Une fois de plus, j’avais tenté de m’en sortir par la ruse, une fois de plus j’avais échoué. Ma demande de grimper au balcon n’était qu’un prétexte pour m’éloigner de mes compagnons et de trouver un moyen pour m’enfuir de ce bagne maudit. Mais rien n’avait fonctionné comme je l’avais espéré. Non seulement, le prétentieux elfe mauve n’avait pas daigné accorder la moindre attention à ma demande si poliment formulée, mais comble de malchance, le bouffon dangereux avait déjoué mon astuce en descendant à ma rencontre.
De son regard mauvais, il me dévisageait. D’un sourire malsain, il m’apostrophait. Des treize, j’avais bien l’impression d’avoir choisi le plus vilain, le plus terrifiant, le plus intimidant. Je devinais que je ne pourrais tirer aucune pitié de ce fou à lier.
J’étais prise au piège ! Peu importait ma décision, j’étais perdante. Servir le mal ou mourir, tel avait été le choix proposé. Je me sentais défaillir à l’idée de servir Oaxaca, mais je ne pouvais m’imaginer mourir sans même avoir eu l’opportunité de fonder ma propre petite famille.
La peau du visage rougie par les larmes qui le parcouraient, je dus me résigner, il ne me restait plus qu’à prêter à contrecœur le serment demandé. La tête basse, je fermai les yeux, me recueillant une dernière fois avant d’annoncer que j’acceptais l’offre offerte.
(Pardonnez-moi maman, papa, grand-maman, grand-papa, frérot, soeurette, et surtout toi Pédro, mais je n’ai pas le choix. Si je n’accepte pas, je ne pourrai jamais plus vous revoir, je n’ai pas le choix, pas le choix)(C’EST FAUX ! TU AS LE CHOIX ! )J’ouvris alors rapidement les yeux cherchant d’où provenait cette voix, sans succès. Le seul être à proximité possédait une voix éraillée qui ne ressemblait aucunement à celle qui avait si soudainement envahi mes pensées. Intriguée, je questionnai :
(Quoi ?)(On a toujours le choix ! ) Une fois de plus, cette voix fébrile, un peu suraigüe et très ferme, m’avait répondu. J’étais déjà bouleversée par ce qui m’arrivait, je n’étais pas d’humeur à justifier mes choix à une personne que je ne connaissais pas et qui de surcroit se mêlait à mes pensées les plus intimes. C’est donc sur un ton agacé, non dissimulé que je l’interrogeais de nouveau
(Qui es tu ? )(Ça, c’est à toi de me le dire ! ) Je ne savais pas qui me faisait ainsi la conversation, mais son petit ton condescendant m’exaspérait.
( C’est à moi de te le dire ? Tu… tu es ma… conscience ? )(Hum… Oui, Conscience j’aime ça, c’est bien moi ! )Si je n’avais pas vécu moi-même cette expérience, je ne l’aurais jamais cru. Je parlais à ma conscience et je la trouvais plutôt déplaisante. Elle aurait dû me soutenir au lieu de me faire la morale.
Sans attendre une réplique de ma part, elle poursuivit de plus belle.
(Ne mets pas la faute sur les treize, si tu leur prêtes serment, c’est que tu as choisi de servir le mal, n’essaies pas de te cacher sous des prétextes.)Ah, mais là elle exagérait.
(NON, c’est faux ! JE NE VEUX SURTOUT PAS SERVIR Oaxaca ! Je ne veux pas maltraiter les gens! )À ce moment, je vis une minuscule
araignée installée sur mon bras gauche, mais je n'y fis aucunement attention, trop occupée à m'entretenir avec ma Conscience.
(Mais j’ai peur de mourir, j’ai peur de ne plus revoir mes amis, ma famille…. C’n’est pas un choix ça, mourir ou survivre)J’étais honteuse, j’aurais voulu être plus courageuse, mais j’avais trop peur.
(Et qu’est-ce qui te dit que tu vas nécessairement mourir ? Tu renonces avant même d’avoir essayé. Tu penses être une lutine courageuse, mais tu ne l’es pas, au moindre petit pépin, tu abandonnes la partie, avant même de l’avoir commencé.)( C’est faux ! Tu es beaucoup trop dure avec moi ! Mes chances sont nulles, je ne pourrai survivre aux attaques des quatre autres.)
(Trois, Ezak a dit qu'il ne t'attaquerait pas. Et pour tes chances, tu ne le sais pas tant que tu ne l’as pas essayé !) Me répondit-elle avec fermeté.
(J’ai peur ! ) Je parlais à présent à ma conscience comme s’il s’agissait de ma confidente
(Ça c’est normal. Mais sers-toi de ta peur pour canaliser tes chances de survie… Tente le coup, tu pourrais réussir. ) De son côté, sa voix devenait plus conciliante, plus maternelle.
(Tu es certaine ?)(Si tu acceptes de te joindre à l’armée d’Oaxaca, tu seras vivante pour un certain temps, tant qu’ils auront besoin de toi. Ces gens n’ont pas de morales, ni de valeurs, tu ne peux te fier à leur parole. Mais imaginons qu’ils ne te sacrifient pas, ton âme, elle, sera morte. Elle deviendra aussi noire que ce bagne. Tu ressembleras à la copie que tu as tuée. Tu seras une morte-vivante, tous ceux que tu aimes te renieront, car tu ne seras plus la même. Ne sois pas si naïve, si tu acceptes de prêter serment, tu seras lié par lui, il te sera impossible de ne pas obéir à ton lieutenant)Ces propos sensés et raisonnés commençaient à me redonner courage.
(Si je refuse l’offre, tu vas me soutenir ?) Je me sentais si seule que j’avais besoin de support, de soutien.
(Je suis ta Conscience, non ? Je serai là pour te remettre dans le bon chemin) Grâce à ma Conscience, j’avais repris espoir. Je fermai de nouveau les yeux pour faire une dernière prière à Yuimen avant de me mettre à l’action.
(Oh Yuimen ! Toi qui es bon, viens à mon aide une fois de plus. Donne-moi la force, le courage, l’intelligence, la ruse nécessaire pour me sortir de ce mauvais pas ! )Ma brève prière faite, je pris mon arc sombre, pinçai la corde et la braqua vers Aerq. La flèche qui venait d’apparaitre pointait vers le visage de mon adversaire.
Encouragée par ma conscience, d’une voix ferme et cinglante je le menaçai :
« Je ne prêterai pas serment, je ne me joindrai pas à vous. Vous allez à présent me conduire vers la sortie si vous tenez à la vie »J’étais à présent prête à tout, je voulais sortir à tout prix de là, le contenu du coffre ne m’intéressait plus.
(((Apparition de ma Conscience (Faera) et prière à Yuimen )))