L'Univers de Yuimen


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 Sujet du message: Les rues de la ville
MessagePosté: Mar 23 Oct 2012 22:19 
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Les rues de la ville


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Une fois entré dans la cité il vous faudra descendre, par des couloirs et des chemins escarpés, jusque dans les profondeurs du désert. Au fur et à mesure, l'air se rafraîchit, mais une odeur de souffre devient plus envahissante, voire gênante. Rassurez-vous, au bout de plusieurs heures, vous l'aurez oubliée, tellement elle est omniprésente à hauteur de la ville réelle.

La ville quant à elle se résume à deux adjectifs : pauvreté et anarchie.

La première est omniprésente, c'est la loi de la survie au quotidien. Pas de mendiants ici cependant, tout le monde sait que personne n'a rien à donner. Les vêtements sont souvent trop petits ou trop grands, avec des trous, élimés, sales... Les armes sont souvent rouillées. Les boutiques inexistantes. L'argent ne sert d'ailleurs à rien dans ces rues et nul bandit ne tentera de vous voler votre bourse. En revanche, vos vêtements, armes, armures, équipements en tout genre ou même nourriture feront fureur et attireront de nombreuses convoitises. Car tout ce qui aide à la survie est ici la plus grande richesse.

Pour ce qui est de l'anarchie, ça se voit, aucune logique, aucune piste, aucune indication. Les abris qui servent de maisons sont répartis tels que la nature les a mis, dans un désordre proche de l'aléatoire. Et les habitants fonctionnent de la même manière, rien n'appartient à personne, pas même un lieu... Et ceux qui parviennent à garder le même territoire sont les plus forts, les plus puissants, ceux qui savent bien s'entourer ou au contraire qui savent écarter les importuns.

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Alors il y a une règle que je veux que vous observiez pendant que vous êtes dans ma maison : Ne grandissez pas. Arrêtez, arrêtez dès cet instant. Wendy dans "hook" (petit hommage à Robin Williams)
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 Sujet du message: Re: Les rues de la ville
MessagePosté: Lun 29 Oct 2012 09:39 
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Une fois pénétrée dans la bouche de pierre, je me retrouve dans un lieu sombre et je remercie les Dieux d'avoir offert la nyctalopie aux elfes tout en descendant le long de la rampe qui mène aux étages inférieurs. L'odeur devient peu à peu nauséabonde, un mélange pas franchement subtile de cadavre en décomposition, de champignon, de renfermé, de sueur et de souffre. Plus je descends, plus cette odeur-là devient forte, masquant totalement les autres.

(Te plains pas, au moins, il fait bon ici ! )
(Je sens rien moi...)

Anouar s'est faite discrète depuis que nous avons quitté la caserne. Je peux la sentir planquée dans les lianes de ma chevelure. J'ignore si c'est par peur ou simplement pour être moins voyante. Elle pourrait pas rentrer dans mes bijoux, comme Lysis ou Aakia, tout simplement ?

(Tu veux me mettre en prison ? Ca va pas dans ta tête d'Elfe. Tiens, voilà le comité d'accueil.)

En effet, passé le tournant, je me retrouve face à un groupe, hétéroclite de Shaakt et de Sindels, avec même un humain. Ils sont vêtus de lambeaux de tissus recouverts de quelques pièces de cuir rapiécés.

"Que viens-tu faire ici, Femme ?"

Haussement de sourcils de ma part, je commence à en avoir marre de me répéter.

"T'as pas compris ce qu'il t'a dit le monsieur ? T'es sourde peut-être ?"

Je continue mon chemin, n'ayant aucune envie de parler à ces personnes. Mais ils sortent des armes dans un état aussi déplorable que leurs protections.

"Tu comptes aller où comme ça, poupée ?"
"Ailleurs en tout cas. A moins que l'un de vous soit Aelta, bien sûr."
"C'est moi, Aelta... Tu veux tâter ma stalagmite ?"

Je tente de me calmer d'un gros soupir. Si cet individu lubrique est Aelta, je suis Yuimen en personne. Manifestement aucun d'eux n'est celui que je cherche. Je décide donc de continuer ma route, tranquillement, sans manifester aucun signe d'agressivité, jusqu'à me retrouver devant le groupe compact.

"Tu bouges plus et tu te fous à poils maintenant, gamine."

Ces mecs-là commencent sérieusement à me saouler, s'ils continuent, je vais finir par m'énerver.

"Bougez de là."
"Z'avez vu... La nouvelle, elle est pas au courant des règles ici !"
"Parce que j'ai vraiment l'air d'une nouvelle ?"

Un des shaakt du groupe s'avance vers moi, avec un sourire torve sur le visage et une épée par contre bien aiguisée à la main, pour une fois.

"C'est pourtant pas compliqué... Toute femme entrant dans ce quartier doit se soumettre à une fouille en profondeur. Par tous les membres du clan !"

Nouveau soupir de ma part, mais celui-là de ras-le-bol. Ces gars commencent sérieusement à m'énerver et il est temps qu'ils comprennent que je n’ai rien d'une nouvelle, d'une prostituée ou de toute autre chose du même acabit. J'ôte ma capuche et dévoile mon visage autant que les lianes qui me servent de cheveux. Dans le même temps, je commence à rassembler mes fluides dans mes doigts, je sens le ruban de ma soeur qui réagit doucement.

"Ouahhh, belle plante la salope !"
"Oh, toi, tu vas faire une chouette proie à mon tableau de chasse."

Doucement, je m'accroupis, pose une main au sol, puis une autre, avec un grand calme.

"Hé, tu fais quoi ?"
"Je me fais juste un passage"

Je libère soudain les fluides canalisés dans mes mains et ciblent une à une les personnes, en commençant par le chef et son sous-fifre lubrique. Je n'ai jamais expérimenté ce sort avec autant de cibles, mais c'est une bonne occasion, je pense.

(Les Torkins disent que huit ça suffit !)
(On va les croire pour une fois.)

Huitième et dernière cible accrochée par les veines de fluides que je vois parcourir la roche à mes pieds. Je me redresse alors soudain, libérant toute ma puissance dès que mes deux mains quittent le sol. C'est avec un plaisir non-dissimulé que je vois plus de la moitié de la troupe s'enfoncer dans le sol, comme si c'était un sable mouvant, en légèrement plus rapide quand même. Et avec une satisfaction presque jouissive que je vois l'air effaré des membres restant tandis que leurs compagnons sont éjectés de la plateforme où nous sommes pour aller s'écraser plusieurs mètres plus bas, dans le quartier que notre rampe surplombe.

Sur les six individus restant, quatre ont l'idée raisonnable de s'enfuir en courant et en hurlant. Les deux autres me regardent tétanisés, incapables du moindre mouvement. Je m'approche du premier, un sindel qui paraît franchement avoir deux milles ans de plus que son regard. Il doit être jeune en réalité, à tout casser deux ou trois siècles. Mais les conditions de vie lui ont donné des rides, choses rares chez un sindel.

"Bouh !"

Parfois il en faut peu pour qu'un corps réagisse réellement à la peur. Un simple mot, ou un simple souffle. Celui-là finit enfin par agir et s'enfuit à toutes jambes, avec un hurlement strident qui se répercute sur les murs de la caverne géante qui sert de quartier.

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 Sujet du message: Re: Les rues de la ville
MessagePosté: Lun 29 Oct 2012 09:41 
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Je m'avance alors vers le dernier individu. Il s'agit de l'humain. Il a un âge pour le moins indéterminé. Le corps d'un jeune homme, mais les cheveux blancs et les rides d'un vieillard. Il en ressort une impression de force et de fragilité déconcertante. Je ne suis même pas à dix pas de lui qu'il s'effondre et commence à reculer tant bien que mal, rampant au sol et laissant une flaque derrière lui.

"J'ai... j'ai... pas... peur..."

Je le rejoins en une dizaine de pas et m'accroupis à côté de lui.

"Vous... allez encore.... utiliser la magie ?"
"Contre toi ? Non... J'ai juste besoin d'un guide."
"Un guide ?"

Le jeune homme semble se détendre légèrement.

"Oui, un guide. Je dois voir Aelta et rapidement."
"Vous me protégerez ?"
"Si c'est nécessaire, pourquoi pas."

L'idée d'être protégé par quelqu'un de plus puissant que lui rassure automatiquement l'humain. Celui-ci se détend et est d'ailleurs capable désormais de faire des phrases sans bégayer.

"Je vais vous y conduire."

Je sors d'une de mes besace un ensemble de vêtements taille humaine, propre, neuve et de relative bonne qualité, remerciant intérieurement la vieille d'avoir aussi bien compris mes besoins.

"C'est pour toi !"

Sans attendre, il m'arrache les vêtements des mains et se déshabille, là devant moi pour se rhabiller plus vite encore avec ses nouvelles affaires, abandonnant les anciennes là où il se trouve.

"Pourquoi faites-vous ça ? Je veux dire, pourquoi vous me donnez ça ?"
"Ca t'évitera de puer durant le voyage. Allez en route."

Il se tourne vers moi et fixe son regard d'acier dans mes yeux d'émeraude. Je lui souris. Définitivement, je suis incapable de jouer le rôle d'une méchante trop longtemps.

"Vous leur auriez donné des vêtements aussi s'ils vous avaient aidés, n'est-ce pas ? Vous n'êtes pas comme toutes ses brutes qui tuent pour le plaisir, hein ?"
"En effet. J'avais des vêtements, de la nourriture et même de l'alcool pour eux..."
"Ils auraient aimé ces cadeaux. Mais vous en aurez besoin pour Aelta... Il ne donne pas son savoir pour rien !"

Nous marchons en silence pendant quelques minutes. Mon guide s'arrange pour prendre des routes pas trop fréquentées. Ce qui n'est pas le plus difficile, d'après Anouar, le gros de la population est occupé à dépouiller les cadavres tombés ou à écouter le récit hésitant des survivants. En me concentrant un peu sur l'audition tandis que nous doublons un groupe de loin, j'entends parler d'une démone aux cheveux d'herbes capables de tuer une armée entière à main nue, ce qui n'est pas pour me déplaire comme réputation. Au moins, je devrais avoir la paix pour un petit moment.

"Ca va faire du bien au quartier la mort de ceux-là !"
"Ah ?"
"C'était de véritables tyrans. Viols en chaîne, rapt, meurtre, assassinat, vol,... Rien n'était trop mauvais pour eux. Leur plus grand principe c'était de s'accaparer les caisses venues de la mer et de les garder pour eux. Puis ils recevaient de l'aide de l'extérieur, des armes entre autre."
"Pourquoi les suivais-tu alors ? T'as pas l'air bien méchant..."
"Pas le choix. Ici c'est soit tu suis le plus puissant, soit tu crèves."

Soudain, mon esprit réagit. J'ai déjà entendu cette manière de parler et surtout cet accent.

"Vous êtes kendran, n'est-ce pas ?"
"Oui... En effet... Comment le savez-vous ?"
"L'accent, j'en reviens. Un Kendran, qui parle Sindel à Raynna. Que faites-vous là ?"
"Espionnage. J'ai profité d'un voyage en aynore pour voir de plus près à quoi ressemblaient les machines. Ça n'a pas eu l'air de plaire au capitaine du vaisseau. Mais je ne suis pas un militaire ou un milicien... Juste quelqu'un fasciné par ces machines qui avait réussi à économiser assez pour un aller-retour pour Pohélis, le temps de voir tout ça de plus près."
"Pohélis ? Mais ça fait plusieurs années que cette liaison est interrompue. Vous êtes ici depuis combien d'années ?"
"Aucune idée. Ca devait faire une dizaine d'années que Solennel IV était montée sur le trône quand j'ai été envoyé ici."

(Cinq ans donc qu'il est ici. Avec de la malchance, il se serait trouvé à Pohélis au moment de la guerre.)

Je ne trouve rien à répondre, alors je reste silencieuse. L'homme s'arrête et se retourne vers moi. Il ôte une toute petite médaille de son cou et me la donne.

"Vous pourriez remettre ça à ma femme ? Je doute qu'elle m'ait attendu, mais dites-lui que je l'aime et que je l'ai toujours aimée. Sarah, c'est son nom. Sarah d'Espignet. Soit elle vit encore dans notre ferme, dans la baronnie de Kerestzur, soit elle est retournée chez son père, le baron d'Espignet dans le duché de Gramerian."

(C'est pas loin de l'ermitage, ça pourra faire une bonne raison d'y passer après avoir sauvé Cyniar ! Nuilë doit avoir des informations sur Leona de toute façon !)

"Je le ferais, je vous le promets."

Disant cela, je range le pendentif dans un coin de ma cape, laissant Anouar se rappeler des noms pour moi.

Bientôt, nous arrivons à un ensemble de trois piliers de pierre qui sortent du sol, sans rejoindre le haut plafond. La zone est déserte. Manifestement, rares sont ceux qui s'approchent du coin, qui pourtant n'a rien de dangereux en apparence.

"Nous sommes arrivés. Les trois piliers, la demeure d'Aelta. Nul moyen d'entrer chez lui. Il faut attendre qu'il vienne vous chercher."

Je m'approche de la zone en question, le jeune homme refuse d'aller plus près et s'enfuit même tandis que je m'installe le plus confortablement possible le dos à une des colonnes de pierre, attendant sagement mon hôte.

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 Sujet du message: Re: Les rues de la ville
MessagePosté: Mer 31 Oct 2012 09:52 
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Cela fait déjà plusieurs heures que j'attends, sagement. Etrangement, personne ne vient me chercher querelles, même si plusieurs me regardent à distance et murmurent contre moi. Je peux les entendre d'ici, juste en concentrant un tout petit peu mon ouïe, ils parlent de moi comme une terreur, comme d'une démone. Décidément, ils sont bien impressionnables dans les environs pour des bandits de cette envergure.

(Ou alors, t'as gagné en puissance à un point où tu ne t'en rends même plus compte.)
(Tu crois ?)
(Tu te rappelles quand tu as appris le sort que tu as employé ?)
(Oui, c'était en descendant du temple de Terre sur les montagnes de Dehant. Juste avant de rencontrer Alaric, le Woran blanc.)
(Rappelle-toi combien de cible tu avais pu cibler alors.)
(Trois. C'était mon maximum.)
(En effet... Et voilà que maintenant, tu peux en sélectionner huit sans trop de difficulté.)
(Je pense même que j'aurais pu en prendre une neuvième.)
(Trois fois plus qu'en sortant du temple. Tu comprends mieux ? Ta magie et ta puissance s'est décuplée. Et je t'assure que même ton père n'a jamais atteint ce niveau. La seule gardienne du Naora ayant atteint ta puissance, c'est Leona. Il est même possible que tu aies dépassé Nuilë. Et je sens que tu peux encore aller bien plus loin...)

