L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Treeof
MessagePosté: Sam 23 Sep 2017 10:08 
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Treeof – Château (15h05).

    Lorsqu’il chercha le regard de Talia, ce fut des yeux désolés et non accusateurs ou rancuniers qu’il trouva. Désolée, elle l’était sans doute, d’avoir causé le trouble entre lui et le seigneur loup. De l’avoir mené à la prudence, à la méfiance, comme il l’avait lui-même dit. Astidenix, lui, sentant venir le coup, répéta :

    « Je l’ai dit : c’est non négociable. Si cette rencontre a lieu, je serai présent aux côtés de ma Reine. »

    Sheeala semblait coincée : elle ne pouvait pas rejeter ce dernier fidèle à sa couronne ne remettant aucunement en doute sa position régine sur le Royaume Pâle. C’était, là aussi, le meilleur moyen de provoquer des incidents fâcheux. Elle conclut :

    « Nous irons ensemble, oui. Qu’aurai-je à craindre, entre de si vaillants combattants que vous, Ser Kiyoheïki, et ser Astidenix ? C’est pourquoi nous irons à trois. Et uniquement à trois. Ser Kiyoheïki, pourrez-vous l’en prévenir ? »

    Elle évinçait, sciemment ou non, la présence de Talia d’Omble. Celle-ci lui lança un regard incompris, mais ne prononça mot. Puis, elle reprit la parole, plus doucement, un air éploré sur ses traits fatigués.

    « Ne prenez pas ombrage de ne pas tout connaître, valeureux Sauveur. Ce n’est pas tant de la rétention volontaire que la course ininterrompue du temps qui empêche un récit exhaustif de tout ce qui s’est passé en cinq ans. »

    Puis, regardant dans la direction où le minotaure était parti, l’instant d’avant, elle conclut :

    « Je crains que les guerriers de mon peuple ne passent outre mon ordre. Leur volonté d’en découdre est forte. Plus forte, peut-être, que leur fidélité à ma couronne. Ils voudront en découdre. Jouer les héros, et être reconnus comme tels. Je crains que reporter l’entrevue à demain ne ferait qu’augmenter le risque d’une bataille entre temps. Plus nous attendons, plus les miens risquent de commettre l’irréparable. »


[Kiyo : 1 (introspection) + 1 (bonus longueur).]

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 Sujet du message: Re: Treeof
MessagePosté: Ven 29 Sep 2017 20:36 
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~37~



La première chose que je constate tandis que je peine encore à me reprendre de l'accusation est le regard désolé de ma compagne. Il me faut un instant pour comprendre qu'elle a lu une sorte de blâme dans mes propos, alors que ce n'était pas du tout mon intention. Le Général aussi a compris de travers ce que je voulais dire. Il n'a jamais été question de leur interdire de venir, mais de ne pas le faire sans avoir prévenu au préalable le Seigneur Loup de leur présence. Je me mure dans un silence frustré, détestant de voir que mes mots n'ont pas eu le sens que je leur attribue. Sa Majesté tente de calmer le jeu en assurant que nous irions à la rencontre à trois. Malgré moi, je hausse un sourcil. La Reine vient d'évincer la jeune D'Omble du tableau, à sa surprise comme à la mienne. Cherche-t-elle à la protéger ou craint-elle que sa présence n'envenime la rencontre ? Je comprends cette précaution, mais l'idée de la laisser encore une fois derrière moi ne me plait pas du tout.

Mes yeux de demi-shaakt constatent les trais fatigués de la Reine tandis qu'elle m'exhorte à ne pas prendre ombrage de mon manque d'information. Cinq années est une longue durée, il est vrai, mais j'aurais cru évident que l'on m'informe plus tôt de l'existence de victimes. Je m'étais attendu à des escarmouches, des combats n'allant pas jusqu'à l'irréparable. Je me suis fourvoyé, encore une fois. Le plus grave cependant est ce dont elle m'informe ensuite : je n'ai plus le luxe d'attendre. Les Herbivores risquent de passer outre ses ordres et d'attaquer si l'entrevue est reportée au lendemain.

Situation désastreuse. Moi qui pensais tenir une solution, je suis piégé par les circonstances, jouet d'une fatalité plus que désagréable. Il me faut tout mon sang-froid hérité de mon ascendance ynorienne pour fermer lentement les yeux et ne pas me laisser submerger par des sentiments négatifs.

(Reflets sur le lac. Murmure du vent dans les cimes. Tête claire et cœur vaillant, mon Protégé.)

(Je suis au bord d'un gouffre, Okina.)

(Force intérieure vaut plus que tout filin de sécurité dépendant d'autrui.)

(Certes, mais c'est difficile... Que puis-je faire, faëra ? La situation semble... Inextricable.)

(Epuisé et perdu celui qui n'a de cesse de lutter contre le courant. Suivez. Regardez. Comprenez. Agissez.)

La conversation mentale me laisse dubitatif tandis que je rouvre les yeux. Tous les acteurs sont en place pour le déroulement d'une tragédie. Je n'ai pas su la prévenir, mais je peux encore en changer le dénouement. Il serait plus simple qu'un des camps éradique l'autre, je le sais, mais cette option m'est inenvisageable. Je ne peux pas laisser les Herbivores dévaster un camp où les frères Dongho et la soeur de ma tendre Talia se trouvent. Il m'est également impossible de trop renseigner les Carnivores, sans quoi, ce seront ces derniers qui prendront leurs opposants par surprise.

Je porte la main à mon collier puis la plonge dans mon sac et agrippe la pierre de communication.

"Si c'est là le cours que doivent prendre les choses, je ne saurais m'y opposer davantage."

Mon regard avise la Reine et son Général.

"Je vais l'avertir..."

Mon attention se dirige quelque peu vers la direction prise par le chef des éclaireurs. Il me faut leur faire comprendre ce que je vais ajouter sans pour autant attirer l'attention de celui qui me considère déjà comme un... Traître.

"Des décisions prises ici."

Je pense ensuite à la belle D'Omble, sans la regarder. Si elle peut interpréter mes paroles suffisamment, elle comprendra ce que je veux dire.

"Vous avez raison, Majesté. Nul ne saurait prédire ce qu'un esprit et un coeur déterminés peuvent accomplir, surtout lorsque la vie d'un être cher est en jeu."

Malgré le respect que Talia a pour Sheeala d'Argentar, je ne serais pas surpris si la belle Damoiselle prenait la décision de nous suivre à distance à notre départ. D'un côté, je l'espère, pour qu'elle comprenne que je ne souhaite plus la surprotéger comme la jeune fille sans défense qu'elle n'est pas. D'un autre, si elle se fait surprendre, je redoute une issue plus que pénible pour tous. Mon esprit m'incite à la prudence, et mon cœur à la foi.

J'élève la pierre, attendant un assentiment de la part de mes interlocuteurs. Il me faudra choisir mes mots avec précaution si je veux éviter un maximum de victimes d'un côté comme de l'autre.




(740 mots)

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 Sujet du message: Re: Treeof
MessagePosté: Sam 30 Sep 2017 10:01 
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Treeof – Château (15h05).

    Lorsque le semi-shaakt brandit sa pierre, Sheeala, cligna lentement des yeux en opinant du chef, marquant son accord. Astidenix, derrière elle, semblait nerveux, concentré à l’extrême sur le milicien, si bien que son regard était presque luisant de doute et de sévérité. Talia, elle, semblait perdue. Comme si elle ne se trouvait pas à sa place. Elle regarda sa souveraine, puis Kiyoheïki, et soupira.

    « Je… crois que je ferais mieux de m’écarter. Moins j’en saurai, mieux ce sera pour tous. »

    Et sans demander son reste, elle rompit tout contact et descendit la pente vers la barque qui les avait ramenés là, sur l’île au Palais Pâle. Elle s’y arrêta, distante, hésitante, mais porta son regard lointain vers le château d’Argentar. C’était à lui de jouer. Publiquement ou non, il pouvait parler à l’ennemi des résidents actuels de Treeof.

[Kiyoheïki : 0,5 (introspection) + 0,5 (bonus longueur)]

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 Sujet du message: Re: Treeof
MessagePosté: Sam 7 Oct 2017 03:07 
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~38~



La déception de la femme qui m'est chère me peine beaucoup, mais sa décision de se tenir éloignée est peut-être plus sage. Malgré moi, je la suis du regard tandis qu'elle se dirige vers la barque en contrebas. Je préférerais de loin la savoir heureuse, mais cela ne sera possible qu'une fois cette délicate situation résolue. Je réalise alors pleinement que ces sentiments qui m'étreignent affectent mon jugement. Trop. Cela ne doit pas se reproduire. Si je n'ai pas toute ma tête, je ne serai jamais en mesure de faire ce qui doit être fait.

Main serrée sur la pierre, je sens le regard perçant du Général Astidenix sur moi. Je le devine méfiant à mon égard, et la chose fait douloureusement ressurgir cette certitude que je dois de nouveau faire mes preuves. Droit, je me concentre sur la pierre.

"Ser Dongho ? Seigneur Börte-a-Tchino ? Ici le Ser Kiyoheiki. M'entendez-vous ?"

Quelques instants passent, puis la voix du lupin retentit à travers l'objet. Il m'entend et m'écoute.

"Je suis en présence de Sa Majesté et du Général Astidenix. Tous deux ont le souhait de participer à une entrevue au même endroit que la nôtre. Elle doit avoir lieu au plus tôt. À dire vrai, l'idéal serait dès ce soir."

Je laisse mon interlocuteur réfléchir quelques instants à ce que je viens de lui apprendre puis relève mes yeux violets vers les dignitaires Pâles que j'estime beaucoup. Je sais que je pourrais me taire et laisser faire le reste. Toutefois, j'ai connaissance de ce qui se trame et pourrait se produire d'ici quelques heures. Je ne peux l'ignorer et fermer les yeux sur un drame que j'ai encore l'espoir d'amoindrir. L'éviter complètement semble être devenu une option impossible. Outre pour le peuple Pâle dont je porte les couleurs, je sens croître mon inquiétude pour les deux frères issus de Yuimen. Ils vont être pris entre deux feux alors qu'ils n'ont rien à voir dans cette histoire.

J'inspire et choisis soigneusement mes mots.

"Sachez également que Treeof gronde. Le bruit court que la sécurité des Carnivores pourrait être compromise."

Nul mensonge, mais pas la vérité exacte pour autant. De l'aveu du demi-taureau, les Herbivores savent précisément où se trouve le campement adverse, mais il n'est pas dans mon intérêt ni de taire la chose ni de trop en dire. Je ne veux pas d'un massacre unilatéral, qu'il soit d'un côté ou de l'autre. Pas de faux espoir toutefois. Si les éclaireurs du minotaure ont réellement repéré leurs adversaires, ils ont sans doute laissé dans les environs des espions supervisant leurs mouvements. Si les deux factions se tiennent prêtes à se défendre sans savoir ce que les autres envisagent, cela pourrait nous faire gagner du temps.

Il faut que cet entretien ait lieu. Qu'un accord soit trouvé avant que la situation nous échappe totalement.

"Je ne peux que vous conseiller de rester sur vos gardes."

Légère pause, le temps d'inspirer.

"Si vous pouviez aussi assurer aux yuiméniens retenus qu'ils ne sont pas oubliés, je vous en serais reconnaissant."

La dernière fois que j'ai été en contact avec eux, Célémar n'avait pas l'air spécialement effrayé. Toutefois, je ne me sentirai tranquille qu'une fois les deux frères de retour dans mon champ de vision. Et surtout, m'être assuré qu'ils sont hors de danger. Ils ont beau avoir l'air d'aventuriers aguerris, ils restent des étrangers en ce monde et sont fort probablement ppiégés dans un conflit qui les dépasse.

J'ai respecté mon code d'honneur en évoquant le danger encouru sans donner d'avantage pour autant. Puisse le Loup accepter la rencontre. Je n'ose imaginer les conséquences de son refus.





(603 mots)

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 Sujet du message: Re: Treeof
MessagePosté: Dim 8 Oct 2017 10:27 
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Treeof – Château. (15h10)

    Börte-a-Tchino écouta attentivement les paroles de Kiyoheïki, mais sa seule réponse fut brève et grognante :

    « Ce soir, alors. A la tombée de la nuit, dans la clairière de l’Obélisque. Astidenix, la Reine et vous. Et pas un de plus. Vos frères humains partageront le sort des Carnivores. Nous mourons : ils meurent. Nous vivons, ils vivent. »

    Et la liaison fut coupée. Chacun ici entendit les mots du dirigeant des Carnivores, ce qui laissa un blanc gênant entre ces trois êtres qui avaient appris, à l’époque, à se faire confiance. Astidenix avait le regard planté dans celui de Kiyoheïki, alors que celui de la princesse s’éloignait, posé avec inquiétude vers la forêt. Elle commenta :

    « Nous devrons prochainement nous mettre en route, alors. Qu’est-il mieux de dire, ici ? Annoncer nos actions ? Laisser cette rencontre secrète ? Donner des ordres précis ? J’ai besoin, une fois encore, de vos lumières, Ser Kiyoheïki. »

    Elle avait prononcé tout ça sans le regarder.

