L'Univers de Yuimen déménage !


Nouvelle adresse : https://univers.yuimen.net/




Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 315 messages ]  Aller à la page Précédente  1 ... 17, 18, 19, 20, 21  Suivante
Auteur Message
 Sujet du message: Re: Ilmatar - Cité des Sylphes
MessagePosté: Sam 12 Nov 2016 17:29 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Ven 5 Juin 2015 20:57
Messages: 128
Localisation: Elysian
Il sentit de nouveau son corps se faire aspirer par le vortex et il reparut avec le nouveau roi d'Arden, le fils de la défunte reine Ardélianne au palais d'Ilmatar, la résidence des sylphes et plus particulièrement de la reine Aaria'Weïla. Il tata son corps pour vérifier qu'il était encore en vie lorsqu'il vit au périphérique de sa vision un Sindel balafré accompagné d'une jeune femme gracieuse aux cheveux auburn et aux yeux mordorés, aux vêtements légers blancs et carmin qui possédait outre une certaine beauté, pour une humaine, une paire de dagues loin d'être décoratives. Instinctivement, il se plaça entre Mastriani et la jeune femme qui les regardait, cependant elle restait attirée par l'architecture de ces lieux comme un papillon virevoltant autour d'une flamme. Posant sa main sur la Larme de la Déesse, il n'esquissa aucun geste menaçant, l'earion restait simplement sur ses gardes, l'adrénaline produite par cette catastrophe diplomatique coulait encore dans ses veines telle la lave d'un volcan sur le point de rentrer en éruption.

A ce propos, il jeta un regard inquiet au volcan, lieu où les Ekhis s'y étaient installés. A ce moment là, l'image de Marikani lui traversa l'esprit, mais il la chassa vite et se concentra de nouveau sur sa tâche: protéger le nouveau roi d'Arden et faire payer chèrement les trahisons du Roi de Valmarin, Bellangern II et du roi lâche et pathétique qu'est Ashmane. Si le mariage aura lieu, Earnar s'assurera qu'à l'avenir la lignée soit totalement éteinte de sa propre main.

Sur ces pensées, il remarqua que la reine Aaria était présente et les regardait tous les quatre d'un air grave. S'était-il passé une catastrophe à Elivagar ou dans les autres cités des élémentaires en leur absence ou les autres aventuriers avaient-ils porté des nouvelles de mauvaise augure ? Il s'inclina devant la reine.

- Reine des Sylphes, lâcha-t-il d'une voix fatiguée après s'être rendu compte que Mastriani commençait à devenir fou.

Il se redressa en vitesse et s'approcha du roi pour le rassurer.

- Tout va bien, vous êtes en sécurité ici je vous le garantis. Nous partirons demain matin mais une fois que vous aurez fait votre deuil et que nous aurons tous deux repris assez de force. Repartir maintenant à Illyria aurait été suicidaire.

Se tournant vers les deux autres invités, il s'inclina plus légèrement envers la demoiselle, mais restait toujours en froid envers Kerenn qui l'avait traité de "poiscaille".

- Kerenn, lâcha-t-il d'un ton peu amène.

Aaria comme à son habitude fit la synthèse et les mena silencieusement jusqu'à un salon pourvu de fauteuils, de sofas autour d'une table basse. Mastriani restait plongé dans un silence de mort, il pouvait imaginer le trouble qui l'agitait en ce moment, c'était bien la raison pour laquelle l'emmener directement au palais d'Illyria, comme le plan initial le prévoyait, aurait été suicidaire dans son état. La reine des sylphes s'excusa un instant avant de revenir avec un plateau rempli de mets alors qu'une autre sylphide déposait un plateau de boissons fraîches à côté. Il la remercia et invita Mastriani à consommer.

- Vous devriez boire et manger un peu, Votre Majesté. Je sais que vous êtes attristé, mais elle continuera de vivre à travers vous tant que vous continuez à y croire et à vous battre pour elle. Sans prendre des forces, vous n'arrivez pas à continuer ce combat...

Le souvenir de la reine Ardélianne ravivait sa culpabilité de ne pas avoir réussi à la sauver et encore plus d'avoir échoué à établir un traité de paix entre les quatre cités humaines ou tout du moins entre Arden, Sihle et Valmarin. Fermant un instant les yeux, il pria que la déesse des mers et des océans de ce monde protège son âme. Avisant par la suite que Kerenn ne prenait pas tout de suite la parole, il consentit à faire son rapport.

- Reine Aaria, comme vous le savez ma mission m'a mené jusqu'à Arden, j'avais comme espoir de rallier Arden à la cause des élémentaires ou tout du moins de trouver des sites datant d'avant le Crépuscule pour trouver la source du désastre qui s'abattra sur tout Elysian. A mon arrivée, j'ai appris qu'une guerre menaçait la cité et j'ai obtenu une audience auprès de la reine Ardéliane pour régler pacifiquement ce conflit provoqué par le roi Bellangern II de Valmarin et le roi de Sihle, Ashmane, j'ai proposé à la reine d'organiser un dîner pour tenter d'établir un traité de paix et une potentielle fausse alliance contre Illyria.

Il fit une moue désabusé de tant d'ignorance de la part de ces deux rois aveuglés par l'ambition au détriment de la protection de toute la population d'Elysian.

- La voie diplomatique a échoué, bien qu'en ayant fait croire à Bellangern que j'étais un émissaire des elfes, je n'ai pas réussi à faire pencher la balance en faveur d'Arden et pendant que je surveillais le moindre fait et geste du roi de Valmarin, le roi de Sihle en a profité pour tué la reine Ardéliane. La trahison de son premier conseiller n'a fait que annihiler les propositions de défense que j'ai soumises au général des armées d'Arden et m'a forcé à me téléporter ici avec l'unique héritier du trône d'Arden. Je crains que les élémentaires n'aient pas le choix et doivent épauler les forces d'Illyria militairement et qu'un successeur à Illyria favorable aux élémentaires doit être nommé, c'est là où l'appui du nouveau roi d'Arden pourra peut-être mettre des bâtons dans les roues de l'alliance Valmarin-Sihle depuis l'annonce du mariage entre la princesse de Sihle et l'héritier de Bellangern.

- Pour l'instant aucune des parties n'ait au courant de l'implication des élémentaires dans cette histoire, j'ai évité toute fuite d'informations potentielles et les seuls liens qui me relient à vous sont le cheval et l'armure que j'ai laissés derrière moi dans ma fuite, cependant je crains que si Bellangern ne s'empare du trône d'Illyria, certains traîtres à la couronne en profiteront pour pister vos cargaisons de marchandise. Avez-vous des nouvelles des autres aventuriers ?

(1089 mots)

_________________


Haut
 

 Sujet du message: Re: Ilmatar - Cité des Sylphes
MessagePosté: Dim 13 Nov 2016 17:34 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 31 Mai 2015 15:47
Messages: 713
Localisation: Kanteros
Le souffle de Kahena s'accélère légèrement lorsque je la prends tendrement dans mes bras pour nous transporter à Illmatar, tout comme mon palpitant accroît quelque peu son rythme au contact infiniment troublant de son corps gracieux contre le mien. Mais déjà le pouvoir du pendant d'Uraj s'active et nous amène sans transition à la cité des Sylphes, j'ai l'impression déstabilisante que c'est le paysage qui change subitement autour de nous plutôt que d'être véritablement transporté quelque part et j'en éprouve une étrange désorientation durant quelques instants, me demandant si je ne suis pas simplement en train de rêver. Toutefois le paysage autour de nous semble bien réel et l'air que j'inspire amplement n'est plus celui du désert mais celui de terres bien plus humides, ce qui achève de me convaincre que nous sommes bel et bien arrivés à destination. La jeune femme stupéfaite ouvre de grands yeux devant le panorama féerique qui se dévoile à son attention et je sens au travers de la légère étreinte que son souffle s'est soudainement coupé sous l'effet de la surprise, réaction ô combien naturelle face à ce prodige permis par le pouvoir de mon artefact.

Elle se dégage avec une douce lenteur de mes bras et fait quelques pas pour aller observer le paysage, incrédule devant tant d'eau et de verdeur, puis elle se tourne vers moi pour partager son émerveillement, ses beaux yeux pleins de larmes, plus émue que je ne l'ai jamais vue. Une vague irrépressible me submerge à cette vision, mélange indéfinissable de tendresse, d'affection et de cet autre sentiment infiniment plus puissant encore dont j'ignorais jusqu'à l'existence avant de la rencontrer. Comme dans un rêve, je m'approche d'elle, les yeux rivés aux siens, incapable de prononcer un mot tant j'ai la gorge serrée. J'acquiesce d'un léger hochement de tête, m'interdisant férocement de céder à l'envie brûlante de la reprendre dans mes bras, de la serrer contre moi pour lui susurrer des mots tendres et rassurants. Je me contente de repousser une mèche rebelle de sa chevelure de feu d'une main aussi légère qu'un souffle en murmurant:

"Je suis heureux que ce lieu te plaise, Astre du désert...il signifie beaucoup pour moi. Allons-y?"

Nous ne tardons pas à arpenter les rues pentues menant au palais d'Illmatar et je ris sans malice lorsque Kahena sursaute en apercevant son premier Sylphe jouer au courant d'air, remarquant à son attention:

"Les Sylphes sont nés du fluide d'air, la magie de cet élément coule en eux comme en nous le sang. Il existe aussi des Élémentaires de feu, les Ekhii, d'autres liés à l'eau, nommés Aigails, et d'autres encore liés à la terre, ce sont les golems. Enfin il y a les élémentaires d'ombre et de lumière, les Ishtars, dont l'apparence varie selon qu'il fait jour ou nuit. La reine que nous allons rencontrer est une Sylphe mais représente tous ces peuples, ils lui ont accordé leur confiance car ils la considèrent comme étant la plus sage d'entre eux."

Lorsque nous passons devant une échoppe proposant un vaste choix des extraordinaires tissus confectionnés par les Sylphes, je demande à la jeune femme de m'attendre quelques instants et m'y rends d'un pas vif. Je désigne la jeune femme au vendeur d'un discret signe du menton et lui demande:

"Peux-tu confectionner pour cette demoiselle une robe de soirée digne d'une reine, d'une couleur évoquant les infinies nuances de vert des feuilles au printemps, ainsi qu'une tenue dans le même genre que celle qu'elle porte actuellement, adaptée aux voyages et offrant si possible une protection? Je te laisse le choix des teintes pour la tenue de voyage, sans doute es-tu bien plus savant que moi dans ce domaine. Il me faudrait cela d'ici ce soir, ce serait à livrer au palais, est-ce possible?"

Sans doute aurais-je pu demander au palais qu'on me fournisse cela, mais je tiens à ce que ce modeste présent vienne de moi plutôt que d'être dû à la probable générosité de la Reine qui ne me laisserait certainement pas le payer à sa juste valeur. Une fois la transaction finalisée et ma bourse allégée de deux cent lys, je rejoins Kahena pour continuer notre chemin jusqu'au palais, que nous ne tardons pas à atteindre. J'ai la surprise de découvrir Aaria sur le parvis, en train de nous attendre selon toute vraisemblance, son habituel sourire aux lèvres et les yeux irradiant de bienvenue. Elle incline légèrement la tête pour nous saluer et, après avoir observé ma compagne durant quelques secondes, nous accueille chaleureusement. Je m'incline légèrement à mon tour, un franc sourire éclairant mon visage, et lui réponds:

"Merci de ton accueil, ma reine, je suis heureux de te revoir. Permets-moi de te présenter Kahena, Astre du désert, Fille de coeur de Taleb Al-Dayaân, Emir des éperons de Shill."

Me tournant ensuite vers Kahena j'ajoute à son attention:

"Je te présente Aaria’Weïla, reine des Sylphes et guide des peuples élémentaires en ces heures sombres."

Me tournant à nouveau vers la reine, le visage grave cette fois, je lui demande avec inquiétude:

"Ixtli est-elle revenue? Est-elle en vie?"

La reine nous invite à entrer et esquisse le mouvement lorsqu'elle s'interrompt soudain et penche la tête sur le côté, comme si elle percevait subitement que quelque chose allait se produire. Ma posture se modifie immédiatement et je rassemble instinctivement mes fluides sombres, prêt à réagir de manière foudroyante pour protéger les deux femmes si ce quelque chose s'avérait être une menace. L'apparition soudaine de deux êtres à quelques pas de nous me surprend si totalement que mon énergie obscure se modèle déjà en un vent de mort, je ne la retiens in extremis qu'en reconnaissant un aventurier que j'ai déjà croisé lors de notre premier séjour à Illmatar. Il est accompagné d'un humain engoncé dans une lourde et somptueuse armure, un fait qui m'incite à rester prêt à toute éventualité car je n'ai pas la moindre bribe de confiance en celui qui l'amène ici. Pourtant je ne lis aucune agressivité dans le regard de l'homme, mais plutôt une terreur sans nom, je ne sais pas ce qu'il vient de croiser mais j'imagine que ça ne devait pas être bien plaisant...quoi qu'il en soit je garde mon sortilège à un cheveu de déferler, les yeux légèrement étrécis de concentration pour discerner la moindre ébauche de geste malencontreux chez ces deux nouveaux venus.

