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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 2 Sep 2017 09:35 
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Arothiir – Palais (11h00)

    Ramar mena la jeune Yurlungur à travers le palais jusqu’à une salle dont le faste apparent décriait clairement avec la pauvreté des bas-quartiers de la cité.

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    Immense et vide, toute de marbre, à la colonnade large et haute, la grande salle menait à trois majestueux trônes, occupés par des créatures les plus surprenantes. La première, à gauche, était avachie lascivement sur un trône de coussins, fort peu vêtue. Elle avait la peau pâle, quoique dans des teintes humaines, et tenait à la main un calice d’or. Sa chevelure blanche était engoncée dans deux grandes cornes courbes qui venaient cerner son visage comme une couronne.

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    La seconde était bien plus vêtue, toute de noir et de blanc, d’une manière noble, avec col montant et robe longue. Elle se tenait fièrement, droite et inflexible, sur le trône central. Sa peau était des plus blanches, tout comme sa chevelure qui descendait en cascades autour de son visage gracieux. Ses yeux entièrement noirs étaient fixés sur l'arrivante, et elle arborait elle aussi deux cornes courbes noires sur la tête, ornée d’argent et de gemmes rouges.

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    La troisième, sur le trône de droite, semblait être la plus jeune du trio. De la Noble Trinité. Visage ingénu, cheveux rouges et courts, elle portait une robe courte de cuir dans les tons rouges. Elle portait de nombreux bijoux, collier et bracelets de piques, boucles d’oreilles et de nombreux piercings sur le visage. Ses cornes, plus fines que celles de ses consœurs, étaient elles aussi ornées de joaillerie. Elle toisait les arrivants d’yeux entièrement rouges. Sa peau était hâlée, presque dorée.

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    Elles scrutaient toutes trois le duo qui venait d’entrer, et Ramar fit la révérence une fois arrivé devant elles. Elles le questionnèrent du regard, et n’eurent besoin d’aucun mot pour lui faire comprendre leur question.

    « Dames, je mène à vous notre nouvelle recrue d’accueil : Yurlungur. Elle a su se montrer persuasive et ambitieuse pour ce poste. »

    Il les salua une fois de plus, et elles opinèrent du chef. Celle du centre fit un signe de tête à son attention, et Ramar comprit qu’il devait désormais quitter la pièce, ce qu’il fit sans plus attendre, non sans un regard mi-encourageant, mi-compatissant à la jeune adolescente. Lorsqu’il eut quitté la salle des trônes, sans avoir une seule fois tourné le dos à ces surprenantes créatures dirigeant la cité, elles mirent toute leur attention sur elle. La plus lascive des trois, à gauche, prit la parole d’un ton provocateur.

    « Yurlungur ? Qu’est-ce que c’est pour un nom ? Il faudra t’en trouver un nouveau, ici. Tu seras Ixia, car comme ces fleurs tu es frêle et blanche. »

    Son ton ne souffrait pas de la moindre remise en question. Sa voisine, la plus pâle des trois, ne releva pas spécifiquement, et posa directement une question à Yurlungur. À Ixia.

    « Qui es-tu ? D’om viens-tu ? Et que fais-tu là ? »

    La demande n’était pas équivoque : elle voulait en entendre le plus possible sur la jeune fille. À elle de prendre l’initiative d’une présentation courte ou complète. D’un mensonge ou de la vérité.

[Yurlungur : 0,5 (introspection) + 0,5 (bonus longueur).]

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Dim 3 Sep 2017 09:19 
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...

Ramar, sans hésitation ni davantage d'indications, la conduisit à travers le palais jusqu'à ce qu'il semblait être la salle du trône. Ici, tout n'était que faste opulent, richesses démesurées et grandeur inouïe assumée. Bien que le palace semblait avoir été construit au sommet d'une petite montagne qui se dressait au milieu de terres arides et desséchées, un lieu incongru, inattendu, c'était véritablement l'endroit le plus éclatant de pouvoir qu'elle n'eût jamais vu. Car, si la Trinité avait réussi à s'arroger le droit de vivre dans un tel milieu tandis que le peuple vivait dans la crasse à quelques centaines de mètres, si elle régnait à présent sur la cité et sur une armée de gardes et d'ombres qui leur étaient acquis jusqu'à leur dernier souffle, il s'agissait ni plus ni moins que d'une démonstration époustouflante de leur formidable puissance en ces terres. Et elles en avaient parfaitement conscience, sans doute, puisqu'elles accueillaient sans honte les visiteurs en ces lieux : c'était au contraire le but même, leur montrer qu'elles étaient les véritables maîtresses d'Arothiir - uniques, incontestées, insurpassables.

La petite fille, qui avançait en semblant se cacher derrière la figure protectrice du responsable des hôtes, observait à présent les trois femmes assises ou allongées devant elle avec un petit sourire figé sur ses lèvres, cachant avec peine son étonnement quant à leur physique... particulier. En effet, elles portaient toutes les trois, en guise de couronne peut-être, des cornes absolument monstrueuses. Bien que le reste de leur corps semblât à première vue tout à fait normal, il devenait peu à peu évident en les observant que, si elles avaient été humaines un jour comme le reste de leur peuple, elles étaient désormais sous l'influence d'une funeste mutation, les rendant terribles et sauvages. Pour n'importe qui d'autre, arborer avec autant d'aplomb de telles malformations les aurait conduites au rejet, au bannissement voire à la mort ; mais dans leur cas, occupant les sièges royaux d'Arothiir, elles dégageaient une grâce quasi-divine, une importance mystique qui expliquait bien mieux comment autant d'hommes avaient pu se soumettre à elles pour les protéger de leurs ennemis. La croyance - futile, peut-être, - qu'elles avaient quelque chose qui les dégageait du commun des mortels et qui expliquait donc qu'elles devaient régner sur eux.

Ramar, une fois arrivé devant elles, effectua une révérence et la fillette s'efforça (non sans maladresse) de l'imiter au mieux. Il la présenta promptement et, bien qu'elle fut surprise qu'il ait estimé sa tentative “persuasive” (n'ayant en revanche aucun souci pour “ambitieuse”), elle n'en laissa rien paraître. C'était un individu sympathique : elle devait juste faire attention à ne pas s'attacher à lui, même amicalement. Elles l'observaient elle depuis le début - Ramar n'offrant à leurs yeux aucune différence depuis la dernière fois qu'elles l'avaient vu - et elle leur rendait leurs regards à tour de rôle, ingénument, sans en fixer une trop longtemps, comme si elle caressait de ses yeux leurs visages proprement extraordinaires. En-dehors du fait qu'elles étaient toutes les trois des femmes à cornes ornées (ne serait-ce que pour montrer au monde, encore une fois, leur statut supérieur), elles gardaient néanmoins des différences majeures dans leur accoutrement et même leur posture.

C'était celle au centre, la plus droite et la plus noble, qui fit un petit signe de tête à Ramar qui décampa aussitôt dans son dos. Elle perçut son regard et le lui rendit en souriant gentiment, mais elle se détourna bien vite de lui pour reporter son regard bleu sur les trois dirigeantes. Si celle du centre était tout de noir et blanc vêtue et que la nature même l'avait habillée uniquement avec du noir et du blanc sur sa peau et sa chevelure dans un mélange manichéen de ces couleurs opposées, celle de droite avait les cheveux rouges et semblait également la plus jeune du groupe. En revanche, celle-ci avait apparemment un fétichisme pour les boucles de métal, qu'elle avait enfoncés dans la peau, que ce soit au niveau des oreilles, du nez, du front ou des lèvres - et même sur les cornes.

Néanmoins, ce fut celle de gauche qui la première parla, celle qui était la moins vêtue et la plus avachie. Elle n'avait, contrairement aux deux autres, pas de véritable couleur dominante : seul un calice d'or dans sa main venait briser la teinte naturelle de sa peau. Elle insulta dès ses premières paroles le nom de l'enfant, refusant d'avoir à son service quelqu'un qui en portait un aussi incompréhensible. Et aussitôt, elle la renomma avec celui d'une fleur : “Ixia”. Cela sonnait bien. Donner le nom d'une fleur à une tueuse qui se cachait, c'était presque l'aider. Oui, à présent, elle serait une fleur, “frêle et blanche” - inoffensive.