[Kiyoheïki : 0,5 (introspection) + 0,5 (message) + 0,5 (bonus longueur).]

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 Sujet du message: Re: Treeof
MessagePosté: Ven 13 Oct 2017 13:21 
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Provenant de la Pierre, la voix du lupin parvient aux oreilles de tous. Si je suis soulagé de savoir que l'entrevue est possible dès aujourd'hui, la suite m'étreint douloureusement le torse. Si la Reine, son Général et moi sommes conviés, nul autre ne l'est. Je m'y étais attendu et y vois une simple précaution. C'est alors que l'homme-loup ajoute une chose à laquelle je ne m'étais pas préparé : une menace insidieuse, inconcevable pour qui dispose d'un peu d'honneur. Il veut faire partager à mes "frères humains" le sort des Carnivores si le malheur devait frapper. Je ne parviens pas à savoir s'il est désespéré à ce point ou s'il a perdu toute dignité en prenant comme garantie la survie d'étrangers à ce conflit. Les Dongho n'ont rien à voir avec les tensions pâles. Qu'ils servent de monnaie d'échange ou tout simplement d'otages me hérisse. Moi, j'ai choisi de m'impliquer, au nom de l'amitié que j'ai pour le peuple Pâle. Eux, non. Ils ont eu simplement le malheur de m'accompagner dans cette voie. Une contrainte de plus, ponctuée par la fin brutale de l'entretien. L'estime que j'ai pour le meneur lupin vient d'en prendre un coup.

Un blanc tombe sur nous, un malaise, renforcé par le regard scrutateur du Général. Sa Majesté détourne les yeux en direction de la forêt, me demandant conseil une nouvelle fois quant à la marche à suivre. Le moins que l'on puisse dire est que le bref échange a attaqué mon assurance. Je ne peux pas faire prendre des risques inconsidérés à ces deux personnes maintenant que je doute réellement de la bonne foi de notre interlocuteur. Pourquoi faut-il qu'il en soit venu à un chantage pareil ? Jamais sa cause ne sera soutenue si l'on apprend que des ressortissants de Yuimen ont été victime de... Bêtes. Si je n'avais pas encore la certitude qu'il veuille simplement réintégrer un foyer, je jurerais voir dans son attitude celle du forcené voulant périr avec panache en poussant les miliciens à la faute.

Un lent souffle m'échappe. Je ne pensais pas qu'il se servirait d'autres êtres comme bouclier, mais j'évite d'en faire mention.

"Vues les circonstances, je vous propose ceci : informons simplement Damoiselle Talia D'Omble et partons devant. Lorsque nous aurons pris suffisamment d'avance pour ne pas être rattrapés avant d'avoir pu parlementer un peu, qu'elle fasse part de mes plans en cette soirée au Chef des éclaireurs."

Mes yeux se ferment lentement car je ne suis que trop conscient de la gravité des propos que je vais formuler.

"Puisque je suis celui qui est à l'origine de cette rencontre, votre autorité n'en souffrira pas s'il est évident aux yeux de tous que je vous ai... Manipulés... Pour parvenir à mes fins. Un traître est capable des prouesses les plus perfides, n'est-ce pas ? Offrir la dirigeante de leur peuple et son plus fidèle allié directement à leurs adversaires est la preuve la plus flagrante de son ignominie."

Je rouvre les yeux, résolu. J'aurais aimé avoir le temps de mettre mon plan en place, mais finalement, son essence est là : si pour rapprocher les Pâles et les réconcilier il leur faut un ennemi commun, que celui qui fut jadis leur ami et les poignarde aujourd'hui dans le dos le devienne. L'idée même de trahir mes idéaux me révulse, mais si tout un peuple peut bénéficier de ce sacrifice, je dois être prêt à le faire.

"Mon souhait de réunir les vôtres demeure inchangé, Votre Majesté. Mais si vos sujets me prêtent d'autres intentions, ne les détrompez pas. Cela pourrait jouer en notre faveur."

Mes doigts effleurent ma protection aux couleurs de la cité un bref instant. Je relève ensuite la tête vers mes interlocuteurs, attentif à leurs réactions.


~Suite~


(622 mots)

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 Sujet du message: Re: Treeof
MessagePosté: Dim 15 Oct 2017 10:14 
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Treeof – Château (15h15).

    Sitôt qu’il eut fini ses propositions, Astidenix rua dans les brancards, nerveux.

    « Ne soyez pas naïf, Ser d’Esh Elvohk. Votre stratégie ne ferait qu’encourager les discours de ceux qui dénoncent une faiblesse dans leur souveraine. Car il faut être faible pour se laisser aller à la perfidie d’un étranger. Ils œuvreront alors sans plus de contrôle, dans le chaos le plus absolu, et la Reine perdra à leurs yeux toute la légitimité qui lui reste. Les prévenir de cette entrevue ne serait déjà pas une bonne idée, à mon sens, mais le faire dans leur dos alors qu’elle a déjà commencé serait la plus belle erreur que l’on pourrait faire : nul ne serait plus en sécurité, ni vous, ni vos frères humains, ni même la Reine. »

    Sheeala baissa un instant les yeux vers le sol, éplorée, et les redressa, tristes, vers Kiyoheïki.

    « Je crains, Sauveur, qu’il ait raison cette fois. Il ne vous appartient pas, de plus, de sacrifier votre propre réputation sur un coup de bluff. En sus de quoi, je doute qu’il plaise à Talia d’Omble de jouer la messagère de si sombres augures vous concernant. Je crois ne pas être pour dissimuler à mon peuple mes intentions, non plus, contrairement à l’avis du Seigneur Astidenix. Intentions que je compte assumer devant eux, irrémédiablement. Mais je crains qu’une telle nouvelle n’embrase définitivement la forêt d’Emeraude dans une lutte intestine. »

    Les regards furent échangés encore une fois, celui d’Astidenix ne cautionnant pas l’avis de sa Reine, mais ne voulant en rien ajouter à ce qui avait déjà été dit. Il semblait qu’ils attendent tous deux une réponse de Kiyoheïki qui trancherait entre leurs deux avis, sans qu’apparemment aucun compromis ne soit acceptable.


[Kiyoheïki : 0,5 (introspection) + 0,5 (stratégie) + 0,5 (bonus longueur).]

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 Sujet du message: Re: Treeof
MessagePosté: Ven 20 Oct 2017 16:03 
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À peine ai-je laissé la parole à mes interlocuteurs que le Général s'en empare. Une fois encore, il me fait comprendre la courte portée de ma proposition. Lui voit dans cette possibilité l'assurance que les Herbivores se sentiront définitivement abandonnés et trahis par une Reine influençable. Il n'approuve déjà pas de les informer, mais moins encore de les mettre devant le fait accompli. Mes yeux se plissent à cette réaction. Donc, si je résume, au lieu d'être prêts à courir sauver leur souveraine d'un individu perfide, ces Pâles préféreraient se retourner contre elle ? Ils n'ont donc plus rien du peuple que j'ai côtoyé autrefois.

Je reporte mon attention sur Sa Majesté, qui ne fait que confirmer ce que son fidèle ami vient de dire. Elle juge même que je n'ai pas à laisser ma réputation être sacrifiée sur l'autel du mensonge. Mes lèvres s'entrouvrent d'elles-mêmes, prêtes à laisser filer une protestation, mais la Reine m'oblige au mutisme en mettant en avant les sentiments de ma tendre amie. Talia ne pourrait que désapprouver de me faire jouer ce rôle, et si l'espace d'un instant je suis outré qu'on mettre ma relation avec la jeune femme aussi ouvertement en avant, je dois reconnaître que la répartie fait mouche. Je ne me sens pas le cœur de la décevoir une nouvelle fois. Je l'ai trop fait souffrir par mon ignorance, recommencer en pleine connaissance de cause me rendrait ignoble. Réaliser que je laisse mon ressenti prendre le pas sur mes décisions me laisse perplexe.

Suis-je devenu si faible et si naïf pour me laisser ainsi écarter de ma voie ?

J'ai beau m'enorgueillir d'être milicien, le fait est que politique et diplomatie me sont des disciplines étrangères. Je suis contrarié de ne pas avoir suivi de formation en ce sens, mais en-dehors du fait que je doute qu'un quelconque maître ynorien m'aurait enseigné cela dans mes jeunes années, il est inutile d'avoir des regrets. Je ne peux pas revenir dans le temps pour changer cela.

La noble Sheeala d'Argentar ne souhaite pas taire ses intentions quant à l'entrevue, mais au contraire les revendiquer et les assumer. Cela pouvant hélas déclencher irréversiblement le conflit. Toutefois, cela pourrait aussi, à mon sens, calmer les esprits les plus hésitants, ceux qui ne se prononcent pas aisément. Une fois encore, mon compromis est écarté de manière significative. On ne me laisse plus que trois possibilités qui ne me plaisent guère : cacher nos intentions et risquer d'être tous taxés de trahison lorsque la chose sera découverte, tout révéler en risquant une révolte immédiate ou... Fuir cet endroit avec la belle D'Omble et abandonner la partie. Un ynorien plus sage l'aurait fait car cela ne concerne en rien sa Patrie ou son Devoir, alors que repartir avec une compagne si. S'il est une faiblesse que je me reconnais aisément, c'est que je suis jeune. Si je gagne en sagesse à chaque pas que je fais, force est de constater que tout mon être est déraisonnable et se refuse à la dernière option.

Je ferme lentement les yeux, inspirant par le nez puis prenant la parole d'une voix apaisée.

"Ce n'était qu'une possibilité. Je comprends vos réticences."

Mes paupières se rouvrent sur la silhouette de la Reine. Les deux camps sont si focalisés sur leur conflit qu'il est inéluctable. Quoi que je fasse, il semble que quelque chose restreigne mon champ d'action et parvienne à chaque fois à anéantir mes espoirs de conciliation. J'aurais tout tenté pour la concrétiser, mais contre une soif de sang et un désespoir égaux entre deux factions, ma détermination pèse peu.

"Les braises couvent depuis longtemps, Majesté. Le feu prendra, d'une manière ou d'une autre. Autant que ce soit là où on peut encore l'influencer. Parlez à vos gens. Ne soyez pas la figure invisible que l'on vous reproche d'être. À la lueur de possibles autres voies, certains indécis pourraient opter pour un nouveau choix."

Mes doigts se resserrent sur mon casque.

"Vous avez mon soutien, Reine D'Argentar."

Si les siens, en plus de refuser d'entendre raison, cherchent à lui barrer la route, la tâche me reviendra sans doute d'escorter les dignitaires jusqu'au point de rendez-vous. Mes pensées vont vers le sifflet magique et sur ma lueur pulsant en moi. Je ne suis peut-être qu'un demi-elfe et un étranger, mais il vaut mieux pour eux ne pas trop me sous-estimer.




(727 mots)

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Dernière édition par Kiyoheiki le Ven 3 Nov 2017 22:49, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Treeof
MessagePosté: Ven 3 Nov 2017 11:02 
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Suite dans la Forêt d'Emeraude.

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 Sujet du message: Re: Treeof
MessagePosté: Dim 12 Nov 2017 12:20 
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Treeof – Domaine des D’Omble. (10h).

    Plusieurs jours après leur départ des quatre coins d’Aliaénon, les aventuriers souhaitant s’impliquer dans la situation de la forêt d’Emeraude arrivèrent au sein de la capitale des Hommes Pâles, une bourgade étonnamment peu semblable à une capitale. Cité forestière aux rues éparses et aux habitations faites de bois et de pierres, elle aurait respiré, sous d’autres auspices, la tranquillité. Mais là, une certaine effervescence remuait la paisible cité. Une effervescence nocive et angoissante. Là où elle était encore il y a peu totalement ouverte sur la forêt, les pâles du clan végétarien ont érigé ces derniers jours une palissade de rondins tout autour de celle-ci, creusant un fossé dans le sol pour défendre la cité de la menace carnivore, épurant les alentours directs de la cité des arbres séculaires qui s’y trouvaient pour donner une meilleure visibilité aux guetteurs. Mais malgré leurs efforts, il était clair que seul le palais, isolé sur une île perdue sur le Lac Pâle bordant la ville forestière, semblait réellement protégé efficacement.






