L'Univers de Yuimen déménage !


Nouvelle adresse : https://univers.yuimen.net/




Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 120 messages ]  Aller à la page Précédente  1 ... 4, 5, 6, 7, 8  Suivante
Auteur Message
 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Lun 17 Juil 2017 14:59 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 26 Oct 2008 16:27
Messages: 39606
Arothiir – Palais (21h45)

    Thrag baisse la tête avec respect face à la décision collégiale des deux aventuriers, et s’exclame, sincère :

    « Merci. Vous n’aurez plus à souffrir d’une quelconque déconvenue de ma part, une fois cette cité quittée. Je n'aurai de cesse que de tenter de me racheter de mes crimes odieux, et pourtant incontrôlables. Mon arme vous sera d’une aide précieuse, je gage. »

    Le Sans-Visage, lui, répondit à la proposition de Charis.

    « Je pourrais vous mener au cœur de Messaliah, mais vous y seriez en grand danger. Je prévoyais initialement vous porter jusqu’à votre amie, Zarya, et son campement, hors des défenses de Messaliah. Mais si vous préférez, je vous mène à Methbe-El, bien que cela vous laisserait une longue et pénible route à travers tout le désert pour rejoindre Messaliah. Choisissez, aventuriers, et nous partirons. »

    Le départ était imminent : il ne leur restait qu’à choisir leur destination précise. Si Ibn avait clamé à la prudence, le Sans-Visage semblait vouloir les pousser à se rendre au plus vite à Messaliah.

[Charis : 0,5 (introspection) + 0,5 (bonus longueur).
Xël : 0,5 (introspection) + 0,5 (bonus longueur).]

_________________
Image
Image
Image



Haut
 

 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Lun 17 Juil 2017 15:12 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 26 Oct 2008 16:27
Messages: 39606
Arothiir – Palais (10h25)

    Le bellâtre la regarde un instant sans rien dire, jaugeant son attitude avec un demi-sourire et un air plein d’assurance. Lorsqu’il ouvrit enfin la bouche, ce fut pour tutoyer la petite d’un ton affable.

    « Du calme, tu n’as pas à être tendue : je suis un domestique, moi aussi. Tu n’es pas d’ici, n’est-ce pas ? Qu’à cela ne tienne, tu as raison, nous avons besoin d’une remplaçante ici. Ton profil semble correspondre : tu as à peine deux ou trois ans de moins qu’elle. Le temps de te former, et tu seras aussi probante qu’elle le fut. »

    Il jauge l’enfant de haut en bas avec intensité, puis daigne répondre à son unique question.

    « Les tâches seront aussi diverses que simples. Nombre d’entre nous trouve même beaucoup de plaisir à celles-ci. Tu dois connaître l’hospitalité légendaire de cette cité, n’est-ce pas ? Hé bien c’est pour la rendre tangible que nous existons : nous sommes des hôtes d’accueil. Des personnes présentes pour accompagner les invités de ce palais et obéir au moindre de leur désir, quel qu’il soit. C’est un poste fiable, pourvu d’une grande diversité. Il n’y a pas mieux dans toute la cité pour les gens comme nous, crois-moi. »

    Il laisse son regard peser sur elle, puis, levant un sourcil, lance :

    « Et si tu me montrais de quoi tu étais capable ? »

    Qu’attendait-il exactement d’elle ?


[Yurlungur : 0,5 (introspection) + 0,5 (question) + 1 (bonus longueur).]

_________________
Image
Image
Image



Haut
 

 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Lun 17 Juil 2017 23:05 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 6 Déc 2015 20:43
Messages: 309
Localisation: Aliaénon
...

Le jeune homme lui fit remarquer, non sans une pointe de malice idiote, qu'elle n'avait pas à se mettre autant sur la défensive. Il respirait d'une assurance intolérable, celui qu'elle prenait déjà pour un idiot qui réfléchissait avec son entrejambe et non avec sa tête : et pourtant, c'était plus cette confiance en soi, qui se rapprochait presque de celle qu'elle tentait elle-même d'afficher en public, qui l'agaçait au plus haut point. Pourtant, il avait raison : si elle voulait travailler ici, elle devrait travailler avec lui... Main dans la main. Beurk. Cette expression, et surtout son sens littéral, lui donnait envie de casser le nez de ce narcissique personnage. Le pire, c'est qu'elle aurait pu réussir. Ce n'étaient pas les quelques abdominaux qu'il présentait à tous qui l'en empêcherait : la véritable force était mentale et se camouflait pour frapper d'autant plus fort. Lui, c'était simplement une image, un peu de muscles spécifiquement conçus pour attirer, sans savoir comment les utiliser réellement.

Elle devait s'habituer à sa présence, même si ça ne lui plaisait pas : ou au moins, couvrir ses véritables émotions d'un masque. Toute la vérité à son sujet, depuis son arrivée à Arothiir, elle le protégeait d'une armure faite de mensonges et de couvertures planifiées. Cette petite fille n'était pas Yurlungur Elvent Louvardent, originaire de Yuimen, mais avait à présent une toute autre identité, fictive et trompeuse. Ce devait être la même chose pour toutes ses émotions, faute de quoi on pourrait plus aisément la percer à jour et l'atteindre dans sa forteresse mentale : tout, absolument tout devait être couvert d'un vernis de douceur amicale et flatteuse. Elle se mit donc à sourire gentiment, un petit peu, comme si les paroles de cet inconnu dont elle ne connaissait pas encore le nom la rassuraient déjà.

Il se mit à lui expliquer quel serait son rôle et un malaise implacable et persistant s'installa dans ses entrailles, sans parvenir à chasser ce sourire feint sur ses lèvres. Au début, ce n'était qu'inconsciemment qu'elle ressentait que quelque chose n'allait pas, sans parvenir à déterminer exactement quoi. Tous les désirs ? Il s'agissait de les servir, certes, mais elle voyait mal en quoi leur situation était exceptionnelle... Mais, bizarrement, elle se sentait comme idiote, comme si un sous-entendu était là, sous ses yeux mêmes, mais qu'elle ne parvenait pas à le voir tout à fait. Si bien que, lorsqu'il lui demanda de faire une démonstration de ses talents, elle resta un moment interdite. Et soudain, tout fut clair.

On attendait d'elle qu'elle se fasse attirante. C'était de la prostitution, ni plus ni moins, et si Yurlungur n'avait rien contre les gens qui vendaient leur corps d'ordinaire - ils faisaient ce qu'ils voulaient, après tout -, c'était une autre histoire à son propre propos. Elle, se mouiller là-dedans ? Elle, bafouer son honneur ? L'attitude de ce jeune homme, son accoutrement et, par-dessus tout, le fait qu'il puisse se trouver là en ayant le niveau intellectuel d'une poule, sa seule qualité semblant se résumer à l'attractivité de son corps, l'ensemble devenait clair.

