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 Sujet du message: Re: Le Niveau Bas : les ruines de l'ancienne Mertar
MessagePosté: Dim 8 Déc 2013 21:04 
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Le sort qu'avait lancé Goont avait heureusement atteint son but. Toutefois, le mage comprenait de moins en moins la tournure que prenait cet étrange combat. Le trait de lumière avait non pas percuté l'onde noire qui remplissait l'armure, mais avait frappé le plastron de cette dernière. La trace lumineuse qu'il avait laissé brillait de mille feux sur le métal, lui donnant un aspect presque flamboyant. Mais le prince ne se laissait pas faire, et Umordîl s'en était bien rendu compte.
Le nain avait alors jailli sur sa hache pour l'empoigner fermement et la balancer verticalement sur l'armure. Plus d'onde de choc cette fois-ci : l'entité s'était simplement pliée à la volonté de deux compères, hurlant sa souffrance dans un cri inhumain.

Umordîl ne comprenait pas l'utilité de la gemme qui brillait sur sa hache, mais manifestement, elle avait des propriétés magiques. Sans réfléchir plus longtemps, il avait frappé l'armure une dernière fois, portant ce qui semblait être le coup de grâce, puisque la créature s'était effondrée sur le sol, suffoquant. La hache, quant à elle, était simplement devenue inutilisable, car surnaturellement brûlante. Son instinct expliqua alors au mage ce qu'il venait de se passer.

"Je ne suis pas sûr de comprendre... Je crois que cette gemme est comme votre bague, Umordîl. Elle absorbe la magie, ou bien elle la rompt. Ou alors, si ce n'est pas de la magie, c'est autre chose de manifestement corrompu, pour prendre place dans l'esprit d'une enfant..."

Goont releva Marjorie, apparemment encore traumatisée par l'incident, alors que la chose continuait encore de suffoquer sur le sol. Le danger était encore présent, mais il ne pouvait rien faire sans savoir réellement à quoi il s'attaquait. Après s'être occupée de la jeune fille, il s'approcha du prince pour écarter l'épée qu'il avait laissée tomber de lui, d'un coup de pied. Il l'avait jetée du côté du nain, de manière à ce qu'il puisse s'en équiper s'il ne pouvait prendre sa hache.
Puis le mage se tourna vers cette dernière. Ou plus précisément, il décida de s'intéresser à cette fameuse gemme qui n'avait cessé de briller. Tout n'était que théorie, mais il avait besoin de temps pour comprendre en quoi elle devait être si intéressante. Peut-être même que son arbalète pouvait bénéficier de telles propriétés magiques, dans cet agartha.

"Je vais me pencher sur cette chose. Je dois en comprendre le fonctionnement. Quant à vous, surveillez bien ce "prince". Il n'a pas été appelé par Marjorie ainsi sans raisons. Il a dû être effectivement un prince dans l'imagination de notre amie, mais il doit y avoir une raison magique pour que ce dernier se soit changé en "inconnu". Sait-on jamais, il peut redevenir normal, mais il peut aussi renfermer cette partie de ténèbres qui a failli avoir raison de nous. Ou bien..."

Il regarda la gemme. Il se remémora l'utilité de plusieurs cristaux lorsqu'il avait été en République d'Ynorie. Certes, la Pierre d'Oubli avait su avoir raison de ses souvenirs pratiques en termes de magie, mais il y avait bien des pierres qui pouvaient avoir des propriétés magiques. Cette gemme là peut être simplement d'un soutien considérable contre ce type de créature, mais elle peut aussi être suffisamment travaillée pour renfermer les âmes de ceux qu'elle arrive à vaincre. Si la hache brûlait tant, peut-être était-ce tout simplement qu'elle renfermait maintenant l'âme de l'inconnu.
Beaucoup de possibilités étaient à noter, surtout dans cet Agartha où ils vagabondaient, se frottant à l'imagination d'une enfant...

"Mmh... Je ne sais pas encore... Marjorie, tu dois avoir une idée ?"

Il avait dit cela sans même regarder la petite fille. Ses yeux bleus s'étaient simplement fixés sur la gemme, alors que ses mains s'approchaient doucement de l'arme, afin de voir si elle était toujours aussi dangereuse qu'avant.

_________________
Multi de Ziresh et Jôs.

Ser Hivann Goont, Archer-Mage niveau 10.


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 Sujet du message: Re: Le Niveau Bas : les ruines de l'ancienne Mertar
MessagePosté: Mar 10 Déc 2013 23:23 
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>>extrait du journal de Grunnr (fiche)

Préparatifs du départ


Sans prémices une montagne d'injure explosa dans le tunnel et, en résonnant contre les parois, engendra un raffut digne d'une horde de Garzok. J'entendis l'abruti derrière moi s'apprêter pour un second soufflard* et je lui envoyais un coup de coude dans l'estomac afin de lui ôter l'envie d'extérioriser sa connerie. Il s'ensuivit un hoquet minable, et enfin le calme. Les nains de la troupe ayant un peu de matières dans le caillou devaient tendre l'oreille, en espérant que le bruit n'ait pas attiré toute la vermine putride qui croupissait au fond de la vieille Mertar.

Après un temps fort long, où toute tentative de toussotement et autre raclement de gorge fut justement réprouvé à coup de gantelet de maille, Höfdir ramassa ce qui lui restait de courage au fond de ses tripes et alluma une nouvelle torche. La lueur lancinante qui se réverbérait timidement sur les murs sombres laissait deviner l'architecture de l'endroit. C'était immense, sûrement une des anciennes allées principales de la ville au temps de sa splendeur. Les traces de roues des charrettes avaient creusé des sillons dans le sol sur trois voies parallèles. La voûte, perdue dans les hauteurs, était soutenue par deux rangées de piliers qui se déployaient majestueusement au centre de la salle. Le travail était colossal et d'une finesse méticuleuse : chacune des bases était sculptée en bas relief, illustrant les combats des premiers habitants de Mertar face aux hordes Garzok. Juste au dessus, en hommage aux Fenris, s'élevaient des gravures de ces hommes blancs et étranges. Et le texte racontant l'épopée de la première guerre contre les créatures sombres était inscrit dans la face interne de chaque pilier, ainsi le voyageur entrant dans la ville pouvait lire en cheminant si l'envie lui en prenait.
Ce déploiement de talent datait probablement de vingt-trois ou vingt-quatre mille ans. J'avais complètement oublié la collection de pousses-chariots qui m'accompagnait pour me plonger dans chaque détail de cette salle spectaculaire.

Pendant ce temps ils eurent la bonne idée de monter le camp. Nous touchions au but : la plus vieille partie de la cité était atteinte ; demain commencerait enfin les choses sérieuses. L'état général n'avait rien de reluisant, nous avions essuyé quelques déraillements et traînions avec nous un cadavre en sursis qui commençait déjà à puer la mort. Mais je dois dire que ça aurait pu être pire :
Le prétendu chef de l'expédition, Höfdir, était le moins incapable de la troupe. Il était jeune, cent quatre-vingt-dix ans à peu près, mais il avait de l'ambition et un esprit qui me plaisait. S'il n'avait pas eu ce côté fiotte avec sa barbe tressée il aurait presque eu ma considération. Mais voilà, il n'avait pas vraiment ma considération : il était juste un peu au dessus du lisier qui constituait le reste du groupe, et il se souviendrait longtemps de sa première rencontre avec Grunnr Long-tunnel.

---------

J'entrai sans me faire annoncer dans les galeries de sa famille au début du mois. Il y a quinze jours pour être exact, et je beuglais comme un porcho jusqu'à ce qu'il daigne se présenter. En guise d'accueil il me dévisagea avec un air qui me plaisait qu'à moitié, comme s'il voyait un Thorkin pour la première fois, jusqu'à ce qu'un rot sonore aux relents de rat crevé remonte de mes tréfonds. Rien d'autre ne m'était venu à l'esprit pour lui exprimer ma considération ; pour l'odeur ça n'était pas vraiment voulu, mais je sortais de chez Mulek. Toujours est-il que l'autre empaffé cessa aussitôt de me regarder comme un demeuré, c'est tout ce qui m'importait. Avec ça il ne semblait pas inspiré à m'inviter alors je pris mes aises et je m'installais à sa table comme il aurait dû me proposer.

Faut qu'on cause jeunot, apporte de quoi s'combler la caverne !

Il ne bougea pas ce fumier et il m'obligea à me dévisser la tête pour le regarder. Ce fut à ce moment que je pris conscience qu'il était peut-être au-dessus de la moyenne basse. La plupart aurait déjà servi la pitance sans renâcler.

Tu sais qui j'suis au moins?

Grunnr Long-Tunnel.

Ouais! T'es moins stupide que t'en a l'air... Ou p'têt ben plus, va savoir. Utilises donc ce banc qu'est fait pour s'asseoir avant que j't'oblige à le faire.

Il suivit le conseil et fit un signe à sa grosse qui observait la scène cachée derrière la porte. J'en conclus que j'allais quand même avoir droit à quelques bectances. J'appréciais l'attitude de mon hôte : il comprenait à quel moment il fallait arrêter de jouer mais pour autant il ne se laissait pas ensevelir les arpions au premier éboulement**. J'allais peut-être faire affaire avec un semblant de vrai Thorkin.
Les plats arrivèrent accompagnés de bière brune brassée à Mertar. La naine qui les apportait était de celle dont on aimerait visiter les tunnels ; le bougre savait trouver des pépites dans mine de roc. La belle salua poliment et ça me fit remonter le passé du fond de ma caboche.

Z'êtes un bien beau couple les chiards. Ca m'rappelle quand j'épousais ma p'tite emmerdeuse. Si vous saviez c'qu'elle m'a fait voir! Hum! Tenez! Un jour où j'lavais particulièrement taquiné elle m'a servi du Sketeg dans l'assiette. Foutre-dieux ch'ai pas où elle avait trouvé cette saloperie mais elle m'l'a fait bouffer la mégère. Quand j'ai su c'que j'avais avalé j'ai vidé les galeries, y avait d'la gerbe partout. Sacré pagaille ! J'ai gueulé tout ce que j'savais...

J'avais trop parlé et je regrettais. Les deux abrutis n'osèrent pas rompre le silence qui suivit. Ils ont eu raison : quand les anciens ressassent leurs souvenirs il faut se taire, cela vaut mieux pour tout le monde. La naine put s'éclipser discrètement et je ne la retins pas. L'arrière de son wagonnet qui se balançait au rythme de sa démarche traînante me donnait envie de chialer. Les quarante années de solitude me pesaient, tout le monde disait que mon caractère avait empiré. Mais tout le monde c'était une majorité d'arriérés juste bons à creuser du sable. Finalement je n'aimais pas du tout parler de moi à des inconnus, même s'ils me rappelaient le passé... En fait, Surtout s'ils me rappelaient le passé.

Bon p'tit merdeux: j'suis pas v'nu pour qu'tu poses des questions sur ma jeunesse, d'ailleurs t'en as rien à foutre de mes sentiments. Paraît qu'tas des idées. L'autre demeuré de Mori y m'a dit. J't'écoute.

Juste quand je commençais à croire l'Höfdir futé il dérailla : une sale hésitation avant d'ouvrir la bouche. La phrase commença par "Je ne vois pas de qu..." et ne se termina jamais ; c'était un très mauvais début, un sale coup de pioche, valait mieux l'arrêter avant qu'il ne fasse une connerie. J'attrapai une des tresses ridicules qu'il arborait et je ramenai sa tête contre la table. Avec un genou j'aidai la table à rencontrer sa tête. Le bruit de céramique cassée couvrit celui du bois qui se fend. La maîtresse de maison se présenta à la porte avec des yeux qui tournaient tellement vite dans leur orbite que ça m'aurait fichu la migraine. Elle devait s'inquiéter pour ses possessions mais j'en avais rien à foutre.

J'serais toi je f'rais demi-tour. On discute avec ton micheton et j'aime pas être dérangé.

Dans le calme revenu j'installai sur le banc son crétin de mari qui devait maintenant regretter de ne pas avoir creusé sur le filon***. Je redressai aussi les restes de la table _je n'étais pas un de ces salauds qui laissent un ménage en désordre_ et j'entrepris de me rassasier avec ce qui traînait par terre, faute de mieux, en attendant de pouvoir continuer la causette. Quand je lui eus laissé suffisamment de temps pour se remettre je lui donnais sa seconde chance.

Bien. Qu'est-ce tu me disais avant qu'ta grosse nous interrompe ?

Sans plus de résistance il vida son chariot:
Tout partait d'une légende bien connue, celle de Thor: un fameux Thorkin lui, comme il en existait avant! Les actuels vous faisaient remonter des envies de chialer des tréfonds quand vous y pensiez. Mais Thor!... Valyus seul pourrait dénombrer les crânes Garzok broyés sous ses armes. Le problème était qu'à la fin ces rats de tunnels avaient été les plus forts, ou les plus nombreux... On ne savait pas à combien ils lui étaient tombés dessus mais ils l'avaient eu, et sa carcasse avait disparu. On déclencha bien une contre-offensive qui renvoya à l'état minéral les campements de ces ordures, mais Thor et ses armes restèrent introuvables. Ainsi s'achevait la légende officielle.
Höfdir ne s'arrêta cependant pas là. Le corps et les armes du héros prirent bien la route de Mertar à la fin de la boucherie. À l'époque le royaume Thorkin était beaucoup plus étendu ; il existait plusieurs villes sous leur contrôle et la dépouille stationna longtemps en rase campagne pour cause de conflits ou de routes dangereuses... Des rois merdeux incapables de protéger un convoi en somme. Résultat : deux des trois armes prirent l'aiguillage pendant les deux siècles que dura le voyage****. Par chance l'une d'elles arriva à destination. Les guerres avaient cessé et le roi ne trouva pas utile de dépouiller la momie du forgeron de sa dernière relique. Il fit fabriquer en secret un tombeau dans les entrailles de la cité et y enterra le tout.
Les rares personnes détentrices de cette vérité crevèrent en leur temps et l'histoire fit place à la légende déjà vivace. La suite tout le monde la connait : la ville basse fut abandonnée et toute perspective d'excaver par hasard le tombeau du héros sombra dans les culs-de-sac des mines. Mais c'était sans compter sur le besoin viscéral des Thorkins d'inscrire leur savoir dans la roche.

J'étais de plus en plus intéressé. Höfdir tira d'un placard une dalle de pierre qu'il déposa délicatement sur la table. Elle était couverte de runes anciennes dont le style était désuet depuis des millénaires. L'excitation me faisait tanguer le chariot mais je restais immobile comme un roc ; la moindre manifestation d'enthousiasme aurait fait trop plaisir à l'autre imbécile.

C'est quoi ton caillou ? Dans quel fond de galerie nauséabonde tu cherches à m'aiguiller ?

Nous avons trouvé ça en creusant une nouvelle pièce au fond de nos quartiers. Nous avons débouché dans une salle oubliée plein de vieilleries où se trouvaient des dizaines de tablettes comme celle-ci. Il est écr...

J'vois bien c'qu'y a d'écrit! J'ai des yeux si t'as pas r'marqué.

Le texte décrivait l'endroit exact ou le roi Duründ IV avait fait construire le tombeau de Thor. Retrouver le héros et ses trésors avec un tel document aurait été comme suivre un rail s'il n'avait pas fait référence à des cavernes et des échoppes aussi vieilles que la montagne ; donc aujourd'hui oubliées et enterrées au plus profond de Mertar. Il faudrait excaver le passé, faire remonter l'existence de la vieille cité pour trouver la relique. Pour un vieux Thorkin amoureux des tunnels et nostalgique des temps anciens il n'y avait rien de plus alléchant. J'allais pouvoir me re-foutre sur les rails et trimer un peu, avec un pactole à la clef, un truc rare et inestimable. Je me laissais aller à rire et j'envoyais une bourrade amicale dans les côtes de mon compagnon, même si il était juste bon à remplir les lampes à huile, c'est ainsi que je le considérais maintenant.

Raclure de Höfdir! Tu voulais garder tout ça pour toi? T'as bien fait d'me parler! T'as l'soutien total du vieux Grunnr. Mieux! J't'accompagne. Nous allons lui r'monter l'or qu'elle a dans les tunnels à cette garce de Mertar. J'sais bien qu't'as déjà ton équipe mais le Mori y m'laisse sa place: l'avait une ardoise et son créancier l'a r'trouvé. Enfin, tu vois d'quoi j'parle...

Ce fut ainsi que je rejoignis l'expédition. Höfdir n'osa refuser mais dans sa tête se tapissait une envie de me laisser au fond du trou pour que je ne remonte jamais, d'écrouler la galerie dans mon dos, et de voir la montagne m'ensevelir. Il n'a pas eu les couilles de le dire, ou la sagesse peut-être.
En quittant ses quartiers je pris la tablette, je n'étais pas du dernier éboulement comme ces creuses-petits qui allaient m'accompagner, et je savais me rendre indispensable. Ainsi, le lendemain, je retrouvais sans mal la troupe pour les préparatifs.


*soufflard: orifice par lequel s'échappe violemment du gaz dans les mines. Ici expression naine proche de "bordée de juron".
**ensevelir les arpions: se laisser faire
***creuser dans le filon: expression équivalente de "suivre le bon chemin", "marcher droit".
****prendre l'aiguillage: changer de direction, ici utiliser comme une expression pour relater le vol des reliques.


>>premier et second jours d’expédition

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Dernière édition par Grunnr le Lun 3 Fév 2014 18:29, édité 8 fois.

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 Sujet du message: Re: Le Niveau Bas : les ruines de l'ancienne Mertar
MessagePosté: Mar 10 Déc 2013 23:27 
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>>Préparatifs du départ

Premier et second jours d'expédition


Premier jour

Je détaillais la bande de brouetteux qu'il me faudrait supporter ces prochains jours. Alors qu'ils me zyeutaient en retour des envies d'insultes me chatouillaient la cavité. Je n'aurais laissé l'étayage d'une galerie à aucun d'entre eux mais la discrétion s'imposait : si ces quatre-là ne venaient pas ils ne pourraient s'empêcher de jacter comme des gamines, et une course à la relique dans les tunnels n'était pas souhaitable. Je finis par détourner le regard pour me vider d'une mucosité noire de suie que j'avais dans le gosier. Je ne pouvais m'empêcher de penser que cette putain de descente serait longue ; sûrement étions-nous tous d'accord sur ce point.

Höfdir, en bon chef voulant souder son équipe malgré tout, fit les présentations.
Il y avait là Reïdir, un Thorkin colérique d'environ deux-cents trente ans. Le genre qu'on laisserait bien se perdre dans un fond de tunnel: un gars qui n'avait jamais connu la mine et qui se permettait d'être désagréable. En outre il avait toujours obtenu ce qu'il voulût avant de le formuler et ça lui avait déformé le caillou. Une fois au fond de Mertar il serait aussi utile qu'une poche de gaz dans un tunnel.
Venait ensuite Fylgjar: lui, personne ne savait pourquoi il était présent. Il était toujours là au bon endroit au bon moment, pour l'emmerdement général. Il observait le monde avec les yeux d'un demeuré, on savait jamais ce qu'il pensait. Il se retrouverait probablement vite fait à l'arrière.
Köl ressemblait plus à l'image d'un vrai Thorkin et je laissais échapper un grognement approbateur quand vint son tour. C'était le plus jeune de la troupe, cent cinquante-trois ans, mais il avait tapé de la caillasse toute sa vie quand il ne maniait pas le marteau de guerre. C'était un modèle de nain pour les générations futures _si la race ne s'éteignait pas pour cause d'inaptitude héréditaire_ il ne s'embarrassait pas de se tresser la barbe ou de se passer le corps à l'eau pour faire plaisir aux nez chatouilleux des races extérieures. Les Thorkins étaient nés dans la roche, pas dans l'eau. Qu'on se frotte le corps avec du sable pour enlever la sueur et la suie des torches de temps à autre, je pouvais encore comprendre. Mais l'eau!... L'eau ça use les montagnes.
Comme béquille à ce groupe d'handicapés se trouvait Ovinïr. Un individu méprisable de près de trois cent ans qui avait un regard fourbe confinant à celui du rat des tunnels. Il se distinguait étrangement des autres par son attitude méprisante et il évitait soigneusement de croiser mon regard. Je pressentais là un adversaire et ça ne m'enchantait pas, peut être même un ennemi.*

Höfdir déballa ensuite devant nous des cordes, des lampes à charbons et à huile, des torches et la nourriture pour plusieurs semaines. Chacun des gars avait sur lui ses armes, qui sont un bien strictement personnel, et des vêtements. Nous porterions vingt-cinq kilos d'équipement en plus de nos effets. Tout laissait penser à une opération soigneusement préparée, sauf qu'aucun de ces crétins ne savait où chercher ni comment, et peut être même pas quoi. Les regards se tournèrent à nouveau vers moi et je lâchai la tablette sur la table en grognant.
Tous se penchèrent. La plupart découvraient le texte et ses indications pour la première fois. Leur curiosité satisfaite ils se redressèrent et eurent le bon sens de ne pas ouvrir la bouche pour faire part de leurs idées stupides. Excepté Reïdir.

