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… Effectivement, quelqu’un d’autre avait suivit Guasina. Björn la regardait droit dans les yeux. Elle ne l’avait sans doute pas entendu auparavant, car se faufiler discrètement est un art bien connu des prédateurs que sont les loups. Il était difficile, pour quelqu’un de non habitué, de décrypter l’attitude d’un animal… Avait-il faim ? Voulait-il jouer ? Toutefois il restait planté là, immobile, pendant quelques secondes. Il fini par s’approcher de Guasina pour mémoriser son odeur. Il aboya plusieurs fois en sa direction. C’était un moyen de l’avertir que ce qu’elle allait faire pouvait être dangereux, mais Guasina ne pouvait pas forcément le comprendre… De l’extérieur, voir un loup aboyer peut être mal interprété. Björn se doutait qu’elle voulait récolter de la substance magique, et essayait de faire comprendre qu’à l’odeur, ce liquide semblait instable et potentiellement toxique. Il fini par s’en aller, considérant surement qu’il avait fait ce qu’il avait à faire : prévenir un compagnon d’un danger. Ensuite, Guasina pouvait bien faire ce qu’elle voulait, ça ne le regardait plus.
Pendant ce temps, Svalnir se querellait avec Sirat, autour des deux corps allongés des nains.
- Je vois que la finesse est une notion que tu as du mal à cerner. Tu es un peu près aussi vulgaire que prétentieux… Mes « petits bras » sont capables de t’abattre à distance avant que tu puisses m’approcher avec tes paquets de muscles, mon gars. À ces mots il mit une main sur ses flèches. - Et mon chiot doit pouvoir t’égorger dans ton sommeil sans même que tu t’en rendes compte, alors prudence.
Ce… « Sirat » était vulgaire à l’excès, et plus rustre que la plupart de ses compères montagnards. Et c’est dire ! Car la finesse des Phalanges de Fenris était légendaire... Surtout depuis qu’ils avaient découvert la bière, grâce aux marchands nains ambulant.
Mais… Le fait de parler de son loup lui rappela qu’il n’était plus là. Il lança un regard noir au woran batardé pour mettre un terme à la discussion et se dirigea vers l’Aynore, pensant y trouver Björn. Alors qu’il s’éloignait, Lilo tentait de calmer le jeu. Elle aussi voulait aider un maximum, et pensait aux blessés avant tout. Elle lui demanda de l’aide pour déplacer les inconscients, et Svalnir lui répondit rapidement qu’il arrivait : il avait quelque chose à faire. Dans les couloirs sinistrés du vaisseau, il croisa effectivement Björn. Il le dépassa et se rendit dans la salle de commande, là ou se trouvait ce qui servait de carburant à la Brise du matin il y a une heure encore. Svalnir comprenait les intetions de son loup. Il voulait lui montrer la substance et l’avertir, comme il l’avait fait pour Guasina.
Il s’approcha prudemment du liquide incolore, qui, ne l’oublions pas, continuais de couler. Il choisit soigneusement trois flèche dans son carquois, en prenant garde de ne pas prendre une des flèches enduites de sang de monstre qu’il avait gardé au cas où. En faisant cela, Svalnir se dit qu’il aurait probablement à les utiliser bientôt… Il pensa aux dragons au dessus de l’île. Ce poisson fonctionnerait-il sur eux ? Et cette substance…? C’était peut être risqué, mais ça valait le coup d’essayer. Il se baissa, tenant les trois flèches par l’empennage. Il trempa les trois pointes de fer dans le liquide. Il les ressortit en regardant longuement le résultat. La majorité du liquide coula, mais une bonne partie resta collée au métal.
- Ça n’a pas l’air de fondre… Hum… Prudence est mère de sûreté.
Il ne remit pas les flèches dans son carquois, mais décida de les attacher, têtes en bas. Ainsi le liquide n’entrerait pas en contact avec ses autres projectiles, et ne risquait pas de contaminer son carquois. Si jamais il s’apercevait que la substance était nocive, il pourrait s’en débarrasser rapidement. En quelques secondes les flèches étaient fixées à la ceinture de Svalnir à l’aide d’un petit lacet de cuir. Il n’avait qu’à tirer sur le lacet, et les flèches tomberaient.
Pendant toute l’opération Björn avait grogné, l’air menaçant. Il montra même les crocs à son compagnon quand il passa près de lui - Tu essayes de m’avertir de quelque chose, je sais. Mais tu vois, j’ai vraiment fait attention ? Et puis, si c’est dangereux pour moi ça peut l’être pour nos futurs ennemis. Je ne me sens pas en sécurité ici Björn. Je présent des jours difficiles. Je ne peux pas me permettre de laisser passer de potentielles armes… Tu comprends ?
Bien sûr que non, il ne comprenait pas. Un loup n’était pas idiot, et surtout pas Björn qui passait pour rusé parmi ses paires. Mais comment expliquer à un loup que l’on récolte quelque chose de dangereux pour le retourner contre quelqu’un d’autre ? Pour lui, cette chose était un poison, et un poison on n’y touche pas, tout simplement. Le concept « d’arme » était inconnu à un animal. Pour lui, tuer rimait bien souvent avec manger – comme tout prédateur. – et tuer quelque chose avec du poison, ça revenait à s’empoisonner si on le mangeait. Il trouvait donc cela absurde. Svalnir pouvait le concevoir, et n’insista pas. Björn fini de toute manière par passer l’éponge et suivit son compagnon… Mais à bonne dstance.
Il sortit de l’Aynore et entreprit de porter assistance à Sirat et Lilo, comme promis. Il empoigna le corps du nain, lourd pour lui il fallait l’avouer. Il ne disposait pas de la force de Sirat… Mais le défi qu’il lui avait lancé lui conférait une énergie nouvelle. C’est hallucinant ce que l’esprit de compétition peut faire faire comme choses ridicules… Mais dans le cas présent, c’était plutôt utile. Déterminé, il se dirigea vers l’auberge avec le blessé sur les épaules. Björn le suivit, en lançant régulièrement des regards derrières lui, vers l’Aynore.
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Svalnir et son loup Björn, partis à la découverte du monde...
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