L'Univers de Yuimen


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 Sujet du message: Temple de Phaïtos
MessagePosté: Mar 28 Oct 2008 22:21 
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Temple de Phaïtos


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Dans une ruelle sombre et étroite jouxtant le quartier des marins, non loin du Temple de Thimoros, se terre un autre temple, plus discret, plus reculé, dont seuls les adeptes du Puissant Phaïtos connaissent l’entrée. Celle-ci est une petite porte noire, esseulée au bout de cette obscure ruelle plutôt glauque. Une simple petite porte noire sans ornement, qui semble donner sur une habitation complètement ruinée. On pourrait presque y lire "La voie est close, les morts la gardent’", mais ce n’est pas le cas. Aucune inscription ou indication n'informe que l’Antre de la Mort commence ici.

Mais ça n’est pas sur cette misérable masure abîmée que cette porte donne, en réalité. Une fois ouverte dans un grincement qui fait frémir les os, la porte s’avère dissimuler un escalier qui descend dans des profondeurs obscures à peine éclairées par une lueur blafarde totalement artificielle et dénuée de vie. Là commence la descente aux Enfers, car ce temple leur est dédié, ainsi qu’à leur maître, le grand Phaïtos, Seigneur de la Mort.

Les marches sombres, sculptées dans un roc noir dense et luisant, descendent sur plusieurs mètres avant de dévoiler ce qu’est réellement ce temple : une grande crypte souterraine bâtie dans cette même pierre sombre, soutenue par de hautes arches en ogive qui se joignent dans des rosaces aux décors funèbres : crânes, ossements, faux, corbeaux.

La même lueur blafarde éclaire sommairement les lieux, verdâtre, pâle, elle ne semble presque pas exister tant l’obscurité de la pièce est oppressante. Dans cette crypte tout semble converger sur un unique autel, sobre et sombre. Au dessus de ce dernier s’élève l'unique décoration du lieu, une menaçante statue de corbeau prenant son envol, majestueuse mais terrible, au regard de rubis qui semble percer votre âme pour la voler et l’emmener vers le Royaume Funèbre.

Le prêtre gardien de ce lieu consacré est un humain à la peau pâle, presque translucide, jaunâtre. Il est glabre et mince, presque squelettique et se vêt uniquement d’une longue robe noire à capuchon qu’il porte souvent relevé sur son crâne chauve. Il est tout en longueur, grand et fin, élancé, ses mains aux longs doigts pâles tiennent sans cesse un symbole de son dieu, un cordeau en Onyx. De longs cheveux blancs encadrent son visage marqué par la Mort, attestant de son âge avancé. Sa voix, peu de gens l’entendent, mais elle ferait frémir le plus vaillant. Elle est comme l’incarnation de ce lieu : sombre, sobre, profonde et rauque.

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 Sujet du message: Re: Temple de Phaïtos
MessagePosté: Dim 14 Nov 2010 19:49 
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Kaeras poussa la porte usée du temple de Phaïtos. Elle la referma aussitôt derrière elle afin de laisser l'horreur du meurtre du grand-prêtre de Thimoros à l'extérieur. Elle aurait dû être contente, en effet, par cet acte elle venait de faire une offrande à son dieu. Inspirant et expirant calmement, elle colla son dos au mur à côté de la porte et reprit son souple avant de descendre les escaliers.

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(Tout ça pour la Khori. Je ne sais pas jusqu'où j'irai... Comment me débarrasser de mes mauvaises habitudes, de mes crises de colère, de ma folie, de ma sensation de manque.... Pourquoi ne suis-je pas plus simple ? Pourquoi la mort m'entoure t'elle ? Je devrais y être habituée, cependant j'ai peur. J'ai peur de perdre toute humanité. J'ai peur de devenir une paria... Mais après tout, est-ce si important ? Quel est le réel désir de Phaïtos ? Je le sers au mieux. Pourtant, je n'ai pas l'impression d'en faire assez... Enfin... Rentrons... Un nouveau bain m'attend, je suis trop sale pour pouvoir me présenter ainsi à la prière de ce soir.)


Elle se remit en route et descendit une à une les marches de l'escalier. Elle arriva dans la salle de culte et s'inclina face au corbeau aux yeux rougeoyants, symbole de Phaïtos. Elle se dirigea vers les quartiers d'habitation des prêtres. Elle croisa un prêtre qui se dirigeait vers la bibliothèque. Au coeur de la pénombre, elle ne put deviner la signification de son regard, caché par son capuchon. Cependant son haussement d'épaule semblait indiquer un air de dédain envers elle.

Plutôt qu'entrer à nouveau en conflit, elle préféra baisser les yeux et continuer son chemin. Elle entendit dans son dos le prêtre soupirer. Ceci renforça l'idée qu'elle avait des autres prêtres : ils ne l'aimaient pas. Cependant, cela ne la dérangeait pas tant que ça. C'était réciproque.

