L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Jeu 11 Mai 2017 15:56 
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Le regard appuyé de Charis qui accompagne une tentative d'attenuation me fait craindre un instant d'être allé trop loin. Mais les dirigeantes ne semblent pas offusquées, au contraire, Sable nous encourage à parler sans filtres. Peut être que je devrais clairement dire que mépriser le peuple n'est pas correct mais les informations de Jess sur les mines m'en font passer l'envie. Les meurtres seraient de cause surnaturelle et qui ont pour cible un groupe de personnes fidèles à la Trinité. Guigne, qui semblait prendre plaisir à placer quelques propos corrosifs, avait là encore fait une remarque qui ne m'avait pas échappé.

Je voulais revenir là dessus et poursuivre ce sujet, souhaitant sincèrement venir en aide à ses trois dirigeantes qui se sont montrés particulierements acceuillantes mais également aux mineurs qui ne meritaient pas de se faire tuer au travail. Mais la charmante dirigeante assise à côté de moi me coupe l'herbe sous le pied. Elle propose d'inviter le sans visage, lui même, ici et maintenant.

Je tourne mon regard vers elle en souriant.

"Mince, votre proposition n'était pas pour me voir en tête à tête ?"

Je laisse mon sourire s'élargir encore avant de répondre plus sérieusement.

"Si vous pouvez l'inviter, ça nous rendrait un grand service. Vous êtes vraiment des femmes très sympathiques."


((225 mots))

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Ven 12 Mai 2017 19:51 
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Les dirigeantes répètent que nous pouvons parler librement, cependant je ne me sens toujours pas à l’aise à le faire. Jess répond que la sécurité des mines n’a rien à voir avec les moyens et qu’ils n’ont pas la possibilité physique de les faire cesser, ils appartiendraient à l’ordre du magique. Il existe bien, à ma connaissance, quelques créatures qui seraient à même de faire ça, mais j’ignore s’il en existe sur Aliaénon. Le mobile reste simplement celui de les déstabiliser, selon elles. Elle précise cependant que toutes les victimes faisaient partie d’un groupe qui leur était particulièrement fidèle, regroupé en opposition à des syndicalistes qui comploteraient dans la ville basse.

Je peux aisément comprendre la source du mécontentement de ces « complotistes », mais je suis loin d’apprécier leurs méthodes, si tant est que ce soit réellement eux sous les assassinats.

La plus jeune des trois reprend la parole et dit craindre de nous ennuyer avec la politique interne et change de sujet pour nous proposer d’inviter le Sans-Visage ici même. Je ne puis que reconnaître le charme de cette proposition, mais je ne peux m’empêcher d’être sur mes gardes.

- Pardonnez-moi, vos propos sur les mines m’intriguent, je ne m’attendais pas à ce que vos assassins soient si discrets, aussi quelques questions me viennent à l’esprit, de but en blanc. Avez-vous étudié les corps retrouvés ? Représentaient-ils quelques signes particuliers, comme la façon dont ils sont morts ? Où, dans la mine, sont-ils morts ? Je me demande également si vous êtes certaines que la source est humaine ou si vous pensez qu’il s’agit d’autre chose.

Je leur adresse un léger sourire pour atténuer l’impact de mon flot de question avant de poursuivre :

- Néanmoins, je rejoins mon compagnon, et je serai fort ravie de rencontrer le Sans-Visage.

Pourtant je sens de la sueur froide naître dans mon dos alors que je suis parcourue par un imperceptible frisson d’appréhension. Dans quoi suis-je en train de me lancer ?

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 13 Mai 2017 09:14 
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...

Encore une fois, c'était un Arothiirien qui désignait sa ville comme une destination peu courante et peu accueillante. Cela commençait à devenir une constante, chez eux... Souffraient-ils donc tant que ça ? Était-ce seulement lié aux meurtres dans les mines, ou y avait-il bien plus, et depuis plus longtemps ? Il semblait toutefois exclure la “haute cité”, sans doute les quartiers nobles. Ni Yurlungur ni Dorika ne montrèrent de signe de dépit à cette affirmation : de toute façon, leur choix était déjà fait.

Bon, la benjamine avait énervé l'aînée en pointant son mutisme. Mais la gamine fut quelque peu agacée de voir que sa “sœur” ne parlait toujours pas, leur laissant le monopole de la parole. À ses yeux, c'était une marque d'irrespect au mieux, ou une caractéristique qui pourrait les trahir au pire. Après tout, pourquoi serait-ce à l'enfant de faire connaissance avec les adultes ? Heureusement, Evanith, qui venait de se présenter ainsi, ne semblait pas s'offusquer du silence de Dorika. Il était le chef des syndicats (ce mot sonnant étrangement aux oreilles de la petite fille, qui ne parvenait plus à savoir ce qu'il voulait dire exactement) et les accueillait en leur assurant qu'ici, elles auraient ce qu'elles désiraient à un prix honnête. Yurlungur plissa les yeux. Il n'y avait pas d'argent sur Aliaénon, or elle n'y était pas tout à fait habituée...

D'ailleurs, son nom de famille ne lui était pas étranger. Elle l'avait déjà entendu quelque part, mais quant à se souvenir où, c'était une autre histoire. Peut-être ressemblait-il simplement à celui d'un marin de Dahràm, ou au prénom d'un des hommes de main du Gros Néral ? Il lui semblait en cet instant n'avoir aucune mémoire, d'autant qu'une telle ressemblance lui apparaissait comme curieuse, bizarre - anormale. Préférant garder son jeu intact en laissant ces interrogations derrière elle, elle offrit son plus beau sourire de ravissement au syndicaliste lorsque celui-ci leur offrit leur premier repas, tout en notant intérieurement qu'Arothiir respectait l'hospitalité d'une manière assez généreuse. À moins qu'il ne puisse se le permettre justement parce que les étrangers étaient trop rares ? Répondant d'abord à Evanith en prenant garde à sa diction et au vocabulaire employé, elle figea ses yeux dans les siens.

« C'est fort aimable de votre part, monsieur. »

Puis elle se tourna vers la serveuse en réfléchissant à ce qu'elle prendrait. Il était inutile de demander un plat trop sophistiqué ici, ni non plus quelque chose de trop exotique - mais elle sentait bien, aussi, que son ventre réclamait de quoi se sustenter.

« Je ne sais pas trop ce que l'on mange à Arothiir... fit-elle pour gagner un peu de temps. »

De la viande, il lui en fallait, mais il serait illusoire de croire qu'on lui apporterait un véritable morceau ici. C'était une auberge pour paysans, qui ne prenaient qu'une fois l'an un repas pareil...

« Est-ce que vous auriez des lentilles, peut-être avec un peu de viande, quelques lardons ? finit-elle donc par demander, espérant que ce plat existât en Aliaénon. Ce serait très gentil. Et puis, si vous avez du fromage et du pain, je pense que ça suffira à remplir mon estomac, rajouta-t-elle en tapotant son ventre avec un grand sourire. Voilà, tout cela devrait suffire... Dis, Dorika, enchaîna-t-elle, pour fêter la fin de notre voyage, je peux prendre de l'alcool ? »

Elle attendait en souriant la réponse de sa coéquipière, espérant également intérieurement que celle-ci ne l'en priverait pas, puisqu'elle lui donnait à présent ce droit. Toutefois, c'était la serveuse qui paraissait la plus étonnée d'entendre ces paroles. À voir sa mine circonspecte, Yurlungur se demanda un moment si elle avait fait un faux pas : mais c'était que sa commande était trop précise, car la femme pâle avait simplement compris “à manger” là-dedans. Il fut commandé un pichet de vin après que Dorika eut accepté la requête de la petite, celle-ci étirant son sourire d'une oreille à l'autre, puis Evanith toussota pour attirer leur attention.

Il expliqua de façon concise que ce qu'elle avait demandé était bien trop riche en viande pour Arothiir et qu'il faudrait se contenter de bien moins ici, pointant la différence entre Esseroth et sa ville. La fillette, un air un peu déçu sur le visage, écouta cependant avec amusement la description de leur prétendue ville d'origine, où “tout tombait directement dans la bouche”. Charmant. Au contraire, à Arothiir, il fallait travailler bien plus durement pour gagner de quoi manger. Somme toute, c'était un peu la ville pauvre du continent, celle où tous avaient à trimer jusqu'à la mort pour survivre, alors qu'Esseroth devait être plus riche et plus idyllique. (Quel dommage que nous ayons quitté une ville si charmante...) songea-t-elle, non sans cynisme.

Evanith, toutefois, n'était pas non plus désintéressé. Il leur demanda successivement les raisons de leur départ d'Esseroth, puis si elles voulaient travailler ici (question presque rhétorique) et enfin ce qu'elles savaient faire. Il semblait drôlement pressé : mais n'avaient-ils pas prévu de consommer un verre de vin ensemble ? Peut-être ne souhaitait-il passer que tout au plus une soirée avec elles avant de les laisser se débrouiller : s'il pouvait d'ici là les caser dans un secteur où l'on manquait de personnel, n'eût-ce pas été parfait pour lui ? Pures suppositions : Yurlungur repartit un cran en arrière en s'adressant à lui avec une moue déçue.

