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 Sujet du message: Re: La Forêt de la Vallée
MessagePosté: Dim 31 Mai 2015 11:20 
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Syndalywë disparait subitement lorsque Sha'ale bouge dans son sommeil, me laissant seul avec mes questions, profondément plongé dans mes pensées. A tel point que c'est à peine si je remarque que le ciel s'assombrit notablement. Le Woran se réveille peu après, lui aussi semble songeur, aussi nous n'échangeons que quelques mots purement utilitaires avant de nous mettre en route. Nous nous frayons un chemin dans la sylve au sein d'un silence presque total, rompu seulement par les quelques branches qui se brisent sous nos pas, et par les bruits habituels de la forêt. L'arrivée de la pluie me prend au dépourvu, je me hâte de me protéger au moyen de ma cape en tentant de me secouer, conscient que je suis totalement...ailleurs. Sans grand succès, car je n'arrive pas à me défaire de l'image du visage de la Déesse, qui me parait gravé au fer rouge à même mes rétines.

Nous avançons ainsi un bon moment, saisis de mutisme pour des raisons différentes, sous les trombes d'eau qui se semblent pas devoir s'arrêter de sitôt. Je m'aperçois distraitement que mon compagnon semble s'assombrir d'heure en heure, mais j'ai trop à faire avec mes propres questions pour me résoudre à l'interroger dans l'immédiat. Il finit par s'arrêter subitement, regardant autour de lui d'un air un peu inquiet. Je hausse un sourcil interrogatif et m'apprête à lui demander ce qui se passe lorsque une troupe de Taurions jaillit des fourrés et nous encercle, arcs bandés! Par Sithi! Je tressaille violemment sous la surprise, mon coeur accélérant follement dans ma poitrine, et je me maudis de ma distraction qui aurait pu nous coûter la vie! Mais pour le coup je suis revenu à la réalité présente sans douceur, et par chance ce ne sont pas des esclavagistes à la recherche de mon compagnon qui nous entourent! L'un des Elfes s'avance et nous demande avec assurance:

"Que venez-vous faire sur les terres d’Hidirain ?"

Sha'ale se retourne vers moi, ne sachant visiblement pas que répondre. Je grimace imperceptiblement à son attention, d'un air un peu contrit, puis je réponds au Taurion dans sa propre langue:

"Drôle de façon d'accueillir un cousin, ô défenseurs de la sylve... Nous venons en paix, baissez donc ces arcs. Nous cherchons la ville d'Hidirain, pouvez-vous nous indiquer le chemin?"

L'Elfe me dévisage avec stupéfaction, surpris que je parle son langage sans doute. Il observe brièvement mon compagnon avant de reposer les yeux sur moi, usant de la langue commune pour remarquer:

"Il n'est pas courant de rencontrer un Elfe gris qui parle notre langue, et moins encore de voir un Woran et un Sindel parcourir nos bois ensemble. Nous vous observons depuis hier soir, et avons entendu vos paroles. Je veux bien croire que vous venez en paix, mais pour quelle raison voulez-vous vous rendre à la cité des Hinïons?"

Tout en parlant, il adresse un signe à ses compatriotes, qui détendent lentement leurs arcs. Je soupire discrètement de soulagement, n'hésitant qu'un instant sur les mots à employer avant de lui rétorquer calmement:

"Pour le plaisir de la découverte, simplement. Nous avons entendu dire que c'était une ville magnifique, et puis mon ami y sera à l'abri de ces maudits Shaakts esclavagistes."

Le Taurion incline le visage d'un air compréhensif, ses traits se durcissant alors qu'il murmure:

"Nous avons entendu parler d'esclaves Worans qui ont réussi à fuir Khonfas voilà quelques lunes. Il y a eu des battues pour les retrouver, et nous avons été contraints de nous battre pour défendre nos terres. Quoi qu'il en soit, les ennemis des Shaakts sont nos amis, pour autant évidemment qu'ils respectent la forêt et ne nous attirent pas davantage d'ennuis..."

Le sous-entendu ne m'échappe pas, je lui réponds vivement:

"Je te l'ai dit: nous venons en paix et n'avons nulle intention de causer le moindre trouble. Accepteriez-vous de nous guider jusqu'à la cité?"

Il réfléchit quelques secondes, puis se décide:

"Soit. Elle n'est pas très loin, nous devrions y parvenir avant la nuit. Venez."

Je le remercie d'un signe de tête, puis souris à mon compagnon de voyage de manière rassurante en emboitant le pas à notre guide.


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 Sujet du message: Re: La Forêt de la Vallée
MessagePosté: Lun 20 Juin 2016 00:42 
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Je mange tranquillement quelques fruits, un peu de viande séchée et du pain, les yeux rivés aux flammes qui s'élèvent, hypnotiques, dans le crépuscule. Sans que je sache trop pourquoi, mes pensées dérivent imperceptiblement, me ramenant dans un lointain passé. Nessima. Mon père, qui me porte sur ses épaules pour que je puisse voir par delà les épaisses murailles protégeant la cité des raids Shaakts. Ma mère, qui rit alors que je demande à mon paternel quand il m'offrira enfin une épée. Je devais avoir une vingtaine d'années. Plus tard, j'entre en apprentissage. Je serais un guerrier, mes rêves m'y poussent nuit après nuit depuis que je suis capable de m'en souvenir. Mon instructeur voit très vite en moi un apprenti prometteur, dur à la tâche et méthodique. Il accroît la difficulté de son enseignement, je ne me couche jamais que couvert de bleus. Mais j'apprends. Le maniement des armes évidement, mais aussi la stratégie, l'art de commander à des troupes. La position de ma famille me destine à de hautes fonctions, mon père évoque déjà avec fierté ma future place de général.

Et puis je rencontre Jaëlle. Nous vivons une année de bonheur, le monde nous semble plus lumineux, plus pur, nous partageons espoirs fous et rêves plus insensés encore, l'avenir est à nous. Une année, presque jour pour jour, jusqu'à sa mort prétendue. Le monde si enchanteur devient de cendres. Mon coeur léger s'assombrit, je goûte à l'amertume de la haine. Mes compagnons apprentis en viennent à me craindre, de même que l'instructeur qui tente à de nombreuses reprises de me raisonner. Je n'écoute personne, leurs paroles ne me touchent plus, ne signifient rien. Je me bats comme un démon, je ne recule plus, ne me défends plus, j'attaque et je cogne pour tuer. Par chance nos épées ne sont que des armes d'entraînement et l'instructeur se réserve désormais le rôle de partenaire de combat, peu soucieux que j'estropie l'une de ses recrues. Je prends cher chaque fois que j'oublie de retenir mes coups, mais cela ne suffit pas, je m'acharne sur lui jour après jour, le rendant indirectement responsable de la mort de ma compagne. Il n'a pas su la protéger. Nous finissons par arriver au jour de l'épreuve finale qui décidera de l'avenir de chaque recrue. Telle est ma rage ce jour là, en ce jour que nous avions mille fois rêvé avec Jaëlle comme étant le prélude à une véritable vie de couple, que je défigure l'instructeur malgré son incontestable suprématie martiale. Nul ne peut me le reprocher pourtant, j'ai satisfait aux exigences de l'épreuve et plus encore. Je suis désormais un Hirdam, un guerrier Sindel accompli.

Quelques mois passent, je sers dans la garnison de Nessima, indifférent à tout. Mes parents tentent de percer ma glaciale carapace, mais ils n'y parviennent pas, nul ne le peut. Mon âme est devenue de pierre sombre, mon coeur est de glace. Un soir, mon père m'informe qu'il a contracté pour moi un mariage avec une femme que je connais à peine. Je l'envoie paître sans ménagement, et je me souviens de l'avoir vu blêmir à cet instant. Il tente de me gifler mais ce n'est pas un guerrier et je sors tout juste de nombreuses années d'entraînement au combat. Je pare durement, manquant lui briser le poignet, et quitte la demeure familiale sous un flot de remontrances virulentes. Quelques jours plus tard je suis convoqué devant un tribunal de prêtres, la sanction tombe: bannissement. Je ne ressens rien. Il n'y a qu'un immense vide en moi. Je fixe mon père quelques instants, puis je me détourne, ramasse quelques affaires et pars sans un regard en arrière. C'était il y a plus de trente ans. Les années passent, j'erre comme une âme en peine, sans but, sans me soucier du lendemain. Je ne survis que parce que ceux qui m'agressent s'avèrent incapables de prendre ma vie. Et que je n'ai pas le courage d'y mettre un terme moi-même.