Je reste dubitative aux paroles de ma faera. Il est vrai que j'ai beaucoup changé depuis Verloa, mais tout s'est enchaîné tellement vite. Mon corps semble capable d'endurer toujours plus de supplices sans broncher et même en y gagnant un peu à chaque fois...

(Quelqu'un approche !)

Je concentre mon regard dans la direction indiquée par Anouar. En effet, un homme, un humain, vêtu d'un turban décoloré s'approche. Il semble n'avoir pas d'âge particulier.

(C'est pas possible ! Il ne peut pas être encore en vie !)
(C'est qui ?)
(Aelta, celui que nous cherchons...)
(Parce que tu le connais maintenant ?)
(Il a appris son sort ultime à ton père... Bien avant la naissance de Sarya...)
(C'est impossible, c'est un humain, il peut pas être aussi vieux.)
(Ne bouge surtout pas ! Il est puissant et peureux. Il pourrait te détruire juste parce qu'il a eu peur de toi ! )

L'homme s'approche de moi et je peux reprendre mes sens normaux désormais. Son attitude est méfiante et il s'arrête à une bonne dizaine de pas de moi. Autour de nous, les murmures ont augmenté, mais je n'ai plus le temps de m'en soucis.

"Qui êtes-vous ? Et que me voulez-vous ?"
"Je me nomme Lothindil et je viens juste apprendre."
"Ôtez votre capuche que je puisse vous voir !"

Lentement, pour éviter le moindre geste qu'il puisse prendre pour une agression, je m'exécute, dévoilant par la même occasion mes cheveux vivants dont les fleurs viennent égayées le sombre décor des lieux.

"Une semi-oudio. Les rumeurs disent donc vraies. Vous êtes la démone qui a tué Kandriss et Erman ?"
"Si ces individus sont ceux qui tyrannisaient le quartier de la porte Nord, en effet."
"Un sort de rejet du sol capable de rejeter huit personnes d'un coup. C'est rare de la part d'une personne aussi jeune, et très intéressant."

Le ton d'Aelta a changé, sa peur a laissé place à une certaine forme de curiosité. Ca me semble être un bon signe pour la suite.

"Vous sentez le fluide de terre à des kilomètres. Combien de temps se sont écoulés depuis votre ordalie ?"
"Deux mois, voire plus, j'ai perdu le compte sur Sor-Tini."
"C'est tout récent donc. En même temps, ça pouvait pas faire un siècle vu votre âge. Vous avez de quoi payer ?"
"Des vêtements neufs de bonnes qualités, de l'alcool, de la nourriture, des sucreries, des runes et même des bijoux au besoin."

Tout paranoïaque qu'il soit, Aelta reste un humain, attiré par la richesse et le pouvoir et mes cadeaux peuvent lui offrir les deux ici. Et il le sait.

"Envoyez-moi ça... On verra bien !"

Après l'avoir ôté de mon épaule, je lui envoie un paquet, quelque part à mi-distance entre nous, de manière à ce qu'il ne puisse croire que je cherche à l'attaquer.

"Je veux votre bracelet aussi !"

Instinctivement, mon main droite se porte à mon bras gauche où se trouve toujours le vieux bracelet de Yuimen, récupéré dans le désert et amoché par le Ramnan qui a tenté de me dévorer. C'est avec un petit pincement au coeur que je l'ôte, sans pour autant l'envoyer.

"Je te le donne après, une fois le sort appris. Je t'en fais la promesse."
"Ici, on paye d'avance ! Sinon, on a rien."

Le plan ne marche pas aussi bien que prévu et je soupire, un peu déçue, avant de tenter une autre approche, plus immédiate :
"Vous me laissez entrer chez vous et je vous donne le bracelet dès que nous arrivons. Ca permettra de nous écarter de tous les rapiats autour de nous qui pourraient devenir jaloux et dangereux !"
"Ils n'oseraient pas, pas envers moi !"
"Avec tous ces cadeaux, vous devenez riches ici. Et la richesse entraîne jalousie et querelle. Nous serions mieux à l'intérieur pour parler affaire, je vous assure."
"Oui... Vous avez raison... Venez avec moi... Eux, ils resteront ici !"

Disant cela, il tape avec son bâton au sol et je sens une décharge de mana surpuissante faire vibrer le sol. Pour sa part, le magicien se saisit du sac de vêtements et s'écarte prestement tandis que je me relève. Une fois debout, je contemple l'assemblée, transformée en statue de sable humide, déjà en train de se décomposer.

(Euh... T'es sûr qu'il faut que je le suive ?)
(Oui, file, t'auras pas dix milles occasions comme celle-là !)

D'un pas preste, je le rejoins, restant à quelques distances pour qu'il ne se sente pas agressé. Bientôt, nous entrons dans une des nombreuses stalagmites géantes qui servent de demeures aux habitants des lieux.

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 Sujet du message: Re: Les rues de la ville
MessagePosté: Dim 27 Jan 2013 17:19 
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Je sors de la stalagmite du vieux taré pour tomber nez à nez avec quatre individus pour le moins louches, de grosses brutes à tignasse qui filasse, à la peau gris caillou et aux dents jaunis. Mes gardes ou mes prochaines victimes manifestement car s'ils ne sont pas ceux qui vont m'escorter, ils vont sans doute vouloir me dépouiller. Et à vrai dire, démolir quelqu'un ou quelque chose ne me déplairait pas, tellement le vieux m'a mis en rogne.

"Vous êtes qui ?"
"Ça doit être la dame qu'on doit escorter."

Dommage, on tapera plus tard. D'un sourire, je confirme.

"On doit vous mener où la p'tite dame ?"
"Dehors, j'ai besoin d'air."
"Comme vous voulez !"

Manifestement, le payement rend les gens dociles ici. Même si j'ai beaucoup de mal à comprendre ce qu'ils pourront faire de pièces de métal dans ce trou à rats. J'ai bien mieux à leur offrir, mais je garde ça pour après, s'ils remplissent bien leur mission pendant que je m'occupe de mon sort.

Pour l'instant, je me laisse guider à travers les passages, les rampes, les tunnels jusqu'à la surface. Mon visage est fermé et je ne fais pas plus que ça attention au décor, trop occupée à réfléchir sur la forme que devra prendre ma forêt pour résister à la chaleur et au soleil. Parce que tant qu'à créer une forêt, autant qu'elle puisse survivre à mon départ.

(J'ai un problème pour les plantes de grandes tailles dans ces conditions. Des petites fleurs de rocailles, des plantes cailloux, ça je visualise, mais qu'est-ce qu'on pourrait trouver comme plante plus grosses, au moins la taille d'une aniathy quoi.)
(Tu as déjà vu des cactus ?)
(Peut-être... Ca ressemble à quoi ?)
(Ce sont des plantes vertes avec des piques. Rappelles-toi, il y en avait des plats dans le palais des Kel Attamara.)
(Ils appelaient ça "figue", j'ai pas compris pourquoi, ça ressemblait tellement peu à des figues)
(C'est un des noms qu'on leur donne oui, figue de Barbarie. C'est le nom que leur donne les étrangers à leur terre. Le nom que les lances d'El Habar leur donne est "Nopal".)
(Je préfère ce nom-là. Tu penses que ça peut vivre dans ce désert ?)
(Ceux-là, non. Ils demandent trop d'eau. Mais il existe d'autres formes, plus fines plus tortueuses avec plus d'épines encore et plus longues.)
(Montre-moi un peu à quoi tu penses... )

Anouar me projette alors une image assez claire dans mon esprit. Un arbuste au tronc ligneux, aux branches emmêlées de manière complexes, aux épines assez longues, avec des feuilles quasiment absentes et toutes petites...

Image

(Joli comme plante. Ça va pas être simple à créer, mais au moins c'est original. Et ça survit avec le peu d'eau qu'on a ici et la chaleur ?)
(Il lui suffit de quelques jours avec un peu de pluie et de soleil. Puis un sol calcaire et rocailleux.)
(Nickel alors...)

Ayant une idée claire de ce que je veux faire, j'ai maintenant hâte d'être à la surface et j'accélère le rythme, poussant mes gardes qui continuent à me guider par des chemins sûrs à défaut d'être les plus rapides. Bientôt, nous atteignons la surface, la luminosité est plus violente et, après trois jours dans le sous-sol de Raynna, il me faut plusieurs minutes pour m'adapter. Mes gardes, quant à eux, se couvrent l'intégralité du visage, y compris les yeux.

"Ça permet de diminuer l'impact du soleil et du vent. Vous devriez faire de même."

Prenant l'écharpe infecte qu'il me tend, je m'enroule tant bien que mal le visage dedans, faut reconnaître que les lianes et branches ne m'aident absolument pas sur le coup.

"On va vous conduire à l'écart. Là où vous pourrez faire ce que vous avez à faire et où nous on pourra surveiller."
Disant cela, il sort de la grotte dans le désert brûlant...

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 Sujet du message: Re: Les rues de la ville
MessagePosté: Mer 7 Mar 2018 18:03 
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Dès que j'entrai dans la ville, je sentis un regard peser sur moi. Je fis comme si je ne remarquais rien, et continuai d'avancer. J'entendis quelqu'un marcher derrière moi, je me retournai et le plaquai au sol, avec mon couteau sur sa gorge. Je lui dis Qu'est-ce que tu me veux, toi, hein ? Tu veux me tuer pour prendre ce que j'ai sur moi ? Eh bien je te déconseille ! Tu serais pas le premier ni le dernier mort ! Ok ok ! Je te laisse tranquille ! mais je t'avais vu dehors affronter des bandits avant même de les avoir vus !.(J'avais compris les revenants) je lui répondis Et tu te demandes comment j'ai fait ça ? Bois du sang de monstre, et peut-être que tu pourras faire pareil. Je te préviens, ça fait mal. et je le relâchai.

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 Sujet du message: Re: Les rues de la ville
MessagePosté: Jeu 8 Mar 2018 18:54 
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Alors que je me baladais, j'entendis un animal marcher discrètement derrière moi. Je me retournai et vis non pas deux, non pas trois, non pas quatre mais cinq Tatou-raptors, voulant sûrement me manger. Je dégainai mon épée, et égorgeai le premier (je ne pouvais rien leur couper, à cause de la carapace), quant au deuxième, il n'en y eut pas, vu qu'il m’attaquèrent simultanément. Je me mis accroupi, et l'un d'entre eux mourut sous le coup d'un de ses frères. J'en égorgeai deux autres et quant au dernier, je le tuai en lui faisant avaler mon épée.

Pendant que j'étais en quête de nourriture, je trouvai un troupeau de camiü (enfin, "troupeau" est un grand mot, ils devaient être 4 ou 5) en train de dormir. Je regardai aux alentours et en vis d'autres. J'approchai, et je leur plantai la lame de mon épée dans la gorge, ce qui les tua sur le coup. Ensuite, je les découpai pour faire des provisions.

Je trouvai des pierres (c'est pas ce qui manquait, par ici !) et quelques branches. Je pris un silex et le frottai sur ma lame pour allumer mon "feu de camp". Je fis cuire un morceau de camiü, et le mangeai. Pendant que je mangeais, la personne que j'avais croisé quelques temps plus tôt, revint. Je dis Tiens, alors comme ça tu as survécu ? Bah oui, pourquoi ? Quelqu'un était avec moi au début, lui aussi a bu du sang de monstre, mais il est mort. Viens t'asseoir ! Ah bon ? Pourtant ça fait rien ! Merci Quoi ? Moi, ça m'avait fait mal. Alors, mon ami, tu devais être devenu fou a cause de la soif dit-il. Je lui répondis Oui, peut-être, tout à l'heure, je croyais avoir tué des trépassés, mais c'était de pauvres bandits... Bon, tu manges quoi ?Du camiü. T'en veux ?Ah ! Ça oui ! J'ai une faim de loup !

Pour le premier jour avec Krata (j'avais appris qu'il s’appelait comme ça), qui était un shaakt, il avait décidé de m'apprendre comment trouver de l'eau sans oasis, il avait choisi un endroit avec du sable (pas difficile à trouver !). Il me dis Pour savoir où il y a de l'eau, déjà, il faut tendre l'oreille, et sentir le sol sous tes pieds. Ferme les yeux et concentre toi.Je fis ce qu'il me disait. Bientôt, j'eus l'impression de sentir de l'eau autour de moi. J'ouvris les yeux et lui dis j'ai eu l'impression d'avoir de l'eau partout autour de moi ! Te sentais tu très compressé ?. Je recommençai et ne sentis aucune pression. Je lui dis non, pas du tout, pourquoi ?. Car, plus tu es compressé, plus l'eau est proche de toi. Si tu n'es nullement compressé, l'eau est à une quinzaine de kilomètres. Mais tu peux quand même en prendre dit-il en creusant le sable. Quelques instants plus tard, un peu d'eau apparaissait. Je lui dis Incroyable ! Merci beaucoup, peut-être qu'à présent, j’arrêterai d'avoir des hallucinations ! Après cela, je le quittai pour aller dans une autre ville.

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 Sujet du message: Re: Les rues de la ville
MessagePosté: Dim 15 Avr 2018 23:00 
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[:attention:] Le texte qui suit comporte des scènes pouvant heurter certaines sensibilités. [:attention:]


Raynna. Ceux qui ne l'ont jamais vue en parlent comme d'une ville, misérable certes mais guère plus, somme toute, que les quartiers pauvres de certaines grandes cités. Mais, moi qui la découvre en ce jour, avec un immense effarement, je peux vous assurer d'une chose: ce n'est pas une ville. C'est un chancre ignoble, une tumeur maligne qui a rongé le sol du désert de Sarnissa, qui l'a gangrené jusqu'aux os. Ce n'est pas une étendue parsemée de demeures, non, c'est un trou immense dans la terre auquel on n'accède que par des pentes dangereusement instables et toujours trop étroites. Personne ici ne semble se donner la peine d'améliorer ou, simplement, d'entretenir quoi que ce soit. Il émane de ce gouffre aux allures de gueule béante des enfers une impression de désintérêt total, de désespoir si absolu qu'il ne peut avoir qu'une explication: la vie s'arrête aux portes de l'enceinte. Ceux qui entrent ici ne sont plus que des cadavres en sursis. L'espoir d'une vie meilleure, ce qui fait avancer les êtres, les incite à se dépasser et à créer, ne résiste pas à l'atmosphère délétère de ce bagne.