Une idée fit son apparition dans son esprit. Depuis le début, il lui semblait clair qu'Arsok travaillait aux ordres de la Trinité, mais en y réfléchissant, il y avait deux possibilités distinctes. Ou bien elles s'en chargeaient personnellement, auquel cas il aurait dû leur parler de cette jeune fille qu'il avait laissée passer dans les hauts quartiers et qui souhaitait travailler pour elles, tout en ayant accepté de l'aider à trouver un assassin. Ou bien il y avait un ou plusieurs intermédiaires, qu'importe, ce qui expliquait sans doute pourquoi la seconde, celle du centre, lui demanda ensuite d'expliquer qui elle était. Elles ne savaient pas...

Elle pencha un peu la tête sur le côté et commença, gardant toujours ce sourire candide et innocent qui, à la longue, allait peut-être sonner faux.

« Je suis Ixia, mais je vous parlerais volontiers de celle que je suis en-dehors de ces murs, lorsque l'on m'appelle autrement. »

Elle redressa sa tête et son expression perdit son sourire pour une mine un brin circonspecte, comme un enfant qui s'apprête à écouter une histoire. Elle avait évité, consciencieusement, de répéter son ancien nom, avec un coup d'œil vers celle de gauche.

« Je suis née et j'ai vécu une enfance heureuse et insouciante à Esseroth, cité loin des sables et de ces terres arides. Il n'y avait rien à craindre et rien à demander, puisque nous avions tout le bonheur du monde. Ah, je rêvais de rester là tout le jour, comme un lézard, à boire de la lumière, en écoutant chanter les pins, dans un état de grâce à la rareté insoupçonnée... Tout changea lorsque survint cette guerre qui fit tant de morts et anéantit tant de familles. Mais mes parents, ma sœur et moi-même, nous survécûmes et, une fois que tout semblait s'être calmé, nous entreprîmes de reconstruire notre cité. »

Elle leva les yeux vers le plafond et un sourire amer prit place sur son visage.

« Malheureusement, rien ne devait à présent être comme avant. Rapidement, nous eûmes à choisir entre notre survie et ce en quoi nous croyions. Nous choisîmes les deux, continuant à croire en nos idéaux de façon plus discrète. Et, peu à peu, la croyance se mue en résistance active. Qui sait : peut-être que dans les rares cas où la poursuite d’une juste cause nécessite un acte de piraterie, la piraterie elle-même devient une juste cause, et c'est du moins cette pensée qui nous motiva. »

Elle reposa alors son regard sur celle du centre, un peu plus triste.

« Un sombre destin devait s'acharner sur nous, sans doute. Lorsqu'on se glisse à l'extrémité de ce qui est accepté par ceux qui s'édifient en tant que garants d'une loi incontestable, un cœur, c'est lourd à porter, si bien que deux d'entre nous furent perdus à cause de l'amour qu'ils portaient pour leurs enfants. »

Elle soupira et reprit, toujours avec cet embryon de sourire qui apparaissait contraint.

« Le nôtre devint tout aussi lourd que le leur. Pour ma sœur et moi, la vie était devenu un cauchemar de peurs, d'ombres tueuses et de cachettes incertaines. Mais aucune de nous deux ne souhaitait se laisser tuer... Une nuit, je contemplais sans dormir une lame de rasoir qui devait avoir appartenu à mon père, lorsqu'il était encore vivant : j’ai observé un escargot qui rampait le long d’un rasoir. C’est mon rêve… c’est mon cauchemar… Ramper, glisser le long du fil de la lame d’un rasoir, et survivre. Une décision irrévocable : nous allions donc partir sur les routes, braver les dangers jusqu'à un lieu plus sûr, et surtout, nous allions survivre. »

Son sourire avait disparu totalement et son visage était devenu plus dur au cours de cette explication. Elle fixait désormais la cornue du centre avec détermination et dureté. Mais, soudainement, elle se détendit et reprit :

« Nous avions entendu vaguement parler d'Arothiir. Elle nous semblait suffisamment lointaine et dépourvue des maux qui rongent lentement Esseroth, donc nous sommes venues. »

Son sourire s'élargit et elle conclut donc :

« Et nous avons survécu. »

Puis elle se tut, laissant à cette Trinité l'appréciation de son récit. À elles seules d'en juger la qualité et la vraisemblance, mais elle n'avait pas peur. Elle se souvenait à présent des paroles d'Enulcard, dans le castel, lorsque l'elfe lui avait confié la bague. Oui, à présent, les portes des plus grands palais du monde lui étaient ouvertes et elle s'y tenait, fière et droite, avec ce sourire un brin malicieux sur les lèvres et ces mensonges à foison dans la tête.


(((1500 mots, 4 citations ! :p )))

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Dernière édition par Yurlungur le Dim 17 Sep 2017 14:37, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 16 Sep 2017 08:44 
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Arothiir – Palais (11h05)

    Si celle du centre resta de marbre, sans réaction quoiqu’attentive, aux paroles de celle qui ne serait bientôt plus Yurlungur, la plus jeune, à droite, avait quelques fois penché la tête sur le côté, ostensiblement plus impliquée émotivement dans son récit. Mais la réaction la plus parlante était sans conteste celle de la dirigeante de gauche, lascive. Elle avait baillé sans retenue pendant son récit, manifestant un évident signe d’ennui. Sitôt que ce fut fini, elle répliqua, comme un tranchoir.

    « Quel ennui ! Oublie celle-là, Ixia, et si d’aventure un invité te demande ton histoire, trouves-en une qui saura éveiller son intérêt. Les pauvres petites victimes, c’est d’une banalité sans nom. »

    Puis se tournant vers ses consœurs :

    « Qui est-ce, déjà ? Oh. Oui. Notre nouvelle hôtesse. Elle est déjà parvenue à me le faire oublier par ses dérives inintéressantes. »

    Et, une fois encore, vers la jeune adolescente, le regard de feu rendu intense par son expression provocatrice :

    « Alors voici ta seule et unique chance de nous prouver que tu es celle qu’il nous faut. Essaie de ne pas la louper, demoiselle, si tu ne veux pas faner plus vite que prévu. Mais n’ais pas peur de l’échec : au pire serviras-tu de repas agréable. »

    La menace n’était qu’à peine voilée. Et la jeunette n’avait aucun indice précis sur ce qu’on attendait d’elle. Elle devrait improviser. Et bien. Une pression en plus, pour celle qui avait tant confiance en elle.


[Yurlungur : 0,5 (introspection) + 0,5 (historique) + 1 (bonus longueur)]

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 16 Sep 2017 15:54 
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((( [:attention:] RP à connotation sexuelle explicite. )))

Yurlungur était assez fière de son récit. Elle en était même très fière. À vrai dire, il lui paraissait presque invraisemblable que quiconque ait pu le trouver mal conçu : il rassemblait à la fois des éléments qui devraient mettre la Trinité sur la piste d'un culte du Sans-Visage à Esseroth, tout en attirant, par son aspect un brin pathétique malgré une fin plutôt heureuse et la description d'Arothiir comme un lieu béni, leur sympathie et leur pitié. Oui, la petite fille, qui n'avait jamais eu à souffrir la critique d'un autre et qui, depuis toujours, s'était persuadée que les seuls qui se moquaient d'elle étaient des jaloux ou des idiots, se sentait tout à fait à l'aise, sûre que si elle n'avait que ça à faire pour réussir son entrée au palais, c'était déjà dans la poche.

Évidemment, il y avait les bâillements de celle de gauche, de temps à autres : c'était sûrement une forme de provocation, s'était-elle alors dit, qui n'avait pas d'autre but que de la distraire de la narration de son histoire, afin de la tester, plus ou moins. Et puis, celle du centre, quoique parfaitement neutre, écoutait attentivement les paroles de l'enfant - à travers ses yeux puérils, celle-ci avait l'impression que tous ses mots qui passaient le clos de sa bouche étaient comme bus par son auditoire, qui s'y accrochait comme à la prunelle de ses yeux. Et la réaction de la dernière des Trois, tout à droite, la confortait dans ses certitudes : auprès de celle-ci, son récit remportait une admiration triomphale - elle s'attendait déjà à une ovation généralisée, à une apothéose poétique, à la réussite parfaite et inconditionnelle.