Cela dure jusqu'au jour où une petite créature de fluide entre dans ma vie, il n'y a que quelques mois de cela: Syndalywë. Je réalise peu à peu le chemin parcouru depuis ce jour. J'étais un guerrier à peine passable en y repensant, un peu comme cette jeune elfe, tout juste capable de défendre ma peau contre quelques malandrins armés de gourdins. Il est toujours difficile de se juger soi-même avec objectivité mais je sais que je pourrais maintenant vaincre mon instructeur d'autrefois sans même transpirer.

Mes yeux se détournent des flammes et se posent sur Kay lorsque elle sort de sa torpeur et s'adresse à moi. Je ne sais pas si elle a entendu mon discours, mais elle m'avoue ne pas très bien savoir se battre tout en manifestant sa confiance en sa force pour avoir travaillé des décennies durant dans une ferme. Je pourrais lui dire que les muscles nécessaires au maniement des armes ne sont pas ceux utilisés pour pousser la charrue ou soulever des sacs de farine, mais je n'en fais rien et me contente de la fixer en l'écoutant. Un léger sourire fleurit sur mes lèvres lorsque elle m'assure courir vite, ce qui lui permettrait, me dit-elle aussi, de filer à Hidirain chercher de l'aide, ou au moins les prévenir de mon échec. Quelques secondes s'écoulent sans autre bruit que le crépitement du feu puis, avec une détermination farouche, elle déclare vouloir venir avec moi. J'attrape une pomme et la lui lance de manière à ce qu'elle ait une chance de l'attraper, sans que ce soit pour autant aisé, puis je lui réponds calmement:

"Si tel est ton choix, soit. Mange donc un peu, puis tu me montreras ce que tu sais faire avec cette épée."

Je sors de mon sac l'héritage de ma famille, simple épée de mithril bleuté qui conviendra parfaitement à l'entraînement que je me propose de lui faire subir. Je lui demande encore:

"As-tu suivi les cours d'un maître d'armes? T'es-tu déjà battue pour sauver ta vie?"

Je la dévisage sans détour, me demandant si je suis véritablement capable de la former correctement à l'art du combat. Syndalywë se charge de me répondre d'un ton légèrement ironique:

(Tu pourrais en faire une tueuse des plus efficace, ne t'inquiète pas pour ça. Demande-toi plutôt si tu es prêt à apprendre d'elle autant que tu lui apprendras.)

Je laisse échapper un léger rire en me levant, murmurant mentalement à ma Faëra:

(On verra, j'ai toujours rêvé d'apprendre l'art de cultiver des choux.)

(Tsssk! Idiot! Je ne plaisante pas!)

(Moi si. Je sais qu'enseigner est un art délicat et que c'est elle qui me l'apprendra.)

(Mouais, alors évite de lui casser quelque chose dès la première leçon, ça ferait mauvais genre.)

(On va tâcher...)

J'adresse un sourire franc à la jeune elfe, attendant qu'elle se mette en position pour examiner avec la plus extrême attention sa manière de se déplacer et de tenir son arme. Elle dormira bien cette nuit, parole de Danseur d'Opale!


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 Sujet du message: Re: La Forêt de la Vallée
MessagePosté: Lun 20 Juin 2016 20:03 
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Kay attendait, le cœur battant. Tanaëth lui avait bien stipulé que la décision de venir avec lui ne revenait qu'à elle, il pouvait très bien se rétracter brusquement et la planter là. Mais au lieu de paroles qui l'eussent assurément blessée, le Sindel se contenta de lui envoyer un objet rond qu'elle réceptionna d'un geste rapide, presque sans y penser. Elle découvrit alors dans le creux de sa main une pomme dans laquelle elle s'empressa de mordre avec appétit. Elle ne releva la tête que pour voir l'épée que l'elfe gris venait de sortir de son sac. C'était une simple épée aux reflets plus bleus qu'argentés - un matériau spécial, assurément, qui lui était inconnu - mais elle avait déjà plus "de gueule" que la sienne.

"Euh... Non... Je ne... Enfin, c'est la première fois que je quitte ma maison."

La jeune femme rougit, tentant de cacher son trouble derrière la pomme qui avait bientôt été réduite à un simple trognon qu'elle rejeta au loin. D'un geste doux, elle se poussa la couverture et se remit sur ses pieds, hésitants à faire quelques étirements pour se détendre les muscles. Elle ne souhaitait pas être ridicule, mais la chose paraissait inévitable. Elle n'avait jamais pris le moindre cours pour apprendre à manier une épée, encore moins d'un maître d'arme. Pas plus n'avait-elle, jusque là, été jamais inquiétée pour sa vie. En fait, son voyage s'était même complètement déroulé sans aucun problème.

Kay récupéra donc l'épée de mithril bleuté avec laquelle elle était censée montrer ce qu'elle valait - et, aussitôt, elle sentit ses mains devenir moites de sueur. La semi-elfe tâcha de se souvenir de ce qu'elle avait pu voir. Enfin, des combats, elle en avait déjà vu, par Sithi ! Comment se plaçaient-ils déjà ? Elle se saisit de l'épée à deux mains, la droite située au plus haut, juste après la garde et écarta légèrement les jambes, les pieds à peine tournés vers l'intérieur. Elle respira un bon coup.

(Allez.)

Expirant soudainement, Kay se jeta sur Tanaëth, assénant son coup par le haut. Puis juste après par le côté. Dégagea son épée, tenta de reculer d'un pas pour mieux se préparer - son pied gauche était derrière et sa jambe droite s'emmêla, manquant de lui faire perdre l'équilibre. N'ayant, réellement, aucune technique, Kay avait résolu d'y aller par la persévérance ; tenant son arme à deux mains pour lui donner plus de force, elle tentait tous les coups qu'elle pouvait : par le haut puis par le bas, par le côté et par l'autre. Elle ne prêtait pas vraiment attention à son adversaire, ses yeux rivés vers les endroits qu'elle voulait atteindre.

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 Sujet du message: Re: La Forêt de la Vallée
MessagePosté: Lun 20 Juin 2016 21:31 
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Kay attrape adroitement le fruit que je lui ai lancé, son geste instinctif est vif et précis. Elle l'ignore mais par ce simple mouvement elle vient de m'apprendre qu'elle a les capacités naturelles pour devenir une bonne combattante. Le reste n'est qu'une question d'entraînement. Elle m'avoue en rougissant ne s'être jamais battue et n'avoir jamais pris de cours d'escrime. Si cela pourrait sembler rédhibitoire à certains c'est au contraire pour moi une excellente nouvelle: je n'aurais pas à lutter pour lui faire abandonner de mauvaises habitudes. Je lui réponds donc avec douceur:

"Le meilleur combattant du monde a été un jour à ta place, Kay. Tout voyage commence par un premier pas."

Elle achève de manger la pomme puis repousse la couverture pour se lever et prendre l'épée que je lui tends. La jeune femme est hésitante, nerveuse, ne sachant visiblement pas trop comment s'y prendre, et pour cause. Mais je la laisse faire sans dire un mot, je me contente de l'observer avec une extrême attention, notant en mon esprit les différents points à corriger. Elle prend une ample respiration puis se jette sur moi en expirant brutalement, tentant de m'asséner un coup de haut en bas. Sans la quitter des yeux je fais un pas sur la droite, juste assez ample pour esquiver la lame qui passe à une paume de mon épaule. Elle enchaîne aussitôt par un coup latéral, que je dévie avec ma protection de bras cette fois, prenant soin d'adopter l'angle adéquat pour que sa lame glisse sur le métal plutôt que de le heurter. Elle recule alors maladroitement, ses jambes s'emmêlant dans ce mouvement, puis après avoir repris son équilibre elle m'abreuve d'un véritable déluge de coups très approximatifs, un peu à la façon d'un bûcheron fendant du bois. Elle fixe à chaque fois l'endroit qu'elle veut atteindre, ce qui rend ses coups aisément prévisibles, mais ne semble pas s'en apercevoir. Je retiens sévèrement le sourire de léger amusement qui ne demande qu'à sourdre sur mes lèvres, non que je me moque d'elle, je me revois en train de faire de même contre mon instructeur, voilà tant d'années. J'esquive la majorité de ses coups et en pare quelques autres au moyen de mon armure, jusqu'à ce que j'estime que l'échauffement a assez duré. Je l'arrête alors d'une parade plus sèche que les autres de mon bras bardé de mithril et lui lance d'un ton sans appel:

"Assez."

