L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: L'arène des milles lances
MessagePosté: Sam 7 Jan 2017 02:39 
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Je sers la poignée de mon épée de cristal, prête à combattre, mais peu rassurée pour autant. Autour de moi, la foule crie et hurle à mon entrée, je peux entendre son hostilité, elle me transperce le corps et le cerveau. Mon adversaire n'est pas encore là et il n'y a aucune once d'amabilité dans les cris qui m'entourent. La foule rassemblée me rappelle que je n'ai en ce lieu aucun allié. Même le temple de Yuimen est plus proche de mon adversaire que de moi, et pourtant j'ai une peau verte, comme eux. Mais plus encore que par mon habillement, je me sens à nue, comme si tous autour de moi savait mon secret. Je cherche à travers le contact avec mon épée, celui d'Astinor et la force dont j'ai besoin pour réussir aujourd'hui mon défi.

En face de moi, la lourde herse qui protège encore le maître d'arme s'ouvre. Lui aussi a choisi le bas comme armure. Loin d'être de la plate ou de l'écaille d'acier comme moi, il n'est vêtu que d'une peau de bête. Mais s'il en est le chasseur, il vient déjà d'acquérir mon respect, car c'est sans le moindre doute le pelage d'un orfryn, ce majestueux prédateur natif de la forêt des faeras en Ynorie.

Le public lui est d'ores et déjà voué, il est acclamé comme le serait un héros de guerre. Il est ici chez lui, et je suis l'étrangère qui cherche à s'imposer. Il a raison et j'ai tort, quoi que je dise ou que je fasse, à moins de le vaincre bien sûr. Mais comment puis-je vaincre dans une arène où le sang coule à foison sans tuer ? Je ne connais même pas les règles, le combat est-il au premier sang ou à la merci ou à mort ? Nos règles sont-elles les mêmes ? Si je ne le tue pas, est-ce que lui se gênera pour le faire envers moi ?

Tandis que le public est occupé à saluer son maître d'armes, allant jusqu'à lui lancer des trucs étranges - je crois y voir des oreilles d'elfe par exemple - je prends le parti de me protéger en appelant la terre à mon aide. Je regrette mon bouclier de plantes, mais sur ce sol sec, je n'ai rien à invoquer. A défaut, la terre elle-même couvrira mon corps, sans pour autant me ralentir, car j'aurais besoin de toute ma vitesse face à cet adversaire que je devine hors norme. Il est grand, me dépassant facilement de deux têtes et plus large aussi que moi. Ses bras sont impressionnants, mais je peux voir dans sa manière de bouger une adresse que je n'avais pas perçu dans la taverne quand je l'ai plaqué au sol. Ses deux canines sont renforcées de cercles d'acier et il porte autour du coup un collier de dents, dont il ne fait pas le moindre doute qu'il s'agit des canines d'adversaires vaincus. Tel un petit chapelet, il pend du collier une douzaine de dents, beaucoup plus petits, humaines ou elfiques sans doute. Je ne parviens que difficilement à lâcher ce collier des yeux, me demandant si l'une de mes dents viendra décorer son cou d'ici la nuit tombée.

Peu à peu, le silence se fait, un dignitaire vient rappeler l'enjeu de ce combat : la gloire et la fortune -la mienne prélevé sur mon cadavre si je comprends bien- pour le maître d'armes, la reconnaissance de ma vérité, mon honneur et un peu de fortune pour moi. J'ai l'impression de me faire franchement flouée sur ce coup-là d'autant plus que, comme je le craignais, le reste des règles n'est pas en ma faveur. C'est un combat à mort... Comment suis-je sensé gagner un combat à mort sans pouvoir tuer mon adversaire ? Maudit prêtre, je suis prête à parier qu'il connaissait déjà les règles.

Si moi, j'ai mes armes en main, ce n'est pas le cas du maître d'armes. Celui-ci tend les bras et un esclave vient lui apporter son arme, je ne peux m'empêcher de déglutir. Le manche est en bois renforcé en métal sur quasiment toute sa longueur, il fait plus d'un mètre de long et de chaque côté pendant au bout d'une chaîne, une tête de masse à pointe. Déjà un fléau simple est redoutable, d'autant que je n'ai pas vraiment l'habitude de combattre ce genre d'arme, mais là, il en devient doublement dangereux...

Nous tournons sur le sable de l'arène, chacun jaugeant l'autre. Je sers ma lame et décide de tenter le premier sang, fonçant sur mon adversaire. Je ne doute pas une seule seconde de la valeur de celui-ci, aussi ai-je décidé de ruser. Ma première frappe part sur le côté, cela le force à dresser son arme verticalement, ce qui, je l'espère va lui compliquer la vie pour l'attaque suivante. Mon épée cristalline vient glisser contre le manche du double fléau dans un crissement affreux... et sous les acclamations du public. Il apprécie le mouvement et la puissance des combattants, au moins on reconnaîtra ma valeur, si j'arrive ne serait-ce qu'à blesser mon adversaire, car si je meurs sans avoir versé son sang, on retiendra de moi juste un coup de folie.

Je tente de profiter de mon élan et de sa position pour frapper, mais je suis obligée de bondir en arrière, à l'abri de sa contre-attaque qui me frôle malgré le tout. Une tentative de chaque côté, la foule est contente, elle crie. Il n'y a toujours pas de sang, mais, ça ne saurait tarder. Jouant avec le public, mon adversaire commence à parader et à faire le fier. Il se prend pour qui, là ? Et surtout, il me prend pour qui, lui ? Depuis quand on tourne le dos au vrai combat ? Je souffle, lui exhibant mes canines de femelles avant de lui sauter littéralement dessus.

On lui crie ma venue, saloperie de public qui lui est acquis, il se retourne et cherche à m'asséner un coup de son arme. Je vois la tête de la masse voler dans ma direction et je décide de changer de frappe. Je me retourne sur le pied droit au dernier moment, prenant le partie, dangereux et douloureux, d'encaisser son attaque sur mon épaule gauche. Je sens mes os se briser sous le coup et une pointe s'enfoncer dans ma peau nue et sers les dents pour ne pas lâcher un cri, même si je ne parviens pas à éviter les larmes de douleurs qui vont se perdre dans le sable de l'arène. J'évite la seconde masse en finissant mon geste un genou au sol, le bras gauche, celui à l'épaule désormais brisée touchant le sable et relâchant brutalement mes fluides. De la terre émergent alors quelques stalagmites pointues et puissantes qui, toutes, filent vers le maître d'armes sans la moindre chance pour lui d'y échapper.

Je serais hautement déçue si cela suffisait à le tuer et il en est de même pour lui à mon avis. Je me redresse donc et pousse un grognement trop félin à mon goût, mais qui suffit à haranguer la foule, qui me répond de même. Ma violence et mon goût du risque m'a attiré les faveurs du peuple, c'est toujours ça de gagner ! Le sang coule désormais des deux côtés. Et si je sais que mon épaule s'en remettra en quelques jours, j'ai quelques doutes sur les lourdes blessures que je lui ai infligées, au bras et aux jambes. Mais il est toujours debout et son arme est toujours serrée dans ses poings.

J'ai modéré ma puissance dans le lancement de mon sort, mais malgré mon bouclier de terre, la douleur est affreuse. Je regrette presque de ne pas avoir mis toute ma magie d'un seul coup, mais il ne faudrait pas que je le tue par accident. Le temps n'est cependant ni à l'apitoiement, ni au soin, je suis une guerrière de Yuimen et il me faut combattre. Dans mon esprit, Astinor approuve et encourage cet état d'esprit, à défaut de lutter pour moi, elle s'occupera de ma motivation, car je ne dois pas faiblir, même si le physique vient à me faire défaut. Le combat s'enchaîne, les coups plus légers s'enchaînent. Quelques-uns font mouche, mais plus doux et moins graves que les premiers.

Quand soudain, l'arme ennemie s'élève dans un long mouvement de chaîne. Ce mouvement de poignet, la chaîne qui s'arrondit autour du poignet, je les ai déjà vus, je les connais. Celui qui m'a appris l'attaque, le maître d'arme de Kendra Kâr, Harand Geros était nettement plus rapide encore à l'exécution et il m'a appris la parade, dangereuse, contre cette botte désarmante : une même botte, dans le même sens, exactement au même rythme. Avec une minutie pointilleuse, je suis son mouvement, mon épée bougeant au même rythme que son fléau, qu'il ne parvient pas à enrouler autour de mon poignet. Match nul à nouveau, quand son mouvement s'arrête, le mien fait de même, aucun de nous n'a blessé l'autre, ni ne l'a désarmé.

Le Garzok me regarde et me jauge d'un œil nouveau, j'entends la foule qui scande son nom : Gorchak, Gorchak... Mais entre deux s'intercale désormais des Lisha. C'est ainsi qu'on se forge une réputation dans un peuple guerrier, en coups d'éclat et en fin maniement. Peuple cruel et à la fois terriblement raffiné dans son art guerrier, capable d'apprécier et de récompenser le risque de s'exposer au tranchant d'une lame, voilà ce que sont donc les Garzoks. Si ma réponse n'était pas dans le temple, j'en ai un petit aperçu ici, sur le sable sanglant de l'arène aux milles lances. Ils gagnent à être connus je pense, mais à quel point ? Leur goût des armes fait-il d'eux des êtres à part entière méritant la grâce et la clémence de Yuimen ?

Bien sûr, à réfléchir et à penser, j'en oublie le combat qui m'occupe. Voyant ma distraction, le maître d'arme attaque brutalement. Son fléau d'arme vient heurter ma jambe, au niveau de la jupe d'armure. Solides sont les écailles des elfes de Vraithel'Ar, mais la douleur n'en reste pas moins assez intenses pour que mon genou plie, j'y vois un effet du ki et me maudit intérieurement de cette déconcentration.

Je tente de me relever, mais une nouvelle attaque vient me cueillir en plein torse, me recouchant au sol. Erreur qui aurait pu m'être fatale que celle d'avoir oublié qu'il n'y a pas une, mais deux boules à son arme. Sans mon bouclier de terre qui protège mon torse, j'aurais eu le poumon percé par la pointe. Le dos dans le sable, je respire à peine, j'ai besoin d'un peu de temps pour que ma magie me soigne, car si j'ai évité la mort, sa masse ne vient pas moins de me briser quelques côtes. Et si mon pouvoir était lié à mon ancien corps ? Et si j'avais perdu cette capacité à guérir ? Non, mon épaule est moins douloureuse, elle a cessé de saigner, je le sens, je vais guérir, il le faut !
Je vois le fléau s'abattre en moi et mon épée cristalline, je ne me souviens même pas l'avoir lâchée. Depuis quand suis-je désarmée, allongée face à un ennemi armé et debout ? D'un geste, instinctif, animal, je me roule sur le côté opposé tandis que la masse soulève un nuage de poussières, encore, encore et encore. Mais je vois le mur qui approche, je vais devoir trouver une parade, et rapidement ; d'autant que cette roulade est douloureuse, la torsion qu'elle nécessite faisant travailler des muscles fortement endommagés.

