l'Opale. De toute évidence nous ne sommes que des pions mineurs sur l'échiquier, notre position est précaire et nous n'avons ni le pouvoir ni l'influence qui pourraient justifier la mise en place d'un plan aussi complexe. Mais alors quoi, bon sang?!

(Quel est le rôle de Nessima dans l'organisation du Naora, Tanaëth? Et quel rôle tenait ta famille à Nessima?)

Mon coeur manque un battement aux questions impromptues de ma Faëra et je me statufie en ouvrant de grands yeux incrédules, qui ne tardent pas à s'étrécir de concentration alors que je tire les conclusions qui s'imposent à la suite de ces interrogations redoutables de perspicacité.

(Avec l'éviction de ma famille, Averenn accroît indirectement son influence sur l'armée. Cela ne lui servirait à rien si le Naora avait un roi et une reine, mais en l'état...non, c'est impossible. Averenn est puissant et influent, certes, mais ce n'est pas lui qui dirige le clergé, ni même les troupes de Nessima. Il ne peut décider seul de déployer l'armée du Naora et jamais l'Ithil Taerym actuel ne consentirait à affaiblir massivement la défense du Royaume en envoyant nos troupes à l'étranger. Pas après la chute de Sor-Tini et l'attaque sur Tahelta. Et de toute manière, jamais les Sindeldi n'accepteraient de s'allier aux Shaakts pour tenter de renverser Oaxaca. ça n'a aucun sens, avec un truc pareil ce serait la guerre civile assurée. Averenn renforce son pouvoir avec tout ça et je ne doute pas une seconde que ce soit l'un de ses objectifs, mais ça n'explique pas le lien avec les Elfes Noirs.)

(Et si l'Ithil Taerym était, disons, assassiné? Qui prendrait sa place? Quelle serait sa politique?)

(Je n'en sais fichtre rien, Syndalywë, ça fait plus de trente ans que je n'ai pas mis les pieds au Naora. Et à l'époque je ne m'intéressais pas franchement aux magouilles politiques.)

(Revenons alors à Nessima et au Domaine de Farcha? Qu'est-ce qui pourrait inciter les Shaakts à pactiser avec Averenn, sachant que l'influence de ce dernier s'étend principalement là? Et lui, que gagne-t'il à s'allier à eux? Il n'en a pas besoin pour simplement accroître son pouvoir sur l'armée du Naora, évincer ta famille et s'approprier le quasi monopole de l'importation des métaux destinés aux armes et armures lui a permis d'atteindre ce but, non?)

(Non. Autrement dit il vise plus haut, mais je ne connais pas assez les rouages occultes du clergé et de la politique en général pour deviner ce qu'il ambitionne. Quand au Domaine de Farcha, il y a bien les Erüions du désert de Sarnissa, affiliés de près aux Shaakts, qui rêvent de retrouver leur ancienne puissance et de se venger de ce que nous leur avons fait subir. Mais ils se feraient exterminer s'ils s'avisaient de tenter de s'emparer de Nessima. Et tout véreux qu'il soit, je vois mal Averenn accepter la perte de son fief au profit de Shaakts, quoi qu'il ait à y gagner par ailleurs. Ça ne tient pas debout non plus.)

(Entre les termes de l'éventuel pacte conclu et les ambitions réelles des deux partis, il pourrait y avoir une différence significative, ne crois-tu pas?)

(C'est évident, mais j'ai beau exécrer Averenn, il n'en est pas moins intelligent et roublard. Il a été formé aux manoeuvres politiques occultes, à la manipulation de foules et d'individus, ce n'est pas le genre de type à se laisser embobiner facilement. Même par des Shaakts habiles en la matière. Il y a autre chose, mais je ne vois pas quoi.)