Elle releva fièrement la tête vers lui, gardant toujours son léger sourire. Quelques secondes supplémentaires s'égrenèrent tandis qu'elle songeait au dilemme qu'on lui présentait. Il était impensable qu'elle s'offre entièrement à cet inconnu - mais si elle refusait, c'en était fini... Elle avait promis à Dorika qu'elle ferait son possible pour réussir dans sa mission et, quoiqu'elle puisse penser de l'honorabilité de la profession, il faudrait bien qu'un jour elle se décide à vaincre les hommes au lit, à les séduire et à les dresser par jeu de séduction. C'étaient là les armes des femmes, dans un monde où leur force avait toujours été inférieure à celle des membrés et où leur influence s'était réduite à l'éducation des enfants. Et puis, on ne changeait pas un système sans s'infiltrer dedans pour le détruire de l'intérieur, aussi vicieux soit-il.

Elle se décida donc à ouvrir lentement, un par un, les boutons de son col, dévoilant centimètre carré par centimètre carré la peau blanche du haut de sa poitrine.

« C'est exact, je ne suis pas d'ici. À Esseroth, le climat est bien plus frais, on étouffe ici... »

Ce rôle lui semblait absurde et tellement mièvre qu'elle aurait pu en vomir. Il faisait chaud, donc elle entreprenait de se dévêtir ! Et puis quoi encore ? Elle n'avait jamais entendu d'excuse aussi pourrie, mais lorsqu'elle fut arrivée en bas des quelques boutons, le tissu s'écartant de lui-même pour dévoiler seulement le haut de sa poitrine encore peu fournie, tel un décolleté classique, tout en commençant à faire apparaître ses épaules tout aussi blanches, elle s'arrêta et fit un pas en avant, lentement, se rapprochant à quelques centimètres de la peau mâte de l'inconnu, si bien que leurs souffles se mêlaient sans que leurs épidermes ne se touchent.

« Vous allez voir, si vous ne le savez pas déjà... Les femmes sont les instruments interchangeables d’un plaisir toujours identique. Simplement, quelquefois, il est possible d'ajouter des épices à ce plaisir, à le rendre unique de diverses façons. »

Elle vint attraper délicatement son menton entre ses doigts aussi caressants en cet instant qu'ils pouvaient être mortels lorsqu'ils s'agrippaient à une nuque fragile... Celle de l'inconnu était si proche : elle brûlait du désir de la prendre et de la tordre, de lui faire ravaler son orgueil perverti. Elle lui souffla, approchant encore un peu ses lèvres des siennes, aussi mal à l'aise qu'un poisson dans une mer de boue :

« Mais vous rêvez si vous croyez que je vais m'abandonner à quelqu'un comme vous. »

Et, aussitôt, elle recula de quelques pas, l'air un peu plus froid que juste avant malgré le sourire en coin.

« Songez que ce qui me rendra unique, c'est ma jeunesse et ma pureté. Je sais bien que d'ordinaire, les filles de haute naissance sont promises et déjà mariées, à mon âge, mais je viens des rues : contrairement à elle, j'ai su conserver ma pudeur et ma chasteté. »

Cela devrait lui suffire pour qu'il comprenne pourquoi elle ne voulait pas aller plus loin à présent. Avait-elle au moins réussi à le chauffer ? Peut-être un peu trop. Elle songeait à Liniel, qui avait été fille de joie sur le port de Dahràm, fut un temps. Elle voyait déjà l'air désapprobateur de sa mentor, à la fois pour le déshonneur de la chose et la façon sans doute maladroite avec laquelle elle s'y était prise. Elle entreprit de se reboutonner, mais l'air avait de la peine à lui venir. Elle pensa subitement qu'elle l'avait peut-être un peu trop excité - qui sait ? on est bien prompt à se croire bon lorsqu'on commence -, et rajouta avec tout le naturel du monde :

« Mais vous, le simple hôte d'accueil, si jamais il vous prenait l'idée de vouloir profiter de mon corps, je vous écorcherai du haut jusques en bas et vous laissera vous vider de votre sang en me délectant de vos hurlements. »

Évidemment, elle n'avait mis aucune intonation dans cette déclaration, lui souriant ensuite d'un sourire sincère et mielleux. Mais, maintenant, elle se sentait véritablement étouffer, un haut-le-cœur la prenant. Se tournant vers la fenêtre, elle balbutia simplement :

« Je... j'aurais vraiment besoin de prendre l'air. »

Et, sans attendre sa permission, elle marcha d'un pas vif vers l'air citadin qu'on devait respirer du haut des balcons, son souffle s'emballant. Elle avait essayé, pour la première fois de sa vie, de jouer sur les sentiments d'un homme. Ce n'étaient même pas ses sentiments, en fait : c'était simplement son désir, son sens du plaisir charnel. Elle avait dû paraître ridicule, devant ce professionnel de la sensualité, mais là n'était pas le plus important.

En un instant, pour les simples besoins d'une mission idiote, d'une mission qu'elle s'était donnée comme on se donne un pari idiot, comme on commence à un jeu avec des copains, elle avait consenti à se départir d'une part d'innocence qu'elle conservait encore. Elle savait être un monstre affreux, une tueuse : elle jouait la carte de l'enfance pour ne pas se faire remarquer, pour cacher ce besoin irrésistible de sang aux autres, parce qu'elle avait été forcée de l'affronter, tout ce sang, depuis la mort de son père, et qu'elle l'avait fait à deux. Mais là... Ce n'était même pas qu'on l'avait forcée : elle s'y était mise elle-même.

Elle haletait, prise de soubresauts. Elle avait l'impression que quelque chose lui bloquait la gorge en même temps que des larmes lui venaient aux yeux - larmes autant d'étouffement que de rancœur envers elle-même. Elle était prête à se laisser défaillir, à tout abandonner pour s'effondre au sol.

Le masque, par Phaïtos, le masque !

Elle se redressa et inspira un grand coup, avant de relâcher lentement l'air de ses poumons. Son masque était tout ce qui comptait, ce qui la protégerait. Au diable les principes, car elle n'en avait jamais eus de vrais qu'elle ait réussi à tenir jusqu'au bout. Au diable la constance et l'honneur : tout ce qu'elle souhaitait, c'était pouvoir mettre à mort ses ennemis, pouvoir contempler la grande aventure du monde, de la vie et de la mort en souriant, tranquille. Elle se retourna vers l'autre.