Il n'y a pas de rues, il n'y a que des passages sinuant entre rochers, taudis misérables et monceaux de déchets, d'excréments, de cadavres aussi. L'odeur issue de cela, mélangée au souffre, est si putride qu'elle semble en devenir matière, substance visqueuse et gluante qui imprègne tout, collant à la peau comme un tissu mouillé. Plus je descends pire elle devient, la seule consolation est que la température insoutenable de l'extérieur diminue peu à peu. Il y a des espèces de cavités naturelles, du moins je le suppose, qui parsèment la descente, plus ou moins vastes selon les cas. Toutes sont pareillement remplies de masures miteuses, vagues assemblages de cailloux, de planches vermoulues et de toiles dont un mendiant de Kendra-Kâr ne voudrait pas pour abri. Mais ce spectacle, si terrible qu'il soit, n'est rien. Ce n'est jamais qu'un paysage de désolation évoquant une toile de l'un de ces artistes fous atteints de sinistrose. Mais, malheureusement, celui-là est bien réel. Ce ne sont pas de petites silhouettes de gouache qui le hantent, mais des Elfes. Des Elfes que nul ne pourrait vraiment qualifier de vivants, même avec la meilleure volonté du monde.

Je vois là, pour la première fois de mon existence, des Elfes qui ont l'air vieux. Pas cette vieillesse sereine que l'on peut parfois observer sur les visages d'humains ayant mené une bonne vie bien remplie, non, cela n'a rien à voir. Ces vieillards que je découvre ont l'air de spectres encore dotés d'os et de peau. Ils sont gris, pas de ce gris argenté qui fait notre fierté à nous autres Sindeldi, mais d'un gris terreux, terne, semblable à celui qui peut s'observer sur d'ancestrales momies. Il y a des hommes et des femmes plus jeunes bien sûr, mais même eux semblent âgés d'une douzaine de millénaires. Leurs épaules sont voûtées, tous sont maigres à faire peur, leurs chevelures ont l'aspect de paille oubliée dans une grange désaffectée depuis des décennies. Ils sont crasseux à en faire défaillir un porcher, vêtus de hardes élimées jusqu'à la trame dont on n'oserait même plus se servir comme chiffons. Beaucoup sont malades ou blessés, leurs chairs atteintes par l'infection et la gangrène répandent un fumet si effroyable que celui des égouts de Tahelta passerait pour un délicat parfum en comparaison. J'ai arpenté bien des champs de bataille dans ma vie, j'ai vu des charniers de plus près que je ne l'aurais souhaité et senti la puanteur de la mort tant de fois que je ne pourrais plus les compter. Mais rien n'aurait pu me préparer à ça. J'ai beau retenir mon souffle, bander ma volonté pour dompter mes entrailles lorsque je croise un groupe de trois de ces damnés d'un peu trop près, rien n'y fait. Je me détourne vivement et m'appuie contre une paroi pour vomir longuement une bile amère et acide qui me ronge la gorge.

Personne ne fait mine de s'approcher pour me proposer de l'aide évidemment, la compassion n'est qu'un concept depuis longtemps oublié, ici. C'est à peine si quelques-uns me jettent un bref regard, éteint ou malveillant selon les cas. Ce qui me sauve en cet instant de faiblesse, sans doute, c'est que je ne possède rien d'autre qu'un misérable pagne. Il faut un bon moment pour que mes entrailles cessent de se révolter et, lorsque enfin mes spasmes se calment, c'est pour se nouer en une boule compacte et douloureuse au creux de mon estomac. Je me sens aussi faible et nauséeux qu'un lendemain de méchante cuite, à ce détail près qu'il n'y a pas que mon corps qui renâcle. Mon esprit semble vouloir refuser d'appréhender davantage la réalité qui m'entoure et, alors que je parcours les environs des yeux, mon regard ne doit pas être beaucoup plus vif que ceux des résidents de cet enfer.

(Comment...comment...je...je ne comprends pas...)

(Le pire côtoie le meilleur, comme toujours Bien-aimé. Ombre et Lumière, partout et tout le temps.)

(Foutaises! Ce sont des Enfants de Sithi qui agonisent ici! Personne ne se souvient donc de ce que notre Mère nous a enseigné?! Comment osent-ils?!)

(Maintenant tu sais pourquoi Sithi a fait appel à toi, Tanaëth. Elle est absente depuis trop longtemps et...)

Je la coupe d'un cri étouffé et gronde à mi-voix, stupéfait et, surtout, écœuré jusqu'à la moelle des os:

"Bordel, regarde! Il y a même des gamins! Ils sont coupables de quoi, eux, tu peux me dire?! C'est ça la justice Naorienne? Laisser des gosses innocents crever ici comme des cafards, c'est suivre la Voie de Sithi peut-être?!"

(Arrête! Tu veux changer les choses? Alors cesse de sombrer sans arrêt dans la déprime et la colère! Bats-toi, comporte-toi comme celui que tu es censé être, avec fierté et dignité! Et arrête aussi de mettre tout ton peuple dans le même panier, tu sais très bien que l'immense majorité des tiens ne cautionne pas ça!)

(Ils cautionnent par leur silence, ils savent ce qui se passe et ils ne font rien, Sindalywë.)

(C'est faux, archi-faux! Celui que tu es venu chercher lutte là contre, tu le sais bon sang! Alors reprends-toi, trouve-le et sors-le de ce foutoir!)

Je sais qu'elle a raison, comme toujours, mais il n'empêche que j'éprouve un sentiment d'impuissance si total que j'en ai les larmes aux yeux et les phalanges des doigts blanches à force de crisper les poings de rage. Changer les choses? Je n'y crois plus, personne n'a véritablement envie que ça change, surtout pas ceux qui détiennent le pouvoir. Toute l'influence que je pourrais acquérir en reconquérant mon titre et ma place au Naora, toute la puissance de l'Opale, rien de cela ne suffira à ébranler un système sclérosé depuis des millénaires, verrouillé par un clergé corrompu qui s'est arrogé un pouvoir absolu et qui ne songe qu'à accroître encore ses privilèges. Ma Danse est sans espoir, l'a toujours été, mais il fallait que je vienne ici pour m'en rendre compte. Je jure entre mes dents serrées à me les briser, puis je prends quelques amples respirations pour essayer de retrouver un brin de sérénité. Quelques mots entendus voilà fort longtemps me reviennent à l'esprit:

"La question n'est pas de savoir si vous allez mourir, ou quand vous allez mourir, Hirdams. La question est de savoir comment vous allez mourir. La tête haute, comme de dignes Fils de Sithi qui ont accompli leur devoir? Ou en vous pissant dessus comme de misérables lâches? Il n'y a que vous qui puissiez en décider."

Notre cher instructeur Nessimois, ce brave Sindel que j'ai joliment défiguré lors de la dernière épreuve du Passage. Un événement improbable qui m'a valu mon prénom d'ailleurs. Tanaëth..."Feu occulte" en langage commun. Il m'avait plutôt bien cerné en y repensant. Tout comme il avait raison à propos de cette fameuse question, c'est bel et bien un choix que personne ne peut faire à notre place. Une moue d'ironie amère prend place sur mes traits lorsque je me souviens de sa déclaration suivante:

"Quand le moment sera venu, rappelez-vous que si vous êtes là aujourd'hui, que vous avez été sélectionnés pour devenir l'élite de nos armées, des Hirdams, c'est qu'aucun déshonneur n'a jamais entaché vos prestigieuses lignées!"

La bonne blague. La trahison ignoble de mon père est encore comme une lame maudite fouaillant mon coeur, que reste-t-il de l'honneur de mon lignage aujourd'hui?

(Ce que tu en feras, Tanaëth, ni plus ni moins.)

Oui, sans doute. Je n'ai de pouvoir que sur ma propre existence, ma responsabilité ne concerne que mes propres actes et il m'appartient de faire en sorte de m'élever dans le respect de la Voie de Sithi, c'est le sens premier de la devise de notre Ordre. Je ne peux changer le passé, faire en sorte que mon père soit resté digne, mais il y a choix crucial qui m'appartient: accomplir mon devoir ou me conduire comme un lâche en me lamentant sur ce qui n'est pas en mon pouvoir plutôt que d'agir. Et la seule idée que quelqu'un puisse dire un jour de moi, avec raison, que j'ai été un lâche me révulse et me mortifie. Trop d'orgueil peut-être, mais qu'importe, c'est aussi une force qui me permet de retrouver mon courage défaillant.

(Bien. Allons sortir Brëanal de ce cauchemar, pour commencer.)

Joignant le geste à la parole je m'enfonce plus avant dans les profondeurs de Raynna, d'une démarche plus résolue qu'elle ne l'a été depuis mon arrivée. Je vivrai pour voir ce bagne fermer, ou je mourrai la tête haute en me battant pour que cela advienne.

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Ce n'est pas le pouvoir qui corrompt, mais la peur.
(Aung San Suu Kyi)


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 Sujet du message: Re: Les rues de la ville
MessagePosté: Jeu 19 Juil 2018 00:20 
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-Bordel! Je suis déjà passé par là... maugréé-je entre mes dents serrées.

Cela fait au bas mot deux heures que j'erre dans les tréfonds de la sordide Raynna et que je tourne en rond pendant que Brëanal est en train de crever, quelque part dans cet amas de taudis, à quelques pas de moi peut-être. Je jure une nouvelle fois, la rage au ventre, cherchant à m'orienter dans cet infernal labyrinthe, mais comment, alors que mon seul indice est une maudite carcasse de mammifère marin traînant sur un tas d'ordures?! Il n'y a aucun point de repère, juste une infinité de masures minables réparties au petit bonheur la chance, entre lesquelles serpentent autant de vagues sentiers qu'il y a de grains de sable dans ce foutu désert! Dont certains, nombreux, que j'ai préféré éviter au vu de la faune peu accueillante qui y traîne en petits groupes hostiles, mais...si le capitaine était justement près de l'un de ceux-là? Forcer le passage, méthodiquement, pour m'en assurer? Folie, je me ferai tabasser avant d'en avoir arpenté le dixième, les armes hétéroclites ostensiblement brandies dès que je m'approche trop du repère d'une bande le disent assez et je ne suis pas en état de démolir la moitié des résidents de ce trou à rats. Il m'a déjà fallu éviter à deux reprises des groupes hargneux en quête d'une distraction malsaine. Ce n'est pas avec mon pagne et mon bout de bois taillé en pointe que je tiendrai tête à un gang déterminé à ma perte, quand bien même ils n'auraient que de vieilles épées rouillées en guise d'armes. Bon sang que je donnerai cher pour avoir mon armure et mes reliques! La question se poserait différemment, mais là, je commence à songer que je ne les reverrai jamais...

(Holà, pas de désespoir! Rien n'est perdu, encore!)

(Mouais... et je fais comment pour le trouver cet abruti de Brëanal?! Je pourrais le chercher pendant des jours dans ce merdier!)

(Eh bien...demande?)

(Tu as vu la gueule des mecs? Ils ont envie de répondre aimablement à mes questions, tu crois?)

(Pfff... alors en gros, sans tes ustensiles de ferraille tu n'es plus rien et tu as peur qu'une bande de miséreux en haillons parvienne à te terrasser? Décevant...)

(Assez par Sithi!!! Tu sais bien qu'il ne s'agit pas de ça! Je ne veux pas prendre leurs vies, ni risquer de perdre stupidement la mienne en me lançant dans un combat que je ne suis pas en état de mener!)

(Alors renonce, trouve-toi une jolie cahute et deviens comme eux, un spectre vidé de tout espoir? Tu es sur la bonne voie, là...)

(Fais chier!)

(Même les bannis ont le choix de leur existence, tu sais? Ils pourraient s'unir pour améliorer leurs conditions de vie, s'entraider, au lieu de quoi ils se comportent comme des laquais d'Oaxaca, ne rendant hommage qu'au plus brutal.)

(Et c'est une raison pour les massacrer?)

(Tu es la Lame de Sithi et tu dois accomplir ton destin, bon sang! Ceux qui se mettent en travers de ta route doivent en payer le prix, c'est leur choix s'ils décident de s'en prendre à toi, pas le tien!)

(Foutaises! Ethërnem n'a pas pris une vie Sindel et c'est précisément cela qui lui a permis de devenir le général des armées d'Eden!)

(Oh, oui... mais rappelle-moi, qu'est-il arrivé à Eden? S'il avait pris la vie des imbéciles qui ne l'ont pas écouté, que se serait-il passé selon toi? Autre question, lorsqu'il a ordonné la destruction de la moitié du temple où se trouvait le fluide spatial, tu crois vraiment qu'il n'y a pas eu de morts?)

(Des "si" et des questions idiotes, c'est tout ce que tu as à me proposer?!)

(C'est toi qui raisonnes comme un idiot. J'ai vu les futurs, à l'époque, mais comme toi il n'a rien voulu entendre et cela a causé la destruction du monde d'origine de ton peuple. Quant au fait qu'il ait bel et bien tué des Sindeldi, pourquoi refuser d'admettre qu'il n'était pas l'être idéal que tu imagines? Aucun être n'est parfait, tu devrais le savoir. Et puis, toi-même, n'as-tu pas déjà pris la vie d'un Sindel?)

Je jure à mi-voix à ces derniers mots qui me rappellent des souvenirs si douloureux que je les ai enfermés à double tour dans un recoin de ma mémoire, me refusant jusqu'au droit de seulement y penser. Je n'ai pas pleuré mon père après l'avoir trucidé, je n'ai même pas vraiment regretté mon geste, ni n'ai versé la moindre larme en apprenant l'assassinat de ma mère. En me bannissant, ils ont cessé d'être ma famille, ils n'étaient plus rien pour moi, du moins ai-je tenté de m'en persuader. Pourtant...pourtant je suis revenu à Nessima pour récupérer mon héritage et, ce faisant, je reconnais implicitement qu'ils sont restés mes parents et que j'appartiens toujours à la noble famille Ithil malgré tout ce qui est arrivé. Mais, si contradictoire que soit ma pensée à propos de tout ça, ce n'est pas la question qui se pose maintenant. La seule qui m'importe dans l'immédiat c'est: ai-je le droit de prendre la vie de Sindeldi pour atteindre mes buts, alors que l'un des plus importants commandements du Sithisme l'interdit précisément?

(C'est le clergé qui a édicté cette loi, Tanaëth, pas Sithi. Te souviens-tu de ce qu'elle t'a dit?)

(Oui... "si les devoirs d'une mère pour ses enfants sont infinis, le seul devoir d'un enfant vis à vis de sa mère est de vivre. En tant que mon Champion, ta mission est de guider mon peuple, de le faire vivre. Car tu es mon représentant sur Yuimen." Seulement, elle a omis d'en informer ses prêtres et je n'ai aucun moyen de prouver que c'est véridique. D'autre part elle l'a dit clairement, je dois faire vivre notre peuple, ce qui est plutôt contradictoire avec le fait de prendre des vies de Sindeldi...)

(Faire vivre votre peuple, en effet, dans son ensemble. Si parmi ce peuple il y a des êtres qui mettent son destin en péril, comme cela a déjà été le cas, alors la sauvegarde du plus grand nombre doit prévaloir, même si cela implique d'éliminer les mauvaises graines.)

Un rire rauque et plein d'amère ironie s'échappe de mes lèvres à ces mots:

(Sindalywë, les deux tiers du clergé entrent dans cette catégorie, ainsi qu'une bonne moitié de la noblesse! Ce ne sont pas les bagnards qui représentent un danger pour les Sindeldi, tu le sais aussi bien que moi.)