Elle arriva bientôt dans sa chambre. Elyah avait essuyé le sol, la baignoire était vide. Ses produits de beauté avaient été rangés sur son étagère à côté de son mirroir.

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Elyah était en train de jouer avec un poupée de chiffon représentant un squelette. Elle la tenait dans sa main et disait en l'agitant de droite à gauche :

« Misérable humain, je suis le puissant Phaïtos. Je suis venu ici afin de vous apporter la rédemption. Vous allez mourir et vous serez enfin libre. A travers Kaeras, ma représentante en ce bas-monde vous devrez choisir : mourir pour vivre ou vivre pour mourir. Si vous choisissez de mourir maintenant vous serez épargnés. Je vous sauverai et vous serez libres. Si vous refusez vous vivrez dans la souffrance ! Telle est ma volonté ! La volonté de Phaïtos. »

Kaeras applaudit l'éloquence de sa jeune servante. Elyah se retourna vivement et prit un air honteux. Elle cacha son visage rougie par l'embarras derrière la poupée de chiffon. Kaeras s'approcha et posa sa main sur la chevelure blonde d'Elyah. Elle caressa le sommet de son crâne et dit :

« N'aie pas honte, tes mots sont justes. Tu n'as pas à être confuse à cause de ta volonté de servir ton dieu. Tu es certes encore jeune, mais je te prédis un grand avenir si tu poursuis dans cette voie. »

Elle releva la fillette et lui déposa un baiser sur le front.

« J'ai récupéré de la Khori au prix de grands sacrifices. Si tu me prépares un nouveau bain, je te raconterais mon épopée. »

Elyah acquiesça de la tête, ralluma les braseros chauffant le bain et partit avec un sceau de bois cerclé de fer chercher de l'eau afin de remplir la baignoire de sa maîtresse. Après une vingtaine d'aller-retour la baignoire était remplie pour Kaeras.

Pendant que les braseros augmentaient petit à petit la température de l'eau Kaeras et Elyah mirent différents sels de bains dans la baignoire. Elles choisirent des senteurs comme jasmin et fleur d'oranger afin de pouvoir au mieux relaxer la prêtresse. Au bout d'une heurette, le bain était suffisamment chaud. Kaeras se dénuda et entra pour la deuxième fois de la journée dans son bain.

Elyah s'activa alors à laver le dos de sa maîtresse. Kaeras commença alors à lui raconter ce qui s'était passé au sein du temple de Thimoros...

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Dernière édition par Kaeras le Lun 15 Nov 2010 23:03, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Temple de Phaïtos
MessagePosté: Lun 15 Nov 2010 22:22 
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Kaeras revêtit une sous-robe noire en lin après avoir raconté ses « exploits » à Elyah lors de son bain visant à se laver des traces de sang du grand-prêtre ainsi que des morceaux de cadavres ayant giclé sur elle. Elle dit à Elyah qu'elle allait se reposer afin de récupérer de sa fatigue et lui conseilla de faire de même.

Kaeras se dirigea vers son lit à baldaquin qui avait remplacé la modeste paillasse de la pièce. En effet, depuis son arrivée au temple elle ajoutait demande sur demande auprès des autres prêtres afin d'augmenter son confort. Elle avait commencé par demander des braseros pour avoir plus chaud car une femme était plus fragile qu'un homme. Elle avait ensuite demandé un baquet pour se laver car une femme ne pouvait pas se baigner avec les hommes dans le local commun. Après, elle avait insisté pour avoir un miroir, un bureau et un siège confortable pour pouvoir se maquiller, en effet, une femme se devait d'être présentable. Elle avait ensuite exigé des étagères ainsi qu'une garde-robe pour stocker ses produits de beauté, lotions et vêtements. Puis elle demanda un lit à baldaquin en prétextant un mal au dos qui l'empêchait de se tenir droite devant Phaïtos.

Les prêtres avaient accepté car elle était nouvelle au temple et qu'ils se devaient d'accueillir convenablement les nouveaux venus. Cependant, ils comprirent rapidement que Kaeras exagérait et que la majorité de ses demandes n'étaient là que pour son intérêt personnel. Ils avaient continué afin de ne pas éveiller son courroux, en effet, ils s'étaient rendus compte qu'elle était tout sauf facile à vivre, à tel point qu'elle rendait leur vie pour ainsi dire insupportable.

Elle se glissa entre les draps de soie rouge et serra sa tête contre l'oreiller en plumes d'oie. Elle était fatiguée, cependant, elle n'arriva pas à trouver le sommeil immédiatement. Elle se remémorait l'horreur de la scène du meurtre du grand-prêtre de Thimoros. Cet incident de parcours allait sans doute conduire à une rixe entre les prêtres des deux camps, bien trop heureux de pouvoir en découdre afin d'imposer leur culte aux autres croyants de la cité.