« Pardonnez-moi... »

Elle était encore un peu confuse, mais un peu plus déterminée qu'avant. Le bras appuyé contre une colonnade, elle arrivait à se tenir droite et à respirer normalement. Il y avait bien encore ces questions morales dans sa tête, cette éthique qui revenait sans cesse à la charge, mais elle n'y prêtait plus attention, se focalisant sur cet instant infime que constituait le futur le plus proche, celui coincé entre le futur et le présent. Elle se focalisait sur ce qui allait se dérouler après et, si besoin, elle lui tordrait le coup pour prendre le dessus.


(((1500 mots + citation)))

...

_________________


Thème musical


Dernière édition par Yurlungur le Dim 23 Juil 2017 10:57, édité 1 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Ven 21 Juil 2017 16:49 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Ven 10 Aoû 2012 23:33
Messages: 1233
Localisation: Quête 35
J’incline la tête vers Thrag pour lui signifier que j’avais bien compris qu’il était malade des dégâts qu’il avait causés. Inutile de se montrer cruel avec lui, nous allions sans doute encore partager la même route.

Le sans visage propose à Charis de choisir entre Messaliah, au cœur du danger, un campement hors de ses défenses où se trouve une amie de la fille du désert ou alors Methbe’el qui signifie que nous devrions faire le voyage jusqu’à la cité enfouie.

Je tourne un instant la tête vers Charis pour lui glisser un sourire, quoiqu'elle choisisse, j’irais où elle ira. Je pense tout de même savoir vers quelle décision elle va pencher. Je m’adresse alors au sans visage.

" Je laisse Charis le soin de choisir pour nous. Elle connaît l’endroit où nous allons. J’aurais encore une question pour vous. "

Une question qui était revenu me marteler l’esprit, accompagné des souvenir des batailles de ma dernière visite.

" Il y a cinq ans, Vallel contrôlait des créatures monstrueuses sans chair et sans sang. Ces créatures ce sont retournées contre lui à la bataille de Fan-Ming sous les ordres de Naral. Mais aujourd’hui, est-ce que c’est toujours le cas ? Est-ce que ces créatures existent encore ? Obéissent-elles au dragon rose ?"

((environ 200 mots))

_________________


Haut
 

 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 22 Juil 2017 10:44 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 26 Oct 2008 16:27
Messages: 39606
Arothiir – Palais (21h45)

    Le Sans-Visage répondit à Xël, dans le même temps que Thrag tentait de se faire le plus petit possible pour se faire momentanément oublier.

    « Les Golems d’Argent Noir, oui. Ils existent toujours, et sont toujours entre les mains de ceux qui en ont pris le contrôle ce jour-là. Mais détrompez-vous si vous pensez qu’il s’agit de Naral Shaam. »

    Et il posa ses yeux invisible vers Charis, dont il attendait la réponse pour agir.


[Xël : 0,5 (question)
Charis : -0,5 (retard)]

_________________
Image
Image
Image



Haut
 

 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 22 Juil 2017 10:56 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 26 Oct 2008 16:27
Messages: 39606
Arothiir – Palais (10h30)

    Pendant tout le temps de sa démonstration, l’humain d’Arothiir avait regardé Yurlungur sans ciller, sourire aux lèvres. Même lorsqu’elle l’avait menacé, et qu’elle avait fui ensuite pour mieux revenir une fois calmée. Il baissa la tête et replongea son regard dans celui de la petite pour faire le compte-rendu de ce qui venait de se passer.

    « Je ne fais que mon travail, tu sais. Jamais je ne me serais permis quoique ce soit te concernant, d’autant que comme tu le dis si bien, ta valeur n’est que plus grande, pure. Et si je reconnais une certaine maitrise, quoiqu’encore timide, dans l’art de la langueur, je dois bien t’avouer préférer les femmes faites que les enfants, dans ce domaine. Mais il nous faut pouvoir satisfaire tous les goûts. »

    Le regard bleu du serviteur se fit un peu inquiet.

    « Les… invités souhaitant des personnes plus jeunes ne sont souvent pas les plus tendres. Tu risques les blessures. Tu risques la mort, la souillure. Mais ça fait partie des risques de ce métier pour lequel tu postules. Es-tu prête à mettre tout ça en jeu, jeune fille ? Es-tu prête à faire ce qui devra être fait ? »

    Il restait tendre, prévenant dans ses paroles.


[Yurlungur : 1 (introspection) + 0,5 (démonstration) + 1,5 (bonus longueur)]

_________________
Image
Image
Image



Haut
 

 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Dim 23 Juil 2017 10:56 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 6 Déc 2015 20:43
Messages: 309
Localisation: Aliaénon
...

Au moins, pour ne pas ajouter à sa confusion, l'autre Arothiirien avait regardé la scène sans véritable réaction. Ni moquerie, ni mépris : il était là en juge impartial et, en quelque sorte, ça lui permettait à présent de revenir à elle. Elle essayait d'éviter son regard à lui mais, inéluctablement, il finit par attraper le sien, toujours ce petit sourire amusé sur les lèvres - mais à présent, il semblait à Yurlungur qu'il s'agissait d'un simple masque, comme ceux qu'elle portait elle-même, de ceux qu'on s'habitue à porter pour les montrer à tous et à toutes et pour cacher sa véritable nature. La question la plus importante, lorsqu'ils étaient deux à jouer avec ce genre de déguisements expressifs, c'était de savoir lequel lâcherait le sien le premier, lequel des vernis se craquellerait le premier pour laisser apparaître à l'autre ce qu'on était en réalité. Et, à ce moment-là, celui qui s'était laissé abuser perdait - inéluctablement.

Déjà, il donnait raison aux arguments de la petite, surtout concernant sa pureté. Ça, ça la sauvait, au moins pour l'instant. Mais il était bien plus rassurant d'entendre le jeune homme indiquer qu'il n'était pas attiré par ce genre de conquêtes amoureuses. Oui, il y avait toujours eu des hommes aux appétits pour la chair fraîche et tendre - combien de contes racontait-on aux petites filles (ou aux petits garçons) pour les en prévenir ? Elle espérait qu'elle saurait se défendre. Et puis, à la rigueur, elle savait encore se battre, quoique le simple fait d'imaginer utiliser encore une fois cette dague qui avait pris la vie de sa mère la rendait nauséeuse.

Et, soutenant toujours le regard de l'autre en parvenant toujours à maîtriser ses tremblements, elle crut percevoir en lui une forme de tendresse à son égard, pour la première fois depuis le début de leur rencontre. Les paroles qui suivirent confirmèrent cette impression et cela la gêna. Face à un individu qu'elle avait d'emblée classé comme haïssable, qui vendait son corps contre des faveurs, elle ressentait à présent une forme de honte de l'avoir ainsi rejeté trop rapidement. Il n'était pas méchant, au contraire et, justement, il aurait été préférable pour son ego à elle qu'il le fût. Là, elle avait à prendre conscience qu'elle s'était trompée. L'énumération de ce qu'elle risquait avec ce poste, déjà, l'avait fait tressaillir, avant qu'elle ne baisse le regard devant lui, le menton relevé et le front haut. Les blessures, la mort et la souillure...