Je reprends ma route le lendemain matin sans avoir trouvé ne serait-ce qu'une ébauche de réponse satisfaisante, il me manque trop d'éléments pour démêler cet imbroglio tissé par bien plus experts que moi. Je parviens deux jours plus tard à l'endroit où la route oblique vers le sud, lieu où devrait démarrer le chemin conduisant vers Mertar. Je le cherche en vain durant plusieurs heures, suivant ici et là des semblants de sentiers qui, immanquablement, finissent par se perdre et disparaître dans les rochers. En désespoir de cause, je m'installe pour la nuit sur un petit replat rocheux dénué de végétation, en bordure de la route. J'aurais peut-être dû engager un guide connaissant le chemin à Luminion mais c'est un peu tard pour y songer, faire demi-tour m'ennuierait sérieusement. Je sais que des marchands circulent entre la bourgade Kendrane et la capitale Thorkine, avec un zeste de chance l'un d'entre eux passera devant mon bivouac avant que je n'y prenne racine...

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Dernière édition par Tanaëth Ithil le Ven 18 Aoû 2017 17:48, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Mar 25 Juil 2017 02:14 
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La nuit s'écoule lentement, paisible, agrémentée du modeste feu que je me suis permis d'allumer et qui crépite joyeusement en lançant ses gerbes d'étincelles vers le firmament. Je tourne et retourne dans ma tête ces éléments disparates que je possède, mais sans pour autant parvenir à les agencer en une trame cohérente, à mon grand dépit. La discussion avec Syndalywë m'a convaincu que le noeud du problème a un lien avec Nessima, avec la position qu'occupait ma famille jusqu'à ce qu'elle soit broyée par Averenn, mais je ne parviens pas à le démêler. Quant à retourner dans ma cité natale pour éclaircir tout ceci, c'est un risque que je ne suis pas certain d'avoir envie d'affronter pour le moment. Le bannissement dont j'ai été frappé pour avoir refusé le mariage arrangé par mes parents était somme toute bénin et, surtout, très discutable d'un point de vue légal. Si ma faute avait été considérée comme grave c'est à Raynna que j'aurais fini, les Sindeldi n'ont pas coutume d'exiler les leurs hors du Naora. Je pourrais donc outrepasser cette sanction sans vraiment risquer ma peau, mais il n'empêche que le clergé local me ferait sans doute un fort mauvais accueil, à plus forte raison s'il est inféodé à Averenn comme je le pense. Toutefois le risque majeur n'est pas là, mais bien dans mon appartenance à l'Opale. Les ennemis de ma famille la connaissent, que je retourne ouvertement au Naora et ils useront de cela pour déchaîner contre moi toute la puissance du Clergé. Ce qui, pour le coup, me conduira tout droit à Raynna. A moins que je ne dispose de preuves irréfutables de la trahison d'Averenn, ou d'un décret Royal rétablissant l'Ordre dans ses prérogatives ancestrales, mais allez donc obtenir un tel sauf-conduit quand il n'y a ni roi ni reine. Et de preuve concrète, je n'ai pas l'ombre d'une seule.

Le jour qui se lève me trouve en train d'exercer les techniques martiales que je viens d'apprendre, une manière d'évacuer ma frustration de tourner irrémédiablement en rond dans mes cogitations. Plutôt que de reprendre ma route au hasard, je décide plutôt d'attendre un peu, priant mes trois divinités préférées de m'envoyer un voyageur susceptible de me renseigner. La matinée passe, puis le début de l'après-midi, avant qu'enfin je n'aperçoive au loin une caravane de mulets lourdement chargés conduits par une demi-douzaine d'humains. Ils se déploient en formation de combat, armes au clair, dès que je m'approche d'eux, nerveux et suspicieux malgré le fait que je les aborde mains ouvertes et bien en évidence. Leurs regards inquiets passent de mon grand fauve à ma personne et l'un d'eux porte une lourde arbalète qu'il braque dangereusement sur moi, ce qui me soutire un soupir légèrement exaspéré. Tendu comme l'est son porteur, il suffirait d'un caillou qui roule sous son pied pour que le carreau fuse, l'envie de dégainer mes lames pour parer à cette éventualité est forte mais c'est d'informations dont j'ai besoin, pas d'un massacre:

"Salutations marchands, je viens à vous en paix. Je cherche la route pour Mertar, pourriez-vous me l'indiquer?"