Elle tourna, tourna, tourna et tourna encore et encore dans son lit. Les secondes, les minutes, les instants s'égrainaient petit à petit sans qu'elle pût trouver le repos. Cependant, petit à petit ses paupières se faisaient de plus en plus lourdes. Au bout d'une heure de calvaire, elle réussit enfin à tomber dans les limbes du sommeil. Néanmoins, l'horreur ne l'abandonna pas pour autant.

Ses souvenirs se transformèrent en cauchemars. Elle criait de peur dans ses rêves. Ceci réveilla Elyah. Elle s'approcha du lit de sa maîtresse et la vit en sueur. Elle alla chercher un linge d'eau fraiche et le déposa sur le front de Kaeras qui semblait bouillir de fièvre. Ceci apaisa la jeune femme en apparence. Elle cessa d'hurler et bien que son sommeil restât agité, elle semblait plus calme. Elyah approcha un siège du lit de sa maîtresse et veilla le reste de la nuit à ses côtés afin de rafraichir le front de Kaeras.

Les heures passèrent et la nuit se termina. Kaeras se réveilla et vit sa jeune servante endormie sur une chaise à côté de son lit. Comprenant qu'elle avait veillé sur elle toute la nuit, elle ne la réveilla pas. Elle se leva et sortit des draps. Elle s'approcha d'Elyah et la souleva de sa chaise. Elle la prit dans ses bras et la déposa dans le lit encore chaud. Elle remonta les couvertures jusqu'au menton de la jeunette et l'embrassa sur le front.

Elle se dirigea vers sa garde-robe et en sortit une cape de laine épaisse. Elle prit la direction du réfectoire commun. Il était encore tôt, aucun prêtre n'était venu déjeuner, ils étaient déjà tous dans la grande salle en train de prier Phaïtos. Elle profita du vide pour se servir un bol de lait froid ainsi que deux grosses tartines de pain beurrées. Elle s'installa à une table et commença à manger. Bien que son sommeil fut agité, elle avait récupéré de sa fatigue de la veille. Elle trempa ses tartines dans son lait et expédia son repas en quelques minutes. Elle n'avait pas envie de perdre de temps à manger. Une fois son déjeuner terminé, elle laissa son bol au milieu de la table sans ranger ni nettoyer quoique ce soit. Les autres prêtres étaient là pour ça. Et puis, elle qui d'habitude se levait bien plus tard, jamais elle ne serait soupçonnée...

Elle se leva et regagna sa chambre laissant le réfectoire encombré de ses chaises et de ses tables. Au retour dans sa chambre, Elyah dormait toujours à poings fermés. Kaeras décida de s'entrainer au contrôle de la magie de l'ombre. En effet, si elle devait continuer à faire des idioties il faudrait qu'elle puisse s'échapper sans qu'on la remarque. Cela lui aurait été utile dans le cadre du temple de Thimoros. Il était clair qu'elle serait la principale suspecte du meurtre du vieux prêtre. Si elle avait pu fuir sans être vue, elle n'aurait jamais eu à craindre cela.

Elle reposa sa cape dans sa garde-robe et resta en sous-robe. Elle alluma un seul brasero afin d'éclairer la pièce depuis un seul point. Elle déplaça quelques meubles dont son fauteuil et son bureau afin de créer des obstacles. Elle tendit également des draps sombres entres les murs et les meubles pour créer des zones d'ombre. Elle tenta alors de se souvenir du processus nécessaire pour réussir à se dissimuler de manière quasi complète dans les ombres. Certains prêtres avaient déjà essayé de lui enseigner la technique, mais étant réfractaire à leurs enseignements, elle n'avait pas bien suivi leurs formations. Elle se rappela cependant une histoire de projection mentale, d'absorption de la lumière et d'une fameuse volonté de contrôle.

Avec ceci elle était peu avancée. Cependant elle ne perdit pas courage et son lança dans son entraînement. Elle se plaça en face de son miroir afin de pouvoir juger de ses progrès. Elle se dirigea à côté d'une tenture et essaya de se dissimuler dans l'ombre existante. Elle regarda en direction du miroir et vit son image se réfléchir dans ce dernier. Elle se demanda alors s'il ne s'agissait pas d'un simple contrôle des sens adverses plutôt que d'un réel agissement sur la nature de la lumière.

(Comment qu'il disait déjà ce prêtre ? Le sort d'ombre est une manipulation... Mais une manipulation de quoi déjà ? De l'être... Non du paraître ! Zut ! Ca veut dire qu'un miroir peut me voir... Mais attends idiote ! Un miroir ça n'a pas d'yeux ! Comment pourrait-il me voir ? Donc si je me vois à travers lui c'est que mon sort est raté... Je ne suis vraiment pas très douée... Pourquoi je n'ai pas profité des cours de magie pour apprendre un sortilège aussi utile... Moi j'ai préféré apprendre à tuer les gens avec des sorts d'attaque... Pas forcément utile une fois qu'on doit partir...)