« Si je suis ici et non à Esseroth, c'est bien que cela ne m'effraie pas. Et puis... »

Elle connaissait les hommes ou, du moins, elle croyait les connaître de ce qu'elle avait observé aussi bien autour qu'à l'intérieur d'elle-même. Lorsqu'on souhaitait blesser, lorsqu'on souhaitait faire du mal à quelqu'un, à plus forte raison à un enfant, ce n'était jamais en vain.

« Si les gens sont si méchants, c'est peut-être seulement parce qu'ils souffrent, finit-elle par lâcher, tandis que son sourire se muait en une expression triste. Si les gens réclament des enfants, c'est peut-être seulement parce qu'ils en veulent à la jeunesse de les avoir abandonnés et que d'autres, à présent, en profitent... »

Elle paraissait triste, à présent, et en effet elle l'était. C'était comme si la compréhension de ces faits et, surtout, leur énonciation, rendait l'ensemble plus limpide et donc plus douloureux. La vérité, comme un Soleil ardent, venait lui brûler les pupilles, mais elle ne voulait pas pleurer, aussi releva-t-elle son regard vers l'autre type, dont elle ne connaissait finalement même pas le nom. Et, son orgueil l'empêchant de s'autoriser un véritable compliment à son égard, elle ne put que lui dire d'une voix plus faible qu'à l'ordinaire :

« Vous, vous ne semblez pas souffrir beaucoup. »

Elle secoua la tête pour se débarrasser de toutes ces pensées sombres et, un nouveau sourire sur ses lèvres, elle demanda :

« D'ailleurs, vous vous appelez comment ? »


(((500 mots, citation de Louis-Ferdinand Céline – « Voyage au bout de la nuit »)))

...

_________________


Thème musical


Dernière édition par Yurlungur le Ven 25 Aoû 2017 11:14, édité 1 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Ven 28 Juil 2017 16:59 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Ven 10 Aoû 2012 23:33
Messages: 1233
Localisation: Quête 35
Le sans visage me répond. Les golems d'argent noir, comme il les appels, existent toujours me confirme-t-il et sont encore sous les ordres de celui qui en a pris le contrôle. Cependant, il m'apprend aussi que ce n'est pas Naral Shaam. Je hausse sourcil. Qui alors ?

"Les Ouessiens ?" Demandais-je dans un souffle.

Je me souviens que les golems se sont révoltés quand Naral est tombé à terre, au moment où il a demandé aux Ouessiens d'ouvrir un passage dans notre mur.

Si ce n'était pas Naral, c'était forcément les Ouessiens.

J'observe Charis qui était resté silencieuse. Hésitait-elle de la destination à prendre ? J'aurais pourtant pensé qu'elle voudrait rejoindre le campement de son amie. Sans vouloir me montrer insistant, je propose cette solution.

"Le mieux serait peut-être de rejoindre l'amie de Charis au campement proche de Messaliah."

Peut-être était-elle perdue dans ses réflexions, peut être qu'elle voulait trouver plus d'équipement à Methbe-el ou alors se rendre directement au cœur de la cité enfouie pour résoudre le problème au plus vite. J'argumente un peu pour appuyer la proposition de la divinité.

"Cela nous évitera de traverser le désert. Nous apportera un refuge et peut être qu'ils ont tout ce qu'il faut pour pénétrer Messaliah."

Cela me semble le choix le plus judicieux.

((environ 200 mots))

_________________


Haut
 

 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 29 Juil 2017 00:54 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Sam 9 Mai 2015 13:21
Messages: 358
Post squelette :

- Charis demande poliment d'aller au campement de Zaria.

_________________


Haut
 

 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Lun 31 Juil 2017 11:45 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 26 Oct 2008 16:27
Messages: 39606
Arothiir – Palais (10h30)

    Le responsable des hôtes d’accueil du palais opina lentement du chef aux réponses de la petite. Lorsqu’elle évoqua ses souffrances à lui, son sourire se renforça.

    « Effectivement, je ne souffre pas. J’aime ce que je fais. C’est un grand honneur pour moi d’avoir été promu à ce poste convoité, et une grande chance de pouvoir le préserver. Tu peux m’appeler Ramar. »

    Il marqua une courte pause, puis se releva.

    « Et tu peux me tutoyer, jeune fille. Tu fais partie de la maison maintenant. Tu sembles avoir toutes les qualités requises. Souhaites-tu que je te présente à quelques autres servantes du Palais ? C’est en étant soudés qu’on s’en sort si bien, ici. Ou peut-être préfères-tu rester seule un instant ? Si tu as besoin de quoique ce soit, petite, dis-le moi. »

    Il s’approcha de la porte, attendant de voir si elle le suivait ou non.

[Yurlungur : 0,5 (introspection) + 0,5 (question) + 0,5 (bonus longueur).]



Arothiir – Palais (21h50)


    Suite à Messaliah.


[Xël : 0,5 (prise de décision).
Charis : noté quand complété.]

_________________
Image
Image
Image



Haut
 

 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Dim 6 Aoû 2017 14:45 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 6 Déc 2015 20:43
Messages: 309
Localisation: Aliaénon
...

Le responsable des hôtes sembla renforcer son sourire en l'entendant parler. Mais, étrangement, elle avait comme l'impression que cela comportait une touche factice. Son instinct lui soufflait que, tout comme elle, il gardait une façade de protection face au monde. Oh, elle avait toujours su n'être pas la seule à se protéger de la sorte, mais cette fois-ci, c'était presque palpable : non pas à travers ses paroles, mais via ce sourire qu'elle ne jugeait pas convaincant. Ou peut-être se trompait-elle et projetait-elle sur lui ses propres craintes, ses propres inquiétudes et toute les tromperies qu'elle utilisait pour se tenir aussi éloignée que possible de la vérité et donc de la possibilité d'être blessée.

Son discours se tenait, pourtant. Aimer ce qu'il faisait... Peut-être qu'il y avait réellement des personnes qui s'étaient décidées à abandonner la dignité de leur corps pour acquérir statut et reconnaissance. Cela lui semblait incongru, comme s'il y avait une erreur de logique là-dessous. Pourtant, il y en avait un tas, à Dahràm, principalement des femmes. Même Liniel, avant de se mettre au service du Gros Néral, avait servi dans des établissements du genre. Yurlungur constatait toutefois que, pour une raison qui lui était inconnue, ça lui semblait moins blessant que les petites gens, les marins et les pirates de Dahràm, vivant quotidiennement dans la crasse et la misère, fassent appel à ce genre de services, tandis qu'il lui répugnait de voir que les grands de ce monde en avaient également pour leur service personnel. Le luxe d'ici contrastait beaucoup trop avec la pauvreté d'en bas...