Lorsque l'elfe bleu pose la main sur sa dague en se plaçant entre Kahena et l'humain, je le fixe froidement sans que mon visage ne trahisse rien de mes pensées ni prononcer le moindre mot. Quelque chose en moi espère qu'il dégainera son arme, mais j'aimerais autant que ce ne soit pas sur l'immaculé parvis du palais d'Illmatar. Comme il ne semble pas décidé à m'accorder le plaisir de faire une sottise dans l'immédiat mais s'incline devant la reine, je tourne mon attention vers l'humain qui l'accompagne, non sans garder un oeil sur l'elfe à tout hasard.

L'homme est apparemment complètement perdu, il regarde autour de lui d'un air horrifié en demandant qui nous sommes et ce qui se passe. Par les enfers, ce foutu elfe palmé l'aurait-il amené ici sans rien lui expliquer? Voilà qui ne m'étonnerait guère de sa part, ce que j'ai aperçu de lui jusqu'à présent ne m'incite pas à lui prêter un comportement réfléchi. Quoi qu'il en soit il s'empresse de rassurer l'humain en lui disant que tout va bien et qu'il est en sécurité ici, lui expliquant qu'ils repartiront pour Illyria dès le lendemain, une fois que l'homme aura fait son deuil. Je fronce légèrement les sourcils à ces propos obscurs, curieux de savoir d'où vient cet humain et de qui il est censé faire son deuil...L'elfe se tourne alors vers Kahena pour s'incliner légèrement devant elle puis prononce mon nom en guise de salutations, d'un ton qui trahit sans détour ce qu'il pense de moi. Je lui adresse un regard neutre et lui réponds avec indifférence:

"Earnar."

Aaria semble aussi être sur la réserve car, bien loin de leur souhaiter la bienvenue comme elle l'a fait avec nous et de répondre à l'humain, elle leur indique simplement de venir également en déclarant voir que de graves événements ont eu lieu. La reine nous invite donc tous à la suivre, ce que je fais tout en conservant prudemment une position me permettant de m'interposer en cas de nécessité, plus méfiant que jamais. Elle nous mène à un confortable salon où se trouvent une table basse entourée de fauteuils sur lesquels elle nous invite à prendre place tout en s'excusant quelques instants pour aller quérir nourriture et breuvages. L'humain s'est enfoncé dans un sombre silence qui attise encore mes doutes quant aux raisons de sa présence ici, pour quel motif scabreux l'écailleux l'a-t'il transporté à Illmatar? Voilà une explication que j'ai hâte d'entendre. Earnar incite l'homme à se sustenter afin de garder assez de forces pour se battre, lui donnant le titre de "majesté" au passage. Majesté ou pas, la moindre des politesses aurait été de le présenter à la reine...quoi qu'il en soit l'elfe commence à raconter son histoire, que j'écoute avec une discrète incrédulité grandissant au fur et à mesure de son récit.

Cet Earnar se serait rendu à Arden pour rallier cette cité à la cause des élémentaires ou trouver quelques informations sur les causes du drainage, mais à son arrivée la guerre était aux portes de la ville. Il aurait alors tenté de régler le conflit diplomatiquement en organisant un dîner avec la reine Ardélianne et les rois de Valmarin et de Sihle, dîner au cours duquel le Roi-Guerrier aurait assassiné la souveraine d'Arden. Toujours selon l'elfe bleu, le premier conseiller de la reine aurait été un traître qui aurait empêché les plans de défense d'être menés à bien, le forçant à se téléporter en urgence ici-même avec l'héritier du trône. Eh bien, voilà qui a au moins le mérite d'expliquer qui est cet homme venu avec lui et de m'apprendre où en est le Roi-Guerrier dans ses ambitions de conquête...pour le reste le plan de l'elfe bleu m'apparaît des plus fumeux et, surtout, dit clairement qu'il n'a pas pris la peine de se renseigner la moindre sur les belligérants en présence...Il est donc directement responsable de la mort de cette reine, un joli titre de gloire à attacher à son palmarès sans doute déjà chargé. Enfin, en définitive cet échec cuisant et prévisible pourrait bien avoir évité un massacre de la population d'Arden, je doute fort qu'il y ait eu bataille après la disparition de sa souveraine, la cité est plus probablement tombée entre les mains des attaquants comme un fruit bien mûr. Le côté négatif de cela, c'est qu'une résistance d'Arden aurait pu offrir plus de temps à Illyria pour se préparer, alors que dans le cas présent les deux rois sont libres de marcher sur la vaste cité humaine sans plus tarder.

L'elfe bleu poursuit en déclarant que les élémentaires doivent se mêler à la guerre pour soutenir Illyria et qu'un dirigeant en faveur des élémentaires doit impérativement être nommé rapidement dans cette cité. Pour ce que j'en sais le deuxième point est en cours d'accomplissement, mais le premier me fait sérieusement grincer des dents. Je l'écoute encore préciser qu'il n'a pas laissé de preuves permettant de remonter aux élémentaires derrière lui, et supposer qu'une fois Bellangern sur le trône d'Illyria, certains traîtres à la couronne pourraient pister les marchands commerçant avec Illmatar. Je grogne sourdement à ces dernières paroles, par les dieux, lui arrive-t'il de réfléchir plus loin que le bout de son nez?! Donnez-moi trois ou quatre stratèges de pacotille comme cet elfe et il ne sera plus nécessaire d'avoir des ennemis pour perdre une guerre...je soupire doucement avant de lui faire remarquer:

"Si Bellangern s'empare du trône d'Illyria, la couronne ce sera lui. Il n'aura pas besoin de faire pister qui que ce soit, le commerce sera entre ses mains et ses sujets lui donneront toutes les informations nécessaires, il lui suffira de les demander. Les traîtres à la couronne seront donc ceux qui refuseront de lui révéler ce qu'il veut savoir..."

Je fixe tour à tour chacune des personnes présentes, soupesant mes paroles avant de les prononcer en fixant l'elfe bleu:

"Par ailleurs, dois-je te rappeler la raison de notre présence ici? Les intrigues politiques ou même les guerres feront figure de douces plaisanteries si nous ne résolvons pas le problème pour lequel nous avons été engagés. La question à laquelle nous devrions tâcher d'apporter une réponse est: existe-t'il un lien entre ces événements politiques et notre objectif? As-tu découvert des indices en ce sens? Des preuves? As-tu trouvé quoi que ce soit qui nous permette d'avancer dans notre enquête?"

Après cette question purement rhétorique, l'elfe bleu en aurait parlé s'il avait déniché quelque chose en lien avec le drainage, je me tourne vers Aaria:

"Ma reine, je crois que nos deux amis ont eu une dure journée riche en émotions, en particulier sa Majesté d'Arden. Je crains fort de l'ennuyer avec mon récit bien éloigné de ses préoccupations actuelles..."

J'ignore ce qu'Earnar a révélé à cet humain et j'en viens même à douter qu'il ait seulement pris la peine de s'assurer qu'il n'était pas de ceux vouant une haine aveugle aux élémentaires avant de l'amener ici. Leur destination première aurait dû être Illyria d'après ce que j'ai compris, et les explications brouillonnes de l'elfe bleu justifiant d'avoir changé de destination au dernier moment me laissent quelque peu perplexe. En quoi aurait-il été plus dangereux pour eux d'aller à Illyria, voilà qui m'échappe totalement...ce qui est certain c'est que les maladresses répétées de l'elfe sont largement susceptibles de nuire gravement aux Élémentaires et à notre mission. Il est peut-être capable d'assassiner un type dans les bas-fonds sans trop saboter le travail, mais certainement pas de se mêler de complexes intrigues politiques. Quoi qu'il en soit je n'ai pas l'intention de parler de ce que j'ai découvert devant cet elfe, et encore moins devant cet humain inconnu...auquel je m'adresse pour finir:

"Toutes mes condoléances pour la perte cruelle que tu viens de subir, héritier d'Arden. Loin de moi l'idée de vouloir te dire ce que tu as à faire mais je te conseille de prendre un peu de repos afin d'encaisser ce qui vient de t'arriver. Les décisions prises sous le coup d'une intense émotion sont rarement les meilleures. Il sera bien temps de parler de l'avenir une fois que tu te seras reposé, je pense que nous avons tous besoin de réfléchir un peu à ces événements avant de décider de ce qui doit être fait."

(env. 2600 mots)

(achat de vêtements pour la somme de 200 Lys)

_________________
Kerenn


Si vous ne parvenez pas à trouver la vérité en vous-même, où donc espérez-vous la trouver?

Zenrin Kushu


Haut
 

 Sujet du message: Re: Ilmatar - Cité des Sylphes
MessagePosté: Lun 5 Déc 2016 15:29 
Hors ligne
Admin
 Profil

Inscription: Lun 17 Nov 2008 23:14
Messages: 6059
Ilmatar – Intérieur du palais

    La reine Aaria’Weïla écouta les paroles des deux aventuriers, calmement installée dans son fauteuil. Si ses traits ne donnaient aucune indication sur la façon dont elle prenait les nouvelles, elle n’en arborait pas moins un air sérieux des plus intéressé. Elle tourna d’abord ses yeux millénaires vers Mastriani et inclina légèrement la tête.

    - Votre Majesté, toutes mes condoléances. J’avais entendu beaucoup de bien de votre mère et sa perte est un coup cruel porté à Arden. Vous avez toute ma sollicitude.

    Le prince hocha la tête, manifestement toujours un peu perdu, mais ayant repris contenance. Son visage restait blanchâtre, mais son regard avait repris de son acuité. Le temps du deuil viendrait plus tard, il semblait l’avoir compris. La reine, lisant tout ceci sur le visage du jeune homme, hocha la tête avec sollicitude avant de poursuivre.

    - A l’issue de cet entretien, Jillian commencera à lever les troupes pour les apprêter à la guerre. Nous ne pourrons agir cependant que si Illyria nous donne l’autorisation de fouler ses terres. Cromax est venu récemment à Ilmatar avec des nouvelles engageantes. Il semble être en bonne voie pour assurer la succession d’Illyria, bien que le vieux roi soit encore en vie. Il semblerait qu’il favorise Hascan, le fils illégitime de Coryphème, soutenu par sa demi-sœur. Je n’ai cependant guère de nouvelles des autres aventuriers. Il vous faut vous rendre dans les plus brefs délais à Illyria. Prenez contact avec Cromax ou la Régente Inzilbêth, la fille légitime de Croyphème. Ils doivent être informé des évènements dans les plus brefs délais. Je crains que vous n’ayez pas le temps de vous remettre de ce deuil, Votre Majesté. Earnar, je peux échanger votre Pendant d’Uraj contre un autre qui n’a pas servi.

    Aaria’Weïla tourna alors son attention sur le couple formé par Kerenn et Kahena.

    - Ixtli est revenue saine et sauve. Elle était épuisée par cette manifestation de pouvoir et a dû rester alitée, mais elle parcourt à présent de nouveau les terres des élémentaires, plus vive que jamais.

    Elle semblait cependant avoir compris que Kerenn avait autre chose à lui dire et lui faisait confiance pour le lui dire au moment qu’il jugerait le plus opportun.


[Earnar, si tu décides d’accepter l’offre de la Reine, tu peux considérer qu’elle lui tend un Pendant tout neuf.]


[Kerenn – xp : 0,5 (introspection), 0,5 (explications), 2,5 (longueur) ;
Earnar – xp : 0,5 (introspection), 0,5 (explications), 1 (longueur)]


Haut
 

 Sujet du message: Re: Ilmatar - Cité des Sylphes
MessagePosté: Mar 6 Déc 2016 15:05 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 31 Mai 2015 15:47
Messages: 713
Localisation: Kanteros
Aaria nous écoute avec intérêt, indéchiffrable. Elle présente ses condoléances au prince d'Arden puis expose une part de ses plans ainsi que ce qu'elle attend d'Earnar et de lui. Seul mon entraînement de Vagabond me permet de conserver une parfaite impassibilité aux paroles de la reine des Sylphes, qui presse le mouvement contrairement à mon conseil et évoque la levée de l'armée des Élémentaires. Mes réflexes d'Elfe lige de la reine du Naora se manifestent, quoi que j'en pense je ne peux ni ne dois remettre en cause ses décisions en public, fut-il aussi restreint qu'actuellement. Je viens d'en apprendre beaucoup sur ses intentions au travers de ses paroles, je comprends sa réaction mais je ne la partage pas ou, du moins, pas entièrement. Seulement ma place dans cette histoire n'est pas celle que j'avais au Naora, je n'ai pas été engagé comme Elfe lige ou comme "conseiller" mais comme aventurier lambda auquel une mission précise a été assignée. Où dois-je situer les limites de mon implication? Dois-je endosser à nouveau le rôle de Vagabond de sa Majesté la Reine? En ai-je seulement envie?

J'observe pensivement Kahena durant quelques secondes, puis je me tourne à nouveau vers Aaria lorsqu'elle m'apprend qu'Ixtli est toujours en vie et qu'elle a récupéré de l'utilisation sans doute abusive de ses pouvoirs. J'incline le visage avec gratitude, heureux de savoir que l'Aigail qui m'a probablement sauvé la vie va bien, et désigne d'une main ses fontes déposées à côté de moi:

"Voilà une nouvelle qui me réjouit beaucoup, je craignais pour elle. Ceci lui appartient, peut-être sera-t'elle contente de récupérer ses affaires? Sa jument se porte bien, j'en prends le plus grand soin et la lui ramènerai dès que possible."