Elle essaya de se concentrer à nouveau sur son but : se dissimuler. Elle se déplaça vers une autre zone d'ombre et il lui sembla qu'il lui manquait un pied dans le miroir. Elle s'arrêta afin de vérifier si son pied n'était pas hors du cadre.

(Ah ben non. Mon pied semble vraiment avoir disparu. Je ne le vois plus dans le miroir. Tiens et si je baissais mes yeux... Ah ! Mon pied n'est plus là ! Qui me l'a volé !!! Mais idiote, tu essaies de te cacher dans l'ombre, c'est normal de ne plus te voir. Je ne suis pas si peu douée que ça finalement. Continuons.)

Elle se rapprocha du brasero afin de se réchauffer quelques instants et de se reposer un peu. Elle posa inconsciemment son postérieur sur la carcasse chauffée. Elle poussa alors un cri de douleur et s'éloigna en courant de la source de chaleur. Sentant toujours le chaud, elle retourna sa tête et vit de la fumée s'élever de son derrière. Elle jeta alors son fessier sur le sol et bascula par dessus le rebord de sa baignoire. Elle essaya d'entrer en contact avec le feu au moyen de son esprit afin de le raisonner. Elle s'imagina en train de faire rétrécir petit à petit la source de chaleur en lui ordonnant de s'éteindre.

Elyah se réveilla en sursaut du lit de sa maîtresse en ayant reconnu sa voix... Enfin ses hurlements plutôt. Balayant la pièce du regard, elle ne vit pas Kaeras. Elle demanda alors :
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« Où êtes-vous maîtresse ? »

« Là dans la baignoireeeeeeee, je brûleeeeeeeeeeee !!!!! AU SECOUUUUURRRSSSS !!! »

Elyah se leva et se dirigea rapidement vers la baignoire mais s'arrêta à quelques mètres de cette dernière. Elle ne voyait pas Kaeras.

« Je ne vous vois pas maîtresse !!! »

« Mais moi je te vois ! Reste pas plantée là alors que je brûle !!! Ah, tiens, je ne brûle plus... »

Regardant le fond de la baignoire, Kaeras aperçut un fond d'eau dans celle-ci. Elle souffla de bonheur et ajouta :

« Ouf, il restait de l'eau. »


Elle se releva alors et apparut à la vision d'Elyah.

« Ben là je vous vois ! »


Kaeras s'arrêta quelques instants, sa sous-robe dégoulinant d'eau.

« Aurais-je réussi à maîtriser le sort d'ombre ? Il semblerait bien que oui ! C'est fantastique ! Projection, absorption, contrôle... et fureur pour moi... Voilà comment le contrôler ! »


Elle sauta par dessus la baignoire et serra Elyah dans ses bras.

« Voici une bonne chose de faite ! »


Un peu fatiguée, elle repartit se coucher afin de dormir quelques heures. Elyah la réveilla au bout de quatre heures et fit alors remarquer son état à Kaeras. Elle était encore en sous-vêtements alors qu'il commençait à se faire tard. Elle lui montra également sa garde-robe et Kaeras comprit qu'elle venait de détruire sa dernière belle sous-robe après en avoir déchiré une, sali une autre et jeté une dernière...

Les deux femmes se débarbouillèrent et Elyah aida sa maîtresse à se refaire une beauté. En effet, elle devrait aller en ville pour racheter des sous-robes si elle ne voulait pas dormir dans une sous-robe en laine âgée de deux bons mois. Kaeras enfila une robe rouge sang lacée dans le dos et laissant ses épaules dénudées. La robe trainait quasiment par terre laissant uniquement apparaître des bottines en fourrure de tigre orange et noire.

Une fois prête, Kaeras se dirigea en direction de la sortit. Elle monta l'escalier et se retrouva sur le porche du temple de Phaïtos. Maintenant, elle devait trouver une bonne boutique à la mode.

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 Sujet du message: Re: Temple de Phaïtos
MessagePosté: Jeu 2 Déc 2010 11:56 
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Kaeras rentra au temple de Phaïtos. Elle était épuisée par ses aventures précédentes. Elle tomba de fatigue sur son lit sans prendre le temps d'enlever ses vêtements sales. A ce moment, telle une furie, Elyah entra dans la pièce. Elle se dirigea en courant vers Kaeras. Celle-ci tourna la tête vers Elyah et lui demanda ce qui se passait.

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« Maîtresse, vous êtes en grand danger. Les prêtres veulent vous faire du mal ! Laissez-moi vous raconter ce qui s'est passé. »

 
Et c'est ainsi qu'Elyah raconta à Kaeras l'histoire suivante :
 
« Tandis que vous étiez partie, une drôle de réunion s'est tenue au sein de la grande salle.
 
Le grand-prêtre  se tenait derrière l'autel de Phaïtos attendant que tous les prêtres s'installent. La lumière verdâtre se reflétait sur sa peau translucide. Il avait rejeté en arrière son capuchon, laissant voir ses longs cheveux blancs encadrant son visage cadavérique.
 
