Ils marchaient en silence, mais persistait une obsédante impression d’être observé. C’était comme des milliers d’yeux le perçant de derrière. Une présence indescriptible émanait de l’endroit. Daemon le sentait incontestablement. Il se retournait régulièrement avec l’acuité d’un animal traqué ; mais demeurait la brume et son calme insidieux. Il n’y avait évidemment aucun bruit, car aucune vie. La savane ne bruissait pas de mouvements furtifs, pas de chant d’oiseau, ni même de corbeau. Le vent lui-même était incroyablement discret. Le semi-elfe, semi-vivant, n’était pas effrayé, ne ressentant pas la peur. Il devenait cependant anxieux. Cette attention qui s’appesantissait le dérangeait réellement. Elle planait, çà et là, sans réellement exister. Ne pouvait-elle pas apparaitre une bonne fois pour toutes ?
« Je maintiens que quelque chose lorgne. J’sais pas si la brume nous parle, mais en tout cas c’est loquace. »
Il continua cependant sa route, aspiré par le désir grandissant de rejoindre l’épicentre de l’appel des morts.
Ils évoluèrent ainsi sur quelques lieues, qui furent plus praticables, planes et uniformes. Anastasie paraissait mal en point malgré sa protection magique. La lande aspirait sa vie. Elle tanguait parfois, souffrait d’une grande fatigue, quelques pointes de douleurs apparaissaient d’ailleurs sur son visage serré.
(Sa protection ne tiendra pas éternellement. Elle va y passer, tout comme moi. Je me demande si Azraël pourra la ressusciter. Finalement, j’ai bien fait de me tuer. Sans cela, nous n’aurions pu explorer la lande correctement, seulement partiellement. Enfin, sauf pour le nécromancien, je suppose…)
« Je sens qu’on se rapproche. L’appel devient insistant, écrasant. Il me réclame ! »
Daemon accéléra la marche sans attendre ses compères. Subjugué par l’impatience, il se mit à courir à travers la brume.
« Là ! Là ! LÀ ! »
Son emportement s’arrêta lorsqu’une forme émergea du néant. Un étrange monument se dressait sur le sable. Une forme pyramidale mais percée et béante en son centre, au-dessus de laquelle flottait une sphère et d’autres y gravitant. Un incroyable sentiment de satisfaction parcourut son échine.
« C’est ici. »
Azraël et Anastasie arrivèrent à sa suite.
« La sculpture m’attire. » confirma-t-il, hypnotisé.
Ils s’apprêtèrent à l’étudier quand une voix étrangère les interpella, qualifiant d’imprudent les étrangers qui se promenaient dans la lande. Elle demanda l’objet de leur présence, les nommant très distinctement : Yuiméniens. Mais aussi déroutante que furent ses paroles, son apparence l’était davantage. C’était un être macabre, pratiquement humanoïde, mais doté de six bras, tenant chacun un masque blanc. Il agitait étrangement ses visages simples, alors que le sien était absent, littéralement.
Azraël se présenta sans attendre en expliquant sa vraie forme. Sous son masque la vie aurait déserté. Il ne resterait plus que des ossements. Le fait qu’il expose sa vraie nature aussi rapidement vexa Daemon, lui qui n’avait jamais été mis dans la connivence et qui avait été obligé de la constater directement. Aussi, le nécromancien ajouta être sur son territoire, étant - il est vrai - un Thanathéen lui aussi. Il retourna ainsi la question au nouveau venu, sur un ton sarcastique.
« Nous cherchons ici à comprendre ce qui se passe et ne prenez pas ce ton sentencieux, ce qui est mort ne saurait mourir. »
Sa tête pivota alors d’une étrange façon. Il observait attentivement la sinistre apparition avec une grande réflexion.
« Ne seriez-vous pas... Vous savez, celui dont tout le monde parle. Oui ! Vous êtes le Sans Visage, n’est-ce pas !? »
Satisfait de sa découverte, détaché de toute notion d’importance, il ne s’appesantit pas sur l’inconnu à l’allure d’insecte et il se détourna vers la sculpture. L’objet déclenchait chez lui une violente fascination. Il voulait le voir, l’avoir.
« Pyramide… » bava-t-il, plus zombifié que jamais.
- 600 mots -
(((Daemon va étudier (s'il le peut) la pyramide, essayer de grimper dessus, rentrer dedans et tenter d'atteindre les boules.
Demande de commentaire sur la forme.)))