Je marque une courte pause avant de révéler ce que j'estime pertinent en présence de l'Elfe Bleu et du Prince d'Arden. Je n'ai cure de l'avenir de ces deux personnages, mais ils vont se rendre à Illyria et rencontrer Cromax, qui tentera probablement d'agir pour changer le cours de cette guerre qui vient de débuter. Certaines informations doivent parvenir à mon compatriote Sindel, un des rares en qui j'aie confiance, afin qu'il puisse prendre les bonnes décisions:

"La situation du Roi-Guerrier de Sihle n'est pas aussi assurée qu'il y paraît. Il outrepasse son temps de chef des chefs et tente de s'imposer durablement à son peuple, ce qui n'enchante pas forcément tous ses compatriotes. Détail étonnant, Ashmane est le premier à se parer de ce titre de Roi-Guerrier depuis des lustres et cette conquête vient à point nommé renforcer sa position de dirigeant alors qu'il devrait la céder. Cela inquiète certaines factions opposées à ce bouleversement de leurs traditions, l'équilibre entre les clans de Sihle est délicat et complexe. D'autre part, marier une Princesse de Sihle à un étranger est totalement contraire à la coutume, certains considèrent cela comme une trahison pure et simple."

Je rive mon regard à celui d'Aaria et poursuis sur le ton de la banale conversation:

"Il y a bien des façons de remporter une guerre mais, la meilleure n'est-elle pas toujours de la rendre inutile? Si le Roi-Guerrier était contraint de passer le pouvoir comme le voudraient les traditions et les lois, et qu'un chef des chefs plus raisonnable était nommé, le problème de cette invasion ne pourrait-il pas se résoudre sans effusion de sang?"

J'ai appris à apprécier ce peuple du désert, tout comme j'ai appris à apprécier les Élémentaires, je ne tiens pas particulièrement à ce qu'ils s'étripent mutuellement pour satisfaire l'avidité de pouvoir d'un ou deux rois. Je suis écoeuré des guerres, des massacres et des magouilles politiques, mais ce dégoût provient de mon expérience en la matière et elle me confère le pouvoir d'influer le destin de ces peuples, de ces êtres, afin qu'ils en vivent le moins possible. Ceci étant, Taleb pensait que ce n'était pas mon rôle et je n'ai pas été engagé pour intervenir dans la politique d'Elysian, à moins que cela ne soit lié au drainage évidemment. Je crois discerner un début de piste sérieuse quant à ce pompage de fluides, mais dans quelle mesure tout cela est lié aux événements politiques, je l'ignore. J'ai certes quelques suppositions mais pas encore la moindre preuve pour les étayer, baser une stratégie sur mes présomptions serait hasardeux et surtout prématuré. Pour commencer, il faut démêler cette histoire perturbante liée à la déesse Shill et à Kahena. Je suis à peu près certain qu'elle pourrait constituer une clé, un pas important pour notre quête et, peut-être, un levier susceptible d'influencer l'équilibre politique. Mais il faut que nous en parlions avec Aaria, je veux son avis sur ces questions, persuadé que nul n'est plus apte qu'elle a démêler ces noeuds du passé et ces histoires de divinités. Je poursuis donc à l'attention de la reine des Sylphes, toujours sur le ton de la banale conversation mais avec un bref regard intense signifiant que c'est plus important que ce que j'en laisse entendre par le ton employé:

"Je t'apporte d'autres nouvelles, ma reine, dont je pense qu'il serait bon que tu les entendes dès que possible. Elles pourraient t'amener à considérer différemment certains de ces événements que nous venons d'évoquer. Peut-être serait-il utile que Yuralria se joigne à nous, si elle est dans les environs bien sûr. Sa connaissance des choses du passé pourrait être précieuse."

La passion de mon amie Ishtar pour les artefacts des temps anciens fait d'elle une spécialiste de ce domaine, d'après ce que j'ai compris. Je voudrais lui montrer cette boussole et cette clé qui m'ont été remises, les chances qu'elle puisse percer leurs mystères en quelques heures sont minces, mais qui sait? Peut-être connaît-elle certains symboles de cette antique langue gravée sur l'artefact ou pourrait-elle établir un lien avec d'autres objets retrouvés? Si Shill a été capable de préparer son retour en semant quelques artefacts destinés à amener à elle les personnes adéquates, d'autres dieux n'auraient-ils pu en faire autant? Et si plusieurs divinités cherchaient à revenir, cela ne puiserait-il pas puissamment dans les fluides d'Elysian puisque les dieux, pour ce que j'en sais, en sont en grande partie constitués? Est-il envisageable qu'une divinité se soit déjà éveillée et s'accapare les fluides afin que d'autres ne le puissent? Ou qu'un ordre semblable à ces Gardiens de Shill utilise cet orbe de Caèles pour tenter de faire revenir leur divinité grâce aux fluides qu'il pourrait canaliser si les légendes ont un fond de vérité? Les questions et les possibilités sont encore nombreuses mais je suis convaincu qu'il existe un lien entre le drainage et les dieux déchus, convaincu aussi qu'il y a un lien entre cela et les sombres événements en cours. Causes ou conséquences je n'en sais encore rien mais j'ai appris que, de façon générale, c'est sur les causes qu'il faut agir pour changer les choses. Traiter les conséquences ne résout jamais le problème de fond, même s'il est parfois nécessaire de s'en préoccuper pour limiter les dégâts. Toutefois, j'ai le sentiment que les choses ne sont pas aussi simples que je le souhaiterais et je pense que cette invasion est un amalgame de causes et de conséquences, mais qu'elle s'articule probablement autour d'un pivot unique. Lorsque nous l'aurons cerné nous serons peut-être en mesure d'agir de façon précise et pertinente, d'ici là nous ne faisons que brasser de l'air en espérant réveiller une tempête au hasard de nos gestes désordonnées et ce n'est pas ainsi que j'ai appris à fonctionner.

(env. 1300 mots)

_________________
Kerenn


Si vous ne parvenez pas à trouver la vérité en vous-même, où donc espérez-vous la trouver?

Zenrin Kushu


Haut
 

 Sujet du message: Re: Ilmatar - Cité des Sylphes
MessagePosté: Ven 9 Déc 2016 22:24 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Ven 5 Juin 2015 20:57
Messages: 128
Localisation: Elysian
Earnar eut toutes les peines du monde à se contenir, les traits de son visage tirés et ses mains palmées agrippant fermement le tissu recouvrant son fauteuil alors que le sindel débitait à qui veut l'entendre en substance que messire Kerenn aurait mieux fait que lui. Il prouva pourtant le contraire à la reine en oubliant l'étiquette en s'adressant au nouveau roi d'Arden tout comme sa stratégie de ne rien faire au seul prétexte qu'ils n'étaient pas de ce monde et que leur unique mission ne devait concerner que la traque de celui ou ceux à l'origine du drainage des fluides sur Elysian. Par ailleurs, il pensait mieux connaître les desseins et la manière de gouverner du roi de Valmarin, Bellangern II, en expliquant à contre-courant avec ses idées qu'il n'aurait guère besoin de traîtres pour apprendre l'existence des élémentaires et leur localisation. Ses propres pensées devenaient floues et incohérentes au fur et à mesure que Kerenn prenait la parole, déversant son fiel sur ses actions aux résultats certes mitigés mais il avait apporté déjà des résultats concrets contrairement à ce Sindel. Sous le coup de la colère, il sentit poindre une terrible migraine combinée au sentiment de culpabilité que l'earion ressentait depuis la mort de la souveraine d'Arden et à l'absence de sommeil réparateur.

Il était perdu et Ilmatar était son phare, celui qui, il l'espérait, conduirait de nouveau vers la sérénité et la sagesse. Tout cela était loin d'être gagné au vu du comportement obséquieux de l'elfe qui ne voulait absolument pas partager les informations qu'il avait collectés et de nouveau sous-entendit qu'il n'avait aucune information concernant le drainage. Earnar en avait bien une à propos du drainage, la personne derrière tout cela connaissait sans nul doute les limites des pouvoirs des Esprits des élémentaires et devait les connaître suffisamment pour savoir comment utiliser le pouvoir de l'artéfact de Caelès en aspirant une infime partie des fluides magiques. Il aurait pu tout lui dire, lui faire part de ses soupçons, de ses hypothèses, cependant rien n'était gratuit. Le Sindel avait décidé de garder ses secrets, il en ferait de même et travaillerait à présent sans en avertir ni les autres aventuriers ni la reine des sylphes, il n'en informerait que la reine et le roi des Aigails qui seront peut-être plus propices à lui réserver un meilleur accueil.

Alors qu'Earnar comptait répondre aux propos du Sindel, la reine Aaria'Weïla décida d'intervenir en présent ses condoléances au nouveau roi d'Arden, Mastriani. Earnar avait beaucoup espéré de cette rencontre et ne fut pas déçu lorsqu'elle révéla qu'elle avait entendu beaucoup de bien de sa mère. Le rapprochement entre les humains et les élémentaires pouvaient commencer et dépasser la simple entente commerciale avec Illyria. L'exécution de son plan commençait à s'annoncer sous d'augustes augures. Jugeant la réaction du roi, celui-ci se contenta d'hocher la tête encore un peu perdu après l'enchaînement de tous les derniers évènements, néanmoins il finit par se reprendre et dans ses yeux scintillaient le destin qui l'attendait.

La reine des sylphes continua sur sa lancée en annonçant que Jillian allait lever des troupes pour les apprêter à la guerre même s'il fallait l'autorisation d'Illyria pour fouler ses terres. A ce propos, elle apporta des nouvelles réjouissantes puisque Cromax est en bonne voie pour assurer la succession d'Illyria en favorisant Hascan, le fils illégitime de Coryphème et il était soutenu par sa demi-soeur, l'actuelle régente. A présent, Earnar savait à qui s'adresser, il espérait simplement que Bellangern prendrait son temps avant de frapper Illyria. Sur ce sujet, l'earion était persuadé que seuls les pirates avides de richesse et de conquêtes pouvaient encore constituer des alliés précieux même si peu recommandables.

Aaria-Weïla lui proposa d'échanger son pendant avec un autre n'ayant pas encore servi, c'était une excellente idée et cela lui permettait enfin de passer à l'action et de ne plus supporter la présence de Kerenn qui, déjà, discutait avec la reine. Il ne l'écouta guère, chacun des sons provenant de cet elfe sonnaient à ses oreilles comme une agression, il n'y avait nul lyrisme dans ses mots ni beauté. Néanmoins lorsqu'il entendit que l'autorité d'Ashmane n'était pas forcément incontestable auprès de son propre peuple au vu de ses choix politiques et surtout de l'union d'un étranger avec la princesse de Sihle, il garda précieusement cette information pour pouvoir l'utiliser le moment venu.

- Saluez Ixtli et Marikani de ma part, lança-t-il en se levant, prenant ensuite le pendentif que la reine lui tendit.

- Allons-y à présent roi d'Arden, chaque être doit réaliser son destin, il est temps que vous réalisiez le vôtre, assura-t-il en tendant la main vers la roi, avant de disparaître avec lui vers Illyria.

((835 mots))

_________________


Haut
 

 Sujet du message: Re: Ilmatar - Cité des Sylphes
MessagePosté: Sam 10 Déc 2016 17:22 
Hors ligne
Admin
 Profil

Inscription: Lun 17 Nov 2008 23:14
Messages: 6059
Ilmatar – Intérieur du palais

    La reine salua Earnar et Marikani, se levant en même temps qu’eux.

    - J’espère que vous nous apporterez de bonnes nouvelles, Earnar. Votre Altesse, mes respects. Sachez que les élémentaires sont prêts.

    Le Prince de Valmarin inclina son buste en murmurant :

    - Votre Majesté, j’ignore tout des enjeux exacts de ce qui nous arrive, mais sachez que mes vœux sont avec vous.

    Les yeux énigmatiques de la reine restèrent un instant posés sur lui avant qu’elle n’incline la tête et que tous deux disparaissent, ne laissant plus qu’un vide.

[Earnar, suite de ta màj à Illyria, je tente de la faire aujourd’hui ou demain.]

    Aaria’Weïla reporta son attention sur Kerenn, acquiesçant à ses paroles concernant Ixtli et le remerciant en prenant les affaires de la jeune aigail. Elle écouta ensuite ses paroles avec ce même intérêt qu’elle avait manifesté précédemment. A sa question sur le fait de rendre la guerre inutile, elle répondit :

    - Je crains que nous ne fassions que décaler le problème sur un autre plan, car alors Sihle aurait à faire face à une guerre civile. Si tant est que ce soit possible en si peu de temps. Le règne d’Ashmane n’est pas encore officiellement achevé et le processus pour saper son pouvoir serait long et lent, je le crains.

    A sa demande de faire venir Yuralria, Aaria’Weïla acquiesça et ferma un instant les yeux avant de les rouvrir, prêtant de nouveau son attention à Kerenn.

    - Quelles sont ces nouvelles, Kerenn ? Sont-elles liées à cette étrange femme qui t’accompagne ? dit-elle en inclinant légèrement la tête à l’adresse de Kahena qui répondit de même.

    La femme du désert observait avec grande attention chaque mouvement de la reine, comme subjuguée.