Faut descendre.

Comment t'as d'viné? Ha! J'y suis, t'sais p'têt lire. Et ben tu montreras comment tu marches aussi : t'es volontaire pour passer d'vant mon gars.

La décision ne souleva aucune objection : être chef de file n'était pas forcément la meilleure place dans une zone officiellement infestée de Sketeg,  la majorité approuvait donc mon choix. Ils avaient également l'habitude de laisser parler les anciens et surtout de ne jamais les contredire. C'était une sorte de sagesse acquise par sélection naturelle: ceux dérogeant à cette règle se reproduisaient beaucoup moins longtemps que les autres. Je n'eus personne à remettre sur les rails pour cette fois.
Nous attendîmes la nuit avant de nous rendre au puits d'accès ; nous ne souhaitions pas éveiller l'attention. Dans l'air calme de la grande salle la descente se fit silencieusement.
 

Second jour

Le campement avait rapidement été monté la veille dans une grande galerie, à quelques dizaines de mètres du puits. La ville basse était beaucoup plus vaste que les minables restes du Mertar actuel. La tablette n'évoquait rien des lieux où nous nous trouvions : trop hauts. La ville était construite par étage et chaque couche avait son histoire, ses rois, ses guerres... Descendre c'était remonter le temps, fouiller dans les mémoires, remuer les siècles.
Les premières lignes de la tablette décrivaient la richesse d'un tunnel marchand se situant près d'une entrée de la cité. Il y en avait eu beaucoup, parfois situées très bas, perçant la montagne pour déboucher sur des vallées facilement accessibles depuis les plaines. Ça avait été une faiblesse militaire, mais aussi un atout commercial aux heures où la cité rayonnait.
L'entrée qui nous intéressait était de la grande époque, la toute première. C'était l'ancienne voie vers les royaumes elfes, avant l'expansion de ces crétins d'humains. Selon la géographie actuelle elle déboucherait dans les duchés. L'accès se trouvait sur une falaise abrupte, et l'ancien pont _merveille architecturale issue de la mise en commun des savoirs Thorkin et Hidïons_ n'existait plus. Seuls les piliers de pierre colossaux devaient encore s'élever partiellement au fond d'une vallée perdue aussi visitée qu'un fond de galerie sans filon, car les anciens avaient dû reboucher la caverne d'accès avant d'abandonner les sous-sols. À la lueur d'une torche j'imaginais l'apparence qu'arboraient ces ouvrages du temps de leur utilisation et celle déplorable qu'ils auraient aujourd'hui. Il nous faudrait parcourir des dizaines de kilomètres pour atteindre ce lieu, traverser des milliers d'années... C'est sur ces pensées que le sommeil me rattrapa et je passais le reste de la nuit à ronfler avec les autres.

Les nains se réveillent à peu prêt au même moment que les autres races de Yuimen: quand le soleil se lève. Pourquoi nous sommes sensibles à ce gros disque lumineux est un mystère, peut-être un archaïsme venu du temps légendaire où nous vivions à la surface. Nous conviendrons donc que le groupe entama son activité à l'aube. Höfdir décida d'emprunter une grande voie qui descendait régulièrement vers le sud dans les entrailles de la montagne et après nous être légèrement rempli la grotte nous nous mîmes en route.
De chaque côté du tunnel s'ouvraient de nombreuses portes menant sur des alcôves ou d'autres chemins qui s'enfonçaient eux aussi. Les Thorkins creusent : même si ils ont assez de place ils creusent encore. Et du temps où ils furent nombreux ils creusèrent beaucoup et dans tous les sens, transformant chaque strate de la ville en un putain de labyrinthe gigantesque. Nous nous gardions de bifurquer : la voie principale allait dans la bonne direction et tant qu'il en serait ainsi nous ne la quitterions pas. Aucun autre bruit que le raclement de la maille et des pas lourds sur les dalles ne se fit entendre durant cette journée.

La fin du tunnel fut l'occasion de monter le camp. Les pieds étaient gonflés, les jambes tiraillaient depuis un moment déjà et la pause fut la bienvenue. Je m'avançai dans la grande salle qui s'ouvrait devant nous. Elle avait été construite plus récemment que la galerie et sa maçonnerie présentait un style bien identifiable : simple et dépourvu d'ornements. Les piliers qui soutenaient la voûte formaient des losanges parfaits et chacune des surfaces était peinte, comme le reste des murs. Tandis que j'admirais l'ouvrage Höfdir vint m'imposer soin éxecrable compagnie.

Les liens commerciaux entre le royaume de Shory et Mertar n'ont pas duré longtemps. Ce mur a cinq mille ans tout au plus, cet endroit était la salle principale d'alors.

Il faisait référence aux scènes peintes. Je répondis à ces évidences par un grognement pour qu'il aille creuser ailleurs ; je ne voyais pas l'intérêt de déballer ce que tout imbécile aurait compris d'un regard. L'art pictural Thorkin n'avait duré qu'un temps : ça avait été une lubie d'un roi, Hagall, qui avait décidé de se détourner du traditionnel travail de la pierre pour intégrer les arts extérieurs. À sa mort le successeur avait mis de côté ces foutaises et était retourné aux bonnes vieilles méthodes. Il ne serait pas étonnant que nous soyons devant le seul témoignage de l'égarement imbécile du souverain, peu de nains ont eu la chance de voir ça.
L'autre monteur de rail insistant pour me coller au chariot et me faire part de ses stupides bavardages, mon plaisir fut gâché. Je changeais donc de centre d'intérêt avant de lui amocher le caillou et notais que si cette partie de la cité était encore habitée il y a quelques millénaires, on avait isolé ce qui se trouvait en dessous ; aucun accès ne menait sur une descente. La troupe devait trouver un moyen de remonter encore le temps car nous étions loin de la période où vivait Thor. Il fallait parcourir quinze mille ans de plus.

Doit y avoir un aut' puits d'accès. On cherch'ra demain.

Je me détournais des fresques et m'installais près du foyer. Nous instaurâmes des tours de garde, quand ce fut mon heure je revins me gorger un peu de l'histoire que donnait à voir les peintures. Ca racontait le temps de l'expansion humaine: le début du déclin des nains et des elfes, quoiqu'en disent les historiens. Cette fichue race nous avait poussée au fond du trou. Il y avait aussi l'histoire du royaume éphémère de Shory et les Thorkins qui avaient échangé avec les Silmari. Dommage qu'ils n'aient rien gravé : la pierre traverse le temps et sous terre elle résiste à l'usure ; la peinture s'écaille, où qu'elle soit. C'étaient de bons peintres tout de même.
En poursuivant mon voyage dans les récits ancestraux je tombai sur une alcôve creusée dans la façade ouest de la salle. Elle abritait le puits d'accès aux niveaux inférieurs. Une lourde grille de fer forgé interdisait jadis le passage mais elle était partiellement fondue et béait sur les profondeurs sombres de la cité. L'air qui remontait était nauséabond : un mélange de pourriture et d'excréments. Ça vivait dans les tunnels en dessous, pas loin, et c'était en travers de notre chemin.

*note: les noms des cinq nains sont issus de mot du vieux noroît. Respectivement höfðingi, reiði, fylgja, kol et óvinr: chef, colère, suivre, charbon et ennemi. Le nom de Grunnr signifie terre.

>>Troisième et quatrième jours d'expédition

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Dernière édition par Grunnr le Lun 3 Fév 2014 18:34, édité 4 fois.

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 Sujet du message: Re: Le Niveau Bas : les ruines de l'ancienne Mertar
MessagePosté: Mar 10 Déc 2013 23:34 
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>>Premier et second jours d'expédition

Troisième et quatrième jours d'expédition


Troisième jour

La première flèche se brisa au pied de Köl. Fylgjar gueula quelque chose que personne ne comprit. La troupe se colla au mur et la volée de projectiles s'abattit sur les dalles noires. Valyus pouvait bien donner une mort rapide au Sketeg qui avait merdé et tiré trop tôt, il venait de sauver cinq Thorkins. Ou du moins il leur avait accordé un sursis :
En descendant le puits nous étions tombés sur ce tunnel n'offrant aucun abri : creusé à la verticale sur une centaine de mètres et d'une largeur extravagante, c'était une succession de terrasses et d'escaliers s'étageant à découvert le long des parois. Une architecture décorative de pleine période de paix conçue par un fieffé crétin dépourvu d'imagination. Seul un pilier central démesuré soutenait le plafond et une multitude de points lumineux apparaissaient maintenant sur l'escalier qui montait en spirale autour de lui. Autant de Sketegs armés d'arcs et prêts à s'en servir contre nos carcasses. Ce crétin d'Höfdir se cramponnait à sa torche, faisant de nous des cibles parfaites.

Jette la torche racle-merde!

Aussitôt l'obscurité fut totale. Les lumières sur la colonne ressemblaient à des insectes qui grouillaient salement en tous sens. Les cris rauques des peaux-vertes saturaient l'atmosphère tandis qu'ils s'excitaient et tiraient à l'aveuglette. Je réfléchissais à une manière de sortir de ce mouroir tout en maugréant quelques insultes, histoire de lâcher la pression. Les tunnels partant des terrasses étaient les seules échappatoires, si elles ne pullulaient pas encore de gobelins. J'attrapai l'imbécile le plus proche par la barbe et je le tirai vers moi.

On fait un avec la roche, on rase le mur. Y a c'putain d'escalier et la porte en bas: c'est là qu'on va.

Je le repoussais en espérant qu'il ait compris le message. Celui qui était trop stupide pour le saisir finirait lacéré et le vieux Long-Tunnel ne le pleurerait pas. J'entamais la descente en premier et j'aurais fini par croire que ça allait être facile quand un point lumineux se détacha des autres et, suivant une trajectoire balistique, vint s'écraser à mes pieds. J'identifiais une flèche dont la pointe était recouverte de tissus enduits d'huile. Elle continuait donc à brûler et ma silhouette se détachait sur le mur. J'eus juste le temps de piétiner le projectile avant de sauter quelques marches plus bas. J'entendis les flèches s'écraser sur le mur derrière moi en crépitant. Je me demandais bien depuis quand ces créatures stupides avaient eu le mauvais goût d'apprendre à penser.
Fi de la discrétion et de la prudence je dévalais les dernières marches en me laissant porté par mon propre poids. J'atteignis lourdement la terrasse alors que d'autres flèches lumineuses partaient du pilier par volées successives. Si beaucoup se trouvaient engloutit par les profondeurs, les rares qui finissaient sur l'escalier suffisaient à dévoiler mes camarades paniqués. La porte salutaire n'était plus loin, si elle existait. Je courais en laissant traîner ma main contre la paroi, espérant trouver l'ouverture avant de tomber sur une marche ou recevoir une flèche dans le dos. J'inventais une nouvelle gamme de propos orduriers pour les demi-architectes mal-formés qui avaient imaginé un espace pareil. Puis finalement je les remerciais : ma main trouva le vide et je fis aussitôt un écart. Au passage j'attrapais le bras d'Höfdir qui courait avec pour but apparent de se précipiter dans l'escalier.

À droite bande de dégénérés! Dans le mur!

Un... deux... trois. Le dernier Thorkin vint s'écraser sur les autres. Je fis pivoter le lourd battant de la porte de chêne et rabattit le linteau, le bois partit en poussière sous mes doigts.
Je détestais être chassé, aucun de ces Sketeg ne faisait le poids face à moi. J'avais une furieuse envie de faire sauter des têtes, mais aucune cible assez téméraire sur laquelle mettre mon désir à exécution. J'allumais moi-même une torche car les lopettes qui m'accompagnaient étaient occupées à mouiller leurs chausses ou à appeler leur mère. Sans un regard pour leurs misérables carcasses je fis le tour de la pièce. C'était l'anti-chambre d'un ancien quartier d'habitation. Il ne restait plus d'effets personnels mais vu les motifs du plafond ce devait être une galerie pour gens aisés, quelques rares familles ayant le privilège de la terrasse menant sur la grande salle. J'espérais bien que ses occupants avaient eux le bon sens de prévoir un accès secret ; ne serait-ce que pour aller visiter les galeries de la voisine, pratique d'excavation courante dans la Haute-Mertar actuelle.
Je m'engageais ensuite dans les appartements. Toutes ces pièces vides commençaient à me taper sur le caillou. Soit que les habitants fussent partis en emmenant tout, soit qu'au cours des siècles les salles furent fouillées maintes fois, peu importe, tout était désespérément vide. Vide et sale. Les excréments de Sketeg jonchaient le sol et les murs suintaient d'une humidité douteuse. Après m'être assuré que la galerie se poursuivait, je fis demi-tour.

La scène n'était pas belle à voir: Köl avait une flèche fichée dans l'épaule et un sang noir dégoulinait sur son bras. Il n'avait pas eu de chance, ça aurait pu être n'importe qui, mais c'était lui. Je repoussais les incapables qui soutenaient le blessé et je lui envoyais dans la mâchoire un coup-de-poing magistral. De l'autre main j'avais saisi la hampe du projectile et je tirais dessus en faisant pivoter mon poignet. Il sortit facilement avec une grande giclure de sang. Cette opération de chirurgie m'avait défoulé un peu.

Si t'émets un son j't'arrange la tronche façon bas relief.

Le pauvre Köl roula des yeux mais serra les dents. Une trace bleue s'étendait déjà le long de sa mandibule ; il aurait pu gémir, mais pas crier. Il n'en fit rien, seule une larme roula sur sa joue. Je fis semblant de ne pas la voir et je déchirais un pan de ma tunique pour bander la plaie. Avant de l'appliquer je me raclais le gosier et me débarrassais de la glaire que j'avais dans la bouche, puis j'humidifiais le tissu. Nous n'avions rien de mieux sous la main. À la surface il aurait vécu, ici je ne donnais par cher de sa carcasse ; ces raclures de Sketeg ne nettoient pas leurs armes.

C'est bien gars, t'as tout compris. Bon! Les excavateurs de sable, z'avez voulu jouer au malin à faire les chasseurs de trésor? On y est maint'nant! On aide l'éclopé et on avance avant de s'faire tous découper.

En passant au travers du groupe pour prendre la tête je bousculais Ovinïr. Il était le seul à me dévisager avec un air de défi, les autres avaient compris qui était réellement capable de les sortir de ce merdier. Cette ordure était prête à foutre un coup de pioche dans la première poche de gaz venue. A mesure que les jours passaient, je détestais de plus en plus ce creuse-petit silencieux. Un foutu révolutionnaire dans l'âme sans aucun respect pour les ancêtres et les traditions, ça se voyait sur sa tronche de tordu et aucune barbe ne pouvait le cacher. Il attendait son heure le fourbe et pour le moment il baissa les yeux.
 

Quatrième jour

La nuit avait été harassante : pas de campement, peu de repos. La plupart du temps une descente au pas de course dans les galeries étroites, à guetter le moindre bruit suspect. Mais les fouilles-merde à la peau verte semblaient avoir arrêté la poursuite. Aucun signe de vie depuis plusieurs heures maintenant. J'ouvrais la marche et donnais les directives, Höfdir aidait à soutenir le blessé que la fièvre avait pris.
Un mur en maçonnerie nous contraignit finalement au repos. Je ne m'étais pas attendu à un tel obstacle : dans le tunnel les torches n'avaient pas cessé de vaciller sous l'effet d'un courant d'air frais. Tandis que mes compagnons reprenaient leur souffle j'observais le mur en grommelant. Je sentais le regard cynique d'Ovinïr derrière moi, je devinais qu'il serait heureux de nous voir crever simplement pour se délecter de mon échec.
Je passais mes mains sur la roche pour m'assurer de son existence, elle était très lisse. Un sifflement attira mon attention : l'air filtrait bel et bien à travers la construction. Les motifs complexes, seuls ornements de la galerie, indiquaient un lieu particulier. En reculant je pouvais deviner une porte sculptée dans la pierre et au centre le blason de Mertar. Toute la lie que comprenaient les ancêtres s'était donc associée pour construire un foutu piège entre portes de bois merdiques et portes de pierres verrouillées. Il ne fallait pas s'étonner que cette race de d'handicapés en ligne direct disparaisse de la surface de Yuimen si même les morts faisaient profiter la descendance de leurs conneries.

Je coinçai sa torche dans une anfractuosité de la paroi et je m'assis en tailleur au centre du tunnel, face au problème. Les autres s'agitaient derrière moi, celui qui oserait s'approcher ressortirait avec une tronche que sa mère ne reconnaîtrait pas. Mais ils savaient : l'ancien peut déranger, on ne dérange jamais l'ancien. Ils se turent.
Je postulais que nos ancêtres étaient intelligents, ce qui me demanda un effort d'imagination considérable. Une porte en roche devait contenir un mécanisme en roche sinon une des deux parties s'userait. Il fallait aussi leur faire confiance sur le fait que le dit-mécanisme fonctionne encore après dix ou douze mille ans d'existence. Et enfin je devais absolument me rappeler si il existait des technologies proches aujourd'hui qui nous renseigneraient sur la façon d'utiliser une telle foutrerie. Les chances auraient été meilleures sous un coup de charge*.
Logiquement une machine faite de roche ne peut que glisser ou basculer, faire contrepoids. Il existait encore des portes à fermeture définitive dans l'actuelle Mertar, destinées à couper la route à une invasion venue des profondeurs. Le principe était un jeu de bascule qui finissait par être suffisamment important pour bouger une caillasse gigantesque. Il fallait espérer que l'ancien système soit réversible.
Je détestais remettre ma vie entre les sales pattes de mes contemporains et je découvrais qu'il en allait de même vis-à-vis de mes vieux du fin fond des âges. Ils étaient aussi cons. Je m'approchai de l'ouvrage et éprouvai les aspérités de la paroi. Je cherchai également dans les derniers mètres de la galerie puis j'appuyai sur chacune des pièces du blason. Le bloc de pierre ne bougea pas.

Derrière nous l'écho de bruits de pas se fit entendre. Ils étaient encore loin.
Je repris ma position en tailleur. Les chuchotements dans mon dos me flanquaient une envie de casser des crânes et je grognai bruyamment pour les faire cesser. Le silence revenu je fermais les yeux et mis en branle les rouages de ma mémoire. Ils étaient des Thorkins, une race qui transmet tout: la réponse devait se trouver quelque part au fond de moi sous forme d'une anecdote ou d'un morceau d'histoire insignifiant. Rien ne se perd. Rien!

Les boucles des ceintures teintèrent quand les armes furent dégagées. Les voix geignardes des gobelins résonnaient maintenant partout. C'était l'ennemi héréditaire dont la cité devait être protégée. Il en avait toujours été ainsi: nul autre qu'un Thorkin ne devait toucher au mythril. C'était la force de Mertar, sa raison d'être. Un mot dans la langue des gobelins supplanta les autres sons. Ces sous-créatures utilisaient un dialecte écoeurant fait des cris suraigus bien différents du langage nain.
Je crus recevoir l'éclair de Valyus et je maudis ma stupidité. J'ouvris les yeux et sautai sur mes jambes. Je saisis ma hache en me tenant face à la porte. Le Thorkin ancien possédait des sonorités proches d'un éboulement. Les syllabes évoquaient des pierres qui s'entrechoquaient et seule la gorge d'un nain pouvait provoquer un pareil tintamarre. C'était la meilleure clef possible. Il existait quantités d'histoires sur des portes magiques s'ouvrant grâce à des mots. Elles devaient avoir un fond de vérité, comme toutes les légendes. Je prononçais le nom ancien de Mertar dans ce dialecte inusité et à peine le dernier raclement fut-il sortit de mon clapet qu'un claquement lui répondit dans la roche, suivi d'une série de chocs sourds. Il y avait une continuité rythmique étonnante entre le mot et les bruits issus du mécanisme ; une science oubliée qui n'attendait qu'à être étudiée.
Je me retournais juste à temps pour parer un coup de rapière en utilisant le manche de ma hache. Une fois le gobelin repoussé je pris une garde convenable de façon à lui faire garder ses distances. Le rocher se soulevait derrière nous et nous reculâmes tout en encadrant Köl. La horde de Sketeg se déversait dans le tunnel mais le passage étroit annulait l'avantage du nombre et les premiers rangs venaient s'empaler sur nos armes. Les guignards voués à la mort tentaient de retenir la poussée énorme derrière eux et travaillaient donc contre leur propre camp, nous offrant une chance de survie.

Un air frais balayait la pièce dans laquelle nous pénétrâmes à reculons. Ovinïr avisa la roche qui dépassait près de la porte et tira dessus, je fus obligé de reconnaitre la présence d'esprit de cette ordure. La masse énorme retomba sous notre nez, projetant un jet de sang et de chair broyée, et surtout nous isolant de la masse grouillante des poursuivants. Les torches étant restées de l'autre côté, nous nous trouvions dans un noir d'encre. J'avais peine à croire que nous ne soyons pas crevés. Il fallait croire que nous étions moins bête que les Sketeg.
Comme pour me contrarier c'est à ce moment que Reïdir trouva bon d'éructer ses injures... Nous venions d'atteindre la grande salle aux piliers, l'ancienne entrée d'une Mertar oubliée.

