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Khynt sembla se considérer au-dessus des questions de sexe, les jugeant comme dépassées sur Izurith et prédisant qu'elles finiraient par l'être sur Yuimen. La confusion du garzok dans ces questions sembla cependant l'amuser et le modifié demanda à son interlocuteur s'il souhaitait devenir une femme. Celui-ci scruta le regard de cet être étrange pour y déceler si cette proposition était vraie ou non, mais n'y parvint pas. Ses yeux se tournèrent alors vers Krel'ka et Erkra qui restèrent inexpressifs avant de se poser sur son propre corps. Son corps, cette montagne de muscles défigurée par les épreuves dont il tire sa force, sa meilleure arme, le changerait-il? Il regarda à nouveau Ekra, le mâle garzok modifié, qui avait, lui aussi, une carrure imposante, avant de reposer son regard sur Krel'ka puis Khynt, dont les silhouettes féminines étaient beaucoup plus frêles. Il répondit enfin après un raclement de gorge:
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Je ne prétends pas tout connaître du monde, mais de tous les garzoks que j'ai vu, le corps des femelles me semble généralement moins grand et puissant que celui des mâles. Je dois donc refuser, ma force brute étant ce qui m'a le mieux gardé en vie jusqu'ici."
Mais Khynt avait pris une mine plus sérieuse en répondant à ses autres questions. Le lieutenant assura tout d'abord que les humains de ce monde se préoccupaient pas de Yuimen et n'auraient qu'à fermer définitivement le portail derrière eux pour ne plus en entendre parler, assurant au passage qu'ils rempliraient leur part du marché en cas de réussite. La silhouette féminine marqua alors une pose le temps de prendre place sur une couche au centre du campement avant de continuer. Selon elle, la GPET est une organisation cherchant à éradiquer la technologie, mais serait actuellement en train de tomber. Quant à ses origines, Khynt avoua venir de ce monde, d'Alskabât pour être précis et fut Général de la rébellion il y a sept cents ans sous le nom de Karl Hynt avant d'être trahi par ses camarades et de devoir fuir sur Yuimen. Sans le relever, Kurgoth compris que le nom "Khynt" venait de la contraction de son ancien nom. L'ancien général précisa qu'il était à l'époque un médecin et scientifique de génie à l'origine de la technologie sur Izurith avant de jauger le garzok et constater qu'il était taillé pour le "combat au corps à corps, sans finesse ni diplomatie". Kurgoth commença par répondre à ce constat.
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C'est vrai. Dans un combat, j'utilise ma force brute pour prendre l'avantage et écraser mes adversaires dans une marre de sang sans aucune discrétion. Mais vous feriez une erreur de me limiter à cela. Je suis prêtre du tout-puissant Thimoros et j'ai appris, au temple d'Omyre, comment torturer une victime des jours entiers. Si je ne l'ai pratiqué jusqu'ici à des fins religieuses, je sais qu'un bon général y trouverait une utilité pour faire parler des prisonniers ou des espions. Ne me sous-estimez pas."
Kurgoth marqua alors une pause durant laquelle son regard sanglant fixait celui du lieutenant de sa reine avant de revenir sur les origines de Khynt et la récompense.
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Je ne peux m'empêcher d'être méfiant envers les humains, vu comment ils nous traitent, c'est la moindre des choses... S'ils peuvent aussi facilement abandonner Yuimen à son sort, pourquoi ne le feraient-ils pas avant de donner la récompense? Et si votre histoire est vraie, pourquoi vous soucier de votre allégeance à sa divine majesté Oaxaca, une fois la mission remplie? Vous pourriez devenir un héros ayant par deux fois sauvé les humains d'Izurith, malgré leur trahison après la première libération. Vous pourriez simplement profiter de la situation pour prendre le pouvoir sur ce monde et vous aussi, tout comme eux, vous détourner de Yuimen. Dans la culture d'Omyre, on obéit seulement à plus puissant que soi, qui serait plus puissant que vous si vous dominez Izurith? Comment être certain que je suis bien ici au service de la fille de Thimoros?"
Kurgoth n'avait aucune confiance en les humains, de Yuimen ou d'Izurith, et l'histoire de Khynt le rendait suspicieux. Il n'avait pas voulu accuser le modifié de trahison, même si de telles paroles pouvaient le suggérer, mais cherchait une assurance, quelque chose qui puisse le convaincre ou le persuader qu'il agissait bien dans l'intérêt des siens et ne risquait pas d'être associé à un traître à son retour à Omyre.
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