Une fois le silence établi. Il a pris la parole et a dit :
 
"Chers frères... Je vous ai réunis en ce jour afin de discuter d'un important problème... Depuis peu notre communauté est troublée par la présence inopportune d'un cataclysme... Certains semblent avoir déjà compris de quoi je voulais parler... Oui, je veux parler de cette fanatique venue d'on ne sait trop où. Cette fanatique qui se fait nommer Kaeras. Laissez-moi reconstituer le contexte de son arrivée..."
 
Le grand-prêtre s'est arrêté et a regardé l'assemblée. Puis il a repris son discours et disant ceci :
 
"Il y a une semaine environ, Kaeras est arrivée à notre temple. Elle s'est présentée comme une prêtresse venant du temple de Caix Imoros... Ceci m'a d'abord semblé bizarre... Un humain, et surtout une femme... Prêtresse au pays des Shaakts ? Cela semblait peu probable... Et pourtant, le parchemin qu'elle nous montrait avait bien été rédigé par le grand-prêtre de Caix Imoros. Sa missive disait :
 
Ce parchemin atteste la vérité sur la nature de son porteur. Nous vous envoyons une nouvelle recrue car elle n'a plus sa place ici pour le moment. Enseignez-lui vous aussi ce que vous savez. Cette personne sera mon successeur. »
 
Il a alors montré le parchemin à l'assemblée ainsi que le sceau ayant permis de cacheter le pli. Il a repris la parole en ajoutant :
 
« C'est ceci qui nous a poussé à bien accueillir cette novice. A passer outre ses demandes de plus en plus farfelues... Seulement, ce matin, j'ai reçu un émissaire venant de Caix Imoros. Ce dernier m'a annoncé le décès du futur remplaçant de leur grand-prêtre et que ce dernier souhaitait nous en avertir... »
 
Un murmure d'effroi a alors parcouru l'assemblée. Je ne savais pas trop où me cacher. Je savais qu'on allait me questionner sur vous maîtresse... Et ça n'a pas tardé !
 
Ils m'ont alors appelé à témoigner et de dire tout ce que je savais sur vous. J'ai alors dû leur dire la vérité. Si j'avais menti, ils l'auraient su. J'ai donc dit que vous aviez volé le parchemin et que vous vous étiez enfui du temple de Caix Imoros, profitant du grabuge causé par la mort du successeur du grand-prêtre là-bas. J'ai aussi voulu leur dire que vous aviez fait un grand travail sur la route jusqu'à Darhàm, en convertissant de nouveaux fidèles dans les villages voisins... Mais ils ne m'ont plus écoutée et ont décidé de vous soumettre à la Tribune de Phaïtos et à l'approbation du clergé de Darhàm.... Ceci est prévu pour demain... »
 

Kaeras semblait incrédule. Son plan avait déjà été découvert. Elle, la simple fanatique, voulant uniquement prouver son adoration pour Phaïtos, allait être jugée pour son imposture. Elle se leva rapidement et dit :

 
« Fuyons, tant qu'il est encore temps ! »

 
En pleurs, Elyah prit la main de Kaeras et ajouta :

 
« Mais il est trop tard pour fuir... »

 
A ce moment, deux gardes vêtus de broigne de cuir arrivèrent. Ils montraient une mine sévère et regardaient avec fermeté Kaeras. L'un avait de longs cheveux bruns tandis que l'autre avait de courts cheveux blonds. Les deux étaient aussi larges et forts comme des boeufs. Seule une personne insensée aurait osé leur tenir tête. Ils prirent la parole :
 
« Kaeras, veuillez nous suivre. Nous vous emmenons en cellule. Vous serez jugée demain. »
 

Ils agrippèrent la jeune femme par les épaules et la trainèrent hors de la pièce tandis qu'Elyah continuait de sangloter. Elle aurait tant voulu pouvoir prévenir Kaeras plus tôt afin qu'elle puisse s'échapper. Cependant un important dilemme se posait face à elle : aider sa maîtresse à qui elle offrait toute sa tendresse ou respecter le culte de Phaïtos à qui elle offrait tout sa foi. Elyah avait envie de mourir plutôt que de devoir choisir. Elle se permit de faire un simple geste d'amitié de la main à la prisonnière. Un bras simplement tendu vers cette dernière pour lui indiquer qu'elle ne briserait pas le lien.
 
Les deux gardes ne ménageaient pas Kaeras. Ils avaient reçu des ordres stricts : ne pas se laisser embobiner par la belle la jeter au fin fond d'une cellule. Ils parcoururent un long couloir et arrivèrent à un nouvel escalier. Celui-ci s'enfonçait encore davantage dans les entrailles de la terre. La prisonnière savait qu'ils la rapprochaient de l'enfer.
 
Au fur et à mesure qu'ils descendaient les escaliers, encadrant Kaeras, la température augmentait. Un vent chaud provenait d'en bas. Il apportait une odeur de soufre et moisi. Arrivés en bas des escaliers, ils ouvrirent une cellule de deux mètres sur deux et y jetèrent Kaeras.
 