Le chef de la petite caravane, un grand rouquin barbu richement vêtu au regard froid, s'avance hache au poing pour me répondre sèchement:

"A votre place, Sindel, j'éviterais d'approcher davantage des terres Thorkines. Ils n'aiment pas trop les Elfes. Prenez plutôt au sud, vous vous en porterez mieux."

Je hausse les épaules à ces mots et plante mon regard de jais dans celui du bonhomme:

"Je suivrais volontiers votre conseil si j'en avais le loisir, sieur, mais il se trouve que je dois impérativement rejoindre Mertar. Soyez assez aimable pour m'indiquer le chemin, voulez-vous?"

"C'est votre peau. Il y a un gros amoncellement de rochers sur la gauche, un peu plus loin. Contournez-le et vous trouverez une vague piste filant à l'est. Suivez-là pendant sept ou huit jours, jusqu'à ce que vous croisiez un torrent conséquent coulant vers le nord dans une petite vallée. A partir de là, suivez le torrent en aval un jour ou deux. Je ne peux vous en dire plus, mais si vous arrivez jusque là-bas les Thorkins vous trouveront à coup sûr. Et vous regretterez de ne pas m'avoir écouté."

"Je m'accommoderai des Thorkins, je pense. Je vous remercie de vos conseils, quoi qu'il en soit, faites bonne route."

Je trouve la piste à l'endroit indiqué et entreprends de la suivre, ce qui demande une certaine vigilance car elle tend à s'estomper dès que le sol devient rocheux. Néanmoins ma vue perçante me permet de la retrouver sans grand mal et c'est sans difficulté notable que je garde mon cap vers l'est. Les jours s'écoulent sans que rien n'en vienne troubler la monotonie, hormis deux autres convois marchands moins importants qui me confirment que je suis toujours sur la bonne route. S'il y a des bêtes sauvages dans la région elles ne se montrent pas, rendues prudentes peut-être par la présence silencieuse de mon blanc compagnon. Le temps reste plus ou moins clément, il y a bien quelques petites averses ici et là mais rien qui soit de nature à m'inquiéter, j'en ai vu d'autres dans le massif à l'ouest de Luminion. Certains passages pourraient s'avérer vraiment délicats voire infranchissables en hiver, mais en l'absence d'enneigement ils n'ont rien de bien terrible pour quelqu'un ayant mon sens de l'équilibre. Je m'aide cependant d'un bâton arraché à un sapin pour franchir les plus risqués, mon pied toujours sensible étant susceptible de me trahir en cas de torsion imprévue mais, n'ayant pas d'ennemis aux trousses cette fois, je suis libre d'avancer avec la prudence requise et nulle mésaventure ne vient entacher mon voyage.

C'est au milieu du dixième jour de voyage que je parviens enfin à un puissant torrent dévalant les pentes du massif et se faufilant bruyamment dans une belle vallée qui descend vers le nord-ouest. Je m'arrête un moment pour admirer le panorama sublime, mais les épaisses nuées blanchâtres qui s'amoncellent autour des hauts sommets à l'est ne me plaisent guère et m'incitent à me hâter de dévaler la vallée où est censée se trouver Mertar. Deux heures plus tard, les premiers flocons de neige commencent à tomber. Une heure de plus et le paysage est devenu blanc, du moins ce que je peux en voir car ma vision ne peut percer sur plus de quelques mètres le rideau blanc qui s'est abattu sur les montagnes. Quelques minutes encore et un vent tempétueux déferle dans la vallée par violentes bourrasques, si glaciales qu'elles transpercent sans pitié mes vêtements après s'être vicieusement faufilées sous mon armure. Je jure sourdement, c'est bien ma veine!Un jour, deux au maximum et j'arrivais à bon port sans encombre, mais non! Je persiste encore un moment dans la tempête, de plus en plus violente, avant de me résoudre à chercher un abri. Tout ce que je gagnerais à continuer dans ces conditions c'est de me perdre ou, pire, d'aller m'écraser au fond de quelque crevasse dissimulée par le manteau neigeux. Sinwaë m'observe d'un drôle d'air lorsque je tente de lui faire chercher un abri. Il ne comprend pas le sens de mes mots, évidemment, mais par Sithi je jurerais à sa bouille qu'il se fiche de moi!

