Le paysage de mort défilait rapidement sous les yeux du semi-elfe. Sans qu’il ne s’en rendît-compte, ils avaient augmenté la vitesse de leur vol et ils fendaient la pénombre à une vitesse surnaturelle. Si un promeneur avait pu les apercevoir en contrebas, ç’aurait été deux ombres fugitives déchirant l’espace en soulevant des tumultes de brume.
Daemon interrogeait prudemment le nécromancien sur sa part d’humanité, en haussant la voix pour pallier le sifflement grondant du vent, mais le concerné restait impassible et feignait d’ignorer sa présence. Il put cependant ressentir un tressaillement. Il ralentit prudemment pour accroitre l’écart qui les séparait, sans pouvoir déterminer s’il s’agissait d’un agacement qu’Azra peinait à restreindre, ou un simple frisson de plaisir à voyager aussi librement.
Mais alors qu’il attendait sa réponse avec défiance, Azra accéléra sensiblement, au point que les ossements ostentatoires de son accoutrement vibraient sous le tumulte. Le nécromant s’échappa d’une courbe vers les hauteurs brumeuses, avec une telle célérité que Daemon lutta pour ne pas le perdre des yeux. Il suivit le mouvement, de peur de le perdre, pour atteindre les couches les plus en altitude où le soleil s’ouvrait sur un océan nuageux. Il ne pouvait cependant pas s’élever plus haut. Lorsqu’il abordait les limites de la brume, sa portance déclinait et la gravité le rappelait à l’ordre.
Il aperçut alors la silhouette drapée contempler l’horizon, pour replonger aussitôt dans l’écume brumeuse. Daemon grinça des dents. S’était-il mis en tête de le semer ?
« Alors comme ça tu veux jouer… » soliloqua-t-il, le regard obscurci par le défi.
Il écarta les bras pour retrouver de la portance, puis il s’immergea de nouveau, le buste en avant comme un oiseau de proie. Le brouillard redevenu terne lui cinglait le visage, toujours plus vite, jusqu’à ce qu’il se fasse surprendre par l’immense masse noire nommée terre. Il frisa la catastrophe et se redressa in extremis pour slalomer de manière hasardeuse entre les obstacles qui apparaissaient sur son chemin.
Une fois une vitesse décente retrouvée et son émotion brutale retombée, il reprit sa route un peu hébétée, sursautant lorsque la voix d’Azraël lui parvint. Azraël lui tint, du ton reconnaissant des hommes qui s’avouent convaincus, que la sagesse s’acquérait à plusieurs, donnant ainsi valeur à son labeur argumentatoire. Il convint qu’il s’était passablement perdu dans son idéologie, en retenant cependant que les souffrances dérangeaient le travail de Phaïtos.
« Oui, je suis de votre avis. C’est ce que l’on nous enseigne chez les Messagers. » répondit Daemon avec une légère amertume, déçu de n’avoir pu obtenir d'information sur sa période humaine.
Azraël prit une nouvelle fois de la hauteur, mais cette fois-ci plus tranquillement, jusqu’à pouvoir observer le panorama. Il réfléchissait à la route à emprunter pour atteindre sa destination. Il briefa Daemon sur les quelques options à leur disposition : la traversée d’un désert, l’ascension d’une chaine de montagne ou, le plus court, le passage du Chaos D’Ethel’Ar qu’ils avaient précédemment survolés sur le dos de Naral.
L’image des constructions cyclopéennes aux angles agressifs, demeures des titans, revint en mémoire à Daemon. Une espèce de crainte associée à une certaine fascination, comme celle qu’il eut pu ressentir pour l’étrange monolithe de la lande, le poussa à aviser le chemin le plus périlleux.
« Je pencherai pour le voyage le plus court. Mon temps m’est compté et je n’ai pas envie de traverser des paysages monotones. »
Azra partageait son avis et après un instant de suspension, consacré à l’incidence de cette décision, ils repartirent.
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