    À leur arrivée, chacun fut redirigé vers le Manoir des D’Omble, une famille de notables de la cité, dont le domaine se trouvait à quelques lieues de la ville elle-même, au nord. Une propriété au style alambiqué et noble contrastant sans doute avec la ruralité de la cité conjointe.

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    Le Manoir était dirigé par le chef de maison, Khar’Tar D’Omble, un homme pâle n’ayant visiblement pas subi de mutation animale.

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    Son épouse, Elisa D’Omble, était une hôtesse soucieuse du confort de ses invités. Elle avait fait apprêter par les quelques domestiques du lieu pour chacun des chambres confortables dans une aile peu usitée du manoir. Elle ne semblait pas non plus faire les frais d’une quelconque mutation.

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    De la famille D’Omble, il ne restait plus au manoir que leur fille, Talia D’Omble, qui elle était parée d’une apparence bien plus singulière, femme-oiseau à la peau pâle.

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    Les aventuriers apprirent que leur seconde fille avait rejoint le clan des carnivores, et que leur fils s’était échappé de la demeure familiale après sa propre mutation. La veille, au soir, lors d’un somptueux repas préparé par Dame Elisa elle-même, avec l’aide de ses cuisiniers, la Reine du Peuple Pâle, Sheeala d’Argentar, les avait rejoints pour une réunion afin de leur donner les bases de l’affaire de la forêt d’Emeraude. Pour le reste, ils devraient se débrouiller selon leurs propres objectifs. La Reine, d’apparence jeune et noble, semblait fort affectée par cette situation, et son visage enfantin semblait mal supporter les affres d’une telle guerre intestine en devenir.

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    Elle était accompagnée de son garde du corps personnel, ancien gouverneur de la Cité d’Andel’Ys : Astidenix. Un vieux guerrier considéré par les siens comme un héros de la guerre contre les elfes, voici de nombreuses années. Un vétéran à la loyauté sans faille, mais qui ne semblait pas porter dans son cœur les agissements des carnivores.

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    Ils apprirent donc ce soir-là, à l’aide des interventions des D’Omble, de la Reine et de Kiyoheïki, les divers tenants et aboutissants de la raison de leur présence en cette forêt : Après l’éveil des titans, les hommes pâles de la forêt furent changés en êtres hybrides : mi hommes, mi animaux. Certains, cerfs, chevaux ou bouquetins, étaient de nature végétarien. D’autres, loups, ours et autres rapaces, étaient carnivores. Ce fut le début d’une distinction dans la population : les premiers prirent peur des agissements possibles des seconds à leur encontre, les targuant de comportement agressif et dangereux et la tension monta dans la cité. Quelques incidents furent à déplorer, des rixes finissant parfois dans le sang, qui furent autant d’arguments pour les végétariens exiger un jugement des carnivores dans leur ensemble. Ceux-ci refusèrent d’être ainsi catégorisés, et avant que le jugement ait lieu, ils prirent la fuite de la cité de Treeof sous la direction d’un meneur charismatique, Bortë-a-Tchino, homme-loup déterminé à rendre aux carnivores la vie qu’ils possédaient avant à Treeof.

    Mais ce départ ne tassa pas les tensions : la rupture étant effective, les deux clans se radicalisèrent sur leurs positions jusqu’à un point de non-retour : Alors que Kiyoheïki tentait de nouer un dialogue entre la Reine Sheeala d’Argentar, dont le pouvoir et l’influence sur son peuple décroissait à vue d’œil, et le meneur des carnivores, un groupe armé de végétariens attaquèrent le campement secret et nomade des carnivores. Leur campement civil, où femmes et enfants se trouvaient. Prévenus cependant d’un risque en ce sens, les carnivores parvinrent à enrayer la menace sans trop de conséquences néfastes. S’ils étêtèrent le meneur de cette expédition vengeresse, un minotaure buté, chef des éclaireurs, afin de faire passer un message clair aux autres végétariens, ils désarmèrent et firent prisonniers tous les autres assaillants, qu’ils libérèrent quelques jours plus tard avant de disparaitre dans la vaste forêt d’Emeraude, avec la promesse de revenir prêts pour reconquérir leur cité, par la force des armes s’il le fallait. Depuis, Treeof se prépare à la guerre, les végétariens restant sourds à toute discussion ou réconciliation possible. Si le clan carnivore était représenté par une personne, il n’en était rien pour les végétariens, qui agissaient en masse populaire sans dirigeant clairement établi. Et entre ces deux clans vindicatifs, un troisième se dessinait, neutre dans le conflit, représenté par les personnes présentes au manoir des D’Ombles : Sheeala, Astidenix, la famille D’Omble et Celemar Dongho. Et quiconque parmi les aventuriers voudraient se joindre à eux pour tenter de ramener le dialogue et la paix entre les clans. Un camp bien peu nombreux, en vérité.

    Au cours de la soirée, ils apprirent aussi l’existence d’hommes-chevaux qui avaient préféré fuir dès le début des soucis vers les grandes steppes du Nord de la forêt. Ainsi que l’existence, dans les Marais d’Eaunoire, au Sud de la Forêt, d’une cité d’exclus, d’hommes-rats, inconnus des Pâles jusqu’ici.


    Le lendemain, après une bonne nuit de sommeil, éparpillés dans le manoir, chacun put choisir ses propres objectifs, ses propres buts, ses propres destinations pour tenter, selon sa volonté, d’influencer sur le conflit. Rejoindre un des camps, viser la victoire de celui-ci ou tenter d’apaiser les choses… Tout était entre leurs mains. Celemar (dont le frère, Edmar, avait rejoint les carnivores de manière officielle), Kiyoheïki, Yurlungur, Xël, Azra, Daemon, Sibelle, Sirat, mais aussi Thrag, le fier nain roux, et Nastya, l’aventurière nosvérienne, allaient décider du sort de Treeof et de la forêt d’Emeraude. Le Chevalier d'Or surnommé "Gasaru" était lui aussi présent. Et pour ce faire, de nombreuses pistes s’offraient à eux : aider les végétariens à préparer leur défense, tenter de retrouver les carnivores dans la forêt avant qu’ils n’attaquent, préparer un plan avec les D’Omble et la Reine pour éviter le conflit, faire intervenir d’autres forces encore non présentes dans le conflit… Ou n’importe quelle autre initiative de leur ressors. Le destin de ces lieux leur appartenait.

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 Sujet du message: Re: Treeof
MessagePosté: Dim 12 Nov 2017 20:36 
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Ils sortirent bien vite de la brume et commencèrent à contourner le chaos. Comme Daemon lui avait demandé ce qu'il savait des homme-pâles, il raconta le peu qu'il en connaissait :

« C'était un peuple humain, divisé en plusieurs villes relativement indépendantes et aux sociétés très différentes. Certains ont le pouvoir de se changer en animaux. Andel'Ys était une cité de pêcheur, gouvernée par un puissant guerrier du nom d'Astidenix. Les forces Omyriennes de Naral Shaam ont voulu la traverser, et nous l'avons défendue. La reine Sheela a, à la demande de Kiyo, levé une armée pour venir à notre secours, Les elfes, Thensoor et les mages du désert étaient là également. Une formidable alliance qui balaya l'armée ennemi, non sans mal... Il semble que les querelles de leur peuple ne soient pas allé en s'arrangeant. J'imagine que nous en saurons plus une fois sur place. »

Pendant une bonne partie du voyage, ils purent admirer les étranges formations du chaos des titans, graphes de pierre, de cristaux et de lumière, qui s'étendaient à perte de vue. Il y aurait beaucoup à apprendre, ici, mais il fallait d'abord trouver un moyen de survivre à la région... À pied, le voyage était incroyablement long, mais ils n'avaient pas vraiment le choix. En un sens, Azra appréciait de retrouver encor une fois le plaisir des grands voyages. Il se surprit même à siffloter, par moment. Sa condition de mort-vivant ne faisait pas disparaître la fatigue, mais c'était une autre forme de lassitude qui l'assaillait parfois, qui pouvait être combattu par une courte méditation. Au final, il était donc on ne peut plus heureux de pouvoir prendre le temps d'admirer les paysages de plus en plus verdoyant autour de lui. Après tout, il avait toute l'éternité pour les admirer, maintenant.

Ils arrivèrent finalement dans la forêt et s'engagèrent dans la direction qu'il estimait à peu près être celle de la cité de Treeof. Il n'y était jamais allé, mais se souvenait assez bien de la carte. Il fallut encore plusieurs jours pour arriver à l'orée de la forêt. Celle-ci semblait avoir été récemment dégagée et la raison en était évidente : des fortifications avaient été établies à la hâte autour de la cité.

Azra remit son masque et se présenta à l'entrée de la cité, demandant à voir l'ambassadeur Kiyoheiki. Les deux messagers de la mort furent conduit à travers la cité, dans laquelle ils purent constater le changement des hommes-pâles... du moins il devina qu'il avait dû s'agir des hommes-pâles. Beaucoup semblaient maintenant avoir un corps à moitié animal. C'était étrange... et assez intéressant. Connaissant leur pouvoir, il n'était pas trop surpris, mais assurément, les titans avaient bien changé les choses. Était-ce de là que venaient les problèmes ? Devançant toute remarque, il glissa à Daemon :

« Non, ils n'étaient pas comme ça la dernière fois que je les ai vu... »

Ils furent donc guidé vers un manoir assez luxueux, dont ils apprirent qu'il appartenait à la famille d'Omble. Azra ne savait rien de ces gens, mais il entra tout de même. Il n'y avait à priori pas de raison de s'inquiéter, ici... du moins pas pour l'instant.

Ils furent accueilli par une femme du nom d'Elisa, maîtresse de maison de son état, qui leur proposa de la suivre jusqu'à une salle de réception où un banquet avait été dressé. Apparemment, beaucoup de monde avait répondu à l'appel. Mais les premières personnes qu'Azra remarqua furent Astidenix, la reine Sheela et Kiyoheiki. Il salua rapidement le premier, heureux de constater que son fils n'était pas présent. Il avait de mauvais souvenir de cette brute stupide... Il alla ensuite trouver la reine, qui semblait durement éprouvée, ainsi que Kiyo. Là, il ne put retenir un commentaire amusé :

« Le destin semble s'acharner à nous réunir... L'ombre et la lumière ne peuvent pas exister l'un sans l'autre, j'imagine. Il se pourrait que mon compagnon, Daemon, ici présent, ait besoin de vos services... »

À ce moment là, la reine entreprit de leur raconter toute l'histoire. Comme il avait commencé à le deviné, le retour des titans avait transformé ce peuple, renforçant la part animale en eux. Hélas, cela avait amené un problème imprévus : là où certains étaient devenu herbivores, d'autres étaient devenu carnivores. Sans véritable raison, les herbivores avaient commencé à accuser les carnivores d'être des bêtes assoiffées de sang. Les tensions ont culminé avec le bannissement de ces derniers. Toutes les tentatives pour ramener la paix avaient échouées, au contraire la guerre semblait plus proche que jamais et les carnivores comptaient bien revenir et retrouver leurs maisons, par la force s'il le fallait.

Azra trouva là-dedans un certain écho avec son histoire et c'est avec une certaine véhémence qu'il gronda :

« Être chassé pour ce qu'on est est inadmissible ! Les carnivores ont raison d'être en colère ! »

Le monde ne semblait décidément jamais tourner rond... fallait-il donc qu'il soit toujours là, à jouer les justiciers de pacotille alors qu'il voudrait juste vivre tranquille dans son coin ? Mais la nuit tombait, et il était épuisé par le voyage. Il se laissa conduire dans une chambre où il médita longuement pour se remettre. Il avait bien besoin de ça pour assimiler ce qu'il venait d'apprendre et en tirer les conclusions adéquat

Au matin, il avait pris sa décision. Il alla trouver Kiyo. Après tout, c'était sans doute la personne la mieux informée, ici... La porte e la chambre de celui-ci était ouverte et il se trouvait justement à l'intérieur. Azra se présenta à l'entrée :

« Et toi, vieux compagnon ? Puisque tu es là depuis un moment, te connaissant, je gage que tu as déjà essayé de calmer le jeu... mais sans succès, semble-t-il. As-tu une piste, au moins pour savoir où se trouvent les banni ? Plus on attendra, plus la situation risquera de dégénérer. »

L'aide de l'ynorien pourrait lui être utile, au moins dans un premier temps. D'autant plus qu'il n'oubliait pas qu'il était là avant tout pour savoir si le semi-shaakt pouvait ressusciter son compagnon. Il ignorait l'étendu de ses pouvoirs... mais en fait, le plus grand facteur d'incertitude était bien Daemon lui-même ! Sa condition de mort-vivant le rendait plus lunatique que jamais et il semblait parfaitement conscient, et presque intéressé à l'idée de la mort. Hum... un meilleur adepte de Phaïtos que lui ? Peut-être, mais si tous les adeptes de Phaïtos étaient ainsi, cela ferait longtemps que le temples seraient tombé en ruine, abandonnés !