Je m'approche d'elle et relève son menton d'une main, l'obligeant à se redresser en une posture fière et à me regarder dans les yeux:

"Ne lâche jamais les yeux de ton adversaire, c'est dans ses prunelles que tu discerneras ce qu'il s'apprête à faire. Si tu regardes l'endroit que tu veux atteindre ton attaque devient prévisible, et donc aisément évitable. Garde le buste droit, épaules en arrière, sois fière. Puis place-toi de profil face à ton adversaire, tu feras une cible plus réduite."

Tout en parlant je corrige sa posture en prenant garde de n'avoir pas le moindre geste déplacé:

"Tes jambes doivent être légèrement pliées, les pieds à l'équerre. Cette position abaisse ton centre d'équilibre, tu seras plus stable. Elle permet également de se déplacer rapidement en avant ou en arrière, tout comme tu peux facilement pivoter sur le pied d'appui, celui qui est derrière, pour te déplacer latéralement ou tourner sur toi-même."

Je me recule un peu pour examiner sa position, rectifie encore légèrement certains points puis approuve d'un hochement de tête accompagné d'un sourire:

"Voilà! Tes cuisses te feront souffrir le martyre au début, mais peu à peu tu t'habitueras et tu pourras rester ainsi des heures. L'épée maintenant. Elle se tient à une main. Ton bras d'arme doit être plié presque à angle droit, ton poignet doit rester souple et la pointe de ton arme doit viser un point entre les deux yeux de ton adversaire."

A nouveau je rectifie sa posture, jusqu'à ce que je la juge satisfaisante. Puis je lui explique:

"Si tu utilises la force de ton seul bras pour frapper, tu t'épuiseras en un rien de temps et tes coups n'auront pas de puissance. Quand tu frappes, c'est tout ton corps qui doit participer, le coup doit partir de ton pied d'appui et c'est tout ton poids qui doit être derrière ta lame. Utilise son poids plutôt que de t'épuiser à le contrarier, un mouvement engendre une inertie, tu dois la sentir et en user pour accélérer tes coups et économiser tes forces. Dernière chose, contrairement à un sabre, une épée est faite pour perforer. Utilise sa pointe, c'est l'attaque la plus rapide et la plus meurtrière qui soit, la plupart des combattants moyens ne savent que faucher ou hacher et ne s'attendent pas à ce genre de coup."

Je lui adresse un sourire calme et rassurant puis je dégaine ma lame d'Eden en ajoutant:

"Observe ma position, cherche la faille dans ma défense et frappe. Mais souviens-toi: c'est mes yeux que tu dois regarder. Ton angle de vision est bien assez large pour que tu puisses me fixer tout en voyant le reste. Maintenant, à toi de jouer!"

J'adopte alors une posture défensive de base, afin de lui montrer concrètement ce que je viens de lui expliquer.


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 Sujet du message: Re: La Forêt de la Vallée
MessagePosté: Mar 21 Juin 2016 18:53 
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À mesure que ses coups pleuvant n'avaient aucun effet, croissait sa frustration. Kay s'était toujours vantée de son sang-froid, mais il fallut vite se rendre à l'évidence : elle le perdait facilement. Elle tapait et retapait, reculait d'un pas, remettait une mèche collante derrière son oreille, ses deux mains sur la garde de son épée et tapait encore. Petit à petit, ses coups se firent toujours plus agressifs, mais, paradoxalement, moins forts une fatigue lassant peu à peu ses deux bras. Quand Tanaëth finit par lui faire arrêter, elle manqua choir sur le sol.

(...)

Pitoyable. Pas un seul moment le maître d'arme n'avait été pris par surprise ; pas une seule fois il ne s'était dégagé ou avait dévié son attaque à la dernière seconde. Elle lui avait fait l'effet d'une fourmi à la conquête d'un chêne vénérable : pitoyable.

Tanaëth s'approcha d'elle et, lui relevant le menton, la força à le regarder dans les yeux. Sa bouche s'entr’ouvrit au minimum, juste assez pour aspirer plus d'oxygène par inspiration - hors de question qu'il pût voir qu'elle était déjà à bout de souffle, tandis que le Sindel lui déballait tous ses doctes conseils qu'elle tâchait d'assimiler du mieux qu'elle le pouvait.

(Mais si je ne regarde que ses yeux, comment savoir ce que font ses mains ? Et les miennes ?)

Mais Kay ne pipa mot. Tanaëth savait ce qu'il disait, point. Pendant qu'il continuait, il rectifia sa position. Kay se mit de profit, ses épaules, cependant, se tordant aussitôt de façon incontrôlée de sorte qu'elle se retrouvât malgré tout à nouveau de face. Elle dut se faire violence pour les en empêcher, poussant ses omoplates vers l'extérieur - ce qui eut pour conséquence de lui faire relever la tête. Venaient ensuite les jambes qui devaient être à peine pliées et les pieds, en équerre, le droit devant. À peine dix secondes ne s'étaient écoulées qu'elle sentait déjà les muscles de ses cuisses crier de douleur. Et Tanaëth qui lui certifiait qu'il suffisait de s'entrainer pour qu'elle apprît à rester ainsi des heures !

(Je ne tiens pas une minute !)

Profitant de ce qu'il passait à présent à l'épée et la façon dont il fallait la tenir, Kay relâcha ses jambes et se remit dans sa position précédente. Obéissant à Tanaëth, sa main gauche se départit de l'épée et vint se frotter nerveusement contre le bas de son ventre, ne sachant visiblement pas où se trouvait désormais sa place. À cet instant, le Sindel rectifia à nouveau la position de ses jambes. Re-bonjour douleur. Il lui expliqua encore comment se servir vraiment d'une épée. Enfin, il dégaina lui-même et se mit dans une posture défensive.

Kay inspira lentement. Elle se plaça de profil par rapport à son adversaire, son pied droit dans sa direction, ramenant son pied gauche en équerre juste après. Sa main gauche agrippa le tissu dans son dos et son bras droit était en angle droit. Elle ne regardait que les yeux de Tanaëth.

- Yah !

Soudain, son bras gauche partit brutalement vers l'avant avant de revenir tout aussi vite, le mouvement se transmit à son buste et son bras droit se détendit brusquement, l'épée de mithril bleuté partant droit sur le cœur de Tanaëth. Celui-ci parant le coup, elle se déplaça latéralement en utilisant son pied gauche et à nouveau, mit tout son corps en mouvement, l'arme ne devenant que le prolongement de son bras. Elle continua ainsi, se fendant soudainement puis, son attaque déviée, se dégageant du plus rapidement qu'elle le put pour pouvoir frapper à nouveau. Presque à chaque fois, elle devait réfréner son envie de trancher, mais elle se reprenait et assénait un coup visant à perforer. Ses yeux noirs ne quittaient pas ceux de même couleur qu'arborait son adversaire. Ses gestes n'étaient pas très rapides, mais elle faisait attention au moindre d'entre eux. L'intense concentration pouvait se lire sur les gouttes de sueur qui perlaient du bout de ses mèches de cheveux et sur ses sourcils froncés. À présent, elle ne se sentait plus honteuse de montrait qu'elle devait respirer par la bouche. Mais, petit à petit, il devint tout autant indéniable que ses attaques avaient quelque peu gagné en précision.

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Kay de Kallah, Maître d'Armes et demie-Sindel

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 Sujet du message: Re: La Forêt de la Vallée
MessagePosté: Mar 21 Juin 2016 19:57 
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La jeune femme se montre attentive à mes conseils, s'efforçant de les suivre de son mieux avec une volonté farouche malgré la douleur que lui inflige très probablement dans les jambes la posture imposée. Lorsque je l'invite à passer à l'action elle inspire lentement, essoufflée, mais se place de manière presque correcte. Presque, car sa main gauche dont elle ne sait que faire agrippe son vêtement, ce que je lui déconseille aussitôt:

"Ta main gauche, à hauteur de ta tête, bras plié à l'équerre derrière toi."

Elle se fend soudainement, utilisant son bras libre pour insuffler de l'élan à son coup. Je pare fluidement d'un geste minimaliste, assez simple pour qu'elle puisse discerner la manière dont je contre son attaque.

"Depuis ton pied d'appui, le coup, garde ton bras gauche souple et en position!"