« Oh... Je vois. Ce n'est pas grave. Je suis navrée si je vous l'ai troublée... Mais nous nous en contenterons, hein ? fit-elle avec un regard vers Dorika. C'est vrai qu'il y avait à manger à Esseroth... »

Elle préférait ne montrer aucune émotion particulière alors qu'elle mimait se souvenir de l'endroit en levant les yeux au ciel, songeuse. Après tout, si elles l'avaient quittée, elles devaient avoir une bonne raison qui rendait Arothiir plus intéressante.

« Dorika et moi travaillerons pour gagner notre vie ici, oui. Maintenant que nous sommes là, ça ira mieux. En fait... »

Prise dans sa comédie, elle lança un regard gêné vers Dorika, puisqu'elle s'apprêtait à dévoiler un fait qui les “concernait” toutes les deux.

« Nous avons quitté cette cité suite à la mort de nos parents, voyez-vous. Il y a eu... quelques problèmes. Ce sont des souvenirs douloureux. »

Son ton de voix, qui s'était affaissé vers la fin, n'était-il pas magnifique ? En cet instant, ce n'était pas Dorika qui allait la féliciter pour son jeu d'acteur, aussi se glorifiait-elle elle-même intérieurement alors qu'elle baissait les yeux, donnant l'impression d'être désemparée, accablée. Elle sentit la main de Dorika se placer sur son dos, comme en réconfort, ce qui lui arracha un minuscule sourire. Fermant les yeux comme pour retenir les larmes, elle ne put s'empêcher de remarquer que les talents de tragédienne de Dorika étaient plutôt bons. Après tout, le rôle d'une femme brisée qui ne souhaitait pas parler de son passé trop douloureux lui allait comme un gant, avec son caractère...

Idéalement, elle espérait que le chef des syndicats essaie de poser encore quelques questions. Par exemple : “pourquoi Arothiir ?” Il aurait été très malpoli de sa part de questionner sur la mort des parents à proprement parler, mais la question précédente était tout à fait légitime et Yurlungur se serait fait un plaisir de l'aiguiller subtilement vers le danger des Chevaliers d'Or afin de connaître son avis sur la question. Malheureusement, il était un peu trop gêné d'avoir ainsi jeté un froid dans la discussion et préféra se focaliser sur leur futur travail, affirmant qu'il pourrait leur en obtenir un facilement.

(“Chef des syndicats locaux”... Un syndicat, un syndicat ! Zut. Saperlipopette ! Par le troisième œil de Phaïtos, je ne m'en souviens vraiment pas. Raaah...)
(C'est juste les représentants des travailleurs auprès des patrons,) intervint Papillon.
(Oh. Euh... D'accord. Merci.)
(De rien, la miss.)

Elle ne comprenait pas le dernier mot, mais il lui fallait maintenant répondre à Evanith.

« Ce... Ce n'est rien. Moi, je pense pouvoir aider là où on en a besoin. J'ai déjà été commis de cuisine, aide pour les soins, des petits travails comme ça... »

Elle sembla surprise, fit mine de réfléchir un peu trop longtemps à son goût, avant de se reprendre, un sourire sur les lèvres, espérant chasser la tension par une parole bon enfant :

« Ah, non ! Des petits travaux comme ça ! s'exclama-t-elle alors en levant l'index, toute fière. Et c'est vrai que j'aidais beaucoup à la maison, aussi, maman m'en donnait, du boulot. Imaginez-vous... Elle allait se mettre à raconter : il fallait simplement qu'elle le fasse à la manière d'une petite fille lambda. Patati et patata toute la journée, ça n’arrête pas. Faire le feu et la cuisine, la vaisselle et le ménage, le repassage et le lavage. C’est vraiment de l’esclavage ! auraient dit certains, mais pas moi ! conclut-elle avec un orgueil non dissimulé, se plaçant ostensiblement au-dessus des autres enfants de son âge. Remarque, ce n'était pas Dorika qui allait la contredire. Sinon, je suis encore agile et souple, si un de vos emplois demandaient ces qualités. Et je sais lire et écrire ! En tout cas, je suis prête à mettre la main à la pâte moi aussi, affirma-t-elle avec une assurance non feinte (pour une fois). »

Elle avait envie de tâter du terrain, de rencontrer des Arothiiriens. Elle connaissait bien peu d'emplois qui demandaient de la souplesse, à vrai dire, mis à part les artistes ambulants, qui se déplaçaient souvent en troupe de ville en village et de village en ville, ou les professions que d'aucuns diraient illicites. Mais bon, peut-être que derrière son apparence honnête, Evanith saurait lui trouver de quoi faire dans ce second secteur... Elle se tourna vers Dorika et proposa :

« Je ne sais pas ce que tu souhaites faire maintenant, toi. Je pense que ce n'est pas grave si l'on se sépare, n'est-ce pas ? »

Sous la forme d'une question, elle lui donnait carrément une grosse indication : le temps de réunir des pistes, elles seraient deux fois plus efficaces à se séparer. Yurlungur ne pensait pas avoir besoin de sa “sœur” pour se protéger - ses propres aptitudes au combat et ses airs de comédie renforcés par son jeune âge suffiraient amplement - et il était évident qu'elles avaient besoin de s'intégrer dans cette société. Si elles restaient constamment ensemble, il était probable qu'on les considère bien plus avec méfiance que séparées.

Dorika haussa les épaules, comme si elle s'en fichait. À moins que ce ne fut en réaction de la candeur de sa chère “sœur” ? Dans tous les cas, le côté légèrement agaçant par moments de Yurlungur avait dû l'aider à se décider à la séparation. (Excellent.) Et, aussitôt, elle demanda s'il y avait des places dans les mines de thiir. Les yeux de la gamine s'écarquillèrent. Elle était prise de court.

Il n'y avait qu'une seule mine de thiir ; il y avait Deunog ; il y avait Arsok ; il y avait ces meurtres ; on se méfierait d'elle là-bas ; elle pourrait être prise comme cible ou comme coupable ; elle pourrait plus difficilement récolter des informations sur l'Ombre tueuse qui, à n'en point douter, ne devait pas fréquenter la mine en-dehors de ses assassinats. D'ailleurs, Evanith également semblait surpris et souhaitait alerter la jeune femme sur les risques de la profession. Dorika, le doublant lui aussi, affirma qu'elle savait tout cela puisqu'elles étaient passées le matin même à la dernière mine en activité. En revanche, elle pointait le revenu sûr comme motivation. (Menteuse,) pensa Yurlungur en plissant des yeux. L'Exechienne cachait quelque chose à propos du thiir ou des mines et là, elle allait se retrouver loin de la gamine qui aurait bien du mal à découvrir la réalité sur cette histoire.

Mais le chef des syndicats n'avait rien à redire à cela. Puis, tout en regardant les armes qu'elle avait à sa ceinture, il demanda si elle savait se défendre. Yurlungur croisa les bras en s'appuyant sur le dossier. Évidemment, patate, qu'elle le savait. Ce ne serait de toute façon pas une raison suffisante pour l'éloigner de cette mine. Ah, la fillette détestait cette sensation - l'impression de s'être fait rouler, de voir quelqu'un lui échapper. C'était la même sensation que lors de la réponse froide de Naral à la Tour d'Or, mais avec lui, elle n'avait pas passé de temps à sympathiser...

Ils continuaient à discuter. Evanith lui demandait de se rendre à la mine pour travailler et surveiller sa fille, lui épargner tout incident. Yurlungur écoutait d'une oreille distraite, songeant que l'attitude de cet homme était tout à fait intéressée. Peut-être les avait-il abordées dès le début en espérant compter sur elles pour cette tâche, puisqu'il disait ne pas pouvoir faire confiance aux Arothiiriens eux-mêmes... Après tout, il n'y avait pas qu'elles à savoir jouer la comédie. Ce ne fut que lorsqu'il évoqua le nom de “Speeh” que la gamine haussa un sourcil - puisqu'on ne faisait plus vraiment attention à elle, elle relâchait un peu sa vigilance. C'était donc Speeh, la fille d'Evanith ? Tout s'expliquait. Mais en soi, savoir cela n'apportait que peu de réconfort à l'enfant. Toutes les pièces d'un grand puzzle semblaient parfaitement s'emboîter les unes les autres et Dorika avait mieux su l'exploiter qu'elle, c'était tout.