Esquivant le coup en roulant une dernière fois, je m'agrippe à la chaîne de ma main droite tandis qu'il arme à nouveau son bras. Je profite de l'entrain du maître d'armes pour me mettre à genou, à défaut de mieux. Mais il me faut encore du temps pour dégainer ma seconde lame, celle de Leona. Le barbare profite de ce temps pour armer ses bras vers le haut, comme je m'y attendais. Il est plus gros, plus large et plus impressionnant encore vu en contre-plongée. Au moment où il frappe, je dresse mon épée, horizontale, la lame en appui sur ma main gauche, ignorant la douleur de mon épaule gauche, dans un réflexe aussi désespéré que stupide, vu la puissance de l'attaque.

La masse heurte brutalement l'épée. La foule qui s'était tue, se met à hurler, ne couvrant cependant pas le chant vibratoire de l'acier feuillu. L'onde se propage jusqu'à mes bras et je hurle de douleur. La lame tremble, elle vient de me sauver la vie. Mais, comme au ralenti, je vois une fêlure se dessiner dans l'acier, suivi d'une brusque décharge qui fait littéralement exploser le métal de la lame, me laissant avec la garde et moins d'un pied de lame. Je réalise soudain tandis que la masse ballote entre mes deux bras encore tendus, que je suis encore vivante, que j'ai survécu à une attaque terrifiante. Comment vais-je pouvoir vaincre ? Je suis dans un état critique et je suis désarmée.

(Maintenant, Lothi...)

Je suis d'accord avec Anouar, c'est maintenant ou jamais. Il va être temps d'en faire appel à Yuimen, car je ne survivrais pas à une attaque de cette puissance, pas sans protection, ni arme. Encore faut-il que le maître d'arme accepte de mordre à l'hameçon.

"Vas-y, abats-moi, si tu en es capable." lui craché-je au visage.

Il reprend son souffle avant d'abattre son arme. Par Yuimen, je ne finirais pas ainsi, même si je dois y laisser mes deux bras et mes deux jambes. D'une nouvelle cabriole, j'esquive son arme qui frôle mes doigts.

"Pas capable de me toucher ?"

Enervé, le Garzok s'agite et vient abattre une nouvelle son arme, sur ma jambe, pour m'immobiliser. Non, je n'ai aucunement l'intention de me laisser briser ainsi, pas maintenant, je la replie contre mon ventre, évitant de justesse l'arme ennemie.

"Cesse de bouger, asticot !"

Voyant que ça ne marche pas, Gorchak se rue sur moi, pour me plaquer dans le sable. De son talon, il vient m'écraser le torse pour m'empêcher de bouger, ce à quoi, je lui réponds d'un grand sourire.

"Mourir avec un sourire ? C'est bon."
"Que Yuimen me protège !"

Des lianes... des lianes venues de nulle part viennent accrocher le pied, avant d'immobiliser totalement mon adversaire. Pour ma part, je suis brisée, désarmée, au sol et bien incapable de me relever. Mon glyphe vient de me sauver la vie, c'est la seule chose qui m'importe. Dissimulé sous les peintures, au cas où des mages seraient dans la foule, j'ai pris le temps de dessiner un glyphe de lianes. Cette idée folle m'a été donnée par Anouar, je n'espérais pas que le maître d'armes puisse avoir envie de me marcher dessus, mais c'était une folie efficace...

A part que si je bouge, je risque d'être capturé tout comme lui, je ne peux donc rien faire, même s'il l'ignore. Au mieux, je gagne du temps pour me soigner, mais le public ne le tolèrera pas. Il me faut donc acquérir la victoire verbalement.

"Par Yuimen, calme-toi." lui chuchoté-je, juste assez haut pour que lui seul puisse m'entendre sous le raffut de la foule.
"Ces lianes sont à toi, n'est-ce pas ?"
"Je suis Lothindil." réponds-je comme si cela suffisait à régler la question.

Un sourire se dessine sur le barbare qui me dévoile ses deux belles canines.

"Le prêtre m'a prévenu."
"Nous servons tous les deux Yuimen. Le prêtre m'a prévenu. J'ai ordre de ne pas te tuer."
"As-tu combattu de toutes tes forces ?"
"Non."
"J'aurais été déçu de l'inverse, guerrière. Pourquoi ce piège ?"
"Je voulais sauver ton honneur."
"Et en quoi me ligoter sauve mon honneur ?"
"Ce n'est pas moi, c'est Yuimen qui t'a empêché de me tuer." proposé-je avec un sourire.
"En gros, je gagne, mais toi tu vis ?"
"C'est l'idée."
"Et mon payement ?"

En voilà un qui ne perd pas le Nord, tiens.

"Quinze yus d'or. De quoi payer largement le sang que tu n'as pas versé."

Je le vois qui réfléchis, et j'entends le public qui commence à nous huer tous les deux, il faut qu'on se décide et vite !

"Les yus d'or, ton épée brisée et un combat au premier sang contre la panthère !"

Je hausse les sourcils devant cette demande incongrue, mais oblige mes lianes à relâcher le maître d'arme, concédant la victoire finalement de bonne grâce, mais à un tarif exorbitant. Je vais devoir me retrouver une nouvelle épée et en trouver une de cette qualité risque d'être difficile.

Reprenant sa respiration, le maître d'armes tient parole et jette son arme à côté de moi. Je fais de même avec les restes de mon épée tout en me redressant tant bien que mal, plus mal que bien d'ailleurs, en réalité.

"Peuple d'Omyre, je ne ferais pas couler son sang. Yuimen m'a parlé, à moi le voyageur du Temple. Il m'a mis à l'épreuve face à une autre Garzok bénie de Yuimen et j'ai gagné. Mais ses lianes toutes puissantes ont arrêté mon bras et j'ai entendu sa voix me dire : "Laisse vivre Lisha. Elle vivra la honte de son déshonneur dans le froid des Glaces, mais tu ne la tueras pas !" "

Je me suis faite piégée, comme une débutante. Ce maudit maître d'armes n'a-t-il donc jamais eu l'intention de me tuer ? Et ce maudit prêtre est-il donc derrière tout ça ? La peste soit de ces Garzoks.

"Aussi Lisha, je te le dis : Va à Pohélis, va affronter les glaces de l'hiver de Yuia et revient quand tu auras trouvé ta place et que tu seras prête à affronter qui tu es vraiment !"

J'en suis encore à me demander le véritable sens de ces paroles quand je m'écroule, plus morte que vivante, le corps et l'esprit brisés par cette cité dont j'espérais percer les secrets. Je suis encore en vie, je le pense et je veux le croire…

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Je suis aussi GM14, Hailindra, Gwylin, Naya et Syletha


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 Sujet du message: Re: L'arène des milles lances
MessagePosté: Dim 11 Juin 2017 16:56 
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Des ombres, que repoussent parfois des lueurs vacillantes, fugitives. Le froid, l'humidité, le contact rêche d'un sol dur sur ma peau, la faim, la soif et, par dessus tout cela, une souffrance qui occulte tout et qui me replonge dans les ténèbres chaque fois que j'en émerge vaguement. Mon esprit divague, ailleurs, tissant des fantasmagories dont je ne me souviens pas lors de mes brèves périodes d'éveil. Hors du temps, hors du monde, je glisse sans but ni dessein sur la pente sinistre d'une lente agonie.

Un jour pourtant, à moins que ce ne soit la nuit, comment pourrais-je le savoir, je me réveille en étant à peu près lucide. Assez du moins pour prendre conscience du lieu qui m'entoure, une cellule de pierre suintant d'humidité aux murs couverts de moisissures blanchâtres, fermée par une grille aux barreaux épais. Ma nouvelle demeure est juste assez grande pour que j'y tienne allongé, le sol rocheux est vaguement recouvert d'une jonchée puante et moisie, la seule lumière provient d'une torche plantée dans un anneau de fer, hors de ma portée, la grille me séparant du couloir sinistre où elle se trouve. Je ne suis vêtu que d'un pagne crasseux et souillé, de sang et d'autres matières plus fétides encore. Mon regard accroche le seul objet qui agrémente ma geôle, une cruche de terre cuite qui contient, je l'espère, de l'eau. Le simple effort de tendre le bras pour la saisir me donne le vertige mais, à force de volonté, je parviens à attraper son anse et à l'attirer près de mon visage. Le récipient contient bien de l'eau, croupie et exhalant une odeur de marécage, mais j'ai trop soif pour m'en préoccuper. La première gorgée me donne un haut-le-coeur douloureux, ma poitrine irradie d'une souffrance si lancinante qu'elle manque me faire replonger dans le coma et mes lèvres crevassées et tuméfiées semblent n'être qu'une plaie qui se craquelle non moins douloureusement au moindre mouvement. Je trouve néanmoins l'énergie de boire quelques gorgées supplémentaires puis de basculer sur le dos, pantelant et luttant de toutes mes forces pour ne pas replonger dans les ténèbres. En vain.

Du temps passe, combien je n'en ai pas la moindre idée. J'entends parfois des bruits, des grincements de gonds malmenés, des pas, des voix, mais elles appartiennent à une autre réalité que je ne peux rejoindre. Parfois, lorsque je reprends connaissance, je découvre une écuelle d'ignoble bouillie, dont j'avale le contenu sans me poser de questions lorsque j'en ai la force. Le temps passe, avec une insoutenable lenteur, tandis que mon corps livre un combat terrible pour vaincre la fièvre qui me consume et me donne tantôt l'impression de brûler de l'intérieur, tantôt le sentiment de grelotter d'un froid qu'aucun feu ne saurait contrer. Imperceptiblement la balance finit pourtant par pencher, mes périodes d'éveil s'allongent peu à peu et la fièvre cesse de me consumer, mes pensées se clarifient chaque fois davantage. Il arrive un moment où je me sens la force de me redresser, d'essayer de me relever. Piteuse tentative en vérité car ma cheville gauche se dérobe dès que j'y porte un peu de poids, je m'écroule aussi sec en gémissant de douleur et me cogne le crâne contre un mur au passage. Un rire odieusement sarcastique accueille ma prestation, puis une voix familière susurre doucereusement:

"Je t'ai connu plus fringant, cher amant..."

