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Dans cette salle ovale, le destin de chacun se jouait. Confrontés à la mort et aux pires épreuves, ces héros étaient les jouets des Treizes. Ezak D’Arkasse en faisait partie. Mais bien loin de ces considérations, bien loin de cette manipulation, c'est son obsession qui prit le dessus. Un ordre à lui même, comme imprimé dans le fond de son cerveau. Les mots de cette missive revenaient sans cesse, tel un écho résiduel dans les ruines de son esprit.
Tuer Naral Shaam, tuer Naral Shaam....
Rien n’y personne ne pouvait le séparer de son objectif. Car si l’on pouvait juger ce jeune homme comme inconstant, et sans la moindre fidélité on ne pouvait nier son allégeance à ses propres envies. Le regard plein de détermination fixé sur l’aldryde il ne tiqua pas un instant quand Lorener le laissa avec ses propres forces, déjà trop loin -trop fou ?- dans ses désirs de morts et de vengeances. Étrangement, dans les relents de son esprit, sa haine n’était pas tourné que vers Naral, mais vers le monde dans sa totalité.
Le temps était arrêté, comme ralentit dans l’esprit du D’Arkasse alors que l’aldryde consentit enfin à lui rendre le sachet de poudre cristalline vrombissant toujours de concert avec le cœur de dragon autour de son cou. Cependant, à l’instant même ou le sac toucha ses paumes lisses de tout travail manuel et avant même qu’il ne puisse esquisser un sourire satisfait, il s'évapora en un instant. Dans le même tempo, le collier en fit de même, se dématérialisant dans une lumière mauve insaisissable avant de filer tel une flèche hors de sa portée.
Ses yeux d’acier fixés dans une expression d'incrédulité totale, il les dirigea vers la direction entrepris par ces feux follets mauves et y aperçu Naral. Ce dernier, semi-conscient, dans une transe étrange flottait au dessus du sol entouré par une force obscure. C'était quelque chose de magique, une notion encore bien étrangère au jeune d’Arkasse qui avait en horreur le concept même des fluides. Ces choses qu’il jugeait si impures. Mais à cet instant, point d'écœurement dans le cœur du jeune noble déchu. Car dans son esprit, l'écho venait d’amplifier avec une allure atroce.
Tuer Naral Shaam !
Poussant un cri mélange de haine et de désespoir, Ezak se releva, l’arme à la main, raclant au passage le sol dans un bruit de métal caractéristique et s'élança prêt à transpercer Shaam. Le sang de ses bras, et de sa main inutilisable, seul résultat d’une mission accomplie s'écoulait sur le sol, laissant deux lignes de gouttes bordeaux sur son passage. Et alors que le but se rapprochait de plus en plus, alors qu’il s'apprêtait à enfoncer le sabre de l’Ex-dragon mauve dans le cœur de Naral Shaam. Une fumée faite d’ombre enlaça Naral avant de se dissiper aussi vite qu’elle était apparu en libérant de son antre obscure...
"Mongoor Vlash ? "
Ezak s’arrêta net, le sabre levé, les dents serrées, comme figé en une ancienne statue héros oublié. Oui, car devant lui se dressait un dragon mauve majestueux au regard perlé d’or. Ce n’est pas la peur, et pas totalement la surprise qui figea le jeune homme blond. Les dragons il ne s'étonnait même plus d’en croiser, il avait passé le cap. Sur l’ile interdite, sur l’ile volante, et maintenant ici... Cela était devenu presque aussi habituel que d’apercevoir la soleil mourir à l’horizon. Ce sont plutôt les images violente lui revenant en tête qui l’immobilisèrent de la sorte. Des images d’une bataille épique, des peintures réelles figées éternellement dans son esprit. L’une d’entre elles représentait deux héros. Un druide chevauchant un dragon mauve et un jeune guerrier inexpérimenté portant la tenu immaculé des gardes de Kers, dressé fièrement sur le crâne d’un dragon blanc arme à la main. A l’époque, le jeune guerrier se voyait en héros, ses yeux d’acier remplit de peur et d’excitation laissaient transparaitre les lueurs d’une jeunesse désireuse d'émerveillement et d’aventure. Merveilleux tableau du passé contrastant avec le tableaux présent. Celui la était différent. Le sabre dressé, face à cet autre dragon mauve, bien moins imposant que le dernier, les bras en sang, l’armure noire et mauve en écailles de dragon... Tout ça sous le regard d’une partie des lieutenant d'Oaxaca, jetant leur regard sur la scène qui se jouait en contrebas. Cette fresque était la fidèle représentation du présent. Et une chose transparaissait plus que toutes les autres. Le regard du jeune homme avait changé. Il n'était plus l’enfant apeuré et excité mais plutôt l’adulte déterminé et plein de haine. Ainsi, rien n'était immuable... Oui, car la réalité continuait à s’exercer à allure non figée.