Bref, la jeune fille était sur son petit nuage, souriant d'un air béat en attendant les commentaires (ou les applaudissements !) de cette Trinité - ou d'au moins deux d'entre elles. Mais rien ne vint. Elle continuait à sourire, écoutant néanmoins avec une pointe d'inquiétude grandissante les remarques acerbes et destructrices que se mit soudain à débiter la plus lascive, celle qui déjà avait fait preuve d'un ennui flagrant. Mais celui-ci n'était pas feint : ou alors, elle jouait à la perfection la provocation élevée au rang d'art, camouflant tout intérêt pour son récit par la simple envie de la déchirer en morceaux. Oh, oui : intérieurement, il y avait bien quelque chose qui bouillait chez Yurlungur, mais étrangement, ça bouillait froid. Comme un feu intense de colère et de rage sur lequel on aurait brusquement versé un baquet d'eau glacée de critique.

Elle continuait en feignant sans gêne d'avoir jusqu'à oublié qui était “Ixia” - un nom absurde, puisque donné par cette insupportable femme cornue - et quel était le motif de sa visite. Le sourire disparu de la petite fille s'était donc changé en une expression plus froide mais néanmoins neutre, le regard figée sur celle qui, par ses jérémiades à propos d'une improvisation artistique orale qu'elle ne comprenait pas, accaparait désormais l'attention. Elle était vexée que toute l'emphase qu'elle avait mise dans son récit soit désormais gâchée par... ça. Cette personne suffisamment puissante pour qu'on ne puisse rien lui reprocher, à elle, mais qui toutefois n'avait aucun goût, ne savait rien sur rien, et qui pourtant jugeait ici et là, à droite à gauche, partout et tout le temps. (Une peste. C'est une peste.)

Elle respirait lentement, à mi-chemin entre l'anxiété et l'agacement. (Mais de toute façon, les deux autres vont forcément la reprendre... Elles vont dire qu'elles ont apprécié mon récit, elles vont le faire,) songeait-elle, confiante. Pourquoi est-ce que ça ne marcherait pas ? Depuis toujours, tout fonctionnait comme elle le souhaitait, aux détails près : ce n'était qu'un point de détail que la Trinité soit composée une imbécile notamment.

Mais les deux autres ne réagissaient pas, prises d'un désintérêt croissant pour la situation qu'elles laissaient à la plus incompétente de leur groupe. Peut-être se gaussaient-elles de la situation qui se déroulait sous leurs yeux - mais ce n'était assurément pas drôle car, lentement, un monde de vernis et d'illusions en papier doré se consumait sous les yeux de Yurlungur qui, désespérément, attendait qu'on lui vînt en aide face à cette harpie. Pire encore, profitant du laisser-aller des deux autres, la gauche dirigeante se tourna à nouveau vers la jeune hôtesse et ses quelques paroles plongèrent aussitôt l'enfant dans un trouble intense.

C'était cela, ce qu'elle redoutait le plus : il était implicitement indiqué qu'elle devait à nouveau abandonner son corps à l'une d'elles trois. Mais il s'agissait de trois femmes - et là était bien le problème ! La différence d'âge s'ajoutait à l'embarras de la prostitution, finalement sublimé par le dégoût qu'éprouvait l'enfant face au constat de dépravation qui régnait entre ces murs - et auquel elle devait également s'abandonner, pour le bien de sa mission. Ou alors, se trompait-elle ? Il n'était peut-être nullement question de sexualité ici - ô fol espoir ?

Mais aucune indication supplémentaire ne semblait être de rigueur : ni la provocante dirigeante, ni les deux autres ne semblaient prêtes à faire quoi que ce soit pour tirer l'enfant de ce mauvais pas, tandis que la pression d'une menace de mort s'accentuait sur les épaules de celle qui l'avait frôlée à maintes reprises. Cette fois était néanmoins différente : ce n'était plus un combat où il fallait utiliser sa lame, bien plus prompte à faire taire les beaux-parleurs, mais une situation d'infiltration. Donc, pour faire simple, c'était plus compliqué.

Elle réfléchissait à toute vitesse, handicapée par le poids des secondes qui s'égrenaient tandis qu'elle restait figée - tueraient-elles réellement une enfant dans leur palais ? Dans son dos, ses mains se serraient l'une l'autre jusqu'à s'en blanchir les phalanges : et face à cette épreuve, elle était follement seule, comme piégée dans un cauchemar d'où l'on ne pouvait sortir simplement en se pinçant. Et plus le temps passait, plus elle se sentait honteuse, gênée et balourde, incapable de déterminer ce qu'elle devait faire et abandonnée par tous et toutes. Ce n'était simplement pas possible.

Elle ne pouvait pas ne pas agir. Elle ne pouvait pas agir et se tromper. Il ne lui restait donc plus qu'une seule chose à faire, puisqu'il n'y avait aucune ambiguïté sur le rôle des hôtes et hôtesses dans ce palais : -- mais c'était répugnant. Il fallait bien quelquefois, maltraiter son honneur afin d'arriver à ses fins : car ceux qui respectaient trop les règles dans une loyauté aveugle finissaient par se faire planter un couteau dans le dos. Malheureusement, il ne lui était jamais arrivé de considérer cette maxime comme la métaphore d'un proverbe plus vaste avant aujourd'hui : et deux fois de suite, il aurait fallu qu'elle se résolve à abandonner ses principes devant une cause plus grande qui n'avait qu'un sens fort limité.

Si bien qu'après quelques longues secondes passées sans savoir quoi faire, elle se mit machinalement à avancer vers les dirigeantes, et plus spécifiquement vers celle qui avait parlé, une boule de plomb dans les tripes que ses muscles peinaient à transporter avec elle, et la gorge nouée par le nœud des regrets. Elle imaginait pouvoir rapidement sortir son arme et se jeter sur celle-ci, mais c'était absurde et ça ne la conduirait qu'à une mort certaine et insensée. Elle ne voyait aucune possibilité de fuite ou d'échappée qui s'accorderait avec la mission qu'elle s'était donnée. Tout devenait flou dans une mer déchaînée d'angoisses et de peurs ulcérées, curieusement en désaccord avec sa marche des plus légères, droit sur la plus amère du trio.

Il y avait bien une dizaine de marches qui la séparait des hauteurs où la Trinité siégeait, et elle aurait souhaité qu'il y eût à la place une falaise escarpée. Mais non : pas après pas, elle arrivait sans mal à se rapprocher de l'odieuse provocatrice, qui par ses mots glaçait le sang et terrifiait les enfants. Il lui fallut toute sa concentration pour que ses jambes ne se mettent pas à flageoler devant ces illustres dames, mais son visage était bel et bien devenu grave, peut-être même livide - comme si elle montait sur l'échafaud et non sur leurs trônes.

Personne ne tenta de l'arrêter. Un instant, elle fut tentée de fuir, comme si souvent : de prendre ses jambes à son cou, de retourner dans sa cachette et d'y attendre la fin de la tempête qui détruisait continuellement sa vie. Elle fut tentée de s'effondrer, de se recroqueviller si intensément qu'elle disparaîtrait et retournerait au néant, afin d'échapper au regard pervers et insoutenable de cette femme.

Et alors qu'elle se retrouvait toute proche, pouvant déjà observer le détail de son visage et entrevoir chaque pore de sa peau sous ce vêtement trop fin, elle songea qu'elle ne savait absolument pas comment s'y prendre avec une autre personne de la gent féminine. Panique. Devait-elle agir comme avec un homme ? Ou adopter une attitude plus masculine, considérant que son interlocutrice était une femme ? Elle se perdit un instant, la bouche entrouverte, dans le regard intense et brûlant de la lascivité incarnée.

Son cœur battait, mais ce n'était pas d'amour, seulement d'angoisses profondes et de colère gelée : sa poitrine tressaillit lorsqu'elle se laissa doucement tomber à genoux devant la dirigeante, sans accroc ni précipitation, ne pouvant soutenir son répugnant regard tentateur. Docilement, elle baissa la tête, présentant délibérément sa nuque à un être qui l'avait menacée de mort : la soumission absolue à celle-ci, c'était peut-être ce qui la sauverait de ses griffes mortelles. Et, en plus, elle n'osait pas relever ses yeux vers ce visage malin et cruel - elle ne voulait pas qu'on eût vu son visage tourmenté, coincé entre les larmes et la nécessité de les retenir.