Je me rassemble de mon mieux et tourne la tête vers la source de la voix. Faryä est appuyée contre la grille de ma cellule, dans une posture languide, un sourire suave aux lèvres. Sa vue fait flamber ma colère, j'y puise la force de me relever sur un coude et de répliquer d'une voix fissurée et croassante:

"Achève-moi maudite, qu'on en finisse!"

La Shaakte rit doucement en secouant négativement la tête:

"Voyons, ce serait bien trop simple, Tanaëth. Je n'en ai pas fini avec toi, pas tout à fait."

Je gronde quelques imprécations et bande ma volonté pour me remettre debout en prenant garde de ne pas m'appuyer sur ma cheville défaillante, puis je m'approche de ma tortionnaire d'un air qui se voudrait menaçant mais qui ne parvient qu'à soutirer un rictus amusé à cette damnée espionne. Elle ne s'en recule pas moins en plissant le nez de dégoût:

"Tsss, n'approche pas, tu pues autant qu'une goule et encore suis-je injuste envers elles, leur fumet n'est rien comparé à celui que tu dégages."

Je crache au sol et grogne entre mes dents serrées:

"A qui la faute, espèce de garce? Qu'est-ce que tu veux de plus? Ma vie? Prends-là et bon débarras."

"Je te trouve bien ingrat, et obtus qui plus est. Ne viens-je pas de te dire que ce serait trop simple? Ta mort dans ce cachot ne me serait d'aucune utilité. Si je l'avais vraiment voulue, il m'aurait suffit de laisser les Garzoks t'achever. Au lieu de quoi tu es là, en vie, pas très en forme peut-être mais en vie."

"Pourquoi? Je ne vois pas en quoi je pourrais t'être "utile" dans cet état et je me trancherai la gorge plutôt que de te servir encore. Je suis où, là?"

"Dans les cachots de l'arène d'Omyre. Vois-tu, tu as ridiculisé les Garzoks aux yeux des autres troupes d'Oaxaca, un affront qu'ils entendent laver de ton sang. Quant à moi, je dois préserver les apparences, je ne pouvais pas te soustraire comme ça à leur vindicte, cela aurait engendré des questions...déplaisantes. Je les ai persuadés que la meilleure manière de se venger était de t'exhiber dans cette arène et de t'y massacrer au vu et au su de tous. A l'heure actuelle ils se chamaillent pour décider lequel d'entre eux aura le privilège de t'étriper, il y a déjà eu quelques morts dans l'affaire. Enfin, dans deux jours tu seras traîné sur le sable de l'arène pour affronter celui qui aura gagné le droit de t'occire."

Un rire rauque et cynique s'échappe de mes lèvres à ces paroles:

"Et tu dis ne pas vouloir ma mort? Un gamin de dix ans pourrait me terrasser, sans ce mur pour m'appuyer je ne tiendrais même pas debout. Et je devrais me battre contre un Garzok assez coriace pour s'être imposé parmi les siens? Si c'est une plaisanterie elle est mauvaise, Faryä. Où sont mes armes, mon armure? Commence par me les rendre et j'aurais peut-être une maigre chance de faire durer le spectacle plus de cinq secondes."

L'Elfe noire sourit légèrement en haussant les épaules:

"Tu auras peut-être droit à une épée émoussée, dans le meilleur des cas. Tes chances de survie sont maigres, certes, mais après ce que tu as fait je ne pouvais obtenir mieux. Gagne ce combat et ceux qui te seront imposés ensuite, conquiers le public en lui offrant ce qu'il désire, du sang et du spectacle, c'est ta seule chance de sortir d'ici en vie."

Faryä pose une main sur son ventre en ajoutant moqueusement:

"Pense à elle, Tanaëth, quand sera venue l'heure de mourir. J'en ferai une digne représentante de Caix Imoros et une fidèle adepte de Valshabarath, sois-en assuré."

Une rage abyssale m'envahit à ces derniers mots et mes poings se serrent convulsivement alors que Faryä s'éloigne en riant. Ma fille, une servante de l'abjecte déesse araignée des Shaakts...le seul fait de l'imaginer me donne envie de vomir. Ma rage se mue lentement en une haine glaciale si absolue que j'en tremble de tout mon être. J'extirperai de mes mains nues cette enfant du ventre de cette damnée Shaakte plutôt que de laisser ce futur ignoble advenir! Mais la futilité d'une telle pensée ne tarde pas à s'insinuer dans mon âme, je n'aurais jamais l'occasion de la mettre en pratique. Vidé jusqu'à la moelle des os, je m'adosse à la paroi humide et me laisse glisser au sol. Il n'y a pas d'échappatoire possible à cette fin annoncée, dans deux jours je serai étendu mort sur le sable de l'arène, cela ne fait pas le moindre doute.


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 Sujet du message: Re: L'arène des milles lances
MessagePosté: Sam 24 Juin 2017 12:36 
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Inscription: Jeu 26 Fév 2015 21:51
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Un bref et pâle éclat sur la jonchée pourrie qui couvre le sol attire mon regard, révélé par le vacillement de la flamme de la torche qui dispense sa chiche lueur dans les cachots. Je tends une main encore tremblante, de rage autant que de faiblesse, et ramène à moi un petit objet dur et froid que je reconnais sans pour autant saisir la raison de sa présence ici. Il s'agit du sceau de la Main de Sang de Luzkeh que j'ai trouvé dans les catacombes de la grotte maudite proche d'Omyre, cette bague que voulait Faryä et dont la recherche a bien failli me coûter la vie. Me l'a coûtée, en y songeant, c'est cette quête qui a déclenché le piège qui s'est refermé sur moi, inexorablement meurtrier puisque ma fin adviendra dès l'instant où je poserai le pied dans l'arène. Je la tourne et la retourne entre mes doigts, songeur, cet objet se trouvait dans mon équipement et il n'a pu arriver là tout seul. Quelqu'un l'a amené ici, mais qui? Faryä, sans doute, mais pourquoi? Une fois encore ses plans et autres manigances m'échappent, me dépassent dans leurs tortueuses ambitions si éloignées de ma façon d'appréhender l'existence. Je suis un Sindel simple, en y pensant, je suis ma voie sans guère me poser de questions, me contentant généralement d'abattre arme au poing les obstacles qui se présentent. Je n'ai pas l'esprit farci de pièges et de tactiques vicieuses, peut-être devrais-je en éprouver une certaine fierté, me gargariser de cette franchise de vie, mais ce n'est pas le cas actuellement. Le fait est que je ne suis pas armé pour rivaliser avec une manipulatrice comme la Shaakte, cette franchise qui m'anime constitue aussi une forme de naïveté qu'elle a utilisé avec un art consommé pour m'amener ici, dans cette cellule puante d'Omyre, au coeur même du royaume de celle que je veux abattre.

La présence de cette bague n'a rien d'un hasard, j'en suis certain. Elle représente les prémices d'une nouvelle machination tordue, Faryä ne fait rien sans but précis, chacun de ses mouvements est soigneusement planifié, s'inscrit dans un plan plus vaste que je ne commence qu'à peine à entrevoir. Pour ce que j'en sais, je suis un pion dans une lutte de pouvoir occulte et mortelle entre les Matriarches de Caix Imoros et Oaxaca, une place qui ferait grincer des dents à plus aguerri que moi. Cette bague est le symbole d'un ordre d'assassins au service des Shaaktes, ça je le sais, mais j'ignore en revanche ce qu'il signifie précisément et la raison pour laquelle Faryä tenait tant à la récupérer. Plus mystérieux encore est le fait qu'elle me l'aie amenée dans cette geôle, j'ai beau cogiter en long, en large et en travers, je ne cerne pas son objectif. Je finis par pousser un profond soupir, quelle importance au fond? D'ici peu je vais devoir affronter un Garzok en pleine forme et sans doute puissant acharné à ma perte, or c'est à peine si je tiens debout. La seule question qui mérite réponse à l'heure actuelle, c'est de savoir comment je pourrais survivre à ce combat. Et à cette question, je n'ai pas davantage de réponse qu'à la présence de cette fichue bague. Un découragement massif m'envahit, que je repousse de mon mieux en visualisant le seul souvenir susceptible de le contrer: le visage de Sithi.

Ma méditation m'entraîne sur d'étranges chemins oniriques, pures fantasmagories mêlées de souvenirs plus ou moins clairs, durant de longues heures. Ce repos me permet de retrouver une bribe d'énergie, mais il ne saurait réparer mon corps usé jusqu'à la trame, c'est d'un guérisseur talentueux et d'un long repos dans une atmosphère plus saine dont j'aurais besoin. Néanmoins il me rappelle une chose: le pouvoir de vision dont Sithi m'a gratifié ne peut m'être enlevé, même faible et désarmé je peux l'employer pour, peut-être, entrevoir une manière de me sortir d'ici. Le problème est qu'il est imprécis et que la vision que je pourrais avoir sera directement issue de ce que ma volonté définira, que je la focalise sur le mauvais élément et je ne verrai strictement rien d'utile. Sur quoi dois-je me concentrer? L'arène? Mon adversaire? Ces cachots? Faryä? Le sceau de la Main de Sang? De mon choix peut dépendre ma vie, mais je n'ai pas la moindre idée de celui qui pourrait me permettre de m'évader d'ici, si tant est que ce soit seulement possible. Les dieux savent que je n'ai pas la moindre confiance en mon amante damnée mais, à la réflexion, je suppose qu'elle est sans doute ma meilleure chance de sortir d'ici en vie. En y repensant elle m'a donné un indice sur ce qu'il convenait de faire: vaincre tous les adversaires que l'on m'opposera, de façon assez sanglante et spectaculaire pour m'attirer les grâces du public. Mais cela n'explique en rien qu'elle m'ait remis cette bague, c'est de mes armes dont je vais avoir besoin, pas d'un foutu bijou. A moins qu'il n'ait un pouvoir dont j'ignore tout, évidemment. Quoi qu'il en soit, la plus élémentaire logique voudrait qu'il serve à quelque chose, qu'il ait un rôle quelconque dans les plans de la Shaakte, elle ne me l'aurait pas remis si ce n'était pas le cas. Peut-être est-ce ce rôle que je dois chercher à comprendre, finalement, mais comment?

Je peux choisir d'entrevoir le futur, le passé ou même le présent. Dans quel temps puis-je trouver l'information que je veux obtenir? Probablement pas au présent, tout ce que je risque de voir c'est moi-même en train de sécher sur une énigme insoluble. Quant au passé, si cet objet possède un pouvoir magique quelconque je pourrais éventuellement le discerner, si ce n'est pas le cas et que son rôle est plus subtil il y a de fortes chances que je ne voie rien d'intéressant. En revanche, si je parvenais à voir un futur où l'utilité de cette chevalière se manifestait, je pourrais peut-être faire en sorte de favoriser cet avenir parmi tous les autres. Il y a trop de peut-être à mon goût dans cette histoire, mais je n'ai plus rien à perdre et je ne vois pas quel meilleur usage je pourrais faire du Don de Sithi, compte tenu des informations en ma possession.

