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L'Aigail partage mon inquiétude à propos de ces animaux inconnus et étranges à ces forêts, elle souhaite en parler à Jillian, qui enverrait alors probablement des combattants se pencher sur la question. Les Ishtars pourraient aussi enquêter sur le phénomène, d'un point de vue fluidique j'imagine. Si ces deux points me semblent positifs, je garde pourtant une certaine réserve quant au premier, que je m'abstiens d'exprimer à haute voix. Jillian n'est qu'un humain, au service de Tulorim qui plus est. Oh, certes, il est transi d'une amour impossible pour la reine des Sylphe, son dévouement envers elle et son peuple me paraît plus ou moins certain. Mais il n'en reste pas moins une petite chose éphémère appartenant à ce peuple si veule et cupide qu'ils sont capables de détruire les sources mêmes de leurs existences misérables. Je les plains plus que je les déteste, à vrai dire, mais quoi qu'il en soit leur faire confiance serait une absurdité. D'autant plus quand ils proviennent de Tulorim, l'histoire de cette cité est peu connue mais lorsque l'on sait sur quoi elle est fondée...il y a de quoi être songeur quant aux buts réels qu'ils poursuivent sur Elysian. Et plus encore quant à leurs méthodes. Les miliciens ne m'ont pas posé la moindre question avant de m'envoyer ici tel un sauveur providentiel, je doute fort qu'ils en aient posé davantage aux autres, ou qu'ils se soient simplement renseignés sur ceux qu'ils engageaient. Cela aurait-il été qu'ils auraient jeté l'autre tarée de "Pureté" dans le caniveau sans le moindre ménagement, mais non, ils l'ont envoyée ici sans sourciller. Ne pas trop compter sur Jillian donc, ni sur les motivations des dirigeants de Tulorim. Bien sûr ils m'ont engagé, mais je ne leur dois rien, pas tant qu'ils n'auront pas dévoilé leu jeu véritable. Sauver les pauvres élémentaires, quelle jolie manière de se faire passer pour des âmes charitables...une manière comme une autre de refermer leurs griffes avides sur ce monde. Enfin, chaque chose en son temps.
Ixtli me déclare ensuite ne posséder aucune information plus fraîche que celles d'Aaria à propos des autres envoyés de Tulorim, puis me demande avec une certaine hésitation si je peux transmettre ses voeux de réussite à Cromax au cas où je le croiserais. En voilà encore une qui a succombé au piège mielleux de l'amour impossible...mais c'est sa vie, aussi je réponds simplement:
"Je lui transmettrai tes paroles si je le croise, oui, bien sûr."
Elle évoque ensuite plus précisément Kanteros et Sihle, je l'écoute avec une attention soutenue cette fois. Deux cités dures et impitoyables d'après ses descriptions, très différentes dans leur organisation mais similaires en ce sens que toutes deux possèdent des combattants expérimentés, pilleurs ou soldats qu'importent, ceux-là pourraient se révéler dangereux en cas de conflit. Il serait bon de détenir quelques leviers dans ces villes, à tout hasard. Seulement je n'ai plus toute la puissance et l'influence du Naora derrière moi, je suis seul, illustre inconnu jeté dans un monde tout aussi inconnu, ce qui va notablement me compliquer la tâche. Mais est-ce bien là que je dois déployer mes efforts? Cette histoire de créatures inconnues me dérange, me titille, mais je ne parviens pas immédiatement à mettre le doigt sur le point précis qui me tarabuste.
Je demeure silencieux quelques minutes, le regard perdu dans les flammes captivantes, laissant mon esprit libre de tisser librement et instinctivement des liens que ma logique ne verrait que difficilement. Et puis, soudain, un motif apparaît, une tapisserie se dessine à vive allure, les éléments disparates s’emboîtent les uns dans les autres pour former un tout cohérent, si cohérent que j'en oublie de respirer pendant un instant et murmure en bon vieux bagnard que je fus:
"Les enfoirés..."
Je me reprends immédiatement et me fustige mentalement, tout ça n'est qu'une hypothèse, une théorie, mais elle est plus convaincante que toutes celles que j'ai pu entendre ou envisager, et de très loin. Toutes les pièces s'ajustent sans la moindre faille, nulle part, formant un plan parfait, ingénieux et vicieux en diable. Mais comment le prouver? A qui en parler? Voilà les questions primordiales auxquelles je dois répondre. Mmm. Les preuves ne devraient pas être si difficiles à réunir, mais je vais devoir avancer avec prudence, la partie sera risquée et ma peau ne vaudra pas lourd si je mets le nez au mauvais endroit. Evidemment je peux me tromper du tout au tout, auquel cas mes recherches ne mettront strictement rien en mouvement. Je souris pour moi-même, froidement. Planter un bâton dans la supposée fourmilière, donc, en protégeant mes arrières au cas où je vois juste. La réaction, ou son absence, m'apprendra ce que j'ai besoin de savoir. Mouais, mais il manque un rouage dans mon esquisse de plan. Un bouclier plutôt, parce que si le bâton dérange bel et bien la reine des fourmis, ça va être la fête macabre pour ce monde et ses peuples, certains du moins, et plus vite que prévu. Mais à qui en parler, qui puis-je mettre dans la confidence de mon élucubration? Aaria? Oui, je crois que c'est la première à qui en parler. Sa sagesse et ses connaissances seront précieuses pour disséquer mon raisonnement et en discerner les éventuelles failles. D'autre part elle n'a qu'un rôle de dupe et de victime dans mes suppositions. A moins que...mais non, je n'y crois pas...ou alors c'est une actrice incroyablement douée.
Je m'apprête à m'adresser à Ixtli pour lui poser quelques questions lorsque de monstrueux rugissements résonnent dans la sylve enténébrée, la faisant se lever précipitamment! Elle me parle avec inquiétude de ces créatures, des Thériens dit-elle, m'affirmant que nous n'avons aucune chance contre elles si elles sont plusieurs. Mais comme j'ignore tout de ces créatures je lui demande en me levant à mon tour:
"Des...Thériens? Qu'est-ce? D'autres lézards, mais pour adultes cette fois?"
Elle me répond sans fioriture:
"Non. Des fauves ailés. Rapides et rusés. Notre seule chance est de fuir."
Nos foutus canassons se mettent alors à braire comme les imbéciles qu'ils sont, faisant un tapage d'enfer qui ne manquera pas d'attirer ces créatures dans les secondes qui suivent! Je déteste ces bêtes stupides et craintives par Meno! Je cours vers le mien pour récupérer les fontes avant que cet abruti ne brise ses liens et ne se sauve avec mon matériel, disant dans le même temps à Ixtli:
"Fuir à cheval des fauves ailés? On devrait chasser nos canassons, nous frotter avec des plantes bien odorantes et nous planquer sous les racines d'un arbre, si tu veux mon avis! Mieux encore, ce truc orangé semblable au pendant d'Uraj que tu as autour du cou, il te permet de te transporter loin d'ici? Si oui, fais le et vite! Je ne peux plus utiliser le mien aujourd'hui..."
(1196 mots)
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Kerenn
Si vous ne parvenez pas à trouver la vérité en vous-même, où donc espérez-vous la trouver?
Zenrin Kushu
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