Kay enchaîne une série d'attaques de pointe, je les pare systématiquement le plus simplement possible sans chercher à la déséquilibrer afin qu'elle puisse poursuivre, un léger sourire appréciateur naissant sur mes lèvres alors que ses tentatives se font de plus en plus précises. Je discerne néanmoins régulièrement une infime hésitation, elle doit se contraindre pour ne pas utiliser des coups de taille et cela la ralentit d'une fraction de seconde. Je m'abstiens de le lui faire remarquer pour le moment, elle est concentrée et la sueur perle sur son front sous l'effort violent qu'elle fait pour suivre mes recommandations, je n'en demande pas davantage. Elle finit par être contrainte de prendre une pause, haletante, je lui tends alors ma gourde en lui disant avec un sourire:

"Excellent, tu te débrouilles très bien. J'ai vu que tu te contraignais pour ne faire que des coups de pointe, c'est une bonne chose pour t'exercer mais, dans un vrai combat, n'hésite pas, alterne tes attaques pour surprendre ton adversaire. Mets-toi en position défensive, je vais te montrer."

Lorsque elle est prête, j'entame une longue série d'attaques simples et à sa portée mais redoutablement dispersées. Pointe visant le torse, coup latéral droit à hauteur de genou, puis de tête, revers gauche en direction de sa hanche, nouvelle pointe visant son pied droit, geste remontant menaçant son ventre, je la harcèle sans répit, ne lui laissant que le temps de retrouver son équilibre lorsque elle le perd. Ma concentration à cet instant est aussi totale que la sienne, je n'ai pas le droit à l'erreur, le moindre échec de ma part pourrait lui infliger une grave blessure car mon arme n'a rien d'une lame d'entraînement. J'apprécie pour la première fois véritablement l'équilibre parfait de cette épée forgée en Eden, elle est vive et précise, souple et puissante à la fois. Jamais je n'ai eu une telle sensation d'harmonie avec une arme, elle devient littéralement partie intégrante de mon être et cela se ressent dans cet entraînement qui me pousse à me surpasser d'une manière fort inhabituelle. Je réalise que j'éprouve un véritable plaisir à partager cette danse avec Kay, je n'avais jamais eu l'occasion d'enseigner mon art à quiconque avant ce jour et je découvre avec étonnement que j'aime ça! Toutes les bonnes choses ont cependant une fin et je tiens à ce que nous soyons tous deux en forme demain, aussi j'interromps le déferlement que je lui inflige depuis de longues minutes en me reculant soudain de quelques pas vifs.

"Bien, cela suffit pour ce soir si nous voulons garder quelques forces pour ce qui nous attend demain. Je vais essayer de te montrer une dernière chose, puis nous ferions bien d'aller dormir un peu. L'aube sera vite là. Connais-tu l'énergie interne que l'on nomme Ki? As-tu déjà senti en toi cette force qui jaillit soudain de tout ton être pour te permettre une action que tu ne parviendrais pas à accomplir en temps normal?"


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 Sujet du message: Re: La Forêt de la Vallée
MessagePosté: Mar 21 Juin 2016 23:07 
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Kay tentait du mieux qu'elle le pouvait de suivre les conseils de Tanaëth sans interrompre ses incessantes attaques.
Une seconde, elle baisse les yeux pour vérifier ses appuis, mais les relève aussitôt après et continue.
Petit à petit, elle eut l'impression d'arriver à quelque chose. Ce quelque chose, elle le savait, était l'automatisme qui lui permettrait de réfléchir moins aux mouvements de son corps qu'à ceux de son adversaire. Pour l'instant, elle suait, la gorge sèche, irritée, avalant une salive déshydratée et poussant toujours plus son corps en avant. Cependant, elle finit par devoir s'arrêter. Les mains sur les cuisses, elle avait l'impression qu'elle allait recracher ses poumons.

"...Merci..."

Avec gratitude, elle accepta la gourde que lui tendait le Sindel et prit de longues gorgées, pas vite - car cela ne servait à rien. Quand elle eût fini de boire, elle rendit le précieux récipient. Cette pause de plusieurs secondes, à peine quelques minutes avaient permis à ses muscles chauds de se détendre légèrement, juste assez pour qu'avec le passage du doux liquide dans ses entrailles, une sorte de bien-être l'envahit et elle sentit ses yeux papillonner. Que ne donnerait-elle pas, en cet instant, pour se retrouver au fond d'un lit douillet sous un épais édredon ! Hélas, le maître d'arme en avait décidé autrement ; désormais c'était à elle de recevoir des coups.

(Pitié...)

Elle ne put empêcher le soupir de désespoir de franchir ses lèvres. Comme pour s'en faire pardonner, elle se remit en position, bien de profil, bien appuyée sur ses jambes et en même temps, imitant la posture qu'avait précédemment adoptée Tanaëth.

Le coup vint plus vite qu'elle ne s'y était attendu ; elle dévia la pointe qui menaçait sa poitrine en remontant brusquement son épée et en penchant son buste vers l'arrière. Juste après, elle fit un pas en arrière pour se redresser, avant de se tordre en deux, bloquant le coup qui arrivait, cette fois-ci, en direction de son genou. La fois d'après, tout son corps basculait sur le côté, la tête la première, pour éviter l'attaque. À la quatrième, elle abandonna ce que venait de lui apprendre l'elfe gris ; saisissant à nouveau son arme à deux mains, elle bloqua celle qui venait pour meurtrir sa hanche. Puis son pied droit. L'attaque suivante qui consistait en la remontée de l'épée, droit sur son ventre, la pris davantage au dépourvu : ses jambes s'emmêlèrent et finalement, elle dévia le coup en mettant son arme à l'horizontale, la main droite sur la poignée, la gauche appuya sur le fer par l'intérieur. À l'attaque suivante, ses réflexes la poussèrent à se protéger le visage avec les deux bras. À l'attaque encore d'après, le choc entre les deux armes la fit tomber par terre. Tanaëth se recula un peu pour la laisser se remettre sur pieds. Mais à peine fut-elle debout qu'il reprit son guerrier harcèlement. À mesure que pleuvaient les coups, les bras de Kay se transformaient en deux morceaux de coton informes et impossibles à soulever. La semi-elfe mettait de plus en plus de temps à réagir et, n'avait été-ce la concentration et la précision de Tanaëth, elle eût rapidement été transformée en rondelles. Cela n'empêcha pas une boule d'angoisse d'apparaitre dans son ventre et de lui nouer désagréablement les entrailles. Elle perdait peu à peu tout contrôle de ses membres et son cerveau même n'arrivait plus à réagir convenablement.
Enfin, après ce qui lui parut être une infernale éternité, le maître d'arme rompit brusquement le combat, reculant vivement de quelques pas. Libérée de toute oppression, Kay resta un moment, immobile, les bras tremblants. Puis, sans chercher à s'en cacher, elle se laissa choir brutalement sur le sol et laissa libre cours à la forge qui avait remplacé sa poitrine.

(Le quoi ?)

Peut-être était-ce la fatigue liée à l'entrainement, mais Kay ne voyait pas du tout de quoi voulait parler Tanaëth. Ne pouvant encore parler à cause de son essoufflement, elle se contenta de secouer négativement la tête pour répondre à sa question.

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MessagePosté: Mer 22 Juin 2016 01:00 
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La fatigue terrasse peu à peu Kay alors que mes attaques la poussent de plus en plus loin dans ses retranchements. Je redouble d'attention, conscient que sa concentration diminue au même rythme que ses forces, mais je ne l'en pousse pas moins implacablement aux limites de sa résistance. Lorsque j'arrête enfin le déluge d'acier, sa poitrine se soulève comme le soufflet d'une forge et ma question doit lui parvenir au travers d'un brouillard mental suscité par l'épuisement. Elle reste immobile, tremblante, le regard voilé, puis se laisse lourdement tomber au sol, vidée. Elle secoue la tête négativement à ma question, ne parvenant sans doute plus à prononcer un mot tant le souffle lui manque. Un combattant doit connaître ses limites, sentir le moment où ses forces vont défaillir, c'est une question de vie ou de mort. J'espère qu'elle saura tirer parti de ce que je viens de lui faire vivre, savoir quand vient le moment de fuir est une connaissance précieuse. Mais pour l'heure...

Je m'approche d'elle, me penche pour glisser un bras sous ses épaules et la relève en douceur, murmurant:

"Appuie-toi sur moi et marchons un peu, c'est la meilleure manière de récupérer son souffle et d'éviter les crampes. Nous verrons cette histoire de Ki demain, tu es épuisée."