[Kerenn – xp : 0,5 (introspection), 0,5 (explications), (longueur) ;
Earnar – xp : 0,5 (introspection), 0,5 (retour à Illyria), 0,5 (longueur)]


Haut
 

 Sujet du message: Re: Ilmatar - Cité des Sylphes
MessagePosté: Sam 10 Déc 2016 20:30 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 31 Mai 2015 15:47
Messages: 713
Localisation: Kanteros
Le visage de la poiscaille décérébrée se modèle au gré de ses émotions, véritable livre ouvert révélant davantage que je n'ai envie d'en savoir sur ce résidu des bas-fonds Yuimeniens. Je demeure toutefois rigoureusement impassible en suivant le cheminement prévisible et surtout trop visible des pensées de cet elfe, j'ai été formé à ne rien montrer que je n'aie souhaité dévoiler, même si cette capacité s'est trouvée récemment mise à mal depuis ma découverte d'émotions moins sombres que celles auxquelles j'étais habitué. J'accueille toutefois le départ de l'idiot avec un certain soulagement, qu'il aille donc se frotter aux magouilles politiques d'Illyria, Cromax aura vite fait de le recadrer en cas de besoin et, pendant ce temps, il ne fera pas d'autres imbécillités ailleurs.

J'écoute ensuite avec attention les réponses d'Aaria, qui souligne que la destitution d'Ashmane prendrait trop de temps et déplacerait le problème du bain de sang à Sihle en engendrant une guerre civile. Je m'abstiens de répondre pour l'instant, mieux vaut que je lui narre ce qui nous amène ici avant de me risquer à lui faire part de mes avis en termes de politique ou de stratégie, si tant est que mon conseil en la matière soit requis, ce dont je doute fort. Elle acquiesce à ma demande de faire venir Yuralria, fermant les yeux pour, je suppose, l'appeler. Pour finir, elle me demande de lui faire part des nouvelles que j'ai évoquées, me demandant si elles ont un lien avec Kahena qui, elle, observe la reine des Sylphes d'un air subjugué qui me fait légèrement sourire. Je me sers un verre d'une boisson non alcoolisée, après avoir proposé aux deux femmes de les servir également, et fais pensivement tourner le breuvage dans mon verre avant de répondre à la reine:

"Oui. Après être parti d'ici la dernière fois que nous nous sommes rencontrés, je me suis rendu à Illyria et ai traversé le détroit pour trouver une caravane pouvant me mener à Sihle. Je pensais intéressant d'en savoir plus sur ce peuple de guerriers, et je suis placé pour savoir que le désert préserve souvent des mystères oubliés ailleurs. Je me suis fait engager par un marchand qui avait besoin de combattants pour protéger ses biens, en chemin nous sommes tombés sur une statue à moitié enfouie dans le sable, une statue de la Déesse Shill. Le marchand m'a raconté qui elle était, ce qu'elle représentait, et..."

Je m'interromps brièvement, cherchant les mots pour expliquer ce que j'ai ressenti face à cette statue antique:

"En la voyant, j'ai eu le sentiment étrange d'avoir trouvé quelque chose que je cherchais depuis des siècles sans en avoir vraiment conscience. J'en ai parlé au marchand, Samaan de son nom, et lui ai dévoilé que j'avais accès à une certaine magie. Il a été surpris, bien sûr, mais il m'a cru et après m'avoir parlé d'un mystérieux "Oeil de Shill", lieu où selon lui résidait encore une parcelle de la magie des dieux disparus, cela l'a décidé à me remettre ceci."

Je sors de mes poches la clé et la boussole, les déposant devant la reine afin qu'elle puisse les examiner.

"J'ai vite remarqué que cette boussole était influencée par mes fluides, ou par ma pensée, je ne sais pas exactement. Lorsque nous avons croisé les traces de l'armée de Sihle, je me suis concentré dessus et j'ai réalisé qu'elle m'indiquait trois directions: l'armée en marche, la ville de Sihle et un point inconnu dans le désert, au sud. J'ai choisi de poursuivre jusqu'à Sihle et la boussole m'a mené droit à Kahena. Après quelques péripéties..."

Je frotte mon cou en adressant un regard légèrement sarcastique à Kahena, puis je poursuis mon rapport:

"Elle accepté de me conduire à son père de coeur, Taleb Al-Dayâan, Émir des Éperons de Shill. Un homme sage qui s'efforce de préserver le délicat équilibre qui règne entre les clans de Sihle et qui, plus étonnant, a perçu qu'un vent de changement soufflait sur Elysian depuis quelques années. A ma plus grande surprise, Kahena s'est avérée capable de lire certains des symboles gravés sur l'artefact, un homme le lui avait appris durant son enfance. A cet instant, la boussole n'indiquait plus que la direction inconnue dans le désert et Kahena a pu me dire qu'elle révélait une certaine urgence, mais aussi que cela impliquerait un don, ou un sacrifice. J'ai donc décidé de me rendre au lieu indiqué après avoir demandé à Kahena de m'accompagner, ce qu'elle a accepté."

Je remercie ma farouche et flamboyante compagne d'aventures d'un signe de tête et continue mon récit:

"Nous avons fini par atteindre un lieu bien étrange perdu dans le désert, le légendaire "Oeil de Shill". Nous étions attendu par le non moins légendaire Pélerin, celui qui va mais jamais ne vient, qui nous a accueillis et nous a fait de très surprenantes révélations."

Je ferme un instant les yeux, autant pour chasser la colère inutile qui m'envahit à ces souvenirs que pour retrouver les mots exacts employés par le Pèlerin. De toutes mes armes, ma mémoire surentraînée de Vagabond a toujours été la plus redoutable, mais est-ce encore le cas après mon amnésie? Apparemment oui, mes souvenirs de ces instants sont extrêmement précis et je devrais être en mesure de répéter à la virgule près les paroles du Pèlerin, mais est-ce bien utile? Peut-être vaut-il mieux que je résume ce que nous avons entendu, en partie du moins:

"Ce pélerin s'est présenté comme l'un des derniers survivants des Gardiens de Shill, un ordre voué à cette Déesse. C'est un autre membre de son ordre qui avait appris à Kahena le langage gravé sur l'artefact, censé devenir son mentor jusqu'à ce qu'elle enfante à son tour. Mais il mourut pour la protéger et les Gardiens crurent que Kahena était morte également. Il nous a ensuite conté les événements ayant engendré la guerre entre les dieux et le Crépuscule, permettez-moi de vous la transmettre telle qu'il nous l'a dévoilée car je craindrais de la dénaturer en la résumant."

J'adopte alors instinctivement la manière de parler du Pèlerin, reproduisant son rythme et le ton de sa voix si précisément que cela pourrait surprendre mes interlocuteurs, mais ils s'en remettront et c'est ainsi que j'ai appris à transmettre les messages les plus sensibles. Je lui conte telle que je l'ai entendue l'histoire d'Araguesha, la déesse des tourments, son accouplement avec un mortel, la naissance de sa fille à moitié divine Aesha et comment le dieu de la magie, Ankh-Onaka, fut séduit par elle. Je lui raconte la grossesse difficile de la demi-déesse, les suppliques que le dieu de la magie adressa à son épouse légitime trompée, Caelès, le refus de cette dernière qui conduisit à la mort d'Aesha lors de l'accouchement. Je lui narre la colère d'Araguesha, qui engendra la guerre des divins et le Crépuscule d'Elysian, et comment l'enfant, ignorée de tous, fut confiée à des mortels pour être élevée alors que les dieux se déchiraient. J'évoque sa nature indiscutablement divine, du moins d'après le récit du pèlerin, sa volonté de mettre un terme à la folie des dieux et le fait qu'elle vit mourir son père, puis les autres divinités, une à une, jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'elle et Caelès, profondément affaiblies. Je conte encore qu'elle mourut la première mais qu'elle avait eu des visions du futur et prévu que le cataclysme ayant ravagé Elysian risquait de se reproduire, et tenté de préparer ce monde à y survivre. Le temps ne lui avait pas suffit pour accomplir sa tâche, elle emporta ses secrets dans sa tombe et ne laissa derrière elle qu'une unique chose: une fille.

"Selon ce pèlerin, Kahena est la dernière survivante d'une longue lignée qui résida longtemps à l'Oeil de Shill, jusqu'à ce que le lieu soit ravagé, les contraignant à se mêler à la population de Sihle, à laquelle leur sang se mélangea. Kahena est, selon lui, la dernière descendante directe de la Déesse Shill."

Je laisse filer un instant de silence en buvant une gorgée, laissant le temps à Aaria d'assimiler mon long discours, puis je reprends en maîtrisant férocement le ton de ma voix pour qu'il demeure rigoureusement neutre:

"Mais ce n'est pas tout. Il nous a ensuite révélé que Shill avait laissé à ses Gardiens un moyen de la faire revenir pour altérer le destin d'Elysian au moment crucial. Le don, le sacrifice évoqué par l'artefact n'était autre que celui de Kahena. Par son sang, par son corps, la déesse pourrait ressusciter. Le Gardien qui lui a appris ces signes gravés devait la préparer à cette éventualité, afin que, le cas échéant, elle puisse prendre sa décision en connaissance de cause. Ils ne savent pas ce que cela engendrera, ils ne savent pas si Kahena disparaîtra totalement dans ce processus, si elle restera consciente de sa propre existence, ils ignorent si cette "possession" serait temporaire, ou définitive. Ils savent seulement comment faire, et pour cela ils ont besoin de moi ou, plus exactement, ils ont besoin de mes pouvoirs. Selon eux, mon rôle va bien au-delà, mais là encore ils ignorent en quoi il consisterait."

Je rive mon regard à celui de la reine, continuant mon récit par mes propres réflexions:

"C'est pour quérir ton conseil que j'ai décidé de revenir ici, parce que tout ceci m'inspire quelques réserves et de nombreuses questions. Shill est-elle la seule divinité à avoir préparé son retour? D'autres sont-elles déjà en train de s'éveiller, voire déjà de retour? Araguesha en fait-elle partie? Ces dieux, ou leurs adeptes, puisent-ils pour ce faire dans les fluides, engendrant ainsi ce drainage que vous ressentez? Est-il sage de favoriser le retour de dieux qui ont ravagé ce monde dans leurs querelles? Existe-t'il un lien entre cette guerre qui débute, ces créatures inhabituelles voire même inconnues qui rôdent, ce drainage et cet éveil des dieux? Je suis d'avis que oui, mais je ne vois pas comment nous pourrions en trouver l'origine en un temps raisonnable. En cela, favoriser le retour de Shill pourrait nous aider, mais quel serait le prix de son aide?"

Je dévisage Kahena après ces paroles, puis je prends impulsivement sa main dans l'une des miennes, avec tendresse et fermeté, avant d'ajouter en reposant les yeux dans ceux d'Aaria:

"Et surtout, qu'arriverait-il à Kahena? Certains considéreraient sans doute son sacrifice comme un détail, au vu des circonstances, mais ce n'est pas mon cas et je sais que ce n'est pas le tien. Je donnerais ma vie avec joie pour la protéger, je ne peux concevoir d'utiliser mes pouvoirs pour permettre à une divinité de s'emparer de tout ce qu'elle est. J'ai trop vécu ma reine, je ne peux plus accepter qu'une innocente soit volontairement sacrifiée au nom d'une soi-disant noble cause, cette dernière devient mauvaise, corrompue, si elle requiert cela."

Cela étant le choix n'appartiendra qu'à elle, en définitive, j'ai fait serment de la soutenir quels que soient ses choix avant d'apprendre tout ça et je me plierai à sa décision quoi qu'il m'en coûte. Seulement, je veux que son choix soit fondé sur de vraies raisons, pas sur les paroles d'un unique pèlerin plus ou moins illuminé dont je ne sais rien, ni même sur mon avis sur la question car je n'ai pas les connaissances et la sagesse nécessaires pour démêler tout cela. Je n'ai que mon instinct, et mon coeur.

(env. 2000 mots)

_________________
Kerenn


Si vous ne parvenez pas à trouver la vérité en vous-même, où donc espérez-vous la trouver?

Zenrin Kushu


Haut
 

 Sujet du message: Re: Ilmatar - Cité des Sylphes
MessagePosté: Jeu 15 Déc 2016 13:00 
Hors ligne
Admin
 Profil

Inscription: Lun 17 Nov 2008 23:14
Messages: 6059
Ilmatar – Intérieur du palais

    Aux paroles de Kerenn, Aaria’Weïla sembla troublée, allant même jusqu’à se lever pour aller se tenir, les mains nouées derrière le dos, devant les grandes fenêtres donnant sur le jardin et les monts enneigés des Crocs du Monde. Elle écoutait attentivement le sindel, le regard perdu dans le vague. Lorsqu’il acheva ses paroles, la Reine des Sylphes pencha la tête, ses cheveux blancs formant un voile sur son visage, avant qu’elle ne le relève pour dire, finalement :

    - Nulle surprise que Kahena me semblait familière. J’ai connu Shill, dit la sylphide en se retournant pour faire face au couple, ses yeux d’un bleu ciel posés sur eux. J’ai assisté à une grande partie de ces évènements passés que tu viens de conter, bien qu’ils n’aient alors pas nécessairement revêtu la même signification qu’ils ont à présent.

    Elle revint s’asseoir à leurs côtés, et poursuivit.

    - J’ignore tout de la volonté des dieux, elle m’a toujours parue étrange et déplacée. Shill a toujours eu un statut particulier, plus proche des humains que des dieux, tout en possédant leurs pouvoirs, et d’autres encore. Je pense que c’est ce statut particulier qui peut favoriser son retour sur Elysian. Je doute cependant que les autres dieux puissent bénéficier d’un tel traitement, leurs êtres sont plus éthérés, moins ancrés, mais… Qui sait quel pouvoir caché ils pourraient receler ? Quelle aide ils auraient pu recevoir ?