La cellule était vide en dehors d'un peu de paille pourrie sur laquelle étaient sensés se reposer les prisonniers. En dehors de ça, rien d'autre. Ils étaient loin les lits à baldaquins, les baignoires et les miroirs. A la place elle avait droit aux vers, aux champignons et à la puanteur. Les gardes partirent en riant, tant ils trouvaient le visage perdu de Kaeras pathétique.

 
(Je n'ai plus rien... Voilà que j'ai tout perdu... Depuis que j'ai tué ce prêtre tout va dans le mauvais sens. Pourquoi est-ce que je me sens coupable ? Je n'ai fait que rendre grâce à Phaïtos... Si l'on s'accorde à son culte, il s'est détaché de son frère Thimoros, le jugeant incontrôlable... Pourtant, il ne me semble pas être à ce point ingouvernable !)

 
Kaeras se retourna en direction de la grille et s'approcha des barreaux. Elle les agrippa avec ses mains et regarda dans le couloir. Il était vide. Une seule torche éclairait les lieux, tout au fond du couloir. Elle n'avait pas entendu qu'il y'ait d'autres prisonniers. Les autres cellules devaient être occupées la nuit par de simples fanatiques vaquant aux tâches données par les prêtres de Phaïtos.
 
(Seule... Voilà ce que je suis... Et pourquoi ? Pour avoir voulu quitter ma condition de simple fanatique à Caix Imoros ? La mort du successeur du grand-prêtre, c'était un signe de Phaïtos. Il savait très bien que moi, sa fille bien-aimée, était là pour des buts bien plus haut que nettoyer des cadavres... Si encore on avait bien voulu m'apprendre l'embaumement... Cela aurait été bien plus glorieux... Mais non, je devais nettoyer et me salir les mains sur les corps de ces misérables Shaakts... Eux qui me maintenaient prisonnière depuis près de dix ans... N'était-ce pas là une juste rétribution ?)
 
Elle s'assit contre un mur et se mit à pleurer. Son masque était tombé, jamais plus elle ne pourrait prétendre aux honneurs. Si les prêtres lui laissaient la vie, elle n'aurait que pour simple besogne le nettoyage des latrines... Dans le meilleur des cas... S’ils décidaient qu'elle n'avait plus sa place ici, elle serait au mieux sacrifiée en l'honneur de Phaïtos lors d'une cérémonie, au pire ils la laisseraient mourir de faim après l'avoir suppliciée.
 
C'est dans cet état torturé que Kaeras finit par s'assoupir. La journée avait été longue et épuisante. La journée suivante serait longue et fatale...

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Dernière édition par Kaeras le Jeu 2 Déc 2010 17:03, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Temple de Phaïtos
MessagePosté: Jeu 2 Déc 2010 11:59 
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Kaeras avait perdu tout notion temporelle. Elle ne savait pas si elle était en cellule depuis quelques minutes, quelques heures ou bien quelques jours. Elle n'avait encore rien eu à manger ni à boire. Cependant elle n'avait pas faim. Elle n'avait pas encore été jugée. Aussi comprit-elle qu'elle n'avait pas encore passé plus d'un jour en cellule.
 
Quand elle eut fini par rouvrir les yeux, elle aperçut devant ses yeux comme une brume brouillant les décors autour d'elle. Elle cligna plusieurs fois les paupières avant de voir deux lueurs rouges de l'autre côté des barreaux.
 
Elle se mit à quatre pattes et continua de scruter les deux points lumineux. Elle se leva calmement et s'approcha en direction de ces sources incandescentes. Elle ne comprenait pas trop ce qui lui arrivait. Elle se souvenait que, la veille, il n'y avait qu'une seule torche pour éclairer le couloir.

 
(Qu'est-ce donc que ça ? On dirait une paire d'yeux... Un corbeau de Phaïtos ? J'en doute, jamais ils ne s'aventureraient si bas dans les profondeurs du temple... Seraient-ce des rubis ? Mais, par quoi seraient-ils éclairés alors ? )

 
Elle vit alors les points rouges bouger. Il s'agissait d'un être vivant ou tout du moins d'un être animé. Elle tenta de scruter plus profondément l'obscurité dans laquelle se tapissaient ces deux yeux. Elle remarqua comme une forme sombre les encadrant.

 
(On dirait un halo sombre... Non, plutôt une robe de bure aux couleurs des ténèbres... Serait-ce un prêtre de l'ordre de Phaïtos ? J'en doute... Un tel regard n'est pas humain... Un prêtre d'une autre race ? J'en doute aussi... Je n'ai croisé que des humains dans le temple... A moins que ce ne soit un gardien dissimulé de tous les regards ? Mais alors, pourquoi ne l'ai-je pas remarqué à mon arrivée ?)