Je garde le silence durant quelques instants, laissant mes pensées errer librement parmi mes souvenirs Naoriens, doux ou amers. La présence de Kay m'invite à une étrange introspection, dont je réalise qu'elle a commencé le jour où Syndalywë est venue à moi et se poursuit encore aujourd'hui. Je me suis fermé à la vie lors de la mort prétendue de Jaëlle, j'ai tranché tous les liens avec les êtres en quittant le Naora, m'enfermant plus ou moins volontairement dans une solitude austère et absolue. J'ai bâti en moi-même d'infranchissables remparts, dépourvus pendant longtemps de la moindre porte. Ma Faëra a su la première fissurer imperceptiblement cet ouvrage, Moraen ensuite, dont je me souviens avec une sourde mélancolie teintée de reconnaissance pour ce qu'elle m'a si naturellement offert. Maxime aussi, qui m'a sauvé la vie à Tulorim sans même savoir qui j'étais, un acte de pure bonté qui a descellé un peu plus mon inexpugnable refuge. Puis il y a eu Sha'ale Wakhan, le Woran enfui de Khonfas, le premier être que j'aie considéré comme un ami après trente années sans la moindre attache. J'espère qu'il va bien, qu'il a trouvé l'apaisement après les dures épreuves traversées. Et puis il y a eu cette rencontre féerique, au temple de Moura, emplie de mystère et de symboles puissants. Ethëll...face à elle mes murailles se sont érodées comme château de sable devant la marée.

Un sourire rêveur ourle mes lèvres à ce souvenir, c'est ce soir là que j'ai vraiment recommencé à vivre. La suite des événements, la manière dont ils se sont succédés, découle de cet instant comme une rivière de sa source. En quelques semaines j'ai tissé plus de liens que pendant les cinquante années qui les ont précédées. Adrienn, Rhyll qui n'a malheureusement pas survécu à la traque dans les montagnes, Nôrek l'éclaireur Thorkin, son compatriote Gurkan de la Lance Ardente et maintenant Kay de Kallah, entrée dans ma vie comme si cela était la plus naturelle des choses. Et peut-être l'est-ce, au fond, la simplicité fait parfois le plus grand bien.

La nuit est tombée et, se hissant au-dessus de la canopée, l'Astre Nocturne apparaît majestueusement, baignant le monde de son pâle éclat. Je le désigne à Kay de ma main libre, lui disant à mi-voix:

"Regarde... Sithi, Protectrice de notre peuple."

Notre peuple. Pas mon peuple. Le nôtre. Je tourne le visage vers la jeune Elfe et ajoute avec autant de douceur que de sérieux, sans vraiment savoir pourquoi ces mots coulent de mes lèvres et sans volonté d'en décortiquer les raisons:

"Je suis heureux de t'avoir rencontrée, Kay de Kallah. Je ne sais pas quelles sont tes croyances, je te connais à peine, mais pour moi tu es avant tout une Sindel, le sang de notre peuple coule en tes veines. Et il y a une chose dont je suis certain: Sithi veille sur les Sindeldi, elle éclaire le chemin des siens et guide leurs pas en leur envoyant des signes. Nous les percevons, ou pas, nous les interprétons comme nous le pouvons lorsque nous les apercevons, et décidons de leur faire confiance, ou pas. Je ne crois pas aux hasards, je crois que tout découle de nos choix, de notre attention et de notre réaction à ce qui nous entoure, à ce qui nous arrive. J'ignore le sens précis de notre rencontre, mais je crois que Sithi nous a guidés l'un vers l'autre. Alors pour ce que vaut mon avis et mon choix, je te souhaite la bienvenue parmi nous, Enfants de Sithi, parmi ton peuple."


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MessagePosté: Mer 22 Juin 2016 11:39 
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Kay n'avait plus vraiment l'impression d'avoir un corps. Un ramassis de bouts épars et lourds comme une montagne, à la rigueur. L'épée de mithril bleuté s'échappa de sa main qu'elle n'arrivait plus à tenir fermée. Ses yeux fixaient le sol sans le voir. Elle sentit quelque chose la bouger et avant qu'elle pût réaliser, elle se retrouva debout, soutenue par Tanaëth qui l'invitait à marcher, une manière simple de reprendre une respiration normale et de s'étirer les muscles.

Ils avancèrent ainsi, sans but précis. Kay posa une main sur son ventre et entreprit de respirer profondément, s'astreignant à un rythme d'inspirations et d'expirations régulier. Ses jambes et particulièrement ses cuisses la faisaient souffrir le martyr, mais, petit à petit, comme les fourmillements dans un membre paralysé disparaissent, la douleur s'estompa et, doucement, elle put se séparer de Tanaëth. Elle avait néanmoins l'impression qu'elle avançait à l'aide d'échasses. Au moins, ce n'était plus douloureux. Elle jeta un regard en coin à Tanaëth.

(Est-ce qu'il a fait ça tous les jours de sa vie ?)

Elle n'imaginait pas comment quiconque pourrait en avoir la motivation - et encore moins l'envie. Chaque jour se relever perclus de courbatures, sentir ses muscles tirer et gémir, reprendre un nouvel entrainement et le soir ne plus pouvoir faire un geste, ne plus avoir envie de bouger pour l'éternité en sachant pertinemment qu'on recommencerait quand même le lendemain. En tout cas, Kay était sûre que, elle, elle ne le pourrait jamais.

(Sans doute ne suis-je pas destinée à devenir une guerrière.)

Qu'y avait-il de mal à juste apprendre quelques passes, quelques coups pour se défendre ? À juste se savoir tirer des situations périlleuses ? Tanaëth n'était-il pas capable de ne lui apprendre que cela ? Après tout - elle venait d'y penser - si elle se décidait à habiter à Hidirain, les talents de couturière que lui avait légués sa mère seraient sans doute suffisant pour lui garantir sa subsistance... À cet instant, Tanaëth interrompit le fil de ses pensées en lui désignant la lune. Sithi veillant sur eux. Kay releva la tête pour admirer l'orbe nacré et lumineux.

"Ma mère me disait aussi que Sithi veillait sur tous les Sindeldi et donc sur moi" lâcha-t-elle sans vraiment y réfléchir, répondant indirectement au maître d'arme qui s'interrogeait sur ses croyances.

(Mais je ne suis pas sûre d'y croire...)

Si Sithi protégeait effectivement tous les Sindeldi même ceux qui n'avaient pas le sang entièrement pur, pourquoi ne l'avait-elle pas protégée contre l'humain duquel elle était tombée amoureuse ? Ou pourquoi avait-elle permis que son enfant, son seul enfant, mourût à la naissance et que son mari la quittât ensuite pour une maîtresse ? Les mots de Tanaëth faisait naitre en elle une douce sensation, mais Kay n'en était pas apaisée pour autant. Pour elle, Sithi était bien responsable de son malheur. Elle se tourna vers Tanaëth.

"Est-ce que tu peux m'en dire plus ? Sur... notre peuple ?"

En même temps, elle étouffa un bâillement.

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MessagePosté: Mer 22 Juin 2016 18:21 
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Nous marchons lentement pendant quelques instants durant lesquels je soutiens Kay puis, ayant retrouvé l'usage de ses muscles, elle se détache doucement de mon bras et me jette un regard en coin, pensive. Je garde le silence, ne souhaitant pas troubler sa réflexion, jusqu'à finir par lui désigner la Lune. La jeune femme m'apprend que sa mère lui a parlé de Sithi, mieux, qu'elle l'a assurée que l'Astre Nocturne veillait sur elle. Pourtant l'Elfe ne semble pas convaincue, elle écoute ma tirade sans intervenir puis me demande de lui parler de notre peuple en me dévisageant. Le bâillement qui suit aussitôt sa question me fait légèrement sourire et m'incite à lui répondre:

"Je peux te parler de notre peuple, bien entendu. Mais tu n'as mangé qu'une pomme, sers-toi largement dans mes provisions, tu as dépensé beaucoup d'énergie. Pendant ce temps je te raconterai un bout de notre histoire, puis il nous faudra aller dormir."

Je vais m'asseoir près du feu sur lequel je rajoute quelques branches, puis j'attends que Kay prenne place à son tour en entreprenant d'affûter ma lame d'Eden avec le plus grand soin. Lorsque elle commence à manger j'entreprends enfin de répondre à sa demande:

"Je vais te parler de nos origines, pour commencer. Autrefois, il y a de cela plus de vingt millénaires, notre peuple habitait un autre monde, nommé Eden. En ces temps reculés, nous formions déjà un peuple puissant, peut-être plus qu'aujourd'hui encore. Sithi n'était pas une divinité abstraite et lointaine comme elle l'est devenue pour beaucoup de Sindeldi de notre temps, C'était une entité puissante et bien présente qui se mêlait à nos ancêtres et partageait leur vie. Cela dura des millénaires, des dizaines sans doute, mais des temps sombres finirent par advenir car les Sindeldi trouvèrent un moyen de puiser directement dans le Fluide Primordial de Vision."