*coup de charge: glissement de terrain imprévisible dans une mine. La galerie s'écroule et les chances de survie sont quasiment nulles.

>>premier pépin

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 Sujet du message: Re: Le Niveau Bas : les ruines de l'ancienne Mertar
MessagePosté: Mer 8 Jan 2014 23:16 
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>>Troisième et quatrième jours d'expédition

premier pépin


Cinquième jour

La fatigue peut changer le cours le cours d'une bataille, cette saloperie sournoise touche n'importe quel guerrier, même les meilleurs. Höfdir avait eu l'intuition idiote que nous étions en sécurité et n'avait pas eu de mal à convaincre notre troupe de planqués de se reposer. J'étais donc le seul Thorkin possédant un instinct de survie dans ce merdier. Longtemps je tins tête au sommeil qui me harcelait, les gémissements de Köl m'aidaient à résister, mais quand ils cessèrent je cédai, pour notre malheur.

La caverne se serait écroulée que le bruit n'aurait pas été plus horrible. Le temps de se remettre les idées en place c'était déjà sur nous.
En un instant il y eut deux morts : Köl bien sûr. Il ne bougea même pas, peut être était-il clamsé avant la boucherie. Et Höfdir, il eut la mauvaise idée de gueuler. Il paya son incompétence mais aussi ganache fut-il les dieux auraient pu lui donner une mort moins atroce. Ces cons n'avaient probablement rien à foutre de nos misérables carcasses. Le craquement de la cage thoracique du chef d'expédition quand la roche le traversa de part en part se réverbéra dans toute la salle et resta gravé dans les caboches de ceux qui assistèrent à la scène. Outre le déversement de sang et de tripes qui dégoulina de la plaie béante, les mirettes du pauvre vieux roulèrent longtemps de tous côtés cherchant une foutue aide inexistante, puis elles se fixèrent sur un point et ne bougèrent plus. Valyus seul sut ce qu'il zyeuta à la toute fin ; l'angoisse resta collée à son regard jusqu'à ce qu'il devienne vitreux. Je ne pouvais m'empêcher de penser à la naine belle comme une gemme qu'il laissait dans son tunnel et ça me tordait les tuyaux. J'en oubliai presque de remuer et je manquai de finir aussi en morceaux.

Ovinïr, le seul qui méritait de crever avec son esprit emplit de pourriture, n'eut pas eu le bon goût de se laisser faire. Je le vis disparaître derrière un pilier avant de fuir. Quant aux deux autres c'était un mystère : ils n'étaient pas au campement moment de l'attaque et ils ne donnèrent aucun signe de vie. Sûrement, si ils étaient encore de ce monde pourri, pleuraient-ils dans un coin en appelant leur vieille. Je ne pouvais pas les blâmer pour ça:
Peu de choses pouvaient se vanter d'avoir fait mouiller ses chausses à Grunnr Long-Tunnel. Notre assaillant était de cette catégorie d'ordures qui n'avaient pas le droit d'exister tellement elles étaient contraires aux lois du vivant. Les souvenirs restaient dans le flou, j'ignorai toujours si cette chose était vraiment de la roche. Ça y ressemblait. En guise d'arme il arborait ces saloperies de stalactites dont une a empalé Höfdir. Pour le reste il avait une forme indéfinissable, changeante: nul corps, nulle tête, juste des foutues masses informes articulées de façon impossible qui émettaient des sons apparentés à de la pierre concassée. Cette saloperie m'avait transformé en moutard n'ayant jamais vu le fond d'un tunnel... C'était mieux qu'en cadavre. J'avais eu une veine de contremaître.

Je m'étais éloigné du campement avec toute la vitesse qu'avaient pu donner mes guibolles. Dans l'obscurité j'avais essuyé quelques rencontres avec des obstacles invisibles. Piliers, tunnels, salles, ça n'avait plus de sens: j'étais paumé et le seul bruit qui me parvenait était celui des coups de burin que foutait mon cœur contre ma poitrine. Allumer une torche était sûrement une idée foireuse mais aucune autre ne me venait à l'esprit. Ma course avait duré longtemps, rien ne m'avait poursuivi ; je tentai ma chance.
Je me trouvais dans une pièce annexe de l'immense entrée, une des boutiques dont faisait référence la dalle gravée. Les anciens avaient déguerpi précipitamment : il restait de nombreux objets en bois ouvragés qui tombaient en poussière au moindre souffle. C'était une mise en scène fantomatique venue du fond des âges qui ne supportait plus la moindre vie, elle s'effaçait devant elle. Tout concourait à une ambiance morbide _bain de sang et fantômes_ les abrutis d'anciens qui vivaient dans cette mine de cailloux et avaient découvert cette saloperie de rocher mouvant méritaient bien de finir empalés comme ce pauvre Höfdir.
Après avoir méticuleusement réduit en cendres tout ce que je pouvais dans la pièce je revins vers le campement, hache à la main, prêt à en découdre. La grande salle n'avait plus rien de splendide à mes yeux, elle m'apparaissait maintenant comme la pire atrocité que l'on puisse construire. Trop grande, trop vide, trop noire... Le moindre bruit me faisait sursauter comme une fillette mais j'arrivai à destination sans encombre. Le feu était éteint, les deux corps de mes compagnons avaient été mis en pièces, éparpillés de façon anarchique avec une violence pas belle à voir. Le matériel avait subi le même traitement, rien n'avait été fouillé. Ça avait été un massacre pour le plaisir de massacrer, une foutue folie meurtrière invraisemblable comme seul un cerveau détraqué pouvait en produire. Le plus misérable Sketeg tuait pour une raison, même mauvaise ; en cela il était vivant, une vie sous-développée certes, mais il était compréhensible et rationnel. La chose n'avait aucune cette retenue, elle était simplement efficace dans le carnage. Aucun mot ne me venait à l'esprit pour la caractériser. Elle était une erreur de la nature.

Une torche jeta sa lumière vacillante à plusieurs piliers de là et me fit sortir de mes pensées. Les trois rescapés revenaient, livides, avec la pisse qui mouillait leurs chausses. Cette ordure d'Ovidïr me fixait et j'aperçus un éclair de déception dans ses yeux ; il déployait beaucoup d'efforts pour ne jamais revoir la surface et il allait finir par y arriver. Nous rassemblâmes le maximum de matériel et quittâmes rapidement l'endroit. Les armes et effets de nos compagnons étaient inutilisables : toutes tordues ou broyées. Un seul objet avait miraculeusement réchappé à la destruction: dans la soupe de chair et d'excréments nous retrouvâmes la tablette. Valyus devait l'avoir protégé.
Le magasin découvert tout à l'heure fut notre retranchement: la porte étroite nous garantissait une certaine protection et un tunnel secondaire au fond de la pièce pouvait servir d'échappatoire. Personne n'avait envie de l'emprunter mais il serait peut-être notre salut.

Un crétin a une idée concernant c'te chose?

Tu nous d'mandes not' avis maint'nant?

Si j'avais su qu'ça m'obligerait à supporter tes vomissures j'me s'rais abstenu. Continue à la fermer on a déjà assez d'emmerdes.

Les haches furent brandies et je fus plus rapide qu'Ovidïr. Il arrêta son geste et un sourire de demeuré _qu'il voulait probablement aimable_ se peignit sur son visage. Ce gars était un résidu de fonderie dans toute sa splendeur. Je l'aurais bien expédié dans l'histoire ancienne sur le champ, mais il y avait eu assez de carnage pour aujourd'hui, plus que ne pouvait en supporter les deux brouetteux qui nous regardait avec des châsses grandes comme un plat en tout cas. Je rangeais mon arme et la causerie se poursuivit. Fylgjar prit la parole.

Ça fout la trouille aux gobelins. Y en a pas trace dans ces tunnels.

Y a personne dans ces tunnels d'puis vingt-milles bordels d'années. Tout est en place.

Juste cette chose.

Un système de sécurité? Comme la porte?

T'sais qu't'es moins con qu'au premier r'gard quand tu t' donnes la peine Reïdir?

Il ne sut pas bien comment prendre le compliment, il était pourtant sincère. Mais qu'importe, ce pousse-chariot avait des idées qui expliquaient à peu près la situation. La porte parlante était une curiosité, l'autre truc était un danger. La magie des ancêtres confinait à la folie, pas étonnant qu'ils aient tout verrouillé avant de vider les lieux. Seule une bande d'abrutis inconscients avait pu foutre les pieds ici ; avec nos gueules toutes propres nous avions tapé dans une sacrée poche de gaz et nous nous retrouvions aussi cons que des apprentis mineurs dans une galerie déserte. Le mieux était d'éviter les embrouilles, peut-être trouverions nous la relique et une sortie sans que la machine nous tombe sur le râble.
Fylgjar tenta de s'opposer à l'idée de poursuivre la recherche. Il avait tendance à devenir loquace et le résultat n'était guère mieux qu'Ovinïr. Je lui rabattis le caquet à coup de gnon. La situation était devenue dangereuse mais revenir les pognes vides ferait de cette expédition une perte de temps monumentale. Si il voulait il pouvait tenter sa chance, il allait probablement rejoindre les deux macchabées avec toute la clique d'ancêtres crevés que comptait notre race. Une telle foule d'abrutis concentrés au même endroit ça ne ferait envie à personne. La sagesse de ces propos et le manque de couilles ramenèrent à la raison le minable dissident.

Une fois les velléités de révolte matées je sortis la tablette et la posai sur le comptoir de pierre au centre de la pièce. L'auteur, après avoir décrit l'entrée et le pont qui y menait, se vantait de ses fonctions auprès du roi de l'époque. C'est lui qui avait été chargé de trouver une tombe pour Thor dans la partie basse de la ville au retour de la dépouille. Il avait choisi le lieu probablement fictif du tout premier coup de pioche donné pour la construction de cette cité de tordue. La Mertar des origines était déjà infestée de Sketegs à l'époque de la tablette mais le conflit qui durait depuis quelques centaines d'années avait été réglé définitivement. Et le fantasme d'un héros enterré dans un haut lieu symbolique avait pu être accompli. C'était bien là des idées d'imbéciles dégénérés.
Descendre à partir de notre position devait être rapide et simple: les grandes portes de protection étaient ouvertes en permanence depuis le rétablissement de la paix et il suffisait de saluer le gardien pour passer sans danger. Bien entendu cet idiot d'écrivaillon n'avait pas cru utile de préciser ou se trouvait ces "grandes portes", et de gardien il n'y en avait plus, du moins pas de ceux qui se saluent. Pour peu que les vioques aient bouclé le bordel avant de partir notre histoire de chasseurs de trésors s'arrêterait là.

J'insistai pour que nous avalâmes quelque pitance avant de se mettre en route. Il ne restait plus grand chose des vivres d'Hofdïr après le carnage et le rationnement fut de mise.
Après la maigre bectance la troupe se mit à nouveau en branle, elle longea le mur où des portes ouvrant sur des salles pleines de bibelots blafards se succédaient. Pour sûr ça avait été riche: le moindre chambranle était le fruit d'un fignolage méticuleux. Le plus petit bout de roche racontait une histoire et je ne savais plus où poser les mirettes. Sur le sol des tapis de poussières indiquaient la présence d'anciens tissus et parfois un motif de fibre subsistait au milieu d'une mer de poudre grisâtre. Fort à parier qu'aux murs dégringolaient des wagons de tentures. Arpenter l'endroit à l'époque ça devait être un concours de jeu de coudes dans une braillerie constante. Aujourd'hui l'écho de nos pas contre la voûte créait un cliquetis que seul le souffle ténu des torches accompagnait. C'était tout. Même dans les mines ça vivotait un brin, ici rien. La peur nous soudait et nous marchions collés les uns aux autres. Nous puions l'urine et la sueur malgré le froid qui coulait de dehors par des interstices invisibles.

Au fond de la salle aux colonnes se trouvaient trois couloirs dont la différence nous échappait complètement. Leurs pentes étaient sensiblement égales et aucun détail architectural n'indiquait un changement d'époque par rapport à la grande salle. L'une de ces galeries contenait un trésor, une autre un mécanisme de mort, j'espérais que les deux ne fussent pas dans le même trou. Les ornementations des trois voûtes devaient indiquer ce qui se trouvait en bas mais les symboles étaient suffisamment débiles pour avoir disparu: aujourd'hui ils étaient totalement abscons pour nous tous.
Nous prîmes le tunnel le plus à droite, le premier qui se présentait. La descente légère nous mena rapidement à une salle fastueuse qui rayonnait autour d'un trône de pierre ridiculement imposant. La quantité d'arabesques et de fioritures à la mode ringarde des elfes était impressionnante: une sorte d'énorme coiffe en pierre arrangée façon dentelle s'élevait jusqu'au plafond et s'étalait en tous sens comme une gigantesque toile d'araignée. N'importe quelle Thorkin avec le cul posé sur cette énormité paraîtrait insignifiant, ainsi en allait-il des rois de la grande époque.
Rien ne laissait deviner la présence de l'horreur dans la pièce. Vu la fatigue généralisée le camp fut monté. J'insistai pour l'installer à l'opposé du tunnel d'entrée, au cas où. Il fut décidé que seule une torche brûlerait et le veilleur devrait l'éteindre fissa en cas de bruit suspect. Mon tour de garde n'étant pas le premier je m'endormis comme une masse sur le sol de pierre.

>>Joyeuse rivalité

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 Sujet du message: Re: Le Niveau Bas : les ruines de l'ancienne Mertar
MessagePosté: Mer 8 Jan 2014 23:21 
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Joyeuse rivalité [:attention:] (violence, sang et tripes)


Sixième jour

Au premier vrombissement la torche fut éteinte. La troupe entière était réveillée et se tenait aux aguets. Des craquements, frottements, raclements et autres saletés résonnaient partout et il était impossible de situer la source de ce boucan. Ajouté à l'angoisse de la proximité rien ne permettait de savoir si la chose pouvait sentir ou entendre une présence ; l'obscurité, même totale ne suffirait peut-être pas à nous cacher.
Un des crétins du groupe cru bon de faire partager son intériorité et une fragrance digne d'un sac de fumier embauma l'air. J'aurais bien ravalé la façade du merdeux sans retenue mais esquisser un geste aurait été comme se jeter au fond d'un puits. Le chambard allait et venait, changeait de direction, s'approchait et s'éloignait, et nous suions selon les mêmes variations. Cela dura une bonne partie de la nuit.
Longtemps après que le calme soit revenu nous prîmes le risque de faire un peu de lumières. Je constatai alors que le manque de sommeil ne mettait pas un Thorkin en valeur: Fylgjar tirait une tronche à faire fuir un Garzok, ce qui allait tout à fait avec son odeur ; son froc humide et huileux le désignait comme l'auteur des effluves nocturnes. Il semblait prêt à s'écrouler à tout moment et je gageai qu'il ne tarderait pas à capoter du bonnet. Avec une tête pareille il eut mieux fait de crever tout de suite plutôt que nous mettre tous en danger comme cela n'allait pas manquer d'arriver.

L'exploration reprit: il était inutile d'insister pour trouver le sommeil, le mieux était de trouver la relique et décamper fissa de ce tombeau. La chance nous manqua: la salle du trône ne contenait pas l'objet que nous convoitions. En guise de maigre consolation elle recelait tout de même une bonne surprise pour tout Thorkin avide d'histoire. En tout autre moment j'aurais apprécié.
Le gros nez poisseux d'Ovinïr l'avait mené à une porte encastrée à l'arrière du siège démesuré. Elle donnait accès _après une volée de marche_ à une pièce circulaire ornée de statues représentant les sales trognes des anciens rois claquemurées en rang dans des alcôves à l'ornementation outrancière. Les tablettes faisaient état de seigneurs nains détraqués du caillou qui siégeaient sur une montagne d'or. Ces crétins arrogants avaient donc bien existé et nous nous trouvions maintenant au complet dans l'ancienne salle où ils amassaient leurs délirantes richesses. Mais justement, ça manquait de richesses: il n'y en avait pas plus que dans un filon de charbon. On pouvait compter sur un nain pour tout emmener quand il décampait ; il ne restait rien excepté les fripes et les armes que portaient les absurdes roitelets de pierre.

Nous aimions l'or _nous ne serions pas là si ce n'était pas le cas_ et présenter un objet brillant sous la barbe d'une bonne majorité des demeurés constituant notre race suffisait à la rendre plus conne qu'elle ne l'était au naturel et elle perdait vite le peu de discernement que les dieux lui avait concédé. Reïdir lorgnait avec insistance une hache bien comme il faut, singulièrement rutilante dans ce lieu poussiéreux où tout tombait en poussière. Quand j'arrêtai sa main il eut le culot de grogner. Je lui donnai comme raison de se calmer mon gantelet dans la mâchoire.

T'as un filon vide sous l'casque crétin. Pourquoi qu'tu penses qu'cette foutrerie soit restée ici? D'autres crétins dans ton genre l'auraient déjà ramassé depuis des millénaires si c'tait possible.

Ça le fit hésiter ; il prit la bonne décision de ne pas riposter et de calmer ses envies, mais de l'autre côté de la pièce la même pulsion foireuse avait frappé. Le casque de mythril tomba en poussière aussitôt qu'il quitta la caboche de pierre de son propriétaire. Un raclement sortit de l'alcôve profanée et une fine poussière s'écoula du plafond. Je m'attendais à voir la fin de cette moisissure qu'était Ovidïr, responsable du déclenchement du mécanisme. Ce fut Fylgjar qui essuya pour lui. Ce poltron se précipita vers l'entrée et un tremblement fit vibrer la pièce alors qu'il n'avait pas fait trois pas. Une masse de roche faite d'un bloc le réduisit en bouilli avec un craquement sec accompagné d'un bruit de tôle froissé. Pour une fois qu'il prenait une initiative ça lui avait coûté à la vie à ce malchanceux.
À défaut d'être utile à quelque chose Reidïr savait fuir: il était déjà dehors tandis que la seconde pierre se décrochait du plafond. Possédant plus de cran _ou un instinct de survie sous-développé_ Ovidïr ramassait la poussière de mythril. Ça me donna une seconde pour réfléchir et l'idée me remonta des profondeurs que je pouvais transformer ce fond de mine instable en tombeau pour indésirable. Ce serait un service rendu à la race Thorkin, un peu comme enterrer les ordures d'un tunnel.

Le troisième bloc tomba au centre de la pièce, je le contournai pour arriver sur ma cible. Il fut d'abord surpris que je l'empêche de passer et il mit quelques secondes à saisir la situation délicate dans laquelle il se trouvait. La hache appuyée sur sa poitrine l'impressionna: il vida ses intestins tandis que je le faisais reculer contre une alcôve en augmentant la pression du tranchant sur son ventre graisseux.
J'aurais dû faire plus rapide, ce pendard avait une chance incroyable: un fin filet de poussière dégringola du plafond et j'eus à peine le temps de faire un pas en arrière pour éviter la chute du nouveau bloc. Cette saloperie de piège n'agissait peut-être pas tout à fait au hasard ; vu l'esprit tordu des ancêtres ça n'aurait pas été étonnant.
Le raclement du métal contre la roche me fit pivoter et j'esquivai de justesse le fer qui s'abattit près de ma tête. J'attrapai la hampe et je tirai un bon coup pour ramener à portée la raclure qui se trouvait au bout. Il avança. Il lui restait un pas avant de perdre un de ses arpions, mais cet incapable avait tout de même des réflexes et il se fracassa le genou contre le bois de mon arme. Sa manœuvre me déséquilibra mais je me relevai à temps pour lui arranger le tarin avec le haut de mon crâne.

Nous reprîmes nos distances. Depuis le début j'avais toujours eu du mal à poser les yeux sur son horrible tête et le sang noir qui pissait sur sa barbe n'arrangeait pas les choses. Dans la bouillie indescriptible que formait maintenant son visage ses petits yeux mauvais ressortaient et les crever était la seule pensée qui me venait à l'esprit.
Deux autres blocs avaient pris place durant notre échange d'amabilité et l'espace disponible se réduisait. Aucun de nous deux n'avaient envie d'intimité avec l'autre. Nous entamâmes donc une progression compliquée vers la sortie en nous démenant pour être devant et couper la route à l'autre. Il se battait comme une cantinière et je pris l'avantage: après une attaque trop basse de sa part j'avais réussi à pénétrer sa garde avec la queue de mon arme. Il serait certainement tombé si je n'avais pas été gêné dans mon mouvement par le manque de place. Après m'avoir à nouveau observé comme un idiot il fonça sur moi, je repérai sa façon minable de tenir sa hache et je m'apprêtai à lui faire payer son inexpérience en le vidant de ses tripes. Il changea de trajectoire au dernier moment. Le claquement au dessus de ma tête me fit tressaillir, je lâchai mon encombrante arme et je roulai sur le côté. Ça passa si prêt de moi que je crois bien y avoir laissé quelques poils de barbe.
Quand je me redressai Ovidïr était sur les marches, il me scrutait avec une lueur de plaisir. Il avait su profiter de la situation et dans son esprit étroit comme un travers il lui suffisait d'attendre pour avoir ma mort comme spectacle. Je lui aurais bien arraché toutes les dents pour lui passer l'envie d'arborer son sourire vicelard. Il me restait à parier sur le fait que sa trogne soit le reflet de son intelligence ; dans ce cas j'étais certain de m'en tirer, sinon je reviendrai le hanter en attendant qu'il me rejoigne chez Phaïtos afin d'avoir toute l'éternité pour lui faire payer ce moment.