"Ah tu fais le malin, hein! Tu aimes ça la neige, pas vrai? Eh bien pas moi! Aide-moi à trouver une grotte au lieu de te payer ma tête! Cherche! Allez, cherche!"

Et il se met à chercher. Oh, pas une grotte bien sûr, non, c'est une proie qu'il entreprend de dénicher, pour la simple raison que j'ai utilisé le ton que j'emploie quand nous partons en chasse. Mais les proies aussi s'abritent quand la tempête sévit, s'il en trouve une j'aurais de bonnes chances que ce soit dans un coin plus ou moins abrité et je ne suis pas en position de faire le difficile. Quant à suivre mon prince des neiges dans la blancheur ambiante, il s'avère que c'est une toute autre paire de manches, je n'ai pas fait dix pas à sa suite qu'il a disparu dans la tourmente. Un plan parfait, vraiment...

Je parviens à suivre ses traces pendant un moment, courbé en deux sous la force du vent, mais la neige ne tarde guère à les recouvrir et je finis par m'immobiliser, incapable de savoir où je me trouve ni où je vais. Tout est blanc, à tel point que j'ai la fâcheuse impression d'être dans une bulle de trois mètres de diamètre, aussi isolé du reste du monde que s'il n'existait pas. J'appelle longuement mon fauve en vain, jusqu'à ce qu'enfin le bougre daigne me répondre d'un monumental rugissement que je reconnaîtrais entre mille. Il me faut le héler encore une bonne dizaine de fois de manière impérative pour qu'il se décide finalement à me rejoindre, surgissant de manière si discrète à mes côtés que j'en sursaute violemment en portant les mains à mes armes avant de réaliser que c'est lui.

"Abruti! On n'a pas idée de débarquer comme ça! Et bon sang, quand je t'appelle tu rappliques et fissa! Espèce d'âne bâté! Allez! Viens là! Et maintenant tu restes! Hey! Ici! Sinwaë!"

Il adopte un air contrit en finissant par obéir à mon ordre, aussi faux qu'un yu Sekteg, puis laisse échapper un jappement qui ressemble à s'y méprendre à un rire avant de s'esquiver d'une démarche oblique si comique que je ne peux m'empêcher d'en rire. La neige qui tombe l'excite comme un jeune chiot, il se roule dedans avec délice puis s'ébroue si près de moi que j'en prends de pleins paquets dans la figure. Sa frimousse matoise me convainc qu'il avait prémédité son coup, mais comment lui reprocher d'être heureux de retrouver son milieu naturel? Je lui balance quelques boules de neige en riant, puis je le feinte en beauté en attirant son attention par le lancer d'un gros paquet de neige tassée sur sa droite, ce qui me permet de l'attraper fermement par la peau du cou. Le ton sévère que j'emploie alors lui indique que la plaisanterie est finie, mais il me faut encore plusieurs minutes pour en faire façon et l'amener à me guider dans la tempête. Il finit par y consentir, mais de là à savoir où il me guide, ça...

Lorsque nous trouvons enfin une petite cavité où nous abriter, je suis glacé jusqu'à la moelle des os et épuisé d'avoir dû lutter contre la couche blanche, de plus en plus épaisse. L'attitude de mon fauve m'apprend qu'il n'y a rien de vivant dans cette grotte peu profonde, il flaire le sol là où la neige n'a pu le recouvrir d'une manière qui ne trompe pas: des bestioles sont passées par là mais son manque flagrant d'intérêt indique clairement que les traces sont anciennes. Tant mieux, je n'ai qu'une envie et ce n'est certainement pas de me battre contre un ours. Je découvre avec surprise, et plaisir, qu'un tas de bois a été entreposé dans le fond de l'abri et qu'il y a un foyer. Je suppose que les Thorkins de la région doivent utiliser régulièrement ce refuge, ce qui m'arrange fichtrement. Allumer un feu ne me prend qu'un instant, lame ardente aidant, et c'est avec un soulagement non dissimulé que je m'installe confortablement pour attendre la fin de la tempête.