Ramar, donc. Un nom qui sonnait exotique à ses oreilles, mais elle s'y ferait bien. Elle serait bien la dernière à reprocher cela à quelqu'un, la sonorité d'un nom : après tout, le sien sonnait “orque”, comme s'amusaient à lui reprocher les (sales) gosses des rues de Dahràm. Autrefois. Avant qu'elle ne montre qu'elle savait se battre, d'abord, pour qu'ils ne le fassent plus sous ses yeux, et avant qu'elle ne quitte pour de bon la ville, pour que le sujet les désintéresse pour de bon.

Ramar lui rappela qu'elle pouvait le tutoyer : elle hocha la tête, un peu penaude et confuse. Elle n'avait pas tout à fait fait attention et, à vrai dire, le vouvoiement servait principalement à installer une distance qu'elle voulait garder suffisante pour ne pas trop leur montrer ses points faibles, les petites entailles dans sa carapace de mensonges. Il proposa alors de la mener aux autres servants et servantes, ou alors de rester ici, un peu seule.

Elle plissa un instant des yeux, ne sachant comment interpréter cette attention. Délicate attention d'un être qui se souciait réellement de son bien-être et qui avait perçu l'angoisse qu'elle ressentait à l'idée de vendre son corps, ou manœuvre tactique pour s'attirer ses grâces et renforcer son contrôle sur les hôtes et hôtesses du palais ? Elle faillit secouer sa tête mais se retint à temps. Pourquoi pensait-elle toujours à ce genre d'éventualités ? Elle grimaçait intérieurement, sentant qu'une telle méfiance, une telle idée de se tenir éloignée des groupes d'individus en se sentant toujours rejetée et refusant leur aide, cela provenait de l'influence d'Asmodée sur sa vie. Pourquoi n'y aurait-il pas eu quelques personnes qui voulaient son bien dans le monde, sans forcément la connaître tout à fait ? Idée dérangeante, mais idée attirante ; idée attristante, aussi, à imaginer qu'elle en avait déjà raté quelques uns.

« Non, non, je vais venir les voir. Merci pour... ton accueil, Ramar, fit-elle avec une légère hésitation avant l'emploi du tutoiement. »

Cela ne semblait même pas si difficile. Elle n'y était pas tout à fait habituée - les personnes qu'elle avait déjà tutoyées devaient se compter sur les doigts d'une main, à l'exception de ceux qu'elle avait hélés afin de les provoquer, par fureur ou par calcul. Tout en le suivant tandis qu'il menait la marche vers ses collègues, elle l'observait, essayant d'imaginer ce que cela pourrait faire de s'en faire un ami. N'était-il pas un peu vieux pour s'intéresser à elle ? Et puis, peut-être qu'il agissait comme ça avec tous les nouveaux... Elle voulait se croire unique, mais elle ne souhaitait pas se laisser abuser par ses propres dérives sentimentales.

Baissant la tête, elle fronça les sourcils en notant qu'elle portait toujours la même robe. Elle releva donc son regard vers lui, ses doigts glissant contre son avant-bras pour attirer son attention (elle avait failli l'attraper, mais un instant avant, elle avait hésité au moment de le toucher : trop tard, et elle s'était esquivée aussitôt pour rompre le contact physique) :

« D'ailleurs, est-ce que ma robe convient ? demanda-t-elle avant d'enchaîner sur son mensonge habituel : Comme elle vient d'Esseroth, elle n'est pas beaucoup adaptée pour ici, mais je ne sais pas... je veux dire, je trouve que les tenues d'ici sont un peu exotiques. »

Et elle, elle était un peu dans l'euphémisme.

« Est-ce que tu la trouves exotique, ma robe, toi ? C'est drôle comme idée, fit-elle à voix haute, quoiqu'elle s'adressât surtout à elle-même. »

Dans le monde, il n'y avait jamais eu qu'elle et ses semblables, qui étaient normaux, et les autres. Elle n'avait jamais tenté d'imaginer comment ces autres pouvaient voir ses coutumes qui lui semblaient indiscutables, dogmes forcément vrais puisqu'elle les suivait, et son père avant elle, et le père de ce dernier...


(((500 mots)))

...

_________________


Thème musical


Dernière édition par Yurlungur le Ven 25 Aoû 2017 11:13, édité 2 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Mer 9 Aoû 2017 10:53 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 26 Oct 2008 16:27
Messages: 39606
Arothiir - Palais (10h40)

    Ramar ne sembla pas outré par le tutoiement, et répondit par un sourire à la petite. Concernant sa robe, il lorgna sur cette dernière un instant, et finit par dire :

    « Hmm. Oui. On va devoir te trouver autre chose qui conviendra mieux à ta tâche. Suis-moi. »

    Il emmena Yurlungur jusqu’à une salle bien moins fastueuse, où plusieurs personnes, sans toutes mes hôtes et hôtesses sous les ordres de Ramar, vivaient posément, qui se prélassant au soleil sur un balcon, qui lisant des tomes poussiéreux, qui devisant ou jouant aux dés. Il y avait plus de femmes que d’hommes. Plus de jeunes que de vieux, et tous avaient l’atout d’un physique avantageux. Ramar entreprit de présenter la « nouvelle ».

    « Ohé, écoutez tous : je vous présente Yurlungur, notre nouvelle collègue. Faites-lui bon accueil ! »

    Les têtes se tournèrent vers elle, et plusieurs salutations fusèrent, plus marmonnées que clamées. Ramar se dirigea vers une jeune femme fort jolie, à la peau hâlée et aux longs cheveux tombant sur sa taille de guêpe mise en valeur par une robe échancrée.

    Image


    Une belle femme, indéniablement. Ramar ne sembla cependant pas s’attarder sur son charme, et lui demanda :

    « Olah, Dakha. As-tu dans notre vestiaire quelques fripes pour la petite ? »

    Elle regarda Yurlungur de ses grands yeux noisettes, lui sourit, puis opina du chef et les pressa de les suivre. Elle farfouilla des placards jusqu’à dégoter une petite sélection d’habits qu’elle présenta à Yurlungur.

    Image


    Image


    Image


    Des fripes qui, quoique jolies, étaient toutes sexuellement provocantes, et convenaient fort peu à une fille de son âge, habituellement. Il lui restait à faire son choix.


[Yurlungur : Noté quand complété.]