La roche avait empli la quasi-totalité de la salle, j'avais dû les éviter un à un. J'étais maintenant certain que le piège visait: plusieurs fois j'avais presque été enfermé. Je me tenais maintenant à quelques pas des marches et le seul passage était sur le point d'être condamné. La mort minable de Fylgjar ne m'inspirait pas grandement et me jeter sur l'incapable avec sa hache d'arme était la seule alternative. Au moins une des deux options présentait un espoir. J'avançais.
Au lieu d'attendre avec une garde classique, où le fer de l'arme est à l'arrière prêt à faucher tout ce qui approche, ce guerrier de parade pointait le tranchant vers moi en imaginant me foutre la trouille. Du plat de la main j'écartai sa lame et je fonçai sur lui avant qu'il ne pense à réagir. Sans surprise le revers du fer me revint sur l'arrière de la caboche ; j'aurais agi de même. Je ravalai un juron en glissant à genoux, peut être avais-je sous-estimé mon adversaire, c'était une foutu erreur de brouetteux.
La montagne semblait m'être tombée sur le bas du caillou et le monde tangua un bon coup. Encore sonné j'attrapai au hasard ce que j'espérai être un pied et je me redressai en le projetant vers le plafond. Il y eut un cri de fillette et un bruit de vaisselle métallique qui s'écrase par terre. L'acier froid de la hache déchira la maille sur mon épaule et tapa contre l'os. La douleur explosa le long de mon bras mais j'avais la satisfaction de savoir mon adversaire à terre. Je passai sur lui en piétinant sa carcasse molle avec insistance puis j'allai retrouver la sécurité illusoire de la salle du trône.

Reidïr observait la scène d'un air paumé avec sa torche à la main. Cet abruti en comprenait autant que le dernier des Sketegs mais il n'était pas un danger. L'air frais me ventila les galeries ; j'étais vivant et prêt à faire regretter sa naissance au misérable qui n'avait pas su me crever. L'hésitation de cette ordure qui s'avançait en tenant sa hache comme un balai me mit hors de moi et me fit oublier la douleur. Je ne pouvais pas le laisser vaincre.
Nous commençâmes à nous tourner autour. Il ne devait pas avoir digéré sa raclée dans l'escalier, il avait compris qu'armé ou non je valais plus que lui. Au fond il savait qu'il n'aurait droit qu'à un essai: soit il remporterait les honneurs d'avoir abattu un Long-Tunnel, soit il finirait dans ce merdier qu'est l'ancienne Mertar en tant que cadavre pourrissant. Il avait le souffle court, sa barbe dégoulinait de sang coagulé et des bulles noirâtres explosaient à l'entrée de ses narines. Son nez avait doublé de volume et ça ne lui arrangeait pas le portrait. Je constatai avec fierté les traces de bottes sur sa joue qui bleuissait et son arcade sourcilière qui pissait sur son œil droit et l'obligeait à le fermer.
Si nous continuions à tourner le combat deviendrait de plus en plus dur pour lui. La pression et la panique poussent au n'importe quoi et il répondit exactement à mes attentes quand je l'insultai pour le motiver.

Il courut vers moi. Je l'attendais tassé sur moi-même, les mains en avant, prêt à dévier l'attaque et saisir la hampe de l'arme. Il visa mes appuis. Je soulevai un pied pour laisser passer le fer et m'appuyai dessus. Il tira vers lui, j'en profitai pour attraper le bois avec ma main valide et je me laissai aller en avant.
Il interposa l'arme entre nous avant de prendre à nouveau mon crâne sur la tronche _il apprenait vite_ mais il n'eut pas la force de me repousser. J'assurai ma prise et je plaçai ma jambe entre les siennes. Il ne me restait qu'à le faire basculer et il se retrouverait au sol. Il comprit, il bougea. Je mis à profit le déséquilibre induit par son mouvement en faisant pivoter l'arme. Cette saloperie de douleur à l'épaule faillit me faire gerber et il en profita pour m’asséner un coup de casque dans l'arcade.
Il fut quand même obligé de lâcher une main, le fer de la hache était maintenant entre nous et ma prise plus sûre que la sienne. Il n'était pas un guerrier, il était tout juste bon à charger du minerai dans une cuve. Il en prit à ce moment conscience et la crainte passa dans ses yeux. Le désespoir pouvait parfois être surprenant, je me méfiais de son prochain mouvement.

Il lâcha tout. Je vis l'éclair de l'acier quand il sortit sa dague. Cette tentative s'inscrivait bien dans la catégorie "désespérée" mais elle était lamentable: il n'avait ni avancé ni reculé. Je le balayai avec la queue de mon arme et il s'écroula sur le dos en glapissant. L'acier tomba peu après sur son torse vulnérable et explosa la quasi-totalité de ses côtes. Après le craquement et la giclée de sang noir le silence: il n'avait pas hurlé. Je ne sais pas si il sentit la douleur, la panique succéda à la surprise et déforma ses traits. Un gargouillis s'éleva, des bulles poisseuses remontèrent de la plaie béante. Il secoua les bras pour chercher de l'air tout en luttant contre l'évidence: il mourait. La délectation devant les morts atroces c'était bon pour les tarés ; la tête vola un peu plus loin quand je la séparai du corps. Il avait été un Thorkin comme beaucoup d'autres: arrogant et stupide. Sa principale faute était d'avoir manqué de respect à un Long-Tunnel et à ses compagnons. La souffrance n'avait rien à faire là-dedans. Cela dit je crachais sur son cadavre encore vibrant de spasmes et je me retournai vers le dernier membre de l'expédition.

Amène la torche pousse-chariot. Cette ordure avait amassé pas mal d'or, ce s'rait dommage de s'en priver: il en aura plus b'soin.

Reidïr s'approcha, le visage défait, pour sûr il n'avait jamais vu un cadavre. Il faut dire que celui-là n'était pas en bon état ; nous allions devoir retourner quelques tripes pour ramasser le butin.
Je m'étais déjà approprié la hache d'arme qui allait simplement remplacer la mienne. La cuirasse n'était plus que du métal tordu avec un trou béant ouvrant sur une soupe d'organes peu appétissante. Ca se serait bien fondu mais s'encombrer dans une telle situation était idiot. Je ramassai le sac de poussière de mythril et j'entrepris de vider la moitié dans ma sacoche. Je lançai le reste au merdeux derrière moi qui avait peine à se retenir de pleurer. Ça le calma. Il me fixa avec l'air de vouloir faire des sentiments ; je lui signalai qu'à la première remarque inutile il prendrait mon poing dans la tronche. Jusqu'à nouvel ordre nous étions toujours un groupe et il allait falloir agir comme tel pour sortir de ce fond de mine, une fillette sentimentale ne me serait d'aucune aide.
Je lui donnai encore le casque du mort et je gardai pour moi les gantelets. Le temps ferait disparaître le reste et dans quelques milliers d'années seul un tas de poussière subsisterait.

>>Le gardien

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 Sujet du message: Re: Le Niveau Bas : les ruines de l'ancienne Mertar
MessagePosté: Mer 8 Jan 2014 23:25 
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Septième jour

Nous étions bien infoutu de dire si c'était le septième jour ou encore le sixième: les bruits avaient recommencé durant notre tentative de repos. Cette mécanique de dégénéré ne nous laissait pas de répit, j'avais dormi en me persuadant qu'elle n'entrait jamais dans la salle du trône. Pour cette fois j'avais eu raison, Valyus gardait peut-être encore un œil sur nous. Un œil seulement: mon bras droit était inutilisable, j'avais la joue gonflée comme une outre et la trogne de Reidïr en disait long sur notre situation. Il avait des cernes noirs qui creusaient ses joues jusqu'à la mâchoire, un teint de craie et le regard ouvrant sur un fond de grotte. Il ne voulait plus bouger ça se voyait dans ses yeux. Je lui fichai quelques torgnoles avec mon membre valide autant pour le motiver que pour me défouler et nous nous mîmes en route avec plus de légèretés.

De retour dans le couloir principal nous descendîmes par le tunnel central qui s'élargit rapidement. Peu à peu les ornementations de l'architecture disparurent et la maçonnerie laissa place à la taille directe. Pour moi ça ressemblait plus à une grotte agrandie qu'à une cité Thorkin ; c'était un travail digne de marmots à peine sortit du tunnel familial. Quelques tablettes faisaient état du dépouillement légendaire de la Mertar primitive, le mot arriéré aurait été juste dans la description. Il était difficile d'imaginer une évolution à partir du néant artistique caractérisant le couloir que nous arpentions. Nos ancêtres laissaient même entrer la lumière: des ouvertures murées à la hâte devaient à l'époque donner sur l'extérieur, chacune d'elle était encadré de colonnes grossières taillées à même la pierre. Des raies de lumière filtraient par les jointures des minables calfeutrages et le froid mordant des montagnes que nous ressentions depuis notre arrivé dans ce cul-de-basse-fosse dégoulinait de partout.
Reidïr s'arrêta. Il venait d'user le peu de courage que ses couards de parents lui avaient légué à la naissance. Il fixait l'immense porte éventrée qui gisait au fond du tunnel: la pierre épaisse de trois paumes avait cassé sous un choc répété à une hauteur improbable. Il avait fallu lourdement insister, peut être des années, avant qu'une telle masse n'éclate. Plus loin la galerie poursuivait sa descente et des bruits de roches concassées remontaient de l'endroit. Les sons résonnaient contre les parois et si la montagne entière s'était désagrégée pour nous tomber sur le caillou ça n'aurait pas fait plus de bruit.

Le peu d'intérêt que portaient les premiers nains à l'architecture était apparemment largement compensé par leur travail sur la mécanique minéral: ils avaient réussi à animer la roche. Cette période de créativité débridée ne dura certainement pas très longtemps car les archives n'en touchaient mot excepté sous forme de légende. La plupart des petits génies qui fabriquaient ces foutreries devaient avoir terminé sous des tonnes de pierre et le reste de la race avaient eu le bon sens de les oublier. Nous avions eu un aperçu des idioties qu'ils étaient capables de trouver au fond de leur esprit tordu avec la porte qui avait bien failli être la première raison de notre mort. Le piège de la salle du trône avait été la seconde démonstration de leur inventivité et d'un certain point de vue une autre tentative inter-temporelle de nous exterminer. Leur ultime stupidité se trouvait quelque part devant nous et étaient de loin la pire, restait à espérer qu'elle ne soit pas parfaite.
Je laissai Reidïr rendre les maigres provisions que j'avais consenti à partager en guise de ration ce matin et je m'installai plus loin pour relire la tablette. C'était l'unique document de cette époque de taré que nous possédions et la pauvreté en informations utiles qu'il recelait était déprimante. À peu de choses près nous apprenions que derrière la porte et son gardien il nous suffirait de trouver la toute première salle du trône qui était devenu une espèce de "musée des inventions" que l'auteur trouvait étonnant et admirable. Une intuition du fond des âges me disait que le côté admirable allait probablement nous échapper. Si nous arrivions jusque-là il resterait à activer le mécanisme "là où le roi posait son regard" et le tour serait joué.
Je me creusais la caboche depuis un certain temps déjà quand mon compagnon termina de nourrir la roche et vint me faire partager son haleine puante en se penchant par-dessus mon épaule. Je supportai sans broncher et nous restâmes silencieux un bon moment encore à relire le texte comme si la solution à nos emmerdes se trouvait dedans.
Je n'y tins plus et j'envoyai la tablette s'exploser contre la paroi du tunnel. Reidïr commençait probablement à s'habituer à ma façon d'être car il ne bougea pas. Il ne décolla pas les yeux du sol et je crus bien qu'il allait se changer en pierre, mais au lieu de ça il émit un chuchotement d'une voix exténuée.

Il suffit peut-être de le saluer?

Tu dois être aussi con qu'nos ancêtres pour penser comme eux!

Je l'empoignai par le bras et le tirai avec moi en direction de la porte. Je m'arrêtai sur la faille, n'osant plus avancer. Pour peu que d'autres ingénieux systèmes de sécurité existent je préférai mourir en tentant de désactiver le monstre. Je gueulai un bon coup et ma voix se perdit en échos jusqu'au fond de Mertar. Aussitôt les bruits de roche changèrent, ils se firent plus ordonnés et commencèrent à enfler. Ça approchait.
Je me remémorai le dialecte nain des premiers âges. Leur salut était relativement bref mais il exprimait un concept compliqué et imagé que certains traducteurs audacieux avaient tenté de retranscrire selon ces termes: "Je te salue, puisses ta santé être aussi inusable que du granit et ta longévité aussi importante que celle des montagnes." La formulation était lourde comme un sac de pierre mais c'était ce que les historiens avaient sorti de mieux en quinze mille ans de tentatives de traductions. Les anciens étaient doués pour injecter beaucoup de sens dans quelques raclement de gorge et claquement de langue. Une légende populaire racontait que tout était basé sur le bruit qu'émettait une roche en explosant suite à un chaud/froid. D'après les crétins ayant foi en ces inepties nos aïeux avaient essayé d'imiter les premiers sons qui vinrent à leurs oreilles. De mon point de vu si vraiment ils avaient fait claquer des pierres pour se doter d'un language alors nous étions la race la plus pitoyable qu'il soit. Ces débats alimentèrent longtemps les conversations d'arrière tunnel pour Thorkins intellectuels dégénéré et, bien que passé de mode, aujourd'hui encore des demeurés faisaient exploser des cailloux pour écouter le bruit qui en sortait.
Bref, ça se parlait, c'était tout ce qui comptait pour les restes de notre expédition.

Une quantité invraisemblable de pics rocheux apparut dans les restes de la porte et le tout se dressa au-dessus de nos têtes. Reidïr s'écroula sur place et je hurlai le salut Thorkin en fermant les yeux. L'effet du passage de l'air pouvait se comparer à celui d'une pierre qui raclait les parois de la gorge. C'était un supplice pour qui n'était plus habitué à parler ce dialecte d'attardé mais j'arrivai à la fin de la formule. Une avalanche de son me répondit et je soulevai une paupière pour vérifier que je n'étais pas encore mort.
Les armes avaient été repliées et une boule de roche mal dégrossie hérissée de pointes se trouvait devant nous. Elle devait être grande comme trois Thorkins. On trouvait des bestiaux semblables dans l'océan parait-il: des oursins. Sauf qu'ils ne se déplaçaient pas en actionnant leurs épines pour changer de morphologie et rouler sur le sol. Les pointes les plus proches de nous se rétractèrent et la chose bascula vers l'avant, elle remonta le couloir ainsi et passa devant nous pour aller faire sa ronde.
Une fois certain d'être hors de danger je réveillai mon compagnon à coup de botte.

T'as eu raison gars: c'était comme la porte sauf que ça avait des pointes. Un long-Tunnel te doit la vie, c't'une chance.

Il ne manifesta aucune joie et ne sembla pas saisir le poids de mes mots. Ce ne fut pas loin de me vexer mais je mis ça sur le compte de la fatigue. Dans tous les cas son esprit aussi tordu qu'un nain primitif allait m'aider à comprendre les saloperies que nous allions croiser là dessous. Les crissements et raclements qui remontaient de la galerie attestaient de la présence d'un tas de saloperies carabinées.

>>Tunnels capricieux

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Dernière édition par Grunnr le Dim 23 Fév 2014 20:05, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Le Niveau Bas : les ruines de l'ancienne Mertar
MessagePosté: Jeu 20 Fév 2014 00:55 
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Chapitre IV : Le Fusil de Mertar
Reprise du dirigé en RP libre

Goont regardait la pierre incrustée dans la hache de son compère, le nain Umordîl. Et plus il la regardait, plus il semblait que des questions qu'il s'était posées, sans pour autant y réfléchir, traversaient de nouveau son esprit. Depuis qu'il s'était réveillé dans cette chambre souterraine, jouissant pourtant d'un mobilier de luxe alors qu'il menait sa quête dans des ruines vieilles de plusieurs siècles (si ce n'étaient des millénaires), tout s'était déroulé d'une manière trop étrange...
Il avait gravi des marches gigantesques pour entrer dans une sphère flottante, une "Agartha" qui le faisait voyager dans l'esprit d'une enfant. D'une enfant susceptible de protéger l'une des pièces du Fusil de Mertar. Mais même s'il admettait que la magie pouvait avoir une résonance qui dépassait la logique mortelle, il se rendait bien compte qu'il y avait une tonne de détails sur lesquels il n'avait même pas porté sa réflexion... Ou alors de manière trop évasée. Et puis d'ailleurs, en remontant plus loin dans ses souvenirs, il se rendait aussi compte que des choses n'allaient pas depuis le moment même où il était descendu dans ces ruines...

Par exemple : Pourquoi ses vêtements et ceux d'Umordîl étaient-ils si propres alors qu'ils avaient pataugé dans la fange avant d'arriver chez les cinq personnes prétendaient être "l'Exilé" ? Pourquoi, alors qu'il avait reçu une flèche dans la cuisse et une autre dans l'épaule, l'ynorien ne ressentait de douleur, ni même ne voyait ses plaies ou des taches de sang sur lui ? Pourquoi Umordîl s'était-il fait anormalement discret depuis qu'ils avaient rejoint le camp des autres, alors qu'il se montrait auparavant si plein d'entrain et d'initiative ? Pourquoi ces personnes vivant dans de tels décombres n'étaient pas acculés par les gobelins ? Comment pouvaient-elles posséder un tel mobilier ? Et plus étrange encore : Comment faisaient-ils pour se nourrir d'une manière aussi poussée sur la gastronomie, là où la vie se résumait grandement aux groupes de gobelins et probablement de fantômes ? Pourquoi ces enfants étaient-ils si beaux, si soignés, et aussi apparemment si talentueux alors que quiconque vivrait ici bas perdrait la vue par trop d'accoutumance à l'obscurité ? Pourquoi ces enfants, même, ressemblaient-ils tant aux siens dans leurs caractères si ce n'était dans leurs physiques ? Pourquoi Hélène était-elle tout bonnement le sosie de sa femme décédée ?

Ser Goont se leva, regarda la salle autour de lui ainsi que ses compagnons. Marjorie semblait figée, alors qu'Umordîl était toujours aussi orienté vers la "carcasse" du "Prince". L'agencement de cette chambre de princesse n'avait pas de logique. Trop de miroirs, pas de chaise, seulement un lit mais même pas vraiment de commodes. Il semblait que cette décoration était née dans l'esprit d'une enfant qui rêverait au Prince, c'était clair. Mais Marjorie avait manifesté une étrange peur qu'elle n'expliquait pas. Qu'elle ne pouvait même expliquer, puisqu'elle était terrorisée par quelque chose dont elle avait pourtant conscience.
S'ils étaient bien dans la tête de cette enfant, ils pouvaient accéder à un certain inconscient, à des sources particulières de pouvoir, mais pourtant, alors qu'elle se disait capable de manipuler son propre esprit, elle semblait incapable de matérialiser ce qu'elle désirait. Et pire encore : elle avait juré qu'ils étaient en sécurité dans son esprit, mais ils avaient tout simplement réchappé à la Mort. En somme, s'ils étaient bien dans sa tête, jusqu'ici, cette jeune fille les avait davantage mis en danger que n'importe quel ennemi auquel avait échappé Goont depuis sa fuite de Darhàm...
Alors en toute logique, une réponse vint à l'esprit du vieux mage.

"Je suis en train de rêver !" pensa-t-il, ressentant d'un coup un accomplissement gigantesque.

Alors d'autres questions traversèrent l'esprit du mage... Il n'avait jamais fait que faire ce qu'on attendait de lui. Il avait mangé son repas, avait suivi les indications de ses guides, s'était battu autant qu'il pouvait... Mais aucune réponse n'apparaissait. A chacune de ses questions, les "exilés" se montraient toujours évasifs, ou volontairement mystérieux.
Si tout ceci n'était que son rêve, et pas celui de Marjorie, alors ils ne pouvaient simplement pas voir ce qu'il vivait. Ils pouvaient potentiellement l'entendre, le comprendre, mais s'il réussissait à manipuler le fil de ses pensées, peut-être qu'il pourrait se rendre compte si effectivement ou non, il était dans un univers onirique qui lui était propre, ou si tout ceci était une réalité extérieure à son imaginaire (ou quelque soit cette autre partie de son esprit qui était exploité). Il se demanda alors... Si on l'entendait seulement décrire ce qu'il voyait dans son sommeil, alors il pourrait simplement mener d'autres actions tout en déclarant des idioties.

"Si je ferme les yeux en parlant à Umordîl ou à Marjorie, est-ce que l'un d'entre eux réagira ?" pensa-t-il.

"Non, vraiment, je ne vois pas à quoi peut servir cette pierre. Marjorie, tu n'as rien à dire ?"