Elle s'efforça de laisser son expression maussade de côté et cessa de croiser les bras. Elle ne devait pas laisser ses propres émotions interférer avec sa mission... Elle n'était pas en colère, ou alors simplement parce que “sa chère sœur” Dorika prenait des risques... Le seul point positif de l'ensemble était qu'Evanith leur proposait en contrepartie de loger chez lui dans un premier temps en échange de ce service. Il devait réellement tenir à sa fille : Yurlungur en vint à se demander ce que cela lui ferait d'avoir un enfant, elle. Et puis, l'idée lui paraissait trop incongrue, donc elle l'abandonna. Elle se força à esquisser un sourire. Après tout, il fallait reconnaître que sa coéquipière s'en était bien sortie et que le sort avait été avec elle, point.

La discussion commença à ne traiter que quelques précisions : Dorika évoqua Deunog, on apprit que ce dernier n'avait pas le droit de s'y opposer si Evanith le demandait. Enfin, l'homme se tourna vers elle pour lui indiquer que dans la ville basse, personne n'avait les moyens d'employer quelqu'un pour faire le ménage ou aider comme cela. En revanche, elle pourrait être prise chez un bourgeois de la ville haute, voire au palais... Elle prit une mine un peu plus inquiète, souhaitant tester son interlocuteur.

« Je vous en serais très reconnaissante, si l'on a besoin d'une enfant comme moi là-bas. Le palais... j'ai entendu parler d'une “Trinité” qui vivrait là-bas, mais j'imagine que je me ferai une idée en me mettant à leur service, fit-elle en guettant la réaction de l'homme à l'évocation de ce trio. »

Elle s'inclina rapidement face à lui pour le remercier. Elle avait implicitement mis de côté la possibilité de travailler chez un bourgeois. Bien sûr, il était possible que l'un d'eux ait un lien particulier avec le Sans-Visage, mais il serait surtout intéressant de connaître la position du gouvernement en place à ce sujet. Il était impensable qu'ils soient indifférents à cette divinité : et quand bien même, ne rien faire contre lui constituait déjà une prise de position. Il suffirait de voir ça. La réaction du chef des syndicats ne se fit pas attendre : il qualifia les dirigeantes de “poison de la cité”, demandant plus de qualités morales que techniques pour réussi à rester à leur service.

Se tournant vers Dorika, elle rajouta :

« Je te fais confiance, alors. Reviens en vie. Et pas d'imprudences ! Tu me raconteras tes journées quand tu rentreras, comme avant, dis ? »

Cela sonnait comme une demande, mais dans son esprit, c'était un ordre. Évidemment, ce serait réciproque : mais il ne fallait pas que Dorika pense qu'elle était indépendante à présent qu'elle travaillait loin dans la mine. La jeune femme, sans doute confiante maintenant qu'elle avait un accès direct et officiel à la mine, se permit de lui ébouriffer les cheveux en lui assurant qu'elle resterait sa confidente. Était-ce de l'ironie, alors qu'elle avait refusé il y avait à peine quelques heures de lui révéler pourquoi elle s'intéressait autant aux mines de thiir ? Mais sentant que son expression virait au maussade, elle réarrangea rapidement sa tignasse et se tourna à nouveau vers Evanith pour lui demander avec un sourire, toujours aussi enfantine :

« Vous êtes chic avec nous, monsieur. Est-ce qu'il y a beaucoup d'autres enfants ici, à Arothiir ? Je... Hum. »

Elle mima la gêne en se remuant un peu sur son siège avant de demander, une lueur d'espoir dans les yeux :

« Est-ce que vous voulez bien être mon premier ami ici, monsieur ? »

Ce dernier parut surpris de la question et répondit qu'il serait volontiers l'ami des deux demoiselles. Il ajouta ensuite qu'il y avait bien des enfants à Arothiir, mais bien plus de garçons que de filles. À vrai dire, ce n'était pas pour déplaire à Yurlungur.


(((2500 mots + citation)))

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Dernière édition par Yurlungur le Sam 20 Mai 2017 07:53, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 13 Mai 2017 09:50 
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Arothiir – Salons.

    Prolixe comme à son habitude, Jess prit la peine de répondre aux questions de Charis :

    « Nous n’avons pas personnellement vu les corps, mais nos enquêteurs nous en ont fait des rapports détaillés. Les victimes sont mortes de plusieurs manières : égorgées, poignardées en plein cœur ou à travers les tempes, ou le cou brisé par un choc net. Selon les témoignages, nul n’en aurait été témoin, ni visuel ni auditif, et nulle trace de lutte n’a été retrouvée. Des morts nettes, directes et implacables. Professionnelles, réalisée pour la plupart avec le même type d’arme : une dague courbe. Les endroits des mines – car de nombreuses mines ont été touchées et ont dû fermer suite à ces attaques – divergeaient cependant : au plus profond dans les boyaux, à l’entrée, dans les baraquements de logement ou même aux alentours directs. À chaque fois, cependant, la victime était isolée des autres travailleurs. Malgré la grande expertise de ces crimes, nous pensons effectivement que la source est humaine. Bien entrainée, mais humaine. »

    Sable attendit qu’elle ait terminé pour conclure :

    « Néanmoins, vous aurez tout le temps d’en deviser suite à votre tête à tête avec l’Unique, ou demain. Je vous prie de me suivre tous deux. »

    Elle se tourna vers Xël pour préciser :

    « Nous allons nous retirer dans un endroit plus tranquille pour que nous ne vous gênions pas dans votre entrevue. »

    Elle mena les deux Sauveurs jusqu’à un balcon isolé surplombant magnifiquement la cité endormie, leur offrant un magnifique point de vue sur la ville haute et les alentours. Des chandeliers d’or éclairaient l’endroit subtilement, et des voilures pourpres translucides donnaient à l’endroit une atmosphère intimiste. Sable regarda tour à tour Xël et Charis avant de fermer les yeux, face au vide pendant un instant. Nulle formule magique d’invocation, nulle scène de prêtrise fanatique : son muet appel trouva bien vite une réponse, lorsque dans les cieux nocturnes apparut une silhouette, marchant dans les airs, qui approcha du balcon jusqu’à y descendre, où les deux aventuriers purent admirer ses traits singuliers.

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    Avant toute intervention de sa part, Sable se tourna vers le Sans-Visage et s’inclina respectueusement avant de se tourner vers les deux yuimeniens.

    « Je vous laisse en son auguste compagnie. Revenez aux salons quand vous aurez terminé ici. »

    Elle s’éclipsa, les laissant seuls avec le Sans-Visage, muet et méditatif, attendant sans doute qu’ils prennent l’initiative de la parole. C’était vraisemblablement son premier contact avec l’un des « Sauveurs » depuis l’éveil des titans.


[Xël : 0,5 (introspection).
Charis : 0,5 (introspection) + 0,5 (questions).]

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 13 Mai 2017 10:15 
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Arothiir – Auberge des bas quartiers.

    Le repas ne tarda pas à arriver, ainsi que le vin, et Evanith partagea celui-ci avec ses deux invitées, dans une ambiance bon enfant. Le repas en question ne payait pas de mine : une espèce de ragout brunâtre en sauce grasse où flottait quelques rares morceaux de viande effilochée ni de première qualité, ni de première fraicheur. Impossible à Yurlungur de déterminer l’origine de la viande, d’ailleurs. Quelques légumes et pommes de terre donnaient du volume au plat, qui n’était pas mauvais, mais pas bon non plus. Le tout était servi avec une large tranche de pain à la limite d’être rassis.

    Lorsque le repas toucha à sa fin, Evanith invita les deux demoiselles à rejoindre sa demeure pour passer la nuit.

    « Je peux vous loger sans peine, même si rien n’est aménagé pour vous recevoir pour le moment. À moins que vous ne préfériez rester ici cette nuit, et ne venir loger qu’ensuite, selon votre volonté, dans mon humble demeure. »

    Quoi qu’il en fut, il se leva sans plus tarder et partit chez lui, qu’elle l’y suive ou non.

[Suite de l’aparté possible pendant le repas. Termine ton RP sur la décision de destination.]

[Yurlungur : 0,5 (introspection) + 0,5 (aparté) + 0,5 (rôle dans la cité) + 0,5 (informations récoltées) + 2 (bonus longueur).]

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Lun 15 Mai 2017 21:45 
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Jess me répond qu’elles ont eu des rapports concernant les corps, mais est en mesure de me répondre. Visiblement, il n’y aurait pas une façon de tuer privilégiée, ni même un lieu, même si l’efficacité est à chaque fois au rendez-vous. Le seul point commun serait une dague courbe et un travailleur isolé. J’acquiesce en signe de remerciement à ses réponses tandis que Sable prend à son tour la parole pour nous mener jusqu’au Sans-Visage. Je m’attendais à ce qu’elle y aille seule à seule avec Xël, mais il semblerait que je sois également invitée, aussi je remercie Jess et Guigne de leurs réponses tout en emboitant le pas à la cadette.

