Maltar tique lorsque le lutin lui fait signe de s'agenouiller devant lui... S'agenouiller devant quelqu'un?! P'I QUOI ENCORE! Il sent une brève bouffée de rage réflexe l'envahir, mais se raisonne et la contient: vu la taille du lutin, sa demande lui semble vaguement légitime, à bien y réfléchir... Le Barbichu a intérêt à être bon, ou il risquait de très mal vivre le fait de l'avoir fait s'agenouiller pour des prunes.
En même temps, le lutin lui semble plus ou moins sympathique. Un être haut comme trois pommes qui s'insurge face à une naine avec quarante livres d'acier sur le dos et cri haut et fort qu'il ne sera jamais l'esclave de quiconque est surement un peu inconscient, certes, mais est clairement habité par quelques principes estimable: "Ni Dieu Ni chaussette!" comme le disait si bien l'un de ses possibles grand-père, va-nu-pied prestigieux s'il en est. Si Adrayk avait craché au pied de la naine pour ponctuer sa harangue, il aurait peut être même mérité son respect... Enfin ce qui s'en rapproche le plus chez Maltar, un genre d'estime un peu floue entre deux envies de mordre. Mais Le lutin préféra clore son propos en boudant... Tssss! Tellement enfantin et civilisé.
Le gobelin s'agenouille, lentement souffrant en silence de ses plaies, ses bosses, ses hématomes et ses multiples crampes... A vrai dire, Maltar a aussi intérêt à ce que le lutin soit bon, où sa convalescence risque d’être longue, ce qui est une très mauvaise nouvelle pour un gobelin dans une ville pleine de nains en guerre contre Omyre. A la première agression d'Oaxaca, c'est au bout d'une pique qu'il risque de finir...
Le voilà à genou, et déjà le lutin grimace devant sa plaie, qui n'a portant que quelques heures et n'a même pas encore commencé à purruler ou empester. Petite nature... Il espère que le lutin ne s’évanouira pas à la vue de quelques gros caillots de sang: Pour un guérisseur, cela ferait désordre, et pour Maltar, cela serait un signe évident que l'heure du repas est arrivé.
Mais le lutin se reprend, et stoïquement se concentre. Il chuchote, les yeux clos, puis baragouine à peine plus fort de maigres dévotions à mère nature. Le prend t'il pour un lapereau de 3 semaines, à essayer de lui la faire avec ses trucs de guérisseur pour l’impressionner? La magie est une question de concentration, le reste, c'est du folklore pour les crédules et les culs bénis. Si Maltar avait bien appris une chose auprès de l'ancien, c'est celle-ci.
En tout cas, quelque chose se produit. Maltar sent une drôle de chaleur et de douceur envahir son corps, comme si il était tout entier en train de se faire astiquer par une belle
bourrin, avec une zone particulièrement érogène au niveau de la plaie. Il se crispe, surpris, réticent à ces sensations qui lui arrivent dessus sans qu'il n'en comprenne ou n'en contrôle rien. Mais tout ses muscles se détendent, malgré lui. Ses trapèzes, pour la premières fois depuis une éternité, se décrispent. Ses sourcils se relèvent. Il se sent tout chose, et ne peut s’empêcher de pousser une sorte de grognement de plaisir. S'il était un chat, il serait en train de ronronner comme le pire de ces salopards de séducteur poilu.
Aussi vite qu'elles sont arrivées, les sensations s'estompent, et Maltar redevient Maltar. Après une petite seconde de flottement, son corps se contracte de nouveau. Il grince de la mâchoire tandis qu'il tourne brusquement sa tête pour voir a quoi ressemble sa vilaine blessure. "Ex-blessure", il ne reste plus qu'une très fine cicatrice à coté du Lutin visiblement épuisé.
Le gobelin attrape le lutin et le pose sur son épaule.
Magda, direction la taverne! Faut qu'on requinque le p'tit gars!Il semble qu'il soit maintenant dans une de ces rares situations dont lui avait parlé le vieux, où une bonne couche de fausse bonté bien dosée pouvait rapporter plus que le plus crade des coups tordus. Avoir une trousse de soin magique moins lourde qu'un kikoup à promener avec soi: le rêve de tout voyageur! Cela vaut bien une ou deux cuillères de ragout, mais ne suffit pas à lui décrisper le visage. il est vraiment temps d'aller à la taverne: il meure de faim, le lutin est décidément bien tentant et allait l’être de plus en plus si il ne se remplit pas vite la panse.
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