Il avait déclaré ces paroles le plus simplement du monde, mais en fermant les yeux. La jeune fille mit beaucoup de temps avant de se décider enfin à répondre.

"Non, non, je ne vois pas !"

Sa voix avait pris un ton qui, aux oreilles de l'ynorien, paraissait faussement paniqué. Alors il continua en s'adressant à Umordîl cette fois-ci. Mais il eut une autre idée en tête.

"Si je lui parle en faisant cette tête par exemple, est-ce qu'il le remarquerait ? Est-ce qu'il va en rire, comme à son habitude ?" se demanda-t-il encore intérieurement.

"Umordîl ? Vous ne dîtes rien ?"

"Je ne vois pas quoi dire. La magie, ce n'est pas mon domaine."

Cette fois-ci, Goont avait volontairement retroussé son nez, s'était mis à loucher et avait tiré ses paupières vers le haut tout en gonflant les pommettes. Une grimace ridicule qui était bien loin de lui ressembler, tant il essayait toujours de bien paraître aux yeux des autres. Cette face n'avait fait rire personne ici, et manifestement, cela signifiait que personne au monde ne l'aura jamais vue.

"Et si je n'existais pas...? Est-ce qu'ils le remarqueraient ?"

Alors, la plus grande simplicité du monde, il se décida à faire demi-tour. Il sortit de la chambre, prit le couloir en sens inverse, puis, au bout de quelques minutes de marche, il arriva en haut de l'escalier qui l'avait fait entrer dans la gigantesque sphère qu'était l'Agartha. Ce n'est qu'à ce moment là que ses interlocuteurs avaient enfin décidé de se manifester, commençant à le suivre en l’interpellant de loin.

"Mais que faites-vous ? disait le nain. Ce n'est pas de ce côté qu'il faut aller si l'on veut récupérer le fusil !"

"Papy Goont ! Revenez ! J'ai peur ici !"

Il y avait seulement quelques minutes, le mage aurait tout fait pour faire en sorte que Marjorie se sente bien. Elle ressemblait beaucoup trop à Taé plus jeune pour qu'il puisse se permettre de la traiter avec autant de dédain. Mais maintenant qu'il avait compris où il était, il n'avait plus qu'une idée en tête : sortir d'ici. Là, ces deux "protagonistes" de son rêve avaient réagi, mais ils avaient réagi bien trop tard. Il s'en rendait compte maintenant : rien de tout cela n'était réel. Mais il n'était absolument pas capable de dire jusqu'où cela pouvait l'être...
Du haut des escaliers, il snobait le sol qui était à bien une vingtaine de mètres sous lui. Et il snobait aussi le nain et la jeune fille. S'il était encore possible qu'il s'agisse effectivement "du nain et de la jeune fille". Il se tourna vers eux, s'approchant dangereusement de l'extrémité du grand escalier magique. Peu de temps avant, il avait plaisanté avec "Umordîl" à ce sujet : pourquoi être capable de créer une véritable univers parallèle sans même penser à créer des rampes sur des marches enchantées? C'était probablement un oubli, mais il comptait bien s'en servir. La plupart des rêves -ou plutôt des cauchemars- se terminent de la même manière : par une mort, une chute, ou encore une noyade... Ici, il allait tomber de suffisamment haut pour se réveiller enfin. La seule peur qu'il avait, de cette hauteur, c'était de savoir ce qu'il verrait en ouvrant les yeux. Car après s'être posé toutes ces questions, il avait bien saisi, pour de bon, que rien de ce qu'il voyait là n'était réel.

"Je reviens ! A tout de suite !" fit-il avec malice.

L'incompréhension se lisait sur les visages des deux êtres dont tout semblait se déformer chez eux. Goont fit un pas en arrière, puis deux, puis trois, et enfin, il sentit son pied droit happé par le vide. Son corps se raidit par le vertige, malgré l'avance qu'il avait prise en prévoyant son action. Une peur incontrôlable le prit aux tripes, un peur qui faisait plus état d'un instinct de conservation : Et s'il s'était trompé ? Et s'il allait mourir ? De cette hauteur, il n'en réchapperait pas !
Mais les vingt mètres furent parcourus extrêmement vite. Il eut le temps d'avoir, mais pas de se poser davantage de questions. Il ne sentit pas son corps heurté par le sol, mais il vit l'Agartha, la salle, les deux êtres, et tout ce qu'il y avait autour de lui entrer dans ses yeux. Il avait été happé par le vide, mais il lui semblait avaler cette illusion.
Et enfin, il ouvrit les yeux.

_________________
Multi de Ziresh et Jôs.

Ser Hivann Goont, Archer-Mage niveau 10.


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 Sujet du message: Re: Le Niveau Bas : les ruines de l'ancienne Mertar
MessagePosté: Dim 23 Fév 2014 20:04 
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Neuvième jour

Un sifflement suraigu me fit rouvrir les yeux et acheva ma volonté de dormir. Ce genre de son à vous déchirer les tympans revenait régulièrement dans les galeries que nous arpentions et ils étaient probablement destinés à rendre fous les visiteurs. Je bougeai ma carcasse en tentant de passer outre le bourdonnement qui persistait dans mes oreilles tout en rassemblant le peu d'esprit qu'il me restait : le temps de sommeil consécutif possible ces derniers jours atteignait au plus les trois minutes.
Mon dernier compagnon d'infortune avait laissé sa paillasse vide et froide mais le son de sa voix résonnait à partir d'une galerie adjacente. Dans ce lieu désert il n'y avait pas âme qui vive, la seule personne à qui parler était ma pomme et je gardais un silence obstiné : la conversation de ce crétin de Reidïr ne m'intéressait pas. Avec ce traitement il avait peut-être fini par capoter du caillou... En jetant un coup d'œil je l'aperçus assis face à un mur. Il parlait à un rocher. J'eus la soudaine envie de me recoucher, ce qui restait à sauver de notre expédition n'en valait sûrement plus la peine.

Depuis deux jours nous cheminions parmi les inepties les plus improbables que l'on puisse trouver sous une montagne, et très certainement au-dessus aussi. Nous rencontrions régulièrement des caillasses qui nous coupaient la route en sautant d'une paroi à l'autre, accompagnées d'horreurs qui roulent et sifflent en rasant le sol à une vitesse effrayante, sans autre but apparent que vous détruire les esgourdes ou vous fracasser un tibia. Pour éviter ces salves de projectiles nous nous collions au mur et, trop souvent, ce dernier s'en trouvait dérangé, il changeait alors de morphologie en déclenchant une avalanche de claquements assourdissants. Perdre un Thorkin dans un réseau de tunnels ne fut jamais mince affaire mais quelques heures de cette spéléologie au royaume des fous eurent raison de notre sens de l'orientation. Très vite le fait d'avancer ou de reculer n'eut plus beaucoup sens. La sortie était quelque part, la salle du trône aussi, et nous avions acquis la certitude que les galeries y menant changeaient régulièrement de place et de forme. Bref, nous étions complètement paumés.
Les vivres se firent rare et la fatigue s'accumula. Nos haltes régulières n'arrangèrent rien : nous somnolions par tranches de quelques minutes et les caillasses en profitaient pour voler en tous sens comme pour apporter leur soutien au déplacement des murs. Après chaque repos nous nous remettions en route dans un environnement nouveau, parfois nous terminions dans un cul-de-sac et il suffisait de frapper un coup au hasard pour que la paroi s'ouvre aussitôt sur d'autres passages. Ils étaient comme tous les tunnels : inutiles, ils ne débouchaient nulle part. Pas une pièce, pas un décrochement... Seulement des tunnels bout-à-bout avec d'autres tunnels. Nous comprenions aisément pourquoi une Mertar plus fonctionnelle avait été édifié ; aucun Thorkin n'aurait pu vivre ici plus de quelques heures.

Je fis l'effort de me lever. L'habitude pousse à faire des choses inutiles, marcher vers nulle part en est un bon exemple, mais il fallait bien s'occuper. Je vérifiai que mon épaule fonctionnait toujours : la douleur revint au premier mouvement, un liquide jaunâtre suintait de la plaie encore béante et la chair noircissait autour. Je maudis encore une fois la raclure qui m'avait blessé ; c'était l'affaire de quelques jours avant que la gangrène ne s'installe et qu'il ait ma peau. Somme tout ça importait peu : nous allions crever de faim avant que mon bras ne tombe.
Je m'approchai de Reidïr pour lui annoncer le médiocre menu de notre dernier repas : pain dur comme du granit et reste de piquette fabriquée avec on ne sait quel tas d'ordures. Il parlait toujours à son caillou dans le langage rocailleux des ancêtres. Le Thorkin ancien ça vous transformait la gorge en caverne et cet imbécile avait dû abuser de bavardage ; l'état affreux de sa voix indiquait qu'elle allait s'éteindre bientôt. Je lui tapai sur l'épaule pour arrêter les propos complètement idiots qu'il débitait sur les techniques de forage des galeries. Il tourna la tête en souriant bêtement. Il ne parlait pas.

Il me fixait avec un air narquois tandis que les claquements d'anciens Thorkin résonnaient autour de nous, décrivant un système d'évacuation des roches par le bas. Évacuer de la roche dans la roche était évidemment une connerie grosse comme une montagne et je commençai à sérieusement douter de mon équilibre mental. Heureusement des choses plus terre-à-terre me raccrochaient à la réalité : être dévisagé d'un air stupide m'avait toujours passablement irrité et j'envoyai mon poing dans le tarin de l'imbécile qui s'était cru malin de le faire. En gémissant il m'indiqua une paroi d'où saillait une minable petite pierre triangulaire dégageant une lumière pâle et arborant un texte runique incompréhensible. J'envisageai mal qu'un minéral puisse parler mais je dus me rendre à l'évidence quand l'explication se termina l'éclat des runes faiblit.

C'est quoi c'te foutrerie?

Il préféra vérifier l'état de son nez avant de répondre. Seul un filet de sang en sortait : j'étais un peu mou ces jours-ci.

Ça se décrit comme une pierre de stockage. Son champ de compétence comporte des généralités assorties d'une spécialisation dans l'auto-excavation à visée minière ainsi que le contrôle étendu du sondage en grande profondeur appliqué a... Heu... Aïe ! Non ! Attends ! Pas la peine de s'énerver. Hum... C'est le... Heu... Mécanisme qui fait changer les galeries de configuration.

J'avais toujours considéré qu'il était important de se mettre au niveau de son interlocuteur et je menai depuis des siècles une croisade contre le jargon abscons des crétins vivant dans les galeries hautes. C'était de notoriété publique et la plupart des imbéciles avaient appris à faire attention mais parfois je me devais de rappeler la règle : Reidïr aurait un œil violacé pour s'en souvenir. Au-delà de la forme son discours n'était pas inintéressant ; la pierre parlante était la source de nos emmerdes. L'espoir _denrée rare dans ce trou_ renaissait : des solutions simples se profilaient au détour des galeries.

Si on la détruit ça arrête tout ce foutoir ?

Heu... Peut-être, mais nous resterions emprisonnés ici pour toujours. J'ai cerné son fonctionnement : il agit sur la dizaine de galeries que nous parcourront depuis deux jours. Je devrais pouvoir la stopper bientôt et nous emmener à la salle du trône.

J'hésitai un moment. Le fond de mine dans lequel nous nous trouvions exigeait des mesures exceptionnelles : il fallait faire confiance à cet intellectuel qui avait l'air d'en saisir bien plus que moi. En outre taper un rocher avec une hache ne menait généralement à rien sinon briser l'arme. Je retournai près de ma paillasse pour patienter et peut-être prendre quelques minutes de sommeil.

Reidïr et son bordel parlèrent longtemps. Je ne compris pas grand-chose aux termes techniques que le duo semblait prendre un malin plaisir à aligner pour construire les phrases les plus alambiquées possibles. Je me forgeai tout de même une bonne idée de la nature de l'interlocuteur invisible :

Aujourd'hui encore les Thorkins avaient la manie de stocker leur savoir dans pierre à l'aide de runes que peu d'autres races trouvaient bon d'utiliser. J'avais depuis longtemps admis que ces crétins de la surface, adorateurs de soleil, avaient pour une fois raison : ces symboles étaient foutrement complexes et _sauf si le but était de torturer le lecteur_ presque inutiles. De nombreux Thorkins avaient taillé des hypothèses sur la raison de ces symboles de désaxés en invoquant l'élitisme ou la valeur artistique. Pour beaucoup ils réussirent juste à mettre en lumière leur manque d'imagination congénitale et leur stupidité incurable.
Une seule avait senti le filon : Heilï, une naine vivant il y a quelques siècles. Comme tout être s'élevant au-dessus du lisier elle trouva une foule de cons prêt à la rabaisser. Zewen ne l'avait pas doté du bon sexe et ça devait être une sacrée bonne femme pour tenir tête à la horde de crétins pétris de certitudes qui obstrua ses galeries. Ses tablettes furent enterrées quand elle partit au fond de Mertar pour vérifier ses hypothèses, et son expédition pourtant soigneusement préparée ne remonta jamais. Valyus seul sait comment ma femme récupéra la quasi-totalité des écrits d'Heilï _l'instinct de conservation Thorkin fait des miracles_ mais ce fut heureux : c'était de loin les propos les moins stupides que j'eus l'occasion de lire sur le sujet.
Elle avait postulé que les symboles anciens avaient une autre fonction que l'écriture. Si elle était crevée dans le coin elle avait dû rejoindre Thimoros avec le sourire : ces runes étaient capables d'animer la roche et de la faire parler. Le caillou de Reïdir aurait été infoutu de tenir une conversation générale mais il était le plus calé _toutes catégories d'existences confondues_ sur les techniques d'exploitations minières au temps de l'ère sombre. Le stockage d'informations se trouvait décuplé par rapport à nos symboles actuels ; la dégénérescence faisait même peur à voir.

Un filon possède toujours plusieurs branches et celui-ci expliquait bien l'origine du Thorkin ancien: la seule chose que pouvait faire une roche était d'exploser, racler ou siffler et, plus étrangement, se reformer dans le cas des pierres de l'ancienne Mertar. Le stockage du savoir des ancêtres se faisait dans la pierre et il était naturel que la langue naine se fût rapprochée des bruits de leurs caillasses parlantes. La disparition de ce dialecte insupportable à prononcer était également logique : lorsque les runes avaient perdu leurs pouvoirs primordiaux il devint inutile de s'arracher la gorge pour le plaisir.
Finalement l'oubli avait gagné, probablement à cause d'une génération d'illettrés ou d'imbéciles ayant considérée qu'elle avaient plus important à faire qu'entretenir un savoir déjà acquis. En se reproduisant ces individus avaient amené les Thorkins au stade actuel : une race en voie de disparition.

Le sol trembla et le monde extérieur se rappela à moi sous forme d'un rocher qui manqua de m'arracher la tête. Reidïr m'affirma qu'aucun de ces stupides cailloux ne nous heurterait si nous restions calmes. J'étais trop fatigué pour m'énerver.
Ça siffla et ça tangua durant un bout de temps et quand tout redevint immobile nous étions entiers. Notre dernier repas avait eu moins de chance et avait fini en charpie avec tout le matériel de campement : couvertures, torches, ustensiles de cuisine... La moitié avait d'ailleurs disparu dans les parois. Mon compagnon s'approcha avec la tête d'un type qui s'apprête à faire des excuses. Je signifiai en grognant que cette démarche était inutile voire dangereuse et je l'invitai plutôt à exposer notre situation.

L'ancienne cité ne possédait pas la configuration que nous connaissons aujourd'hui : elle était construite en quartiers indépendants. Au tout début ça commença par des villes distinctes qui furent reliées par des tunnels mouvants lors de l'édification du premier royaume Thorkin au début de l'ère sombre. Ainsi naquît Mertar.

Et c'est vrai toutes ces conneries ?

Heu... C'était en tout cas l'hypothèse en vogue il y a vingt mille ans : ça faisait déjà quelques milliers d'années que Mertar existait et le niveau supérieur était déjà construit.

Les "fondations de Mertar" étaient légions et chaque époque comptait son contingent de légendes revues et corrigées au fil des générations. Tout Thorkin se targuant de pouvoir écrire avait commis une histoire de la cité naine ; certaines étaient plus absurdes que d'autres et la façon de faire semblait conçu pour s'éloigner le plus possible de la vérité. Ainsi une version datant de vingt mille ans ou d'un siècle avait invariablement un contenu qualitatif très proche de la foutaise : le mieux était de ne pas s'appesantir dessus.

Humfr... La relique ? Y'sait queq'chose dessus ton caillou ?

Non, ce n'est pas intégré à ses données.

J'émis un nouveau grognement. Pour stocker des informations nous étions les rois, seulement la masse utile devait être de l'ordre du filon de Mithril dans une montagne.

Bon, c'est où qu'tu nous as am'né alors ?

Un endroit s'appelant "le refuge de Yuimen".

Le sourire triomphant qu'arborait ce crétin me donnait envie de lui faire présent de quelques taloches. Je me retins et je me contentai de cracher par terre ; j'avais suffisamment de patience pour reporter à plus tard les affaires d'éducation. Il se révélait être une source des connaissances utiles et il possédait une intuition foutrement efficace pour démêler notre situation. Hofdïr avait peut-être choisi son équipe avec soin finalement. Nous décidâmes de sortir des galeries mouvantes avant que ne leur reprennent l'envie de nous entraîner ailleurs.
De part et d'autre du couloir que nous arpentions maintenant à tâtons s'étalaient des colonnes tapissées de runes dont les formes avaient probablement disparu depuis des millénaires. Un léger cliquetis se faisait entendre de temps à autre, indiquant qu'il valait mieux ne toucher à rien. Bientôt le tunnel laissa place à une salle, le premier endroit vivable que nous rencontrions depuis la grande porte. L'exploration se ferait le lendemain. En pensant seulement au fait de pouvoir dormir mes paupières tombaient. Il ne nous restait que le sol pour couchette, mais nous n'en demandions guère plus : à peine allongé nous sombrâmes.

>>Une magie colorée

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Dernière édition par Grunnr le Dim 23 Fév 2014 20:11, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Le Niveau Bas : les ruines de l'ancienne Mertar
MessagePosté: Dim 23 Fév 2014 20:10 
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Dixième jour

Ça sentait le rat crevé. Être réveillé par une odeur pareille mettait tout de suite dans l'ambiance, et quand je pris conscience que l'origine du parfum était ma personne le merdier dans lequel je me trouvais me revint bien en tête. Mon bras avait doublé de volume, la douleur me remontait dans le cou et paralysait complètement mon épaule. Avec ça la plaie avait pissé sang et pue, laissant des coulures noirâtres et visqueuses sur le sol.

Les jours se ressemblaient... En pire. Reidïr n'était plus là, il avait peut-être à voir avec l'aspect écœurant de la salle : une clarté blafarde se réverbérait sur les murs donnant à la roche un aspect cotonneux quasi-organique. C'était le genre de lumière louche qui sortait d'endroits improbables d'où jamais une lumière ne devrait sortir : un caillou par exemple. Elle n'éclairait pas beaucoup, peut-être assez pour une taupe, mais là-dedans un Thorkin était à moitié aveugle ; seuls les glyphes lumineux tracés sur les piliers semblaient brûler de l'intérieur. Leur signification devait être importante et leur pouvoir immense : deux raisons pour lesquelles je gardai une distance respectable. Dès fois que l'une d'elles soit conçue pour lapider les gueules qui ne lui reviennent pas.
Ma déambulation se fit au hasard entre les colonnes, à l'affût des roulis qui remontaient régulièrement le long des parois et se perdaient dans la montagne au-dessus de ma caboche.
La salle était circulaire et garnie d'alcôves contenant des pierres similaires à celle du tunnel mouvant. Fort à parier qu'elles permettaient de voyager à travers toute la montagne mais plutôt crever qu'emprunter à nouveau un de ces maudit passages. Ces cons d'ancêtres devaient bien savoir creuser un vrai tunnel stable avec deux extrémités fixe et une direction non-variable. Mais je constatai vite que je plaçais en eux trop d'espoir : ce devait être un peuple idolâtrant la complexité, pour qui le chemin le plus dur était le meilleur et le summum du bon goût le casse-tête insoluble. Bref, des gens dont on comprend aisément la disparition. Le mur extérieur ne comprenait aucune ouverture ; partout des parois lisses avec ces fichues pierres triangulaires qui se seraient fait un plaisir de vous perdre dans un fond de mine.

Je tournais mon attention vers le centre de la salle en espérant naïvement découvrir une chose simple. Il y avait trois rangées de piliers disposés en quinconce bouchant toute vue du cœur, entre eux couraient des murets. Par instinct j'évitai de les enjamber et je cherchai une ouverture en faisant le tour. Elle existait : à l'opposée de celle qui me permettrait de passer le second cercle, cette disposition confirmait mes hypothèses.
J'entrevoyais le centre en marchant dans la première allée. Reidïr s'y affairait, courant de droite et de gauche en poussant des cris de fillette entrecoupés d'exclamations tout aussi ridicules. En fonction de ses gesticulations les runes des piliers changeaient de forme et de couleur. Je mis encore un moment avant de le rejoindre car il me fallut encore faire le tour une fois passé le second cercle concentrique. Il ne me prêta pas attention. Il grommelait dans sa barbe et je du me planter sous son nez pour qu'il m'adresse la parole et me donne une explication quant à sa nouvelle lubie.