(Les bagnards peuvent mettre ta vie en péril et donc t'empêcher d'accomplir la mission que Sithi t'a confiée. Ce qui peut mener à la perte de ton peuple. Mais comme Isil te le disait fort justement, la mort est un dernier recours que tu ne devrais employer que lorsque toutes les autres méthodes ont échoué.)

(Tu sais que tu es vraiment agaçante, avec ta foutue logique? Mais soit, risquons le carnage, puisqu'il n'y a pas d'autre solution...)

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 Sujet du message: Re: Les rues de la ville
MessagePosté: Jeu 19 Juil 2018 00:32 
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Sur mes gardes, je m'approche d'un groupe de trois Sindeldi, deux hommes et une femme aussi pâles et maigres que des cadavres, qui discutent à voix basse, assis sous un vague toit de planches vermoulues. Ils se lèvent dès que je parviens à moins de dix pas et, je n'en attendais pas moins, s'emparent aussitôt de leurs armes. Ce ne sont que de vulgaires planches hérissées de clous qui me feraient rire si j'étais bardé de mon armure, mais ce n'est pas le cas et une blessure infligée par ces saletés pourrait fort bien s'infecter, d'autant plus que trouver de quoi se guérir ici doit relever de la gageure. Un problème qui se posera dès que j'aurai retrouvé Brëanal, mais chaque chose en son temps. Je m'immobilise donc afin de leur demander poliment:

"Excusez-moi de vous déranger, vous sauriez si quelqu'un a chassé récemment un gros mammifère marin, dans le coin?"

L'Elfe le plus âgé me lorgne de son regard gris et me rétorque froidement en brandissant sa planche de façon menaçante:

"Casse-toi, on a rien à t'dire."

Je l'observe deux secondes en silence, écoeuré de cette réponse trop prévisible, puis je riposte avec douceur et fermeté:

"Je regrette, sieur, mais je vais devoir insister. C'est important. Je vous ficherai la paix dès que j'aurai ma réponse."

L'Elfe fait un pas vers moi tandis que ses comparses entament une manoeuvre d'encerclement:

"T'es sourd ducon? Barre-toi ou on te fait ta fête..."

Je secoue lentement la tête, une expression triste sur le visage, je savais bien que c'était une mauvaise idée. Mais Sindalywë a raison: il me faut ce renseignement coûte que coûte, et vite, la mort de Brëanal porterait un trop rude coup à mes plans pour que je tergiverse encore. Avec une assurance que je suis loin d'éprouver, j'insiste de mon ton le plus conciliant:

"Écoutez, je ne cherche pas d'ennuis, répondez simplement à ma question et je m'en irai, est-ce si difficile de rester civilisés?"

Le vieux Sindel, enfin, celui qui a une apparence de vieux, crache au sol avant de se diriger vers moi avec la visible intention de mettre sa menace à exécution tandis que les deux autres se viennent se placer sur ma droite et ma gauche, super...

(Bon, voilà pour le dialogue...)

(Persuade-les de te répondre, rien ne t'oblige à les tuer.)

(Moui...on va tâcher...)

Mais déjà le vieux tente de m'assommer avec sa planche, un coup plutôt bien effectué mais qui est loin, très loin de pouvoir franchir ma garde, quand bien même je ne dispose que d'un bâton. Je le pare donc sèchement puis recule vivement d'un entrechat afin de rompre l'encerclement et de me laisser le temps d'effectuer une dernière tentative diplomatique:

"Baissez vos armes, bons dieux! Vous êtes prêts à mourir pour ne pas répondre à une simple question? C'est absurde!"

Mon adversaire éclate d'un rire dément et me rétorque d'un ton grinçant:

"C'est vivre, qui est absurde, ici. Mais on crève de faim et t'es pas si maigre qu'y ait rien à bouffer sur toi, imbécile. Attaquez vous autres!"

Par Sithi! Ils se bouffent entre eux?! Je savais bien que la misère était terrible à Raynna mais là... j'en suis si estomaqué que c'est à peine si j'ai le temps d'esquiver instinctivement la femme qui, telle une furie, se précipite sur moi en hurlant! Merde, je n'y crois pas...du cannibalisme...des enfants de Sithi qui se dévorent mutuellement...sommes-nous tombés si bas que nous autorisions cela, même ici?!

"Crèèèèvvvvve!"

En hurlant, le plus jeune des deux hommes fond à son tour sur moi, simultanément avec le vieux qui vise vicieusement le bras que j'utilise pour tenir mon bâton. Bordel! Ils ne réalisent pas qu'ils n'ont aucune chance? Ils ont au mieux le niveau d'Hirdams tout juste sortis d'apprentissage, et encore leur état de faiblesse rend-il leurs gestes imprécis, la stupidité de la situation me révolte tant que, cette fois, je réagis au quart de tour. Je pare une fois de plus la planche cloutée du vieux puis, puisant modérément dans mon énergie spirituelle, j'abats durement mon bâton sur la main armée du plus jeune qui hurle à nouveau, mais de douleur cette fois car ses doigts ne sont plus que de la marmelade sous la force de l'impact. Une vive pirouette, puis mon arme de bois percute violemment la tempe du vieux qui s'effondre, assommé pour le compte. Absurde, cette boucherie est absurde... La femme hésite en voyant ses deux comparses mis hors d'état de nuire en un instant, le plus jeune fuyant en courant tout en tenant sa main blessée, pas moi: la pointe de mon bâton se retrouve appuyée contre sa gorge avant qu'elle n'ait eu le loisir de se reprendre et je déclare froidement en la fixant au fond des yeux:

"Lâche ton arme et réponds à ma question maudite cannibale, si tu veux vivre."

Consciente qu'une simple pression suffirait à la soulager de l'existence, elle lâche sa planche d'un air piteux et, les larmes aux yeux, bredouille:

"On...on meurt de faim...les vivres...c'est pas pour nous...ma fille...j'ai plus de lait...elle n'a même plus la force de crier...alors..."

Elle me désigne un tas de chiffons dans un recoin de leur taudis ouvert à tous vents et je sens mon coeur sombrer en réalisant qu'il y a effectivement une toute jeune gamine dans cet amas de fripes déchirées et souillées. Je ne discerne qu'une partie de son visage, décharné à faire peur mais dans lequel brillent deux yeux d'un noir de jais et ahurissants d'innocence en ce lieu damné. Elle ne survivra pas plus de quelques jours si elle ne mange pas, c'est une évidence à voir sa maigreur terrible. J'en ai la nausée... comment nos dirigeants peuvent-ils laisser de telles atrocités se produire? Pourtant je sais que des navires larguent des vivres non loin de la côte, la Sindel vient d'ailleurs de le confirmer, en théorie assez pour nourrir la population du bagne, chichement sans doute, mais assez pour qu'ils survivent d'après ce qui m'en avait été dit autrefois, alors pourquoi certains meurent-ils de faim? Et, autre question perturbante qui me vient à l'esprit, que serais-je prêt à faire, s'il s'agissait de ma fille qui se mourrait lentement sous mes yeux faute de nourriture? Je préfère ne pas le savoir, mais juger devient plus difficile en se posant ce genre d'interrogation. Lentement, je retire mon arme du cou de la femme et demande d'une voix rendue rauque par le dégoût et la colère:

"Qui prend les vivres? Il devrait y en avoir assez pour vous tous..."

Elle hausse les épaules avec une lassitude proche du renoncement et me scrute un instant en silence avant de répondre:

"Tu viens d'arriver, hein? Y'a des clans ici, les plus puissants s'approprient tout, ça a toujours été comme ça."

"Évidemment...", grommelé-je en soupirant, écœuré de mon impuissance à résoudre ce problème. Je ne peux pas commencer à me battre contre les gangs qui sévissent ici, il me faudrait sans doute un temps conséquent pour les mettre à terre et d'autres se recréeraient dès que j'aurai quitté les lieux, une telle action n'aurait aucun sens et ne servirait strictement à rien. Reste que j'enrage de cette situation permise par mon propre peuple, mais si je veux y changer quelque chose un jour...

"Tu n'as pas répondu à ma question: tu sais si quelqu'un a attrapé un gros mammifère marin ces derniers jours?"

"Non, j'en sais rien. Y s'en vantent pas, ceux qui trouvent de la bouffe. En tout cas on y a pas eu droit, ça c'est sûr."

"Mmm. Tu connais quelqu'un qui pourrait avoir ce renseignement?"

"P't'être bien. Mais il te l'donnera pas gratuitement, y'a rien qu'est gratuit ici. Et si t'as rien à lui offrir c'est de ta vie que tu le paieras."

"Je n'ai pas le choix, je dois essayer. Conduis-moi à lui."

"Et j'gagne quoi, moi?"

La question qui tue. Comme si j'avais quoi que ce soit à ma disposition pour la rétribuer... je voudrais pouvoir l'aider, lui trouver la nourriture dont elle a tant besoin, mais je n'ai pas le temps pour ça et je ne fais pas de vaines promesses. Ma mission doit passer avant tout le reste, aussi je me contrains à lui rétorquer durement, écoeuré de mes propres paroles:

"Ta vie, et celles de tes comparses, Sindel. Conduis-moi, maintenant, je suis pressé."

Vaincue, la femme acquiesce d'un signe de tête et, après un dernier regard éteint à sa fille, elle me fait signe de la suivre dans ce foutu dédale de ruelles sordides qui m'a déjà fait perdre tant de temps. Bien quelques minutes plus tard, après nous être enfoncés au plus profond du trou qu'est Raynna, nous parvenons à l'entrée d'une grotte, barricadée par des rochers empilés et gardée par deux Sindeldi. Je hausse un sourcil perplexe en les découvrant, là il y a quelque chose qui m'échappe! Tous deux sont armés de haches en parfait état, protégés par des cottes de maille quasiment neuves et des casques à nasal qui ne le sont pas moins! J'arrête ma guide d'une main sur l'épaule et l'incite à se tourner vers moi avant de lui demander:

"C'est quoi cette grotte? Où ont-ils trouvé cet équipement?"

Il me pose un foutu problème ce matériel de guerre, lutter contre des miséreux armés de bric et de broc avec mon pitoyable bâton et mon pagne est envisageable, me battre contre des types en armure munis de vraies armes, c'est une toute autre histoire. Et si je commence à bien comprendre comment fonctionne ce bagne pourri, je suppose que je n'obtiendrai pas ce que je veux sans montrer les dents.

"Ils le fabriquent, à ce qu'on dit. J'suis jamais entrée là-dedans et je prie Sithi pour que ça dure, mais y'a des rumeurs qui disent que ça va loin, jusque sous les montagnes, et qu'ils ont trouvé du fer."

"Une mine?! Bon sang, voilà une nouvelle qui ravirait vos geôliers... s'ils l'apprenaient l'armée vous tomberait dessus en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire! Mais si ça va si loin, il doit bien y avoir une sortie, non?"

"J'en sais rien, ils me tiennent pas dans le secret, mais j'suppose qu'ils seraient plus là s'ils avaient trouvé une issue. T'es bizarre, comme gars, tu parles comme si t'étais pas un banni comme nous. T'es un espion?"

Autant la première partie de sa réponse peut sembler assez logique pour que je me sente idiot d'avoir demandé, autant je dois réprimer une forte envie de rire à sa question, si elle savait... Mais comme je n'ai ni le temps ni l'intention de lui expliquer mon passé, je me contente de secouer négativement la tête en lui répondant:

"Non, je ne suis pas un espion. Mais je suis venu ici volontairement, pour retrouver un Sindel qui n'a rien à faire là et le sortir de ce trou à rats."

"Volontairement?! T'es complètement taré! Personne sort d'ici. Et même si t'y arrivais, le désert aurait ta peau. Ou les troupes d'élite qui patrouillent les alentours en permanence. Tu sais ce qu'ils font aux fugitifs?"

"Ils les mettent à mort, j'imagine."

"Plus ou moins: ils les pendent par les poignets aux murs d'enceinte, à l'intérieur pour qu'on voie tous. C'est la soif qui les tue. Et ça peut prendre un sacré moment parce qu'ils font bien gaffe de ne pas les mettre en plein soleil. C'est pas une belle mort."

Je hausse les épaules et désigne la grotte d'un petit geste de la main en lui répliquant:

"Crever de faim ne me semble pas vraiment mieux. Mais dis-moi plutôt, c'est qui le type qui dirige là-dedans?"

"Un Sindel qui se fait appeler Mëaren... paraît que c'est un ancien général qui aurait tenté de faire assassiner le roi y'a longtemps. On dit qu'il est barjot et qu'il torture durant des heures ceux qui lui déplaisent."

Je tique sévèrement à cette réponse. Un mec totalement taré parfaitement formé au maniement des armes et entouré de je ne sais combien de tueurs armés jusqu'aux dents ça manquait à mon bonheur, vraiment. Je soupire profondément, quand il faut y aller...

"Bien. Merci de ton aide. Adieu."

"Quoi?! Tu veux quand même entrer? Et...tu me laisses là, comme ça?!"

"Tu connais quelqu'un d'autre qui pourrait me fournir le renseignement que je recherche?"

"Non...mais...y'en a sûrement d'autres qui sauraient, c'est juste que je ne les connais pas..."

"Je suis pressé, je te l'ai dit. Va maintenant."

"Mais...tu pourrais m'aider...tu sais te battre, tu pourrais trouver quelque chose à manger pour ma fille...je t'en prie..." gémit-elle d'un air désespéré.

Et merde! Je l'attendais, celle-là! La mort dans l'âme, je secoue négativement la tête et lui réponds tristement:

"Je ne peux rien pour toi, pas maintenant, si ce n'est te donner une piste pour trouver de quoi manger: j'ai survécu pas mal de temps en me cachant dans une cavité du bord de mer. Il y a des crabes, des oursins et même de petits poissons qui sont pris dans les creux des rochers à marée basse. Avec de la patience tu pourras y trouver assez de nourriture pour vivre jusqu'à ce que je sois en mesure de faire quelque chose pour ce maudit bagne."

La Sindel me dévisage d'un air interloqué et demande d'un ton dubitatif:

"Faire quelque chose? T'es qui au juste?"

"Aujourd'hui, personne. Un mort en sursis, comme toi. Mais si mes espoirs se réalisent... il se peut que j'aie le pouvoir de changer certaines choses ici."

"Peuh! Si tu sors, et j'y crois pas, pourquoi tu te soucierais de ce qui se passe ici?!"

"Parce que je suis un Fils de Sithi et que ce bagne est la honte du Naora. Notre Mère ne tolérera pas ça plus longtemps."

"Mouais, j'crois pas qu'elle puisse grand chose pour nous. C'est stupide d'espérer l'aide d'une morte."