“Même si le corps est perdu, l'âme sera toujours intacte.” La pensée s'était frayée un chemin entre ses peurs et ses terreurs, provenant d'un recoin obscur de son esprit pour s'imposer comme une réalité pleine et rassurante. Les mains de l'enfant se mirent à caresser les cuisses de la dirigeante tandis que son expression reprenait une neutralité douloureuse. Et, du même point de départ que sa sœur aînée, une nouvelle phrase se répercuta comme un écho dans le crâne de la jeune fille. (Il faut abandonner son corps pour élever son âme, tromper les morts et les vivants, caresser la paix du doigt...) songea-t-elle en répétant mentalement l'idée qu'elle croyait presque surgie d'un autre esprit que le sien.

Et, tandis qu'elle lâchait les dernières traces d'honneur qui la reliaient à sa chair déjà ternie par l'avilissement, elle écarta un peu plus le tissu presque immatériel et dévoila son entrejambe, venant y fourrer son visage, garni d'une unique et ultime larme ; dédaignant la répugnance qu'elle éprouvait à sentir des poils lui caresser le nez et les lèvres, elle déposa craintivement quelques baisers à proximité de l'orifice.


(((1500+ mots)))

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Dernière édition par Yurlungur le Dim 24 Sep 2017 12:42, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 23 Sep 2017 09:17 
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    Lorsque la jeune adolescente approcha et consentit à réaliser ce qu’elle n’eut pu imaginer une seconde avant d’entrer en ce monde, la dirigeante provocatrice se laissa faire, dans un premier temps, sous le regard scrutateur et juge de ses deux sœurs. Si Jess, la centrale, resta de marbre, cela sembla gêner la plus jeune, Sable, qui grimaça devant ce spectacle. Guigne, elle, profita quelques secondes de la farouche décision de sa nouvelle petite fleur avant de saisir cette dernière par les cheveux pour balancer sa tête en arrière, et se pencher vers elle pour poser un baiser sur ses lèvres moites. Puis, tenant toujours la tignasse de la servante, elle donna une impulsion pour repousser la jeunette en arrière, qui ne put que choir maladroitement sur son séant, manquant de peu de se briser les os en tombant des escaliers, chose qu’elle évita de justesse. La matriarche terrible la lorgnait de ses yeux d’or inquiétants.

    « Ne sois pas trop pressée, petite fleur : fais nous languir, donne nous cette envie que nous pourrions chercher en toi. Cerne-nous, et sois cette hôtesse parfaite que nous attendons que tu sois : tous ne sont pas à prendre avec les mêmes pincettes. »

    Les deux autres sœurs restèrent silencieuses, attentives. Elles faisaient aussi partie du test : Yurlungur avait-elle fait une erreur en ne prenant compte que de celle qui la désirait le plus explicitement ?

[Yurlungur : 1 (introspection) + 0,5 (Y mettre la langue) + 0,5 (courage) + 1,5 (bonus longueur).]

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Dim 24 Sep 2017 12:42 
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C'était chaud, moite, et surtout c'était répugnant. Elle se sentait salie par une impureté transcendante, comme si rien ne serait plus jamais pareil à présent - et pourtant, elle l'avait fait, poussée par une étrange conviction qui séparait à jamais son âme de son corps. Un fossé immense s'était creusé entre elle à cette heure et elle tantôt : par cette insigne marque de dépravation, c'était toute la part d'enfance en elle qui s'était brisée, un petit diamant minuscule et inébranlable jusqu'ici, qu'elle venait de frapper si rudement, si brutalement et si tristement qu'il avait volé en éclat. Ses doigts ne parviendraient jamais à récupérer la poussière bleue qui s'échappait dans le vent brumeux du chagrin...

Soudain, elle sentit ses cheveux être agrippées avec force et sa tête tirée en arrière : elle cria de douleur et sentit aussitôt des lèvres avides et violentes déposer un baiser haineux qui referma sa bouche, geste qui perdait toute signification ici. Et, avant qu'elle n'ait pu comprendre tout à fait ce qu'il s'était passée, Guigne la rejeta en arrière, toujours par les cheveux. Yurlungur gémit de douleur en rebondissant sur les marches de marbre, quelques larmes coulant sur son visage endurci par une expression plus froide et amère.

Elle releva des yeux rougis et mauvais vers la dirigeante qui, d'un air hautain, lui donna quelques conseils sur la marche à suivre. Une douleur sourde montait depuis son coccyx le long de sa colonne vertébrale, mais cette douleur physique n'était rien par rapport à la majestueuse vague d'affliction et de colère - envers elle-même, envers le monde entier, envers cette idée dans la tête qui lui avait fait commettre l'irréparable -, vague qui lui brisait son cœur et son esprit plus sûrement que la lame la plus affûtée.

Elle ne répondit rien et effaça de son visage les traces de sa peine, relevant vers les deux dirigeantes restantes un regard neutre, vide, étonnamment serein. Il y avait eu une fêlure dans son masque, mais celle-ci semblait déjà comblée : elle sourit gentiment à l'attention de la plus jeune sœur, qui l'observait sans mot dire. Et, se relevant aussi gracieusement que possible malgré l'inconfort de sa position, elle avança timidement vers cette dernière, encore incertaine quant à la marche à suivre et lançant occasionnellement des coups d'œil vers les deux autres.

Elle ne pouvait pas s'occuper des trois à la fois, c'était un fait. Si celle de gauche était la plus à craindre, il semblait que son test soit déjà passé et, bien qu'elle en ait souffert, cela avait semblé la contenter... (À quel prix ?) Celle du centre, assurément, semblait la plus difficile à comprendre. Depuis le début de leur entretien, elle n'avait affiché aucune émotion, restant aussi fixe et inhumaine que sa turbulente sœur était chaotique et cruelle. Elle devrait bien s'y rendre, à un moment ou à un autre, mais pour le moment, il lui importait surtout de s'éloigner de la sulfureuse dominatrice.

Elle souriait donc en rétrécissant d'instant en instant la distance qui la séparait de la dirigeante, quoique ses yeux fussent encore emplis d'une tristesse visible, presque palpable. Et, à nouveau, alors qu'elle se trouvait trop proche du trône pour rebrousser chemin, elle s'agenouilla en continuant à fixer de ses grands yeux bleus ceux rouges de sa nouvelle interlocutrice. Et là, les choses lui parurent plus simples. Celle-ci semblait gentille et il ne se pouvait pas qu'il en fut autrement. Elle ne pouvait même pas envisager que la plus jeune et la plus émotive des sœurs puisse se montrer méchante ou mauvaise, autrement cela eût signé sa perte autant mentale et psychologique que physique.

Et face à quelqu'un qui était nécessairement affable, les choses étaient de fait plus simples. Il n'y avait qu'à aimer, non pas via un désir charnel ou physique, mais en lui adressant une forme de reconnaissance qui, relativement aux noirs sentiments qu'elle éprouvait pour Guigne, se rapprochait de ce qu'on nommait l'amour.

Elle prit doucement la main de la dirigeante et la porta à sa joue pour se laisser caresser, continuant à la fixer d'un sourire ingénu qui était presque naturel, cachant sous des faux-semblants de bonheur l'envie profonde de se laisser aller au chagrin dans les bras de cette inconnue. D'une voix tremblotante, elle demanda :

« Est-ce que vous voulez que je me rapproche ? »

Cette fois-ci, on ne pouvait lui reprocher de la témérité qui, si elle était tout à fait adaptée à la précédente, aurait contrasté avec celle-ci de façon bien trop sensible.


(((500 mots)))

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Dernière édition par Yurlungur le Sam 30 Sep 2017 17:35, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 30 Sep 2017 09:51 
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    La plus jeune sœur, ostensiblement plus émotive et touchée par la position de la jeune humaine, laissa sa main frôler le visage frêle de la jeunesse. Doucement, posément. Avec tendresse. Son regard rouge flottait avec compassion, et lorsque Yurlungur demanda si elle devait s’approcher, la main de la régente glissa dans la sienne, et la releva de ses genoux, doucement. Elle secoua la tête et parla lentement :

    « Non, cela suffit. Cela me suffit. »

    Elle plongea son regard dans celui de la jeune apprentie, et demeura silencieuse. Elle leur faisait de nouveau face, et le silence qui tomba alors se fit plus pesant, sans doute, que les mots d’alors. Qu’attendaient-elles d’elle, à présent ? Son test était-il terminé ? Dans les yeux noirs de la harpie du centre, Yurlungur ne pouvait rien lire que l’obscurité la plus sombre qui lui ait été donné d’observer. Deux billes de néant sur un visage de nacre.