La salle dans laquelle nous nous trouvions faisait office de grand hall m'expliqua-t-il. Les ancêtres pouvaient arriver par de nombreux endroits et tout était géré au « centre de commande » : le cœur de la pièce. Ce bazar était d'après lui encore actif et nous octroyait donc une chance de survie légèrement supérieure à zéro, pour peu que nous comprenions comment ces foutues runes fonctionnaient. De mon point de vue nous pouvions aussi bien ne rien trouver et crever mais c'est une idée qui n'avait pas effleuré ce taré de Reidïr. Il avait l'air de s'amuser ; il s'extasiait en poussant des cris de pucelles devant chaque relief insignifiant qui se détachait du mur, ou alors il prenait un air grave devant un glyphe particulièrement laid quand il ne courait pas en tous sens. De ces attitudes je ne pouvais décider laquelle m'exaspérait le plus, mais les minutes passant je sentais ma patience s'effriter comme du sable. Le poids des années avait eu raison du peu de curiosités juvéniles dont j'avais jamais fait preuve. Cette saleté de souterrain sans fond avec ses conneries de rocher me gonflait depuis un moment déjà, d'autant plus que je ne comprenais rien.
La pièce clignotait maintenant. Des glyphes s'allumaient et s'éteignaient sur le sol, les murets et mêmes au plafond. Certaines passaient par des gammes de couleurs atroces qui vous faisaient monter l'envie d'être aveugle. De temps à autre une lumière insupportable envahissait la pièce avant qu'un noir d'encre lui succède. Dans ce délire j'apercevais parfois mon compagnon ; il apparaissait comme au hasard et prononçait quelques phrases absurdes à l'adresse d'une caillasse quelconque avant d'être à nouveau avalé par l'ombre. Cette frénésie de mouvement n'avait qu'un effet :la lumière changeait, explorant les pires associations avec un manque de goût évident. La porte promise se faisait désirer.

Je m'étais ré-endormi contre un muret, bercé par les cliquetis de la roche obéissant docilement aux ordres probablement insensés qui lui étaient lancés. Si elle avait eu une once d'intelligence la montagne se serait révoltée ou elle nous auraient aidé pour se débarrasser rapidement de notre encombrante présence ; c'était la preuve que la magie des anciens était limitée.
Ce fut l'arrêt brutal de tout son qui me sortit du cauchemar peuplé de cavernes mouvantes dans lequel j'étais plongé. Reidïr était en nage au milieu du désastre coloré qu'il avait commis, son visage hagard reflétait sa défaite et son besoin de complaisance. Qu'il n'aille pas s'imaginer une âme secourable et compréhensive dans ce trou : il n'y avait que moi. Je détestais les pleurnichards et les incapables mais il ne comprit pas l'avertissement que je lui lançai en grognant et il vint s'avachir à mes côtés.

Alors merdeux ? T'as rien d'plus à donner ?

Une lueur de colère passa dans ses yeux. Il ne répondit rien.

On s'crève là? C'est ça la fin d'l'histoire? T'avais envie d'crever avec un Longtunnel? Pac'que moi ça m'disait rien d'finir avec un pousse-chariot comme toi. Tu m'avais presque r'donner d'l'espoir à c'sujet.

Je le retins alors qu'il allait se dérober et je l'obligeai à se rasseoir. Il cessa de se tortiller quand sa barbe se trouva entre mes mains.

Écoute-moi râcle-merde! Tu nous as fait descendre ici en affirmant qu'on trouverait une porte. J'l'attends toujours et j'aim'rai qu'tu tiennes tes promess...

La douleur remonta le long de la mâchoire et me fit résonner tout l'intérieur. Quand ce minable fut libre il frappa à nouveau dans l'épaule. Je faillis tourner de l'œil. Le monde tanguait et le sang me dégoulinait dans le fond de la gorge.
Ma lopette de compagnon s'éloignait en envoyant des coups dans la roche. Je venais de lui redonner un peu de motivations et j'espérai qu'il en ferait quelque chose d'utile ; si ça n'avait tenu qu'à moi j'aurais jamais compté sur un abruti pareil mais je n'avais rien d'autre sous la main. L'étau qui me broyait le crâne se resserra.
Il savait cogner quand il voulait... La pièce vira au noir.

Je basculai sur l'épaule et la conscience me revint aussitôt. Thimoros n'avait donc pas voulu de moi, j'étais toujours dans ce minable fond de mine appelée ancienne Mertar. Il y avait cependant une certaine amélioration depuis mon dernier réveil. Une lumière plus naturelle se dégageait des pierres, si tant est que la lumière d'une pierre puisse être naturelle, disons qu'elle imitait bien celle du jour. Reidïr se tenait devant un couloir ouvert dans la paroi extérieur de la salle. Ce demi-incapable avait donc fini par maîtriser la roche ; je lui laissai son moment d'autosatisfaction et j'ignorai l'air triomphant qui déformait sa sale tronche. Les murets s'étaient réagencés pour former une allée sans détour et je l'empruntai. Peut-être allions-nous survivre.
Je trimballai mon odeur de charogne dans les galeries. La fatigue atténuée aidait à supporter le reste, la faim nous tordait la tuyauterie mais l'environnement semblait se plier maintenant à toutes nos volontés et nous avancions vite. Les portes s'ouvraient à la demande, la lumière nous devançait et semblait deviner notre destination. Je me risquai même à donner quelques ordres pour élargir un boyau étroit et le transformer en allée monumentale. Nous pouvions sculpter les parois avec les mots et tordre les tunnels à notre convenance. La vie ici devait être un vrai foutoir. Nous pressions le pas vers notre but en espérant que les anciens n'aient pas eu d'autres idées plus idiotes que celles dont nous avions déjà fait l'expérience.

Nous débouchâmes enfin à destination. La salle était comparable aux autres avec son armée de glyphes attendant nos ordres. Il est inutile de décrire un pareil endroit avec des mots comme "circulaire", "droit" où "long" et "proche" : dans un coin de la salle quelque chose tremblotait, quand nous l'approchâmes il vint également vers nous. Il parut de plus en plus grand jusqu'à devenir réellement gigantesque. Nous identifiâmes bien vite sa nature : un siège. Fort à parier que nous étions enfin devant le premier trône de Mertar dont la légende raconte qu'il fut édifié à l'endroit où Yuimen s'était caché durant la guerre de Sarnissa.
Légendaire ou non le monument n'avait rien à voir avec l'horreur semi-elfique que nous avions trouvée plus haut. Ici nous étions écrasés et obligés au respect : les constructeurs Thorkins n'y étaient pas allés de main morte et l'impression de puissance que dégageait le monument amenait à penser que les dieux eux-mêmes aient pu concourir à son édification.

Reidïr s'approcha en hésitant. La première marche lui arrivait aux genoux et les autres le dépassaient largement. Pourtant il ne sembla faire aucun effort pour les gravir ; il grandit même pour la circonstance et ainsi il se retrouva devant le siège avec la proportion adéquate. Il projetait une ombre gigantesque dans la pièce. Les ancêtres aimaient manifestement les expressions pompeuses et s'étaient ingéniés à les rendre réel, la grandeur du roi de Mertar sur son siège obligeait à se tordre le cou. Cette magie fumeuse n'était pas exempte de défaut : le siège attendait qu'un nain pose son gros derrière sur lui depuis des millénaires et il ne savait pas reconnaître le cul du premier des minables venu de celui d'un roi. À sa décharge la différence ne devait pas être évidente, si elle existait. Toujours est-il que la monstruosité réagit quand Reidïr lui offrit son fessier de roturier ; le bordel pivota avec un raclement à vous faire exploser le crâne et une lumière crue jaillit du fond de la pièce.

Une esplanade gigantesque s'étalait désormais sous nos yeux. La caverne avait disparu, plus aucune paroi n'arrêtait notre regard. Je montai à mon tour jusqu'au siège pour constater qu'à perte de vue s'étalaient des dalles noires et luisantes où nulle poussière ne s'était déposée. Des colonnes de pierres hautes comme deux Thorkins formaient une perspective qui exacerbait l'impression de démesure et le plafond avait laissé place à un ciel blanc cotonneux d'où descendait la clarté d'un jour ensoleillé. Il nous était impossible d'imaginer la vie qu'il pouvait y avoir ici à l'époque, sûrement des couleurs, des draperies et autres richesses inimaginables ; l'activité devait donner au lieu une autre allure moins triste et pesante que celle induite par le silence. Cet espace pouvait contenir des dizaines de milliers de gens, c'était à se demander si elle avait réellement été construite pour des Thorkins et non une race de géants disparus.

Reidïr était abattu. Il pensait sûrement à la dernière ligne de la tablette censée décrire l'endroit exact du tombeau : "là où porte le regard des rois".
Il chantonnait machinalement une strophe d'une vieille comptine dont les origines se perdaient au fond des âges "le regard des rois porte vers une immensité sans fin". Nous pouvions nous en douter, l'incapable qui avait organisé cette expédition n'avait pensé à rien : nous avions atteint le fond des âges et notre quête s'apparentait maintenant à creuser au hasard dans une montagne en espérant tomber sur un filon précieux. Nous restâmes silencieux un long moment.

Un roi ça a des conseillers, ça donne des ordres. Ceux-là d'vaient avoir des cailloux pour les aider non ?

Le visage de Reidïr s'éclaira et il tripatouilla le siège à la recherche d'un quelconque mécanisme. Il dut mettre la main sur quelque chose : ça bougea à l'horizon. C'était un léger nuage de poussière qui se mit vite à enfler. L'onde de choc arriva d'un coup, compact comme un mur elle nous souleva presque de terre et nous déchira les tympans. Nos estomacs vides se contractèrent par réflexe et rendirent la bile qu'ils contenaient, nous brûlant la remontée au passage. Un long mugissement rocailleux loin de toute langue Thorkin retentit et s'amplifia en se nourrissant de son propre écho. C'était un son capable de déchaîner la terre : la vague poussière et de roche monstrueuse qui balayait l'esplanade se dirigeait vers nous. Nous ne pouvions que la regarder, courir était inutile. Reidïr hurlait mais son cri se noyait dans la tourmente, le laissant la bouche ouverte avec une expression d'horreur peinte sur son visage muet.
Le trône s'illumina et s'éleva lentement. Avec à peine une secousse perceptible la vague s'écrasa à nos pieds et fut comme aspirée par le sol. Thimoros était à nouveau venu saluer et il s'en était allé. Mon compagnon restait la bouche bée, blême comme du marbre ; son cri s'était éteint avec le hurlement de pierre. Quant à moi je peinais à donner un sens aux événements. Je laissai mon regard errer sur le paysage ravagé. Ça s'activait déjà là-dessous, la terre remuait et les pavés remontaient, s'assemblaient et reformaient peu à peu le dallage d'origine. Bientôt seul le sifflement suraigu qui persistait à nos oreilles attesta qu'il soit arrivé quelque chose. Le silence et l'impression d'éternité du lieu avaient repris le dessus.

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>>Une magie colorée

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Reidïr descendit du siège en titubant et ne voulut plus l'approcher. Je fis l'effort de gravir à mon tour la dernière marche. Le regard portait vraiment loin, les distances semblaient rapprochées, chaque détail agressait les yeux et je compris le choc que reçu Reidïr lors du ravage. Ce trône était un condensé de fumisterie. Je pris garde à ne toucher à rien : ici bas tout faux mouvement se voyait puni sévèrement ; si une règle devait avoir été suivie pour l'édification de cette foutu ville c'était bien cette dernière.
Vu d'ici la caverne semblait encore plus grande, plus éternelle. Après tout un dieu était venu s'y reposer et ça puait la magie ancienne où que nous tournions le regard. Tout cet espace me fichait le tournis et je baissais les yeux sur mes pieds. La terre au moins était un point de repère stable et rassurant et celle se trouvant sous moi l'était particulièrement : elle ne possédait pas la perfection artificielle du reste de la salle. Pour peu j'aurais dit qu'un crétin avait foutu des coups de pioche dedans et avait ensuite tenté de reboucher sa connerie avec deux mains gauches... Et ce crétin avait bel et bien existé : il se peut qu'il ait été proche du roi et écrivaillon de tablette codée à l'humour douteux.

He merdeux! Nous reste une pioche ?

Heu... Je...Non, elles se trouvaient dans les sacs.

Alors creuse avec ta hache.

Il fallut le convaincre. Heureusement ce planqué était tellement couard qu'il avait peur d'un infirme avec un bras en moins ; quand je l'empoignai par la barbe et en arrachai quelques poils il accepta.
Il frappa un premier coup qui sonna creux. Finalement la chance tournait : nous allions pouvoir arracher son trésor à cette garce de Mertar. La pierre exhiba une fine rayure qui disparut aussitôt dans un léger chuintement excepté à l'endroit visiblement réparé. Nous concentrâmes nos efforts sur ce point.
Reidïr était un intellectuel avec toutes ses incapacités, au maniement de la pioche une fillette aurait fait mieux. Je l'encourageai comme je pouvais en lui faisant remarquer son manque d'efficacité mais il avait le goût de la contrariété : il poursuivit le travail à un rythme exaspérant. La pierre finit malgré tout par bouger, en ayant probablement assez des caresses. J'écartai ce gros lourdaud et je vins mettre un coup de botte à la verticale sur la dalle. Elle céda sans grande résistance et roula longtemps sur une pente invisible avant de s'écraser. Il faisait noir comme dans un fond de mine et le sol semblait lointain... Trop lointain. Je levais les yeux et rencontrai ceux de mon compagnon. Ils répondaient à ma question : nous n'avions pas de corde non plus.

Longtunnel n'était pas un nom qui se gagnait par hasard. Ce genre de Thorkin creuse et creuse encore jusqu'à trouver un filon ou piquer celui du voisin, mais en aucun cas il ne remonte le chariot vide. Échouer si près du but était exclu et l'énergie déployée par la famille dans les situations délicates était légendaire, souvent emprunt de sacrifice et de décisions audacieuses ; un exemple pour toutes les générations. Je retirai tout ce que j'avais de vêtements en tissu sur le corps. Ça ne faisait pas lourd mais c'était de la toile Thorkin bien épaisse. Question solidité c'est une fibre qui se défend : les adorateurs de soleil imaginèrent même que nous tissions ça avec nos barbes... Tous des cons.
Le tressage prit un moment avec cette épaule qui me faisait hurler à chaque mouvement. Reidïr me regardait comme un demeuré, il attendait peut-être que je le déshabille. Je lui indiquai de se bouger le wagonnet s'il ne voulait pas descendre sans assurance. Confectionner une corde qui mérite ce nom ne fut pas une mince affaire. Ce fut même un échec : si l'assemblage de lambeau de tissu que nous venions de fabriquer pouvait soutenir le poids d'un Thorkin je jurais de me pendre avec. Seulement c'était la seule chose dont nous disposions pour atteindre la dépouille de Thor et il avait fallu maximiser la longueur au détriment de la solidité. Nous n'avions pas le choix : l'Histoire est faite de prises de risques et de sacrifices.

Reidïr n'était pas de cet avis, il commença à déblatérer des arguments avec une lueur farouche dans le regard. Tout bon négociateur vous dirait que raisonner un individu dans cet état d'esprit est peine perdu et qu'il vaut mieux se taire, ils n'ont pas tort :
Ma tête percuta la mâchoire de cette grande gueule sans qu'il eût le temps de réagir. Les gens qui causent c'est toujours ainsi : il suffit de les surprendre. Si j'avais été en forme le coup l'aurait assommé et ça m'aurait laissé le temps de faire le boulot correctement. Il s'écroula quand même, à demi-conscient et gémissant. Je nouai d'une main notre corde de misère à sa jambe, l'autre extrémité à mon bras valide et je traînai l'avant-garde de notre exploration près du trou. Si tout se passait bien le poids de cet incapable serrerait les nœuds et il survivrait. La pente n'était peut-être pas si raide que ça après tout.
Il gémit. Les sensations lui revenaient, il n'avait pas encore réalisé ce qui s'était passé quand le sol se déroba sous lui. Il hurla avant d'atteindre la pente et rouler dessus. Un choc sourd accompagné d gémissement d'une armure que l'on enfonce marqua la fin de la descente. Le noir de charbon et la poussière qui s'élevait maintenant du puits m'empêchaient de voir la situation. La montagne de juron qui remonta du trou me rassura : la descente n'était pas mortelle, pour cette fois ce fut une simple prise de risque couronnée de succès.

Nous avions cependant commis une erreur en nous pensant seul. Mes jambes furent soulevées de terre et je fus précipité tête la première dans le trou. Je heurtai la paroi et roulai dessus à mon tour. Je serrai les dents à chaque passage sur mon épaule en tentant vainement de me protéger la tête des irrégularités du sol. Je récoltai quelques ecchymoses mais j'atterris à peu près entier sur un Reidïr ayant eu la prévenance de rester en place pour amortir mon arrivée avec sa bedaine. Alors qu'il gémissait en se relevant laborieusement je reprenais mon souffle.

Le coup de botte vint rouvrir la plaie à l'arcade que m'avait laissé Ovinir. Un deuxième coup m'arriva dans l'estomac. Reidïr était finalement devenu cinglé. Depuis le début il semblait instable et peu résistant à la pression, mais pour frapper un aïeul à moitié infirme il devait vraiment penser que c'en était terminé : les Thorkins se livrant à ce genre de pratique survivaient rarement s'ils ne finissaient pas le boulot.
Trop las pour riposter avec à peine la force pour me protéger je déviai la troisième attaque et agrippai son pied. Il tomba lourdement, sans résistance, et se mit à sangloter comme une fillette. Il n'était plus bon à rien et je n'étais guère mieux : il me fallut plusieurs minutes pour recouvrer mes esprits ; ma vieille carcasse commençait à accuser les épreuves.
Le danger donne parfois une énergie insoupçonnée, il suffit de se concentrer dessus. Quelque part il y avait une ordure avec la volonté de nous enterrer. C'était une motivation suffisante pour rester en vie et lui faire bouffer de la caillasse. Après nous verrions bien.

Descends voir raclure !

Ça ne bougea pas. C'était peut-être sourd ou ça ne parlait pas notre langue. Reidïr s'agita, il commença à délirer à propos d'ancêtres ressuscités ou jamais morts, de peuple du fond de Mertar et autres légendes insensées inventées par des fous. À nouveau il fallut le calmer.
J'envoyai une nouvelle bordée de jurons au plafond sans plus de résultats.

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Ce qui restait de mon compagnon était silencieux depuis un moment. Il avait chialé autant que ses forces le lui avaient permis et quand il avait cessé le silence nous était tombé dessus. C'était pire que les pleurnicheries : plus rien. Dans ces cas-là le cerveau se met à délirer et inventer des trucs improbables pour s'occuper. Mon compagnon marmonnait derrière sa moustache et je n'avais pas envie de connaître ses ruminations. Par précaution je m'étais éloigné, ça pouvait bien le reprendre de vouloir me cogner.
Des nains sans nourriture tiennent deux ou trois jours, même avec un bras qui nécrose. J'avais le temps de crever d'ennui ou de folie avant d'aller retrouver les ancêtres. Je soulevai ma carcasse en grognant et j'avançai à tâtons dans l'obscurité. Nous pouvions deviner quelques formes avec la lumière descendant du puits. Les ombres dessinaient des socles monumentaux garnis de coupes s'élevant à notre hauteur. Elles contenaient une espèce de charbon gras et poisseux qui allaient permettre de faire un peu de lumières ; les cailloux pour provoquer une étincelle ne manquaient pas ici.

Les quatre torches éclairaient un gigantesque sarcophage de pierre se dressant en leur centre. Le genre pompeux et saturé de détails écrasant l'observateur sous le poids des fioritures, ou plutôt sous la richesse du commendataire. La statue représentait un Thorkin aux traits harmonieux à la façon des elfes _un mélange aux vertus vomitives_ qui brandissait un marteau avec un geste de bravoure. Le sculpteur avait cru bon d'intituler cette horreur "Thor se lançant à l'attaque". Le fait est qu'un Thorkin se lançant à l'attaque dans cette position aurait sûrement reçu un coup dans le dos pour injure à l'art du maniement des armes. Cette atrocité était probablement destinée à décrocher des larmes et émouvoir. Dommage pour le sculpteur, nous devions être les premiers êtres vivants à voir cette tombe extravagante et l'effet escompté n'y était pas. Elle me faisait penser aux rois de pierre dans la salle du trésor : se voulant grandeur, atteignant une monumentale insignifiance. La délester du fardeau qu'elle tenait dans les mains serait un service rendu à l'art : la statue et son emplacement pourraient ainsi sombrer dans l'oubli à jamais. D'ailleurs nous étions descendus jusqu'ici pour ça.