Du sable. Du sable écarlate, humide de sang. Une foule qui hurle, debout, je n'entends pas leurs cris mais leurs visages aux bouches grandes ouvertes évoquent des hurlements à faire trembler les murs. Parmi cette foule de Garzoks, de Shaakts, de sangs-mêlés et d'autres créatures vouées aux ténèbres, le visage impassible d'un vieux Shaakt dénote, il me fixe d'une regard froid et calculateur, du moins en ai-je l'impression. Le décor change, je vois un long et sombre couloir dont les murs sont percés de grilles de même genre que celle qui clôt ma geôle. Des mains apparaissent dans mon champ de vision, les miennes probablement à en juger par la couleur de leur peau, enchaînées, le sceau de la Main de Sang passé à l'annulaire gauche. La vision se focalise sur le sceau qui semble envahir tout l'espace, brièvement, puis disparaît en un éclair au profit d'une petite silhouette à peine visible dans la pénombre des cachots, dont je ne peux distinguer les traits. Alors qu'elle s'approche, l'éclat blême de l'acier brille soudain dans la main de l'être, sa dextre se lève et s'abat aussitôt, sur moi. Mes mains enchaînées tentent de parer le coup mais les entraves m'en empêchent et la lame plonge en direction de ma gorge.

Je sors en sursaut de ma transe, un goût ferreux de sang dans la bouche, le coeur cognant trop fort dans ma poitrine. Ma mort, je viens de voir ma mort... Je passe une main légèrement tremblante sur mon front moite de sueur glaciale et me force à respirer calmement pour ralentir mon palpitant emballé. Secoué jusqu'aux tréfonds de l'âme, je crache le sang qui a envahi ma bouche, sans comprendre d'où il vient dans un premier temps. Puis, lorsque je retrouve un peu mes esprits, je réalise que je me suis mordu la langue, probablement dans un geste instinctif pour éviter la lame qui, je le sais bien pourtant, n'existe qu'en tant que potentialité d'un futur encore non advenu. Par tous les dieux, voilà une vision dont je me serais volontiers passé! Quant à en définir le sens, est-ce à dire que cette bague pourrait causer ma mort? Cela paraît être l'interprétation la plus probable mais, si c'est le cas, je ne comprends pas pourquoi Faryä s'est compliqué la tâche avec ce subterfuge. Elle tenait ma vie entre ses mains, elle la tient toujours d'ailleurs. Après un moment je secoue lentement la tête, mes pensées tournent en rond comme des fauves en cage, je ne parviens pas à discerner le plan maléfique qui dicte les agissements de mon amante, peut-être parce que je suis trop faible et épuisé pour réfléchir correctement. Je finis par sombrer dans un demi sommeil peuplé de cauchemars et de lames sanglantes, entrecoupé de réveils brutaux qui me laissent pantelant et plus anxieux que j'ai souvenir de l'avoir jamais été.


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Dim 25 Juin 2017 00:36, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: L'arène des milles lances
MessagePosté: Dim 25 Juin 2017 00:14 
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[:attention:] Le rp qui suit contient des scènes susceptibles de choquer certaines sensibilités. [:attention:]

Le temps passe, inexorable, sans grande signification pour moi étant donné l'absence de jour ou de nuit dans mon cachot. J'ai l'impression d'être là depuis bien plus de deux jours lorsque un cliquetis de clé tournant dans une serrure me sort de ma torpeur mais, pour ce que j'en sais, seules quelques heures auraient pu s'écouler depuis la visite de Faryä. Deux gardes Garzoks crasseux et lourdement armés pénètrent dans ma misérable demeure, méfiants selon toute apparence car ils me menacent de leurs haches malgré ma visible faiblesse. L'un d'eux s'approche après un coup d'oeil appuyé à son comparse, manière de s'assurer qu'il se tient prêt à me perforer les entrailles si je faisais mine de bondir, sans doute, et me force à me relever en m'agrippant par les cheveux. La douleur est cuisante mais celle que j'endure en permanence depuis quelques jours est autrement plus corsée, si bien que je ne laisse pas échapper un son et me contente de fixer mon geôlier avec indifférence. Il m'observe un instant d'un regard mauvais puis, sans me lâcher la tignasse, m'assène un violent revers de son poing fermé sur le manche de son arme en plein visage, maugréant entre ses crocs serrés:

"Baisse les yeux sale p'tite vermine, ou j'te les crève."

Seule sa prise sur ma chevelure a empêché que je ne sois projeté au sol, la rudesse du coup m'a éclaté la lèvre inférieure et probablement déchaussé une dent ou deux et je suis en proie à un étrange vertige qui fait paraître ce qui m'entoure un peu irréel. Bien réel en revanche est le sang que je crache à ses pieds avant de relever crânement le visage pour fixer la peau-verte et grogner:

"Fais-toi plaisir, bouffon, ça m'épargnera la vue de ta sale gueule."

Le Garzok me soulève pratiquement de terre par la tignasse et m'approche de son faciès haineux en grondant avec rage:

"Tu la vois bien, là, ma gueule? Non, j'crois qu't'es pas encore assez près."

Le coup de boule qui suit me fracasse le nez et une pommette dans un sourd et sinistre craquement, tout devient noir et je sombre avec bonheur dans des ténèbres, je sais qu'en leur sein il n'y aura plus de souffrance.

Mon évanouissement ne dure pas, la froide gifle d'un liquide sur mon visage dévasté me fait hoqueter et douloureusement tousser, maudites côtes fêlées! La première chose que je vois est la trogne de l'Orc accroupi à côté de moi, qui occupe presque tout mon champ de vision brouillé. Je réalise que je suis maintenant étendu à terre, une position plus confortable que la précédente, à tout prendre. Il me lorgne avec une malveillance jubilatoire, si proche que je manque vomir lorsque son haleine putride envahit mes narines.

"T'en veux encore, la crevure?"

Je secoue la tête, plus pour retrouver mes esprits que pour lui répondre mais le bougre interprète ça comme une dénégation et ricane avec mépris en se détournant brièvement pour dire quelque chose à son comparse, paroles que je ne peux comprendre car exprimées dans sa langue gutturale. Lorsqu'il me refait face, il s'assombrit en découvrant le sourire glacial qui relève mes lèvres ensanglantées en un rictus mauvais, visiblement incrédule de voir une telle expression sur mes traits. Je murmure juste assez haut pour qu'il entende:

"T'aurais dû saisir ta chance, saloperie."

Ma dextre extirpe de son fourreau la dague qui pend à la ceinture du Garzok et, preste comme un serpent, la plonge rageusement dans l'aine imprudemment exposée et sans protection de mon bourreau. Il hurle de douleur et tente de se relever, en vain car ses jambes ne le portent plus, déjà son fluide vital s'échappe de son corps par puissantes saccades qui aspergent tout alentours. L'orc blessé à mort s'effondre en braillant alors que son compère se précipite sur moi en proférant d'atroces jurons, hache brandie pour mettre un terme à mon existence. Un rire dément franchit mes lèvres, qui s'interrompt brutalement lorsque le plat de l'arme heurte ma tempe et me replonge aussi sec dans l'inconscience.

J'émerge au bout d'un temps indéfinissable, avec la détestable impression que tous les forgerons du Rock Armath ont élu domicile dans mon crâne. Mon visage aussi me fait souffrir le martyre mais, à force de volonté, je parviens à chasser les brumes écarlates d'une douleur telle qu'elle aurait suffi à me briser voilà quelques années, à moins que ce n'ait été dans une autre vie. Je suis étendu sur une surface dure et froide, dans une salle de la taille d'une grande chambre aux murs de pierre nue. Quelques torches plantées dans des appliques murales rouillées dispensent une lueur chiche, suffisante toutefois pour me permettre de distinguer dans une zone de pénombre une silhouette encapuchonnée de noir, assise dans un fauteuil qui dut autrefois être luxueux mais qui n'est plus aujourd'hui qu'une vieillerie miteuse et vermoulue. L'être se lève dès qu'il réalise que je suis réveillé et s'approche de moi en repoussant sa capuche, se révélant être un Shaakt au visage couturé de cicatrices et au regard dur. Je tente de me redresser à son approche mais mon geste est rudement stoppé par les lourdes chaînes qui, je le réalise alors, entravent aussi bien mes poignets que mes chevilles. Le Shaakt sourit sarcastiquement à ma tentative et précise:

"Quelques précautions s'imposaient, après ce que tu as fait. Même un troll ne viendrait pas à bout de ces chaînes, garde donc tes forces."

Je m'apprête à lui renvoyer une répartie cinglante mais il tend une main devant mes yeux avant que le premier mot n'ait franchi mes lèvres, tenant entre ses doigts la bague de la Main de Sang:

"Explique-moi comment il se fait que j'aie trouvé ceci sur toi."

Je frémis malgré moi en me souvenant de la silhouette qui m'a planté une lame dans la gorge dans ma vision, je ne sais s'il s'agissait de cet être mais il y ressemble fichtrement. Je n'ai pas vu son visage mais tenue et gabarit correspondent en tout cas. Le lieu n'a rien à voir avec celui de ma vision, pas plus que la position dans laquelle je me trouve, mais je sais aussi que je n'ai vu qu'un fragment d'avenir possible parmi une multitude d'autres, le don de Sithi peut s'avérer utile mais il peut aussi être traître. Après quelques secondes de silence, je finis par hausser vaguement les épaules et réponds:

"Jamais vu. Ça devait appartenir au Garzok que j'ai tué."

L'Elfe Noir se fend d'un sourire d'une rare cruauté et pose un doigt sur ma pommette éclatée pour y exercer une légère pression. Je retiens de justesse un cri et dompte sévèrement les hallebardes de douleur qui irradient en moi et menacent de brouiller mon esprit, m'efforçant de conserver une apparence impassible alors que le Shaakt murmure tout près de mon oreille:

"Prends-moi encore pour un imbécile et je te ferai regretter d'être né, Sindel. Je répète la question: comment as-tu eu cette bague?"

Je me force à sourire à mon tortionnaire, qui s'est aussitôt redressé pour me scruter avec attention, et lui crache avec mépris:

"Je l'ai prise sur le cadavre de ta mère, pourriture de Shaakt. Si tu penses pouvoir me faire parler en me torturant, tu te trompes de personne."

"Voyez-vous ça. Je vais te faire une confidence: ma mère, je l'ai étranglée de mes propres mains après m'être longuement amusé avec elle, je peux t'assurer qu'elle ne portait pas de bague. Comment l'aurait-elle pu? Elle n'avait plus de doigts."