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 Sujet du message: Re: Le Col Blanc, passage entre Mertar et les villages nains
MessagePosté: Mer 26 Juil 2017 15:22 
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Les montures prêtées par la garnison de Stanrock s’avèrent être d’une utilité indéniable pour ce trajet montagnard. Il n’y a rien de mieux qu’un bouc pour gravir les monts de Nirtim par les sentes connues des nains seuls. Ce n’est pas un Loup d’Omyre qui grimperait ainsi des presque à-pic rocheux, enneigés, et encore moins des chevaux aux membres fort peu habitués à la haute montagne. Selon mes estimations, et à moins que ma mémoire ne me joue des tours, nous en avons approximativement pour trois jours de route jusqu’à la capitale thorkine. De quoi faire plus ample connaissance, s’il leur est gré, avec les trois hurluberlus que ce faquin de général a consenti me prêter comme escorte. Ainsi, les premières heures du trajet sont tendues et silencieuses, alors que nous gravissons la pente aigüe d’une basse montagne encore verte en cette saison, verte et rocheuse, mêlant prés naturels où paissent chèvres, moutons et boucs de monte. La tension palpable entre le vieil arbalétrier – bien qu’au moins une centaine d’années mon cadet - et la jeune combattante zélée pèse sur l’équipée, et ce n’est pas avec le nain tellement caparaçonné que son élocution n’est plus que bruits de succion de sa bouche enfermée sur le métal de son casque que je vais deviser chemin faisant.

En lieu et place, je laisse le silence faire son effet réflexif sur chaque membre de cette petite compagnie, et pose mes yeux mélancoliques sur les vastes paysages que nous traversons, qui même en m’étant familiers restent toujours aussi époustouflants. Sans doute est-ce pour ça, pour ce spectacle sans aucune mesure de la montagne, fière et éternelle, riche en tous points, que je suis revenu parmi les miens, et ne suis pas resté dans un quelconque bouge humain, à profiter de la gueuse locale avide de la vaillance, par-delà l’âge, d’un nain, d’une bière importée et de fromages maturés. Et non loin de quelques carabistouilles visant à ne pas rendre ennuyeuse ma retraite. Car si j’ai été toute ma vie durant un nain actif, ce n’est pas pour me retrouver à sucrer des fraises dans un environnement calculé et sans risque emballé de frais dans un papier de soie parfumé à la rose. Non. J’aime l’action, j’aime les embrouilles et les coups fourrés, les bagarres de tavernes et les trahisons. J’aime la vie dans tout ce qu’elle a à offrir de… vivant. Et je n’ai rien, malgré la pertinence de mon admiration pour les paysages qui m’entourent, d’un vieux contemplatif passif qui passe ses journées assis sur un banc à regarder les siens passer. D’où Stanrock, village fort proche des landes de la cruelle reine noire, et par conséquent un point de vue jubilatoire sur des batailles éventuelles entre les fières troupes naines blindées et les gredins violents de Darhàm ou les garzoks belliqueux d’Omyre. Et, pourquoi pas, les foutus elfes noirs de l’Atha Ust et leurs sales tronches efféminées. Vraiment, il n’y a rien de tel qu’un bon bain de sang pour se remettre d’aplomb.

Et tout ça me fait conclure que finalement, je ne suis pas si dérangé que ça de cette mission inopportune. Certes, voyager en pays nain n’est pas la plus évocatrice des aventures : j’ai traversé ces montagnes en long, en large et en travers pendant les longues années de ma vie, si bien que j’en connais le moindre détour presque par cœur. Mais ça empêche l’immobilisme, et me force à reprendre la route. Et Zewen sait qu’un chemin, si paisible a-t-il l’air, peut être semé d’embuches. Et là où des couards et passifs ennuyeux verraient en celles-ci des risques indésirables, je me trouve presque impatient de les voir arriver.