_________________
Image
Image
Image



Haut
 

 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Mer 16 Aoû 2017 08:59 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 6 Déc 2015 20:43
Messages: 309
Localisation: Aliaénon
...

Ramar concéda que la robe ne s'accorderait pas avec l'environnement. Elle avait peur, aussi, que sa peau trop blanche la fasse paraître blême en comparaison aux autres hôtesses (ou même avec lui), vu leur peau mate - mais on ne changeait pas de peau aussi facilement qu'on troquait sa robe. Elle le suivit jusqu'à une nouvelle salle où, cette fois, étaient entassés les autres hôtes et hôtesses. Surtout des hôtesses, apparemment, constata-t-elle, alors que la Trinité était composée de trois femmes... Une pensée lui vint, qu'elle chassa bien vite. Serait-ce possible qu'un tel genre de déviance sexuelle... ? Ça lui semblait impossible, qu'une femme puisse en aimer une autre. Et puis, pour en être une, elle savait à quoi s'attendre : les femmes pouvaient se montrer froides, sèches, calculatrices, et en même temps extraordinairement mièvres et collantes.

Celles qui se trouvaient là lisaient ou jouaient aux dés. Elle se souvenait qu'à Dahràm, elle était l'une des rares à avoir appris à déchiffrer les lettres et les mots : tous les autres, ou presque, n'avaient bénéficié d'une éducation restreinte à l'art de bien subtiliser une bourse et, parfois, à celui de se battre sans se faire éviscérer. La fuite était forte chez ceux-là. Ici, le niveau semblait un peu rehaussé - à moins que ces parangons de beauté n'aient un livre dans leurs mains que pour la forme, ce qui était fort peu probable -, et l'atmosphère détendue. Ils semblaient heureux, ici... Même pour des serviteurs, ils avaient déjà un niveau de vie infiniment supérieur à celui des bas quartiers de la ville. Ça lui ferait drôle, tiens, quand elle aurait à redescendre là-bas pour sonder Evanith avec les nouvelles informations qu'elle avait sur lui depuis sa dernière rencontre avec Arsok. Et, accessoirement, pour y dormir.

Ramar, sans crier garde, la présenta aux autres hôtes qui levèrent vers elle un regard vide d'intérêt. Elle n'était qu'une gamine : sans doute ne leur ferait-elle que peu de concurrence... Le pire étant que ce mépris qu'elle distinguait (ou croyait distinguer ?) dans leurs yeux creux était parfaitement fondé. Elle n'avait aucune expérience en la matière, simplement poussée par un instinct débile et une vision épurée de l'amour, trop manichéenne pour être réelle. Sans trop réfléchir à ce qu'elle faisait, elle leva la main et salua les quelques-uns qui lui avaient murmuré un “bonjour”, discrètement, sans oser faire trop de remous dans l'air paisible de cette salle.

Ramar la guida alors jusqu'à l'une d'elle - une certaine “Dahka”. Et, le moins qu'on pouvait dire, c'était qu'elle était sublime. Rien : aucune fêlure, aucune trace de disgrâce ne se voyait dans ce corps parfaitement féminin, presque tracé pour cette fonction. Elle l'observait donc, trop béate pour se sentir jalouse, trop impressionnée pour céder à la rougeur d'être un peu laide à côté. Elle, elle n'avait pas de formes : d'ailleurs, les quelques muscles qui lui poussaient depuis qu'elle apprenait à donner la mort auraient bien mieux convenu à un hôte qu'à une hôtesse.

À la requête de Ramar, la jeune femme, sans dire un mot, lui adressa un regard superficiel - elle ne s'intéressait pas à la petite fille en elle-même, semblait-il, seulement à son extérieur, ce qui en devenait troublant - et les emmena jusqu'aux placards d'où elle sortit quelques habits sélectionnés. Elle avait le choix, semblait-il, puisque les deux attendaient désormais qu'elle prononce un mot en la laissant seule devant ces six ensembles ajustés.

Elle élimina d'emblée la robe la plus à droite : quoique “robe” était un bien grand mot. Les bouts de tissus bleus et blancs, déchirés à de multiples endroits, laissaient bien trop apparaître de sa peau pour qu'elle osât se présenter ainsi vêtue. Sa pudeur revenait, forte et puissante : et pourtant il faudrait la repousser, s'il fallait qu'elle s'habille selon les coutumes d'ici... Mais dévoiler toute sa jambe gauche était, pour le moment, un défi trop grand à réaliser : la cape blanche qui masquait à peine ce qu'il y avait en-dessous était bien trop vulgaire, aguicheur au point d'en devenir malaisant.

Elle fut tentée par celle juste à côté qui, à l'inverse, aurait couvert tout son corps - à l'exception de sa tête. Mais elle ne pouvait s'embarrasser d'une cape et, de surcroît, elle craignait qu'on lui trouvât trop de retenue, trop de refus à se dévoiler nue si elle le choisissait. Déjà, avec Ramar, elle s'était montrée un peu trop timide, un peu trop récalcitrante - elle devait changer de voie, fût-ce violemment. Et puis, la cape... Ça l'aurait encombrée dans ses mouvements, un manteau qui traînait ainsi au sol. Sur le même principe, elle élimina mentalement la robe la plus à gauche.

Il lui en restait donc trois et, après quelques hésitations et regards inquiets lancés autour - que penseraient-ils d'elle si elle choisissait celle-ci ? ou celle-là ? -, elle finit par choisir la troisième présentée, qui était celle qui la couvrirait le mieux, ne laissant apparaître ses formes qu'elle les embrassant. C'était... mieux que rien du tout dessus. Ça cacherait la chair de poule qui la prendrait lorsqu'il faudrait passer à l'acte. La désignant du doigt, elle indiqua donc :

« Je... Je vais prendre celle-ci s'il te plaît, Dahka. »

Et, après une légère hésitation, songeant encore une fois à l'épreuve imposée par Ramar à son arrivée, elle commença à se dévêtir sur place, un peu à l'écart puisqu'à côté des placards, mais toujours visible par tous les autres. Son cœur se serrait, battant à tout rompre, mais elle continuait ses gestes, presque machinalement, une salive âcre et difficile à déglutir commençant à s’appesantir dans sa bouche. Ses yeux, livides, fuyaient le couple parfait en face d'elle - à moins que l'un d'eux ne prît sur lui de l'avertir qu'il y avait des vestiaires non loin ?

Aucun des deux ne sembla réagir : elle continua, commençant à défaire sa robe et sa ceinture tandis qu'elle peinait à retenir son souffle. Combien y avait-il de paires d'yeux à l'observer en ce moment ? Elle imaginait qu'ils la regardaient tous à présent et cela l'horrifiait : mais à songer qu'il se pouvait aussi qu'aucun ne prête attention à elle, elle se sentait tout aussi humiliée.