[Yurlungur : 1 (introspection) + 0,5 (adaptation) + 0,5 (bonus longueur).]

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 30 Sep 2017 17:34 
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...

Effectivement, cette fois-ci, il n'y avait eu ni brutalité, ni ressentiment ; ni âpre violence, ni froide rancœur dans les mouvements de la plus jeune de la Trinité. Celle-ci, l'exact opposé de sa consœur de l'autre côté, ne la manipulait qu'avec une attention particulière, comme si ce simple toucher, ce contact corporel lui suffisait. Étrangement, bien qu'il n'y eût rien à craindre par ici, bien qu'elle n'eût encore rien dit qui eût pu la faire entrer définitivement dans la case des “gentils” à l'intérieur de l'esprit triste et manichéen de la petite, celle-ci se sentait comme au bord d'un grand gouffre.

Cette femme, c'était le promontoire qui l'abritait, un abri provisoire au milieu de la tempête. Elle était douce - peut-être plus douce que tous les vivants qui l'avaient déjà aimée elle, Yurlungur. Et puis, une accalmie au milieu d'un orage dans lequel elle sentait qu'elle perdait son cœur et son âme, c'était un miracle, une bénédiction. C'était trop beau pour être vrai, tout simplement, si bien que les mots lui manquaient et, devant sa bienfaitrice qui, sans doute, ignorait totalement la félicité dans laquelle elle venait de plonger sa nouvelle servante, les yeux de la jeune fille se brouillaient, recouverts d'une mince membrane aqueuse. Et ses yeux, par-delà tous ses masques et toutes ses émotions contradictoires, la fixaient avec une forme de gratitude triste, qui attendait avec appréhension le moment où elle devrait aller plus loin.

Mais au lieu de la garder ainsi, la dirigeante lui saisit délicatement les mains et, lentement, l'aida à se relever, avant de lui indiquer qu'elle n'avait pas besoin d'en faire plus. Les yeux de l'enfant se plissèrent tandis que son visage s'épanouissait d'un beau sourire, doux et triste à la fois, adressé uniquement à celle-ci qui, en quelques instants, avait su la toucher. C'était un message, un remerciement peut-être - elle ne le savait pas elle-même. Mais l'ineffable grandeur des sentiments qui la faisaient valdinguer de la violente souffrance à la douloureuse reconnaissance et qui, bientôt, l'entraîneraient encore par-delà ce qu'elle se cachait à elle-même de sa propre vulnérabilité, cela se ressentait dans un regard aussi pur qu'assombri.

Cet instant de grâce n'avait duré que quelques fugaces instants et, presque immédiatement, elle recula, baissant les yeux et cachant sous des dehors neutres toute trace de sentiment un peu trop visible. Ses yeux restaient certes un brin rougis, mais déjà ils s'étaient séchés, absorbant la moindre trace de faiblesse pour faire face à nouveau à ce désert de haine. Et, naturellement, ceux-ci se posèrent avec douceur sur la neutre dirigeante. La dernière des trois qui, derrière un calme et une coloration bipolaire, semblait faire office de la balance la plus juste et la plus inaltérable entre les caractères divergents de ses deux sœurs.

Un instant, elle hésita. Elle s'était déjà occupée de deux d'entre elles et, si celle de gauche la repoussait par sa cruauté, celle du centre était quant à elle nimbée d'une aura de terrifiante majesté. Depuis le début de l'entrevue, elle n'avait pas montré la moindre émotion, cachée bien plus sûrement que Yurlungur derrière un masque de neutralité épouvantable.

Car c'était bien cela qui gênait chez elle : son absolue indifférence, cette sensation terrible qu'elle n'était ici que pour voir et juger, observant les mortels depuis le promontoire divin de sa suprême apathie pour ceux-ci. Et derrière les deux globes noirs qui lui servaient d'yeux, on ne distinguait rien : de même qu'elle ressemblait à un être hors du monde et hors du temps, il s'agissait purement et simplement d'une créature inhumaine, l'avatar d'une néfaste et terrifique entité aux traits monstrueusement anthropomorphes.

D'où une hésitation aussi glaçante qu'insoutenable. Car, des trois, c'était probablement celle-ci qui avait le plus de pouvoir, malgré toute l'agitation de celle de gauche. Elle régnait par son flegme et sa maîtrise, aussi dure et inamovible qu'un roc qui séparerait à jamais deux extrêmes.

La jeune fille fixait donc la première des Trois, tout aussi silencieuse et neutre que son interlocutrice. Elle entrait dans le jeu de celle-ci malgré elle car, si la dirigeante était dans cet art-là une souveraine absolue, camoufler ses émotions était aussi le rempart émotionnel le plus abouti de l'adolescente. Il n'y avait, pour une fois, pas grand-chose à dire de cet échange de regards : ni haussements de sourcil, ni petits souris charmeurs, ni clins d'œil déstabilisateurs. Non, ce n'était que flegme total face à flegme nouveau : un concours que la plus jeune perdrait probablement, mais pas avant de s'être battue un moment.

Elle fit quelques pas en direction de Jess, sans la quitter des yeux. Il était ardu de définir ce que cette reine-là regardait, n'ayant en guise de pupilles qu'un peu de noirceur sur une obscurité des yeux et des mœurs. Arrivée devant elle, presque à même de toucher ses genoux, Yurlungur s'arrêta, toujours aussi mutine d'expressions. C'était un jeu, mais elle se demandait si elle ne se trompait pas de jeu : car parfois, on désespère de trouver chez les autres ce dont on manque soi-même. L'idée n'était pas si folle : et si Jess, contre toute attente, cherchait à se délecter chez les autres de ces émotions jouées ou réelles, ce dont elle avait été privée à jamais par un don aussi maudit qu'inédit ?

Dans ce cas, il suffisait de la frustrer, de la priver de ce petit plaisir qu'elle ressentait à voir chez les autres ce dont elle était dispensée, à les voir se vautrer dans leur humanité si risible et cruellement joviale. Cette déesse, assise sur son trône d'or et d'airain, se gaussait peut-être de ces expressions pleines de vie et de douleur tout autant qu'elle les enviait à ceux qui les possédaient. C'était le privilège des mortels de pouvoir mourir et, ainsi, d'être sans cesse contraints de vivre intensément les émotions qui les ébranlaient : peut-être le seul avantage des hommes sur les dieux, de Yurlungur sur Jess.

Yurlungur face à Jess, bleu dans noir et noir dans bleu : ainsi, leurs regards se croisaient sans ciller, toutes les deux aussi imperturbables que d'ancestraux monolithes. Et, soudain, sans changer d'un poil l'expression de son visage, la jeune fille demanda :

« Qu'y voyez-vous ? »


(((1000 mots
Demande de commentaire sur la forme)))

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Dernière édition par Yurlungur le Sam 7 Oct 2017 14:24, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 7 Oct 2017 09:09 
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Arothiir – Palais. (11h20)

    Jess soutint le regard de Yurlungur avec maîtrise assurance, sans ciller ni montrer quoique ce soit d’intérieur. Aucun ressenti. D’une voix neutre et écartée de cet instant où elle aurait pu concevoir une certaine intimité, elle répondit :

    « J’y vois de la faiblesse, j’y vois de la peur. J’y vois de la détermination, aussi. Et du mensonge. »

    Pas de ton accusateur, ni empathique. Un brin d’admiration désuète, peut-être. De la reconnaissance. De la satisfaction ? Son visage restait de marbre, et elle conclut sobrement.