Kiyo admit ne pas avoir beaucoup progressé, car les deux peuples se considéraient comme légitime. Cependant, il avait déjà pu converser avec Bortë-a-Tchino, l'homme-loup qui gouvernait les carnivores, à proximité d'un obélisque. Il indiqua qu'un certain Edmar devait toujours avoir une pierre de vision. Voilà qui était un bon début.

« Voilà une information intéressante. J'essaierais de les contacter. Par simple curiosité, quel est donc cet obélisque et pourquoi t'a-t-il étonné ? »

Il expliqua que le monument était différent de tout ce que faisaient les hommes-pâles, semblable à une étrange carcasse. De quoi intéresser un nécromancien !

« Hum... j'aimerais bien voir cette chose, pendant que je suis ici. Qu'en disent les locaux ? »

Il n'en savait hélas pas plus. Les histoires de guerre lui pesaient lourdement, et c'était compréhensible. Se refocalisant là-dessus, Azra demanda :

« Sais-tu pourquoi certains hommes-pâles n'ont pas été transformés ? Ceci a été déclenché par le retour des titans, mais il n'en savent pas plus sur les raisons et le mécanisme du phénomène ? »

Il ne savait pas non plus. Les homme-pâles gardaient bien des secrets, mais un détail dans ce qu'il disait alerta l'oreille d'Azra :

« Tu veux dire... que seuls les hommes-pâles de Treeof ont été transformés ? Alors il pourrait s'agir d'un problème lié à la région. Cela pourrait paraître fou, mais si nous inversions le processus, le problème serait réglé. Même si c'est improbable, il faut chercher aussi dans cette direction. »

Il confirma ces paroles. Azra réfléchit un instant, puis proposa :

« Faire appel à Ibn Al'Sabbar ou Thensoor pourrait être une bonne idée, mais il nous faudrait déjà une piste... J'irais étudier cet obélisque, on ne sait jamais. »

Puis, après une hésitation, il décida de passer à l'élément qui l'avait amené à venir ici à l'origine :

« Sinon... il se trouve que mon compagnon aurait besoin des soins d'un prêtre de la lumière. Une... résurrection un peu plus durable que celles que je peux offrir. Serais-tu verser dans ces arts ? »

Hélas, comme il fallait s'y attendre, il ne savait pas comment faire. D'après lui, seul les combattants de la lumière pouvaient réaliser de tels choses et une rencontre serait... malvenue. La liche hocha la tête. Il n'avait eu que peu d'espoirs, mais il fallait bien tenter. Il fallait croire que cette partie de la quête était vouée à l'échec.

Il lui demanda donc où se trouvait l'obélisque et le salua. Il irait voir cette étrange formation, mais il pourrait avoir besoin d'aide pour comprendre ce qu'elle était. D'après Kiyo, il y avait d'étranges inscriptions dessus, à tout hasard, Azra lui demanda :

« Connais-tu quelqu'un qui serait assez érudit pour connaître d'anciennes écritures, dans cette ville ? Cela pourrait m'être utile. »

Il lui indiqua que Talia d'Omble serait la plus à même de l'aider en lui indiquant quelqu'un qui saurait. Azra le remercia :

« Bien, je vais partir sur cette piste. À nos prochaines retrouvailles. »

Et il sortit pour se mettre à la recherche de cette fameuse Talia.

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Dernière édition par Azra le Mer 15 Nov 2017 19:49, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Treeof
MessagePosté: Mar 14 Nov 2017 17:21 
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Thrag décide de m’accompagner et nous partons le lendemain, vers le nord. Nous traversons d’abord le désert de sable et de roche. Un voyage silencieux où je m’imagine le pire au sujet des événements à venir et surtout pour préserver ma salive et mon énergie. Nous atteignons les plaines d’Arothiir et je prends soin de me couvrir le nez et la bouche avec un tissu humide. Inutile de vérifier si Thrag fait de même. Il serait idiot de croire que ce n’est pas nécessaire. Nous nous arrêtons pour une nuit dans la cité mais nous n’allons pas au palais cette fois, l’auberge nous suffit. Aucun signe de Karz là-bas. Je ne m’inquiète pas pour lui, il a dû retrouver son chemin.
Nous prenons ensuite la route vers la foret d’émeraude et le chemin étant plus clément, j’en profite pour raconter à Thrag ce que je sais sur ce monde. Je lui raconte les évènements de la grande guerre. Je décris les cités que j’ai visitées, les gens que j’ai rencontrés.
Finalement, nous arrivons devant une cité forestière aux habitations de bois et de pierres. Un environnement qui pourrait paraître tranquille et reposant mais la cité est agité par le mouvement que j’avais déjà constaté à Esseroth et à Fan-ming. Des palissades sont levées, des fossés creusés. Autant de préparation qui annoncent une bataille imminente.
Nous nous présentons aux gardes des portes et ils nous dirigent vers le manoir des D’Omble. Nous avançons alors dans la cité en effervescence jusqu’à atteindre une grande maison ressemblant à celle que l’on voit à Kendra-Kar. Nous rencontrons les propriétaires du domaine dont la fille avait subi une mutation. Nous sommes conviés à une réunion où est présente la reine du peuple pâle, Astidenix que j’avais rencontré à la Tour d’Or lors de notre fête de départ. Sont présents également plusieurs aventuriers qui ont répondus à l’appel. Le seul que je connais est l’Humoran, Sirat. Je suis à la fois content de le voir et aussi un peu inquiet. Sa façon de penser est particulière et il pourrait décider de changer de camp en plein milieu d’une bataille. Je garde cette réflexion pour moi, inutile de causer plus de tension.
Je reste d’ailleurs silencieux toute la réunion, écoutant attentivement la description de la situation dans la forêt. Le sentiment que je ressens est celui d’une profonde injustice vis-à-vis des carnivores rejetés pour leur simple apparence. S’étaient-ils seulement montrés dangereux vis-à-vis des autres ? Voilà la question qui tourne en rond dans ma tête le reste de la réunion.

Je rejoins ensuite ma chambre pour me reposer du long voyage, profitant d’un lit douillet et du confort d’une chambre à l’abri des bêtes sauvages et du froid matinal. Le lendemain matin, je me réveille en pleine forme, procède à une toilette potable, enfile ma tenue d’Esseroth et attrape mon bâton avant de sortir de la chambre. Guidé par mon nez et mon estomac, je ne tarde pas à trouver la cuisine, sombre mais propre, remplie de vieux chaudrons et marmites. Devant la cheminée, un jeune homme pâle aux cheveux sombres s’affaire à enfourner les pâtisseries. Je frappe doucement sur la porte pour m’annoncer et lui demander si je peux rester ici pour prendre mon petit déjeuner.
Il répond d’un simple hochement de tête, je m’installe alors et me présente en souriant. Il fait un maigre sourire et désigne le four en m’annonçant que ce sera bientôt cuit mais qu’il vaut mieux attendre que ça refroidisse. Je m’exclame.

"Ah ! C'est encore meilleur quand c'est encore chaud ! "

Le doux souvenir d’un pain encore tiède me fait monter l’eau à la bouche. Je profite de la présence de ce garçon pour lui demander son avis sur les événements concernant les carnivores. Il hausse les épaules en répondant qu’il ne sort pas beaucoup et que la disparition de leur fils et la fugue de leur fille affecte beaucoup ses maîtres. Je peux comprendre, même si ça ne m’aide pas à en savoir plus sur les raisons de la naissance d’un conflit.

"Pourquoi les carnivores se sont fait mettre à la porte ? Il y a eu un accident ?"

Il se détourne du four pour me regarder sans rien dire avant de se tourner à nouveau pour me répondre à voix basse qu’ils devaient être jugés mais qu’ils sont partis avant. Il m’informe que des corps ont étés retrouvés sans vie et que les carnivores ont étés accusés. Je fronce les sourcils, pourquoi tous les carnivores seraient accusés et même jugés simplement parce qu’ils sont carnivores ?

"Ils voulaient tous les juger pour ça ? Comme s'ils étaient tous complices ?"

Il grimace, se défendant en disant qu’il ne sait pas trop et qu’il ne sort pas beaucoup du manoir. Selon les rumeurs, les carnivores ont le meurtre dans le sang. Après une hésitation, il parle d’une Lisa qui, elle, n’aurait fait de mal à personne. La fille d’Omble, j’imagine. Celle qui est partie avec les carnivores. Tout ça me parait étrange, accuser tous les carnivores pour quelques cadavres, c’est assez étonnant. Je lui demande si ces cadavres ce sont fait dévorer. Il répond que non avant de rajouter qu’il ne sait pas. Je me gratte le menton, pensif, avant de réfléchir à voix haute.

"Non ? Pourquoi un carnivore tuerait quelqu'un si ce n'est pas pour le manger ? Ça pourrait aussi être un végétarien..."

Encore une fois, il répond qu’il ne sait pas.

"J'irais me renseigner en ville après. Je trouverai si les carnivores sont vraiment un danger pour vous. Si ce n'est pas le cas je ferais en sorte qu'ils puissent revenir. "

Il hoche la tête, silencieux, avant d’ouvrir le four pour en sortir les pâtisseries fumantes que j’observe en salivant. Impatient de les goûter, j’occupe mon esprit en posant des questions sur les raisons de ces transformations. Une fois de plus, il hausse les épaules en répondant qu’il l’ignore mais qu’il a entendu parler d’une histoire de Titan.

"Tu sais qui pourrait m'en dire plus sur toute cette histoire ?"

Je suis curieux de savoir pourquoi ici, dans cette forêt, certains ont commencés à muter en bestioles. Il répond sans hésiter cette fois que la Reine saurait me répondre, ne tarissant pas d’éloge à son égard. J’hoche la tête avant de récupérer une pâtisserie encore chaude, la passant de main en main pour ne pas me brûler.

"J'irai papoter avec elle alors. Mais d'abord je vais faire un tour en ville ! Merci pour tout !"

Il me fait un maigre sourire que je lui rends volontiers avant de quitter la cuisine. Soufflant sur mon repas, je prends la direction du centre-ville pour interroger les citoyens et en savoir plus sur ces fameux meurtres.



((1100 mots))

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 Sujet du message: Re: Treeof
MessagePosté: Jeu 16 Nov 2017 21:42 
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...

La Trinité avait donné son accord à l'enfant pour la laisser jouer - du moment qu'elle était gagnante. À vrai dire, Yurlungur aurait tenté le coup même si elles s'y étaient opposées : le seul objectif était de les prévenir avant que les nouvelles ne leur tombent dessus brutalement. Et puis, ensuite, tout se passa si facilement. Il lui suffit de quitter le Palais en restant muette aux demandes de Ramar concernant l'entrevue avec les dirigeantes, feignant une tristesse confuse. Elle le laissait là, en plan, le pauvre garçon : ce dernier allait sans doute demander à ses trois maîtresses ce qui avait bien pu se passer, à moins qu'il ne craigne leur colère à cette évocation ; dans tous les cas, celles-ci allaient probablement jouer le jeu et ne pas trop en parler, quitte à le remettre à sa place.

Et puis, passant rapidement chez son hôte absent pour récupérer ses affaires et se changer prestement, elle consentit à laisser un simple mot d'explication, toujours sans nouvelles de Dorika.
« Je dois m'absenter un moment. J'ai expliqué à Dorika ce qu'il se passe. Merci beaucoup pour votre accueil, et faites attention à vous. »
Qu'elle se débrouille avec ça, si elle ne souhaitait pas venir avec elle. Elle ressortit de la maison, croisant à nouveau les enfants Pâles qui jouaient dans la rue, mais ceux-ci ne l'intéressaient guère plus. Elle avait en tête des idées de grandeur et de gloire, des desseins et des manigances qui s'élaboraient peu à peu - il lui suffirait d'écouter le rapport de Kiyoheïki et des Pâles de la Forêt d'Émeraude et elle trouverait bien quelque chose à faire pour tourner les choses à son avantage.