"Elle n'est pas morte, ça je peux te l'assurer. Mais bref, je dois y aller. Prends soin de toi et de ta fille, tâchez de survivre assez longtemps pour voir Raynna changer."

Je presse doucement son épaule puis, sans un regard en arrière, je me dirige vers les deux gardes qui surveillent l'entrée de la mystérieuse caverne. Je réalise en avançant que je n'ai même pas demandé son nom à la Sindel et qu'elle n'a pas davantage demandé le mien, à croire que ce lieu sape toute trace d'éducation plus vite que je ne le craignais. Enfin, je suppose que c'est mieux ainsi, à quoi bon connaître le nom de quelqu'un qui est voué à une mort certaine?

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 Sujet du message: Re: Les rues de la ville
MessagePosté: Ven 20 Juil 2018 18:41 
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Je ne suis plus qu'à une quinzaine de mètres des sbires, mon regard parcourant vivement les alentours pour ne pas être pris par surprise s'il y en avait d'autres cachés dans les parages, lorsque je me fige soudain.

(Sindalywë! La foutue carcasse...elle est là!)

Je dompte sans complaisance l'exultation qui me saisit, Brëanal est peut-être bien mort depuis le temps, mais cette idée ne m'empêche pas de me diriger d'un pas hâtif vers les restes du mammifère marin que je cherche depuis des heures. Je sens le regard des gardes posé sur moi, suspicieux, mais je n'en ai cure: je l'ai trouvée, enfin! Le coeur battant, je m'immobilise auprès du tas de détritus où trônent les ossements et examine les environs afin de repérer l'espèce de petite niche rocheuse dans laquelle le capitaine se trouvait, mais je ne vois rien. Ou, plutôt, je vois trop d'endroits pouvant correspondre dans ce qu'il convient d'appeler une falaise, tant la roche ici se délite, formant d'innombrables "trous", dont certains occupés par des bagnards qui semblent en avoir fait leurs demeures. Heureusement, ma Faëra vient à mon aide en me montrant son souvenir de la scène entrevue dans ma vision, ce qui me permet de situer approximativement l'endroit que je recherche, un peu en hauteur et presque perpendiculairement au côté gauche de l'animal.

Je me dirige dans cette direction sans me préoccuper davantage des mines hostiles des habitants de lieux que des gardes un peu plus tôt, puis entreprends de gravir une pente bien raide couverte de rochers de petite taille et de sable jonchée de détritus qui devrait me permettre d'accéder à une petite terrasse où j'espère trouver celui que je cherche. Mais la pente est dangereusement instable et, alors que j'en suis à mi-hauteur...

(Meeerde!)

Les prises s'effritent sous mes doigts et je me sens glisser, ce qui n'aurait pas grande importance si, ce faisant, la moitié de la caillasse qui s'y trouve ne commençait à dévaler avec moi!

(Bon sang! Il y en a assez pour m'ensevelir!)

Je tente frénétiquement de retrouver mon équilibre, mais ma jambe encore fragile ne supporte pas l'effort brutal que je lui demande et cède sous moi, si bien que je me retrouve à moitié à plat ventre sur la petite avalanche qui menace de m'entraîner! Une situation malsaine qui m'en rappelle une autre, j'avais bien failli y rester dans des circonstances similaires dans les montagnes de Nirtim mais j'avais alors un fouet qui m'avait permis de me tirer d'affaire en l'enroulant autour d'un rocher. Je n'ai rien de tel en ma possession aujourd'hui, mais...

(Ton bâton!)

Comme souvent depuis notre rencontre avec Sithi, la pensée de ma Faëra se mêle à la mienne et, d'un geste aussi rageur qu'anxieux, je tente d'enfoncer violemment la pointe de mon bâton dans le sol afin de m'y raccrocher.

(Dieux! ça ne tient pas!)

Mais à l'instant où j'ai cette pensée, mon arme de fortune se bloque, sans doute entre deux rocs, et m'arrête net, non sans engendrer un choc douloureux qui manque de peu me déboîter les poignets!

(Gare aux cailloux! Non! Ne lève pas la tête crénom!)

L'avertissement vient une fraction de seconde trop tard et je jure durement lorsque de petites caillasses venant de plus haut me flagellent le visage, heureusement sans me faire grand mal vu leur petite taille. Je baisse précipitamment la tête et m'efforce de la protéger entre mes bras rivés autour du bâton, mais ce bref coup d'oeil m'a aussi appris que les vibrations engendrées par le petit éboulement que j'ai provoqué ont amplifié l'avalanche rocheuse, et là, ça commence à s'effondrer sérieusement AU-DESSUS de moi et de la terrasse que je cherchais à atteindre! Bordel! Essayer de dégager de là, en risquant fort de me vautrer en beauté vu l'état de ma jambe et le peu de temps imparti? Rester et faire le dos rond, en priant pour qu'aucun rocher plus gros qu'un pamplemousse ne me tombe dessus? Mon hésitation ne dure qu'une seconde, mais c'est une seconde de trop, déjà le petit pan de roche friable dévale, à ma plus grande frayeur.

(C'est trop con! Je le tenais par Sithi, je le tenais!)

Je me recroqueville instinctivement de mon mieux, mais cette fois je pense que je vais salement déguster... Je frémis de tout mon être lorsque la masse rocheuse s'écrase sur la petite terrasse dans un fracas de fin du monde, faisant trembler l'éboulis instable sur laquelle je suis allongé. Les yeux fermés et l'angoisse aux ventre, j'adresse une prière à Sithi, que faire d'autre? Puis il commence à pleuvoir...non pas de petites gouttes de pluie bienfaisante, mais des cailloux de tailles diverses, certains de la taille de mon poing à en juger par les impacts brutaux qui me flagellent les mains, le dos et l'arrière des jambes. Je ne sais pas combien de temps cela dure en réalité, mais j'ai l'impression qu'il s'écoule des heures avant qu'enfin la drache mortelle s'arrête, me laissant à moitié enterré, mais vivant pour autant que je puisse en juger. J'attends encore de longues secondes avant de me risquer à tenter de remuer un peu, craignant de découvrir que je me suis brisé quelques os dans l'aventure. Mais si tout l'envers de mon corps me fait souffrir, il ne me semble rien avoir de cassé, une chance car, ici, cela aurait certainement signifié ma mort.

(Par Sithi, ce n'est pas passé loin...)

(Non, mais ne reste pas là, tout le coin est pourri et ça pourrait bien recommencer!)

Frémissant à cette idée, je m'extirpe prudemment des gravats et dégage mon bâton sans à-coups afin de poursuivre mon ascension. Je grogne en réalisant que sa pointe s'est brisée, mon arme déjà médiocre ne vaut désormais plus rien, mais au moins me permet-elle de soulager un peu ma jambe blessée et de grimper enfin tant bien que mal jusqu'au replat visé. Saleté, cela semblait si facile, vu d'en bas! Et le pire, c'est que monter est toujours plus aisé que descendre, en escalade.

(Dieux, je ne suis vraiment pas pressé de me retaper cette pente en portant Brëanal, ça va être la fête.)

(Une chose à la fois, retrouve-le, déjà!)

(Moui, tu as raison, ce serait un bon début.)

Je me secoue un peu afin d'évacuer la poussière qui me recouvre et découvre en grimaçant que j'ai tout l'envers du corps couvert d'estafilades sanguinolentes et d'hématomes, là aussi ça va être ma fête lorsque ma tension redescendra et que la douleur se réveillera vraiment... Enfin, j'ai appris à m'en accommoder, depuis le temps que je prends des coups, mais ça reste tout de même très désagréable et je ne risque pas vraiment de trouver de quoi me soigner, ici. Je crains de devoir attendre quelques jours de plus avant d'être en état de tenter une évasion et de franchir le redoutable désert qui entoure le bagne, mais je chasse cette idée déprimante, conscient que le vrai problème risque plutôt de venir de l'état du capitaine. Je soupire profondément et commence à le chercher dans les diverses alcôves naturelles qui parsèment la falaise, non sans devoir reculer précipitamment à deux reprises lorsque je dérange des bagnards que je n'avais pas vu et qui me menacent aussitôt des pires sévices si je ne dégage pas fissa. Enfin, après quelques minutes, je le repère, recroquevillé en chien de fusil dans son trou, si livide et immobile que je sens mon coeur manquer un battement et murmure, atterré:

"Il est mort par les enfers, j'arrive trop tard..."

Je m'accroupis néanmoins à ses côtés et pose le bout des doigts sur sa veine jugulaire, à la recherche d'une bribe de vie mais sans grand espoir de la trouver. Je sursaute en sentant soudain une légère palpitation sous mes doigts, mais elle est si faible que je n'ose croire à ce que j'ai senti avant que deux autres ne se produisent. Il vit encore! Mais je ne m'en réjouis pas vraiment pour autant, sans soins il ne survivra pas à la nuit et je ne vois pas comment je pourrais trouver, et payer, un guérisseur assez rapidement pour le sauver. Je me sens vide, si vide... Dieux que je hais cet endroit! C'est comme s'il s'acharnait à dépouiller les êtres de tout espoir, de toute énergie même, pour les plonger dans une apathie les conduisant inéluctablement à leur perte. Mais ce sentiment de vide, d'échec, réveille la colère qui sommeille toujours en moi et, perdant pour une fois le contrôle de mes émotions, je me redresse et fais face au reste du bagne pour hurler à pleins poumons:

"Putains d'Ithilausters! J'aurai vos peaux, charognes! Je vous crèverai comme les monstres ignobles que vous êtes!"

(Euh... je pense bien que ça te défoule, mais...est-ce bien utile), demande doucement ma Faëra?

(Non, ça ne sert à rien mais ça fait quand même du bien! Bon, je fais quoi maintenant?!)

(Le type que tu voulais aller voir...)

(...il aurait peut-être de quoi le soigner, mais je n'ai rien pour le payer, rien du tout. Enfin, au point où on en est, autant essayer quand même...)

J'extrais précautionneusement Brëanal de son trou et, au prix d'un effort qui me laisse tremblant, le charge sur mes épaules. Un poids supplémentaire que ma jambe malmenée apprécie tout particulièrement, si je veux l'amener quelque part ce sera en boitant ferme, pour autant que je ne nous tue pas tous deux en dévalant cette maudite pente. Je l'observe dubitativement durant quelques instants, cherchant le passage le plus facile, mais je n'y connais quasiment rien en escalade et je ne vois aucun chemin plus évident qu'un autre.

(Bon, eh bien autant éviter de marcher inutilement, l'endroit qui se trouve juste devant moi fera l'affaire je suppose.)

Seulement, en m'approchant du bord, je sens ma jambe flageoler si bien que je manque de peu perdre l'équilibre et dévaler le talus la tête la première. Descendre debout en sautillant comme un cabri, autant ne pas y songer, mais... peut-être qu'assis j'aurai une petite chance de m'en sortir? A défaut d'être élégant, le procédé s'avère à peu près efficace et je finis par atteindre le bas de la pente. En un seul morceau, mais non sans regretter amèrement de n'avoir pas eu un épais pantalon de cuir ou, mieux encore, une bonne vieille armure de plate. Une chance que je n'aie pas prévu de passer les prochaines heures assis...

Je me relève donc péniblement et me dirige vers l'entrée de la caverne où veillent les deux sbires munis de leurs si surprenantes armes et armures flambant neuve, ou peu s'en faut. Je remarque aussi en approchant que, contrairement à tous ceux que j'ai croisés jusque là, ils semblent bien nourris et en parfaite santé. Écœurant, quelque part, en repensant à la gamine qui crevait de faim parce que sa mère était si affamée qu'elle n'avait plus une goutte de lait pour la nourrir. Je me demande fugacement si les autorités du Naora sont vraiment au courant de ce qui se passe ici, mais je ne suis pas bien sûr d'avoir envie de connaître la réponse et j'ai un problème plus urgent que la nutrition d'une dizaine de milliers de bannis. Enfin, question de point de vue, mais ce n'est pas en restant là que je pourrai agir pour que cela change, une chose après l'autre comme aime tant à le dire Sindalywë.

Les gardes me lorgnent d'un air mauvais et brandissent ostensiblement leurs haches dès que j'arrive à moins de dix mètres d'eux, un accueil qui ne me surprend plus et qui ne saurait me faire renoncer. Je m'arrête toutefois à distance raisonnable et prends mon ton le plus aimable pour m'adresser à eux:

"Bonsoir, j'aimerais parler à Mëaren, je vous prie."

"L'a pas de temps à perdre avec des pouilleux. Tire-toi" s'exclame hargneusement le garde de droite.

Je le dévisage en fronçant les sourcils, la soldatesque bourrue et bornée j'ai grandi avec et je connais leur plus grande peur:

"J'ai un marché des plus intéressants à lui proposer, vous ne voudriez pas que votre chef apprenne qu'un autre en a profité et que vous en êtes responsables?"

Les deux rustauds hésitent, se regardent d'un air ennuyé que je trouverais du plus haut comique en d'autres circonstances, puis celui qui s'est déjà adressé à moi reprend avec méfiance:

"Quel marché? Et joue pas au con en m'disant que t'en parleras qu'à lui où j'te jure que tu l'regretteras..."


"Très bien. Vous savez ce qu'est un oracle? Eh bien je sais où en trouver un, ici. En échange de cette précieuse information, je souhaiterais qu'il guérisse mon ami."

"Tu t'fous d'moi? Si y'avait un oracle ici on l'saurait! Dégage!"

"De nouvelles personnes arrivent tous les jours, l'ami. Mais comme tu veux, je pense que je n'aurai pas grand mal à trouver un clan que cela intéressera."

Un sourire, dur et froid comme la glace, puis j'ajoute:

"Et sois sûr que ton chef finira par l'apprendre tôt ou tard. J'espère pour vous deux qu'il ne saura jamais que c'est à vous qu'il devra de ne pas y avoir accès..."

Nouvel échange de regards perplexes entre les deux lascars, puis celui qui n'a pas dit un mot hausse les épaules et grommelle:

"J'vais te conduire à lui. Mais si c'est des bobards il te fera regretter d'être né, ça j'peux te l'assurer."

"Sage décision, je ne prendrais pas le risque de venir dans votre repaire si ce n'était pas la plus stricte vérité."

"Mouais...on verra ça. Suis-moi, et pas d'blague."

Il s'engouffre alors dans la grotte et je lui emboîte le pas, pas vraiment tranquille. Dans quel nouveau pétrin suis-je en train de me fourrer?