Celle-ci nous mène jusqu’à un balcon surplombant la cité baignée par la nuit. Elle semble si paisible, ainsi, loin des affres auxquelles nous avons assisté au cours de sa traversée. La lumière est tamisée, intimiste, loin de l’idée que je me serais faite à l’accueil d’une entité telle que l’Unique. La jeune femme nous regarde avec attention, comme pour s’assurer de notre détermination, avant de fermer les yeux. Je me serais là aussi attendue à un rituel plus compliqué, une incantation ou que sais-je encore, toujours est-il que cela semble fonctionner car le Sans-Visage apparaît devant nous.

Le Sans-Visage. L’Unique. Pour de vrai. Je reste un instant béate devant l’apparition, saisie d’un frisson soudain, prise de court par la soudaine vision. Il nous apparaît sous la forme d’une silhouette qui descend des airs comme s’il s’était agi d’un sol palpable et s’approche jusqu’au balcon. Il est entièrement recouvert d’une tenue étrange, noire et pourvue d’écritures que je ne reconnais pas sur laquelle repose une sorte d’armure. Il n’a pas de visage ou, s’il en a, il se trouve masqué derrière une surface lisse et lumineuse. Ses bras, quant à eux, sont longs et blancs, pourvus de longues griffes qui font froid dans le dos.

Avant que quiconque puisse ouvrir la bouche, Sable intervient pour nous laisser en sa compagnie et nous invite à les rejoindre lorsque nous en aurons fini avec lui. Je hoche à peine la tête pour la remercier, mais mes yeux sont fixés sur l’apparition, peinant à s’en détacher.

En vérité, ce n’est que ma conscience aiguë des convenances qui me ramène à l’instant présent et me redonne un peu de plomb dans la cervelle. Je m’incline profondément devant l’entité en disant :

- Seigneur, je me nomme Charis Kel Asheara du Kel Asheara, nous venons de Yuimen et faisons partie des personnes qui ont participé à la bataille de Fan-Ming et à l’éveil des Titans.

Je ne vois nulle raison de mentir ni de cacher notre identité, cependant, comme d’habitude, je préfère laisser Xël se présenter comme il le souhaite. J’hésite un bref instant, cherchant la meilleure façon de m’adresser à une déité. Dieux, comment dois-je m’adresser à lui ?

- Seigneur, nous sommes partis durant cinq années d’Aliaénon et la situation était… grandement modifiée à notre retour, par rapport à ce que nous avons vécu. Alors nous cherchons à comprendre, Ô Seigneur, nous avons eu la version des choses du Dragon Mauve, mais nous souhaiterions comprendre votre vision.

Des mots peut-être osés pour une première rencontre, mais… nous avons besoin de ces réponses, et après tout c’est pour cette raison que nous sommes là.

~500 mots

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Mar 16 Mai 2017 16:06 
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Charis continue de montrer sa curiosité au sujet des mines. Elle pose quelques questions qui lui viennent à l'esprit avant de preciser qu'elle serait ravie de rencontrer le Sans-Visage.

Jess commence par lui répondre. Des assassinats sans aucun témoins, réalisés par des professionnels. Pas de trace de lutte, des morts nettes, rapides, à l'aide d'une dague courbe. Des renseignements nombreux qui me font froid dans le dos. Cependant, elle précise que la source est humaine.

Sable prend la parole ensuite, nous invitant à reporter le sujet des mines à plus tard avant de nous guider vers un endroit plus tranquille. Un balcon surplombant Arothiir, donnant un point de vue imprenable sur le quartier riche, celui beau à voir, camouflant les batisses misereuses des mineurs et autres métiers pénibles de la cité. La dirigeante nous observe tour à tour avant de se tourner vers le vide et rester silencieuse un instant.

Je retiens mon souffle quand il apparait dans le ciel nocturne. Marchant dans les airs, vêtu d'une robe sombre ornés de runes me rapellant celle de ma propre robe. Surplombé d'une armure et le visage, ou l'absence de visage, dissimulé par un masque lisse.

Sable s'incline devant lui avant de prendre congé, nous laissant seul avec le dieu qui reste muet.

Je me permet enfin de reprendre ma respiration, abasourdi par le fait de parvenir si vite à me retrouver face à lui. J'imite Charis qui s'incline avant de prendre la parole pour se présenter, précisant que nous étions présents à Fan-Ming lors de l'éveil des Titans. Je hoche la tête en accord avec sa sincerité, je pense que ni elle ni moi ne cherchons à lui mentir ni à lui dissimuler quoi que ce soit. Nous sommes dans une démarche sincère comme elle l'explique, nous cherchons à comprendre, à avoir une vision differente de celle du dragon mauve.

A mon tour je me redresse pour me presenter.

"Je suis Xël, nous nous sommes déjà vu à Fan-Ming quand vous m'avez confié le sifflet. Nous aimerions également comprendre pourquoi Naral cherche tant à vouloir vous détruire ? Et pourquoi..."

Je m'arrete, ne pouvant retenir un sourire avant de reprendre.

"Il y a un millier de questions à poser... Et surement une longue histoire à raconter sur vous et les Titans."

((390 mots))

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 20 Mai 2017 07:53 
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...

Le repas arriva. Il n'avait pas l'air particulièrement attirant, à vrai dire : pendant un moment, la petite fille prit soin à ne rien laisser paraître sur son visage en fouillant un peu dedans avec sa fourchette. Mais son appétit était loin d'être attisé par la vision de cette... chose. Elle piqua un bout de viande qui traînait par là - enfin... elle croyait que c'était de la viande - et l'enfourna entre ses mâchoires. Après quelques instants passé à mâcher bien fort sans reconnaître ce goût quelque peu particulier, sans doute un poil faisandé, elle finit par l'avaler et adressa un minuscule sourire à Evanith. Puis, pour chasser ce goût de ses pupilles, elle prit une gorgée de vin qui, s'il n'était pas des plus fameux, restait tout de même buvable. C'était à peu près la même qualité que ceux qu'elle avait goûtés à Dahràm. Les marins avaient plusieurs fois tenté de découvrir quelle descente elle avait et, quelquefois, elle les avait satisfaits avant de s'éclipser, craignant que l'alcool ne lui fasse prendre des risques inconsidérés si elle poussait davantage. Ce qui était plus étrange, c'était que la nourriture d'ici semblait encore plus mauvaise que la moyenne dans sa ville natale. Autrement dit, c'était un endroit tout à fait... exceptionnel.

Elle tourna son visage vers Evanith. Laisser un silence s'installer pendant qu'ils mangeaient n'était ni poli, ni cohérent, d'autant qu'il y avait nécessairement encore des tas d'informations qu'elle pouvait tirer de lui. Ce ne serait en tout cas certainement pas Dorika qui lancerait un sujet de conversation : elle avait obtenu ce qu'elle souhaitait et n'allait probablement pas prononcer le moindre mot d'ici la fin du repas, à moins qu'on ne s'adressât spécifiquement à elle. Le regard de la fillette revint à l'Homme pâle. Pourquoi ne pas aller directement droit au but ?

« Monsieur Lorhell ? demanda-t-elle avec un léger souris. Depuis Esseroth, nous avons entendu, comment dire... quelques rumeurs à propos d'Arothiir. Rien de bien méchant ! se hâta-t-elle de préciser. C'étaient... quelques petites choses à propos du, hem, du Sans-Visage, rajouta-t-elle à voix basse, comme si elle évoquait un sujet tabou. »

Ce faisant, elle fit mine de vérifier que personne n'avait entendu ce qu'elle venait de dire. C'était presque impossible, de toute façon, au beau milieu du bruit ambiant de l'auberge remplie. Elle espérait qu'Evanith se révèle lui-même, leur parle du Sans-Visage, mais ç'aurait été trop beau : au lieu de cela, il leur demanda de quelles rumeurs il s'agissait, gardant une expression imperturbable. Essayait-il lui aussi de jauger son interlocuteur ? S'il était devenu chef des syndicats, il devait avoir un minimum de tenue et d'intelligence. Ce ne serait pas étonnant qu'il soit capable de contrôler son expression dans ce genre de situations. Enfin, on verrait bien qui était plus habile que l'autre... Elle prit un air gêné, hésitant presque à parler quoique son choix fût fait depuis longtemps. Il fallait juste qu'elle la joue maline : l'idéal serait de faire croire à Evanith, sur la même longueur d'onde que tous ses gestes et paroles précédents, qu'elle n'était qu'une enfant naïve et manipulable, tout en abordant le sujet sensible afin qu'il n'hésitât pas à leur confier des renseignements à ce propos : car qui pourrait croire une gentille enfant capable de le trahir ?