Le cheval qu'elle avait jusque là partagé avec Dorika lui posait déjà plus de problèmes. Il était inconcevable qu'elle se rende à pied jusqu'à Treeof, d'autant qu'elle n'avait qu'une idée approximative de la direction et qu'elle espérait surtout pouvoir effectuer le chemin inverse de l'aller, rejoindre la forêt et, là-bas, réussir à s'orienter vers la capitale en espérant qu'il y ait quelques chemins indiqués. Oh, voyager seule n'était pas une mince affaire, mais elle avait encore quelques provisions et avait récupéré de l'eau en prévision chez Evanith.

Bien que peu assurée une fois juchée sur le canasson, elle quitta la cité, veillant à remettre son ruban en protection face aux vapeurs nocives de thiir. Une petite silhouette perchée sur un grand cheval, qui s'éloignait de la cité au milieu des plaines désertes. À vrai dire, voyager seule ne l'embêtait pas : la peur de brigands ou mercenaires avides ne l'effleurait même pas. Que pouvaient-ils faire contre l'émissaire de la Trinité, à part plier le genou et accepter ses ordres ? Et puis, elle savait se battre, tout de même, quoiqu'elle ne se fut pas exercée sans Asmodée jusqu'ici...

Les quelques journées de voyage se passèrent étonnamment agréablement, entre flatteries destinées à elle-même et tentatives de maîtriser plus ou moins son canasson qui, globalement, faisait tout de même le boulot à peu près seul et réagissait de façon approximative à ses mouvements brusques, violents et maladroits. Bon, elle mit bien une quinzaine de minutes à descendre la première fois, sans l'aide de Dorika - c'était encore un peu haut -, mais elle avait gardé le coup pour les fois suivantes, qui se déroulèrent sans heurts.

Et, une fois les plaines d'Arothiir traversées, la forêt pénétrée et un simulacre de chemin trouvé, elle finit par arriver en vue de la capitale des Hommes Pâles, si rapidement qu'il lui sembla presque que tout cela n'avait duré qu'un instant : mais sans avoir le temps d'y penser, son regard se posa, dur et intense, sur la cité.

Juchée sur sa monture, elle observa quelques instants la ruralité des lieux, non sans un certain dégoût, ainsi que ces curieux hommes-bêtes qui érigeaient une palissade autour de cette cité bien plus petite et vulgaire qu'Arothiir. C'en était presque offensant. Et l'on s'étonnait encore, après avoir vu le luxe de la cité du thiir, que ses dirigeantes n'aient pas envie que l'équilibre des pouvoirs change en leur faveur ? Et puis, constatant sans bouger tous les efforts de cette masse grouillante autour d'une cité dénuée de remparts à proprement parler, quelque chose la frappa et lui fit considérer avec une sévérité accrue l'action des Pâles qui se déroulait sous ses yeux.

Les gens qui habitaient là n'avaient sans doute jamais connu la guerre, ou du moins la guerre sur leurs terres. C'était la première fois qu'une menace s'élevait contre leur patrie directement et ils étaient... formidablement ridicules. Une palissade de rondins, vraiment ? Si encore elle était bien montée... On aurait dit une amusette, un décor de théâtre, en comparaison de celle qui se dressait autour du camp des forces d'Oaxaca à Dahràm depuis six longues années. La jeune fille songeait aux fougueux pirates de sa ville, à l'empressement qu'ils auraient eu à déferler sur les envahisseurs si ces derniers avaient monté une défense aussi grotesque. Quelque part, leurs manière rustres et violentes, leur caractère bien trempé, leurs manigances fourbes... tout cela lui manquait plus qu'elle n'y aurait cru. Ici, ce n'était que créatures persuadées que le monde était juste, puisqu'il s'était toujours comporté ainsi avec eux. Elle avait hâte : hâte de leur faire sentir l'étendue de leur méprise – afin qu'ils souffrent, eux aussi, autant qu'elle avait déjà souffert.

L'image de cette cité en ébullition, en pleine crise, lui redonnait néanmoins étrangement confiance en elle, comme un vétéran peut se montrer moqueur vis-à-vis des jeunots qui découvrent la dure réalité des combats. Lorsqu'Oaxaca avait pris Dahràm, la fillette n'avait pas su quoi faire, observant seulement autour d'elle l'effervescence qui s'était déclenchée, les hommes qui se préparaient et qui accumulaient armes, vivres et alcool. Et elle, elle s'était réfugiée dans la robe de sa mère, terrifiée par l'atmosphère de mort qui régnait et emprisonnait d'une main de fer la cité pirate.

Et aujourd'hui, c'était à eux de subir un tel conflit. Mais ils n'étaient pas préparés : ils allaient perdre, à moins que leurs ennemis soient encore plus mauvais qu'eux dans l'art de la guerre. Elle soupira et s'avança, n'accordant aucune considération aux regards étonnés qu'on lui adressait, à elle, simple adolescente qui voyageait seule dans cette contrée, arrivant au beau milieu d'une guerre civile. À vrai dire, elle se délectait de cette attention particulière qu'on lui portait ici et de la rigueur qu'elle mettait à ne laisser rien paraître de ce petit plaisir. Mais afin qu'on ne la remarque pas trop, afin qu'on ne se souvienne pas bien de son visage, elle pressait le pas de sa monture, échappant à leurs pensées aussitôt qu'elle en était disparue.

Dès lors qu'elle eut demandé le chemin où trouver Ser Kiyoheïki, on l'avait aussitôt redirigée vers le manoir des D'Omble, au nord de la cité. Passant à travers celle-ci, elle se moquait intérieurement de ces maisons au style forestier, trop tranquille - on se serait cru chez des elfes hinïons, ces éternels mollassons protégés par leur forêt et les royaumes entre eux et Oaxaca, bien loin de toute la réalité du monde en guerre qu'était Yuimen. Elle n'était pas chez elle ici, et elle ne réussirait jamais à s'y sentir acceptée, pas avec cette ambiance de calme et de sérénité inhérente à l'architecture et à l'agencement des bâtiments. Seule la guerre civile qui se tramait lentement, enveloppant l'ensemble de cette entité naïvement pacifique sous une chape de mort et d'angoisse, rendait les lieux un peu plus agréables à contempler – tout comme on savoure l'arrivée de la chute à l'issue d'une bonne tragédie.

Isolé sur une île, il y avait bien un palais un peu mieux fortifié que la cité elle-même, où se trouvait de ce qu'elle y comprenait la reine et ses conseillers. Quant à savoir s'il tiendrait réellement à un siège, c'était une autre histoire. Des assaillants bien préparés seraient seulement gênés par le lac et n'auraient aucun mal à accoster sur les bords puis à tenir complètement les lieux, sans laisser une seule chance aux derniers résistants... C'en était presque dommage. La résolution de ce conflit, à ses yeux, semblait déjà déterminée. Enfin, si du moins l'assiégeant était du niveau des troupes d'Oaxaca qui avaient pris Dahràm.

Elle quitta la cité par le Nord et rejoint le manoir des D'Omble. Ce dernier était d'un style totalement différent - dans un sens, il rappelait presque le manoir Enulcard. Un peu plus moderne et urbain, un peu plus bourgeois aussi, mais en aucun cas conçu de façon à résister à une attaque. Un lieu destiné à la paix et non à la guerre, un lieu inadapté, comme toute cette forêt, à la véritable nature du monde... Quelle déception. Quel dépit, également, de constater que tous ces gens, pendant si longtemps, avaient pu vivre si heureux, loin des malheurs qui agitaient l'univers des hommes.

Elle y fut accueillie par le propriétaire en personne, un certain Khar'Tar, sans davantage répondre à son expression interrogative concernant son jeune âge. Il lui suffit de lui indiquer qu'elle cherchait Kiyoheïki, un “ami à elle”, pour qu'il n'ose pas demander beaucoup plus. Son cheval fut récupéré et la maîtresse de maison, sans plus de mutation animale que son mari, lui attribua une chambre confortable. Après un bain chaud et revigorant, elle rejoint les autres aventuriers de Yuimen à table, où tout fut expliqué.

Les informations se succédaient et s'égrenaient, minutieusement récupérées par l'esprit calculateur de Yurlungur. Il y avait là Kiyoheïki, naturellement, mais aussi Celemar, Xël et Thrag, Sibelle, Sirat et Nastya. Et puis deux individus patibulaires, qu'elle n'avait pas croisés à la Tour d'or, mais qui semblaient provenir de Yuimen également : un dénommé Azra et son compagnon qui avait l'air d'être un cadavre tenant sur place par un mystérieux maléfice, Daemon. Et puis les Pâles eux-mêmes : Talia D'Omble, celle au corps en cours de transformation en volatile ; la reine Sheeala d'Argentar elle-même, une jeune femme distinguée mais à l'air terriblement naïf par sa tristesse apparente. Que croyait-elle, qu'une guerre civile était agréable à vivre ? Une forme de plaisir malsain se formait peu à peu à voir le malheur qui s'abattaient sur ceux qui avaient cru pouvoir s'en tenir éloignés pour toujours. Ils redevenaient humains, à leur tour : ils lui devenaient semblables, maintenant qu'ils étaient arrachés à leur Éden gâché...

Et un autre type, Astidenix. C'était en apparence et en expérience celui des Pâles le plus dangereux ici : vétéran d'une guerre et, en plus, il ne venait pas d'ici mais de la troisième cité Pâle... Lui, c'était en revanche sa vieillesse qui le rendait incapable de résoudre ces problèmes seul. Las, il était las : et d'autres aventuriers ici l'auraient probablement vaincu en combat singulier sans trop de problèmes. Décidément, tout dans cette cité était gâté.

Outre les divers événements qui furent expliqués, un autre nom d'importance fut évoqué : Bortë-a-Tchino. Le chef des carnivores, donc ? Le principal “ennemi” des végétariens, qui avait néanmoins su contrecarrer de façon brillante une attaque de ces derniers sur ceux qu'il avait juré de protéger. À ses yeux, la situation était tout de même assez cocasse : ainsi présentée, il lui semblait que les végétariens avaient eu peur des carnivores avant même d'avoir été eux-mêmes agressés, qu'ils avaient déclenché par leurs propres angoisses des mouvements répréhensibles et que les carnivores, par souci de sécurité, s'étaient eux-mêmes exilés, et qu'enfin les végétariens étaient à présent en bien mauvaise posture face à une troupe plus puissante et tout aussi légitime qu'eux de posséder Treeof.

Enfin. Le dîner était fini : elle se leva et, tandis que de petits groupes de discussion se formaient, elle s'approcha de Kiyoheïki, lui tirant doucement la manche pour attirer son attention. Il se tourna vers elle, attentif – elle sentit dans son regard qu'il la reconnaissait, sans étonnement -, elle lui sourit aimablement et proposa, à mi-mot pour éviter d'être entendue de quiconque d'autre que lui :

« Ser Kiyoheïki, pourrais-je vous parler en privé ? »

L'Ynorien, quoiqu'apparemment curieux et légèrement étonné par une telle demande, hocha de la tête et proposa leurs appartements. (Excellent,) songea-t-elle. (Il ne faut pas que tout le monde soit au courant...)

Toujours souriante, de cette manière candide et presque naïve qu'elle avait déjà adoptée à la Tour d'Or, en présence de tous ces aventuriers de divers horizons, elle se glissa discrètement hors de la pièce, suivie par Kiyo, jusqu'à sa propre chambre. Dès lors que la porte se fut fermée derrière eux, elle abaissa son masque, laissant apparaître une expression bien plus sérieuse vers lui. Elle lui montrait, implicitement, qu'il y avait quelque chose d'important là-dessous, qu'elle n'était pas à prendre tant à la légère – et, en effet, elle avait bien saisi que celui-ci étant sans doute le moins naïf de tous, celui qui l'estimait le plus. Tant qu'à faire, autant ne pas alerter les autres quant au potentiel danger qu'elle pourrait représenter. Et elle commença sa tirade.

« Comme vous le savez, Dorika et moi nous sommes rendues à Arothiir. Là-bas, j'ai réussi à m'infiltrer dans le palais de la Trinité en endossant le rôle d'une simple servante afin de glaner des informations sans me faire repérer. »

Ce n'était qu'une demi-vérité. C'était son plan originel : il avait certes échoué, mais dans le fond, c'était presque vrai – et elle avait en effet quelques renseignements judicieux à lui communiquer. Mais le rôle, le rôle ! Elle durcit encore davantage son expression, donnant à ses traits une vive gravité.