 
Kaeras se rapprocha un peu plus et prit la parole :

 
« Bonjour. Je m'appelle Kaeras. Qui êtes-vous ? »

 
La forme commença à devenir de plus en plus trouble et, au bout de quelques instants, disparut sans crier gare. Kaeras frotta alors ses yeux, croyant à un mirage. Elle sentit alors comme un froid passer dans son dos. Elle se mit à frissonner comme si un spectre venait de la toucher.

 
(Etait-ce un fantôme ? Etait-ce un envoyé de Phaïtos ?)

 
Elle sentit alors comme une chape de plomb tomber sur ses épaules. Elle se mit à bailler à s'en décrocher la mâchoire. Elle se dirigea lentement vers la paille moisie, se coucha dessus et s'endormit sans s'en rendre réellement compte.
 
Kaeras avait perdu tout notion temporelle. Elle ne savait pas si elle était en cellule depuis quelques minutes, quelques heures ou bien quelques jours. Elle n'avait encore rien eu à manger ni à boire. Cependant elle n'avait pas faim. Elle n'avait pas encore été jugée. Aussi comprit-elle qu'elle n'avait pas encore passé plus d'un jour en cellule.
 
Quand elle eut finit par rouvrir les yeux, elle aperçut devant ses yeux comme une brume brouillant les décors autour d'elle. Elle cligna plusieurs fois les paupières avant de voir deux lueurs rouges de ce côté des barreaux.
 
Elle ressentit alors comme une sensation de déjà-vu. Venait-elle de rêver la scène précédente ? Etait-elle en train de rêver la scène actuelle ? Etaient-ce deux rêves ? Etait-ce la réalité ? Kaeras se sentait totalement perdue.
 
Elle s'assit sur la paille et observa l'ombre aux yeux rouges. Elle savait qu'en parlant à l'ombre, elle la ferait disparaître. Comment, dans ce cas, entrer en contact avec elle ? Elle ne savait pas si l'ombre pourrait lire ses pensées. Elle ne savait pas si le moindre geste ne la ferait pas fuir.

 
(Et si je lui offrais quelque chose ? Elle pourrait ainsi savoir que je ne lui veux pas de mal... Nous sommes dans le temple de Phaïtos... Il doit donc s'agir d'un être proche de mon dieu... Et si je lui offrais ma broche, symbole des fanatiques de Phaïtos ? Ce serait sans doute l'objet le plus à même de lui montrer ma sympathie.)

 
Kaeras porta, doucement, sa main à la broche en forme d'organe cardiaque qu'elle avait attachée à sa ceinture. Elle défit, lentement, le fermoir et l'enleva de la pièce de cuir. Elle tendit, calmement, sa main avec la broche en direction des yeux rouges.
 
Tout se brouilla alors à nouveau devant ses yeux. Le brouillard revint et elle se sentit à nouveau lourde de fatigue. Encore assise, le bras tendu, elle tomba lentement en avant et s'assoupit sans pouvoir lutter contre le sommeil.
 
Kaeras avait perdu tout notion temporelle. Elle ne savait pas si elle était en cellule depuis quelques minutes, quelques heures ou bien quelques jours. Elle n'avait encore rien eu à manger ni à boire. Cependant elle n'avait pas faim. Elle n'avait pas encore été jugée. Aussi comprit-elle qu'elle n'avait pas encore passé plus d'un jour en cellule.
 
Quand elle eut finit par rouvrir les yeux, elle aperçut devant ses yeux comme une brume brouillant les décors autour d'elle. Elle cligna plusieurs fois les paupières avant de voir deux lueurs rouges juste devant elle.
 
La forme s'était encore rapprochée. Elle aperçut la broche qu'elle avait tendue à l'ombre sur sa robe de bure. Kaeras n'osa pas bouger. Elle était tétanisée.

 
(Est-ce quelque chose de réel ? Est-ce que la faim et la soif me jouent des tours ?)

 
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Elle entendit alors s'élever, de l'être informe et brumeux, une voix rauque, comme venue d'outre-tombe :
 
« Kaeras. Tu es prête à partager avec moi. Je suis, moi aussi, prêt à partager avec toi. Tu peux me considérer comme un émissaire de Phaïtos. Sache qu'il est fier de tes actions, bien qu'elles ne soient pas vraiment orthodoxes. Sache également que tu ne le rejoindras pas aujourd'hui. »
 


Kaeras réussit à se relever tant bien que mal. Elle se sentait à bout de force bien qu'incroyablement enjouée. S'il s'agissait d'un être réel et qu'il ne lui mentait pas, elle serait graciée par la Tribune. En tout cas, elle ne mourrait pas. Kaeras prit alors la parole :
 
« Je ne sais pas très bien qui vous êtes ni ce que vous désirez... Pourriez-vous m'en dire davantage sur vos attentes ? »
 
L'ombre répondit :

 
« Je suis venu ici pour t'instruire en échange de ton courage. Considère ceci comme un don de Phaïtos. Ecoute bien ce que j'ai à te dire. »