    « Tu n’es pas là pour ce que tu dis vouloir. Tu devais trouver une excuse pour rentrer dans ce palais, et te voilà maintenant face à nous. Ton but est atteint, partiellement du moins, mais ne peut se poursuivre dans plus d’ombre. Ton erreur : m’avoir laissé lire en toi. Ton génie, aussi, car c’est effectivement ce que je souhaitais de toi. Alors maintenant que ton masque tombe, révèle-nous toute la vérité, sans voile opaque, de ta présence ici. »

    Était-elle perspicace à ce point, ou bluffait-elle ? Ses deux sœurs, en tout cas, semblaient davantage sur le qui-vive. Guigne avait abandonné sa langueur pour se redresser, yeux dorés fixés sur la petite avec intensité, et Sable son visuelle empathie pour un visage plus soupçonneux. Puis, comme en écho à ses dires plus tôt prononcés, elle répéta :

    « Qui es-tu ? D’om viens-tu ? Et que fais-tu là ? »

    Comme si déjà à cet instant du passé, elle avait tout su, du premier regard.


[Yurlungur : 1 (introspection) + 0,5 (stratégie) + 1 (bonus longueur). Forme : Très agréable à lire. Je me suis laissé porter par l’écrit sans même, je dois l’avouer, m’intéresser aux fautes éventuelles, que j’imagine inexistantes puiqu’elles ne m’ont pas arraché à l’immersion de ma lecture. Plus généralement, de très belles introspections sur ces trois derniers RP.]

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 7 Oct 2017 14:24 
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L'enfant s'amusait, déchirée entre l'envie de croire que c'était possible et la crainte crispée de devoir revenir au monde réel, beau et cruel. Non, c'était un jeu, un jeu admirable et dangereux à la fois, car elle avait pris pour adversaire la plus forte des femmes : ce qui se lisait dans son regard et dans sa posture, c'était qu'elle ne ressentait rien - ou alors qu'elle le cachait si bien qu'elle avait oublié ce que cela signifiait - et diantre ce que Yurlungur se plaisait à cette comédie, à retrouver une neutralité factice face aux désagréments de la vie. Face aux deux autres, elle avait perdu à moitié, cédant à la facilité de l'expression qui soulageait l'esprit de ses malheurs. Mais ici, c'était un autre niveau, un autre monde - et enfin, Jess parla.

“Faiblesse”. Ce mot sembla résonner, bourdonnant aux oreilles de la petite, critique grave et condamnatrice, mais cela ne suffit pas à dépasser le mur glacé que la jeune fille avait érigé entre elle et cette mystique inconnue. Elle le pensait peut-être, ou alors c'était une pique, un simple stratagème pour la faire réagir et lui faire retirer son masque. L'enfant ne broncha pas, inflexible face à sa propre faiblesse qui, certes, existait, mais qui se noyait dans son illusoire confiance en soi et en son destin.

“Peur”... C'était déjà plus vrai. Son visage restait impassible, car après tout c'était un sentiment qu'elle avait révélé, à moitié pour embrasser son rôle, à moitié parce qu'il faisait partie intégrante de sa propre personnalité. La perspicacité de Jess se frayait un chemin vers le cœur de l'enfant, qui ne cachait déjà plus l'intérêt de son regard.

“Détermination”. Cette fois-ci, un sourire en coin apparut sur les lèvres de Yurlungur. On la flattait et elle abandonnait le navire, ses défenses disparaissaient le temps qu'on lui reconnaisse toutes les qualités au monde... Car, quoi de mieux pour passer un mur de glace qu'un peu de chaleur humaine ?

“Mensonge”.

Le sourire disparut, happé par l'expression semi-surprise de la jeune fille. Car il y avait sur la figure de Jess, malgré toute l'application que cette dernière mettait à son jeu favori, comme l'annonce subtile et parfaite qu'on ne lui avait jamais rien caché, et encore moins cette fois. Oui, à force de rester de marbre, on parvenait plus aisément à qualifier les sentiments qui animaient son visage, fussent-ils aussi légers et invisibles qu'un courant d'air. Elle se moquait... Elle se moquait de celle qui avait cru, un moment, s'approcher d'elle au point de la tromper. Le retournement de situation était diabolique et extraordinaire à la fois, démontrant une fois pour toute qu'elle était celle qui régnait en ces lieux. Les deux autres n'y avaient vu que du feu...

Ce qu'elle demandait à présent était difficile. Ardu, impossible peut-être même. Il faudrait jouter et pourtant, si elle avait su voir ce qui était faux et ce qui était vrai, l'impasse était si infranchissable que Yurlungur se retrouvait coincée, entre le mur auquel elle s'était elle-même adossée et les trois molosses. Et dire qu'il n'y en avait qu'un seul qui avait du flair...

Mais elle put constater que, de fait, les deux autres étaient à présent bien plus intéressées. Bien maigre consolation que celle de pouvoir contempler sur le visage de Guigne une forme de surprise qu'elle avait contrôlée, de la voir douter enfin - compensée néanmoins par l'air soupçonneux qu'arborait à présent l'autre sœur, celle de qui l'amitié avait définitivement été perdue par cette révélation...

Les trois mêmes questions que tout à l'heure furent posées. Il ne pouvait s'agir d'un simple bluff : personne ne lui avait parlé de cela, et l'expression de Guigne... Yurlungur avait perdu au jeu. Son visage s'était fermé, lui aussi, mué dans une expression d'insatisfaction boudeuse - inquiète ? On lui avait pris sa fierté, l'histoire qu'elle avait construite autour de sa propre personne. Et si Guigne s'était concentrée sur la destruction de la forme, Jess arrivait à présent à en rejeter le fond.

Et, quelque part, elle ne se sentait même pas si effrayée que cela. En fait, c'était une admiration formidable qui croissait en elle à mesure qu'elle se rendait compte de la puissance de l'être en face d'elle, ainsi que des quelques compliments glissés. Il y avait eu du “génie”... Génie involontaire, mais génie quand même : et, flatterie sur flatterie, cette dirigeante-là arrivait à se faire aimer de l'adolescente à la façon d'une véritable reine. Elle n'éveillait pas de haine chez ses sujets, les traitant comme des moins-que-rien, sans pour autant aller vers eux avec une empathie trop grande pour obtenir respect de tous. C'était la plus grande des Trois et même si ses remarques élogieuses ne sortaient de sa bouche que pour obtenir ce qu'elle souhaitait de l'enfant - si elle y avait vu tout cela, elle ne pouvait avoir raté l'orgueil -, celle-ci reconnaissait suffisamment le mérite de son adversaire pour lui accorder quelque chose.

La seule précaution à prendre était d'assurer ses arrières. Puisque nier était impossible, il fallait nécessairement qu'elle use de son avantage : donner des informations sans contrepartie était au mieux naïf, au pire suicidaire.

Elle pencha légèrement la tête sur le côté, venant réarranger ses cheveux d'une main agile, avant de relever une mine souriante vers Jess, ignorant royalement les deux autres qui, par leurs expressions surprises ou haineuses, ne feraient que la déstabiliser.

« Vous... Vous êtes admirable. Vous l'avez donc vu depuis le début, et pourtant vous m'avez laissée approcher vos sœurs ? »

C'était une assertion à moitié moqueuse. Et puis, c'était bien la seule chose qu'elle pouvait dire : essayer de regagner de la contenance en lançant quelques piques. Sa question rhétorique fut rapidement balayée :

« Je pensais avoir monté une histoire crédible... J'espère que vous ne me tiendrez pas rigueur d'avoir tenté de protéger mon passé. C'est quelque chose d'assez précieux... Et si vous me savez peu de gré de ce que je vous dis, sachez-m’en beaucoup de ce que je ne vous dis pas. Car avez-vous réellement envie de connaître les réponses à toutes vos questions ? »

Elle prit une courte inspiration, marquée, et continua :

« Soit... Puisque vous avez su lire cela, j'imagine que vous méritez la réponse à l'une d'entre elles. Je ne suis pas la sœur de la jeune femme arrivée en ville en même temps que moi et mon nom est Yurlungur Elvent. »

Elle lança un regard vers Guigne, précisant :

« Surtout pas Ixia. »

Revenant vers Jess, elle conclut :

« Néanmoins, si vous posez ces questions, c'est que vous n'en connaissez pas les réponses. Vous comprendrez donc que je sois un peu déçue et que je ne puisse pas vous accorder toutes les réponses que vous souhaiteriez, à moins que vous n'acceptiez de verser une contrepartie. »

Son regard s'était fait joueur, étonnamment maître et mature en les circonstances présentes. Aussi reprit-elle :

« Mais si je vous verse des informations sur ma personne, il serait inconvenant qu'une souveraine agisse de même. Vous êtes une dirigeante, et les dirigeants paient leurs informateurs avec des faveurs... Voici la faveur que je requiers en échange d'une seconde réponse : que l'individu nommé Arsok, sobrement reconnu comme l'une de vos Ombres, retire la marque peu seyante qu'il a posée sur mon avant-bras. »

Il fallait commencer lentement. C'était un premier pas, quelque chose qu'il leur était aisément possible d'obtenir si elles voulaient en savoir plus. Il n'y avait plus qu'à voir leur réaction : elles devaient savoir, après la “révélation” sur son identité, qu'elles n'auraient rien si elles ne cédaient pas également un peu de terrain. Évidemment, intérieurement, la gamine était terrifiée, mais c'était une extase de terreur, comblée par une excitation insoutenable, l'impression d'être arrivée à un point de non-retour. Elle bombait le torse, faisait la fière et l'assurée, sans pouvoir s'empêcher de songer aux conséquences de ses actes. Et pourtant, diantre ! Ces frissons, cette exaltation sublime, elle n'aurait renoncé à cela pour rien au monde, du moment que ça durait...