« Il se trouve que la Trinité est naturellement au fait de ce qu'il se passe dans la Forêt d'Émeraude. Et j'ai la quasi-certitude qu'elles ont ou qu'elles vont envoyer un agent, au moins, essayer d'influencer les événements qui s'y déroulent vers une fin qui les arrangera personnellement, quitte à laisser se faire massacrer l'un des deux camps. »

Voilà, la bombe était lâchée. Kiyo, maître absolu de lui-même, ne laissa aucune expression inquiète assombrir son visage. Continuant sans discontinuer son monologue, elle s'adossa contre l'un des murs, croisant les bras dans une posture qui se voulait importante.

« C'est pour cela que je suis revenue précipitamment. Concernant le camp qui recevra leur soutien, je penche pour Bortë-a-Tchino, ne serait-ce que parce que des yuiméniens se trouvent en grand nombre par ici et risquent d'entraver leurs projets. »

Elle omettait que Sheeala, en soi, représentait un obstacle sur leur course au pouvoir. Mais ça, Kiyo devait déjà le savoir, s'il connaissait la Trinité. Elle releva son regard vers lui et lâcha :

« C'est à ce moment-là que j'ai besoin de vous. »

Cela dut attirer son attention pour que, après un bref silence, elle continue sur un ton qui ne souffrait d'aucune contestation :

« Je compte trouver l'agent et l'empêcher de nuire contre la Forêt d'Émeraude. Pour cela, j'aurais besoin d'entrer dans les rangs des carnivores, tandis que vous veilleriez ici qu'il n'y ait personne de suspect du côté des végétariens. Par conséquent, il me faudrait toutes les indications que vous pourriez me donner sur Bortë-a-Tchino, ainsi qu'une certaine discrétion. Pourriez-vous prévenir la famille D'Omble qu'ils ne sont pas censés m'avoir vue ? Je pense que... que ça passera un peu mieux si c'est vous qui le leur expliquez. »

Il ne pouvait pas refuser. Son coup était génial. Avec ces informations, il ne pouvait que la voir comme une véritable alliée, celle qui venait le prévenir d'un grand mal qui risquait de s'abattre sur la Forêt. De plus, de son côté, elle ne l'aurait pas dans les pattes pour toutes ses affaires auprès des carnivores... Enfin, si ça tournait mal, elle pourrait toujours expliquer qu'elle cherchait à doubler l'agent, que Kiyoheïki était au courant – que tout cela n'était que du faux... Et il la protégerait.

Elle soupira, indiquant presque comme une demande :

« Bien sûr, il faudrait éviter que ces renseignements ne s'ébruitent. Si l'agent sait qu'on est à sa recherche, il se montrera d'autant plus difficile à attraper. »

Rien n'était moins faux que ceci : l'agent avait en effet tout intérêt à maîtriser précisément la quantité de personnes à sa recherche. Et Kiyo, convaincu par sa longue explication, baissa aussitôt les armes : elle avait gagné, il approuvait son plan et acceptait de la renseigner sur le chef des carnivores. Beaucoup de zones d'ombre subsistaient autour de sa personne, mais il le décrit succinctement, précisant ses armes et ses intentions. Prêt à laisser mourir des yuiméniens ? Ce n'était pas un tendre – pas l'un de ces couards de végétariens.

L'analyse de Kiyo était bien construite. S'il estimait qu'il y avait encore une chance de tout arranger avant l'attaque surprise des végétariens, les carnivores risquaient fort d'aller jusqu'au bout de leurs projets à présent, la guerre étant comme déclarée. Néanmoins, Kiyo continuait visiblement d'avoir une certaine influence sur lui... Ce n'était pas étonnant. L'Ynorien, malgré tout, en imposait par sa carrure, sa prestance et tout bonnement son origine yuiménienne et ses hauts faits il y avait cinq ans de cela. Sa seule réserve était que, à son avis, la majeure partie des yuiméniens allaient probablement se ranger de son côté, considérant qu'il avait l'air à première vue le plus légitime.

Après avoir hoché de la tête quelques fois, elle répondit seulement :

« Vous avez sans doute raison, les yuiméniens seront autant présents ici que là-bas. Cela devrait suffire à mettre sur l'agent un minimum de pression. Quant à savoir si cela le poussera à commettre une erreur... »

Elle laissa sa phrase en suspens et s'autorisa un léger sourire à l'attention d'une des rares personnes qui, encore à présent, lui semblaient ici dotées d'un certain honneur. L'une des rares personnes qui, malgré elle et malgré elles-mêmes, avaient réussi par le simple fait de leur existence à acquérir une forme de respect de sa part.

« M'enfin. On finira bien par l'attraper. Et je ne doute pas que tous les nôtres qui rejoindront les carnivores essaieront tout de même de trouver une issue pacifique au conflit. Alors que, de ce que j'en sais, si la Trinité souhaite augmenter son influence sur la forêt, elle aurait intérêt à favoriser la tâche. »

Une petite touche d'optimisme, afin de le rassurer un peu ? Ou alors pour relâcher la pression qui pesait sur ses propres épaules, aussi... Elle fixa un instant ses yeux violets, si peu communs pour un ynorien. Et puis, remarquant qu'il n'avait toujours pas osé une marque de gaieté au cours de cette entrevue, elle lui fit :

« Vous semblez toujours si sérieux. Faites attention à vous tout de même, d'accord ? »

(Il serait navrant que vous mourriez lors de cette guerre...) finit-elle intérieurement, à moitié attristée par cette éventualité. Elle s'approcha de la porte et posa doucement sa main sur la poignée.

« Bon, je vais me coucher, si vous n'avez rien d'autre à me demander. Je partirai demain aux aurores, pour n'être vue de personne. »

Elle attendit un instant et, puisqu'il n'avait rien à rajouter, elle lui sourit tendrement et souffla :

« Bonne nuit, Ser Kiyoheïki. Et bonne chance... »

Puis referma la porte derrière elle. Elle ne savait même pas s'il l'avait entendue. Qu'était-ce donc que cela, ces états d'âme qu'elle avait pour quelqu'un qui, a priori, ne pourrait que la gêner s'il savait ce qu'elle préparait ? C'était... étrange. Asmodée n'aurait eu aucun scrupule à le charmer avec des sourires ingénus, à passer inoffensive, puis à le poignarder dans le dos. Elle... elle ne savait pas. Elle n'avait aucune idée de ce qu'elle aurait à faire si jamais il apprenait et qu'il tentait de l'arrêter. Devrait-elle s'entêter, devrait-elle essayer de l'éliminer ? Ou devrait-elle abandonner, essayer de conserver ce nouvel... ami ?

Curieuse idée, songea-t-elle alors qu'elle était de retour dans sa chambre après avoir indiqué à l'un des serviteurs de la réveiller une heure avant l'aube le lendemain. Elle souffla la bougie et se glissa dans le lit, bien au chaud, l'esprit au loin.

Curieuse idée, ça. Un “ami”. Tous ceux qui avaient prétendu à ce titre, elle les avait refusés, abandonnés ou ils avaient été tués, pour ceux qu'elle avait vraiment réussi à aimer d'une façon qui voulait dire quelque chose, d'une manière qu'elle n'avait expérimentée que si peu de fois... Kiyo n'avait pas intérêt à entrer dans cette catégorie. Elle aurait trop de peine, sinon, lorsqu'elle aurait à lui enfoncer la dague entre les omoplates.

Elle se retourna dans son lit, espérant seulement que cet instant n'arriverait pas...


***

Le lendemain, comme convenu, elle se réveilla à l'heure dite – apostrophant seulement d'un nom d'oiseau le serviteur qui la tirait de son sommeil, pour la forme. Rapidement, dans le manoir encore endormi, elle se lava, se vêtit, récupéra suffisamment de vivres et d'eau pour les trois prochains jours puis, sans d'autres mots qu'un “merci” lâché sans réfléchir à l'attention de ces gens qui s'astreignaient à répondre à ses demandes, monta sans difficulté sur son cheval et partit sans se retourner vers le cœur de la forêt. Vers Bortë-a-Tchino.

Seule.


(((3500 mots)))

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 Sujet du message: Re: Treeof
MessagePosté: Ven 17 Nov 2017 09:10 
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Suivit de Natsya, Sirat entra dans la chambre d’où la semi-elfe était sortie en début de soirée. Elle était vide, une odeur douce flottait dans l'air, celle de la rouquine, une pointe d'épice relevait l'atmosphère. Sur le lit était disposé les affaires, de manières très organisé, intelligemment la guerrière pouvait s'habiller rapidement si elle le désirait.
Sirat se gratta la tête.

Elle n'est pas là... probablement encore avec les autres convives.

Il s'approcha des affaires et fit un rapide inventaire, ne voyant pas la pierre bleuté il en déduit que sa camarade avait dû entendre le message.

Elle ne tardera pas on va l'attendre.

Il alla trouvé une place sur un siège et invita La brune revêche à faire de même.

La belle ne se fit pas attendre, alors que Sirat époussetait une pièce d'armure assis bien confortablement dans le fauteuil, le dos avaler dans un cratère de tissu, la porte claqua et un ouragan roux entra dans la chambre.

Sibelle très fermement leur demanda ce qu'il faisait ici, elle n'attendit pas la réponse et dans le même geste commença a enlever ses souliers ainsi que son diadème. Elle avait entendu l'appel et comptait bien si rendre. Elle crucifia l'humoran du regard et lui demanda si il était en état.

Elle faisait référence à son jeux de rôle, qui avait apparemment fonctionné. Il souriait, narquois, content de sa duperie.

Plus que jamais, et vous ma diversion vous a t elle permis d'en apprendre plus?

Il se redressa et s'étira de tout son long, à la manière d'un chat qui tire sa colonne après une période d'inaction. Il espérait qu'elle eut comprit que son ébriété n'était qu'un leur.

bien, nous partirons demain matin aux aurores.

Sibelle resta immobile et scruta un instant son compagnon en silence. Ses yeux plissés tentant de percer la part de vérité dans ses propos. Tandis que Natsya opina du chef en signe d'accord et retourna à ses appartements. Sibelle sortit de sa torpeur et alla avec ses affaires derrière un paravent.

La elle entreprit d'enlever sa robe qui passa par dessus le fin rempart de tissu blanc tiré et de bambou. De son œil curieux, il pouvait apprécier la silhouette se crayonner d'un ombreux fusain sur cette toile lacté. Il la désirait, ses seins, le galbe de ses hanches se dessinait sur ce tableau en lignes enflammées. Avide, il observait la scène, la gorge serrée. Quand Sibelle eut finit elle sortit des coulisses dans une tunique pastelle plus adaptée au combat et au mouvement. Une mèche de cheveux rebelle tombait sur son visage et se perdait sur la naissance de son cou.

Elle expliqua qu'elle avait ressentit de la colère envers lui de ne pas pouvoir ce contrôler. Mais elle en avait pas apprit plus, simplement que Gasaru les rejoignait et qu'il était en froid avec Endar.
Sirat haussa les épaules.


Venant de Endar cela ne m'étonne pas c'est un solitaire.


Il 'approcha de Sibelle, doucement. Il lorgna ses lèvres naitre et s'esquisser, fruit purpurin sur sa peau claire.

De la colère... accepte mes excuses, je ne voulais pas te tourmenter, j'y ai vue une bonne occasion de tromper l'assistance.

Il s'était rapproché d'elle, il sentait sa chaleur et l'odeur boisée de son parfum. Il hésitait, pour la première fois peut-être il avait un doute. il y avait cette envie, se désir viscérale et cette raison qui se combattait et dans leur lutte en son sein ne s'extirpait qu'un magma d'émotions anarchique. il n'avait plus ressentit cela depuis son adolescence et cette époque printanière ou chaque sentiments était l'ultime vérité d'une vie éphémère.
Pousser par un mouvement de folie, il se pencha et déposa un doux baiser sur la commissure des lèvres de la belle.

Et alors qu'il s'attendait à être foudroyé sur place, qu'il avait déjà ranger son acte dans les gestes fou que l'on aime à repenser étant vieux, avec un sourire nostalgique de ce que l'on pouvait faire mué par la spontanéité des sentiments de la jeunesse, il en fut tout autrement.

la belle rousse, empoigna l'humoran et d'une caresse timoré elle s'enivra et fougueuse embrassa de plus belle l'humoran. Passant ses lèvres sur les siennes goulument, elle l'étreignit et il lui rendit son embrassade la dévorant de ses bras puissant. Il sentait sa respiration haletante, et son corps se serrer contre le sien avec une telle force. Sirat sentait son cœur s'emballer, enfiévrer par les frôlements et le gout sucré de la bouche de sa compagne. Un instant égaré de passion que la nymphe ardente termina en souhaitant en rester là. Il sentait encore sa bouche sur la sienne, engourdit. Il accepta la proposition d'en rester là et de se retrouver demain pour le voyage.