    Aaria’Weïla marqua un temps de pause avant de poursuivre :

    - Shill… Shill a toujours éveillé ma curiosité, parce qu’elle était comme aucun et je trouvai en elle un certain écho. Elle possédait une volonté farouche et vive, un instinct de survie hérité de sa part humaine qui entrait en conflit avec les volontés des dieux. Elle est la seule à n’avoir jamais osé entrer en conflit direct avec Araguesha, sa Grand-Mère. Jusqu’au bout, elle aura combattu. Pas pour la survie des dieux, mais pour celle des hommes et des peuples d’Elysian. Qu’elle ait entrevu le futur et ce qui se passerait là n’est guère une surprise, et ce que vous a dit ce Pèlerin se rapproche de ce que j’ai constaté d’elle, mais…

    Elle prit une inspiration, légèrement douloureuse.

    - Vous parlez à une souveraine, une souveraine qui se doit de préserver les siens, quel qu’en soit le prix. J’ai été à plusieurs reprises obligée de prendre la décision de sacrifier une portion des miens pour sauver le reste… Il y a près d’un millénaire, j’ai sacrifié l’être qui m’était le plus cher pour que survivent les Ekhis. La douleur et le sentiment d’avoir trahi sont profondément ancrés, une souffrance de chaque instant, pourtant… je ne peux regretter mon geste, pas lorsque je vois Malakbêl et Marikani ensemble et le peuple Ekhi évoluer.

    Son regard, doux, se posa sur Kahena.

    - Mais je suis une souveraine et ce sont des responsabilités que j’ai choisies. Je ne pourrai jamais exiger de quiconque ces mêmes sacrifices car je ne connais que trop bien leur prix. C’est un fardeau que je ne souhaite sur nulle épaule.

    La jeune femme du désert resta un instant silencieuse, composant avec les paroles de la Reine.

    - Vous pensez que Shill pourrait réellement changer les choses ? demanda Kahena d’une voix grave.

    - Oui, je le pense. Mais ce n’est pas Shill qui est en vie à présent, c’est Kahena, et cette femme a tout autant, si ce n’est plus encore, le droit d’exister. Le choix reste indubitablement votre.

[Possibilité de discuter par mp, si tu le souhaite.]

[Kerenn – xp : 0,5 (introspection), 1 (explications), 1,5 (longueur)][/i]


Haut
 

 Sujet du message: Re: Ilmatar - Cité des Sylphes
MessagePosté: Sam 17 Déc 2016 16:09 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 31 Mai 2015 15:47
Messages: 713
Localisation: Kanteros
La reine des Sylphes se trouble indubitablement en entendant mon récit, allant jusqu'à se poster devant les larges baies donnant sur les montagnes pour en écouter la fin, la vue de ce somptueux paysage l'apaisant peut-être. Lorsque j'achève mon compte rendu, elle baisse la tête, ses cheveux blancs dissimulant ses traits, plus déstabilisée que je ne l'ai jamais vue. Elle finit cependant par relever la tête pour nous faire une révélation qui me laisse sans voix: Elle dit avoir connu Shill et, plus encore, avoir vécu la plupart des événements que je viens de lui conter, pourtant antérieurs à la création des Élémentaires si mes souvenirs sont bons. L'esprit en ébullition, je me garde bien de l'interrompre et écoute ses propos suivants avec le plus vif intérêt. Elle admet ignorer la volonté des dieux, qui lui a toujours paru étrange et déplacée, mais précise que Shill était différente, plus proche des humains bien qu'elle possède des pouvoirs divins. Aaria pense que c'est ce lien aux mortels qui lui permettrait de revenir aujourd'hui, elle suppose également que les autres dieux, moins ancrés dans ce monde, ne sont pas en mesure de reprendre vie sur Elysian. Elle n'en fait toutefois pas une certitude, qui pourrait connaître les pouvoirs des dieux, ou l'aide qu'ils auraient pu recevoir?

Elle poursuit en disant que Shill l'a toujours intriguée de par sa différence avec les autres dieux, et qu'elle-même trouvait un écho en la déesse du désert. La reine confirme également ce que Samaan m'a dit d'elle concernant sa nature et son caractère vif et indépendant, qui l'a conduite à s'opposer à sa famille immortelle. Pourtant, elle fut la seule à ne pas se dresser ouvertement contre la déesse des tourments, Araguesha, ce qui ne l'empêcha pas de lutter jusqu'au bout pour la survie des peuples de ce monde. Aaria n'est pas surprise que Shill ait pu pressentir l'avenir, ce que nous a révélé le Pèlerin correspond à ce qu'elle sait de la divine, ce qui ne manque pas de me faire discrètement grincer des dents. J'espérais secrètement que tout cela n'était que fadaises d'illuminé, sans pour autant parvenir à y croire vraiment évidemment.

La reine aborde ensuite le fardeau qui pèse sur ses épaules de souveraine, la nécessité parfois de sacrifier quelques êtres pour le bien ou même la survie du plus grand nombre, précisant qu'elle-même a été contrainte de sacrifier l'être qui lui importait plus que tout afin de permettre aux Ekhis de perdurer. Un souvenir qui la fait encore souffrir, elle se sent coupable d'avoir trahi un être cher, sans parler de la douleur de l'avoir perdu. J'incline simplement le visage avec gravité, repensant à tous ceux que j'ai conduits à la mort pour les intérêts supérieurs du Naora. La différence est que je n'éprouvais rien pour ces êtres, ils n'étaient pour moi que des pions manipulables à l'envi et hautement sacrifiables, je n'ai jamais ressenti le moindre remord à les envoyer au casse-pipe. Je retiens de justesse un profond soupir en réalisant combien j'ai changé et à quel point je me suis attaché à Kahena, mais aussi à certains élémentaires comme Yuralria, Ixtli et Aaria. Aurais-je le courage de les sacrifier si cela s'avérait nécessaire? Je n'en suis vraiment pas certain et, d'une certaine manière, c'est une pensée extrêmement dérangeante, une faiblesse qui va à l'encontre de tout ce qu'implique ma formation de Vagabond. La reine souligne encore qu'elle a choisi d'endosser ces responsabilités mais qu'elle en connaît trop bien le prix pour souhaiter en charger les épaules d'autrui, une sensiblerie que je ne peux que qualifier instinctivement de faille béante, venant d'une souveraine. Pourtant...je la comprends et, pire, le nouvel être que je suis ne peux que l'approuver.

Kahena demande gravement à Aaria si elle pense que la renaissance de Shill pourrait vraiment changer les choses, ce à quoi cette dernière rétorque qu'elle le présume en effet, mais que Kahena a tout autant, voire davantage, le droit d'exister. Elle précise finalement que le choix n'appartient qu'à la Fille de Shill, une pensée que je partage entièrement, ou peu s'en faut. Je prends quelques secondes pour ordonner mes pensées et demande à la reine:

"Si je comprends bien, tu penses que Kahena cesserait totalement et définitivement d'exister si Shill prenait possession d'elle?"

"Je n'en ai pas la moindre idée."

Poursuivant mes réflexions, je l'interroge sur un point qui me semble crucial:

"Imaginons que certains dieux reviennent sur Elysian, quelles seraient les conséquences pour les Élémentaires? Le drainage que vous subissez ne prendrait-il pas des proportions catastrophiques, puisque les dieux auront sans doute besoin de puiser largement dans les fluides pour retrouver leurs pouvoirs?"

"C'est quelque chose d'envisageable, mais nous ne pouvons en être certains. Tout dépendrait des modalités de retour des Dieux, et ils ne puisent pas de la même manière dans les fluides que nous, d'autant plus si Ankh Onaka, Gardien de la Magie, revient. Il est tout aussi possible que leur venue permette de stabiliser les fluides, comme ils pourraient empirer les choses."

Je me laisser aller à une moue dubitative à cette réponse, encore une fois nous n'avons aucune idée des conséquences que tout cela engendrerait, mais l'idée que réveiller une ou plusieurs divinités puisse aggraver encore la situation n'a rien de plaisant. M'efforçant de percer le brouillard d'un futur indiscernable, je tente de préciser quelques autres points qui me turlupinent:

"Tu dis avoir connu Shill et tu évoques ses pouvoirs divins, mais aussi d'autres qui, d'après tes paroles, ne devaient rien aux dieux. Sais-tu de quelle nature ils étaient?"

"Je faisais plus référence à des pouvoirs de l'esprit. Son don de vision provient des hommes, de même que sa sensibilité pour leur peuple et sa volonté de fer. Il faut comprendre que les dieux ne pensent ni ne ressentent de la même manière que les hommes ou mêmes les elfes, ils vivent sur une temporalité différente et il est impressionnant que le Crépuscule des Dieux ait duré si peu de temps, il aurait pu s'étaler sur des siècles encore. Shill comprenait la temporalité des hommes."

"Mmm. Supposons encore que Shill revienne, et qu'elle soit comme le passé déterminée à protéger les peuples d'Elysian. D'après ce que j'en ai entendu, elle serait particulièrement liée aux humains, ne peut-on imaginer que, comme toi pour les Élémentaires, elle soit prête à tous les sacrifices pour leur permettre de survivre? Et dans ce cas, n'aurait-elle pas intérêt à leur redonner accès à la magie afin qu'ils puissent se protéger eux-mêmes pour commencer? Si oui, ne serait-elle pas prête à puiser en vous les fluides nécessaires, limitant ainsi votre pouvoir afin que vous ne puissiez menacer son peuple? Et même si elle les puisait ailleurs, le fait que les humains possèdent à nouveau de la magie ne serait-il pas une menace pour vous, compte tenu de leur sentiment général à votre égard?"

La reine réfléchit un instant avant de me répondre:

"J'en doute. Les humains ont au final, passé les premières générations, bien vécu la fin de la magie. Mieux que les elfes. De plus, elle a toujours considéré tous les peuples, pas seulement les humains, comme des enfants d'Elysian, tous étaient partie intégrante de l'ensemble et, si elle-même venait et aimait le désert, elle tentait de ne pas trop les favoriser. Du moins tels sont mes souvenirs et ils sont altérés par ma condition."

Nous y voilà. Sa condition, quelle est-elle au juste? Si elle a vécu les événements antérieurs au crépuscule des Dieux, elle n'est donc pas seulement une élémentaire. Mais alors quoi? Je n'aurais jamais eu l'audace de questionner la reine du Naora sur un sujet aussi personnel, mais ma place n'est plus celle que j'occupais à l'époque, si bien que je me décide à essayer d'en avoir le coeur net malgré mes réticences:

"Une chose m'étonne, ma reine. Selon le récit que tu nous as fait du passé des Élémentaires, aucun n'est censé avoir vécu ces événements précédant le crépuscule des Dieux. Alors qui es-tu, au juste?"

"Quelque chose de beaucoup plus ancien. Mais je n'ai effectivement eu ce corps qu'à l'issue du Crépuscule des Dieux, comme les élémentaires."

"Mais encore? Caèles et Ankh-Onaka auraient-ils eu une fille, qu'ils auraient protégée de cette guerre? Quel rôle as-tu joué dans ces événements? Est-ce toi qui a convaincu Caèles de créer l'orbe qui a permis de créer les Élémentaires?"

Aaria'Weïla éclate de rire, un vrai et beau rire amusé qui e réchauffe le coeur, le premier que j'entende sortir de ses lèvres, et secoue négativement la tête pour satisfaire très partiellement ma curiosité:

"Non, non, je ne suis pas la fille d'Ankh Onaka et de Caelès, en vérité je suis même plus âgée qu'eux. Disons que j'ai... donné un coup de pouce à Caelès pour qu'elle accepte d'entendre la délégation elfe et humaine venue la convaincre de construire l'artefact."

Elle esquisse un petit sourire et ajoute:

"Jillian m'a convaincue, il y a quelques années, d'écrire deux ouvrages sur mon passé et ces événements, je peux te les prêter si tu le souhaites. Cromax est déjà tombé dessus."

Je lui réponds d'un franc sourire et porte une main à mon coeur en inclinant légèrement le buste:

"Ce serait pour moi une joie et un honneur d'avoir accès à tes écrits, ma reine. Jillian est un sage, les belles histoires devraient toujours être transmises, à mon sens du moins."

Jillian...le mortel éphémère amoureux d'une femme qui traverse les millénaires comme d'autres les jours...Je contemple pensivement Kahena, songeant que ce que j'éprouve pour elle est un bien perturbant reflet de cet amour impossible qu'éprouve Jillian. Je suis un Sindel, mon espérance de vie est sans commune mesure avec celle de la jeune femme, qu'éprouverais-je en la voyant vieillir, puis mourir, alors que je n'aurais pas pris une ride? Pourrais-je l'accepter? Je ne sais pas, je n'ai aucune réponse valable à cette question. Malgré tout, quelque chose en moi me souffle que ce n'est pas tout à fait exact, que je possède la réponse à cette question, une réponse issue de mon vécu. Nul ne sait combien de temps lui sera accordé, nul ne sait de quoi demain sera fait. Dès lors, à quoi bon se soucier d'événements qui pourraient, ou pas, se produire dans des années? Je tourne la tête vers Aaria et exprime ma pensée à mi-voix en la regardant au fond des yeux:

"On devrait toujours vivre l'instant présent comme s'il pouvait être le dernier, intensément et sans craindre ce qui pourrait hypothétiquement advenir."