Car enfin, le dragon mauve s’empressa de baisser sa tête reptilienne vers le maitre-d’armes. S’en suivit un discours, plein de questions et de justification sur sa nature de dragon mêlées à une révélation qui n'était pas pour plaire à Ezak. Ils étaient liés par les reliques de sa transformation dans la mort...
Le visage d’Ezak se transforma, à l’allure que le souffle de Naral Shaam délivrait chaque mots de sa voix grave et puissante. Du visage figé il passa au visage haineux. Les sourcils froncés et le regard bouillant de rage, il se disait que ça ne pouvait être vrai et pourtant, quelque chose dans le regard brillant de Shaam lui fit comprendre qu’il ne bluffait pas. C’est donc avec une voix remplit de reproche que l'homme à l'armure mauve s’adressa à Shaam, baissant son sabre mais le serrant si fort que sa main en devint presque tremblante.
«Je n’ai rien oublié Naral ! Je n’ai pas oublié que le but premier de Vlash et de ses compagnons était le temple de la vie. Je n’ai pas oublié non plus que Max nous conta l’histoire de ce pouvoir qui transforma petit à petit Vlash pour en faire un monstre hideux, architecte du temple de la mort. Combien de temps avant que tu ne finisse comme ton maître ? Dépassé, par tes pouvoirs ? Le pouvoir des dragons était sensé mourir avec Max, Randaar, Vlash et les autres. Tu ne devrais pas le perpétuer après tout ce que nous avons sacrifiés pour le détruire. Cette histoire ne concerne pas que toi. Tathar et moi aussi avions notre mot à dire ! Nous aussi avons perdus des compagnons dans TA guerre. Et en plus de ça, tu oses de dresser devant moi en m’annonçant que ma mort est maintenant lié à la tienne ? Sois mau...»
Ezak n’eus pas le temps de finir sa phrase que le masque prit à nouveau la parole. Heureusement, car le jeune maitre-d’armes avait le visage rouge comme une pivoine, tant ses propos était sortis avec virulence. Quitte à mourir valait mieux que la cause ne soit pas de nature cardiaque. Haletant, le souffle court et le front perlant de sueur, il se retourna pour fixer d’un regard courroucé la chose. Il en avait presque oublié pourquoi ils étaient tous ici et que cette affaire n'était pas le Tome II d’une bataille ouverte avec le dragon mauve.
Quelque chose de plus important avait lieu au centre de la pièce. Le «jeu» commençait...
C’est du moins ce qu’Ezak compris, quand le visage annonça de sa voix, une dernière épreuve à laquelle ils ne pouvaient échapper. Ou le collectif et l’individualisme devaient cohabiter. C'est dans ces dernières paroles que le sol se mit à trembler, manquant de faire tomber le jeune humain sur son séant. Levant les yeux au ciel, il guetta l’expression de Lorener qui ne tiquait toujours pas, le visage fermé dans l’attente de la suite des évènements. Cela devait faire partie du plan. Et quel plan...
Car quand Ezak se retourna vers le centre de la pièce, la cage avait disparu avec les autres prisonniers restés la, laissant place à six mastodontes. Comment pouvait-on nommer autrement ces créatures qui semblaient sortis d’un autre monde. C'étaient cinq loups de Thimoros qui se trouvaient la avec leurs corps plus grand et imposant encore qu’un cheval de bataille. Qui ne tremblerait pas devant ces corps frétillant face à ces chaires vives disposées tel une offrande ? Autrement dis, Ezak et ses compagnons d’infortunes. Leurs gueules puissantes, muni de plusieurs rangées de dents salivaient déjà alors que leur pointe, avancées mortelles du menton, s'apprêtaient à les pourfendre sans ménagement. Les légendes disaient que rien ne pouvait résister à ces «lances» naturelles longues d’une cinquantaine de centimètres. En les voyants, l’humain ne put que les croire. Et qu’importe, il n'était pas assez fou pour faire lui même le test.