Il ferma la porte derrière lui et se retrouva dans un couloir bien froid et seul. Les chandelle vacillantes peinaient à éclairé un corridor sombre et glaciale. Il resta un instant pensif, le dos posé contre le mur tapissé. Il passa sa main sur son visage, effleurant sa peau, essayant de comprendre ce qu'il venait de lui arriver. Mais en avait il réellement envie, car chercher l'explication d'un enchantement était bien souvent la mise à mort de cette magie. Il se contenta de son ressentit et heureux se dirigea jusqu’à son lit pour s'y endormir.

*
* *


Sous le couvert d'un ciel encore étoilé, la petite troupe s'était retrouvé dans la cour intérieur de l'auberge. Sur les pavé, gelée et humide de la nuit, Gasaru attendait avec quatre chevaux, harnaché pour le voyage et l'expédition. Sirat c'était équipé, avait fait une bonne toilette, même si il avait répugné à se retirer l'odeur de son amie sur lui. Comme un enfant gâtée il aurait voulu la garder pour lui, mais le voyage jusqu’à Treeof devait être long et l'adulte en lui savait qu'il n'y aurait pas forcément d'autres occasion de prendre un bain.

Équipé, il monta sur un destrier à la robe noire. Il lui était destinée, plus massif que les autres ses pattes musclées supportaient aisément la stature du zélote. il fit un signe à sa compagne qui s'installa sur sa propre monture, et ils partirent à l'ouest, le soleil naissant dans leur dos.

Le voyage se fit sans embuche, le paysage se dévoilait sous leur yeux en de multiples tableaux. D'insolite montagnes, cédait la place à des plaines incroyables, tout semblait être vue avec un prisme qui déformait cette réalité en spectacle impressionniste sous emprise d'alcool. Le réveil des Titans avait changé la réalité de ce monde, il l'avait déformé.

Sibelle s'enquit auprès lors du deuxième jours de l'absence d'Endar, celui-ci révéla et Sirat l'entendu que l'elfe noir les avait dénoncé comme suivant du sans-visage. Sirat cracha et s'en voulut d'avoir oublié d'écraser le visage de cet insecte aux oreilles pointus.

Ni lui ni la guerrière ne tentèrent de rapprochement durant le périple. Leur pudeur, leur professionnalisme et l'absence d'intimité avait fait qu'ils ne s'étaient pas posé la question. de temps à Un regard affectueux, une main tendu ou un sourire échangé étaient les seuls choses qui pouvaient les trahir.


*
* *


le reste du voyage se termina calmement et ils arrivèrent à destination. Au cœur d'une forêt, la capitale des hommes pâles se dressait. Elle n'avait rien à voir avec une métropole, mais donnait l'air d'une bourgade de bucheron, aux rues boueuse et éparses, de maison faites de chênes sombres avec leur cheminée fumante et leur toit de chaume. l'air humide était en lien avec le lac dont la cité s'extirpait avait assombrie les pierres. Une foule anormalement nerveuse se pressait dans le clapotis des flaques, mué par l'angoisse d'un terrible fléau. des palissades de rondins s'érigeaient du sol, pointant leur pique taillé vers un ciel obscure, gorgé de nuages. Un fossé se creusait et ne tarderait pas à faire le tour de la cité. Ce qui était surement un lieu agréable d'une vie simple avait muté en une bête sauvage, apeuré et prête à mordre pour sa survie. les habitants étaient composés d'homes pales, mais aussi d'humoran, enfin pas croisé avec des woran comme le connaissait Sirat, mais là il y avait des hommes cerf, lapin, volatiles ...
L'arrivée du quatuor ne se fit pas discrètement et très vite l'humoran comprit que son apparence en était la source. Si le chevalier Gasaru n'avait pas été là, il aurait put être lyncher tant les regards étaient menaçant, allant de l'insulte à peine dissimuler à l'acte d'un crachat tombant sur ses bottes. Il garda son sang-froid, murmurant à peine un "voila accueil joviale..." la tension était palpable et comme le message l'avait indiqué l'endroit était une poudrière prête à explosé. Si l'urgence, de l'intervention ne lui était pas apparue avant, maintenant elle lui sautait à la gorge, l'étouffant et l'emportant dans sa tourmente.


On les conduisit vers un manoir tranchant avec l'air de campagne de la ville. Le domaine d'Omble se dressait au centre d'un jardin paré de bosquet et de fontaine faisant pâlir certaine villa Kendrane. Au bout d'une allée de pavé, une porte en bois massif s'ouvrait sur un couloir richement décoré. Un sol de marbre clair se frayait un chemin aux travers de murs tapissé et recouvert de portrait. A la lumière des chandelles on les dirigea vers une grande pièce à manger ou se trouvait déjà une troupe d'aventurier. Parmi ceux là Sirat put reconnaitre Xel, toujours "vas nue pied" nonchalant, le nain de la tour d'or, un des frères de cette dite tour et Kiyoheïki. Le petit elfe d'un mètre trente se tenait fièrement, imperturbable, il scrutait de ses yeux les arrivants, à la manière d'un oiseau de proie, tendue, on ne pouvait rien discerner sur son visage, sinon cette prudence et cette retenue dont il avait toujours fait preuve.

Sirat l'épia, une pointe de défi au creux des lèvres. Dans l'assemblée se dessinait une silhouette squelettique que le zélote croyait reconnaitre. La lyche était revenue et elle trainait sa carcasse auprès d'un jeune homme blême et puant la mort tout autant que son second. Bien que surpris par ce nouveau duo, il écouta les présentations et le début de la réunion.

Un homme d'une quarantaine d'année, les cheveux châtains et la moustache fournie mais soigneusement taillé, se tenait au coté d'une femme, un peu plus jeune, le port altier, brune, le regard acéré qui tranchait avec une attitude accueillante et soucieuse du bien être des convives. Khar’Tar D’Omble et Elisa D’Omble époux et propriétaire du manoir, ils étaient humain.

A leur coté leur fille Talia D’Omble une jeune femme à la peau pâle et ayant muté en femme oiseau, ou corbeau, de longue plume de jais dessinait une allure fine et juvénile. Les yeux de Sirat s'attardèrent sur elle, une aura étrange l'enveloppait, mystérieuse et frêle à la fois. Mystérieuse, insondable, il l'observait afin de comprendre ce qu'elle pouvait penser, ces deux parents étaient humain et elle non, avait elle connue les mêmes rejets que lui enfants. Alors qu'il était perdu dans ses pensées, le profil de l'elfe se dessina entre lui et son objet d'étude. Le visage courroucé malgré une certaine pudeur, le chevalier Kiyoheïki semblait se poser en protecteur devant l'humoran. Une second étonné, le zélote ne tarda pas à comprendre, ce que l'elfe lui même n'avait put feindre. Il avait des sentiments pour cette énigmatique jeune femme. Voila un atout que Sirat venait d'obtenir, un atout certain, au quel il répondit par un clin d'œil moqueur.


Il laissa l'elfe à ses sentiments, ne voulant pas aggravé sa situation et les présentation continuant sans lui. la Reine du Peuple Pâle, Sheeala d’Argentar les avait rejoint, une peau livide, vampirique recouvrait un visage enfantin dépassé et meurtrie par les événements. Elle n'avait pas la carrure d'un monarque et dés les premières impressions on sentait le simulacre qu'était son règne. Elle était accompagnée de son garde du corps personnel, ancien gouverneur de la Cité d’Andel’Ys : Astidenix. Un guerrier à l'écorce usée et polie par les années, considéré par les siens comme un héros de la guerre contre les elfes. Un chien fidèle et chevronné, mais qui ne semblait pas porter dans son cœur les agissements des carnivores.

Les hommes pâles avaient muter en métamorphe, chacun d'eux représentant des animaux, comme les worans ou les Liykors sur Yuimen. A cela qu'ici des groupes végétariens avaient vue le jours et d'autres carnivores avaient eut les traits de bêtes féroces.

Ce fut le début d’une distinction dans la population : les premiers prirent peur des agissements possibles des seconds à leur encontre, les targuant de comportement agressif et dangereux et la tension monta dans la cité. Quelques incidents furent à déplorer, des rixes se terminant dans le sang, qui furent autant d’arguments pour les végétariens exiger un jugement des carnivores dans leur ensemble. Jugé, conspué, expulsé de la cité il n'en fallait pas plus pour qu'un meneur charismatique, Bortë-a-Tchino, homme-loup déterminé à rendre aux carnivores la vie qu’ils possédaient avant à Treeof.

Les deux camps se radicalisèrent les uns paranoïaque plongé dans leur délire de persécution les autres vivant toujours dans la peur. Le paroxysme fut atteint quand alors que l'elfe ynorien tentait d'apaiser les tensions avec la reine, un groupe de végétarien mener par un minotaure avait mené une attaque stopper dans un bain de d'hémoglobine contre les carnivores.
Cet acte fou, marqua là la fin de toute négociations et le début des déclaration de guerre.

Et entre ces deux clans vindicatifs, un troisième se dessinait, neutre dans le conflit, représenté par les personnes présentes au manoir des D’Ombles : Sheeala, Astidenix, la famille D’Omble et Celemar Dongho. Et quiconque parmi les aventuriers voudraient se joindre à eux pour tenter de ramener le dialogue et la paix entre les clans. Un camp bien peu nombreux, en vérité.

Au cours de la soirée, ils apprirent aussi que des d’hommes-chevaux avaient préféré fuir dès le début des soucis vers les grandes steppes du Nord de la forêt. Ainsi que l’existence, dans les Marais d’Eaunoire, au Sud de la Forêt, d’une cité d’exclus, d’hommes-rats, inconnus des Pâles jusqu’ici.

sirat restait perplexe, qui avait intérêt à ce que le conflit dégénère, surement quelqu'un qui voulait prendre le pouvoir. L’audience se terminait, Sirat remarqua la petite gamine sociopathe de la tour d’or parlé à Kiyo, mais il n’y prêta pas plus attention.
Avec Gasaru, Natsya et Sibelle il délibérèrent un instant. Il y avait la possibilité de voir la reine, mais finalement Sirat balaya cette idée. La reine n’était plus qu’un pastiche d’elle-même, la véritable question était de savoir qui avait manigancé tout cela.

Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. Je crois que la reine n’est pas à la hauteur. J’irais chez les carnivores voir ce qui se trame et comprendre un peu le mécanisme de cette tuerie.

On leur prêta des chambres, moins fastueuse qu’a Ouessort mais avec un confort non négligeable. Nourriture et boisson, Sirat en profita pour refaire le plein, les vivres avaient été épuisé pendant leur transhumance et précautionneux il voulait ne manquer de rien.
Le lendemain, alors que le soleil ne pointait pas encore ses rayons au dessus de la canopée et que celle-ci peinait à se détacher de sa robe brumeuse, ils prirent le chemin du camp de Bortë-a-Tchino

Citation:
2 529 mots
citation : « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités. » (Spiderman)
- faire le plein de provision
- aller au camp des carnivores avec sibelle

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 Sujet du message: Re: Treeof
MessagePosté: Ven 17 Nov 2017 16:19 
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L'appel lancé aux autres yuiméniens reçoit des réponses aussi bien positives que négatives. Certains ont des préoccupations plus importantes que de régler cette crise, d'autres m'assurent faire au plus vite. Au moins, je ne serai plus le seul non-pâle impliqué dans cette situation. Puissent leurs yeux voir des détails qui m'auraient échappé. Je tiens beaucoup à ce peuple. Trop, si j'en crois ma faëra. C'est peut-être ce qui m'empêche de trouver la solution seul.

De retour à Treeof, je loge au manoir de mes amis, dans la famille de Talia D'Omble. Les jours qui suivent la demande d'aide passent. Loin d'alléger l'atmosphère, le retour des prisonniers Végétariens contribue à mettre la ville en chantier. Un matin, des coups sourds se mettent à résonner dans toute la cité. C'est avec un chagrin que je masque au mieux que je vois se dresser, rondin après rondin derrière une large fosse, une palissade faite de cette forêt que les Pâles respectaient tant. Des fortifications. Tout ce que la Reine refusait d'ordonner, de crainte de provoquer les Carnivores. Je ne peux que regarder avec impuissance se mettre en place les outils d'une tragédie. Plus le temps passe, plus les Végétariens prennent des allures de troupeau acculé. Je prie Gaïa chaque jour passant pour que mes camarades de Yuimen fassent au plus vite.