Je marque un instant de silence pour laisser Kay assimiler ce que je viens de lui dire puis poursuis:

"Si tu connais un tant soit peu les fluides, tu sais qu'ils sont au nombre de huit et que, par exemple, le Fluide d'Obscurité est opposé au Fluide de Lumière. La situation était différente sur Eden, il n'y avait que quatre fluides et le Fluide de Vision était constitué de celui de Lumière et de celui d'Obscurité, qui n'en formaient donc qu'un seul. C'est de ce même Fluide de Vision qu'est issue Sithi, elle en est constituée, or nos ancêtres puisèrent dedans sans retenue et cela finit par engendrer un profond déséquilibre élémentaire sur Eden."

Nouvelle pause, durant laquelle je range mon arme redevenue plus tranchante que jamais, puis je continue en fixant la jeune femme avec gravité:

"Ce que je vais te raconter maintenant ne fait pas partie de l'histoire officielle de notre peuple. Les Ithilausters, les prêtres, ont purement et simplement effacé un pan de l'histoire afin d'assurer leur domination absolue sur notre peuple malgré leurs actes monstrueux et d'une lâcheté sans pareille. Ce que je vais te dire est considéré comme une hérésie susceptible de mener celui qui l'évoque au bagne, voire pire encore. Pourtant, devant Sithi je te fais serment qu'il s'agit de la plus pure vérité, je le sais parce que je l'ai vu de mes yeux."

Je lève un instant les yeux vers l'Astre Nocturne, comme pour le prendre à témoin de la véracité de mes paroles, puis je reviens à Kay et continue mon récit:

"A cette époque, certains Sindeldi fondèrent un Ordre et tentèrent à la demande de Sithi de s'opposer aux prêtres tout-puissants autant qu'aveuglés par leur pouvoir qui refusaient de voir le risque majeur qu'ils faisaient courir à notre peuple. Il faillit y avoir une guerre civile, mais elle fut évitée de justesse parce que le dirigeant de cet Ordre nouveau était un général réputé et surtout aimé de ses soldats. L'armée envoyée par les prêtres pour anéantir les "hérétiques" se joignit à l'Ordre et tous se rendirent à la capitale, où ils rencontrèrent le roi de l'époque. Ce dernier, las de la domination écrasante des prêtres fit de cet ordre l'égal du clergé, au grand dam de ce dernier. Il s'ensuivit une lutte occulte d'influence, l'Ordre tenta de raisonner les prêtres afin d'éviter une catastrophe, mais il était déjà bien tard et la main-mise du clergé sur les fluides était totale. Ce qui devait arriver finit par advenir, Eden sombra dans le chaos à cause du déséquilibre élémentaire, des guerres effroyables éclatèrent contre d'autres peuples et il devint évident que la seule option était la fuite vers un nouveau monde."

Je me suis assombri à mesure que j'évoquais ce passé, pour moi il n'a rien d'une légende, je l'ai vu, je l'ai vécu d'une certaine manière, et les souvenirs que j'en garde n'ont rien de joyeux. Je me contrains néanmoins à poursuivre:

"Les prêtres refusèrent à notre peuple l'accès aux fluides spatiaux, ils fermèrent les temples avec la ferme intention d'empêcher l'exode nécessaire alors que notre peuple se faisait massacrer. Il n'y aurait plus de Sindeldi aujourd'hui si le maître de l'Ordre n'avait pris la plus terrible des décisions: il abattit les murs des temples et força les prêtres à laisser fuir le peuple. La guerre faisait rage, les Sindeldi étaient acculés et se faisaient littéralement anéantir par un peuple d'Ombre mais, plutôt que de défendre les leurs, les prêtres furent les premiers à fuir, malgré leurs pouvoirs, malgré leurs serments. Les membres de l'Ordre firent ce qu'ils pouvaient, ce qu'ils devaient, ils luttèrent de toutes leurs forces pour permettre au plus grand nombre de trouver le salut. Et ils moururent jusqu'au dernier pour cette cause, parvenant de justesse à fermer le fluide spatial avant que l'ennemi ne s'y engage à son tour. C'est ainsi que notre peuple arriva sur Yuimen, voilà de cela environ vingt mille ans, Ithilausters en tête. Et c'est pour cette raison que ces mêmes Ithilausters ont éradiqué toute trace de ce passé, le remodelant à leur avantage pour retrouver un pouvoir absolu sur notre peuple. Une tâche d'autant plus aisée que la dualité des fluides sur Yuimen a contraint Sithi à s'exiler sur un autre monde, elle ne pouvait supporter cette scission touchant à son essence même. Voilà, la triste histoire de nos origines, voilà pourquoi Sithi ne marche plus parmi nous comme par le passé. Et crois-moi si tu veux, mais cela n'a rien d'une légende, ce sont des faits."


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 Sujet du message: Re: La Forêt de la Vallée
MessagePosté: Jeu 23 Juin 2016 19:29 
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Kay n'eut pas une immédiate réponse ; Tanaëth ne semblait pas décidé à la laisser le ventre vide pour la nuit et la poussa à se servir dans ses propres provisions. Il fallait dire qu'en ce qui la concernait, la semi-elfe avait fini les siennes depuis la veille au soir (ayant prévu, avant que l'irruption dans la vie du Sindel ne changeât tous ses plans, de faire le plein à Hiridain). Comme Tanaëth, elle s'assit donc près du feu qui envoyait désormais une lueur réconfortante et claire dans une nuit de plus en plus noire - bien que cependant éclairée par le bel astre, et posa alors la main sur le sac à provisions du maître d'arme, en retirant le strict minimum - juste assez pour que sa faim fût apaisée. Puis elle écouta avec grande attention, le bruit de sa mastication se mêlant à celui que produisait l'affûtage de l'épée.

Tanaëth entreprit de lui retracer toute l'histoire Sindel dont - à sa manière, elle faisait à présent partie. Tout avait commencé plus de vingt mille ans auparavant. Cela faisait tant que même Kay n'arrivait pas à s'imaginer cet espace de temps et comment était Yuimen en cette époque. D'ailleurs, ce n'était pas même sur Yuimen que vivaient les elfes gris, mais sur un autre monde : Eden. En ce temps-là régnait la félicité. En ce temps-là, Sithi habitait aussi avec eux.

(Est-ce à dire qu'elle nous a effectivement abandonnés ?)

La suite la laissa quelque peu plus perplexe. Bien entendu, Kay avait entendu parler des fluides. Bien entendu, elle connaissait leur nature. Mais tout cela restait très fuligineux à saisir, pour elle... Elle n'arrivait pas à faire le lien entre le fait de trop puiser dans les fluides et un déséquilibre même du monde. Enfin, ce n'était pas important. Ses yeux s'égarèrent un instant sur l'épée du maître d'arme qu'il venait de ranger, ayant fini de l'affûter, puis revinrent aussitôt à son visage. Tanaëth reprit et la suite la laissa sans voix.

(Effacé un pan de l'histoire ? Mais... comment ?)

Elle ne comprenait plus rien. L'idée de mettre en doute la parole de Tanaëth ne l'effleura pas même une seconde, ce qui rendait son incompréhension plus complète encore. Kay buvait ses paroles, mais sans en saisir le sens. Les Ithilausters étaient des prêtres qui avaient pris le contrôle d'Eden. Un Ordre avait été crée pour les empêcher. Il y eut presque une guerre civile. Il y eut de réelles guerres avec d'autres peuples. Finalement, il y eut un exode. Tous les Sindeldi débarquèrent sur Yuimen, avec les Ithilausters - et sans les membres de l'Ordre qui, eux, étaient morts jusqu'aux derniers. Sithi était partie, aussi, parce que sur Eden, les deux fluides dont elle était constituée, étaient, ici, séparés. Beaucoup d'informations, beaucoup d'événements.

"Je... vois."

En réalité, elle avait tant de question ! Tanaëth lui avait assuré que tout cela, il l'avait vu de ses propres yeux ; Kay le croyait, évidemment, mais quel âge avait-il donc ? Comment avait-il pu vivre aussi longtemps ? Et les Ithilausters, y avait-il un rapport avec son nom de famille, Ithil ? Après le corps, la jeune femme en avait désormais plein la tête et bien que ses yeux se fermassent tous seuls, elle lutta contre le sommeil pour une dernière question.