Je prenais appui sur le socle et je saisis le manche du marteau avec ma main valide. Ce fichu nain de pierre s'y agrippait et l'arme ne bougea pas. J'insistai en assurant ma prise et en tirant à me décrocher l'épaule. Un raclement retentit ; toute la statue bougea sur son piédestal et s'approcha dangereusement du bord. Avec ça elle s'anima, elle tourna la tête et bougea les bras. Je crus un instant me trouver en face d'une nouvelle invention des anciens mais la première frayeur passée je constatai que ce Thor n'avait qu'une fonction d'épouvantail pour pilleur de tombe péteux. C'était un reste de technologies mal comprises qui battait lamentablement des bras de façon désordonnée. Tout au plus le Thorkin déclenchait un sentiment de pitié vous poussant à l'achever. J'envoyais un coup de tête dans le tarin de pierre qui céda aussitôt et s'écrasa par terre. Il se défendit pitoyablement en agitant les bras de plus belle. Il en fit temps qu'il se fissura et termina en tas de gravier sur son socle de pierre richement décoré : ainsi l'honneur de Thor fut lavé et sa pire représentation défaite.

Notre expédition avait atteint son but. Elle ne reviendrait peut-être pas à la surface mais d'un certain point de vu les gars qui avaient décidé de crever ne le firent pas pour rien.
J'extirpai le marteau des restes de Thor. Il était un peu décevant ; il semblait quelconque. Il était bien proportionné, bien équilibré mais très simple d'aspect ; je doutais qu'il mérite les centaines de tablettes qui furent gravées pour le décrire et le voyage que nous avions entrepris pour l'arracher à son Thor de granit. Les écrits contenaient comme toujours une part d'ineptie non-négligeable dans leurs descriptions. C'était tout au plus une bonne arme, elle se maniait facilement et avait dû efficacement broyer les crânes d'imbéciles qui avaient eu le malheur de se trouver en dessous. Le poing qui serrait cette arme valait sûrement mieux qu'elle. Seul détail intriguant : les runes gravées sur le fer qui scintillaient de façon peu engageante. Je décidai de ranger l'arme pour le moment, j'avais trop vu de ces saloperies dans la journée.

J'allais ensuite mettre un coup de botte dans la carcasse de Reidïr et je lui expliquai que nous pouvions crever en tentant de sauver sa peau plutôt qu'en s'emmerdant dans ce trou désormais vide de tout intérêt. Son regard éteint ne dégageait pas l'enthousiasme le plus vivace mais il se leva et commença la grimpette vers la surface sans trop rechigné. La pente s'élevait avec un angle praticable et les aspérités aidaient à l'ascension. La pente fut rapidement avalée et en haut j'arrêtai mon crétin de compagnon qui allait sortir sans réfléchir. Ça puait le traquenard. J'estimais notre adversaire suffisamment fin pour nous cueillir à la sortie : méthode efficace dans le combat de galerie, tout Thorkin vous le dira.
Je pris ma hache et je posai le casque de Reidïr dessus. Dès que j'eus élevé le montage un violent coup de masse qui aurait éclaté n'importe quel crâne s'abattit sur le casque. Je fis pivoter la hache et d'un coup de poignet je bloquai l'arme sous mon fer. Notre adversaire possédait la force d'un ver de charbon et il suffit d'un coup sec pour que son marteau se retrouve à nos pieds. Ça détala au-dessus et le bruit des pas se perdit bientôt au loin.

Nulle trace de l'ennemi quand nous fûmes à nouveau près du trône. C'était le genre à faire tomber les étais quand vous êtes au fond de la galerie, le gars que vous rencontrez jamais en face excepté s'il vous croit mort. Il incarnait cependant un certain espoir : il devait connaître une sortie dans le coin. Personne n'aurait pu nous suivre depuis la ville haute.

Ce dégonflé a disparu. On s'fait une pause et on s'tire de c'trou.


Ici? Mais...

Cause pas quand c'est non négociable, c'est comme ça qu'les accidents arrivent.


Je m'appuyai dos au trône et je me laissai glisser jusqu'au sol. Ce crétin de Reidïr fut long à la comprenette mais finalement il vint s'asseoir à côté de moi sans poser de question. Après quelques minutes des ronflements sonores fort convainquant résonnèrent sur l'esplanade.
Il fallut presque s'user les cordes vocales avant que des pas feutrés se fasse entendre. Les Thorkins ne sont pas doués pour la discrétion et celui-ci ne dérogeait pas la règle, il vint vers nous aussi discrètement qu'une armée qui charge. D'ailleurs c'était peut-être son intention, il ne fit pas de détour ni d'arrêt avant de se lancer dans l'ascension du trône. Soit il était sûr de lui soit il était sacrément con.
Sa silhouette se découpa sur la dernière marche : c'était une naine bien charpentée qui affichait l'air d'un contremaître minier. Ses vêtements grossiers d'un style dépassé depuis des siècles indiquaient qu'elle vivait en dehors de la communauté de Mertar. Elle approchait avec détermination en lorgnant mon marteau. Pour oser s'attaquer à deux gars comme nous elle avait du courage, mais ça ne l'empêcherait pas de le regretter ; encore deux pas et mon arme finirait quelque part dans sa boite crânienne, idéalement entre les deux yeux. Un dernier pas...
Je me redressai d'un coup en hurlant. Elle aurait dû fuir ; elle m'assena un coup de tête dans l'estomac façon bélier avant que je puisse sortir le marteau. La suite se passa de la même façon : la garce était imprévisible et avait de la ressource. Le temps que je récupère elle avait mis hors combat cette lopette de Reidïr en lui faisant chanter les bourses et elle s'avançait à ma rencontre avec un air qui me disait rien. J'en avais vu des guerriers avec des trognes à faire peur mais aucun n'avait cette détermination dans les mirettes.
Mon bras quasiment inutilisable m'empêchait de manier correctement le marteau ; les quelques frappes que j'envoyai dans le vide rouvrirent la plaie qui se mit à saigner abondamment. Elle esquivait sans mal et semblait danser autour de moi tandis que j'usais mes dernières forces à faucher l'air.

Il ne lui fallut pas grand-chose : une simple pression sur la poitrine. Je reculai d'un pas et je trouvai le vide.

(L'escalier !)

Ce fut presque la dernière chose qui me vint à la caboche, la suivante fut l'angle d'une marche.


>>Rétablissement

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MessagePosté: Mar 25 Fév 2014 18:51 
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En se réveillant, Goont sentit l'air engouffrer ses poumons, comme s'il avait été en apnée pendant des heures. Les premiers instants de son émergence, il se concentra alors principalement sur sa respiration qui le faisait souffrir. Les contractions de chacune de ses quintes de toux lui firent d'ailleurs se rendre compte des blessures qu'il avait à la cuisse et à l'épaule. Il ne saignait plus, mais il arrivait encore à ressentir la sensation désagréable de ses vêtements collés à ses plaies.
Et enfin, il prit le temps d'ouvrir les yeux. En chutant, il avait eu la crainte, un instant, de se retrouver nez à nez avec la chose qui avait pris possession de son esprit. Mais il n'en fut rien. A la place, il voyait le plafond rocheux et humide de l'endroit où on l'avait placé. Les meubles de luxe et l'odeur de la nourriture se faisait bien loin désormais. Là, tout ce qu'il pouvait sentir, c'était le sang de ses blessures et la moisissure sur les pierres. Mais au moins, il était en vie.

Il eut toutes les peines du monde pour réussir à s’asseoir sur la table où il était allongé. Et il eut encore plus de difficultés pour en descendre. La douleur de ses blessures était si intense qu'il avait le sentiment qu'en se déplaçant, elles avaient commencé à saigner. Mais fort heureusement il n'en fut rien. Et si cette peur avait pris place dans son esprit, ce fut bien autre chose qui attira son attention...
Cette salle n'était pas une cellule. Elle était très vaste et comportait au moins une dizaine de tables comme celle sur laquelle il avait été placé. Du moins, dans cette obscurité, c'était à peu près tout ce qu'il pouvait voir. La seule chose qui lui permettait de comprendre un peu mieux ce qu'il y avait dans cette pièce, c'était une légère lumière venant de ce qui semblait être le seul couloir sur lequel donnait cet endroit. Sur les murs, quelques étagères et râteliers étaient placés. Pourtant, ils ne semblaient pas porter spécifiquement des armes. Il s'agissait essentiellement d'objets tranchants, mais il pouvait y avoir des épées comme des ciseaux ou couteaux de cuisine. En parcourant la pièce, Hivann finit par y voir une arme qu'il mit un certain temps à reconnaître. Au premier abord, il lui avait semblé qu'il ne s'agissait que d'une arme. Mais après s'être attardé dessus, il reconnut la hache du vieil Umordîl.

"Où est-ce que vous m'avez encore fichu, imbécile de nain..."

Goont n'avait pas encore pensé à inspecter plus précisément les lieux en quittant la table. Le fait était qu'il n'y avait rien qui lui donne réellement envie d'en savoir plus sur cet endroit. Car s'il y avait bien une vingtaine de tables ici, il devait y avoir au moins six ou huit personnes présentes avec lui. Elles semblaient toutes être de race naine, et elles étaient toutes dans un état comateux. Et à voir tous ces êtres allongés dans la même salle, l'ynorien eut l'impression d'être au beau milieu de malades dans un hospice... Agrémenté d'instruments de torture, aux vues des lames pendues aux murs...
Il aurait voulu s'en aller, mais il ne savait même pas précisément où il était, vis à vis du puits par lequel il était descendu. Il avait besoin d'Umordîl, ou il ne s'en sortirait pas.
Aussi silencieusement qu'il le put, le vieux mage s'approcha alors doucement des quelques tables occupées par les nains...
Sur les quelques nains présents, il n'en vit précisément que trois avant de finalement tomber sur celui qu'il recherchait. Chacun était accablé de nombreuses blessures, parfois superficielles ou encore réellement graves. Mais le plus étrange était qu'ils semblaient tous réveillés. Leurs yeux étaient ouverts, fixant un point invisible, l'iris presque tremblant. Mais Umordîl échappait fort heureusement à cet étrange somnambulisme, même s'il était pourtant bien réveillé et aussi meurtri que les autres. Son armure lui manquait et le rendait presque chétif par rapport à l'air guerrier qu'il donnait de lui auparavant. Doucement, le mage chuchotant, espérant attirer son attention.

"Umordîl, j'ai besoin de vous... Partons d'ici !"

"Je ne peux pas venir..." gémit-il après un long, très long silence.

Pendant un instant, Goont s'était apprêté à le renier par son abandon. Mais quand il eut relevé les yeux et vu les pieds du nain, il comprit. Ces derniers avaient été tout simplement tranchés, pour être simplement posés en face des moignons, comme pour soutenir cette punition. Ce que l'ynorien ne comprenait pas, cependant, c'était pourquoi Umordîl était le seul à être conscient ici, et pourquoi il était le seul à avoir été réduit physiquement.

"Que s'est-il passé, Umordîl ?"

"Il m'a retiré mon armure et mes armes. Il m'a torturé. Il m'a tranché les pieds... Mais il ne comprenait toujours pas pourquoi sa magie ne fonctionnait pas sur moi..."

Une quinte de toux violente prit le nain, jusqu'à presque le faire asseoir à chacun de ses soubresauts. Goont eut presque l'envie égoïste de mettre ses mains sur sa bouche pour l'empêcher de faire davantage de bruit. Mais tout s'expliqua ensuite. De la barbe de son compagnon, un petit objet métallique et précieux tomba sur le sol. Le mage reconnut cela immédiatement quand il le ramassa : il s'agissait de l'anneau que le thorkin avait utilisé en arrivant dans les bas-fonds de Mertar. Cet anneau avait suffi à annuler toute la magie lancée par Goont, quand il s'était défendu de l'attaque surprise de son compagnon, lequel avait justifié son coup de hache en disant que c'était "un test". Une attention qu'il n'avait pas appréciée, mais qui l'avait poussé à convoiter cette bague, qui renfermait un pouvoir inestimable. Il s'agissait donc là de l'artefact qui avait permis à Umordîl de ne pas sombrer dans une illusion, comme ses semblables. Il fallait croire qu'il aurait été davantage épargné s'il ne l'avait pas possédé...

"Bien joué, Umordîl."

"Arrêtez avec vos félicitations... Si vous êtes en vie, si vous n'êtes pas plus blessé que vous ne l'êtes déjà, c'est parce qu'il était trop occupé à me trancher les pieds."

Hivann était désolé, mais pour tout dire, il était surtout soulagé. Umordîl, il ne le connaissait pas vraiment finalement. Il n'avait pas encore eu le temps de devenir important pour lui. Ce n'était pas comme ses enfants, ou plus récemment, l'un de ses mercenaires : Karl Wjran. Mais un problème subsistait. Ou plutôt, il y avait encore plusieurs problèmes...

"Que vous ne puissiez pas partir, c'est quelque chose, mais moi je ne sais pas où aller ! Je n'ai pas mes affaires, ni mon encensoir, je ne sais même pas où se trouve ce fichu fusil ! Et puis surtout, je ne sais pas avec qui j'ai affaire !"

Il y eut encore un long silence durant lequel Umordîl expira, lentement. Il semblait ne pas vouloir répondre, mais après une certaine réflexion, il se décida enfin à prendre la parole.

"Nous sommes au bon endroit... L'exilé est différent de ce que l'on m'avait dit... On me disait que c'était un être plein d'intelligence, le seul capable de comprendre le fonctionnement du Fusil de Mertar... Mais il a changé... Je ne sais pas s'il est toujours intelligent, mais il est clairement devenu fou. Nous sommes loin d'être une dizaine ici... Il y a je ne sais combien de salles similaires à celle-ci... De ce que j'en vois par l'architecture, c'était un hospice quand il y avait encore de la vie ici."

"Est-ce que j'ai un moyen de sortir ?"

"Vous en avez de tas, tant que vous ne le croisez pas... Retrouvez déjà vos affaires. Souvenez-vous : vous aviez deux bracelets liés magiquement et vous en aviez donné un à votre fille, Sujima. Quand vous le retrouverez, vous saurez quel chemin emprunter pour remonter à la surface."

"Et le Fusil de Mertar ?"

Umordîl se figea complètement en entendant ces paroles. Il semblait choqué, complètement dans l'incompréhension.

"Bon sang, Ser Goont ! Abandonnez le Fusil ! Je suis déjà mort par votre faute, n'allez pas risquer votre vie pour un artefact qui appartient au passé !"

Hivann s'apprêta à répliquer. Il ne voulait pas abandonner cette arme. Elle était à la seule à pouvoir lui permettre de recouvrer ses pouvoirs perdus, limités par sa la Pierre d'Oubli qui trônait sur son front. Mais avant même qu'il ne puisse s'exprimer, un cri suraigu résonna dans le couloir sur lequel donnait la salle. L'écho avait été si intense que le mage eut presque l'impression qu'une créature avait hurlé à seulement quelques mètres de lui. Puis suite à ce cri, des coups retentirent. Le son glacial d'une lame métallique, entrant en écho avec la pierre humide. Mais entre ce fer et cette roche, l'on pouvait entendre le son déformé de la chair. Hivann et Umordîl savaient qu'une personne venait d'être tuée. Une femme, d'après le cri. Cela se confirma avec le soupir de terreur qui entra encore une fois en résonance jusqu'à eux...

"Non, pitié, non..." avait-elle probablement dit avant d'expirer.

Seule la respiration des deux compères vinrent alors aux oreilles de l'ynorien, suite à ce macabre épisode. Son pouls s'accéléra. Il n'avait pas seulement peur : c'était de la terreur qu'il ressentait. Plus d'une fois Goont avait été en proie au danger, mais ici, il n'arrivait même plus à l'identifier. Il y avait un être, une chose, folle, qui s'apprêtait à torturer et tuer quiconque se trouvait ici. Il était seul pour s'enfuir, sans ses armes, sans sa magie. Quelques mois auparavant, il aurait pu y faire quelque chose. Mais ici, il n'était plus rien.
Puis il y eut un autre son. Des bruits de pas. Et derrière ces pas, encore une autre son. Celui d'une lame qui traînait sur le sol, s'entrechoquant contre les pavés qui parsemaient le sol. Il devenait de plus en plus intense, ce son. Car il était de plus en plus proche. Le mage put entendre que l'Exilé se trouvait dans le couloir. Et il fallut encore quelques secondes avant qu'il ne voit son ombre, tremblant derrière les flammes froides des torches dansantes.
Et l'ombre se tourna.
Il était là.

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Multi de Ziresh et Jôs.

Ser Hivann Goont, Archer-Mage niveau 10.


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 Sujet du message: Re: Le Niveau Bas : les ruines de l'ancienne Mertar
MessagePosté: Ven 4 Avr 2014 10:53 
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Pendant un instant, Goont se sentit figé, comme si l'Exilé avait réussi à le pétrifier en un regard. Mais très vite, il réussit à dominer sa peur pour aller plonger directement sous la table de torture la plus proche, encore occupée par l'un des autres nains. Umordîl, lui, était resté silencieux. Il était bien probable que la peur l'ait pris au ventre. Mais le mage n'espérait qu'une chose : qu'il sache la fermer lorsque la chose commencerait à lui parler. Car même si l'ynorien n'avait fait qu'en voir la silhouette, il s'était bien rendu compte que l'Exilé n'avait absolument rien d'humain.
Des bras et des jambes démesurément grands et fins supportaient un buste anormalement maigre et aplati. Il n'était vêtu que de haillons qui couvraient partiellement le bas de son corps, de la taille jusqu'aux genoux. Sa tête aussi semblaient particulièrement ovale, sans que Goont ne puisse en voir davantage. Et surtout, le plus étrange, c'était la longueur de ses griffes, excédant très probablement les vingt centimètres de long. Quand il commença à pénétrer dans la salle, ses déplacements semblaient saccadés. Le son strident du métal raclant les dalles était donné par les longues cisailles tordues et rouillées qu'il laissait traîner sur le sol. Dans l'ombre, Hivann arrivait à voir faiblement, grâce à la torche au loin, les quelques gouttes qui s'accrochaient encore au fer souillé du monstre.

La lame n'avait fait que racler le sol tout près de lui, mais le mage le ressentit comme si elle était venue se coller contre son échine. Une sensation glaciale l'avait pris, le faisant trembler de peur et le forçant à plaquer ses mains contre sa bouche. Sa respiration s'était accélérée d'un coup, tant la terreur l'empêchait de se dominer. Il ne se reconnaissait plus lui-même. Hivann Goont, anciennement un des meilleurs mages de guerre que l'Ynorie ait connu, se retrouvait caché sous une table, espérant qu'une menace qu'il n'arrivait pas à estimer ne le retrouve pas. Il aurait bien usé de sa magie, mais il s'en était rendu compte dès son réveil : il n'avait plus une once de fluide en lui. Il était à la merci de l'Exilé et n'allait plus pouvoir compter que sur un moyen physique de le vaincre. Et si Umordîl avait succombé même avec la bague et ses talents de guerrier, alors Goont n'aurait pas une seule chance.

Mais l'Exilé s'était déjà rapproché dangereusement de son compère. De là où il était, l'ynorien ne pouvait que voir le bas de son corps, tourné vers la table où était allongé le nain. Les lames des cisailles se décolèrent alors du sol. Goont imaginait déjà le pire : son ami allait probablement mourir. Mais tout ce qu'il entendit, c'était le son du fer qui se plantait dans le bois de la table. Umordîl émit un petit cri de peur, qui sembla être étouffé par la main du monstre.

"Où est le mage?"

La voix de l'Exilé semblait être étouffée par une gorge trop serrée. Trop peu d'air en sortait, si bien que cette question avait davantage été murmurée, chuchotée, plutôt que simplement dite. Mais malgré ces altérations qui la rendaient si effrayante, elle n'en paressait pas moins humaine. Hivann n'arrivait plus à savoir s'il s'agissait d'un monstre ou d'un homme. Mais avant même qu'Umordîl ne réponde, la chose sembla surprise. Elle poussa comme un râle d'étonnement avant de se pencher un peu plus sur sa victime.

"Oh ! Mais il y a du nouveau, on dirait..."

De là où était le mage, il pouvait voir que les griffes du géant squelettique semblaient caresser doucement la chair dodue du pauvre nain. Il n'en fallut pas bien longtemps avant qu'il ne se mette à pousser des cris contenus de douleur.

"Je ne ressens plus aucune barrière ! Qu'est-ce qui protégeait ta tête, mon petit ?"

Malgré tout, Umordîl tenait bon. Il avait peur, Goont l'entendait, mais il ne disait toujours rien. Les griffes avaient même commencé à transpercé la chair du nain, laissant couler un mince filet de sang qui, très vite, goutta sur le bord de la table. Le mage en fut terrifié. Mais pourtant, malgré le silence de l'acolyte, l'Exilé sembla prendre un ton d'approbation...

"Je vois... Un bijou. Une relique ! "Dimittam" et plus de magie ! C'est astucieux, j'imagine que ton ami te l'a pris. Quelle marque de confiance, n'est-ce pas ?"

L'Exilé lisait dans son esprit ! Si Hivann ne trouvait pas un moyen rapide et discret de sortir de cette salle, il était perdu ! Umordîl serait obligé de dévoiler sa cachette, et alors tout serait perdu !