Enfin, je reviens à Kahena et lui souris doucement:

"Comme Shill, tu as une volonté d'airain et une farouche envie de vivre, Kahena. Comme elle tu te soucies de l'avenir de ton peuple et tu voudrais lui permettre de survivre et de s'élever. Je ne sais rien des volontés des dieux, je ne peux prédire l'avenir ou les conséquences de nos choix en ces heures de profonds changements. Je ne suis qu'un Elfe comme tant d'autres, je n'ai pas de pouvoirs divins ou même particulièrement remarquables parmi mon peuple, et je suis très loin d'être un sage. Mais la vie m'a appris une chose: le plus insignifiant des êtres peut bouleverser l'équilibre d'un monde."

Je frôle impulsivement sa joue d'une caresse aussi légère qu'un souffle, avant de reprendre:

"Songe à tout ce que nous avons appris sur Shill, sur sa nature et sa puissante volonté de vivre selon ses propres principes, même si cela devait l'amener à aller à l'encontre des volontés divines. Elle n'a peut-être préparé son retour que pour le cas où sa descendante ne serait pas assez forte et volontaire pour influencer elle-même l'avenir d'Elysian. Te sacrifier pour lui permettre de revenir, c'est peut-être aller à l'encontre de tout ce qu'elle a représenté, de tout ce qu'elle nous a légué et enseigné. C'est peut-être pour elle la pire chose qui puisse arriver, cela reviendrait à dire qu'elle a échoué à rendre son enfant et sa descendance responsable et indépendante. Un échec terrible, pour une mère."

Je hausse les épaules en achevant d'un ton calme qui contraste puissamment avec ce que je ressens:

"Mais je peux me tromper, bien sûr, et ce choix ne m'appartient en rien. Sois certaine d'une chose: quoi que tu décides, quelle que soit la voie que tu choisis, je serai à tes côtés et je t'aiderai, si tu me le permets."

(env. 1800 mots hors réponses d'Aaria)

_________________
Kerenn


Si vous ne parvenez pas à trouver la vérité en vous-même, où donc espérez-vous la trouver?

Zenrin Kushu


Haut
 

 Sujet du message: Re: Ilmatar - Cité des Sylphes
MessagePosté: Lun 19 Déc 2016 14:21 
Hors ligne
Admin
 Profil

Inscription: Lun 17 Nov 2008 23:14
Messages: 6059
Ilmatar – Intérieur du palais

    Aaria’Weïla inclina la tête à la remarque de Kerenn sur les dires de Jillian et répondit :

    - Il aurait souhaité que le monde le sache, mais tel n’est pas mon désir. Il est néanmoins parvenu à me convaincre que certaines choses méritent d’être rappelées, même lorsque tout s’effondre, aussi ai-je fini par l’écrire.

    A sa remarque sur la nécessité de vivre l’instant présent comme s’il devait être le dernier, elle hocha de nouveau la tête en la tournant pensivement vers l’un des murs du bureau dans lequel ils étaient.

    Kahena, elle, rendit à Kerenn son regard. Ses yeux d’or étaient de nouveau pourvus de cette flamme qui l’animait, comme s’ils étaient de nouveau prêts à affronter ce qui allait suivre, comme si la décision qu’elle allait prendre, petit à petit, faisait son chemin dans son esprit.

    La reine se leva pour laisser un instant Kahena et Kerenn et sortit de la pièce. Kahena se tourna vers le sindel, une main posée sur la sienne, pour dire :

    - Plus le temps passe, plus… j’ai l’impression que c’est ce qu’il faut faire. Que la Déesse n’a pas fini de jouer son rôle et… si je dois être son vaisseau, alors ainsi soit-il. Ces forces me dépassent, et les pouvoirs qu’elle pourrait amener avec elle sont si puissants. Il serait profondément égoïste de ma part d’en priver Elysian. C’est un sacrifice que je pense devoir faire.

    Sa main, malgré ses propos, s’était resserrée sur celle de Kerenn, comme pour puiser du courage dans ce contact.

    La reine reveint peu de temps après avec deux petits ouvrages manuscrits entre les mains, fermés par un simple bout de cuir enroulé autour d’eux. Sur l’un était écrit « Les créations de l’Artisan du Vide » et le second était intitulé « Le Crépuscule des Dieux ». A ses côtés se trouvait une jeune femme bien connue de Kerenn, Yuralria l’Ishtar sous sa radieuse forme de jour. Le regard de l’impassible Tisseuse d’Ombre et de Lumière tomba d’abord sur Kerenn, puis sur Kahena sur lequel il s’attarda dans un échange curieux à voir. Si toutes deux avaient des yeux d’or liquide, celui de l’une en avait l’éclat métallique tandis que celui de l’autre en avait la chaleur et les flammes. Elles semblèrent se jauger avant que Kahena ne finisse par incliner la tête sur le côté, curieuse, et que Yuralria pose de nouveau son regard sur le sindel. Si ses traits n’avaient pas bougé, ses yeux s’étaient illuminés d’une petite lueur taquine.

    - Tu es en vie, fut sa seule constatation.

    Pendant ce temps, Aaria’Weïla était revenue s’asseoir en tendant les ouvrages à Kerenn et Yurlarlia prit place sur l’un des fauteuils restant.


[Possibilité de discuter avec Kahena pendant l'absence d'Aaria.]

[Kerenn – xp : 0,5 (introspection), 0,5 (discussion), 1 (longueur)]


Haut
 

 Sujet du message: Re: Ilmatar - Cité des Sylphes
MessagePosté: Mar 20 Déc 2016 17:16 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 31 Mai 2015 15:47
Messages: 713
Localisation: Kanteros
Aaria incline simplement la tête à mes propos sur Jillian, précisant qu'il souhaitait divulguer largement ses récits, mais qu'elle-même ne le souhaitait pas. L'humain était cependant parvenu à la convaincre que certaines choses devaient perdurer, même lorsque tout s'effondre, et qu'elle avait donc fini par accéder à sa demande de coucher une part de son histoire par écrit. Même lorsque tout s'effondre...dieux, que doit-elle éprouver en sentant l'essence de son peuple être lentement et inéluctablement drainée, vouant tous les siens à disparaître si quelques aventuriers ne parviennent pas à contrer ce phénomène? Chaque heure qui passe rapproche inexorablement les élémentaires de leur fin, sans que nulle solution ne semble vraiment se dessiner...je réprime durement la colère que cette injustice terrible et ma propre impuissance soulève en moi, elle ne résoudrait rien. Sans réfléchir, peut-être parce que c'est la seule chose qui soit en mon pouvoir pour l'instant, je lève une main et presse avec légèreté l'épaule de la reine en lui disant d'une voix douce:

"Nous perdrons espoir quand nous serons morts, pas une seconde avant."

Je retire ma main sans attendre mais sans hâte non plus, mon geste se voulait respectueux et signe de réconfort, puis je souris en ajoutant sur le ton de la plaisanterie:

"Et même alors, le gardien des enfers risque bien de découvrir qu'il y a plus teigneux que lui."

Je suis machinalement des yeux le regard de la reine, qui se porte vers l'un des murs du bureau dans lequel nous sommes après que j'aie affirmé l'importance de vivre au présent. Jillian se trouve-t'il derrière? Pense-t'elle à quelqu'un d'autre? Je n'en sais rien, et ce n'est pas une question que je me permettrais de poser.

La reine se lève et quitte la pièce, sans doute afin d'aller chercher les écrits qu'elle accepte de me prêter, me laissant seul en compagnie de Kahena qui s'est retournée vers moi. Ses prunelles ont retrouvé leur éclat flamboyant coutumier, l'étoile du désert semble avoir retrouvé sa détermination et je songe à cette vue qu'elle doit avoir plus ou moins pris une décision. Une main posée sur la mienne, elle profite de l'absence de la reine pour partager avec moi le résultat de ses réflexions, que j'écoute avec un serrement de coeur. Comme je m'y attendais, elle pense devoir se sacrifier, trouvant égoïste de sa part de priver Elysian des pouvoirs de Shill qui aurait, selon elle, encore un rôle à jouer. Je sens la pression de sa main s'accroître sur la mienne, en quête du courage qui doit vaciller en elle à l'idée de se sacrifier, sans doute.

J'ai dans la bouche un goût de cendres. Mes veines charrient de la glace pilée mais, dans les tréfonds de mon âme, les braises d'une rage sauvage et féroce rougeoient comme elles ne l'ont pas fait depuis longtemps. Depuis ce jour maudit où je suis tombé sur le corps de Sybil, dans les caniveaux de Raynna, il y tant d'années. Une chape de pesante obscurité tombe sur mes pensées, menaçant d'occulter toute réflexion cohérente pour ne laisser jaillir qu'un raz de marée ténébreux de haine glaciale, sanglante et meurtrière. Mais j'ai appris à maîtriser les ombres qui me hantent depuis le temps, et la vague brutale ne fait que s'échouer sur les rives de ma volonté au lieu de m'emporter comme elle l'a fait jadis. Je me contente de serrer doucement la main de Kahena entre les miennes et de murmurer tristement:

"Je t'ai fait une promesse, Astre du désert. Quels que soient tes choix..."

Je chasse la tristesse qui m'a envahi de la même manière que j'ai évacué l'obscurité de mon âme, mais cet effort me laisse étrangement...vide. Les sentiments et les émotions ne mènent jamais qu'à la souffrance, la lumière récemment retrouvée n'était qu'un soubresaut d'illusions. Un Vagabond ne se lie pas, jamais, à personne. Mais que vaut ce dogme face à ce regard de feu plongé dans le mien? Rien, strictement rien du tout. Avec la plus extrême douceur, je libère mes mains de celle de Kahena et les pose de part et d'autre de son beau visage, puis je me penche et dépose un léger baiser sur son front avant de reculer pour river mes yeux aux siens:

"Lorsque tu m'as parlé de ce sacrifice, de ce don, tu as évoqué quelque chose de fondamentalement positif. Je ne crois pas que tu cesseras totalement d'exister en tant que Kahena, parce que signifierait que tu serais morte et que cela irait à l'encontre du sens de ce symbole tel que tu me l'as expliqué. Mais même si cela devait être le cas, ton âme ne cesserait pas d'exister, je le sais parce que je suis moi-même passé de l'autre côté du Voile et que j'en suis revenu. Je te retrouverai, même si pour cela il me faut le franchir une nouvelle fois, et je te ramènerai."

Aaria ne tarde pas à revenir, munie de deux ouvrages aux titres intrigants: "l'Artisan du Vide" et "le Crépuscule des Dieux". Si je devine plus ou moins de quoi parle le second, le premier en revanche me laisse perplexe, j'ai hâte de pouvoir y jeter un coup d'oeil, n'ayant jamais entendu ce terme d'artisan du vide jusqu'à ce jour. Elle est par ailleurs accompagnée de Yuralria qui, par sa simple présence, m'apaise et illumine mes pensées assombries par les récents événements et leurs implications. Je me lève pour l'accueillir, un sourire aux lèvres, et incline légèrement le visage pour la saluer. L'Ishtar pose brièvement les yeux sur moi puis scrute Kahena qui l'observe en retour, un échange paré d'une certaine étrangeté que je trouverais amusante en d'autres circonstances. Toutes deux ont un regard d'or liquide, bien que très différents l'un de l'autre, métallique pour Yuralria et de flammes pour Kahena qui finit par incliner légèrement la tête de côté, visiblement curieuse. La Tisseuse d'Or et d'Onyx repose le regard sur moi, impassible comme à son habitude, mais je discerne néanmoins une petite lueur taquine dans ses yeux lorsqu'elle remarque calmement que je suis en vie. Sans doute est-ce ce qui se rapproche le plus, pour les Ishtars, de chaleureuses effusions de retrouvailles...Je ne peux empêcher l'amusement de percer dans mon regard, et c'est avec un petit sourire en coin que je lui réponds sur le même ton qu'elle a employé:

"Moi aussi je suis heureux de te revoir."

Je prends les deux ouvrages qu'Aaria me tend en la remerciant d'un signe de tête puis, lorsque les deux femmes ont pris place, je pousse vers Yuralria la boussole et la clé afin qu'elle puisse les examiner:

"Outre l'immense plaisir que me procure ta compagnie, j'ai demandé à Aaria de t'appeler parce que je voulais te montrer ces deux objets, en particulier la boussole."

Je lui résume rapidement ce qui nous a amené ici, mais aussi que je sais de leur origine et leur usage, ainsi que les différentes tentatives que j'ai effectuées pour en comprendre le fonctionnement, puis je laisse libre cours à ma curiosité:

"Connais-tu le langage utilisé sur cet artefact? Lorsque je me concentre dessus l'aiguille désigne toute une suite de ces symboles, mais cela reste très mystérieux, j'espérais que tu pourrais peut-être nous éclairer... As-tu déjà vu quelque chose de semblable à cet objet?"

Je lui laisse le temps d'inspecter l'artefact et de répondre à mes questions, n'hésitant pas à activer la boussole pour qu'elle puisse voir par elle-même les différents symboles indiqués par l'aiguille, puis je demande encore:

"A propos de ce retour de Shill, et de ce que cela pourrait impliquer pour Kahena...je me demandais si Akna, la Tisseuse de Vie, pouvait mieux comprendre ce procédé, voire...protéger Kahena, d'une manière ou d'une autre..."