Alors que la nuit tombe sur notre premier jour de traversée des monts, et que le campement est monté autour d’un feu de camp – et pas par moi : l’avantage de l’âge – les langues se délient petit à petit, et l’humeur remonte un peu sous le spectacle du crépuscule colorant la neige éternelle des sommets, toute proche désormais, de teintes enchanteresses. Fumant, assis sur un petit roc non loin de notre rond d’âtre cerné de cailloux, je fume tranquillement ma pipe. Pas celle d’écume, puisque je l’ai brisée entre mes doigts l’autre jour. Mais une pipe de voyage, en bois verni, à la longue hampe, robuste et pourtant raffinée. Alors que notre garde du corps armuré, Kazad, s’occupe de cuire un gigot de chevreau au-dessus de la flambée, et que la demoiselle du groupe, Rinn de son prénom, finit de tendre, maillet à la main, la toile de notre petite tente commune, l’arbalétrier s’approche de moi en soupirant d’aise, la pipe à la main lui aussi. J’ai compris, via quelques incartades entre lui et la jeunette pendant la journée, qu’il se nomme Durak et qu’il est un chasseur vétéran de la première armée naine de Mertar, écarté de son poste à cause de son âge, mais toujours aussi vaillant que dans son jeune temps.

« N’est-ce pas superbe ?! Notre pays, notre fierté. Ces montagnes, nos racines, profondément ancrées dans la terre. »

Sans lui répondre, je souffle lentement la fumée que j’ai en bouche, les yeux posés sur le paysage effectivement fort plaisant. Voyant que je ne réponds pas, il insiste.

« Ce n’est pas chez les humains, les elfes ou les hommes qu’on pourrait voir ça, n’est-ce-pas ? »

Cette fois, mon regard clair se pose vers lui avec circonspection. Qu’y connait-il, à ces royaumes lointains qu’il n’a certainement jamais foulés malgré son âge avancé ? Je sens dans ses mots un reproche voilé. Sans filtre, de mon côté, je rétorque, sur la défensive :

« Quel est le souci, ser Durak ? Il y a de très beaux coins partout sur ce monde, dans nos montagnes comme sur mer, ou dans les vastes plaines et forêts qui les bordent. »

Il semble se renfrogner des deux parties de ma réponse. Percé à jour, il se rembrunit.

« Sauf votre respect, votre Seigneurie, on dit dans les rangs des soldats que vous n’avez pas toujours été des plus fidèles à notre Royaume. Je… Je m’étonnais de voir notre bon Roi vous demander une faveur impliquant si directement nos possessions terrestres. »

Nous y voilà. Au moins il n’a pas la langue de bois. Ou à peine. Une qualité que j’apprécie.

« Oh, je n’ai rien d’une seigneurie, gardez pour vous vos courbettes. Si je n’avais pas mon âge, vous n’auriez pas la moindre considération pour moi. Et je ne vous en tiens pas rigueur. Tout, mon cher Durak, n’est pas une question de loyauté ou de fidélité. Certes, j’ai vécu ma vie pour moi-même davantage que pour notre Roi ou notre patrie, mais je ne lui ai jamais tourné le dos pour autant. Peut-être est-ce pour ça, par ailleurs, que notre sagace souverain a fait appel à moi pour cette mission : j’ai par mes voyages appris à connaître bien plus que les nains. Et au vu de ceux à qui je vais être confronté, il n’est pas stupide d’en connaître plus que nos propres traditions. »

La mine sombre, il encaisse mes paroles sans les accepter, mais sans non plus trouver à y redire. Il ne dit rien, mais il n’en pense pas moins. Et après un temps, il détourne la conversation.