Tout en parlant, l'Elfe Noir sort un petit couteau recourbé de l'une de ses poches et en vérifie le parfait affûtage d'un air sadique qui me fait froid dans le dos. Je me crispe lorsqu'il l'approche de mon visage et en fait courir le fil sur ma joue, juste assez fort pour entailler superficiellement ma peau. J'ai envie de hurler, de me débattre et d'écraser ce cafard, mais je domine mes pulsions meurtrières, trop conscient qu'elles seraient vaines, et parviens à demeurer rigoureusement immobile malgré la panique qui menace de s'emparer de moi. Je ne peux pas fuir physiquement, mais je peux me réfugier dans une méditation si profonde que je ne sentirai presque aucune douleur, avec un peu de chance le maudit me tuera faute de pouvoir mesurer l'impact de ses tortures sur mon corps déjà exsangue. Je ferme les yeux en me concentrant sur mes souvenirs heureux, forçant mon corps à se détendre peu à peu au fil des plus profondes inspirations que me permettent mes côtes douloureuses. Cela fait rire le Shaakt qui approche langoureusement la lame de mon oeil droit en murmurant:

"Je crois que je vais commencer par te découper les paupières, je veux voir tes yeux, voir la terreur y naître, petit elfe..."

"Ça suffit, imbécile! Je t'ai ordonné de le garder en vie, pas de le torturer!"

La voix, basse et profonde, qui claque soudain dans la salle me fait ouvrir des yeux surpris et tourner la tête vers sa source. Je découvre un Garzok massif, même selon les critères de cette race, et vraisemblablement âgé qui approche de mon bourreau d'un air furieux. Le Shaakt se contente d'en rire et riposte avec dédain:

"Il vit, que t'importe qu'il lui manque un ou deux morceaux?"

L'Orc le bouscule rudement pour le contraindre à s'écarter de son chemin et m'examine d'un air dégoûté avant de maugréer:

"Il m'importe, dégage avant que je cède à l'envie de te pendre avec tes tripes, misérable abruti."

Le Shaakt hausse les épaules avec mépris mais, à mon grand soulagement, il n'en obtempère pas moins et quitte la salle sans se hâter, peu désireux sans doute de défier le colosse qui semble tout disposé à mettre sa menace à exécution à en juger par ses mâchoires soudées de colère. J'observe mon "sauveur" un instant puis lui demande d'un ton neutre:

"En quoi ma vie vous importe-t'elle?"

"Tu te sens en état de te battre?"

Je hausse un sourcil étonné à cette question, puis je me rappelle soudainement où je me trouve et ne peux empêcher un rire amer de franchir mes lèvres:

"Oh, vous voulez du spectacle, c'est ça? Regardez mieux, je doute de pouvoir seulement tenir debout sans aide. Il n'y aura pas de spectacle, ce sera une vulgaire exécution. Mais de toute manière, c'est bien le but recherché, pas vrai?"

"Plus ou moins. Y'a pas mal de mes congénères qui veulent ta peau pour l'humiliation que tu as infligée à mon peuple dans les montagnes."

"Pas vous?"

Le colosse grogne légèrement et crache par terre avant de rétorquer:

"Y'a des lâches partout, même parmi les miens. Les autres peuples se foutent de nous en te surnommant "Terreur des Orcs", mais y'en a pas un qui aurait les couilles de me le dire en face. Alors qu'est-ce que j'en ai à fiche, moi, de lâches qui piaillent dans mon dos et détalent la queue entre les jambes dès que je tourne les yeux vers eux?"

"Mmm. Rien, je dirais."

"Tout juste. Tu détalerais, toi, si je te menaçais de t'éclater la tronche à coups de marteau de guerre?"

"Non. Je vous l'enfoncerais entre les dents, histoire de vous rendre moins bavard."

Le Garzok éclate d'un rire guttural à mes paroles, puis il me dévisage d'un air rusé et, j'en ai l'impression du moins, approbateur:

"La petite m'a dit que tu n'avais pas froid aux yeux, faut en avoir dans les tripes pour me causer comme tu le fais en étant enchaîné à poil sur une table de torture."

"La petite?"

"Faryä. C'est à elle que tu dois d'être encore en vie."

"J'ai un avis légèrement différent sur la question, mais passons. Et donc, que voulez-vous de moi au juste?"

L'Orc adopte se penche vers moi pour répliquer d'un air finaud:

"Je veux que tu combattes pour moi, pas comme un cadavre ambulant voué à l'exécution, non, je veux entendre les foules ébranler les murs de cette arène en scandant ton nom."

Surpris, je le scrute quelques instants en silence pour voir s'il se fiche de moi mais, comme je ne vois aucun signe que ce soit le cas, je finis par lui demander d'une voix un peu incrédule:

"Pourquoi?"

"Réfléchis. Si le premier venu te massacre sans difficulté, mon peuple sera raillé pendant des années et on dira qu'on avait tellement peur de toi qu'on t'a envoyé dans l'arène après t'avoir assez affaibli pour que même un gosse soit capable de te vaincre. Mais si tu survis à ce premier combat, y'aura plein de ces imbéciles qui voudront prouver qu'ils sont meilleurs que nous en t'affrontant. Quand t'en auras tué un paquet ils ne seront plus si prompts à se foutre de nous, tu crois pas?"

Je souris froidement à mon interlocuteur, il n'est pas si indifférent aux moqueries qu'il voudrait me le faire croire, finalement. Je ne lui demande pas ce que je gagnerai dans l'histoire, la réponse est évidente: un sursis. Tant que je vaincrai je vivrai. Et tant que je vivrai, j'aurai une chance de me sortir de ce guêpier. Je lui donne donc la seule réponse possible, la seule qui puisse m'offrir un avenir, même s'il est plus qu'incertain:

"Sans aucun doute. Rendez-moi mon équipement, donnez-moi de quoi retrouver des forces et je rougirai votre arène du sang de vos détracteurs. Dernière chose, le Shaakt qui voulait me découper, il a une bague qui m'appartient. Je veux la récupérer."

"Tu penses être en position de négocier, l'elfe?"

"Ce n'est pas une négociation, l'orc. C'est ça ou des années de moqueries pour votre peuple. A vous de choisir."

Le Garzok me scrute pensivement durant un instant, puis il finit par hausser les épaules en grognant d'un air vaguement amusé:

"T'auras ta bague, et peut-être une robe avec vu que ton armure est foutue et que t'as l'air d'aimer les fanfreluches."


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Mer 19 Juil 2017 00:57, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: L'arène des milles lances
MessagePosté: Lun 26 Juin 2017 03:36 
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Quelques heures plus tard, quatre Garzoks, dont deux munis d'arbalètes chargées et soigneusement pointées sur moi, viennent me chercher. Le meurtre que j'ai commis un peu plus tôt malgré mon état semble les avoir rendus prudents, maigre satisfaction mais satisfaction tout de même. Ils ne me détachent de la table que pour mieux m'enchaîner les chevilles de fers pesants, reliés entre eux par une chaîne juste assez longue pour que je puisse boiter à petits pas. Mes poignets sont entravés de même dans mon dos, puis les orcs me poussent rudement au travers d'un interminable dédale de sinistres couloirs et d'escaliers qui ne le sont pas moins. Ici et là j'entends des plaintes lugubres, quelques cris, le claquement d'un fouet mais, à part mes geôliers, je n'aperçois pas âme qui vive. Nous finissons par parvenir à une vaste salle remplie d'armes de toutes sortes où se tient, sévère et revêtu d'acier, le Garzok avec lequel j'ai discuté précédemment.

"Détachez-le", gronde l'orc dès que les portes de la salle se sont refermées derrière moi.

Ses sbires obtempèrent puis quittent rapidement la salle, me laissant seul avec le colosse qui me scrute d'un regard perçant. Vacillant, je masse mes poignets endoloris tout en observant le géant, attendant son bon vouloir et curieux de la suite des événements. Quelques instants s'écoulent puis les portes s'ouvrent à nouveau pour laisser entrer quatre esclaves humains portant un baquet rempli d'eau, quelques chiffons et une pile de vêtements de toile grossière qu'ils déposent devant moi avant de se retirer sans avoir prononcé un mot ni même levé les yeux du sol.

"Décrasse-toi, dépêche", bougonne le Garzok.

Je m'exécute sans déplaisir, bien que je peine à seulement tenir debout et que le moindre contact avec mon visage dévasté soit douloureux. La couleur que prend l'eau me fait bien vite grimacer, il en faudrait bien plus pour que je me sente vraiment propre mais je m'en contente pour l'heure. C'est sans doute plus qu'un prisonnier ne saurait demander et je ne tiens pas à me mettre le colosse à dos avec des exigences déplacées, pour le moment du moins. Il lui suffirait d'une pichenette pour m'achever et je serais idiot de le provoquer alors qu'il m'a accordé un sursis, même si ce dernier n'a rien à voir avec une quelconque bienveillance envers moi. Après que je me sois séché et aie enfilé les frusques si généreusement offertes, L'Orc s'approche et me tend une petite fiole en précisant:

"Bois. Et pas de conneries, petit, ne vas pas croire que tu pourrais en profiter pour tenter de t'échapper. Tu seras pas assez en forme pour ça, tu l'as jamais été, crois-moi."

Je prends la fiole et en avale le contenu après avoir simplement acquiescé, soupirant d'aise lorsque les plaies de mon visage se referment et qu'une bienfaisante énergie se répand dans mon corps fatigué. Le breuvage magique ne peut apparemment rien pour ma cheville ou mes côtes, je continuerai à boiter et à avoir du mal à respirer mais qu'importe, je me sens déjà en meilleure forme que je ne l'ai été depuis longtemps. Le Garzok me désigne ensuite une jaque et une cotte de mailles reposant sur leur support de bois:

"Enfile ça et choisis une arme en vitesse, y'a quelques centaines de pelés qui t'attendent, dehors."

Je fronce les sourcils et fixe durement le Garzok en passant au tutoiement:

"Mes armes, mon armure et ma bague, c'est le prix de ce que tu m'as demandé, l'orc."

Le bougre se contente de sourire froidement en répliquant:

"Tu n'es pas en position d'exiger quoi que ce soit, l'elfe. Tu te battras avec ce qu'on te donnera un point c'est tout. Mais j'ai ta bague, gagne ce combat et je te la rends, tu as ma parole."

Il la sort d'une poche et l'agite devant moi d'un air sarcastique qui me fait grincer des dents et riposter d'un ton glacial:

"Ta parole ne vaut rien, l'orc. Je vais enfiler cette cotte de maille, prendre une arme et te la passer au travers du corps, voilà comment les choses vont se passer."

