A peine arrivé devant lui, Ilmarien me fixe désagréablement. Il me fait signe de le suivre et tandis que je lui emboîte le pas, il m'explique que Chuliyn, l'Esprit de l'Ombre est venu directement à Ilmatar. Je n'aurais donc pas besoin de me rendre à Niyx.
Nos pas nous mènent rapidement jusqu'aux jardins de la cité, les plus beaux que mes yeux aient eu la chance de voir. Les arbres n'ont pour cime que les nuages et trônent au milieu d'une verdure chatoyante et fleurie, semblant tout à fait naturelle malgré le contexte. Un décor qui reflète parfaitement la grâce et la sagesse des Sylphes et où j'ai le plaisir de balader mon regard contemplatif.
Nous arrivons cependant vite au bout des jardins devant un portillon en pierres blanches, donnant l'accès à ce qui semble être une forêt cette fois-ci complètement naturelle et sauvage, bien plus sombre et austère. Je m'invite donc dans celle-ci en traversant le portique, mais je ne peux contempler les alentours. Pris de nouveau d'un malaise, ma vue se trouble et je me sens vaciller. Un goût amère remonte le long de ma gorge et s'installe dans mon palais, m'obligeant à déglutir plusieurs fois.
Cela ne dur qu'un instant, fort heureusement, mais je ne peux que me sentir coupable à nouveau. Ma présence est certes dans l'intérêt des Sylphes mais je leur ai déjà fait perdre beaucoup de temps et je n'ai pas été très utile. Si d'aventure je retombais dans une forme de coma, si ce « mal des fluides » me reprenait... Je ne peux me permettre d'être si bon à rien. Je me dois d'être fort et de me faire une place en ce monde.
Rouvrant les yeux, le décor semble s'être décroché du réel, flottant entre le rêve et la réalité. Je ne sais pas de quelle matière est fait ce lieu, mais tout est recouvert d'un voile sombre, ténébreux. Le sol sur lequel je marche est à l'image des alentours, noir et inconsistant. Il paraît se dérober à chacun de mes pas et c'est à tatillons que j'avance afin de juger plus précisément la situation.
Il me semble être dans ce qui ressemble à un palais, à en croire l'architecture faite d'alcôves, de renfoncements, d'avancées et de poutres tous dans une teinte dorée enveloppée d'un voile gris sinistre et morne. Je crois entrevoir quelques volutes noires ressortir ci et là, sans en être persuadé tant il est difficile de se faire une idée des lieux qui m'entourent.
Les distances elles-mêmes me font faux bonds et se dérobent à la réalité, semblant s'adapter à mes yeux et ma perception. Une douce nausée me prend tandis que je progresse vers une lumière se trouvant au centre, ou au fond, ou... Quelque part au loin de cette pièce, ou bien ce couloir. Enfin, en cet endroit. Elle reste cependant inaccessible, reculant au fil de ma progression, m’échappant à mesure que j'essaie de la rattraper.
Je décide de m'arrêter net, fixant ce qui m’entoure sans être certain de m'être déplacé depuis le début. Je me retourne pour jauger mon avancée, mais le portique à disparut. Chaque angle de vue est maintenant similaire, hormis la petite lumière qui me nargue au loin.
Mon anxiété me reprend et je commence à paniquer. Me voilà dans un lieu complètement ahurissant où le monde n'est plus le même et où je me retrouve bloqué, seul et dans l'obscurité. Pas vraiment seul, je le sais. Je peux le sentir, je ne sais comment, mais quelqu'un me regarde. Ou bien quelque chose. Mais on me scrute. Au delà du fait que cela m'angoisse un peu plus, je me sens également un peu rassuré. Chulyin doit être proche. Ou bien est-ce un test et je vais devoir me défendre. Ou peut-être trouver la sortie, qu'en sais-je ?!
Je déglutis une ultime fois avant de m'exclamer haut et fort, avec une voix brute mais trahissant mes craintes :
« Il y a quelqu'un ?! Je m'appelle Sullyvan Hope, je suis venu rencontrer Chulyin, l'Esprit d'Ombre. »(673 mots)