« Ah oui ? Et à quoi allons-nous donc être confrontés ? »

Je fronce les sourcils. Je ne le sens pas apte à comprendre, d’autant que Rinn et Kazad nous ont rejoints, et que j’en connais trop peu sur eux pour prévoir leur réaction. Je reste sciemment vague, sans crainte qu’ils s’en aperçoivent.

« Vous, rien. Les portes de Mertar, et voilà tout, car à cet huis majestueux s’achève votre escorte : votre général a été clair sur ce point : vous ne m’accompagnerez pas plus loin. »

Rinn intervient, impertinente :

« Et on vous laisserait grappiller toute la gloire de votre mission pour vous tout seul ? Ne rêvez pas : on vous accompagnera jusqu’au bout. »

Et Durak de réagir vivement :

« Comment ? Mais si les ordres sont de… »

Elle le coupe avec virulence, alors qu’un sourire se complait à ne pas disparaitre de mes lèvres fanées.

« On s’en moque des ordres, vieux bouc. Aucune attaque sur Stanrock n’est prévue de sitôt. Paraitrait même que les garzoks n’osent plus approcher de Luminion. Alors cette mission, c’est une opportunité de bouger un peu. »

Offusqué, l’arbalétrier se lève et, regard courroucé et sourcils froncés, s’en va à l’écart du petit groupe fumer tout seul sa pipe. Mais la petite – si tant est qu’il soit pertinent de parler en ces termes d’une naine qui me dépasse en taille – reste là à me toiser de ses yeux enflammés par la fougue de sa jeunesse. Je toussote en crachant la bouffée de fumée que j’ai en bouche, pour me donner une contenance et un instant de réflexion sur que lui révéler.

« Kof. Kof kof. Vous n’y allez pas avec le dos de la cuillère. Vous désobéiriez à votre supérieur ? »

Elle lève les yeux au ciel.

« Jouez pas les effarouchées, j’sais bien que ça vous choque pas. Y’a pas de mal à vouloir se rendre utile, si c’est pour le bien du Royaume, pas vrai ? »

J’approuve silencieusement d’un regard entendu, et elle saisit l’occasion pour poursuivre.

« Alors. C’est quoi cette mission. Pour sûr que Kazad est aussi curieux que moi. Et au pire, on laissera tomber ce vieux ronchon de Durak en route. Il ramènera les montures à Stanrock, si ça lui chante. »

Et le caparaçonné susnommé de répondre, inintelligible :

« Hmmmpf hmpf ! Gnn tss Grmpf. »

« Voyez ? »

Soupirant, je daigne néanmoins leur apporter un élément de réponse.

« Bon. Bon. Il s’agit d’aller enquêter sur une vieille forteresse des montagnes ayant appartenu à des elfes, voici des temps immémoriaux, et qui aurait repris de l’activité dernièrement. »

Elle fait la moue. Kazad grogne sous son casque, et plus loin, Durak, qui semble toujours suivre la conversation, jacte comme une oie.

« Une forteresse elfe hein ? Et on sait pas ce qui y vit maintenant, bien sûr. Des nains ? Des segteks à déloger ? Ces satanées oreilles-pointues qui seraient de retour ? »

Je hausse les épaules d’un air naïf. Si j’ai bien mon idée sur ce qui peut animer cette place-forte oubliée, je le tais à mes comparses, et me contente de me lever de mon séant pour me diriger vers la flambée.

« Je crois que la viande est prête ! »

Le repas se passe sans peine, et la nuit derrière semblablement. Le lendemain, dans la matinée, nous escaladons encore les parois raides des monts enneigés jusqu’à croiser la route du Col Blanc, légendaire en ces tertres. Vers midi, nous passons au large de la cité minière de Likhranen et de son haut sommet aisément repérable. Mais en milieu d’après-midi, de lourds nuages s’amassent dans les cieux, prédestinant au pire en ces lieux. D’une voix fataliste, quoiqu’ostensiblement désintéressée, j’annonce :

« On va se prendre un beau blizzard en pleine tronche, tenez-vous prêts. »