(env. 1300 mots)

_________________
Kerenn


Si vous ne parvenez pas à trouver la vérité en vous-même, où donc espérez-vous la trouver?

Zenrin Kushu


Haut
 

 Sujet du message: Re: Ilmatar - Cité des Sylphes
MessagePosté: Jeu 22 Déc 2016 17:02 
Hors ligne
Admin
 Profil

Inscription: Lun 17 Nov 2008 23:14
Messages: 6059
Ilmatar – Intérieur du palais

    Kahena avait acquiescé aux paroles de Kerenn, sans cependant y répondre. Peut-être n’osait-elle pas croire, ou considérait-elle qu’il était inutile de s’attarder sur des spéculations.

    Yuralria prit entre ses mains la boussole et la clef. Si son attention ne s’attarda pas sur la clef, elle resta sur la boussole qu’elle analysa. Kerenn put sentir des échanges de fluides entre celle-ci et l’ishtar, mais les aiguilles ne semblaient pas bouger comme elles agissaient avec Kerenn. Elle finit par lui tendre l’objet en disant :

    - Il s’agit d’un objet de l’ancien monde, d’un objet possédant une magie inhérente, mais je pense que tu le savais déjà. Je crois qu’elle accompagne les pensées de son porteur pour répondre à des questions, ou indiquer des directions. Ce n’est pas un objet de divination, mais un objet qui montre des possibles, mais pas tous les possibles. Utilisé de façon avisée, il peut aider lors de situations embêtantes ou guider, mal utilisé, il pourrait faire passer à côté d’opportunités. Il ne faut pas se fier uniquement à lui, si tant est que l’on puisse le faire fonctionner, ce qui n’est pas mon cas. Pas plus que je ne connais le langage utilisé, même s’il m’est arrivé de voir quelques artefacts l’arborant. Je crois qu’il s’agissait d’un langage datant d’avant le Crépuscule des Dieux, peut-être le langage des Dieux lui-même. La clef possède une magie balbutiante, mais sans grand intérêt.

    A la question sur la Tisseuse de Vie, Yuralria inclina la tête sur le côté en regardant Kahena avec une once de tristesse.

    - Je ne pense pas que la Tisseuse de Vie pourrait faire quelque chose pour elle, car la possession se passerait à l’intérieur de son corps et si son esprit s’en séparerait, ce serait pour laisser entrer un autre. Si son esprit en était éjecté, peut-être pourrait-elle le récupérer, mais il n’y aurait pas grand-chose à faire avec à part l’implémenter à un objet, mais c’est une procédure qu’elle se refusera sans doute de faire pour des raisons éthiques. Peut-être peut-elle aider l’esprit de Kahena à rester dans son corps, mais cela pourrait créer une confusion avec la Déesse, engendrant tous les problèmes imaginables au partage d’un corps pour deux esprits.


[Kerenn – xp : 0,5 (introspection), 0,5 (analyse des objets), 0,5 (questions), 1 (longueur)]


Haut
 

 Sujet du message: Re: Ilmatar - Cité des Sylphes
MessagePosté: Mer 28 Déc 2016 22:50 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 31 Mai 2015 15:47
Messages: 713
Localisation: Kanteros
Yuralria ne peut malheureusement rien m'apprendre que je ne sache déjà à propos de la boussole ou de la clé, si ce n'est qu'elle me confirme que l'artefact aux glyphes ne montre certainement pas tous les possibles et que s'y fier aveuglément pourrait faire manquer certaines opportunités. Un artefact créé par une divinité parmi tant d'autres, qui ne sert de plus qu'à faire advenir sa divine volonté, comme je le définissais à l'origine.

La réponse de l'Ishtar à propos de la Tisseuse de Vie n'est pas plus réjouissante, cette dernière pourrait aider l'esprit de Kahena a rester dans son corps, auquel cas il y aurait une dualité probablement ravageuse car deux esprits occuperaient un même corps. Elle pourrait aussi peut-être récupérer l'âme de Kahena si elle était chassée de son corps, mais la seule option serait alors de l'implanter dans un objet, ce qu'Akna n'accepterait certainement pas de faire pour des raisons éthiques. L'idée seule me fait frémir, je n'ose imaginer la torture d'exister, de penser, mais de ne rien pouvoir, d'être enfermé dans une prison matérielle sans vie...Je soupire doucement, l'idée que Kahena disparaisse purement et simplement n'est pas plus plaisante.

Je me débats un instant avec mes pensées, moroses et amères, puis je finis par hausser les épaules en remarquant d'un ton sévèrement maîtrisé pour qu'il semble détaché:

"Ces choix ne m'appartiennent pas, je n'ai pas mon mot à dire dans tout ceci. Je ne suis qu'un Vagabond, un outil, ici comme ailleurs."

Ici comme ailleurs, fou que je suis de l'avoir oublié. Le destin est une putain sordide, il n'y a pas de joie durable dans ce monde, rien que des illusions fugaces qui laissent un goût de cendres. Je me lève lentement et récupère la clé, puis je pousse la boussole devant Kahena:

"Prends-là si tu veux. J'en ai fini avec elle. J'ai besoin d'air, je serai dans les jardins si tu as besoin de moi. Nous partirons à l'aube et je tiendrai les promesses que je t'ai faites, quoi qu'il m'en coûte."

Je m'incline légèrement devant Yuralria et Aaria en les remerciant de leurs conseils, puis je gagne les jardins à grandes enjambées, le coeur et l'âme saisis d'un froid polaire. Vagabond je suis, aujourd'hui comme jadis, simple arme dénuée d'émotions et de sentiments. Tout le reste n'est que foutaises. Ou presque. Foutue lumière. Tout était plus simple avant qu'elle ne me corrompe, il n'y avait pas de place pour les questions existentielles et c'était aussi bien comme ça. J'éprouve une certaine nostalgie des ruelles miteuses de Raynna, il y avait toujours moyen de trouver un emmerdeur en mal de dents cassées, là-bas. Et, maudits soient les dieux, jamais plus qu'aujourd'hui je n'ai eu envie de cogner sur quelqu'un jusqu'à ce que même les chiens répugnent à s'approcher des restes.

(env. 500 mots)

_________________
Kerenn


Si vous ne parvenez pas à trouver la vérité en vous-même, où donc espérez-vous la trouver?

Zenrin Kushu


Haut
 

 Sujet du message: Re: Ilmatar - Cité des Sylphes
MessagePosté: Jeu 5 Jan 2017 16:43 
Hors ligne
Admin
 Profil

Inscription: Lun 17 Nov 2008 23:14
Messages: 6059
Ilmatar – Jardins

    Derrière lui, alors qu’il s’en allait vers les jardins, Kerenn entendit les voix étouffées de Kahena et d’Aaria’Weïla. Les deux femmes parlaient, parfois entrecoupées de la voix de Yuralria, mais il ne pouvait distinguer ce qu’elles se disaient. Le jardin lui-même était paisible et calme, parcouru d’une petite brise printanière tandis que quelques oiseaux chantaient. Il s’y trouvait également plusieurs cerisiers à présent en fleur, couronnés de leurs petites corolles d’un rose pâle. Il y régnait une quiétude voulue et travaillée par la reine Sylphide, pourtant bien différente de l’état d’esprit du Vagabond.

    Peut-être une dizaines de minutes après qu’il soit parti, il entendit des bruits de pas derrière lui, rapides mais assurés qu’il reconnut, rapidement suivis de deux bras dorés qui l’enlacèrent. Il put sentir la joue de Kahena posée contre son dos.

    - Je suis désolée.

    Elle resta ainsi quelques secondes avant de se dégager pour faire le tour du colosse et se tenir devant lui, levant la tête pour le regarder dans les yeux. Elle leva une main qu’elle posa sur sa joue en disant :

    - Je sais que je ne disparaîtrais pas. Je ne sais pas ce qu’il adviendra réellement, mais je sais qu’une partie de moi subsistera forcément, j’en ai la certitude. Aaria’Weïla… la Reine m’a répété que la Déesse et moi nous ressemblions, que nous avions le même esprit fougueux et je n’aurais jamais pu accepter d’oblitérer quelqu’un pour prendre possession de son corps. Je ne pense pas que Shill l’aurait accepté non plus.

    Dans ses yeux ne se trouvait aucun doute et son iris habituellement doré semblait luire d’une lueur doré, presque surnaturelle.


[Si tu souhaites échanger quelques mots avec elle, tu sais faire, sinon indique-moi si tu veux faire passer la nuit et si tu fais quelque chose pendant cette nuit.]

[Kerenn – xp : 0,5 (introspection), 0,5 (désespoir), 0,5 (questions), 0,5 (longueur)]


Haut
 

 Sujet du message: Re: Ilmatar - Cité des Sylphes
MessagePosté: Ven 13 Jan 2017 20:31 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 31 Mai 2015 15:47
Messages: 713
Localisation: Kanteros
Les jardins d'Illmatar sont un lieu de paix et de sérénité, en leur sein, mon amertume et ma colère se dissipent lentement alors que je les parcours songeusement. Une fois de plus j'ai le désagréable sentiment de n'être qu'un frêle esquif ballotté par des forces contraires que je ne parviens pas à concilier, ombre, lumière, je passe de l'une à l'autre sans transition, brutalement et douloureusement. Chaque fois que je pense avoir trouvé un équilibre, même précaire, un événement, une pensée, vient ébranler le fragile édifice de mon esprit, le faisant basculer d'un côté ou de l'autre sans que je n'y puise rien. Je crois que c'est cela, la source principale de ma colère, je devrais être un roc dans la tempête et je ne suis que fétu de paille, je m'en veux mortellement de cette faiblesse que je ne parviens pas à surmonter. Pourtant, les Ishtars parviennent plus ou moins à concilier ces deux forces en apparence opposées, bien que leur être change selon qu'il fasse jour ou nuit, alors pourquoi ne le puis-je pas? Peut-être parce que je suis né dans un monde où ces deux fluides ne peuvent se mêler, ni même s'approcher sans produire une létale confrontation? Je sais que notre créatrice, Sithi, était constituée d'un unique fluide comprenant ces deux forces contraires, que nous l'étions probablement aussi à l'origine, lorsque nous, Sindeldi, vivions encore sur Eden. Mais maintenant, après tous ces millénaires, nous n'imaginons même plus que cela soit possible, convaincus et élevés dans l'idée que cela ne puisse être. Dès lors, mon esprit renâcle à envisager un équilibre entre ces forces, il ne peut le concevoir et passe donc de l'un à l'autre plutôt que de tenter un périlleux mélange, bien qu'il sache pertinemment que rien n'est jamais absolument noir ou blanc.

J'entends des pas dans mon dos puis, soudain, Kahena est là, juste derrière moi, elle me stupéfie en m'enlaçant de ses bras et en posant la joue contre mon dos en murmurant qu'elle est désolée. Incrédule, je reste muet et figé, jusqu'à ce qu'elle se détache doucement pour me contourner et venir se placer face à moi, rivant son regard d'or en fusion dans mes prunelles d'ambre. Après avoir posé une main légère sur ma joue, elle affirme savoir qu'elle ne disparaîtra pas, Aaria lui ayant répété à quel point elle ressemblait à Shill et lui ayant démontré qu'elle, pas plus que la déesse, n'accepterait d'oblitérer quelqu'un pour prendre possession de son corps. Le regard de la jeune femme irradie d'une lueur dorée presque surnaturelle troublante et je réalise qu'il n'y a désormais plus le moindre doute en elle, sa décision est prise et elle ira jusqu'au bout. Je lui souris avec douceur et l'enlace tendrement par la taille avant de lui répondre:

"De quoi es-tu désolée? D'être un noble coeur prêt à se sacrifier pour son peuple, son monde? De la tristesse et de la colère que la seule idée de ton sacrifice fait naître en moi?"

Je secoue lentement la tête de gauche à droite et poursuis:

"Ne sois pas désolée, Astre du Désert: sois fière, de tes choix et de celle que tu es. C'est contre moi-même que je suis en colère, je voudrais pouvoir faire plus, te protéger de ces manigances divines tissées au travers des âges, je voudrais connaître des solutions pour résoudre ce qui se trame sur Elysian mais je n'en ai aucune. Je me sens...inutile, impuissant...mais ça passera, comme tout le reste. Quoi qu'il en soit, je serai à tes côtés ainsi que je t'en ai fait le serment, étoile de ma vie."

Je me penche pour déposer un chaste baiser sur son front puis je me détache doucement d'elle en désignant les jardins du menton:

"J'ai quelques petites choses à organiser, profite donc de ce magnifique lieu, je te rejoins dans un moment."

Je quitte Kahena pour aller retrouver Aaria et lui demander:

"Reine Aaria...j'ai une faveur à te demander. Demain, Kahena va faire don de sa vie pour donner un espoir à ce monde, nous allons tenter de faire revenir une Déesse et nous ne savons pas ce qui en découlera. J'aimerais que cette nuit, qui sera peut-être sa dernière, soit pour Kahena un...conte de fée...qu'elle se sente une fois dans sa vie dans la peau d'une princesse, je crois qu'elle le mérite vraiment. Alors voilà ma requête: serait-il possible d'organiser pour elle une fête, un bal, qu'elle n'oublie jamais? Je lui ai fait confectionner une robe, ce serait une belle occasion pour elle de la porter..."