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 Sujet du message: Re: Les rues de la ville
MessagePosté: Ven 20 Juil 2018 22:41 
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A la suite du garde, une fois passée la sommaire barricade de rochers empilés qui en défend l'entrée, je pénètre dans un véritable tunnel, large d'environ cinq mètres et haut de trois, éclairé par quelques rares torches. La première chose qui me surprend, c'est sa régularité générale presque parfaite, chose que j'ai rarement vue sous terre malgré mes longues pérégrinations dans les entrailles du Rock Armath ou sous les montagnes de Nirtim. Pourtant, les parois de roche grossière ne laissent entrevoir aucune marque de taille, du moins au début car, après une vingtaine de mètres, leur planéité s'améliore sensiblement, comme si elles n'avaient pas subi les aléas du climat. Intrigué, je les observerai bien de plus près, mais mon guide n'apprécierait sans doute pas et le poids de Brëanal sur mon dos commence à me fatiguer sérieusement, d'autant plus que je suis contraint de m'appuyer presque uniquement sur une seule jambe.

Une trentaine de mètres encore et nous débouchons soudain sur une vaste salle rectangulaire qui, cette fois, ne laisse plus planer le moindre doute: cette cavité a été creusée artificiellement, aucune salle naturelle ne saurait former un rectangle parfait! Bien mieux éclairée que le précédent conduit, elle s'avère longue d'une bonne vingtaine de mètre et large d'une quinzaine, son plafond culmine à quelque chose comme quatre ou cinq mètres et ses murs sont tous percés de passages. Une demi-douzaine de Sindeldi s'y trouvent, répartis entre de nombreux empilements de caisses ou de tonneau plus ou moins élevés. Les Elfes présents sont dépourvus d'armure mais porteurs eux aussi de haches accrochées à leurs ceintures ou dans leurs dos. Ils sont habillés presque correctement, leurs habits sont certes usés mais plutôt en bon état comparé aux fripes innommables qui sont le lot des autres bannis, et clairement aussi bien nourris que les gardes.

(Eh bien, on se croirait presque de retour à Tahelta... il y a les nantis et les autres, pour changer...)

(Oui, maintenant nous savons où passe l'approvisionnement envoyé par navire.)

(Tu pourrais croire que leur bannissement les aurait vacciné contre le système, mais non, ils n'ont rien de plus pressé que de le reproduire, quelle tristesse...)

Mais, le garde me faisant signe de me presser vers le tunnel qui s'ouvre dans la paroi opposée à celle par laquelle nous venons d'arriver, je me hâte de mon mieux à sa suite et remets à plus tard les considérations philosophiques. Une vingtaine de mètres encore dans ce nouveau couloir et nous parvenons devant une lourde porte de bois renforcée de fer, gardée par deux autres sbires équipés comme celui que je suis. D'un geste péremptoire, ce dernier fait signe à ses comparses d'ouvrir l'huis et me grogne d'entrer, ce que je fais sans tergiverser car je ne suis pas sûr de pouvoir porter encore bien longtemps mon fardeau. Pourtant, je m'immobilise net en découvrant ce qui se trouve derrière l'obstacle de bois: un véritable palais! Enfin, selon les critères de Raynna, en tout cas. C'est une salle approximativement carrée d'une quinzaine de mètres de côté dont le plafond se trouve à la même hauteur que celui de la salle précédente, mais ce qui choque après le dénuement terrible des bannis, ce sont les tapis et tentures qui recouvrent la quasi totalité des murs. Les tissus sont élimés et leurs couleurs semblent passées, certes, mais tout de même! Le mobilier, aussi, même s'il ferait honte au plus simple marchand de Tahelta il n'en reste pas moins totalement incongru ici. Buffets, coffres, table et chaises, fauteuils, étagères chargées de livres et d'objets divers, paravents dissimulant certaines partie de la salle, rien ne semble manquer au parfait confort du maître des lieux, invisible pour l'instant.

(Mais...comment a-t-il pu se procurer tout ça, par tous les dieux?! La nourriture, les meubles encore, je veux bien, mais les tapis, les tentures), demandé-je à ma Faëra alors que mon guide me pousse d'une bourrade dans le dos et entre à ma suite avant de refermer la porte.

(Tu ne penses pas qu'il y a des questions un peu plus urgentes que ça, Tanaëth?)

Oui, évidemment, mais tout de même, je ne comprends pas. Perplexe, je laisse mon regard parcourir lentement les lieux, jusqu'à ce qu'une voix au ton étrangement aimable provenant de ma gauche me fasse sursauter:

"Ah! De la visite? Que veux-tu, petit?"

Je me tourne pour voir qui me parle et découvre alors un Sindel de haute taille, luxueusement vêtu d'étoffes de prix et muni à la ceinture d'une épée longue qui me parait en parfait état, à en juger par la poignée et la garde. Les cheveux de l'Elfe sont taillés très court, trop pour que je puisse vraiment en définir la couleur, mais c'est son regard qui me retient: des yeux d'un bleu extrêmement pâle, froids et durs comme de la glace, qui semblent me juger sans aménité. Au temps pour l'amabilité, je ne doute plus désormais que ce soit le même genre de fausse courtoisie qui sévit à la cour, paroles de velours et coups dans le dos, tout ce que j'aime en somme. Évitant non sans mal de relever le "petit" qu'il a employé à mon égard, je soupèse soigneusement mes mots avant de lui répondre, certain que ce cher monsieur ne perdra pas plus de quelques secondes avec moi si je ne parviens pas à l'intéresser suffisamment:

"Bonjour, messire. J'ai un marché à vous proposer: des soins pour mon ami, en échange de quoi je vous offre l'accès à un Oracle. Une vie contre une réponse à n'importe laquelle des questions que vous vous posez, voilà mon offre."

L'Elfe s'avance d'une démarche gracieuse vers moi en haussant un sourcil légèrement sardonique:

"Un Oracle, vraiment? Ils sont rares, et aucun ne se trouve à Raynna. Je crois que tu essayes de m'entourlouper, petit."

Je le fixe au fond des yeux et, bien que ce titre sous lequel je me désigne soit un peu prétentieux étant donné que mon pouvoir n'a clairement pas la valeur prophétique d'un véritable Oracle, je lui rétorque avec la plus ferme assurance:

"Je suis en votre pouvoir, que gagnerais-je à tenter de vous tromper, si ce n'est une mort certaine? Soignez mon ami, posez votre question et, demain à l'aube vous aurez sa réponse. Libre à vous d'en vérifier la véracité avant de me laisser partir."

Mëaren sourit légèrement, sans que cela n'atteigne ses yeux, puis il me tourne lentement autour avant de se replacer en face de moi:

"J'en déduis à tes paroles que c'est toi, ce "fameux" oracle. Alors dis-moi, pourquoi ne me contenterais-je pas de te faire enchaîner et de t'obliger à répondre à mes questions pour rien?"

Je lui retourne son sourire, puis dépose doucement Brëanal au sol avant de lui répondre, de crainte de trahir ma faiblesse en me mettant à trembler d'épuisement:

"Parce que vous n'obtiendriez rien de moi sous la menace ou la torture, messire. Vous m'avez soigneusement observé, mon pagne ne dissimule pas grand chose, alors croyez-vous vraiment que la douleur soit capable de délier ma langue? Je n'ai plus que ma vie à perdre et cela fait longtemps que j'ai accepté l'idée de mourir."

"Un combattant, hein? Mais tu omets une chose dans ton discours, petit. Si tu es là, c'est que tu as autre chose à perdre que ta vie: celle de ton ami. Peut-être serais-tu plus enclin à bavarder, si je le torturais un peu sous tes yeux..."

Mon visage se modèle en un impénétrable masque de pierre, à ces mots qui pourtant me font intérieurement frémir. Je sais maintenant qu'il n'acceptera pas ma proposition, ou ne respectera pas sa part du marché si par hasard il faisait mine d'y consentir. La mère Sindel qui m'a amené ici avait raison, c'est un fou furieux qui n'hésitera pas à user des pires méthodes pour obtenir ce qu'il désire. Et je me suis jeté dans ses griffes comme le dernier des imbéciles. Mais ce n'est pas en montrant ma peur que je m'en sortirai, si bien que je détache soigneusement mes mots en lui répliquant avec le plus grand calme:

"Libre à vous d'essayer, messire. Comment pourrais-je vous en empêcher? Mais vous n'obtiendrez rien, si ce n'est de faire de moi votre pire ennemi. Et ça, croyez-moi, c'est la dernière chose que nous souhaitons, vous et moi."

Mëaren éclate de rire à mes paroles, puis il me dévisage avec curiosité et remarque:

"Tu es seul, presque nu, désarmé et pas précisément en grande forme, petit. Mais tu ne manques pas d'audace, ça je te l'accorde. Tu pourrais me servir, cela te serait plus profitable. Qu'en dis-tu?"

Je l'observe un instant en silence, cherchant une manière de me tirer de ce mauvais pas, mais pour l'heure je ne vois qu'une chose à faire: gagner du temps, si bien que je finis par hausser légèrement les épaules:

"Une vie contre une réponse, tels sont les termes du marché que je vous propose, messire Mëaren. Mais si vous avez quelqu'un à trucider, je pourrais vous rendre ce service en supplément. Une vie contre une vie et une réponse, c'est un marché correct. Mais ensuite je devrai partir, vous m'en voyez désolé."

Il ne me laissera pas partir, pas vivant en tout cas, j'en suis raisonnablement certain mais que faire d'autre dans ma situation? Je n'ai pas les moyens de me battre contre lui et ses sbires, pas maintenant en tout cas, mais une occasion se présentera peut-être, si je vis assez longtemps pour ça. Le noble, car c'en est un, fait mine de soupeser un instant la question avant de me répondre avec un sourire aussi faux qu'un yu gobelin:

"Soit. Marché conclu. Voici donc ma question: qui a tué une vingtaine de mes esclaves dans la mine, ces derniers jours?"

Tandis que je m'efforce de ne pas laisser paraître ma surprise et mon dégoût à l'évocation de ses esclaves, il se tourne vers son séide et ajoute:

"Bëarn, offrons donc l'hospitalité pour la nuit à notre nouvel ami. Et envoie-moi le guérisseur."

Il nous fait signe de sortir d'un petit geste de la main en précisant à mon attention avec un petit sourire cruel:

"Ton ami sera soigné, tu as ma parole. Nous nous reverrons demain matin. Tâche d'être en forme et d'avoir ma réponse, petit."

Je me contente d'acquiescer d'un hochement de tête, puis mon guide me ramène à la première salle avant de m'entraîner dans un nouveau couloir aux parois parsemées de portes tout aussi solides que celle défendant l'accès à la demeure de son maître. Il en ouvre une et me pousse rudement dans ce qui s'avère être une petite cellule de roc, sommairement "meublée" d'une paillasse crasseuse, d'un pot sans doute destinés aux besoins naturels et d'un broc d'eau sans doute à moitié croupie. Puis, sans un mot, il referme la porte et la verrouille au moyen de la barre prévue à cet effet, située à 'extérieur bien entendu.

(Eh bien, sympathique leur hospitalité... dans le genre prison c'est efficace, en tout cas.)

(Oui, mais tu es toujours vivant et on peut espérer qu'il maintienne Brëanal en vie, au moins jusqu'à demain.)

(Tu sais que tu es d'un grand réconfort, juste là?)

Mais je suis trop épuisé pour penser au lendemain, et trop affamé aussi. Quant à la soif, elle me taraude depuis tant d'heures que je donnerais mon héritage en échange d'une gourde d'eau fraîche, mais en guise d'eau fraîche, je n'ai que l'infâme bouillon de culture qui traîne dans le broc. En temps normal je plisserais un nez dégoûté et attendrais d'avoir un breuvage plus sain à me mettre sous la langue, mais là, pas question de faire le difficile. J'en avale lentement quelques gorgées, manquant tout cracher tant le goût de souffre est violent, puis je vais m'allonger sur la misérable paillasse, vidé de toute force. Reste à espérer que mon organisme rôdé aux rudes conditions de la vie d'errant supportera le brouet...

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 Sujet du message: Re: Les rues de la ville
MessagePosté: Sam 21 Juil 2018 03:11 
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Après un peu plus de trois heures de méditation, je me relève et fais quelques exercices d'assouplissement qui me tirent bien des grimaces. Tout mon corps proteste contre le traitement que je lui ai infligé ces derniers temps et le manque de nourriture ne m'aide pas vraiment à récupérer. Je n'ai rien mangé depuis plus que j'ai quitté mon abri au bord de la mer, la veille au soir, rien de dramatique encore mais, vu que je n'ai pas eu un régime beaucoup plus consistant durant les semaines qui ont précédé, cela suffit à m'affaiblir assez pour que j'aie de légers vertiges dès que je tente un effort un peu plus violent. J'espère que Mëaren aura la courtoise de me nourrir un peu avant de m'envoyer trucider son ennemi, mais je ne parierai pas dix yus là-dessus.

Quoi qu'il en soit, mieux vaudrait que j'aie sa fichue réponse avant de le recroiser et, comme cela doit faire un peu plus d'un jour complet que j'ai cherché Brëanal au moyen de ma vision, je devrais être en mesure d'en provoquer une nouvelle. Je m'installe donc en tailleur sur la paillasse et me concentre posément pour écarter les brumes du temps et tenter de voir ce qui est arrivé aux malheureux mineurs de mon détestable geôlier.

Lentement, comme à regret, les voiles du passé s'écartent, et je les vois. Ils sont une douzaine, maigres à faire peur, crasseux au possible et arborent, pour la plupart, des traces de coups de fouets sur le dos. Du moins je suppose que c'est de cela qu'il s'agit, car ma vision n'est pas nette, mais quelle autre origine pourraient avoir les traits écarlates qui sillonnent leurs chairs nues? Leurs pieds semblent entravés par de lourdes chaînes qui les relient entre eux et ils sont munis d'espèce de pioches avec lesquelles ils frappent la roche friable de la région, au risque que tout s'effondre sur eux. Pour ce que j'en distingue, ils se trouvent dans une vaste salle irrégulière, chichement éclairée par un nombre bien insuffisant de torches. Mais si cette vision m'emplit de colère, ce n'est pas cela que je dois voir, aussi je tente de me calmer en soupirant profondément et focalise ma volonté sur l'instant où certains d'entre eux meurent.

Soudain, d'autres silhouettes surgissent des ombres, plus petites que des Sindeldi mais tout aussi maigres que ceux que je vois. Je crois voir des flèches fuser des ténèbres, mais peut-être n'est-ce dû qu'à l'imperfection de ma vision car aucun Sindel ne semble tomber à cet instant. Les nouveaux arrivants se jettent sur les esclaves et, ces derniers ne pouvant sans doute guère se défendre à cause de leurs chaînes, j'assiste à une véritable boucherie qui ne doit pas durer plus d'une vingtaine de secondes. Je tente désespérément de mieux voir les attaquants que je ne discerne que comme des formes sombres et floues, mais en vain, diriger ma vision n'a rien d'aisé et je n'arrive que très exceptionnellement à avoir une vue nette. Il me semble encore que les agresseurs récupèrent certaines choses, sans que je puisse définir quoi exactement, mais ce n'est pas ce qu'ils ont pris qui m'intéresse, c'est qui ils sont. Je m'efforce une fois encore de clarifier la scène en me focalisant sur l'un de leurs visages, mais sans autre résultat que de revenir abruptement au présent, dans ma petite prison de pierre.