(((1000 mots, citation de Diderot)))

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Dernière édition par Yurlungur le Dim 22 Oct 2017 09:47, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Dim 15 Oct 2017 09:54 
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Arothiir – Palais. (11h25)

    Un instant de silence trôna sur la salle après les réponses données par Yurlungur, qui se sentait bien confiante pour marchander les informations sur sa personne. Guigne, la plus impulsive des trois, rétorqua froidement :

    « La contrepartie de te laisser la vie sauve n’est-elle pas suffisante à tes yeux ? »

    Sa sœur, toujours impeccablement neutre, leva une main d’opposition pour calmer sa voisine et reprendre le dessus de la conversation, ce que Guigne lui accorda de mauvaise grâce. Le regard que la sulfureuse lui lança ne souffrait d’aucune équivoque : elle s’était faite une ennemie mortelle, ici, avec cette tentative. Jess répondit sans qu’aucun ressenti ne soit présent dans sa voix.

    « La marque d’Asork. Il ne la pose pas à la légère sur quelqu’un. S’il l’a fait, c’est qu’il doit avoir une raison. Quelle est-elle ? »

    Elle avait balayé son marché d’un revers de la main, n’en faisant même pas mention dans sa phrase. Yurlungur n’était-elle pas à ce point en mesure de marchander ? Elle avait une quatrième question sur le dos, du coup, et ne trouverait cette fois aucune aide dans le regard déçu de Sable.


[Yurlungur : 0,5 (introspection) + 0,5 (marché) + 1 (bonus longueur).]

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Dim 22 Oct 2017 09:46 
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Sa proposition de marché sembla un peu tomber à l'eau, au vu du silence de mort qui s'abattit sur la salle du trône une fois qu'elle se tut. Elle lança un regard à droite, vers Sable, puis vers Guigne, sentant soudainement que celle-ci allait s'énerver. Il était d'une douceur incomparable de pouvoir ainsi déclencher chez cette femme un sentiment d'agacement aussi jubilatoire, quoique cela ne soit pas prêt de lui servir beaucoup pour le moment. Et, effectivement, Guigne s'emporta, la menaçant de mort si elle refusait de coopérer. L'enfant haussa un sourcil, à peine surprise par cette réaction un poil absurde. Croyait-elle sérieusement pouvoir tout par ce simple mot : la mort ? Plus l'entretien avançait, et plus il devenait clair aux yeux de Yurlungur que ce fût Jess qui commandât. La seule à avoir l'esprit et la grandeur d'une reine : la seule à se montrer à la fois capable de régner et digne d'endosser une telle fonction.

Et, aussitôt, Jess dressa une main d'une impitoyable neutralité, calmant aussitôt sa voisine qui se contenta ensuite d'envoyer des regards féroces vers la jeune fille qui continuait de se tenir là, droite, à peine intimidée par les trois regards braqués sur elle. Une forme de courage insensé, de témérité d'un orgueil incommensurable, l'enveloppait et l'empêchait, apparemment, de saisir à quel point sa situation était délicate. Et pourtant, elle sentait bien qu'elle n'avait pas si tort que cela : se soumettre à Guigne ou à Sable, leur obéir, c'était se condamner. La seule à laquelle elle devait prêter attention présentement, c'était Jess, la seule qui possédait réellement le pouvoir en ces lieux. Une seule à convaincre au lieu de trois, c'était déjà une belle simplification du problème...

Et, pour le moment, tout se passait conformément à ce qu'elle avait prévu. Jess allait probablement se montrer intransigeante : si elle en était arrivée là, ce n'était pas parce qu'elle cédait des faveurs au premier péquenaud venu. En revanche, ç'aurait été faible de la part de Yurlungur de ne pas négocier la valeur des informations qu'elle s'apprêtait à donner. Le tout était de bien équilibrer l'ensemble de façon à ce que chacun obtienne ce qu'il souhaitait... Plus Jess tiendrait en estime la personnalité de la fausse servante, plus celle-ci serait dans une position confortable.

Elle esquissa un sourire lorsque Jess posa à nouveau une question sans même évoquer le marché, essayant aussitôt d'interpréter ce qu'il était dit. A priori, elle connaissait Arsok - au moins elle. Il n'était pas idiot de penser, considérant le respect qui transparaissait de ses paroles, qu'ils se soient déjà rencontrés - peut-être lui donnait-elle personnellement ses ordres de mission. Mais ils ne s'étaient pas revus depuis qu'il avait commencé à chercher l'assassin, apparemment...

« C'est une question, n'est-ce pas ? fit-elle en perdant un instant son sourire, laissant apparaître une expression analytique, qui fut presque aussitôt recouvert par son air joueur - qu'elle se concentre un moment sur ce changement de masques, ça lui fera gagner un peu de temps pour continuer à réfléchir. »

Si Jess souhaitait cette information, elle pouvait tout aussi bien demander directement à Arsok. Si elle le lui demandait à elle, c'était donc parce qu'elle ne souhaitait pas perdre de temps - à chercher l'Ombre, insaisissable peut-être même pour ses employeuses - : mais ce renseignement n'avait aucune valeur, et Yurlungur savait qu'elle ne pourrait l'échanger contre rien. Au contraire, il paraîtrait idiot d'essayer de négocier cela - ce n'était qu'une question de temps pour Jess et en cas de négociation, elle n'aurait aucun intérêt à céder quoi que ce soit. Si la fillette montrait qu'elle avait compris cela...

« J'aimerais préciser que, si mon seul objectif était de garder la vie sauve, je ne serais jamais venue ici et vous n'auriez pas eu le plaisir de faire ma connaissance, reprit-elle en s'adressant ostensiblement à Jess, quoique cela fût pensé pour Guigne ; puis, changeant subitement de sujet : J'ai rencontré Arsok à mon arrivée sur vos terres, dans la dernière mine de thiir encore ouverte. Il se trouve que, par un curieux hasard, lui comme moi sommes à la recherche d'un même individu. »

Elle hésita à préciser plus. Mais elle avait déjà évoqué le thiir, la mine, le fait que ce soit la “dernière”... Quitte à les tester, autant les tester toutes les trois : on verrait bien lesquelles comprendraient de quoi il s'agissait. Enfin, il était certain, pour Yurlungur, que Jess n'en avait pas besoin de plus pour saisir la teneur de son message. Oh, certes, cette recherche était surtout l'objectif de Dorika et n'était devenu le sien qu'après sa rencontre avec l'Ombre, justement : mais il était inutile de préciser tous ces détails futiles. Et puis, si jamais Jess tentait de déterminer la véracité de ses affirmations par son don, elle ne pourrait conclure à un mensonge...

« Nous œuvrons donc actuellement dans le même but, aussi suis-je fortement déçue qu'il ait eu besoin d'apposer cette marque. Grâce à elle, il sait donc que je suis en ce moment ici, en face de vous, en train de vous parler. N'est-ce pas un peu oppressant ? »

Un instant de sagacité illumina son esprit.

« C'est tout comme s'il était juste là, dans mon dos. En train de m'observer... »

Elle soupira, d'une façon si peu naturelle que ç'aurait pu être comique.