« Ce n'étaient que des bruits qui couraient, vous savez. Et puis, avec tous les Chevaliers d'Or qu'on trouve à Esseroth, c'était difficile de parler de tout ça... Il paraît juste que... vous allez peut-être me trouver naïve de dire ça... Enfin, bon, il paraît que le Sans-Visage habite ici, à Arothiir. Est-ce que c'est vrai ? Vous l'avez déjà rencontré, vous ? »

Elle demandait cela avec une expression presque craintive. Elle hésitait, à vrai dire. Est-ce que le peuple était du côté de la divinité déchue, ou le gouvernement, ou les deux ? Dans le doute, ce visage était approprié. Quant à savoir si lui avait déjà rencontré une divinité, elle connaissait déjà la réponse : mais supposer à l'oral des faits absurdes ne ferait que la ranger pour le syndicaliste du côté des personnes les moins dangereuses. Celui-ci prit une moue dubitative avant de répondre. Il leur conseilla tout d'abord d'éviter de parler des Chevaliers ici, à Arothiir, expliquant que la Trinité et ses suivants ne les appréciaient guère. Il rajouta que l'Unique était prié par la population, mais pas par lui, puisqu'il ne savait pas grand-chose sur lui. Quant à la question d'habiter ici, il n'en savait rien mais en doutait beaucoup - évidemment.

Yurlungur, pendant qu'il répondait, avait continué de manger. Étrangement, elle se souciait moins de la qualité de la nourriture depuis qu'elle réfléchissait à ses réponses et à l'effet qu'elle produisait sur son interlocuteur. Dire que ce type était le père de Speeh ! Il fallait la jouer fine : il n'avait pas spécifiquement précisé qu'il n'appréciait pas les Chevaliers - d'ailleurs, il ne devait pas non plus aduler beaucoup l'Unique ni la Trinité. Autrement dit, sa fille Speeh ne devait pas risquer grand-chose à la mine, si ce que lui avait dit Arsok était correct : cela devrait permettre à Dorika de récolter des informations sans beaucoup risquer sa vie. Et puis, du point de vue de l'assassin, il serait malvenu de mettre à mort la suspecte désignée par Deunog. Après avoir avalé l'une des dernières bouchées de son assiette, la petite fille prit un air soulagé, laissant les muscles de son visage se relâcher dans un sourire apaisé.

« Ah ! Enfin... Merci. Vous savez, euh, je ne sais pas si je peux vous dire ça, mais... »

Quel odieux mensonge : elle savait tout à fait ce qu'elle pouvait dire ou non. Lançant un regard en coin à Dorika, qui n'aurait de toute façon pas le temps ni même l'intérêt à la couper, elle précisa :

« Ce sont ces Chevaliers, cruels et aux trop nombreux abus, qui ont causé notre départ d'Esseroth. Ce qu'on racontait était donc vrai : ici, nous ne risquons pas d'être transpercées par leurs lames. »

Elle répondait enfin à la question du début de repas d'Evanith : la raison de leur présence en ces lieux, pourquoi Arothiir et pas autre part. Continuant son rôle, elle baissa les yeux sur son repas, un sourire serein sur les lèvres, et reprit en silence son dîner.

Quelques instants plus tard, il ne restait plus grand-chose dans son assiette et elle s'était également généreusement servi en vin pour faire passer tout le solide. Même si la nourriture n'était pas de première qualité, l'estomac de la fillette s'en satisfaisait et sa raison avait su convaincre son goût qu'il valait mieux ne pas cracher sur la nourriture, quelle qu'elle soit, dans cet environnement qui ressemblait à bien des égards à la ville de Dahràm. Il ne s'agissait que d'analogies qu'elle pouvait faire, mais dans un sens, une forme de nostalgie d'avoir quitté si rapidement son chez-soi la prenait tout à coup.

À la fin du repas, à la question d'Evanith, c'était l'air presque las - et ce même sans avoir voulu expressément y ressembler - qu'elle lui répondit tout en politesse et diplomatie mielleuse :

« Nous ne souhaiterions pas vous prendre au dépourvu ainsi, vous et votre famille... Vous avez déjà fait tant pour nous. »

(Vous et cette ville, toute cette atmosphère...)
(Yuyu, tu fatigues.)

« Nous serions extrêmement heureuse de pouvoir dormir chez vous, mais pour la première nuit, nous n'avons qu'à la passer ici-même. Ensuite seulement, nous viendrons : et n'hésitez pas, alors, à nous demander de vous aider à tout préparer. »

Elle avait l'air exténuée, mais c'était plus le sourire presque béat qu'elle portait sur les lèvres alors que son regard dérivait vers les Hommes Pâles aux autres tables, de grands gaillards barbus, qui donnait l'impression qu'elle était ailleurs. Oh non, vraiment, elle ne tenait pas encore beaucoup l'alcool à son âge. Heureusement, c'était la fatigue qui l'empêchait actuellement de trop parler...


(((1000 mots)))

...

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Dernière édition par Yurlungur le Jeu 25 Mai 2017 21:00, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 20 Mai 2017 09:46 
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Arothiir – Balcon. (21h)

    L’avatar jusqu’ici inconnu du Sans-Visage écouta les deux aventuriers sans mot dire, flottant à quelques centimètres du sol sans semble regarder l’un ou l’autre. Sa voix se fit pinçante lorsqu’il répondit, ne partant pas spécifiquement de son absence de visage, mais de partout autour, comme si ses mots englobaient les deux êtres.

    « Je sais qui vous êtes. Les « sauveurs » responsables de l’Eveil des Titans, les jouets d’alors de ce Dragon Mauve. Et peut-être encore aujourd’hui, même si vos paroles vous en délient. Vous avez été les instruments de ma perte, malgré l’aide que je vous ai apportée. Pourquoi vous répondrais-je, dès lors ? Cependant, vous m’avez apporté l’objectif concret de ce Naral Shaam, et de ce Conseil d’Or à sa solde. Ma destruction. Aussi vais-je vous dire ceci : Toujours, je me suis battu pour qu’Aliaénon soit un monde de paix, où les peuples s’épanouiraient. J’ai bâti leurs grandes cités, je leur ai donné une chance de maîtriser la magie de ce monde… Chance que les Titans leur ont reprise aussitôt éveillés, car elle est désormais incontrôlable pour le commun des mortels, pour qui n’est pas titan. »

    Il marqua une courte pause, avant de poursuivre.

    « Alors quels pourraient bien être mes objectifs sinon de retrouver ma place d’alors pour enrayer cette dégénération d’Aliaénon, et lui rendre le visage qu’elle mérite ? »

    Une nouvelle pause, avant une nouvelle reprise.

    « Mais si vous posez ces questions, c’est que vous n’êtes désormais plus aveuglés par les beaux discours du lézard. Que vous remettez en doute ses dires. Pourquoi ce revirement ? »

    Visiblement, il allait falloir lire entre les lignes, pour comprendre ses dires.


[Charis : 0,5 (introspection) + 0,5 (question) + 0,5 (bonus longueur).
Xël : 0,5 (introspection) + 0,5 (questions).]

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 20 Mai 2017 10:02 
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Arothiir – Auberge des Bas quartiers (19h45 – 8h)

    La fin du repas actée, Evanith salua les deux demoiselles et partit rejoindre sa propre maisonnée, seul, non sans réitérer sa promesse de les accueillir.

    « Il ne sera guère nécessaire de faire beaucoup de changements, vous serez les bienvenues dès demain, sitôt que vous le souhaiterez. Vous me trouverez ici, ou ailleurs dans la ville basse : demandez à me voir, et l’on vous indiquera où je suis. Chacun me connait, ici. »

    Les deux « sœurs » furent donc livrées à elles-mêmes, et la serveuse qui leur avait amené le repas les conduisit toutes deux jusqu’à une sombre chambrette qui, comme le reste de l’auberge, ne payait pas de mine. Des paillasses miteuses à même le sol, dans une pièce en surplomb de la grande salle, mal insonorisée, où les sons et lumières filtraient par quelques fentes dans le lourd plancher. Dans les combles, une adulte ne pouvait s’y tenir debout sans courber la tête.

    Elles passèrent néanmoins une nuit reposante, loin de tout tracas, si ce n’est les réjouissances de la salle commune de l’auberge qui se calmèrent petit à petit à mesure que la soirée passait, que la nuit avançait.

    Dorika offrit, après s’être installée sur une des paillasses, un regard incrédule à Yurlungur.

[Aparté possible avant l’endormissement. Termine ton RP en précisant où tu comptes te rendre le lendemain matin.]


[Yurlungur : 0,5 (introspection) + 0,5 (aparté) + 1 (bonus longueur)]

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Dim 21 Mai 2017 23:32 
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En écoutant la réponse du Sans-Visage, je me rends compte qu’il n’est en rien omnipotent, omniscient et omniprésent. Il possède ses faiblesses, ses défauts. Il semble presque nous accuser d’avoir été les instruments de sa perte alors qu’il dit lui-même que nous avons été bernés et propose même de ne pas nous répondre pour cette raison. Raison que je trouve… puérile, enfantine. Il ne nous répond que parce que nous lui aurions apporté l’objectif de Naral Shaam, mais… s’il l’ignorait jusque-là avec des Chevaliers qui ont juré sa perte, sans doute est-il bien trop éloigné du monde, lui qui s’en prétend si proche.