(Et merde, c'était quoi ces êtres?!)

(Réfléchis un peu, ça me semble assez évident...)

(Moui... la logique voudrait que ce soient des Eruïons, vu l'endroit où l'on se trouve et leurs gabarits. Mais ça pourrait aussi être des Sektegs, voire une bande de jeunes Sindeldi.)

Mais je n'y crois pas, à dire vrai, ils m'ont tout de même parus trop grands pour des Sektegs et, pour ce qui est d'une bande de jeunes Sindeldi, où auraient-ils trouvé des arcs et des flèches, si tant est que ce soit bien ce que j'ai vu? Dans tous les cas ils possédaient des armes vu la rapidité avec laquelle ils ont éliminé les esclave et, en me remémorant de mon mieux ma vision, sans doute des pièces d'armure car certains étaient étrangement...bosselés. Des Eruïons donc, très probablement. Mais que faisaient-ils là? Je sais qu'ils s'en prennent parfois au bagne, les histoires à ce sujet sont nombreuses à Nessima, mais je n'ai jamais entendu dire qu'ils avaient attaqué Raynna de l'intérieur. Je sens mon coeur battre un peu plus vite à la pensée suivante: comme ils ne peuvent pas venir du Bagne, à moins d'être arrivés dans ces cavernes avant que Mëaren n'en fasse son repaire...il serait logique de penser qu'ils viennent de l'extérieur!

(Bon sang, s'il y avait une sortie par ces cavernes, ce serait autrement plus simple que le moyen que j'ai imaginé!)

(Pas sûr, les passages sous la montagne sont dangereux, rappelle-toi que ce sont des volcans...)

(Je sais bien, mais au moins il n'y aura pas de soldats, tu connais la réputation des troupes d'élite de Raynna.)

(Et ton équipement?)

(Moui, il y a ce problème, en effet. Mais comme il est caché au pied des montagnes, je pourrais aller le récupérer par là, sans devoir me coltiner d'abord deux jours en plein désert, à découvert ou presque tout du long. Enfin, le problème, pour commencer, c'est Mëaren, je doute fort qu'il nous laisse bien gentiment filer par ses mines. A mon avis il n'a pas la moindre intention de nous laisser en vie après avoir eu ce qu'il voulait, à moins que l'on accepte de le servir.)

Sindalywë ne prend pas la peine d'essayer de me détromper, à quoi bon alors que je partage ses pensées et que je sais qu'elle a le même avis que moi à ce propos? Mais il m'est impossible d'échafauder le moindre plan pour le moment, il y a trop d'inconnues, a commencer par: Brëanal a-t-il vraiment été soigné? Qui Mëaren me demandera-t-il de tuer, et quand? Si j'ai bien cerné le bonhomme il pourrait aussi bien me désigner l'un des chefs militaires du bagne... Bref, me tournebouler la tête ne sert à rien, mieux vaut que je me repose encore un peu, j'aurai besoin de toutes mes forces et de mon entière lucidité dans les heures à venir. Un moment plus tard, des pas se font entendre dans le couloir et s'arrêtent devant ma porte, si bien que je me relève rapidement tandis que le visiteur retire la barre qui clôt la porte et l'ouvre d'un coup de pied en clamant:

"Debout! Le chef veut t'voir!"

Reconnaissant Bëarn, je le suis sans discuter jusqu'au palace de Mëaren, qui m'attend, confortablement assis dans un fauteuil. Il fait signe au garde de se retirer puis, dès que ce dernier a refermé la porte derrière lui, me demande abruptement:

"Alors, cette réponse?"

Je le fixe calmement et fait mine d'examiner la pièce avant de lui retourner une question:

"Où est mon ami, messire Mëaren?"

Le noble se lève souplement et s'avance vers moi, sévère:

"Il se repose. Tu le verras plus tard, après avoir répondu à ma question et rempli ta part du marché."

Ben voyons. Il me prend pour un nouveau-né ou quoi? Je secoue lentement la tête et lui rétorque calmement:

"Vous aurez votre réponse lorsque j'aurai la preuve qu'il est en vie, pas avant."

J'ai bien conscience de jouer avec le feu, le bref éclat de colère qui passe dans le regard de Mëaren indique clairement qu'il n'apprécie pas d'être contrarié, mais je sais aussi que ma seule chance de nous sortir tous deux de ce pétrin est de faire douter mon interlocuteur au moyen d'une assurance inébranlable. La moindre faiblesse, la moindre erreur, et nos os finiront à côté de ceux du mammifère marin qui trône sur son tas d'ordures, j'en suis convaincu.

"Tu joues avec ma patience, petit, or je n'en ai guère", rétorque le noble d'un ton menaçant.

Cette fois c'en est assez, le moment est venu de montrer un peu les griffes. D'un ton dur et froid, assuré jusqu'à moindre syllabe, je lui réplique:

"La patience n'est pas mon fort non plus, sieur. Vous êtes face à un choix: vous m'amenez mon ami et j'honore ma part du marché, ou vous faites l'erreur d'essayer de me contraindre. Choisissez mais choisissez vite, je commence à me lasser de ce petit jeu malsain."

Totalement éberlué par ma tirade, Mëaren en reste coi une seconde, avant de dégainer sa lame d'un geste vif en grondant:

"Tu te prends pour qui, vermine?! C'est moi qui dicte les conditions ici, personne d'autre!"

"Nous avons fait un marché, tout ce que je demande c'est la preuve que mon ami a bien été soigné, est-ce si extravagant? S'il est en vie, cela ne devrait pas poser le moindre problème. Mais peut-être dois-je considérer qu'il est décédé cette nuit?"

Je ne bronche pas sous la menace de l'arme, s'il avait vraiment voulu s'en servir maintenant ce serait fait. Avant qu'il ait eu le temps de répondre, j'ajoute:

"Dites-moi, combien de vos sbires avez-vous perdu dans ces mines? Cinq? Dix? Davantage? Vous ne trouverez jamais les responsables sans mon aide, messire, ils connaissent ces lieux bien mieux que vous. Combien d'hommes êtes-vous encore prêt à perdre? Combien avant qu'un clan rival ne décide de profiter de votre affaiblissement pour s'emparer de vos biens?"

Je n'ai aucune certitude qu'il ait effectivement perdu des combattants dans l'affaire, mais cela me semble raisonnable de le supposer. D'une part les esclaves devaient être surveillés, d'autre part il n'aurait pas posé cette question si elle ne le préoccupait pas sérieusement. Enfin, je n'ai vu que quatre Sindeldi munis d'armures, jusque là, et pas plus d'une dizaine en tout. Ce qui me laisse penser qu'il a déjà perdu pas mal de monde dans ces mines et que cela le place dans une posture inconfortable. Anxieux, je retiens mon souffle en l'observant plisser les yeux de colère et crisper les doigts sur la garde de son épée, va-t-il finalement se décider à me tomber dessus?

"Très bien", murmure-t-il, rengainant lentement son arme avant de crier à son séide d'amener Brëanal.

Je pousse un discret mais profond soupir de soulagement, un immense poids s'envolant de mes épaules en apprenant que le capitaine est vivant. Et effectivement, moins de deux minutes plus tard, c'est un Brëanal pâle et titubant mais debout qui fait son entrée! Il me dévisage avec une totale incrédulité et murmure faiblement:

"Tanaëth Ithil?! Par Sithi, que faites-vous là?"

Je lui souris et presse amicalement son épaule en lui répondant:

"C'est une longue histoire. Je vous la raconterai, mais avant cela j'ai un marché à honorer."

Je me tourne vers Mëaren et reprends:

"Ce sont des Eruïons qui tuent vos hommes. Ils sont nombreux, au moins une vingtaine, bien armés. Maintenant dites-moi, qui dois-je tuer?"

Le capitaine de la milice me regarde d'un air effaré, mais il s'abstient de commenter et laisse Mëaren me répondre avec un sourire vicieux:

"Des Eruïons, dis-tu? Ma foi, c'est plausible, mais moi aussi il me faut des preuves. S'ils existent bel et bien, ils sont dirigés par une matriarche. Apporte-moi sa tête et tu auras rempli ta part de marché."

Bordel! Il le savait! Je suis sûr qu'il le savait! Et sa demande n'est rien d'autre que la mâchoire du piège qui se referme, je me suis fait berner comme un débutant! Mais pas question de lui donner satisfaction en lui montrant que je me suis laissé duper, j'ai ma fierté et je puise dans les tréfonds de ma volonté pour rester impassible et lui répliquer posément:

"Vous savez fort bien qu'elle sera protégée par toute sa tribu, je ne l'atteindrai pas sans prendre de nombreuses vies."

"Cela ne me regarde pas, petit, je ne te demande qu'une tête, conformément à notre marché."

Évidemment. Piégé jusqu'au bout, le petit Tanaëth. Fait comme un rat. Mais je n'ai d'autre choix que de jouer selon les règles de ce fourbe, du moins en apparence:

"Très bien. Alors prêtez-nous des armes et nous vous ramènerons sa tête."

"Vous? Tu n'espères tout de même pas que je vais te laisser emmener ton ami, petit?"

"Vous voulez que vos mines redeviennent sûres, oui ou non? Je ne viendrai pas tout seul à bout d'une meute d'Eruïons armés jusqu'aux dents et dirigés par une Matriarche, vous le savez très bien. Tout ce que vous gagneriez à m'envoyer seul c'est ma mort, je ne doute pas que cela vous indiffère, mais votre problème resterait intact. Avec mon frère d'armes nous avons une petite chance, que risquez-vous à la tenter?"

"Eh bien, que vous filiez sans demander votre reste, et que mon problème reste intact. Tu iras avec l'un de mes hommes."

"Non. Vos hommes sont des enfants de choeur, sans quoi vous n'auriez pas eu besoin de moi pour éliminer ces Eruïons. J'irai avec mon ami et nous vous ramènerons la tête de cette matriarche, je vous en fais le serment devant Sithi."

Mëaren nous scrute un long moment en silence, Brëanal et moi, puis finit par acquiescer en haussant les épaules:

"Soit. Bëarn! Guide-les jusqu'à l'entrée de la mine et donne-leur à chacun une hache et quelques provisions."

Il a accepté trop facilement, je doute qu'un serment devant Sithi ait grande valeur à ses yeux, mais je suppose qu'il ne s'attend pas vraiment à ce que nous survivions là où ses guerriers ont échoué. Dans le pire des cas il perd deux haches et peut-être quelques ennemis, dans le meilleur nous le débarrassons de la menace et il nous fera exécuter lors de notre retour. Un pari que je n'hésiterai pas à prendre, à sa place, il n'a rien à perdre si j'ai bien jugé de la situation. Mais rira qui rira le dernier, je lui réserve un chien de ma chienne, comme disent les humains.

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 Sujet du message: Re: Les rues de la ville
MessagePosté: Sam 21 Juil 2018 14:04 
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Après nous avoir munis d'une besace contenant de maigres provisions et de deux gourdes d'eau, Bëarn s'empare d'une torche et nous mène au travers d'un véritable dédale de couloirs et de salles, vides pour la plupart bien que l'une d'elle contienne un joli stock de bois provenant sans doute des caisses et tonneaux de nourriture largués par les navires de Nessima. Il me faut soutenir Brëanal durant ce trajet car Mëaren a visiblement fait le strict minimum en le guérissant, une avarice qui alimente encore ma rancoeur à son égard. Cette faiblesse ne m'arrange pas, elle rendra notre fuite d'autant plus difficile que je ne suis pas moi-même en grande forme, mais au moins sommes-nous tous deux en vie et relativement libres de nos mouvements. C'est plus que je n'en espérais la veille, à bien y songer, notre situation s'améliore.

Tandis que nous nous enfonçons toujours plus loin dans les entrailles de la terre, un étrange sentiment de déjà-vu s'empare peu à peu de moi, que je ne parviens tout d'abord pas à expliquer. Mais, lorsque nous parvenons dans une vaste salle hémisphérique d'où partent une bonne dizaine de couloirs et où traînent les restes d'une statue de grande taille, l'évidence me frappe comme un coup de massue: Sanssitr! Ces souterrains ressemblent comme deux gouttes d'eau à ceux de Sanssitr, l'ancienne capitale des Eruïons enfouie sous Nessima. Je fronce les sourcils d'incompréhension à ce constat, comment se fait-il que je n'aie jamais entendu parler de cette cité? Il devrait exister des légendes de sa conquête, des évocations au moins, mais je n'ai pas souvenir d'avoir jamais entendu quoi que ce soit à ce propos. Pourtant ce n'est pas faute d'avoir harcelé mes connaissances Nessimoises de questions sur l'histoire et les légendes de ma ville natale, lorsque j'étais jeune. Et s'il y a bien une chose que j'ai apprise depuis que j'ai rejoint les Danseurs d'Opale, c'est qu'au Naora les faits historiques soigneusement occultés ne sont jamais de bon augure. Que s'est-il passé ici pour que le Clergé ait effacé toute trace de l'histoire? Car c'est la seule explication à la totale absence de mentions de cette cité dans nos légendes, à moins de supposer que la ville était abandonnée avant notre arrivée sur cette île, ce que je ne crois guère. Enfin, je chasse ces questions de mes pensées pour l'instant, j'ai d'autres préoccupations autrement plus pressantes que des mystères historiques.

Près d'une heure plus tard, nous parvenons dans une nouvelle salle de bonne taille, rectangulaire celle-ci, où sont enchaînés une bonne vingtaine de Sindeldi surveillés par une demi-douzaine de gardes portant, outre des fouets, armes et armures. Je m'assombris en découvrant ce spectacle qui me rappelle le sinistre camp d'esclaves des mines d'opale de Khonfas, Dieux comme j'ai honte de mon peuple à cet instant! Les prisonniers, des hommes pour la plupart bien qu'il y ait au moins trois femmes, sont si maigres que je pourrais compter leurs côtes, tous arborent les traces du fouet, ainsi que je l'avais entrevu dans ma vision. Leurs regards éteints se tournent vers nous, indifférents, résignés et dépourvus de la moindre trace d'espoir. Une envie féroce d'étêter les responsables de cette horreur s'empare de moi, mais je la dompte froidement, le temps des comptes viendra, cela je m'en fait la promesse. Un bref coup d'oeil à Brëanal m'apprend qu'il ne goûte pas plus que moi à ce qu'il voit, mais je profite de ce que notre guide se soit un peu éloigné pour lui murmurer:

"Patience mon ami, patience..."