"Vous êtes venus pour mon fusil, n'est-ce pas ? Tout le monde vient pour mon fusil."

Ce qui était étrange, c'était que cette chose ne semblait pas vouloir en savoir trop vite. Elle entretenait la conversation, ne sondait l'esprit du nain que par fragments. Elle semblait... jouer. Cela terrifiait toujours un peu plus l'ynorien, mais il comprit vite qu'il devait profiter de cette opportunité. Aussi discrètement que possible, il sortit de dessous la table de torture sous laquelle il était caché pour aller justement sur une autre, à côté, sous l'un des autres otages du monstre. Il eut le temps le renouveler une seconde fois cette action... jusqu'à se rendre compte que s'il ne s'était pas rapproché de la sortie, il avait su d'une part s'éloigner de la menace, mais aussi se rapprocher des râteliers d'outils. Encore une table, quelques pas, et il aurait au moins de quoi se défendre.

"Tu sais, je pourrais sonder ton esprit, mais je me dis que ce serait trop facile. Et même si beaucoup de gens viennent pour mon fusil, je n'ai pas assez de distraction. Alors si tu le permets, on va jouer à un jeu !"

Goont profita du discours de l'Exilé pour aller rouler jusque sous la dernière table qu'il convoitait. Il se félicita presque d'avoir pu, jusqu'ici, rester aussi discret. Et il le fut toujours autant en allant jusque vers le râtelier. Il ne prit cependant pas vraiment la précaution de choisir une "arme" qui lui convienne. Il saisit simplement la première qui lui tombait sous la main : une espèce de crochet de boucher avec un manche en bois, troué à la base. Il devait avoir réellement servit à suspendre des carcasses de viande, vue l'odeur et la teinture du bois, toute brunie.

"Tu vas le chercher à ma place !"

Au premier abord, en entendant ces mots, Hivann pensa que cela était impossible. L'Exilé pouvait bien manipuler l'esprit d'Umordîl, mais il ne pouvait pas faire repousser ses pieds. Mais c'est alors qu'un spectacle d'horreur s'offrit à lui. La silhouette noire planta un peu plus profondément ses griffes sur sa victime, mais en visant cette fois-ci le visage. Et d'un coup, il sembla que le nain avait recouvert une nouvelle vivacité.
Il s'assit alors sur la table, se tourna, et le plus simplement du monde... se laissa tomba sur ses moignons. Et il tint bon. Il avait perdu bien des centimètres, mais il tenait debout. Et si Goont avait réussi à s'éloigner jusqu'à ne plus voir que des ombres pour protagonistes, il devinait et lui semblait sentir le sang qui se déversait sur le sol à chacun des pas du nain.
Cette vision lui causa une soudaine inspiration dont il ne put dissimuler le bruit. Et une réaction en chaîne survint. Cette seule erreur avait réveillé le nain encore inconscient sur la dernière table qu'il avait exploitée. Le mage perçut alors son regard. Ce dernier était clair : il était terrifié. Il allait hurler de peur, cela ne faisait aucun doute. Et Goont, lui, ne pensa alors qu'à une chose : sa sécurité. Ce nain allait crier, ou alors s'il ne criait pas, il serait étouffé par sa main potelée s'il tentait simplement de l'en empêcher.
Il ne pouvait simplement pas prendre un tel risque.

Avant qu'Umordîl n'aille se déplacer jusque vers sa hache, que l'Exilé ne reprenne un tout autre discours, ou même que la victime n'ouvre la bouche, Hivann posa fermement sa main gauche sur le visage du nain. Il écrasa presque son nez tout en maintenant sa bouche fermée. Et sans une once d'hésitation, il brandit le crochet dans les airs pour aller le planter purement et simplement dans l’œil de celui qui le mettait en danger. Et comme il n'était pas sûr que cela suffise à le tuer, il tourna l'arme, jusqu'à être sûr qu'elle ait détruit les quelques zones du cerveau qui suffisaient à le maintenir en vie.
Mais tuer ce pauvre nain n'avait pas suffit.

Alors que le géomancien venait d'ôter l'âme de sa victime en même temps que le crochet, Umordîl venait de prendre sa hache. Et d'un coup, il s'était retourné juste en direction de l'ancien emplacement connu de son compagnon. Avec une vitesse incroyable compte tenu de son handicap, il fonça vers la table et la frappa sans pitié, la coupant elle et son martyr encore endormi dessus, le tuant instantanément. L'Exilé ria intensément, avec sa voix à la fois criarde et étouffée, et l'ancien gardien du mage commença à parcourir la salle de fond en comble, ignorant tout simplement ses blessures et la perte de son sang. Il regardait sous chaque table proche, et fort heureusement pour Ser Goont, il se dirigea vers l'autre extrémité de la salle, mais bougeait à une vitesse qui lui laissait trop peu de temps pour s'en aller.
La peur d'être découvert fut alors beaucoup trop grande. S'il se cachait, il serait trouvé et mourrait immédiatement, sans pouvoir se défendre. Il devait absolument partir. Il se mit alors à marcher rapidement, le dos courbé afin de ne pas dépasser la hauteur des tables. Il se rapprochait très vite de l'entrée, mais il y avait encore une problème de taille : la torche était encore allumée. S'il sortait, il serait irrémédiablement découvert et devrait trouver une nouvelle cachette.

Mais au moment même où un mince filet de lumière venait révéler un peu de sa personne, la voix de l'Exilé se fit entendre. Il poussa un cri bien différent de sa voix pénétrante, mais toujours de manière aussi aiguë. Goont entendit le bruit des cisailles qui se décollaient du bois de la table sur laquelle était allongé Umordîl. Et alors, dans le son des métaux qui se frottaient les uns aux autres, le chose hurla à son intention :

"JE T'AI TROUVÉ !"

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 Sujet du message: Re: Le Niveau Bas : les ruines de l'ancienne Mertar
MessagePosté: Ven 25 Avr 2014 17:39 
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L'intervention de l'Exilé avait su éveiller en Hivann ses plus grands instincts de survie. Même lorsqu'il avait fuit la prison de Darkhàm, jamais il n'avait couru aussi vite. Il ne fallut qu'une fraction de seconde pour qu'il se jette à travers l'entrée de la salle, débouchant sur un couloir étonnamment bien plus éclairé qu'il ne l'aurait pensé. Il pris un très court instant pour lui-même, espérant pouvoir fermer la porte derrière lui, mais ce fut peine perdue : il n'y en avait pas. Il ne pouvait donc pas traverser directement la totalité du couloir, jusqu'à là où devaient très certainement se trouver les "quartiers" de la créature... ou au moins une autre salle que celles qui servaient à la torture, qui soit encore susceptible de contenir quelques uns de ses équipements.

L'objectif, à l'instant, était avant tout de réussir à se cacher quelque part, dans l'une des autres salles, avant de pouvoir avancer jusque là où le souhaitait. Mais il n'avait pas le temps de penser à cela plus longuement. Quelques secondes allaient suffire à ce que l'Exilé et ce qui restait d'Umordîl ne le rattrapent. Aussi, en ayant entamé sa course, il ne passa pas plus de portes. Il se contenta seulement d'entrer dans la première salle qu'il put atteindre... au moment même où il lui avait semblé entrapercevoir la longue jambe de son poursuivant informe, juste en train de franchir le seuil de la chambre de torture qu'il venait de quitter...
Mais il put bénéficier d'une certaine chance qu'il n'avait pas eue plus tôt : en arrivant dans la salle, il aperçut une lourde porte, toujours attachées à ses gonds. Il eut bien heureusement le réflexe de la pousser avec autant de force qu'il le put. Cela ne suffit malheureusement : la main démesurément griffue du monstre avait passé l’entrebâillement pour empêcher la fermeture de la porte. Et à la grande surprise de Goont, qui imaginait en ce monstre une force plus axée sur la magie, il eut une peine considérable à garder sa position. Un instant, il crut même qu'il allait chuter, laissant irrémédiablement l'Exilé pénétrer la sombre salle pour en finir avec lui. Mais c'était sans compter sur le crochet qui l'avait sauvé un peu plus tôt.

"Dégage !" hurla-t-il sans pouvoir se contrôler davantage.

Et alors, dans un balancement de bras, le magicien planta son arme de fortune sur le dos de la main informe de son poursuivant. Il sentit alors la pointe traverser la chair pour aller racler la porte de fer, alors qu'un cri strident retentissait de l'autre côté. D'un coup, elle disparut alors, laissant l'opportunité au mage de pousser l'obstacle jusqu'au bout, et de faire bien heureusement coulisser un loquet qui allait rendre cet endroit infranchissable... Du moins pendant un moment. Mais alors qu'Hivann venait toujours de bénéficier d'un moment de répit, il entendit une complainte étrange. C'était l'Exilé, et la complainte était logique compte tenu de la blessure, mais c'était le contenu de ses paroles qui était étrange...

"MON ŒIL ! criait-il. Il m'a crevé l’œil ! Je vais t'étriper, mage ! Je vais tanner ta peau pour en faire tapis, sculpter tes os pour en faire des couverts et je vais me faire un régal de tes boyaux ! Et je vais te garder en vie le plus longtemps possible que tu profites de chaque seconde que je vais passer avec toi !"

Il y eut un moment de pause. Ces paroles étaient démesurées, mais elles n'étaient pas sans impact sur la peur du géomancien. Il ne pouvait pas l'expliquer, mais il était certain que l'Exilé allait réaliser chacune de ses menaces. Puis il reprit.

"Toi, tu vas garder la porte. Tu entends, mage ? Ton cher compagnon nain va rester là ! Tu te croyais malin, n'est-ce pas ? J'ai la clé de ce loquet ! Je n'ai plus qu'à aller la chercher ! Ce n'est qu'une question de temps avant que je n'ouvre cette porte et que je découpe ta peau grassouillette !"

Puis il s'éloigna. Goont entendit les pas traînés du monstre devenir plus léger, et l'ombre d'Umordîl vint se placer sous la porte, couvrant la lueur des torches du couloir. Et petit à petit, le vieil homme put voir ce qu'il craignait : la création d'une large flaque de sang qui s'étalait jusque sous lui. Il n'avait donc pas rêvé... Son ancien compagnon était bien en train de le traquer en marchant sur ses propres moignons. Il était dans un état de manipulation total. A l'intérieur, il devait souffrir atrocement...
Mais il n'avait pas le temps de s’apitoyer sur le sort du nain. Sujima, sa fille, serait déçue, mais il devait toujours un moyen de rester avant tout en vie. Alors il s'avança un peu plus dans l'obscurité de la salle qu'il venait de transformer en sa propre cellule.

Il ne voyait que trop peu de choses dans l'ombre, mais si l'architecture était similaire à celle où il s'était réveillé, le contenu était différent. Pas de torture ici. Il y avait davantage de bêtes, avec quelques tables comportant des instruments chirurgicaux qui avaient l'air mieux entretenus que précédemment. Beaucoup de rats étaient enfermés dans des petites cages, dociles, et certains gisaient le corps ouvert sur certains tables. Il y avait même des bocaux remplis d'insectes. Que des parasites susceptibles de vivre ici bas, dans les ruines. En somme, il comprit très vite l'intention de l'Exilé.

"Il fait des expériences sur ce qu'il trouve... Les yuiméniens n'échappent pas à la règle..."

Beaucoup d'éléments de recherche au nom de la science, mais rien qui ne semble lui permettre de s'en sortir. Par d'armes, pas de potions aux effets salvateurs, par d'accès vers l'extérieur... Rien.
Mais c'est alors qu'il vit une autre cage dans un coin de la salle. Beaucoup plus grosse que celles qui enfermaient les rats. Il pensait d'abord à une caisse de fortune qui renfermerait encore d'autres outils chirurgicaux... mais en s'approchant plus près, et en habituant ses yeux à l'obscurité, il y vit la présence d'un être des plus étonnants.
La cage était beaucoup trop grande pour un rat, mais encore plus petite pour l'être qui l'habitait. Celui-ci remua un instant la queue, faiblement, puis leva le museau de son épaule pour laisser apparaître de yeux brillants qui traversaient les barreaux de son clapier.

"Par ma famille... Tu es un liykor ?"

L'être ne quitta pas son interlocuteur des yeux. Même dans l'ombre, Goont pouvait voir qu'il était fatigué. Il ne le voyait pas encore très bien, mais il savait qu'il devait avoir subi plus de tortures et d'expérimentations que n'importe quel autre détenu ici.

"Sommeil, gémit-il d'une voix faible et caverneuse. M'avez réveillé, rawf ! Besoin de dormir."

L'ynorien se désespéra. Ce loup probablement déviant était la seule aide dont il pouvait bénéficier. Mais il avait besoin plus que jamais de lui. Il avait toujours eu quelques préjugés contre cette race, y voyant une trop grande bestialité malgré la servitude des bratiens. Mais si jamais il devait s'en sortir avec lui, à l'instant, il lui en serait probablement reconnaissant à tel point qu'il changerait tout son jugement.

"Eh ! Liykor, j'ai besoin de toi !"

"Pars, rawf ! Ton affaire n'est pas la mienne."

"Qu'est-ce qu'il t'a fait, au juste, pour que tu restes ici ?"

Le loup resta silencieux. Goont chercha alors sans attendre un moyen d'ouvrir la cage. Il vit très vite un loquet tout en bas, mais il y avait plus étonnant encore... Les barreaux étaient particulièrement dessoudés. Il lui suffit de tirer légèrement en arrière pour en retirer trois, laissant amplement la place au vieux lupin pour passer.

"La porte n'est plus un obstacle."

"Arrête, c'est mal ! rawf !" faisait-il alors que les barreaux étaient retirés petit à petit.

"Tu aurais pu partir toi-même mais tu ne l'as pas fait. Pourquoi ?"

Le vieux loup se remit de nouveaux en boule, comme lorsque l'homme l'avait trouvé. Il grogna un instant pour lui, puis il jappa d'un air craintif.

"C'est sécuritaire ici. Si je ne sors pas, c'est sécuritaire."

"Tu vas te laisser faire ? Tu comprends ce qu'il te fait ?"

"Tant qu'il ne me voit pas hors de ma cage, c'est sécuritaire. Il se tint au silence pendant un moment, alors que Goont essayait encore de trouver un quelconque accès à l'extérieur. Puis le bratien reprit la parole. Les épines. Quand je ferme les yeux, les épines sont partout. Rawf. C'est abominable."

"Si tu restes ici, tu verras encore ces épines, quoiqu'elles t'aient fait."

"Je les hais. Les épines sont affreuses. Rawf. Elles sont comme les bêtes et ma tête comme un bocal. Je les sens gratter mes tempes. Elles grincent. Et c'est comme un brouillard."

Quelques minutes avant, Goont se désolait de ne pas avoir pu trouver une autre aide. Mais à mesure qu'il écoutait le bratien parler, il sentait une peine plus grande monter en lui. Il eut alors l'étrange sentiment de vouloir lui venir en aide, plus que de vouloir son aide. Bien entendu, il n'oubliait pas ses objectifs principaux : s'enfuir, trouver le fusil et partir des ruines.

"Tu ne peux pas rester ici, tu m'entends ? Si tu restes, les épines vont casser ton bocal."

"Je ne veux pas qu'elles cassent, rawf."

"Alors tu dois venir avec moi. On doit trouver un moyen de partir d'ici."

"Plus sécuritaire, ici ?"

"Non, ce n'est plus sécuritaire."

"Mais je ne peux pas... Rawf, les barreaux."

"Je viens de les enlever..."

Le loup leva encore le museau et se redressa cette fois-ci faiblement sur ses pattes. Il était encore dans une position animale, mais très doucement, il laissa passer sa truffe. Et quand il vit que ses joues dépassaient une certaine distance, il comprit qu'il n'y avait plus d'obstacle. Il sortir alors, hésitant avec les pattes, puis quand il fut entièrement dehors, il s'assit sur son arrière-train en fixant la cage. Il semblait qu'il ne comprenait pas comment cela lui avait été possible de sortir.
Goont eut alors enfin l'occasion de mieux voir son compagnon d'infortune. C'était un loup brun, le pelage parsemé de quelques poils blancs. Mais à travers celui-ci, on pouvait encore voir de nombreuses cicatrices, relativement symétriques, d'intentions ostensiblement chirurgicales. Sur son crâne, notamment, les poils étaient rasés et l'on pouvait voir une découpe parfaitement droite, partant de l'arrière de la tête jusqu'au début du museau, passant entre les oreilles.
Quoi que l'Exilé ait pu faire, il avait trafiqué l'esprit de ce pauvre bougre.

"Voilà, tu es sorti. Maintenant, tu connais une sortie ?"

"Il y a un garde de sang devant la porte."

"C'est Umordîl, il est manipulé."

"Il saigne beaucoup, rawf."
fit-il en concluant d'un mouvement de la truffe vers le bas de la porte.

Le prisonnier alla marcher un peu autour de la salle, alors que Goont le suivait d'un air anxieux. Et heureusement, il ne fallut pas bien longtemps avant qu'il ne se manifeste.

"Il y a les potions, derrière les cendres."

"Quoi ?" demanda le mage, incrédule.

"Là."

Il aboya une dernière fois avant d'aller se dressa sur ses pattes arrières, reprenant une taille humaine. Il gratta un mur qu'il avait pourtant semblé à Goont de l'avoir déjà inspecté. Puis il finit par attraper un tout petit objet circulaire. Il tira faiblement, jusqu'à pouvoir faire coulisser un large tapis de poussière un peu plus haut. Il s'agissait de la poignée d'une espèce de vieux tiroir. Et en regardant à l'intérieur, sans y voir quoique ce soit, le liykor répéta ses paroles plus clairement.

"Là, je sens de la cendre. Il y a le feu des fois, mais derrière l'odeur, je sens les potions."

"Qu'est-ce que c'est que ça ?"

"Ça me revient, rawf. Des fois, il y met les rats morts. Puis il y a du feu. Mais des fois, je sens encore d'autres odeurs."

"C'est un four ?"

"Oui, voilà, rawf, un four. Mais un four pour tout."

"Un four nain je suppose... Il devait servir à l'incinération à l'époque, et maintenant, l'Exilé s'en sert pour tout. Tu dis que tu sens des potions ?"

"Oui. C'est en bas. Je crois que c'est tout tout en bas."

"Tu sens autre chose ? L'Exilé, tu le sens ?"

"Je sens ses traces. Il a été en bas il y a peu, mais plus maintenant, rawf."

D'un coup, Hivann afficha alors un visage tiraillé de peur. Il venait à l'instant de réaliser que l'Exilé était certainement sur le point de faire marche arrière pour ouvrir la porte. Cette salle tout en bas, avec les potions, était probablement celle où vivait essentiellement le monstre, où il cuisinait avec le four, où il rangeait ses fameuses clés... Et c'était aussi probablement là que devaient se trouver ses biens les plus importants. Peut-être même Goont allait-il pouvoir retrouver ses affaires. C'était dangereux, mais c'était pourtant le meilleur moyen pour eux de s'en sortir en vie.

"On doit y aller, c'est le seul moyen ! Il est déjà en route pour ouvrir la porte !"

"J'ai peur du feu, rawf."

Le corps du loup sembla se crisper sous la peur. Mais à sa propre surprise, Goont s'était sentit bien plus empathique qu'avec n'importe qui. Peut-être était-ce son animalité ou sa fragilité. Mais plutôt que de simplement partir seul dans cette cheminée qui allait l'emmener tout en bas, il attrapa les épaules du loup, le fixant dans les yeux.

"Quel est ton nom?"

"Je ne sais pas, rawf..."

"Alors je vais t'en donner un. Rawf, voilà. Écoute-moi, Rawf. J'ai besoin de toi. Je ne vais pas m'en sortir seul. Et je ne compte pas te laisser là, tu te ferais tuer. Il n'y a pas de feu en bas, seulement notre échappatoire. Alors vas-y et je te suis."

Le loup trembla encore un peu, mais il réussit à devenir un peu plus serein. Après encore une longue hésitation, il tira le tiroir en entier pour y plonger le museau. Encore une fois, il avait peur, mais poussé par la volonté de son compagnon, il se décida enfin à y balancer tout son corps. Un frottement métallique dévala tout le long de la cheminée mais atterrit heureusement pas très longtemps après la chute du pauvre liykor. Il jappa un instant, témoignant de sa survie, puis le mage y plongea lui aussi la tête.

"Je n'arrive pas à croire que je fais ça..."

Lui aussi hésita encore. Bien plus longtemps que Rawf, d'ailleurs. Mais après un moment, il se décida enfin à y aller. Ton gros corps bascula et fit fermer le tiroir derrière lui. Ses vêtements et sa peau frottaient contre la paroi de la cheminée, le brûlant avec la vitesse, mais enfin, il atterrit tout en bas... Sur la patte du loup qui, lui, était tombé sur les restes d'ossements de créatures et humains qui avaient probablement, autrefois, partagé sa cage et sa table d'opération.
Et parmi ces éléments qui en faisait une vision d'horreur, un détail qui avait échappé au mage et à la victime. Une chose à laquelle ils n'avaient pas pensée en descendant.

La porte du four était fermée.

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