« Comprenez donc que je ne puis continuer de la sorte, et que ma requête est tout à fait justifiée. »

Elle releva son regard vers Jess, le plongeant un instant dans le noir profond de ses yeux. Mais, ayant retenu la leçon de la dernière fois, elle le fit dériver sur la peau blanche et parfaite de ce pâle visage, contournant ses traits et dansant autour de ses pupilles sans jamais les toucher à nouveau, un léger souris sur les lèvres. Elle se mouvait, distante : Jess ne pourrait plus user de son pouvoir surnaturel pour la cerner comme elle l'avait fait tantôt. Tout ce qu'il restait, c'était maintenant de négocier les termes de l'échange, subrepticement ramené au premier plan par l'explication qu'elle venait de céder.


(((1000 mots)))

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Dernière édition par Yurlungur le Sam 4 Nov 2017 15:15, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 4 Nov 2017 11:30 
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Arothiir – Palais.

    Jess resta un instant méditative face aux paroles de la petite. Puis, de son ton neutre et détaché, elle posa sa décision. Celle qui ferait voix commune des trois consœurs. Une sentence à nulle équivoque.

    « Alors passons un marché. Résous ces meurtres dans nos mines de Thiir, trouve celui que vous cherchez, et alors Arsok devra ôter sa marque de ton bras. D’ici là, sois oppressée, car son ombre sera sur toi, et où que vous aille, il pourra te retrouver. D’ici là, les portes de ce palais te resteront fermées. Mais ne vois là aucune injustice : nous saurons récompenser généreusement tes réussites, Yurlungur. Va, maintenant. »

    Elle n’avait, apparemment, d’autres choix que de rompre le contact avec la trinité. Dans son sac, la pierre de vision grésilla, et la voix de Kiyoheïki, un Sauveur d’Aliaénon, se fit distinctement entendre dans la salle.

    « Porteurs de pierre de vision, ici le Ser D'Esh Elvohk Kiyoheiki d'Oranan. Je vous en conjure, prêtez-moi l'oreille, yuiméniens.

    La situation en la Forêt d'Emeraude est devenue critique. Le peuple Pâle s'est scindé en deux factions et s'apprête à basculer dans une guerre civile. Il n'est pas encore trop tard pour agir, mais les rares voix cherchant une issue pacifique ne pèsent pas assez dans la balance du conflit. Il nous faut les vôtres. Les Pâles et Aliaénon ont besoin de vous en Treeof ! Je vous en dirai davantage à votre arrivée. Faites au plus vite. »


    Un appel à l’aide. Yurlungur put constater la lueur intéressée qui habitait les regards des trois matriarches d’Arothiir. Même Jess n’eut pas pu garder son flegme légendaire. L’information qui venait de tomber dans leurs oreilles allait peut-être changer durablement le visage du Royaume Pâle. Revenait-il à la jeunette de s’en faire la porte-parole, elle qui eut pu être tenue responsable de cette nouvelle dans les oreilles des trois démones ? Allait-elle répondre à l’appel du milicien oranien ? Une chose était certaine :
    elle n'obtiendrait aucune réponse de la part de la Trinité ce jour.


[Yurlungur : 0,5 (introspection) + 0,5 (demande) + 1 (bonus longueur).]

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 4 Nov 2017 15:15 
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...

Alors que Jess, enfin, concéda à passer un marché avec la jeune fille, annonçant même que, si la réussite venait couronner sa tête, elle serait largement récompensée, il fallut que la pierre qu'elle avait pourtant cachée au fond de son sac afin de ne pas être dérangée se mette à vibrer et grésiller légèrement, attirant immédiatement l'attention sur elle. Le sourire triomphal de Yurlungur disparut immédiatement et, avec empressement, elle chercha à mettre la main dessus pour... pour essayer de la faire taire, ou que savait-elle encore, il devait bien y avoir un moyen d'éteindre ce truc aux moments où elle n'en avait pas besoin. Si bien que, lorsque la voix de Kiyoheïki se mit à résonner distinctement entre les murs du palais, son sang se glaça.

La situation n'était pas fameuse. Et, en quelques phrases, il annonça sans pression qu'elle était yuiménienne et qu'elle était appelée à l'aide dans la forêt d'Émeraude pour sauver les Pâles. Et puis quoi encore ? N'avait-elle pas mieux à faire - par exemple trouver ce meurtrier et gagner les faveurs de la Trinité ? Mais elles avaient tout entendu, toutes les trois : elles fixaient à présent l'adolescente avec une acuité folle, leur surprise palpable. Même Jess, finalement, n'avait pas réussi sur ce coup-là à contenir toutes ses émotions : maigre consolation. Yurlungur serra les dents, jurant mentalement contre le Sauveur qui venait de couler tous ses plans à Arothiir ; puis un sourire assuré vint reprendre ses droits sur son visage tandis qu'elle s'exclamait, non sans amertume :

« Il a révélé le secret de mon origine, le vilain ! »

Elle ferma les yeux quelques instants, conservant son masque d'aplomb en réfléchissant à la meilleure manière d'improviser là-dessus.

« Soit, admit-elle, je suis effectivement yuiménienne. Néanmoins, aussi navrant que cela puisse paraître, je vais devoir m'absenter quelques temps pour rétablir l'ordre dans cette forêt... »

Elle releva le menton, plissant légèrement les yeux en regardant Jess.

« Vous devez le savoir, n'est-ce pas ? La reine... »

Elle chercha un moment le nom. Shee... Shoo... Elle ne savait plus.

« La reine des Pâles a des difficultés à tenir son peuple. Sans l'avoir rencontrée, je peux sans conteste me rendre compte qu'elle est bien moins digne de régner que vous. »

Après tout, il fallait que la flatterie soit grosse pour être bien avalée.

« Voici ce que je vous propose. Je me rends là-bas, j'agis en votre nom, reines des Pâles. Si j'échoue, vous n'aurez qu'à démentir ma légitimité, car pourquoi auriez-vous envoyé une enfant pour une telle tâche ? Si je réussis, vous gagnez influence et respect sur la Forêt. Vous y gagnez dans tous les cas. »

Elle laissa un silence planer quelques instants, puis reprit :

« En échange, vous me laissez un moment avant de résoudre les meurtres dans les mines de Thiir. Vous dites à votre personnel que non, malgré mes nombreuses qualités, je n'étais pas à la hauteur pour servir en tant qu'hôtesse ici. Et, bien sûr, vous n'indiquez à personne que je ne suis pas d'Aliaénon. »

Elle pencha la tête sur le côté et lâcha :

« Cela me semble être acceptable. Je vous laisse délibérer, vous permettez ? »

Elle recula de quelques mètres et, sortant sa pierre de vision, adressa un message à Dorika, suffisamment bas pour que la Trinité ne perçoive pas le sens de ses paroles :

« Dorika, c'est Yurlungur. Ai rencontré la Trinité, mais vais partir à la Forêt d'Émeraude suite au message de Kiyoheïki, pour n'élucider les meurtres des mines qu'après. À toi de voir si tu m'accompagnes ou non. »

Elle attendit quelques instants puis porta à nouveau la pierre jusqu'à sa bouche pour y murmurer un message à Kiyoheïki, cette fois-ci - espérant qu'il se souviendrait d'elle.

« Ser Kiyoheïki, ici Yurlungur. Je suis à Arothiir, d'où je vais partir céans pour vous rejoindre dans la Forêt d'Émeraude. À bientôt. »

Et puis, ses différents messages terminés, elle se retourna vers la Trinité et demanda :

« Alors, ça vous va ? »


(((500 mots, message envoyé à Dorika et à Kiyo)))

Message de Pierre de vision :
Destinataire : Kiyoheïki
Message : Ser Kiyoheïki, ici Yurlungur. Je suis à Arothiir, d'où je vais partir céans pour vous rejoindre dans la Forêt d'Émeraude. À bientôt.

...

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Dernière édition par Yurlungur le Jeu 16 Nov 2017 21:42, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Arothiir
MessagePosté: Sam 11 Nov 2017 10:27 
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Arothiir – Palais.

    C’est avec l’accord intéressé de la Trinité, mais sans nouvelle aucune de Dorika, que Yurlungur quitta Arothiir et son palais à destination de la forêt d’Emeraude et de Treeof.

Suite à Treeof.

[Yurlungur : 1 (messages) + 0,5 (introspection) + 0,5 (proposition) + + 0,5 (épisode 1) + 0,5 (bonus longueur)]

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