Sous le tissu de sa manche droite, elle sentit soudain sa fidèle dague, cachée comme à l'ordinaire. En un instant, la marche à suivre s'éclaira : elle aurait été folle de continuer désarmée dans un endroit comme celui-ci, fût-elle acceptée comme hôtesse d'accueil. L'autre, elle pouvait l'enlever devant eux en signe de bonne foi, mais elle refusait de se livrer ici sans rien pour se protéger. Serait-elle capable de tuer quelqu'un s'il la brutalisait durant une... “séance” ? Est-ce que ce ne serait pas extrêmement dangereux ? Elle ne savait pas - elle ne voulait pas savoir - d'ailleurs, elle se sentait suffoquer alors que, petit à petit, cette robe quittait son épiderme. Déglutissant avec difficulté à nouveau, elle tourna le dos à Ramar, Dahka et à tous les autres hôtes, son regard fixant le fond d'un placard, aussi sombre que son visage était devenu blanc.

Il ne fallait pas qu'ils voient dans quel trouble elle était.

Lentement, elle détacha de sa ceinture la dague dans son fourreau et la rangea dans son sac. Puis, tout aussi machinalement, elle retira la capuche miteuse qui avait appartenu à Alem, essayant de se remémorer les légendes qu'elle avait entendues à son propos pour chasser cette ombre immense qui grandissait, qui grouillait en elle comme une multitude de monstruosités et de peurs cachées. Déposant la capuche au sol, elle retira alors sa robe et tous ses vêtements, la dague encore au milieu des tissus, ne gardant caché que l'ultime point sensible de l'entrejambe dans une culotte immaculée. (Pour le moment,) ne put-elle s'empêcher de penser - cette pensée lui donna un haut-le-cœur et elle s'arrêta quelques instants.

Derrière elle, tous ceux qui s'étaient tournés pouvaient admirer son dos, sur lequel on voyait encore quelques plaies refermées. Elles étaient anciennes, toutefois : il y avait au moins un mois qu'elle avait quitté cette cave et, depuis, aucun coup de fouet n'avait à nouveau arraché des lambeaux de chair à sa peau. Sur les bras et les jambes, ses bleus avaient presque disparu avec le temps : à peine remarquait-on, en y regardant attentivement, que certains endroits gardaient une touche violacée qui aurait disparu sous une petite semaine. Mais ce qui était le plus étonnant, sans doute, c'était la musculature qui apparaissait alors qu'elle se tenait bossue en avant, à moitié recroquevillée au-dessus de sa nouvelle robe. Il y avait un peu de chair sur les flancs, mais les efforts qu'elle avait fait ces derniers mois pour apprendre à se battre et à échapper à ses adversaires payaient visiblement par ce dessin anatomique harmonieux, signe de souplesse et de puissance.

Ils n'eurent que quelques secondes pour remarquer tout cela, alors qu'elle ne gardait encore que culotte, collier, bague et ruban rouge dans les cheveux. À partir de cet instant, tout devint bien plus rapide : elle enfila prestement la tenue délivrée par Dahka, cachant pour de bon cette peau. Enfin, elle récupéra la capuche, qu'elle raccrocha au reste, ne la rabattant pas, comme à l'ordinaire. Elle s'accroupit et commença à ranger ses frusques dans son sac - il y avait bien la place, surtout en sachant plier cette robe depuis toujours -, récupérant furtivement sa dague au passage, qui était restée entre deux replis.

Une fois son sac bouclé, la dague encore dans sa main et le dos toujours tourné aux autres hôtes, elle se releva en se retournant, plaçant ses mains derrière elle et interrogeant Ramar et Dahka d'un haussement de sourcil sur l'effet que cela donnait. Dans son dos maintenant placé face au placard et au mur, elle vint très lentement placer la dague sous ses vêtements, au niveau des hanches, profitant des fils de corset déjà présents pour l'y fixer. Ce fut presque plus facile que lorsqu'elle était encore dans sa manche.

Bizarrement, son souffle et son cœur s'étaient calmés dès lors qu'elle avait à nouveau eu quelques chose sur les épaules. Oh, certes, ces habits ne cachaient pas grand-chose : mais ce n'était pas cela, le plus important. Elle se sentait presque mieux à présent à l'idée de répondre aux attentes de Ramar à son égard, comme si le vêtement lui-même l'aidait à se projeter dans ce rôle tacite de prostituée. Et elle attendait donc, les fixant d'un air interrogateur, qu'ils donnent un avis, une remarque ou un conseil de style. C'étaient eux les experts, après tout.


(((1500 mots ; Post complété : arothiir-t7823-90.html#p666872 )))

...

_________________


Thème musical


Dernière édition par Yurlungur le Sam 26 Aoû 2017 18:48, édité 1 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 26 Aoû 2017 10:01 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 26 Oct 2008 16:27
Messages: 39606
Arothiir – Palais (10h50)

    Contrairement à ce qu’elle eut pu penser, nul ne sembla s’intéresser à son petit corps frêle, quoique musclé, lorsqu’elle se changea. Même Ramar feignit l’indifférence, passant de Yurlungur à Dakha sans sembler s’en émouvoir particulièrement. Semblablement pour sa consœur, qui la regarda tout du long, sans la moindre pudeur, mais plus pour voir si l’habit lui convenait en taille et en style que pour déceler une quelconque nudité sur elle. Une fois qu’elle fut vêtue, et eut posé son regard interrogateur sur ses nouveaux collègues, Ramar donna signe de son approbation d’un mouvement de la tête.

    « Très bien, ça ira. Maintenant, que dirais-tu de rencontrer tes employeuses ? Il est de bon ton de te présenter à elles. »

    Puis, après un instant, il précisa, l’air un peu ennuyé :

    « Je te préviens, elles voudront peut-être te… tester. »

    Dakha fit une grimace à cette idée, mais se détourna du duo sans rien dire, s’en retournant à ses activités dans la salle principale.


(Yurlungur :
    Post 1 : 0,5 (introspection) + 0,5 (question) + 0,5 (bonus longueur).
    Post 2 : 0,5 (introspection) + 0,5 (cacher une arme) + 1 (bonus longueur).
)

_________________
Image
Image
Image



Haut
 

 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 26 Aoû 2017 18:48 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 6 Déc 2015 20:43
Messages: 309
Localisation: Aliaénon
...