Imperturbable, le puissant Garzok hausse les épaules et répond d'un ton si neutre qu'il en est indiciblement menaçant:

"Tu peux essayer, et tu mourras tout de suite. Ou alors tu peux entrer dans cette arène et peut-être survivre assez longtemps pour récupérer cette bague et par la suite, qui sait, tes armes. Voire ta liberté, si tu es capable de la conquérir. A toi de choisir, l'Elfe."

Je le dévisage longuement en silence. Si j'étais en pleine forme et que j'avais mes lames en main je le défierais séance tenante, mais ce n'est pas le cas. D'autre part, il y a chez ce Garzok une assurance tranquille qui me fait froid dans le dos et instille un doute vicieux dans mon âme, si bien que je finis par céder de mauvaise grâce et vais m'équiper ainsi qu'il l'a exigé.

La cotte de maille est simple mais de bonne qualité, elle s'arrête à mi-cuisses et ne couvre pas davantage que mes épaules. Point de casque, de gantelets ou même de bottes en revanche, je serai pieds-nus dans le sable de l'arène. Un bien maigre protection, en somme, mais ce sera toujours mieux que d'être en pagne. Reste à choisir une arme, et là le choix ne manque pas. A croire que le Garzok a réuni ici tout ce qui jamais été inventé pour exterminer son prochain, il y a même des armes que je n'avais encore jamais vues et qui me demanderaient probablement un sérieux entraînement pour être en mesure de les manier avec quelque succès. Le moment est mal choisi pour des expérimentations, toutefois, je ferais bien de ne pas me tromper en choisissant mon arme pour ce combat et, si l'épée est incontestablement celle que je maîtrise le mieux, ce n'est pas forcément l'idéal pour la confrontation qui m'attend. Mon adversaire sera certainement un Garzok muni d'une lourde armure de plate et d'une babiole du genre hache ou marteau, le tout complété d'un vaste et épais bouclier je suppose. Contrairement à ma superbe armure de mithril, la vulgaire cotte de mailles que je porte ne me protégera pas d'un coup d'une arme lourde, envisager un combat au corps à corps serait une folie, or l'allonge moyenne d'une épée m'y contraindrait. Par ailleurs, mon pied mal remis de son écrasement nuira forcément à mon équilibre et à mon agilité, il me sera difficile de danser autour de mon adversaire comme je le ferais en temps normal. Sous le regard attentif de l'Orc, je finis par opter pour une hallebarde munie d'une longue et fine pointe ainsi que d'un fer concave peu proéminent qui forme, du côté opposé, une espèce de bec courbé servant originellement à accrocher un cavalier pour le démonter. Une arme qui se manie en principe à deux mains mais que je me fais fort de manier d'une seule, ce n'est qu'une question de technique. Sans demander son avis au colossal peau-verte, je m'empare aussi d'un bouclier elfique en forme de feuille, étroit mais allongé et se terminant en pointe aux deux extrémités. Il comporte en outre deux encoches en sa partie haute, permettant à un piquier d'y appuyer la hampe de son arme, qu'il soit droitier ou gaucher. Je me tourne enfin pour refaire face au Garzok, le regard dur et la voix polaire:

"Du sang et du spectacle, hein? Envoyez-moi dans votre foutue arène, j'ai hâte de tuer d'autres de vos congénères."


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 Sujet du message: Re: L'arène des milles lances
MessagePosté: Lun 3 Juil 2017 19:44 
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Le colosse, accompagné de quatre soldats dès la sortie de sa salle d'armes, me conduit au travers d'un dédale de couloirs jusqu'à une large et haute porte qui me dissimule la source d'un vacarme inouï, de ceux que seule une foule turbulente peut produire. Deux solides Garzoks y montent une garde vigilante et croisent leurs haches à long manche pour m'interdire le passage dès que je fais mine de m'approcher de l'huis. Sur un signe du maousse, ils soulèvent la barre qui maintient la porte fermée et écartent les battants en m'enjoignant d'avancer d'un air aussi mauvais qu'il est réjoui. En voilà deux qui ont misé sur ma prompte mort, je présume. Je leur enfoncerai bien le crâne à coups de hallebarde pour leur démontrer leur erreur mais le colosse ne m'en laisse pas le loisir et, d'une rude poussée dans le dos, me propulse sur le sable de l'arène.

(Sithi miséricordieuse...)

Ils sont des centaines. Garzoks, Shaakts et humains principalement, se pressent sur les gradins d'un vaste amphithéâtre de pierre sombre, déchaînés. Le tumulte est assourdissant mais la foule trouve le moyen d'en accroître encore le volume sonore lorsque je pénètre dans le cirque. Des insultes fusent dans autant de langues qu'il y a de races mais ce sont les Garzoks qui dominent le sujet de leurs voix gutturales. Shaakts et humains sont moins virulents, peut-être parce qu'ils consacrent une part notable de leur énergie à se gausser des orcs qui répondent en menaçant, poings levés, parfois fermés sur leurs armes. Il fait froid et le ciel couvert d'un dais de plomb nous honore d'une fine bruine glaciale, un temps maussade qui correspond parfaitement à mon humeur mais qui ne parvient pas à laver le sang qui colore un peu partout le sable constituant le sol. Il y a quatre portes comme celle par laquelle je suis entré, situées aux points cardinaux sans doute, dont l'une qui s'ouvre alors que j'avance vers le centre de l'arène. Je raffermis ma prise sur mon bouclier et ma hallebarde, légèrement anxieux de découvrir mon adversaire, mais ce que je vois alors me fait douter d'être bien réveillé: c'est une douzaine de Sindeldi qui franchit l'huis! Des Elfes gris en haillons, maigres à faire peur et dont la plupart semblent avoir subi de cruels sévices récemment. Je sens ma gorge s'assécher en découvrant parmi eux des femmes et même deux enfants encore trop jeunes pour être qualifiés d'adolescents, à quoi jouent ces maudits Omyriens par Sithi?! S'ils espèrent que je vais exterminer mon propre peuple je vais leur faire bougrement regretter de m'avoir donné une arme!

"Oyez Oyez! En ce jour faste, nous avons le privilège de vous offrir un spectacle inédit en hommage à notre bien-aimée Déesse! Pour votre plus grand plaisir, je vous présente "LA CONQUÊTE de SOR-TINI"!!!"

Mon sang se fige dans mes veines aux mots prononcés d'une voix de stentor par le héraut Shaakt qui se dresse sur une tribune où se tient le gratin de la putride cité noire. J'ai entendu parler de Sor-Tini voilà quelques mois, mon peuple y a été massacré sans pitié et...

(Les enfoirés! Ça va être une boucherie!)

Ma Faëra garde le silence, mais je la sens aussi atterrée que moi. Mes compatriotes n'ont aucune armure et, s'ils ont été munis d'armes rien moins que médiocres, aucun ne me semble vraiment en état de se battre. Il n'y aura pas de combat, ce ne sera qu'un odieux carnage. Mon esprit tourne dans le vide à tenter de trouver un échappatoire à cette mascarade, mais il n'y en a aucun et je le sais. Un ignoble goût de bile me remonte dans la gorge. Des enfants de Sithi, ceux-là même que j'ai juré à notre Mère de protéger, vont se faire massacrer sous mes yeux, et je ne pourrai rien faire pour l'empêcher. La foule avide de sang hurle sa joie mauvaise à en ébranler les murs, mais c'est à peine si je l'entends. Mon regard est rivé à la porte qui s'ouvre, en face de celle par laquelle les Sindeldi sont entrés, pour laisser déferler sur nous un mur de ténèbres.

En rangs serrés les Garzoks entrent dans l'arène, harnachés de lourdes armures de plate noires, munis de grands boucliers rectangulaires et de haches de guerre à longs manches de même teinte. J'ai déjà affronté ces troupes, je reconnais certains des faciès brutaux à moitié dissimulés par les casques et les pavois. Je n'ai pas besoin de les compter pour savoir combien ils sont: trente, moins un officier que j'ai étêté. Ce sont les lâches qui ont décampé devant moi après que j'aie anéanti leur général et sa garde, les lâches qui ont amené la honte sur leur peuple. Ils ne fuiront pas cette fois, je vois la soif de meurtre et de vengeance qui brille dans leurs prunelles. Je pourrais peut-être en venir à bout si j'étais seul, en forme et armé de mes reliques, mais là? Il n'y a qu'une chose qui soit en mon pouvoir: mourir dignement en emportant un maximum de ces chiens en enfer. Quelque chose se rompt en mon âme, un peu à la manière d'une corde trop tendue qui cède subitement. Je suis écoeuré des manigances et des mensonges de cette clique aux bottes d'Oaxaca, écoeuré de leurs méthodes et, plus que tout, de l'immobilisme de ses adversaires. La Déesse Noire a subi un rude revers à Oranan m'a appris Kardan, l'Imperator de l'Aube Radieuse, et pourtant ceux qui pourraient maintenant défier la toute-puissance d'Omyre se terrent dans leurs fastueux palais. Je commence à mieux comprendre la position du Paladin de Gaïa, sa rancoeur et sa virulence. Quoi qu'il en soit Sithi m'a confié un rôle, une place dans l'ordre des choses qui m'oblige à endosser une responsabilité que j'ai reniée voilà plus de trente ans. Ce n'est pas ma voix qui claque comme un coup de fouet dans l'arène, c'est la voix d'un officier des armées du Naora formé jadis par les meilleurs instructeurs de Nessima:

"Hirdams! Formation en demi-cercle, dos au mur, les femmes et les enfants au centre!"

J'ai instinctivement utilisé ma langue natale pour beugler cet ordre à la façon d'un sergent-major, mais les pauvres hères ne réagissent de loin pas aussi prestement que les recrues de jadis, la plupart me dévisage d'un regard éteint au lieu de se remuer et de se mettre en formation. Je répète sèchement l'ordre en me précipitant vers eux la mort dans l'âme, je ne sais même pas s'il y a un véritable Hirdam parmi eux, puis j'adresse une brève prière à notre Mère tandis que les orcs se déploient autour de nous:

(Ô Sithi, fais qu'ils ne souffrent pas davantage avant de te rejoindre et donne-moi la force de venger tes enfants massacrés avant de quitter ce monde, je crois que c'est la dernière fois que je t'implore...)