"Est-ce que ça veut dire que nous ne pourrons plus jamais revenir sur Eden ?"

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 Sujet du message: Re: La Forêt de la Vallée
MessagePosté: Jeu 23 Juin 2016 23:06 
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Kay écoute mon récit tout en mangeant frugalement, pas une fois elle ne m'interrompt, se contentant d'un "je...vois" pensif lorsque j'achève le résumé succinct de nos origines. Sa fatigue est visible et ses yeux se ferment tout seuls, mais elle me pose cependant encore une dernière question qui ne manque pas de me surprendre: pourrons-nous retourner un jour sur Eden? Je la dévisage songeusement en lui répondant:

"Je ne sais pas. J'en doute, mais qui peut savoir ce qui s'est produit sur ce monde depuis notre fuite, il y a vingt mille ans? Peut-être est-il totalement détruit. Peut-être un nouvel équilibre s'y est-il instauré. Je l'ignore..."

Kay s'endort presque aussitôt, je sais que je devrais faire de même mais trop de pensées tournent dans mon crâne pour que je pusse trouver le sommeil immédiatement. Je reste donc assis, le regard rivé aux flammes de notre petit feu de camp, jusqu'à ce qu'un très léger bruissement de feuilles me fasse soudain me relever d'un bond, arc en main. Une silhouette apparaît à l'orée de la clairière, suivies d'autres, je m'apprête à lancer un avertissement sonore lorsque je reconnais soudain les silencieux arrivants: Lyann et une dizaine de guerriers de l'Opale. J'abaisse ma relique de glace et la range en m'avançant vers mes compagnons, que je salue à voix basse pour ne pas réveiller Kay. Je serre brièvement Lyann contre moi, heureux de la voir, puis lui désigne la jeune Elfe endormie en posant un doigt sur mes lèvres pour lui indiquer de ne pas faire de bruit. Elle opine et me murmure:

"J'ai reçu ton message, nous nous sommes mis en route il y a deux jours. Nous sommes passés par Hidirain afin d'avoir des nouvelles fraîches, le guetteur nous a indiqué que tu te trouvais ici, des Taurions vous ont entendu et vu vous entraîner. Alors nous voilà. Quoi de neuf?"

Je lui réponds sur le même ton:

"Les Shaakts de Khonfas ont lancé une armée sur Hidirain, ils veulent s'emparer d'une relique qui s'y trouve. Ils ont lancé une avant-garde dans les souterrains du Rock pour tenter de s'emparer de la cité Thorkine, nous l'avons anéantie juste avant qu'elle n'atteigne le palais des Nains. Mais installez-vous, nous ne partirons qu'au matin et je voudrais ton avis sur la suite des événements."

Sur un signe de Lyann les guerriers de l'Opale s'approchent discrètement du feu et entreprennent de préparer un bivouac sommaire tandis que je lui apprends ce que je sais et ce qui m'a été demandé:

"D'après la Milice d'Hidirain, dont je fais dorénavant partie, l'armée qui s'approche devrait être dirigée par une Matriarche Shaakt. Les Hinïons vont éloigner la relique en question, tout en s'arrangeant pour que les noirs l'apprennent, mais ils ont besoin de temps. Pour cela, ils m'ont demandé de supprimer cette Matriarche, l'armée s'arrêtera probablement dans l'attente d'une nouvelle dirigeante si j'y parviens. D'autre part il semblerait qu'une avant-garde Shaakte soit déjà dans les environs et pose de sérieux problèmes aux Taurions, il serait bon qu'elle soit repoussée, voire..."

La Sindel s'est assombrie à mes paroles, elle garde le silence quelques instants pour réfléchir à ce que je viens de lui dire et finit par lâcher:

"C'est de la folie, Tanaëth. Si je comprends bien ce que tu me dis, cette Matriarche est protégée par toute une armée, comment comptes-tu l'atteindre?! Et...qui est cette jeune femme qui t'accompagne, au juste?"

"Je viens de la rencontrer. Elle se nomme Kay de Kallah. C'est une demi-elfe, son père était un Sindel et sa mère humaine, cette dernière étant décédée Kay s'est mise en tête de retrouver son père, avec pour seul indice une épée sans aucun signe distinctif. Elle a appris qu'une communauté Sindel se trouvait dans les environs, elle la cherchait pour tenter d'y retrouver son paternel. Je lui ai proposé mon aide et elle a décidé de m'accompagner lorsque je lui ai dit ne pas pouvoir l'emmener tout de suite à l'Opale."

Lyann hoche simplement la tête, attendant visiblement que je poursuive et lui explique comment je compte accomplir ma mission, ce que je fais donc aussitôt bien que je sache d'avance que ma réponse ne lui plaira pas:

"Je n'ai pas encore d'idée précise pour atteindre ma cible. Une bonne grosse diversion pour semer le chaos dans leur belle organisation me permettrait peut-être de me faufiler jusqu'à elle."

"Ou, plus probablement, tu y laisseras ta peau avant même de l'avoir aperçue."

Je hausse les épaules avec fatalisme:

"Il faut arrêter cette armée, les défenses d'Hidirain ne résisteraient pas à un assaut en règle. J'espère que les Shaakts l'ignorent, d'ailleurs, sinon tout notre plan ne servira à rien. Si cet espoir est fondé le départ visible de ce qu'ils convoitent pourrait suffire à les faire renoncer, ils sont déjà en guerre contre Eniod et ouvrir un nouveau front est risqué pour eux. Mais quoi qu'il en soit il n'y a pas trente-six possibilités pour essayer d'empêcher un massacre, nous devons tenter cette chance, à mon avis."

La Danseuse d'Opale me scrute avec intensité et me demande d'une voix douce:

"Et si les Shaakts connaissent la faiblesse militaire d'Hidirain?"

"Alors ce sera la fin de la Perle Blanche, du Rock Armath et de l'Opale de Lune."

Lyann me dévisage longuement en gardant le silence, pensive, puis elle murmure plus pour elle-même que pour moi:

"Nous savions que cela arriverait un jour...tentons, alors...même si nos chances sont minimes..."

Je hoche gravement la tête puis désigne la Lune du menton:

"Sithi veillera sur nous. Nous devons avoir foi en elle, notre présence ici n'est pas un hasard. Mais allons dormir, nous aurons besoin de toutes nos forces demain..."

Nous nous couchons donc rapidement et je m'endors avec un léger sourire amusé en songeant à la surprise qu'aura Kay de se retrouver entourée d'une dizaine de guerriers à son réveil.

Le jour n'est pas encore levé lorsque j'émerge de mon sommeil, les autres dorment encore et j'en profite pour m'écarter un peu du groupe afin d'adresser une prière silencieuse mais fervente à l'Astre Nocturne qui s'apprête à laisser place à celui du jour. Serons-nous tous encore là pour la voir se lever une nouvelle fois ce soir? Je l'espère, mais j'ai connu trop de combats et vu trop d'êtres mourir pour me faire encore des illusions. Cette journée qui s'annonce sera sans doute la dernière pour certains de nous, nous le savons tous mais n'en combattrons pas moins sans fléchir. Je m'entraîne ensuite un moment, le temps que mes compagnons se réveillent, j'ai besoin d'évacuer la tension qui précède toujours un combat et à ma connaissance rien ne vaut une danse martiale dans l'atmosphère magique de l'aube pour cela.


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 Sujet du message: Re: La Forêt de la Vallée
MessagePosté: Dim 26 Juin 2016 20:22 
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Kay s'endormit sans grand effort et sans beaucoup de temps. Juste après avoir reçu la réponse de Tanaëth, elle s'enroula dans la couverture, près du feu et les flammes dansant devant ses paupières fermées l'emportèrent au pays des songes. Ils furent brefs, légers et ne laissèrent aucune marque.

"Hmmm..."

Les rayons du soleil titillaient ses pupilles et son cerveau qui eût apprécié plus dormir encore. Tant pis, ainsi était la vie. Sans ouvrir les yeux, ses bras glissèrent hors de la couverture et Kay tenta de s'étirer. Tenta. À l'instant même où ses muscles se réveillèrent, ils hurlèrent tous de douleur et ce fut comme si un feu lui dévorait la moindre parcelle de son corps. Elle lâcha un cri, de surprise tant de douleur. Cela eut pour effet de réveiller le dernier guerrier encore endormi.

(Hein ?)