Il incline lentement la tête en guise de réponse, puis Bëarn nous houspille pour que nous arrêtions de traîner et nous lui emboîtons donc sombrement le pas pour pénétrer dans un nouveau couloir. Quelques minutes encore et nous parvenons devant une porte gardée par deux autres séides en armure, à qui notre guide ordonne de nous remettre à chacun l'arme promise. Sans discuter, l'un des deux gardes s'éclipse par la porte pour en revenir, un instant plus tard, avec deux haches similaires à celles qu'ils arborent. J'examine soigneusement celle qu'il me remet et m'écarte un peu pour en découvrir le poids et l'équilibre, corrects mais sans plus. Quoi qu'il en soit, ce sera toujours largement plus efficace que le bâton que je possédais, ce qui n'est pas bien difficile en réalité. Nous retournons ensuite sur nos pas et empruntons un autre couloir, jusqu'à un nouveau croisement d'où filent deux galeries, dont l'une que notre guide nous indique comme étant l'entrée des mines: un tunnel descendant en pente relativement abrupte, plus étroit que les précédents puisque trois Elfes auraient tout juste la place d'y avancer de front:

"C'est là. Après une cinquantaine de mètres ça débouche dans la mine proprement dite, les gars sont avertis d'votre arrivée. Y'a tout un tas de galeries, certaines plus ou moins effondrées, y'en a pas la moitié qu'ont été explorées. Faites gaffe aux trous dans le sol aussi, y'a de foutus précipices dans l'coin."

"Parfait, alors à très bientôt, sieur Bëarn", lui réponds-je avec un sourire ambigu avant de m'engouffrer dans la descente en faisant signe au capitaine de me suivre.

(Sindalywë, fais-moi un peu de lumière, tu veux?)

(Non, je n'ai pas envie d'aller dans ta hache), grommelle ma Faëra.

(J'imagine bien, mais vas-y tout de même, s'il te plaît, tu ne voudrais pas que je me casse une jambe?)

Elle obtempère en maugréant de plus belle et, à la pâle lueur émise par mon arme, nous arrivons peu après dans la mine évoquée, qui n'est autre que la vaste salle chaotique éclairée par de rare torches que j'ai aperçue dans ma vision. D'autres esclaves sont à l'oeuvre, une douzaine environ, surveillés par deux gardes qui semblent prendre un malin plaisir à utiliser leurs fouets dès que la cadence ralentit un tant soit peu. Brëanal se penche vers moi à cet instant, pour me murmurer à l'oreille:

"Nous avons des haches, éliminons ces deux sbires et libérons les esclaves. Si nous nous débrouillons bien nous pourrions aussi éliminer les deux salopards qui gardent l'armurerie et armer ces malheureux. On aurait alors une chance de libérer les autres et nous serions assez nombreux pour mettre un terme à cette ignominie!"

Je réfléchis un instant à cette possibilité, elle est certes très tentante, mais il y a un point qu'elle ne résout pas:

"Nous réussirions peut-être, c'est vrai. Mais cela ne nous aiderait pas à sortir de ce damné bagne."

"Bah, une fois ces maudits esclavagistes éliminés, nous aurions tout loisir de fouiller ces souterrains pour trouver une sortie, avec assez d'hommes pour repousser les Eruïons s'ils se manifestaient."

Il n'a pas tort, mais ce plan ne me plaît pas, sans que je sache exactement pourquoi. Après un moment de réflexion, je finis par lui répondre pensivement:

"Ces souterrains semblent immenses, j'ai vu des galeries partir dans toutes les directions. Nous pourrions passer des mois à chercher une sortie et ne jamais la trouver, si c'est à moitié aussi grand que Sanssitr. Et puis même, à peine serions-nous partis que quelqu'un remplacerait Mëaren, sans compter que les Eruïons pourraient revenir avec une véritable armée et massacrer tous les habitants de Raynna."

"C'est possible, oui. Mais comment éviter ça?"

"Je ne sais pas. Enfin, j'ai peut-être bien une vague idée, mais ce serait risqué. Trop, peut-être, d'autant plus que vous n'êtes pas en état de vous battre, vous tenez à peine debout."

"Dites toujours?"

"Mmm. Éloignons-nous un peu, pour commencer", lui dis-je en lui indiquant l'une des galeries qui partent de la salle.

Nous ne sommes clairement plus dans la cité Eruïon, à en juger par l'irrégularité des couloirs et de la salle elle-même, à moins que cela ne soit dû à l'extraction effectuée par les esclaves mais cela voudrait dire que cela dure depuis plus longtemps que je n'ai envie de l'imaginer. Peut-être étaient-ce déjà des mines du temps de la grandeur des Elfes Bruns, qui sait? Quoi qu'il en soit nous suivons la galerie durant près de cent mètres avant de parvenir à une nouvelle salle, bien plus petite que la précédente, d'où partent trois autres passages, dont l'un à moitié effondré.

"Bon, asseyons-nous un moment pour parler, avant de nous perdre dans ce labyrinthe. Voilà ce que je propose..."

J'expose mon ébauche d'idée au capitaine, comme prévu elle ne l'enchante pas mais il ne trouve que de maigres arguments à y opposer:

"Vous êtes téméraire, Tanaëth, cela vous jouera un mauvais tour, un de ces jours. Et rester ici en attendant que vous reveniez ne me plaît pas."

"Je sais, mais vous avez besoin de vous reposer et de reprendre des forces, je ne pourrais pas vous porter durant des heures si l'épuisement vous terrasse. Et je pense que c'est notre meilleure chance de mettre un terme définitif à tout ça."

"Sans doute, oui, mais elle est bien maigre, cette chance."

Nous discutons encore un bon moment, mais je finis par le convaincre que mon plan, peaufiné avec son aide, a des chances raisonnables de succès. Il me remet sa hache puis, après avoir partagé les provisions, je le quitte en lui recommandant de se dissimuler jusqu'à mon retour et retourne dans la salle où triment les esclaves.

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 Sujet du message: Re: Les rues de la ville
MessagePosté: Lun 23 Juil 2018 14:51 
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Une fois dans la salle aux esclaves, j'examine les premiers mètres des différentes galeries qui en partent sous le regard méfiant des gardes, espérant y trouver des empreintes de pas pouvant m'indiquer par où les Eruïons y arrivent. Sans succès, le sol majoritairement rocheux à cette profondeur ne garde que peu de traces et, les rares que je découvre, sont peu nombreuses et d'une taille qui me fait plutôt penser qu'elles appartiennent aux matons Sindeldi.

Ennuyé, je tente de me remémorer l'agencement général de Sanssitr, une cité que je connais relativement bien pour l'avoir explorée durant ma turbulente jeunesse, m'y perdant parfois des jours entiers avec mes petits camarades. Au grand dam de mes parents mortellement inquiets, d'ailleurs, mais ces souvenirs me font sourire, ils datent d'une époque où j'avais encore une famille aimante. Je ne suis pas sûr que ma connaissance de la ville souterraine de Nessima me soit d'une grande aide, rien ne dit que celle-ci ait été bâtie selon le même plan et Sanssitr ne comporte pas de mines pour ce que j'en sais, mais se risquer à le supposer vaut aussi bien que de chercher une petite troupe d'Elfes Bruns au hasard dans ces infinis souterrains à mon sens. Je quitte donc la mine par le chemin qui nous a permis d'y arriver, regagnant ainsi la cité proprement dite et ses galeries parfaitement taillées dans la roche volcanique de la région.

Là, je prends un moment pour tenter de me remémorer ce que j'ai vu de cette ville et m'orienter, en me basant sur le "plan" de Sanssitr pour essayer de définir où devrait se trouver son centre. La méthode est hasardeuse, bien évidemment, mais je n'ai pas mieux sous la main et il faut bien que je commence à chercher quelque part. S'il reste des parties intactes non fréquentées par les Sindeldi, je suppose que les Eruïons auront préféré établir là leur camp plutôt que dans le chaos de galeries minières, pour autant qu'ils aient un camp bien sûr, ce que rien ne me garantit non plus. Mais il y a eu plusieurs attaques rapprochées dans le temps, d'après ce que j'ai compris, il me semblerait donc logique que ce soit le cas, d'autant plus que les Bruns vivent communément dans des souterrains depuis que mon peuple les traque, d'après ce que j'en sais. Après quelques minutes d'intense réflexion, j'en viens à estimer que le gros de la cité devrait approximativement se situer au nord-ouest de l'endroit où je me trouve, plus proche des montagnes et donc creusée dans une roche plus solide que celle qui m'entoure, issue quant à elle des éruptions volcaniques et donc majoritairement friable et poreuse.

J'emprunte donc un passage menant dans cette direction et, prenant soin de graver sur la roche friable une marque afin de pouvoir retrouver mon chemin au retour, choisit de même à chaque croisement que je rencontre en cours de route, parcourant ainsi plusieurs centaines de mètres jusqu'à tomber face à...un cul de sac. Dépité, je reviens jusqu'au précédent carrefour et prends un passage conduisant plutôt vers l'ouest, qui ne tarde pas à descendre en pente douce. Celui-ci ne comporte pas d'intersections et semble se prolonger indéfiniment, du moins en ai-je l'impression. Je dois parcourir ainsi trois ou quatre kilomètres puis, au détour d'un virage, tombe nez à nez avec un magnifique effondrement!

(Et merde...)

Je cherche un moyen de passer au travers de l'éboulis, mais en vain, même une souris ne traverserait pas ce bouchon, force m'est de faire une nouvelle fois demi-tour. Après des heures de marche ponctuées de plusieurs retours sur mes pas, qu'ils soient dus à des effondrements du plafond, du sol ou que la galerie suivie s'arrête abruptement comme si son excavation n'avait jamais été achevée, je finis par arriver dans une partie complexe qui semble avoir servi d'habitation au vu des nombreuses pièces qui bordent les couloirs. Elles possédaient des portes, mais ces dernières ont toutes été fracassées et le bois qui les composait s'effrite entre mes doigts dès que je le touche. Épuisé, je décide de m'installer dans l'une d'elles pour manger un morceau et me reposer, me demandant si, au final, j'ai vraiment une chance de parvenir à trouver ces fichus Eruïons dans ce dédale.

Je me remets en route après quelques heures de méditation, fouillant soigneusement la zone pour tenter de repérer une galerie plus importante que les autres qui devrait, je l'espère, me permettre de trouver le "centre ville". Je finis par la dénicher après plus d'une heure de recherche et, envahi d'un regain d'espoir, me mets à la suivre du pas le plus rapide que m'autorise ma jambe blessée. Pour parvenir, une autre heure plus tard, face à un nouvel effondrement qui, pas plus que le précédent, ne me laisse la moindre chance de passer.

(Bon sang! Foutue cité, ils n'auraient pas pu la creuser dans de la vraie roche?!)

Sindalywë ne prend pas la peine de me répondre, à quoi bon? Je n'ai d'autre choix que de retourner sur mes pas en soupirant: mon idée n'était peut-être pas si bonne que ça, au final. Je pensais parvenir à m'orienter à peu près grâce à ma connaissance de Sanssitr, mais cette cité n'a visiblement pas été conçue de la même manière et je n'avais pas pris en compte son aspect ébouleux. Que faire? Poursuivre ma tentative, au risque d'y passer des jours et de ne rien trouver en fin de compte? Je le tenterais peut-être, si Brëanal ne m'attendait pas et, surtout, si mes réserves d'eau et de nourriture n'étaient si maigres. Mais je n'ai pas vu la moindre goutte d'eau dans ces cavernes, tout est sec, si désespérément sec que je n'ai pas même aperçu le moindre insecte. Mieux vaut que je retourne vers le capitaine et que, comme il l'a d'ailleurs proposé, nous attendions la prochaine attaque pour intervenir.

Il me faut près d'une demi-journée pour retrouver la salle où creusent les esclaves mais, lorsque j'y parviens enfin, une mauvaise surprise m'attend: elle est vide. Totalement vide.

(Mais c'est pas vrai?! Sindalywë, dis-moi que ce n'est pas vrai?)

Anxieux, je cours en boitillant jusqu'à l'endroit où j'ai laissé Brëanal, espérant de toute mon âme que, s'il n'y a personne en train de creuser, c'est tout simplement qu'ils ne travaillent pas jour et nuit. Et même si ce n'était pas le cas et que les Eruïons se soient livrés à une autre attaque, il aura peut-être pu se cacher et leur échapper? Mais je déchante vite en arrivant à notre cachette: il n'est plus là et, atterré, je distingue des traces de lutte au sol...

(Sithi miséricordieuse! Tout ça pour rien!!! Il fallait qu'ils débarquent pendant que j'étais loin, hein? Bordel que je hais cet endroit!)

(Du...)

(...calme, oui je sais! Épargne-moi ton sermon, pour une fois, tu veux? Je ne suis pas d'humeur, juste là!)

Boudeuse, ma Faëra daigne se taire, pour une fois, consciente qu'elle ne parviendra pas à éteindre la colère qui m'habite. J'en ai marre de ce foutu bagne et des crevures d'Ithilausters responsables de cette situation, mais alors marre à un point... Rageur, je me mets à chercher des traces au sol. Il y en a bien, mais je ne suis pas pisteur et, dès que j'arrive dans la grande salle, elles se mêlent à tant d'autres que les suivre s'avère totalement impossible, en tout cas pour moi.

(Tanaëth! Att...)

"Un geste et tu meurs, Sindel. Il y a trois arcs braqués sur toi. Pose tes armes, doucement."

L'ordre est prononcé d'une voix rauque, pourvue d'un accent étrange, qui vient de la galerie que je viens de quitter, juste derrière moi. J'enrage!!! La tentation de me retourner pour voir à qui j'ai affaire est grande, mais s'il y a vraiment trois archers prêts à me larder de traits... Tremblant de colère, écoeuré de m'être fait piéger comme le dernier des débutants, je lâche mes haches dont les fers tintent lugubrement dans la nef et reste sagement immobile tandis que j'entends plusieurs personnes, au moins trois, s'approcher de moi. L'une d'elles, la même que précédemment d'après la voix, reprend d'un ton dur:

"Ne tente rien si tu veux vivre, Sindel. Nous n'hésiterons pas à tirer."

Deux silhouettes apparaissent dans mon champ de vision, de part et d'autre, effectivement munies d'arcs à double courbure pointés sur moi. Leurs peaux brunes et leur accoutrement aussi hétéroclite que misérable ne laisse guère planer de doute sur leur race. Je voulais trouver les Eruïons? Eh bien c'est fait, mais pas précisément de la manière que j'espérais. Un troisième Elfe Brun, enfin, je le suppose car je ne le vois pas, s'empare brutalement de mes poignets pour les attacher dans mon dos, assez serré pour que la corde m'entame la peau. Empli d'une profonde amertume devant ce revirement du destin, muet comme une tombe, je songe avec une sombre ironie qu'au moins ils ne semblent pas vouloir prendre ma vie tout de suite. Mais savoir si je dois vraiment m'en réjouir, ça...

"Allez, emmenez-le!"

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Dernière édition par Tanaëth Ithil le Lun 23 Juil 2018 23:43, édité 1 fois.

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