Les boucs que nous montons sont habitués aux fortes neiges des hauteurs immaculées. Je ne me fais guère trop de souci, et ça n’a pas non plus l’air d’être le cas des fortes têtes qui m’accompagnent. Durak a fini par revenir sur sa mauvaise humeur de la veille, et à faire route avec nous sans grogner davantage. Son regard vers les crêtes nous cernant de toutes parts n’en est pas moins inquiet, alors que la neige commence à tomber en rafales violentes. Je couvre mon visage d’un tissu me servant d’écharpe, et baisse ma tête entre les larges épaules de mon surcot de fourrure. C’est une sacrée tempête qui se prépare là. Après près d’une heure de marche ralentie et complexe dans cette purée de pois violente et glaciale, Durak annonce, criant pour passer outre le bruit du vent :

« On ne passera jamais le Col par ce temps ! »

La traversée du Col Blanc, majestueuse œuvre d’ingénierie routière naine, n’est jamais chose aisée. Elle prend place entre deux très hauts sommets des monts de Nirtim, et l’appel au vent y est toujours violent. Alors en pleine tempête, inutile d’espérer passer. L’expérience de l’arbalétrier est fondée, même si la fougue juvénile de Rinn bat le contraire.

« Si, on peut. C’est pas de la neige qui va nous arrêter ! »

Un peu téméraire, pour le coup. Ce n’est pas Kazad qui va trancher, de toute façon, aussi prends-je la peine de le faire de ma voix usée, passant difficilement le bruit des bourrasques.

« Non. Il a raison. On doit trouver un abri. Je connais une vieille caverne où les maçons de la Route du Col s’abritaient, autrefois ! Suivez-moi ! »

Donnant un coup de bride à mon bouc pour qu’il change de direction, je prends la tête du petit groupe qui me suit sans y trouver à redire. Comme quoi, l’âge, ça a parfois du bon. Et ils font bien : pendant les deux heures qui nous séparent de l’abri dont je leur ai parlé, la tempête redouble d’intensité, et il devient difficile, même pour nos montures, d’avancer tant la neige est violente. Nous laissons derrière nous de longues trainées dans la poudreuse fraiche, vite recouvertes par les flocons s’abattant avec virulence sur le sol, et le vent non moins querelleur. Nous n’aurions jamais pu passer le Col Blanc, dernier rempart avant la fin de notre trajet, sous ces conditions. Ni même camper en extérieur cette nuit-ci.

La caverne est bien là où je la voyais. Ma mémoire ne m’a pas fait défaut. Le vent s’y engouffre en de furieux hurlements, mais la neige ne passe guère l’entrée détournée. Mi naturel, mi troglodyte, l’abri nous ouvre ses bras, et nous y entrons avec nos montures, avant de nous en débarrasser une fois à l’abri, attachant ces dernière près d’un roc naturellement creusé par une éternelle flaque d’eau, sans doute due à une fuite dans le plafond, résidu de quelque crevasse de la surface. Ce n’est qu’alors que Rinn se rend compte d’une évidence qui aurait dû tous nous sauter aux yeux. Brandissant sa formidable hache, elle pointe une flambée déjà allumée dans le fond de la petite caverne.

« Là ! »

Durak, à son tour, s’empare de son arbalète, qu’il ne pointe cependant pas en direction du feu de camp, moins fébrile sans doute que la jeunette. Kazad, lui, reste fidèle à lui-même et… attend sans rien faire. Depuis que je l’ai rabroué pour avoir manqué de me cogner sur la tête plutôt que sur la porte, il ne fait plus d’histoire. Un toutou bien dompté. Et en parlant de toutou, il y en a un, particulièrement grand, et entièrement blanc, qui se lève à notre intrusion, voulant sans doute protéger son maître emmitouflé dans des capes et couvertures, dont nous n’apercevons pas encore les traits. Je me hasarde à prendre la parole, pointant mon bâton de marche dans la direction de la bête et de son maître :

« Hé, là. Qui est là ? »

Pas un nain, c’est certain.

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Rakha's al Bünd


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