Il nous explique s’être toujours battu pour la paix, bâtissant de grandes cités et leur donnant la chance de maîtriser la magie de ce monde. S’il a bâti des cités, il en a aussi mises à bas, comme Messaliah et ça, je me jure de le garder à l’esprit lors de cette conversation, ne pas prendre toutes ses paroles pour argent comptant. Il nous avoue que son objectif est donc de retrouver sa place et lui rendre, le visage qu’elle mériterait. Grands Dieux, j’ai l’impression d’entendre un fanatique parler, ignorant les volontés de tous pour que la sienne prévale.

Il nous demande alors pourquoi ce revirement dans nos loyautés envers le Dragon Mauve. Je me redresse imperceptiblement, l’observant en face.

- Seigneur, il n’y a jamais eu de revirement. La dernière action que j’ai faite, le dernier choix que j’ai fait avant l’obscurité lors de la bataille de Fan-Ming a été d’attaquer le titan qui s’est éveillé dans la plaine. Le Dragon Mauve n’a jamais eu ma loyauté, de même que vous ne l’avez jamais eue car j’ignorais tout de l’aide que vous nous avez apporté lors de ces jours funestes.

Je marque une courte pause, sachant que je m’apprête à mettre les pieds dans le plat. Moi qui était si encline à la diplomatie avec les dirigeantes d’Arothiir, je ne peux m’empêcher de répondre à cette puissante entité.

- En vérité, auparavant, je ne vous connaissais que sous un seul nom, celui de Vakkar Tî, l’entité qui détruisit Messaliah… Pourquoi l’avoir détruite, pourquoi avoir ravagé une ville entière et ses habitants si vous n’avez jamais voulu que la paix ?

Je bouge d’un pied à l’autre, agitée. Je ne m’attendais pas à ressentir autant d’émois face à cet être qui devrait être comme un dieu à mes yeux, mais qui remet en cause ce que je croyais. Il semble fait de contradictions, alors qu'il est dieu, alors qu'il possède cette force, ce si grand pouvoir sur ce monde...

- Pardonnez ces questions, Seigneur, tenté-je d’atténuer, Je cherche à comprendre. Mais Aliaénon a, de fait, changé, elle ne ressemble en rien au visage qu’elle avait six ans auparavant, le prix pour la faire revenir au stade où elle était n’est-il pas trop grand, quand bien même ce serait possible ? N’est-il pas préférable de faire aller ce monde de l’avant ? Si le Dragon Mauve vous est opposé, j’ignore toujours pourquoi, il vous serait assurément possible de discuter avec le Conseil d’Or, trouver des compromis, des solutions…

Je fais une nouvelle pause, brève, avant de poursuivre, toujours aussi déstabilisée.

- Qu’est-ce qui vous oppose au Dragon Mauve, Seigneur ? Cela semble… personnel. Et… quels sont vos buts à vous ? A quoi ressemble l’Aliaénon à laquelle vous aspirez ?

~ 500 mots

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Jeu 25 Mai 2017 11:11 
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Une voix pincante, surgissant d'autour de nous. Emprisonnant moi et Charis dans une cage de mots, ce qui me mettait mal à l'aise. Surtout que ses paroles ne vont pas dans notre sens. Il nous tient responsable du réveil des Titans, manipulés par le dragon mauve. Instruments de sa perte. Cependant, il souligne le fait que nous lui avons apporté l'objectif de Naral Shaam et du conseil d'or, même s’il fait l'erreur de comprendre que le conseil veut également sa destruction. Je n'ose pas lui couper la parole pour le reprendre alors qu'il nous confie l'objectif qui a toujours été le sien. Faire d'Aliaénon un monde de paix, de magie, au peuple épanoui. Il précise que les Titans, aussitôt éveillés, avaient repris le don de la magie, la rendant incontrôlable. Je m'en étais rendu compte mais j'ignorais que cette instabilité venait d'une volonté de ces grandes créatures. Volonté qui a terme m'a rendu inutile dans les plaines d'Arothiir. Je me vois encore, impuissant alors que la masse écrase l'armure de mon ami. Vision qui me procure une colère amère envers les Titans.

Le sans visage poursuit, déclarant qu'il souhaite renvoyer cette dégénération d'Aliaénon sous terre avant de nous demander pourquoi nous remettons en doute les paroles du dragon rose.

Charis se redresse avant de prendre la parole, répondant qu'il n'y a jamais eu de revirement, qu'a Fan-Ming, elle a attaqué le titan et que le dragon mauve n'a jamais eu sa loyauté. De même que moi et bien d'autres, je me redresse à mon tour et hoche la tête pour appuyer ses propos. Elle explique, sincèrement, qu'elle ne connaissait le sans visage que sous le nom de Vakkar Ti, l'entité qui avait détruit Messaliah et demande pourquoi un dieu qui voudrait la paix ravagerait une ville et ses habitants.

J'observe Charis, visiblement émue et agitée avant de demander si une discussion entre lui et le conseil d'or ne serait pas possible pour apporter une paix durable. Elle marque une brève pause avant de demander pourquoi le dragon mauve cherche tant à lui nuire et à quoi ressemble ce monde auquel il aspire.

J'ajoute après elle.

"Le conseil d'or est ouvert à la discussion. Il n'y a que le lézard rose qui veut vous voir disparaître. Il nous a manipulés pour réveiller les Titans, je n'ai aucun doute qu'il nous manipule aussi pour vous détruire. A priori, nous deux, et bien d’autres, souhaitons autant la paix que vous. Nous sommes attachés à ce monde, nous avons combattus avec ses peuples. Que se passerait-il pour eux si vous et les Titans en veniez à vous battre, à déclencher une guerre ? Est-ce que ça ne se terminerait pas par la fin d'Aliaénon ?"

Je marque une courte pause, ému moi aussi.

"Aidez-nous à prouver que c'est Naral Shaam qui cherche à manipuler son monde. Acceptez de dialoguer avec le Conseil d'Or. Vous savez que nous ne cherchons pas à vous tromper, vous devez sentir que nous tenons à ce monde que nous ne voulons que son bien. "

((540 mots))

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Jeu 25 Mai 2017 21:00 
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...

Evanith leur proposa de passer dès demain pour s'installer. Yurlungur, pas très sûre de bien avoir tout saisi, se leva en s'appuyant sur sa chaise et lui adressa un sourire de complaisance avec un signe de la main. C'est alors qu'une serveuse surgit de nulle part pour les guider jusqu'à leur chambre : un instant, la petite fille la considéra comme s'il s'agissait d'Oaxaca en personne. C'est-à-dire : avec surprise et une pointe de dégoût non dissimulé. Elle s'apprêtait à bégayer quelques mots pour lui dire de déguerpir - elle avait encore soif, bon sang de bonsoir ! - mais Dorika suivait déjà la jeune femme et, la mine renfrognée et silencieuse, elle se décida à suivre sa chère “sœur”. (C'est vrai qu'on se ressemble, quand même. Elle doit être triste de la mort de maman...)

Elle essaya de marcher droit jusqu'à l'étage, même si l'escalier lui donna quelques tournis. Mais elle ne perdait pas de vue les deux femmes devant elle et parvint à ne pas paraître trop bizarre. Lorsque la serveuse repartit, elle murmura simplement un inaudible : « Merci, chère O... Oa... » (Ah, non... Elle ne veut sûrement pas que sa couverture soit fichue, la pauvre. Mais qu'est-ce qu'elle fait là et pas à Omyre avec son dragon ?)

En fait, elle s'en fichait : elle referma la porte derrière elle et reçut en pleine face le regard incrédule de Dorika en plus des bruits de fête qui provenaient de la salle principale en-dessous. (Qu'est-ce qu'elle a à m'regarder comme ça celle-là ?) Elle-même la toisa un moment, comme s'il s'agissait d'une rivale dans les rues de Dahràm. C'était son territoire, ici, et si elle continuait à la fixer de la sorte...

« Y'a un problème ? finit-elle par demander abruptement. »

Et du même coup, elle s'assit sur l'autre paillasse, quoique “se laissa tomber” fût sans doute une expression plus appropriée. C'était dur, comme le sol, mais elle n'y laissa rien paraître : si c'était là qu'elle devait dormir selon la fille de Thimoros, c'est là qu'elle dormirait. Tout semblait confus dans son esprit embrumé par l'alcool. Non, définitivement, c'était la première fois qu'elle en avait pris autant... Combien de verres, déjà ? (J'suis bête, j'sais pas compter.) Papillon soupira au fin fond de son crâne. (Ou p'têt que si. J'sais plus.)