Mais le plus imposant était sans doute celui qui se trouvait entre ceux la : Un géant humanoïde, faisant plus de deux fois sa taille, une armure sombre le recouvrait protégeant son corps de toute part. Des crânes et des ossements semblaient fondus à même cette carapace munie de piques acérés. Seul un unique œil, semblait à découvert, rendant sa défense presque parfaite. Quand à son attaque, elle devait probablement être dévastatrice avec son épée et sa hache gigantesque qui pouvaient probablement tous les trancher en un instant.
Le peur, la surprise, l'appréhension voir la colère régnait dans cette arène. Les lions étaient lâchés. Mais du côté de l’Orano-Kendran c’est un tout autre sentiment qui prit naissance.
Ses membres commencèrent à trembler d’une excitation non feinte. Comme à son dernier affrontement contre la liche, il sentit le désir du combat grimper en lui... La drogue des combattants, l'adrénaline commençait à se faire sentir. Se retournant vers Naral Shaam, il leva une main vers son cou draconnique alors que ses plaies se refermaient et qu’une vigueur nouvelle grandissait en lui. Toute haine avait disparu du regard d’Ezak. L’heure n'était plus aux explications et pour l’instant il ne pouvait rien faire face au rejeton adoptif de Vlash.
«Qu’il en soit ainsi ! Le destin fait de nous des alliés à nouveaux, nous aurons bien le temps de livrer nôtre dernière bataille. Mais avant il faut que tu saches une chose.»
Se dressant au plus près qu’il le pouvait de l’oreille de Shaam, des mots s'échappèrent, silencieux pour tous ceux n'étant pas conviés à ce dialogue entre deux des rescapés de l’ile interdite. Puis un sourire énigmatique dessiné sur les lèvres, le maitre d'arme s'écarta le pas fier, et la tête dressé en direction d’Ashaar. A l'intérieur d’Ezak plusieurs choses se passaient. L'adrénaline du combat à venir durcissait déjà ses membres. Et la joie s'emparait de lui alors qu’il jeta un sourire confiant à Lorener. Même si il n’avait pas reçu d’arme comme les autres cette nouvelle force qu’il ressentait émanait surement de lui.
Frappant son sabre plusieurs fois contre son armure, Ezak se mit à provoquer l’ennemi. Il voulait bien entendu attirer l’attention à lui. Un piège simple mais qui pourrait être efficace avait germé dans son esprit. Humectant ses lèvres grâce à sa salive et sans même regarder l’homme loup il s’adressa à lui.
«Ashaar en position, à moins d’un mètre du mur, la lance bien dressée en avant... Si l’un d’eux s’approche de nous, affamés comme il sont ils tenteront de nous percer de leurs cornes. Esquive au dernier au moment ! Qu’ils transpercent le mur.»
Les intentions du jeune d’Arkasse étaient claires, et l’épée maintenant dressée dans une position de défense, il attendait. Un sourire confiant et un regard brillant illumina son visage. Il allait enfin pouvoir s’amuser. Car dans l’esprit torturé qui habitait ce jeune homme qui ne pouvait plus jamais ressentir la peur sous son armure d'écailles, seule la joie transparaissait à travers son regard. Un nouveau tableau allait se peindre ici même. Mélange de passé et de présent. C’est le futur d’Ezak qui se dessinait ici et le nom de ce chef d'œuvre était tout trouvé. Le meilleure et le pire d’Ezak D’Arkasse.
«VENEZ ! »
L’ordre était lancé ! Le jeu allait commencer.
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"L'objet de la guerre n'est pas de mourir pour son pays, mais de faire en sorte que le salaud d'en face meure pour le sien." - George Smith Patton
Dernière édition par Ezak le Ven 14 Juin 2013 07:03, édité 1 fois.
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