Mes compatriotes réagissent enfin, trop lentement et sans la rigoureuse discipline qui fait de l'armée Sindel une machine de guerre plus redoutable qu'aucune autre, mais qu'importe, au moins ils bougent et forment un arc de cercle approximatif contre le mur de l'arène. Cela ne nous sauvera pas, je suis le seul à être à peu près armé de façon adéquate pour lutter contre les véritables tours mobiles que constituent les Garzoks bardés de plate. Les autres elfes n'ont pas de bouclier et portent pour la plupart des épées de piètre qualité qui ne parviendront en aucun cas à percer les armures lourdes de nos ennemis. Ces derniers prennent leur temps pour se mettre en position sous les encouragements et les quolibets de la foule, leurs regards principalement rivés sur moi m'apprennent qu'ils n'ont pas oublié ce qui s'est passé dans les collines voisines. Ils brûlent de se venger mais, dans leurs yeux, il me semble aussi entrevoir une infime lueur révélant qu'ils ne sont pas aussi assurés qu'ils le voudraient, les premiers qui arriveront à ma portée mourront et ils le savent. J'en profite pour gronder en Sindel à l'attention de mes frères et soeurs de race:

"Gardez la formation et prenez leurs armes s'ils tombent! Pour le Naora! Pour Sithi!"

Nos chances de survie sont infimes mais, si je parviens à bloquer le premier assaut durant quelques instants et à abattre un ou deux adversaires, le doute insidieux qui ronge déjà nos adversaires grandira. Ils se souviendront des raisons qui les ont poussé à décamper quelques jours plus tôt et, même si je sais que pas un ne reculera alors que des centaines de leurs concitoyens les observent, cela pourrait les pousser à commettre des erreurs que je me ferai une joie malsaine de mettre à profit. Nous allons crever, mais pas sans entraîner un paquet de ces bâtards avec nous.


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Mar 18 Juil 2017 16:27, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: L'arène des mille lances
MessagePosté: Mar 18 Juil 2017 15:45 
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[:attention:] Le rp qui suit comporte des scènes pouvant heurter certaines sensibilités. [:attention:]


L'étau referme sur nous ses sinistres mâchoires de sombre acier, les Garzoks prennent soin de ne laisser aucune faille dans leur formation, du moins s'y efforcent-ils. Tous sont de bons combattants, incontestablement, mais je suis la Lame de Sithi et mes prunelles de jais trouvent d'une froide caresse quelques points faibles à exploiter. Je modifie imperceptiblement ma posture et raffermis ma prise sur la hampe de frêne de ma hallebarde, domptant sévèrement mon impatience d'en découdre. Si j'étais seul je serais déjà parmi eux, en train de dévaster leur belle organisation et de rougir le sable de leurs tripes, mais je ne peux agir ainsi, pas cette fois. Je sens la peur émaner de mes compatriotes, le demi-cercle qu'ils ont formé romprait dans la seconde si je quittais ma place et, une fois engagé au sein même de la troupe ennemie, il me serait impossible de les protéger. Cette dernière pensée me fait grincer des dents, je serais idiot d'entretenir cet espoir. Au mieux je retarderai leur fin de quelques instants, mais pas un ne sortira vivant de ce lieu de mort.

Les Garzoks chargent avec soudaineté, en hurlant férocement leur soif de sang et de vengeance. Mon énergie spirituelle déferle sans retenue lorsque j'entame la puissante Danse de Moura, la pointe de ma hallebarde fuse en direction du visage de l'Orc situé en face de moi, un geste vif mais qui n'est qu'une feinte destinée à lui faire relever son pavois. A peine entame-t'il la parade avec son bouclier que je retire prestement mon arme, un reflux aux allures marines, souple et précis malgré les blessures qui me handicapent. La fiole de soin que j'ai bue, toute insuffisante qu'elle ait été, m'a redonné assez de forces pour en faire baver à quelques-uns de ces maudits laquais d'Oaxaca. Le Garzok a réagi prestement mais bêtement, son pavois relevé l'empêche de voir ma hallebarde qui rejaillit en avant, basse cette fois, pour aller taquiner la jointure de son armure au genou. La pointe effilée trouve la faille et s'enfonce profondément dans les chairs, soutirant un glapissement de surprise autant que de douleur à mon ennemi. Seulement, surpris je le suis aussi un peu, la résistance est bien moindre avec cette arme qu'elle ne l'aurait été avec mes épées, la pointe étant largement plus fine que celles de mes reliques, ce qui me déséquilibre imperceptiblement. Cela n'aurait aucune importance face à de tels adversaires si, dans ma tentative de me repositionner, je n'étais contraint de prendre appui sur mon pied blessé. Une vrille de douleur me transperce et ma jambe se plie instinctivement un peu pour l'atténuer, ce qui me met en fâcheuse posture car un deuxième Orc en profite pour abattre sournoisement sa lourde cognée dans la brèche impromptue de ma défense.

Je pare en catastrophe de mon bouclier, pivotant légèrement sur mon pied valide pour dégager en même temps mon arme, mais mon arme défensive n'est pas parfaitement positionnée et le choc brutal me secoue salement du poignet à l'épaule. Je jure intérieurement en domptant la souffrance, je devrais reculer, me dégager pour bénéficier de l'allonge supérieure de mon arme, mais c'est impossible, les femmes et enfants qui se trouvent derrière moi sont trop proches. A défaut, je riposte sauvagement en balayant l'espace du fer de ma hallebarde afin de forcer l'Orc à reculer, mais le bougre se contente de bloquer mon attaque avec son pavois. J'aperçois du coin de l'oeil un troisième Garzok qui m'assaille, hache brandie au-dessus de lui pour me fendre en deux. Il aurait tort de se priver, mon bouclier est au diable et la partie dangereuse de mon arme aussi, le combat commence bien...

Dans une nouvelle déferlante de Ki, j'envoie sèchement l’extrémité de frêne de mon arme faire connaissance avec le poignet levé de l'Orc, une frappe brutale et foudroyante qui fracasse net les os pourtant coriaces du malheureux et lui fait lâcher sa hache que je dois néanmoins esquiver d'un pas de côté. Le damné qui vient de parer le fer de mon arme tente de profiter de l'éloignement de ce dernier pour m'infliger un redoutable coup de taille que je bloque nerveusement de mon bouclier, parfaitement placé pour faire dévier la hache, cette fois. Le coup dérape sans m'ébranler et je riposte d'un coup de pointe nerveux en direction de son visage. Il l'esquive de justesse en inclinant la tête, mon arme ne fait que frôler sa joue et je vois un rictus jubilatoire orner son faciès grossier alors qu'il fait revenir sa hache d'un rude mouvement circulaire assez bien placé pour que je ne puisse espérer le parer avec mon bouclier. Son sourire s'efface lorsque je retire violemment mon arme vers moi, le bec recourbé de la hallebarde traçant un sanglant et profond sillon dans les chairs de son cou. Il meurt en laissant échapper sa hache et un ignoble gargouillement, que je devine plus que je ne l'entends car la foule pousse un assourdissant rugissement de joie à cet instant.

Un rapide coup d'oeil m'en indique la raison: un Sindel vient de se faire odieusement éventrer de la gorge au nombril et ses entrailles se déroulent de son abdomen comme de répugnants serpents écarlates. Ce regard m'apprend aussi que deux autres Elfes sont tombés, ainsi qu'un unique Garzok mort sous les coups du seul Sindel sachant se battre apparemment, ou en mesure de le faire du moins. Ce dernier est de haute taille, une demi-tête de plus que moi environ, ses cheveux courts sont du même gris que sa peau, ses prunelles sombres flamboient de colère et il a récupéré la hache de l'Orc qu'il a tué. Nos regards se croisent brièvement, puis nous nous détournons avec, je l'ai lu dans ses yeux, la même pensée: nous n'échangerons jamais nos noms, nous ne ferons jamais connaissance, mais nous allons faire saigner ensemble ces chiens d'Orcs jusqu'à ce que nos forces nous fassent défaut.

Les deux Garzoks que j'ai blessés s'efforcent de reculer hors de ma portée, mais ceux qui les suivent, assoiffés de sang et surexcités par les hurlements de la foule qui les encourage au carnage, ne se soucient guère d'évacuer leurs frères d'armes et les empêchent de se mettre à l'abri à temps. J'achève celui dont j'ai brisé le poignet d'une extension rageuse qui le cueille à l'aine, le point faible le plus marqué de toute armure de plates, puis je me replie rapidement derrière mon bouclier pour recevoir la deuxième vague de ses congénères, qui n'hésitent pas à rejeter le corps du mort puis à lui marcher dessus dans leur empressement.

La mêlée devient rapidement confuse, le Sindel placé à ma droite tombe quelques instants plus tard et celui qui se trouve à ma gauche est contraint de reculer sous les assauts sauvages d'un ennemi qui s'acharne en beuglant à pleins poumons. Parer, esquiver, frapper, encore et encore, survivre simplement, le monde ne se résume plus qu'à cela. Je ne tarde pas à perdre le compte des Garzoks que j'ai tués ou blessés, chaque geste devient de plus en plus difficile, imprécis, mes poumons brûlants sont semblables à des soufflets de forge qui ne parviendraient jamais à alimenter suffisamment le brasier. Une hache me frôle le crâne de si près qu'elle entame mon cuir chevelu, le sang qui s'en écoule me brouille la vision et m'empêche de parer correctement un coup vicieux qui m'entaille assez sévèrement l'avant bras droit. Quelques secondes plus tard, à moins que ce ne soient des heures, l'attaque brutale d'un Orc fracasse la hampe de mon arme par le milieu et me contraint à une retraite précipitée derrière mon bouclier qui commence à donner des signes de fatigue. Mes frères de race meurent les uns après les autres autour de moi, sans que j'aie l'impression que le nombre d'ennemis diminue. Je sais que c'est faux, le sol est rougi de leur sang et de leurs entrailles, à tel point qu'il en devient traître, mais de toutes parts me cerne un mur d'acier aussi noir que mes pensées.

Un coup terrible percute mon bouclier qui se fend sous l'impact, j'en projette les débris à la gueule de mon attaquant avant de rouler désespérément au sol pour esquiver deux autres armes qui s'abattent. J'évite la première mais la deuxième déchire ma cotte de mailles juste au-dessus de ma hanche et m'inflige une nouvelle balafre, peu profonde fort heureusement. Ma roulade échevelée me permet de me dégager des restes de mon arme défensive et de m'emparer d'une hache Garzok tombée au sol, mais la nasse sombre se referme sur moi alors que j'ai encore un genou à terre. Je fauche brutalement une jambe avec la hache et plante la pointe de ma hallebarde brisée dans un pied pour me dégager un passage, puis j'invoque le soutien de Rana à pleine puissance pour bondir hors du cercle de mes ennemis. J'y parviens de justesse en bousculant un Orc surpris par cette technique peu courante, mais quelque chose me percute durement le dos au passage et m'envoie m'affaler ventre à terre plutôt que sur mes deux pieds.