Mais Dorika reprenait déjà, lui reprochant de risquer beaucoup en allant directement au Palais. Cette fois-ci, c'était avec un regard mauvais que Yurlungur lui répondit pendant un temps. N'avait-elle donc pas fini de critiquer sans cesse sa manière d'agir et d'être ? Elle ne se souvenait plus à quand remontait la dernière fois, mais celle-ci était bien suffisante pour faire réagir la fillette. Fidèle à elle-même, elle se mit donc à lui sourire en la narguant :

« Tiens ? Tu penses que j'suis pas suffisamment forte pour réussir ça ? »

Car elle sentait qu'elle avait bien compris l'implicite derrière la réponse de sa coéquipière : elle doutait des capacités de l'enfant à supporter la vie au Palais, à supporter sa mission d'espionnage et de localisation du Sans-Visage. Elle l'en croyait incapable, c'était certain. Elle l'avait pensé, ça lui semblait cohérent, donc c'était nécessairement vrai. Elle se mit donc à rigoler doucement, d'un gloussement fort peu agréable à écouter, avant de poursuivre, provocatrice :

« Je te ferais signaler que toi, tu retournes à la mine où rôde un dangereux assassin... fit-elle en alourdissant ses mots autant qu'elle se sentait pesante et proche du sommeil. Pour le coup, ce serait plutôt à moi de veiller à ta sécurité ! Ha, ha ! Écoute-moi bien... si tu n'me fais pas confiance sur ce coup-là, j'm'en fiche... »

Elle la regardait alors avec un air patibulaire : elle s'allongea sur la paillasse et ferma les yeux, reprenant avant de laisser le temps à Dorika de répondre.

« J'ai pas b'soin de ton aide. J'fais c'que j'veux, d'abord. Est-ce que tu te crois capable de m'entraver ? »

C'était presque un défi, tel qu'elle prononçait ces mots. D'ailleurs, elle décida de se relever et de la fixer avec détermination, bravant son autorité d'aînée sans problème. Qu'elle vienne, si elle en avait les tripes ! Elle agitait son index dans sa direction sans parvenir à la cibler précisément : sa silhouette semblait floue, sans doute d'une magie d'illusion qu'elle lui avait cachée, la traîtresse... et puis, elle avait l'impression d'avoir deux index. C'était un piège... Elle titubait un peu mais reprit :

« Moi je suis libre et je suis venue ici de mon plein gré. C'est mon choix, d'accord ? Je me suis levée un beau jour et je me suis dit : Prends entre tes mains ton destin : mets les voiles dès ce matin pour la planète où tu veux vivre. Prends le large, rien ne te retient, c’est ta vie, elle t’appartient, si tu veux être un homme libre. Enfin, une femme libre... Une femme libre qui fera 'bsolument tout c'que j'veux... »

Elle sentait bien que, sur la fin, quelque chose clochait, grammaticalement parlant, mais elle ne parvenait pas à saisir quoi et cela l'agaçait passablement. Alors qu'elle cherchait sans parvenir à se concentrer sur quoi que ce soit - qu'est-ce qu'elle venait de dire exactement, au juste ? -, son regard se perdit et elle laissa tomber ses fesses sur sa paillasse, soudainement silencieuse comme une tombe après cette tirade empreinte de liberté. Elle n'avait qu'à continuer à la regarder de son regard sévère, cette pauvre Dorika, la gamine n'en avait rien à faire, d'abord. Elle perçut un haussement d'épaules avant qu'elle ne lui annonce qu'elles se passeraient l'une de l'autre à l'avenir et qu'il appartenait à Yurlungur d'expliquer le pourquoi et le comment à Evanith.

S'allongeant entièrement en lui tournant le dos après lui avoir amèrement souri - elle se sentait un peu nauséeuse et préférait clore dès à présent cette conversation trop bruyante et trop confuse -, elle brailla :

« Ouais, c'est ça ! Je lui dirai qu't'es partie, toute seule, à la mine ! »

Elle se retourna et s'endormit en quelques minutes, se mettant presque instantanément à ronfler, chose peu habituelle chez elle - Dorika devait s'en être rendue compte après les quelques nuits avec elle.

La nuit passa calmement, les bruits du rez-de-chaussée se calmant sans troubler outre mesure le sommeil de la fillette. Au matin, elle se réveilla avec un léger mal de crâne. Elle ne se souvenait plus bien de ce qui avait précédé son coucher et cela lui semblait de toute façon trop lointain. Elle se tourna donc vers Dorika, déjà levée, et lui demanda encore qu'à moitié sortie du lit :

« Bien dormi ? »

Celle-ci lui répondit par un grognement qu'elle ne prit même pas la peine d'articuler. Yurlungur, un peu surprise pendant un temps, se releva néanmoins en s'étirant et en éclaircissant ses pensées en s'efforçant de s'habituer à la lumière de la soleil qui entrait dans leur chambre.

« Je vais prendre ça pour un non, fit-elle calmement. Tu as l'intention de partir dès aujourd'hui pour la mine ? »

Cette fois, sa coéquipière se retourna vers elle et rétorqua, vindicative, ce qui prenait à la gamine de s'intéresser à ça en considérant qu'elles devaient faire route séparée, lâchant néanmoins qu'elle allait partir sur-le-champ, puisque ses “projets” - (Mais lesquels ?) - n'attendaient pas. Yurlungur se rappelait de quelques bribes de souvenir de la soirée d'hier. Elle l'avait donc pris aussi mal que ça ? Il fallait maintenant recoller les morceaux et récupérer ce qui pouvait encore l'être... Si elle s'excusait et lâchait du lest dès à présent, elle apparaîtrait comme peu contrôlable et peu certaine d'elle-même. En revanche, si elle parvenait à expliquer son débordement de la veille de façon constructive... Elle fronça donc les sourcils avant de se lancer dans une explication.

« J'exige pouvoir agir de manière indépendante, c'est tout. Je préfère mettre les points sur les i dès maintenant en t'expliquant que, bien que je sois encore une enfant aux yeux de tous, j'ai de quoi me débrouiller seule, sans que tu n'aies à me reprocher mes prises d'initiative. En revanche, ça ne veut pas dire que je romps l'échange d'informations avec toi. »

Est-ce que cela suffirait ? Probablement pas, mais c'était déjà un pas en avant vers Dorika. Elle soupira et annonça :

« Il serait préférable que nous camouflions notre différent devant Evanith et les autres Hommes Pâles. Tu viens ? »

Elle s'était approchée de la porte, toutes ses affaires rapidement empaquetées et mises sur les épaules. Mais la “dame mystère” n'avait pas l'air de vouloir se calmer et refusa tout accord de la sorte, accusant la petite fille de s'être énervée seule alors qu'elle-même ne l'avait jamais sous-estimée. (Sauf à la Tour d'Or, où j'ai bien vu ton regard, et pendant une partie du voyage ensuite...) ne put s'empêcher de songer l'enfant. Mais elle préféra rester diplomate et ne pas se montrer agressive elle-même, ou en tout cas pas comme ça. Dorika acceptait encore de garder leur couverture intacte pour des questions de sécurité, ce qui était déjà ça de gagné, mais elle préférait se séparer d'elle très nettement en restant à la mine aussi longtemps qu'elle le souhaiterait. D'ailleurs, en signe de rupture, elle ne voulait même pas la suivre et faisait mine de rester dans la chambre encore un peu.

La situation était délicate, mais pas irrattrapable. Sa coéquipière faisait déjà des concessions sur leur couverture, il ne tenait qu'à Yurlungur de la persuader qu'une mise en commun de leurs informations serait bénéfique à elles deux. Et puis, à terme, c'en serait presque mieux : aucune d'entre elles n'aurait plus à critiquer la méthode de travail ou les risques pris par l'autre puisqu'ils n'en sauraient pas grand-chose, tandis que toute communication sur leurs découvertes respectives était nécessaire. Elle avait la main sur la poignée et chercha ses mots quelques instants. L'idéal serait de lui montrer qu'elle perdait à une telle rupture. Elle finit par relever un regard calculateur vers Dorika.

« Puisque tout est rompu, j'imagine que je n'ai plus aucune faveur à t'accorder concernant notre pari à la mine, hier matin ? »

Dorika haussa les épaules sans répondre. (Bingo.) Elle ne s'y attendait pas, de toute évidence, et lui rappeler que la fillette lui devait une faveur pas encore remplie venait peut-être d'ébranler un peu ses convictions. Après tout, elle avait déjà réussi à découvrir beaucoup de choses sur l'assassin, en partie grâce à Arsok... Sa coéquipière ne pouvait pas nier que la veille, elle avait réussi à faire du bon travail. C'était le moment, alors qu'elle sentait que la carapace de la jeune femme se fissurait. Elle pencha la tête sur le côté en retirant sa main de la poignée.

« Soit. J'admets que j'ai agi de manière un peu... puérile hier soir. Autant que je te prévienne de suite... »

Elle se tourna de profil pour éviter son regard et leva les yeux au ciel, s'apprêtant à une confidence peu avantageuse.