Aaria'Weïla se contente de hausser un sourcil amusé et me répond simplement:

"Oui, c'est quelque chose de possible. En aussi peu de temps, ce ne sera pas aussi grandiose que si tout Ilmatar avait pu s'en occuper, mais ce sera une soirée comme elle n'en a jamais vécu, je peux l'assurer."

Je souris avec gratitude à la reine et m'incline à la manière d'un noble du Naora devant sa souveraine avant de murmurer:

"Les soirées festives n'ont pas dû être très nombreuses pour elle, d'après ce que j'en sais. Merci, ma Reine."

Je la dévisage un instant en silence avant d'ajouter sur le ton de la plus banale conversation:

"Au fait...si un jour prochain tu as besoin que quelqu'un offre sa vie pour ton peuple...pense à moi. C'est à ça que servent les Vagabonds de la Reine, entre autres. Il n'y a rien que tu ne puisses me demander, sache-le."

La Reine incline la tête profondément, un signe de reconnaissance qui indique peut-être qu'elle comprend la nature et l'ampleur du sacrifice proposé, mais elle me rétorque pourtant:

"J'aimerais éviter ces extrémités, Kerenn, Fils du Dragomélyn."

Je hoche sobrement la tête puis fais mine de repartir vers Kahena, me retournant après trois pas pour demander à Aaria:

"Hum, j'y pense, sais-tu où je pourrais trouver Jillian? J'aurais deux mots à lui dire."

Elle clos un bref instant les yeux avant de m'informer:

"Dans la bibliothèque."

Je me rends donc dans la bibliothèque en suivant les indications données par la Reine puis, lorsque je trouve enfin Jillian, je le salue cordialement et m'installe sans la moindre gêne en face de lui tout en le dévisageant avec une grave attention. Pour finir, je désigne du menton la direction où se trouve Aaria et lui demande:

"Dis-moi, général d'Illmatar, qu'attends-tu au juste? Que toutes les années de ta vie soient passées?"

Alors Jillian, assis sur un gros fauteuil près d'une fenêtre donnant sur le jardin, ferme le livre qu'il a entre des mains et le met de côté sans me répondre tout de suite. Enfin, il me regarde droit dans les yeux et répond:

"As-tu seulement lu les manuscrits qu'elle t'a donné ? Sais-tu ce que cela signifie pour elle de s'attacher à un être ? Assieds-toi donc et lis les, peut-être alors comprendras-tu."

Je hausse un sourcil, pas vraiment désireux d'occuper cette journée en ayant le nez plongé dans des écrits, mais cela semble important et je me résigne donc, lisant les textes attentivement. Le premier volume, intitulé "Les créations de l'Artisan du Vide", comporte principalement une stupéfiante révélation: Aaria est apparue à l'aube des temps, alors même que les mondes étaient créés. Elle fut liée à Elysian, devenant ainsi un esprit de ce monde en quelque sorte si je comprends bien, ou son âme peut-être, je ne sais pas trop. Elle vit ce monde évoluer, se recouvrir de végétation et se peupler peu à peu au cours de millénaires sans doute si nombreux que je ne parviens pas à les imaginer vraiment. Elle finit par assister aux premières guerres entre les peuples, massacres aveugles qui la plongèrent dans les ténèbres et la firent se replier au plus profond d'elle-même afin d'occulter la souffrance que cela lui causait. Pourtant elle finit par comprendre que ces souffrances ne constituaient pas la totalité de ce qui était, il y avait autre chose, dans ce monde terrible il y avait aussi de la beauté, de la lumière. Et, plus important encore à mon sens, elle finit aussi par découvrir que cette lumière ne pouvait être appréciée à sa juste valeur que par contraste aux ténèbres...des mots qui trouvent en moi un écho profond dans la situation que je vis depuis mon arrivée en ce monde.

Le texte suivant relate le Crépuscule des Dieux ou, plus exactement, la part qu'y prit Aaria, qui ne possédait pas encore de corps physique à ce moment. Elle y expose sa perception des divinités et des peuples les adorant, mais le point qui me semble crucial c'est qu'elle ressentit la douleur du monde comme si elle était sienne, à tel point que cela la tétanisa une fois de plus. Aaria conte comment elle entra en contact avec Caèles pour la persuader d'intervenir et de préserver un monde mourant, ce qui amena les deux entités à sceller un pacte qui eut entre autres conséquences qu'Aaria fut dotée d'un corps mortel. Elle fut chargée par la déesse de veiller sur Elysian et devint pour cela souveraine des élémentaires que Caèles créa et perfectionna jusqu'à ce qu'elle les juge assez parfaits pour leur donner également un corps matériel.

Lorsque je parviens au terme des récits, je pose respectueusement les manuscrits devant moi et prends quelques longs instants pour ordonner mes pensées avant de répondre au Général d'Illmatar:

"Je crois que tu ne te poses pas la bonne question, Jillian. Ce que tu devrais te demander, c'est ce que cela signifie pour elle de ne pas s'attacher à un être. Il y a fondamentalement deux forces qui s'affrontent sans cesse en nous: la lumière, et les ténèbres. Le bien et le mal, si tu préfères. Ce qu'Aaria dit dans ces textes, c'est qu'elle a ressenti d'abord les ténèbres, le mal, et que cela l'a si durement touchée qu'elle aurait aimé en finir, cesser d'être et donc de souffrir si cela lui avait été possible. Puis elle a réalisé qu'il n'y avait pas que la souffrance et le mal, il y avait aussi l'amour, sous toutes ses formes, et c'est cela qui lui a redonné le goût d'exister. Aujourd'hui elle a une incarnation mortelle, un corps physique, à nouveau son monde se déchire et la souffrance devient omniprésente, sans doute est-ce encore plus dur à supporter pour elle parce qu'elle a un corps pour ressentir. Son empathie fait qu'elle se met à la place des êtres, elle imagine et elle ressent leurs souffrances, non plus seulement spirituelles mais physiques. Plus que jamais elle a besoin d'amour, Jillian, besoin qu'on lui montre qu'il n'y a pas que des ténèbres pour préserver en elle l'envie vraie d'exister. Et toi qui l'aime d'un amour vrai et pur, tu le lui refuses?"

Je m'interromps brièvement et me penche vers Jillian en le fixant au fond des yeux:

"Ton problème, humain, c'est que tu crains la souffrance que tu lui infligeras quand ta courte vie s'arrêtera alors qu'elle n'aura pas pris une ride. Mais écoute-moi bien, parce que je suis un Elfe amoureux d'une humaine et que c'est une question à laquelle j'ai très profondément réfléchi. Si je pouvais partager quelques décennies de bonheur avec la femme que j'aime et la rendre heureuse, alors elle partirait en paix parce qu'elle aurait eu une belle vie. Et moi je serais en paix parce que je l'aurais rendue heureuse, que j'aurais été heureux aussi et que les millénaires qui passeront ne pourront jamais m'enlever ces merveilleux souvenirs. Au contraire, si cet amour ne devait jamais être vécu, il n'y aurait rien à se rappeler, il n'y aurait qu'une chose: le vide."

Je tapote doucement du doigt le manuscrit intitulé "artisan du vide", puis je me lève et ajoute:

"Il y aura une fête à Illmatar, ce soir, un bal aussi. En l'honneur de cette femme que j'aime et qui a choisi de se sacrifier pour tenter de préserver Elysian. Demain elle cessera peut-être d'exister pour permettre à Shill de renaître mais, ce soir, je vais lui offrir tout l'amour qu'elle acceptera, parce que c'est selon moi le plus beau présent que j'aie à lui offrir. Voilà, mon ami, ce que j'avais à te dire en ce jour."

Jillian secoue la tête avec un sourire triste avant de me rétorquer:

"Tu raisonnes en tant qu’elfe, en tant que mortel doté d’une longue vie. Aaria’Weïla, si elle porte le titre de reine des Sylphes, est bien plus que ça. Elle transcende les dieux, plus ancienne que chacun d’entre eux, et même eux sont mortels. Même eux ont la certitude qu’un jour leur vie prendra fin, s’achèvera, et avec elle toutes les douleurs et toutes les joies qu’ils ont accumulées. Aaria n’a pas ce luxe. Ma vie ne durera guère plus qu’un battement de son cœur immémorial, mais elle, elle vivra indéfiniment."

Il se penche en avant, mettant ses coudes sur ses genoux et se prend la tête, donnant l’impression de se dire qu’il exprime mal sa pensée. Il se redresse finalement pour poursuivre :

"Que penses-tu qu’il arrivera à son esprit, lorsque son corps cessera d’exister, que ce soit par la maladie ou la guerre ? Elle n’ira pas rejoindre le monde des morts, non, il n’y aurait pas de place pour elle là-bas, ce monde est une création des Dieux pour les mortels. Elle retrouvera sa forme d’esprit désincarné et gardera avec elle tous les souvenirs de sa vie incarnée, tous ses espoirs et ses désespoirs, ses joies et ses peines. Et elle devra vivre jusqu’à la fin des temps, si fin il y a, avec ces souvenirs, dans une solitude pire encore que si elle était restée sous sa forme d’esprit."

Il s’adosse au dossier de son fauteuil en poussant un soupir:

"J’aurais souhaité pour elle que jamais Caelès ne lui propose ce marché, que jamais elle ne vive tout ceci pour que ça lui soit arraché d’une si cruelle manière."

Il secoue la tête encore une fois en ajoutant :

"L’amour est un luxe de mortel auquel Aaria a déjà goûté et elle a compris ce que cela impliquait, lorsqu’elle a dû le sacrifier. Elle a une bonté d’âme telle que je n’en ai jamais vu, mais elle est profondément impitoyable lorsqu’il n'y a pas d'autre issue, même lorsque cela implique de se sacrifier elle-même. C’est pour ça qu’elle ne regrettera pas d’avoir été incarnée, malgré toute la douleur que ça lui a apporté."

J'écoute avec attention les paroles de Jillian puis, ne partageant pas son opinion, je hausse les épaules avant de lui répondre par des mots un peu durs, certes, mais que j'espère à même de lui faire réaliser à quel point il se trompe:

"Je pourrais te dire que j'aurais souhaité n'être jamais allé à Sihle, n'avoir jamais rencontré Kahena de manière à lui épargner ce sacrifice qui lui est demandé aujourd'hui et à m'épargner ce que cela engendre en moi. Mais ce serait te mentir car au fond de moi je garderai toujours le souvenir de cette femme et de ce que j'ai éprouvé pour elle. Il y a des choses sur lesquelles nous n'avons pas pouvoir car elles appartiennent déjà au passé. La question est de savoir ce que nous faisons de ce passé au présent. Tu le dis toi-même, quand elle quittera son corps mortel elle n'aura plus que ses souvenirs, tristes ou heureux, jusqu'à la fin des temps. Tu peux lui offrir un peu de bonheur le temps d'un battement de son coeur éternel, ou tu peux ne rien lui offrir du tout. C'est cela, ton choix, Jillian. Ni plus, ni moins. Si elle a assez de beaux souvenirs, si en son coeur demeurent ceux qui l'ont véritablement aimée, comme des étoiles que rien ne saura jamais éteindre, alors elle ne sera jamais vraiment seule. Tu plains ses souffrances et tu cherches à lui en éviter d'autres au lieu de faire ce qui est en ton pouvoir pour lui apporter du bonheur, l'ami. Aujourd'hui c'est une femme de chair et de sang qui traverse un âge sombre et qui fait tout ce qui est en son pouvoir pour préserver son peuple et son monde. Ce qu'elle était il y a dix millénaires, ce qu'elle sera dans le même laps de temps, qu'importe? Vit-elle dans le passé? Dans le futur? Non, elle vit au présent, Jillian, comme nous tous. Offre-lui ton amour, si bref te semble-t'il, dans son âme il sera éternel et aussi pur qu'une étoile dans les cieux. Garde-le par devers-toi et ce sera un temps de sa vie où elle aura été seule, un de plus."

Je me penche et presse amicalement son épaule avant d'aller rejoindre Kahena, j'espère que mes mots seront assez persuasifs pour amener Jillian à réaliser à quel point la reine des Sylphe a besoin de cette lumière, de cet amour qu'il se refuse le droit de lui offrir. Je peux me tromper, bien sûr, mais mon instinct le plus solidement ancré me murmure que ce n'est pas le cas, que c'est peut-être même là une clé cruciale de l'avenir. Quoi qu'il en soit je ne peux guère faire plus pour l'instant, ma place est auprès de celle que j'aime pour les heures à venir et ce que je viens de lire et de vivre me conforte dans l'idée que c'est la seule chose importante que je puisse faire pour le moment: être présent pour Kahena et lui offrir un peu de rêve durant la nuit qui s'annonce.

(env. 2500 mots hors réponses d'Aaria et de Jillian)

_________________
Kerenn


Si vous ne parvenez pas à trouver la vérité en vous-même, où donc espérez-vous la trouver?

Zenrin Kushu


Haut
 

Afficher les messages postés depuis:  Trier par  
Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 315 messages ]  Aller à la page Précédente  1 ... 17, 18, 19, 20, 21  Suivante


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas éditer vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages

Aller à:  
Powered by phpBB © 2000, 2002, 2005, 2007 phpBB Group  

Traduction par: phpBB-fr.com
phpBB SEO

L'Univers de Yuimen © 2004 - 2016