Enfin arrive le jour où les premiers font leur apparition. Lorsque la majorité d'entre eux est parvenue au manoir des D'Omble, une réunion est organisée avec nos hôtes et les officiels du peuple Pâle. Si certains visages me sont appréciables, comme celui masqué du Lord Azra, ou m'inspirant une relation polie, ce n'est pas le cas de tous. Si voir tant de yuiméniens apparemment décidés à aider les Pâles me réconforte, certains d'entre eux ne font qu'accroître mon sentiment de méfiance. Notamment lui. L'humoran Sirat est aussi venu, et sa seule présence me rend tendu. Je me rappelle parfaitement qu'il n'est pas du genre à accepter facilement les conseils. Tout dans son attitude me donne la sensation qu'il est du genre à prendre la mouche ou faire quelque chose d'imprévisible. Le pire est que j'ignore ce qu'il peut bien être en train de penser, malgré mes essais fréquents pour déchiffrer son expression tandis que les uns et les autres se présentent.

Pour la quatrième ou cinquième fois depuis son arrivée, je tente d'observer ses traits, de deviner ses pensées. Bientôt, je constate que son regard est clairement rivé à la silhouette de Talia D'Omble. Agacement. Non, profonde irritation même, qui me fait serrer les poings. Il la détaille beaucoup trop à mon goût. Sourcils froncés, je cherche à me calmer, confiant dans le fait que ma tendre amie saura le rejeter en bonne et due forme. Mais plus les secondes passent et moins je parviens à garder mon sang-froid. Avant de m'en être rendu compte, je fais quelques pas pour me positionner entre la jeune Pâle et la ligne de vue de l'humoran. Cela ne me ressemble pas du tout, mais il semble bien que j'éprouve un sentiment protecteur et... D'honnête jalousie. Mes yeux violets plissés croisent le regard de l'homme-félin, et je reçois de sa part un clin d’œil moqueur. Je n'aime pas être pris au dépourvu, et ce geste me laisse désarçonné. Fort heureusement, être sollicité pour contribuer aux explications me permet de me changer les idées.

Les deux camps, les hommes-chevaux partis, l'attaque par l'homme-taureau, le nom du meneur des Carnivores et leurs revendications. L'entendre de nouveau me semble si factuel que j'ai du mal à accepter le fait que j'ai vécu tout cela.

Les yuiméniens sont attentifs et, après la réunion, profitent du repas de Dame Elisa. À la fin de ce dernier, la jeune Yurlungur attire mon attention et souhaite apparemment me parler en privé. Les choses étant complexes, je ne suis pas surpris qu'elle ait des questions à poser. Mais qui ne concernent pas les autres ? Voilà qui est curieux.

J'acquiesce poliment.

"Certainement. Mes quartiers. Nous y serons tranquilles pour discuter."

Après avoir salué les convives restants et adressé un regard plus long que je l'aurais voulu à la précieuse Talia, j'invite mon interlocutrice dans la chambre que j'occupe. La porte à peine fermée, la demoiselle se fait des plus sérieuses. Silencieux, je lui laisse la parole sans l'interrompre. Ce qu'elle me dit ajoute une nouvelle ombre au tableau : le Trio sait. Pire, la damoiselle, qui était parvenue à s'infiltrer à Arothiir en compagnie de la mystérieuse Dorika, pense certainement sans tomber loin que la Trinité compte influencer le conflit d'une façon ou d'une autre en appuyant un des camps. Celui des Carnivores sans doute, car d'après elle, plusieurs yuiméniens semblaient enclins à s'opposer à l'attaque lors de la réunion et donc d'entraver leurs projets. De mon côté, je n'en suis pas si sûr.

Après son exposition, l'humaine entre dans le vif du sujet, la raison pour laquelle elle a fait appel à moi aussi discrètement : elle compte jouer la contre-espionne. Infiltrer les Carnivores pour démasquer un possible agent tandis que je suis chargé de faire de même côté Végétariens. Et tout cela, en demandant à mes amis D'Omble d'agir comme si elle leur était inconnue. Accepter sans aucune enquête préalable, c'est prendre le risque que Yurlungur soit elle-même devenu un agent à la solde du Trio. Elle semble bien mûre pour l'âge qu'elle semble avoir, mais je suis mal placé pour me fier aux apparences. Toutefois, si les D'Omble sont avertis de ses intentions, les risques sont minimisés... Mais jamais nuls.

J'acquiesce lentement et avec sobriété.

"Un projet courageux, jeune fille, et que vous semblez avoir mûrement réfléchi... Soit. J'agirai en votre sens. Pour ce qui est du Seigneur Bortë-a-Tchino..."

Je croise les bras, déviant le regard le temps de rassembler mes souvenirs, pour me montrer le plus exact possible.

"Un homme-loup sombre de grande taille, maniant une arbalète. Un chef-né, si j'en crois son aplomb et sa détermination. J'ignore comment il est devenu le représentant des Carnivores, cependant... Nous vous l'avons dit à la réunion, mais pour vous le rappeler, il considère ses frères et sœurs ainsi que lui-même comme les seuls vrais Pâles de Treeof, malgré leur transformation. Il semble en avoir l'attitude, mais a quand même menacé de laisser périr des ressortissants de Yuimen si les habitants de leur camp devaient mourir."

Courte pause, puis je poursuis.

"Ce n'est pourtant pas un être sourd aux avis des autres. Il a été enclin à plusieurs entrevues, avant l'attaque sournoise du chef des éclaireurs. Il a d'ailleurs prêté l'oreille à mes avertissements en ce sens et a relâché les autres attaquants peu après. Mais maintenant... "

Mes yeux violets vont à la rencontre de ceux de mon interlocutrice.

"L'hostilité est devenue ouverte. Il ne peut plus reculer. Son honneur le lui interdit. Je gage que plusieurs yuiméniens risquent d'embrasser sa cause, car il veut simplement ramener les siens en leur foyer. Il semble le plus légitime des deux camps au regard du manque d'informations sur les origines exactes des tensions."

Inspiration lente, petite pause.

"D'autres pensées ?"

Mon interlocutrice plisse les yeux avant de répondre que la présence de yuiméniens est une chose positive, car cela gênera forcément l'agent. Et même si nos camarades rejoignent les rangs des Carnivores, elle parie sur leur souhait de trouver une issue pacifique malgré tout. Contrairement à la Trinité, qui verrait certainement son pouvoir accru par la victoire écrasante d'un des camps. Nul doute qu'elles en profiteraient pour jeter davantage de discrédit sur la Reine voire la pousser à l'abdication. Perplexe, je finis par constater que Yurlungur rive son regard au mien. Avec une expression indéchiffrable, elle formule ce qui pourrait s'apparenter à un petit reproche : je suis trop sérieux, ce qui la pousse à me conseiller de prendre soin de moi.

Lorsqu'elle me salue avant de sortir, je le lui rends à l'ynorienne puis fixe un instant la porte close.

"Quel ynorien fais-je si même une jeune fille se fait ouvertement du souci pour moi ?"

Mon mince sourire se perd tandis que j'avise l'épais fauteuil dans lequel je médite depuis ces derniers jours. Je n'ose plus prendre place dans un lit, de crainte de ne pas être prêt assez rapidement en cas d'urgence.

(À trop se reposer sur son sang, l'être elfique échoue même à duper une enfant.)

(Je l'avais constaté.)

(Demain matin l'équilibre précaire sera brisé. Vos tracas pour quelques heures vous devez oublier, mon Protégé.)

Je pousse un soupir. Plus facile à dire qu'à faire, mais pour une fois je suis les conseils d'Okina et prends le temps de revêtir un yukata plus léger pour méditer. Quelques heures plus tard, l'aube n'étant pas encore là, je suis déjà plus reposé. J'ouvre en grand la porte de ma chambre après m'être changé et reprends place sur mon fauteuil. C'est une habitude de ces derniers jours : profiter de la paix de la maisonnée en cette heure matinale.

Assis, lissant du doigt la gemme de mon arme tandis que je songe à Oranan un court instant, je relève la tête vers l'ouverture lorsqu'une silhouette passe devant et s'y arrête. Le Lord Arza se présente à moi et ses propos me tirent un léger sourire contrit.

"Rude est la tâche d'empêcher deux personnes se pensant légitimes de revendiquer ce qui leur appartient. La chose est plus complexe encore, quand il s'agit de peuples... Oui, j'ai essayé, mais le conflit est déjà trop ancré..."

Je pose mon Fang Bian chan sur mes cuisses avant de poursuivre. Je secoue lentement la tête à sa demande d'information sur la position possible des bannis, avouant par là mon impuissance à l'aider.

"Je n'ai guère de pistes à offrir. Les brèves rencontres que j'ai eu avec le Seigneur Bortë-a-Tchino ont eu lieu dans une clairière non loin de la cité, pourvue d'un étrange obélisque. Edmar, le frère de Celemar se trouve parmi les Carnivores. Il doit encore avoir sa pierre de vision avec lui. Peut-être répondront-ils si les yuiméniens montrent patte blanche."

L'être squelettique semble reconnaissant pour ce détail, mais rebondit avec davantage d'intérêt sur la thématique de l'obélisque. Curieuse question, mais à laquelle je réponds néanmoins, décrivant l'aspect de carcasse des arcs précédant le monument ainsi que le lettrage inconnu inscrit dessus. Intrigué, il me presse davantage pour savoir ce qu'en disent les locaux, ce à quoi je ne peux lui répondre qu'une évidence.

"Le conflit pèse sur tous les esprits. Je n'en sais rien."

J'ai bien tenté de me renseigner, mais l'urgence de la guerre civile a pris le pas sur le reste. Recentrant le propos, la Liche cherche d'autres renseignements sur la transformation des Pâles et surtout concernant ceux qui n'ont pas subi de modifications. Je ne peux que partager mes hypothèses avec lui, indiquer que peut-être était-ce lié à leur absence de Treeof lorsque la magie des titans a modifié la région. Le ton caverneux du mort se teinte d'une pointe d'intérêt supplémentaire quand il comprend que seuls les Pâles forestiers ont muté. Lui aussi envisage de trouver le moyen d'inverser le processus pour régler le problème, quitte à faire appel à des êtres savants comme le Seigneur Ibn Al'Sabbar ou même Thensoor. J'ai malgré tout des doutes. Contrer et inverser une magie vieille de cinq années me semble difficile, même si je l'ai également envisagé à mon arrivée.

"Toute piste est à étudier, vue la situation."

Quelques instants passent, puis le Lord Azra me fait une étrange demande. Suis-je en capacité de... Ramener les morts ? J'ai entendu parler de sortilèges puissants pour y parvenir, mais je n'y ai pas été formé. Je secoue la tête et fronce les sourcils.

"Il faut être en harmonie avec la protection de la vie pour l'employer. Je ne suis pas en mesure de le faire. Pas... Sous la forme que je revêts en ce moment, en tous cas. Quelqu'un versé dans la lutte contre les arts sombres serait peut-être à même d'y parvenir. Même si... Je déconseillerais pareille rencontre."

L'être sombre est sur le point de partir lorsqu'il me pose une dernière question : savoir si quelqu'un en ville s'y connait en anciennes écritures. J'esquisse un sourire lorsqu'une personne précise apparait immédiatement dans mon esprit avant de rapidement le chasser.

"Je ne connais pas tous les habitants, mais je gage que Dame Talia D'Omble pourrait vous indiquer quelqu'un d'approprié."

J'espère pour lui qu'il ne s'agira pas de sa sœur car je doute les Carnivores prêts à mettre leur projet de côté pour épauler le sien. Le jour se faisant, la Liche prend congé de moi, me laissant seul de nouveau. J'observe mon arme un moment avant de m'équiper pour la journée. Avoir les yuiméniens à Treeof est une bonne chose, mais maintenant ? Que suis-je censé faire pour équilibrer les forces et désamorcer cette guerre ? Pour réconcilier les deux camps ? La chose me parait difficile.



Prêt, je quitte ma chambre pour aller voir les D'Omble en premier lieu, les informer discrètement des projets de Yurlungur, et leur demander d'agir comme si nous ne la connaissions pas. Ensuite, trouver Talia car je dois admettre que la voir suffit à m'apaiser l'esprit. Enfin, voir Celemar, car le jeune homme a peut-être une idée à nous soumettre. J'en ai peut-être une ou deux également, continuant de se créer et de s'imposer à ma pensée, malgré les cuisants échecs subis par les précédentes dans cette affaire. Plus je songe aux Végétariens, plus je me dis que l'absence d'un représentant en leur nom nous dessert.

Il me faut en parler à ce troisième camp neutre dans lequel je me positionne sans hésitation. Peut-être est-il possible de créer quelque chose dans cette atmosphère destructrice ?


~Suite~


(2 275 mots)

_________________



Un très grand merci à Itsvara ! (Colo' et Kit)


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