Kay se redressa aussitôt, son sang affluant subitement au cerveau. Que s'était-il passé ? Qui étaient ces gens ? Et surtout : où était passé Tanaëth ? L'auraient-ils déjà... ? Non, aucun ne lui apparaissait hostile - auquel cas, d'ailleurs, elle ne serait jamais sortie de son sommeil. L'homme qu'elle avait tiré du sien la salua alors. C'était un Sindel, tout comme Tanaëth. Elle le détailla une seconde, la bouche légèrement ouverte, pas encore remise de sa surprise, avant de le saluer à son tour, la voix un peu faible. L'elfe gris se détourna juste après et entreprit de ramasser ses affaires. Kay observa les autres. Il y avait trois autres guerriers Sindeldi - non, quatre ! Elle n'avait pas vu le dernier, un peu à l'écart et qui en fait, était une femme. Belle, avec ses cheveux gris même blancs, assez courts. Elle dégageait la même prestance que Tanaëth. Elle devait être aussi puissante que lui, sans aucun doute.
Outre ces quatre-là, il y avait aussi deux elfes très grands, avec la peau blanche et des cheveux dorés comme les prés en été. Des elfes blancs, aussi appelés Hïnions. À leurs côtés, presque ridicule, se tenait un elfe vert avec ses yeux très petits et qui, du point de vue de Kay, leur donnait toujours un certain air malicieux. Enfin, il y avait deux sangs-mêlées, reconnaissables à leurs traits composés, mais la semi-elfe n'arriva pas à déterminer de quelles races étaient leurs parents.
En tout, c'étaient dix personnes qui s'étaient rajoutées au cours de la nuit. Avec eux, cela faisait douze.

(Douze contre une armée.)

Contrairement à ceux-là qui s'étaient sûrement préparés dans l'éventualité d'une mort en ce jour, Kay n'arrivait pas à penser au combat à venir. Elle n'était même pas sûre qu'elle y prendrait bien part. Elle n'avait jamais combattu auparavant. Tout cela lui semblait trop irréel. Elle décida donc de s'occuper les mains, rangeant la couverture et la remettant à côté du sac de Tanaëth. D'ailleurs, où était-il ? Par réflexe, à sa seule évocation en pensée, la jeune femme leva les yeux vers le ciel à la recherche de la lune, de Sithi. Le maître d'arme lui avait fait part hier, de l'ignorance du peuple Sindel quant à un possible retour sur Eden. Kay trouvait cela triste. En rebaissant les yeux, elle trouva enfin celui qu'elle cherchait.

Le Sindel était à l'écart, effectuant une sorte de danse - un entrainement pour dérouiller ses muscles, à n'en pas douter. Kay, qui s'était d'abord précipitée à sa rencontre, ralentit le pas, jusqu'à arriver en marchant lentement. Elle ne voulait surtout pas le déranger. Elle attendit un peu et l'occasion de lui parler.

"Bonjour ?"

Une question lui brûlait les lèvres, qu'elle ne pouvait attendre pour poser. Cela lui semblait important d'en connaitre la réponse, important de le savoir avant la bataille.

"Hier, tu m'as parlé du Ki. Qu'est-ce que c'est, exactement ?"

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 Sujet du message: Re: La Forêt de la Vallée
MessagePosté: Dim 26 Juin 2016 21:32 
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Peu de choses m'échappent dans mon environnement immédiat lorsque je manie mes lames, un guerrier doit avoir conscience du moindre détail pouvant influencer son combat, c'est une question de vie, ou de mort. Aussi l'approche de Kay ne me surprend-elle pas, mais comme elle a le respect de rester un peu à l'écart en attendant que j'achève ma danse, je la poursuis jusqu'à son terme avant de faire face à la jeune Elfe en souriant tranquillement. Elle me salue avec une étrange nuance interrogative dans la voix, je lui réponds d'un signe de tête amical et rengaine mes armes tandis qu'elle me demande de quoi je voulais parler en évoquant hier soir le Ki.

"Bonjour, Kay. Le Ki, c'est une force spirituelle, une énergie puissante que l'on utilise parfois naturellement quand la nécessité nous y contraint, mais que l'on peut aussi apprendre à maîtriser. Elle peut accroître ta force, ta rapidité, ta précision, tes sens, tout dépend de la manière dont tu la modèles. Mais attention, elle n'est pas inépuisable, il faut donc en user à bon escient. Je vais te montrer, mais avant..."

Je désigne d'un geste large les Elfes arrivés pendant la nuit:

"Permets-moi de te présenter quelques-uns des membres de l'Opale, mes frères d'armes."

Je désigne en premier lieu la guerrière Sindel du menton:

"Lyann N'har Thelwë, maître d'armes redoutable, elle dirige les Danseurs d'Opale en ma compagnie. Je lui dois la vie, elle est comme une soeur pour moi."

Puis je lui désigne tour à tour chacun des guerriers présents par son nom, ajoutant ensuite:

"Tous font partie de l'Ordre et sont de vaillants combattants, mais ils n'ont pas encore atteint le "grade" de Danseur d'Opale."

Les Elfes saluent Kay, qui d'un geste de la main, qui d'un sourire ou d'une courbette, puis je reprends:

"Cette histoire de Ki, maintenant. Concentre-toi, respire profondément, calmement, ferme les yeux et visualise ton corps le plus clairement possible."

Je laisse à la jeune femme le temps nécessaire à sa concentration puis ajoute d'un ton doux et apaisant:

"Concentre-toi sur les battements de ton coeur, le sang qui coule dans tes veines, qui irrigue tes muscles et ton esprit...puis laisse cette perception glisser en arrière plan...observe, ressens ce qui en émane, cette force de vie pure qui irradie de toi... c'est ton Ki. Prends ton temps, exerce-toi à la ressentir, à la visualiser de la manière qui te plaît...quand tu te sentiras prête, ouvre les yeux en conservant cette perception."

J'attends ensuite sans impatience que Kay parvienne à ce premier stade de compréhension, espérant être parvenu à lui expliquer assez clairement ce concept plus ou moins mystique pour qu'elle trouve en elle cette énergie dont je lui parle. Je me souviens relativement bien des cours dispensés jadis par mon instructeur, mais de là à l'apprendre réellement à quelqu'un il y a un fossé. Je pourrais lui montrer de façon visible mon propre Ki, au moyen d'un Tranché de Rana par exemple, mais la journée sera longue et je n'aurais sans doute pas trop de toutes mes forces pour sortir vivant de ce qui nous attend...


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 Sujet du message: Re: La Forêt de la Vallée
MessagePosté: Dim 26 Juin 2016 23:48 
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Il y avait une certaine grâce dans les mouvements de Tanaëth que Kay s'interdisait d'interrompre. Elle salua donc le maître d'arme d'un ton hésitant - avait-il vraiment fini ? n'était-elle pas en train de le déranger ?, salut qu'il lui rendit, rengainant ses deux épées. La semi-elfe se prépara à écouter avidement. Ses oreilles ne la déçurent pas, à mesure qu'elle entendait tout ce que ce Ki pouvait permettre.

(Et comment apprendre ça ?)

Son cœur battait plus rapidement, écho du bouillonnement furieux qui s'était emparée d'elle. Elle faillit poster sa question, mais Tanaëth entreprit à cet instant de lui présenter les dix nouveaux compagnons. Malgré tout l'intérêt qu'elle pouvait leur porter, elle n'écouta que distraitement, retenant à peine le nom de celle qui dirigeait les Danseurs d'Opale avec l'elfe gris et qu'il considérait comme sa propre sœur. Sans comprendre pourquoi, Kay en éprouva une sorte de douleur dans la poitrine. Mais elle disparut bien vite car Tanaëth reprenait ses explications sur le Ki.

Kay ferma les yeux. Elle se concentra sur ses poumons. Inspiration, expiration. Ils se gonflaient et se dégonflaient, emportant avec eux ses côtes qui s'écartaient. Toute sa poitrine montait puis redescendait. Elle visualisa le chemin qu'empruntait l'air depuis le nez, sang, arrivé dans les poumons, vie quand transmis à chacun de ses membres. Ses doigts bougeaient spasmodiquement. Esprit, elle essaya de se détacher, d'observer son corps depuis l'extérieur. Elle entendait la voix de Tanaëth, mais venant de loin. Elle essaya de visualiser son énergie vitale, son Ki. Quand elle crut avoir compris, avoir pu saisir ce qu'était son essence, elle rouvrit les yeux qui virent se fixer sur ceux du maître d'arme.

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Kay de Kallah, Maître d'Armes et demie-Sindel

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