Fut-ce un soulagement qui s'exprima par cette longue expiration en remarquant que, tout autour, les autres hôtes n'avaient pas daigné lancer un regard vers elle ? Ramar, tout naturellement, ne regardait sa nudité qu'avec nonchalance, comme habitué. Et puis, il l'avait dit : il n'était pas intéressé par la fillette. Ou peut-être ne méritait-elle plus ce titre, à présent ? “Adolescente” semblait encore trop loin d'elle, pourtant, personne ne pouvait tromper le temps pour rester éternellement jeune et sans ces bouts de chair grossissants qui, irrémédiablement, attiraient l'attention des hommes. Et parfois des femmes. Elle déglutit et chassa à nouveau cette pensée avec dégoût. Quant à Dakha, elle l'observait également, mais tout aussi superficiellement qu'auparavant. C'était à peine si elle aurait pu dire, cinq minutes plus tard, de quelle couleur étaient les yeux de Yurlungur, à coup sûr... Elle ne savait pas si elle pouvait dire que la proximité d'une personne aussi frivole et extérieure était rassurante ou non - avec un peu de chances, ils étaient tous plus ou moins comme ça -, mais une tension se dénouait déjà, quelque part vers son estomac. Oh, il y avait un peu de mépris dans les sentiments qu'elle commençait à adresser à la jeune femme car, fût-elle la plus douée dans les jeux de l'amour, elle commençait à en devenir banale au possible. À la voir, les attentions de Ramar prenaient soudain un autre ton : lui était le seul à réellement s'intéresser aux hôtes en eux-mêmes. À ce titre, sa position de responsable n'était en rien un étonnement.

Celui-ci lui proposa alors d'aller se présenter à “ses employeuses”, ajoutant qu'il serait préférable qu'elle fasse ainsi afin d'installer dès à présent un climat de bonne entente entre elles. Elle haussa un sourcil. Alors, elle était bien sur le point de rencontrer la fameuse Trinité qui avait réussi à établir dans cette cité un contrôle phénoménal... C'étaient elles, celles qui contrôlaient les Ombres d'Arothiir ; elles aussi qui divisaient la population entre ceux qui leur étaient éperdument fidèles, comme les gardes à l'entrée ou même Ramar, et les petits travailleurs syndicalistes. C'étaient elles, surtout, qui dirigeaient une cité où, à priori, le culte du Sans-Visage était important. Et puisqu'Évanith n'était pas trop friand de ce dieu, alors qu'il dirigeait la faction basse, c'était que la faction haute y était reliée...

Avant qu'elle n'ait le temps de marquer son approbation, néanmoins, il précisa quelque chose d'important. Elles allaient la “tester”. Son expression se mua en un froncement de sourcils avec une touche d'incompréhension, renforcée à la vue de l'air ennuyé de cet homme pourtant fort libertin, puis à la grimace de sa compagne. Et, semblant avoir à faire, celle-ci se détourna et s'en alla vers d'autres occupations, la laissant seule avec Ramar, encore un peu décontenancée par leurs deux mimiques.

Oh, il y avait bien ces quelques craintes sur le sexe entre femmes qui se confirmaient, mais quelque part, ce n'était pas le plus dérangeant. Non, car si même l'hôte d'accueil le plus confirmé de tous semblait indiquer qu'il ne repasserait pas ce “test” pour rien au monde, c'était tout de même qu'il valait mieux s'attendre à quelque chose de... spécial. Au vu des effets du thiir sur le nain lorsqu'ils avaient quitté leur groupe, elle espérait surtout qu'elle n'aurait pas à goûter à cette substance. Enfin, avec un peu de chance, on ne lui en proposerait même pas - avec une seule mine encore ouverte, il était fort probable que la rareté de cette drogue était devenue à présent bien trop grande pour en proposer à une simple prostituée, même pour son premier jour, même au palais de la Trinité. Enfin, elle croisait les doigts.

« C'est si désagréable que ça, ce test ? fit-elle en se tournant vers Ramar, comprenant soudainement en le disant qu'un “test” impliquait la possibilité de se voir recalée. Je veux dire... la grimace de Dakha était tout de même assez éloquente. »

Tournée vers lui, elle put voir ce sourire si particulier s'épancher sur son visage, mêlant malice avec la langueur insouciante qui lui était propre. Et, haussant les épaules comme pour signifier son indifférence à toutes ces choses, il répondit avec un air à la limite du malsain qu'il ne s'en plaignait pas quant à lui, mais que cela dépendait des goûts de chacun...

Un instant, elle resta un peu ahurie face à lui. Elle hésitait dans ce qu'elle devait voir en lui : ou bien un être qui, véritablement, aimait ce qu'il faisait - pensée qui la répugnait et qui l'attristait, parce qu'il ne devait alors pas se rendre compte que son bonheur n'était que temporaire et à quel point, surtout, cette servitude à ses maîtres (ou plutôt maîtresses) et à ses plus bas instincts était chose irrémédiable et destructive - ; ou bien quelqu'un qui, n'ayant pas d'autre choix que de vendre son corps pour survivre au mieux, se prêtait à montrer aux autres qu'il appréciait ce choix presque imposé. Les deux options menaient au même Ramar, quoique le second fût peut-être plus profond et plus attendrissant, tandis que dans l'autre cas c'était une pitié plus froide qu'elle éprouvait pour lui.

Mais elle était l'une d'entre eux, à présent. Était-elle aussi pitoyable et aussi méprisable qu'elle en jugeait les autres ? Pas encore... Pourtant, l'inéluctable semblait s'approcher à grands pas, à travers ce “test” de la Trinité. Elle finit donc simplement par lâcher, en réaction à ses propos, un simple :

« Oh. »

Et, secouant un peu la tête avant de réarranger ses cheveux comme avant un entretien d'embauche, elle soupira :

« Eh bien, haut-les-cœurs ! Faut-il qu'il m'en souvienne, la joie venait toujours après la peine. Je suis prête : allons-y, je vais me présenter à elles... »

Elle cachait à présent toute l'anxiété qui l'agitait derrière un visage impassible. Elle le regardait avec des yeux vides de toute émotion, semblant simplement attendre cette rencontre munie d'une objectivité et d'une insensibilité effarante, les deux mains sagement rangées derrière elle. À portée de sa dague ? Il valait mieux éviter tout coup d'éclat pour le moment...


(((1000 mots, citation d'Alcools, Guillaume Apollinaire)))

...

_________________


Thème musical


Dernière édition par Yurlungur le Dim 3 Sep 2017 09:19, édité 1 fois.

Haut
 

Afficher les messages postés depuis:  Trier par  
Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 120 messages ]  Aller à la page Précédente  1 ... 4, 5, 6, 7, 8  Suivante


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas éditer vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages

Aller à:  
Powered by phpBB © 2000, 2002, 2005, 2007 phpBB Group  

Traduction par: phpBB-fr.com
phpBB SEO

L'Univers de Yuimen © 2004 - 2016