Et la foule qui hurle, tempête, invective et scande des mots que je ne comprends pas, si fort que j'ai l'impression que les murs de l'arène vont s'effondrer...

Je me relève frénétiquement, essuyant au passage la sueur et le sang qui m'inondent les yeux, juste à temps pour parer rustiquement un féroce coup de taille qui fait voler en éclats les pauvres restes de ma hallebarde. L'attaque a cependant été déviée, j'évite le fer obscur d'une contorsion douloureuse et riposte d'une taillade remontante qui frôle le pavois ennemi et percute puissamment la poitrine de mon adversaire, défonçant proprement plate et côtes. L'Orc bascule en arrière, agonisant, mais ma hache reste coincée et je ne peux retenir un rugissement de rage mêlée de dépit lorsque mes mains gluantes d'ichor en laissent échapper le manche bien contre mon gré. Cette mort m'offre toutefois un bref répit plus que bienvenu, qui me laisse le temps de me baisser pour arracher aux mains du mourant son arme, plus aisée à récupérer que celle que je lui ai plantée dans la poitrine. Je me redresse et fais face, une fois de plus, douloureusement conscient que j'atteins irrémédiablement la limite de mes forces. Mes membres semblent s'être transformés en plomb et mon pied blessé lors du combat dans la grotte obscure me lance atrocement, bien trop sollicité pour résister encore bien longtemps à ce traitement. Mais ce n'est rien comparé à l'étau qui m'écrase la poitrine, mes côtes fissurées lors de ce même combat passé protestent avec virulence à chaque tentative d'inspirer assez d'air pour récupérer mon souffle désormais saccadé et sifflant. Mes plaies récentes ne sont que d'insignifiants picotements par rapport à ça, mais je ne suis pas dupe, ce sont elles les plus dangereuses, elles qui m'affaiblissent de seconde en seconde alors que ma vie s'en écoule inéluctablement. Je chasse ces pensées d'un effort de volonté, elles ne servent à rien, strictement à rien, je n'ai aucun moyen de changer cet état de fait.

Les Garzoks ne sont plus qu'une dizaine maintenant, dont deux qui s'emploient à finir de massacrer en riant grassement les deux jeunes enfants de Sithi recroquevillés contre le mur de l'arène, entourés des cadavres de leurs aînés. Je suis seul. Seul survivant de ceux que j'aurais voulu pouvoir protéger, ramener au Naora afin qu'ils y vivent en paix dans la respect de la Voie de Sithi. Mais j'ai échoué et je suis désormais seul face à mon destin. Que dirais-je à Sithi lorsque je la rejoindrai, dans quelques instants? Comment lui apprendrai-je que j'ai failli, que je n'étais pas digne de sa confiance, finalement? Pourrai-je soutenir les regards de ceux que je n'ai pu préserver? Pourrai-je regarder ces enfants dans le blanc des yeux et admettre, crûment, que les sauver n'était pas en mon pouvoir, que j'étais trop faible, ou trop attaché à ma propre vie peut-être pour me sacrifier pour eux?

(Ton sacrifice n'aurait servi à rien. Bien-Aimé, je te l'ai dit déjà: il est des choses qui ne sont pas en ton pouvoir. Même Sithi n'a pu sauver tous les Sindeldi lors de la chute d'Eden, crois-tu qu'elle te jugera de n'avoir pu préserver ces vies?)

Les paroles de ma Faëra se veulent réconfortantes, mais elles ne font qu'effleurer la surface de mon esprit. Mes lèvres forment une moue amère, amère comme la bile qui m'envahit la gorge, amère comme le sentiment écrasant d'échec qui enténèbre mon âme. Amère comme la rage glaciale qui déferle en moi, mais qui ne parvient plus à me galvaniser malgré son intensité. Je suis à bout, vidé jusqu'à la moelle des os de toute énergie. Les huit Garzoks qui avancent vers moi le sentent, ils exultent à l'idée de m'achever enfin et leurs prunelles luisent déjà de l'avidité de la curée. Pourtant, malgré mon évidente faiblesse, ils s'approchent avec la plus grande prudence et il me semble discerner autre chose dans leurs regards, quelque chose qui ressemble à s'y méprendre à du respect. Je remarque aussi, en arrière-plan, que des échauffourées paraissent avoir éclaté parmi les spectateurs, mais cela me semble si totalement dénué de la moindre importance que cette observation ne fait que frôler ma conscience. Toute mon attention reste rivée aux Orcs qui s'avancent vers moi, je me suis toujours juré de regarder ma mort en face lorsque le moment serait venu et en cela au moins je n'échouerai pas. Je me contrains à leur sourire froidement et grogne hargneusement:

"Venez donc, maudits chiens, finissons-en..."


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 Sujet du message: Re: L'arène des mille lances
MessagePosté: Mer 19 Juil 2017 23:10 
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Les Garzoks ne se pressent pas, ils savourent l'instant, m'encerclant posément tandis que les spectateurs se déchaînent, debout sur les gradins. Les quelques rixes qui ont débuté plus tôt, je serais bien en peine de dire quand exactement, ont l'air de s'être envenimées, sans doute ont-elles déjà fait quelques morts. Quant à moi, je dégage d'une sèche traction la hache plantée dans la cage thoracique du cadavre qui gît à mes pieds et insuffle une lente rotation aux deux armes qui occupent désormais mes mains pour en éprouver l'équilibre. Je force aussi ma poitrine à se soulever amplement malgré la souffrance, tâchant de récupérer un tant soit peu mon souffle, si absurde que ce soit alors qu'il ne me reste que quelques secondes à vivre. Je suis épuisé physiquement, mais la force argentée qui trouve sa source dans les tréfonds de mon âme est encore vigoureuse, je la sens pulser dans mes muscles, telle une trame invisible qui soutient mon corps envers et contre tout. Immobile, je la rassemble méthodiquement, massivement, et la modèle soigneusement pour un ultime baroud d'honneur. Cela ne me sauvera pas, plus rien ne le peut maintenant, mais qu'importe. Je vais danser une dernière fois, pour Sithi, pour mes frères et mes soeurs morts sur le sable maudit de cette arène.

Mes adversaires achèvent leur manœuvre d'encerclement sous mon regard étréci de concentration et les acclamations assourdissantes de leurs compatriotes. Mon esprit est en ébullition, ma dernière Danse ne devra rien au hasard et j'analyse chaque posture, cherchant les failles de chacun de mes adversaires, calculant au cheveu près les angles d'attaque nécessaires pour en tirer le meilleur parti. Dans ma tête je visualise chaque pas, le moindre de mes gestes, pour en faire une chorégraphie létale et magnifique digne de l'Astre Nocturne que je représente. Je me prépare aussi à la douleur que cela va inévitablement engendrer, mes blessures ne doivent pas entraver cette ultime geste, même si je dois en avaler ma langue de souffrance. Les Orcs lancent soudainement l'hallali en beuglant avec un magnifique ensemble, déterminés à me hacher menu, mais je suis prêt. Je relâche à cet instant toute la force spirituelle que j'ai accumulée, elle jaillit comme les flots de lave d'un volcan entrant en éruption, explosive à en faire pâlir d'envie la chaîne de l'Akuynra. Le cri de guerre qui accompagne ce déferlement éclate comme un coup de tonnerre tout proche, couvrant tout autre bruit à cent mètres à la ronde, du moins est-ce mon impression:

"Ullume au oïalë!"

Pour toujours et à jamais. Pour nous, Sindeldi, c'est un serment éternel, celui que l'on fait lorsqu'on se marie. Pour moi, il représente ce qui me lie à Syndalywë, mais aussi à Sithi. C'est à elles que s'adresse ce cri, à elles que j'offre cette ultime Danse d'Opale.

J'ai combiné la Danse des sabres à celle de l'éclipse pour cet hommage, sans modérer le moins du monde mes forces, à quoi bon? Mes haches semblent prendre vie lorsque je les déploie dans un tourbillon insensé de férocité et de sauvagerie. Leurs trajectoires obliques et traîtreusement dissimulées sont foudroyantes, dévastatrices, dépassant si totalement les compétences de mes ennemis que c'est à peine s'ils ont le temps d'être surpris avant que les fers ne mordent leurs chairs.

Mais cela ne suffit pas. Je m'y attendais bien sûr, mais il me restait malgré tout un secret espoir de m'être trompé, caché tout au fond du creuset de mon âme. Cela n'avait pas le moindre sens d'espérer, j'ai su que c'était vain dès l'instant où le combat a été annoncé, mais mon coeur n'en est pas moins broyé de le réaliser dans les faits. Trois de mes ennemis agonisent, deux sont salement blessés et deux autres trop légèrement atteints pour les empêcher de frapper. Mais cela ne suffit pas. Il en reste un qui est indemne, un sur les trente qu'ils étaient au départ. Sa hache est déjà en train de s'abattre, puissamment, parfaitement positionnée pour me fendre le crâne, et il n'est plus en mon pouvoir de l'éviter ou de la parer.

Je cille en voyant soudain un éclair rougeâtre traverser mon champ de vision et, de la manière la plus incompréhensible qui soit, trancher net le poignet armé de mon exécuteur! La hache de l'Orc n'en poursuit pas moins sa course par la seule force de l'inertie, mais elle a pivoté légèrement et c'est le plat de l'arme qui me percute durement en pleine tête. Assommé plus qu'à moitié, je titube un peu avant de m'effondrer au sol, incapable de comprendre ce qui se passe. J'entends des bruits de combat, mais j'ai l'impression qu'ils viennent de très loin, je vois des taches floues passer rapidement devant mes yeux, mais je ne parviens pas à les associer à quoi que ce soit de cohérent. Au bout de quelques instants, un bras se glisse sous mes aisselles et l'individu doit avoir une sacrée poigne car il me relève comme si je ne pesais pas plus lourd qu'un enfançon.

Je me sens traîné sur quelques mètres avant que la lumière ne semble soudain disparaître, ce que je trouve très apaisant car l'obscurité soudaine m'empêche d'avoir le sentiment absurde de contempler un tableau psychédélique de formes abstraites se déplaçant en tous sens sans que la moindre logique ne préside à ces mouvements. Un terrible effort de volonté me permet de stabiliser un peu mes pensées et ma vision, je réalise alors que l'obscurité n'est pas totale, à intervalles réguliers des torches diffusent un peu de lumière. Quelques secondes encore et je finis par comprendre que quelqu'un m'a ramené dans les couloirs de l'arène et m'y traîne à vive allure, mais le pourquoi m'échappe totalement. Il faut dire que j'ai la détestable impression qu'il y a assez de forgerons dans mon crâne pour envisager la création d'une nouvelle colonie Thorkine, dans le genre migraine d'enfer, je n'ai pas connu mieux à ce jour.


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