« Je ne tiens pas très bien l'alcool. Mais c'est pas ma faute ! se hâta-t-elle de préciser. On m'a déjà expliqué : c'est parce que je suis encore toute fine et pas très grande, donc qu'il faut moins d'alcool pour que je sois pompette. »

Pour une fois, elle disait quelque chose de vrai sur elle. Ce devait être l'un des premiers renseignements sur sa propre personne qu'elle donnait à Dorika et pas des moindres : il s'agissait ni plus ni moins que d'un procédé qui pourrait la perdre... Surtout que Yurlungur n'aurait jamais dit non à un verre gentiment offert. Elle rougit un peu en observant de biais la réaction de sa “sœur”. Celle-ci, sans doute consciente que sa réaction était épiée, resta impassible avant de lui demander finalement de se racheter en se montrant le plus efficace possible dans ses projets sur place.

(Oh, ne t'inquiète pas pour ça... Je ferai en sorte, si j'en ai l'occasion, de t'en apprendre plus sur cet assassin, d'ailleurs...) Elle lui sourit.

« À plus. »

Elle s'apprêtait à sortir lorsqu'elle retint finalement son geste et sortit sa pierre de vision, l'agitant un moment devant Dorika avant de la ranger à nouveau, cette fois dans sa poche. Il était inutile de parler : sa coéquipière devait avoir compris. Puis elle sortit et descendit les marches jusqu'en bas, son sac sur les épaules.

S'avançant jusqu'au comptoir, elle demanda au patron :

« Je cherche la maison d'Evanith. Pourriez-vous me dire où elle se trouve s'il vous plaît ? »

Elle attendit sa réponse puis se mit en marche, s'aidant potentiellement des passants pour trouver son chemin. Elle ne comptait pas rester longtemps chez lui : l'essentiel serait surtout de déposer ses affaires là-bas, d'informer que Dorika comptait loger à la mine le plus souvent, mais qu'elle viendrait peut-être de temps en temps la voir en ville, et puis il faudrait récupérer une lettre de recommandation, ou quelque chose du genre, pour entrer au Palais. Car elle imaginait bien qu'on ne laissait pas entrer n'importe qui là-bas. Ensuite, elle aviserait...


(((Se rend à la maison d'Evanith + citation de la planète au trésor, 2000 mots)))

...

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Dernière édition par Yurlungur le Lun 29 Mai 2017 11:41, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 27 Mai 2017 12:02 
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Arothiir – Balcon (21h10)

    Sans un mot, sans un geste, l’être masqué écouta les paroles des deux émissaires de Yuimen, flottant au-dessus du sol sans mouvement. Lorsque ce fut à son tour de répondre, cependant, il se tourna vers la cité, semblant l’observer dans la nuit tombée.

    « Je sens votre attachement à ce monde, il est certain. Neuf, un peu lisse sans doute, car vous ne le comprenez que peu, mais sincère, au moins. Plus sincère que l’intérêt que semble lui porter le Dragon Mauve et tous ses suivants, engeances de destruction et de zizanie. Comprenez que tant que le Conseil d’Or sera allié à cet être néfaste, aucune discussion ne sera possible entre eux et moi, car si je crois votre bonne volonté, je peux aussi souligner votre crédulité, votre confiance parfois aveugle en ces membres vénérables censés représenter leurs peuples, mais s’enfermant dans une haute tour loin de tout. Nul, pas même moi, ne peut dire ce que le Conseil veut réellement à mon attention. Alors je m’en tiens écarté, car je ne reconnais pas leur pouvoir fantoche sur ce monde. C’est avec les peuples que je traite, non avec des représentants les ayant abandonnés. Ce sont les citoyens d’Aliaénon qui décideront de son avenir. Et plus que jamais, les volontés du conseil sont éloignées de celles de ceux qu’ils représentent soi-disant. »

    Il se tourna à nouveau vers Charis et Xël, englobant les deux de son regard invisible, à moins qu’il ne passait de l’un à l’autre subrepticement.

    « Vous évoquez des temps ancestraux dont vous ne connaissez que peu la situation historique. Je n’ai pas détruit Messaliah, j’ai accédé à la requête d’un obsessionnel déviant pour lui permettre d’atteindre la sagesse. Messaliah, je l’ai créée avant de la reprendre à ce peuple qui devenait décadent et imbu de lui-même. Car rien ne s’acquiert sans douleur, et surtout pas la maturité d’un être, d’une civilisation. Ce faisant, j’ai appris au Peuple du Désert à maîtriser leur élément, à comprendre leur environnement, à en voir les méfaits, mais aussi les bienfaits. »

    Il marqua une pause.

    « Mais je n’ai en rien à vous justifier mes actes passés : vous ne sauriez pleinement les comprendre sans les avoir vécus. Je peux, en revanche, vous ouvrir les yeux sur les choses actuelles qui nécrosent ce monde, et qui trouvent leur source dans la présence éveillée des Titans, insidieuses créatures anciennes, qui de leur présence seule menacent l’avenir de ce monde. Dois-je pour cela évoquer les litres de sang que ce Naral Shaam a fait couler sur cette terre pour les éveiller ? Dois-je préciser le nombre de morts et d’accidents que l’inconstance chaotique des flux magiques de ce monde a causé depuis leur éveil ? Sans parler des faits dévastateurs liés directement à leur retour. Le déchirement du peuple pâle de la Forêt d’Emeraude, l’annihilation de la Savane Tanathéenne pour n’en faire plus qu’une lande de mort, la subsistance, partout, de créatures viciées et dangereuses, fléau ayant changé jusqu’à la faune de certaines régions. Il ne passe plus un jour à Esseroth sans qu’un incident magique soit à déplorer. La privatisation d’immenses territoires pour les abriter, sur lesquels ils mènent une loi implacable, tuant sans devoir en rendre le moindre compte quiconque y met le pied. Et bien d’autres faits, dont vous allez être ou avez été d’ores et déjà témoins, comme l’empoisonnement général des terres autour d’Arothiir, et les désastreuses conséquences que ça peut entraîner. »

    Il pivota légèrement vers Xël.

    « Si, un combat des peuples contre les Titans serait désastreux, destructeur. Mais la situation actuelle n’est guère plus enviable. Un retour à l’Aliaénon passé est impossible, certes, mais tous peuvent choisir de protéger leur avenir, et la disparition de ces Titans est la base de ce futur. Leur présence est synonyme de chaos, comprenez-bien ceci. »

    Puis, vers Charis.

    « Rien ne m’oppose au Dragon Mauve. Il s’oppose contre moi, sans que j’en connaisse la raison, et du coup tout nous oppose. Vous prenez le parti du Conseil d’Or parce que vous croyez en connaître les membres, mais voyez quel mal ils ont fait, tout ce sang bu par la terre à cause de leur bras armé, ces chevaliers sans Bannière. Comment pourrais-je considérer le Conseil ouvert à la discussion alors que dans le même temps, leurs sbires saignent gratuitement ceux qui osent m’être fidèles ? Et pour quelle raison ? Aucune concrète, sans doute, car ces derniers n’ont rien fait de mal, hormis croire en ma vision d’un monde meilleur. Des présomptions infondées méritent-elles, là d’où vous venez, qu’on arrache des vies sans devoir rendre de compte ? »

    Et pour conclure :

    « L’Aliaénon auquel j’aspire est un monde qui serait débarrassé de ces Titans, définitivement cette fois, puisque même la lubie d’un fou a pu les éveiller d’un sommeil séculaire. Un monde où les peuples ne devront plus craindre plus puissant qu’eux. »


[Charis : 0,5 (introspection) + 0,5 (questions) + 0,5 (bonus longueur).
Xël : 0,5 (introspection) + 0,5 (question) + 0,5 (bonus longueur).]

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 27 Mai 2017 12:25 
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Arothiir – Maison d'Evanith. (8h30)

    Les indications qui furent données à la petite lui suffirent amplement à dénicher la masure d’Evanith, qui bien que décrépite et pauvrement ornée, faisait presque office de palais dans ce quartier où les habitations, simples chambrées entassées les unes sur les autres sans ordre, étaient misérables à souhait. Lui avait une maison à lui, rien qu’à lui, bien que petite par la taille, étroite et peu haute, en bordure d’une placette où jouaient quelques garçons, et s’étendaient quelques étals de nourriture pas de toute première fraîcheur.

    Image


    L’homme lui ouvrit la porte sitôt qu’elle arriva, et la salua poliment d’un signe de tête, guettant la présence de Dorika à côté de la petite.

    « Votre sœur n’est-elle pas là ? »

    Il fit entrer la jeune fille dans sa propriété, sobrement meublée, et lui montra l’endroit qu’il leur avait préparé : une piécette à côté d’une remise, où deux paillasses étaient étalées sur le sol, sommaires mais plus confortables toutefois que celles de l’auberge.

    « C’est la chambre qu’occupait ma fille dans sa jeunesse, avant qu’elle n’aille à la mine… »


[Aparté bien entendu possible avec Evanith.]

[Yurlungur : 0,5 (introspection) + 0,5 (aparté) + 0,5 (départ vers Evanith) + 1,5 (bonus longueur).]

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