Sept êtres décharnés munis de lances aiguisées, une énorme bestiole aux canines pointues, une jeune femme dont les yeux émeraude nous dévoilaient sa frayeur, un grand elfe bien armé toujours prêt à frapper, sans oublier trois autres individus dont mon attention ne retint que le jeune homme brun arborant un tatouage à l’œil droit. Tous ces gens occupaient une même portion d’un couloir insalubre et étroit envahi également par une fragrance nauséabonde.
Trop de gens, peu de place et surtout trop de visions différentes sur la bonne façon d’agir et de régler une situation.
Impulsif de nature, d’après ce que j’avais pu observer depuis le peu de temps que je le connaissais, Tathar surpris par mon arrivée non annoncée, m’avoua qu’il s’en était fallu de peu pour qu’il m’écrase comme un vulgaire insecte. Sa remarque ne m’étonna guère, cet elfe à la chevelure excentrique semblait agir d’abord avec ses poings pour réfléchir ensuite.
Pour sa part, la jeune dame aux yeux rougis adopta une attitude qui me plaisait davantage, aux premiers abords du moins. Elle s’excusa auprès du geôlier de son impertinence ainsi que du geste spontané et trop violent de Tathar. Elle eut cependant la mauvaise idée de flanquer son coude dans l’estomac du fautif trop violent. Ce geste, bien que mérité, eut comme fâcheuse conséquence de me faire perdre pied. Éjectée de mon perchoir, je pus in extrémis m’agripper aux haillons de Tathar, réflexes en moins et je finissais empalée sur une des sept lances pointées vers nous.
Et puis intervient celui qui aurait dû se taire. Armé d’un orgueil mal placé et d’une langue trop pendue, il se crû, bien à tort, en position de marchander. Il annonça à la bête portant les clés à son ceinturon que nous lui obéirions s’il nous rendait nos biens ainsi que notre liberté. Puis, sans nous demander notre avis, se prenant pour le commandant d’une armée, il nous intima d’attaquer sans attendre la moindre réplique, tout en faisant jaillir de la lumière de son corps. Dans un geste purement égoïste, il avait scellé nos destinés.
J’entendis une voix s’écrier que le guérisseur était fou, puis après, tout se passa si vite que j’en perdis des bouts. Sans doute stimulé par ce cri de guerre, il n’en fallu pas plus à Tathar pour se lancer lui aussi dans la bataille contre les squelettes armés. Étant perché sur son épaule, je dus bien malgré moi suivre le mouvement. Ce qui ne dura que peu de temps puisque je fus rapidement projetée dans les airs. Les yeux tout grands ouverts, préoccupée à ne par finir embrochée, je pus heureusement éviter les lames de la garde décharnée. C’est ainsi, grâce surtout à la providence et sûrement à Yuimen qui me protégeait que j’aboutis sur le casque métallique d’un garde posté dans la première rangée.
Pendant que je tentais de sauver ma vie, les gardes avaient probablement ripostés puisque les tentatives de l’homme de lumière et de Tathar se soldèrent par un échec cuisant.
S’étant trop fiés à l’apparence peu avenante de notre geôlier et de ses gardes, nos deux fougueux compagnons ont manqué de discernements et ont attaqués inutilement. C’était en fait, le raisonnement qui me semblait le plus acceptable, puisqu’après deux attaques répétées à son encontre l’affreux homme-loup barbu n’avait en aucun moment riposté, se contentant d’esquiver les coups et de se protéger.
Une fois encore, le garde ne frappa nullement le guérisseur se contentant de le tenir en respect du bout de sa lance.
Une fois les deux assaillants contrôlés, notre gardien de cellules somma la jeune dame ainsi que deux autres jeunes hommes de le suivre voulant apparemment discuter avec eux. Il venait tout juste de se taire lorsque d’affreux hurlements à nous glacer le sang parvinrent à mes oreilles. Parcourue par des frissons, j'hésitai un moment quant à l'action que je devais entreprendre.
Bien que je n’aie pas été convoquée, je décidai tout de même d'assister à cette petite discussion. C’est ainsi que accroupie sur le casque métallique, je guettai les invités se frayer un passage entre les squelettes armés. Je laisserais passer la femme apeurée ainsi que l’elfe aux marques bleutées pour m’élancer sur le dos du jeune homme aux yeux très pâles. Une fois en place, il ne me resterait plus qu'à me rouler en boule afin de dissimuler ma tignasse rousse et mes petites jambes, ne laissant paraitre que mes haillons tout à faire similaires à ceux de mon hôte. J'allais tenter de passer inaperçu tout comme le tatouage de caméléon qui ornait à présent mon front.
((( j’ai donc tenté de sauter sur Eiko )))