 
L'ombre s'éleva légèrement au-dessus de Kaeras qui se tenait à genoux et reprit :
 
« J'ai le pouvoir de façonner tes rêves pour t'apprendre à développer ton sens de la magie obscure. Comme tu dois le savoir, Phaïtos et son frère Thimoros étaient humains à leur naissance. Ils ont emmagasiné du pouvoir obscur petit à petit. Ils ont effectué des recherches de plus en plus complexes sur la mort et tous ses aspects. Thimoros a développé sa magie en l'orientant vers la destruction pure et simple. Le but de Phaïtos était davantage accès vers la compréhension et l'utilisation de la mort. La vision des deux frères était totalement différente, Thimoros avait une vision liée au présent, tandis que Phaïtos pensait davantage au futur. Ceci explique pourquoi la magie de Thimoros est plus accessible et facile à manier, le magicien a juste à penser à l'instant présent et à exprimer ses sentiments obscurs à travers ses fluides. Cependant, elle se trouve bien plus limitée car la magie de Phaïtos puise sa puissance aussi bien dans le monde extérieur que dans le monde intérieur du magicien. Ce dernier doit projeter sa conscience vers l'extérieur afin de tirer toute la puissance de la magie de Phaïtos. Ceci est bien plus difficile, mais dépasse à haut niveau la magie de Thimoros sans aucune mesure. »
 
Kaeras avait l'impression d'avoir déjà entendu ce discours à Caix Imoros lors des cours de magie ténébreuse. Cependant, cela ne l'avait pas marqué à l'époque. Elle repassa alors, dans sa mémoire, les moments où elle avait réussi à maîtriser deux nouveaux sorts : réussir à se cacher dans l'obscurité en manipulant l'environnement extérieur et réussir à maîtriser comme des mains invisibles en manipulant l'air entre ses mains. S'agissait-il de la maîtrise de la magie de Phaïtos comme la décrivait l'ombre.

 
« Oui, il s'agit exactement de ça. Tu ne t'es pas résolue à la simplicité. Tu as préféré utiliser la magie comme le préconise ton dieu. Voilà pourquoi il veut te récompenser. »

 
Kaeras sentit ses joues s'empourprer légèrement. Elle n'était pas peu fière d'un tel compliment. Elle toussota légèrement afin de tenter de dissimuler son embarras. L'ombre lâcha un petit rire rauque et reprit :

 
« Maintenant que je t'ai expliqué ceci, je vais t'envoyer dans le monde onirique afin que tu puisses intégrer mon enseignement. Tu découvriras toi-même ce que tu dois trouver une fois que tu seras dans ces limbes éthérés. »

 
L'ombre leva alors un bras et fit passer lentement sa main, en arc de cercle, devant les yeux de Kaeras. La tête de la jeune s'affaissa et elle tomba dans un état de stase proche du sommeil...
 
 

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Dernière édition par Kaeras le Jeu 2 Déc 2010 17:04, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Temple de Phaïtos
MessagePosté: Jeu 2 Déc 2010 12:25 
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La cellule du temple de Phaïtos disparut petit à petit autour de Kaeras. Les murs devenaient transparents et laissaient deviner une vaste plaine montagneuse. La prison se disloqua totalement, laissant place à un décor rocailleux. Ce paysage semblait familier à Kaeras. Elle avait l'impression de l'avoir déjà-vu. Mais où ?

Elle se frotta les yeux et aperçut à l'horizon un nuage de poussière s'élever du sol. Elle remarqua alors qu'elle se trouvait sur une sorte de sentier serpentant entre deux ravins. Il s'agissait sans doute d'un ancien canyon érodé par la fonte de glaciers au cours des millénaires précédents. Ne sachant si le nuage était produit par une troupe amie ou ennemie elle chercha une cachette du regard. Ceci ne fut pas difficile, tant la gorge présentait de nombreux rochers derrières lesquels se dissimuler. Elle monta sur une plate-forme surplombant le sentier de près de trois mètres.


Elle se mit à plat ventre afin de se fondre le plus possible dans le décor. Elle vit alors une douzaine de Shaakts en contrebas. Ils semblaient préparer une embuscade pour le convoi qui arrivait. Ils avaient choisi le bon endroit. En effet, ils s'étaient placés dans une gorge où l'on ne pouvait pas passer à plus d'une personne à cheval de front. Il semblait s'agit de l'endroit le moins large du secteur. En effet, le canyon arrivait en se rétrécissant jusqu'à cette zone et repartait en s'élargissant en redescendant vers la vallée.

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Le nuage de poussière se rapprochait petit à petit laissant apparaître des hommes chevauchant des montures blanches. La troupe avançait au pas. Ils avaient ralenti en voyant arriver le passage étroit. Ils formèrent une colonne où les cavaliers avançaient en se suivant les uns derrières les autres. La troupe était composée de six cavaliers sur de grandes montures ainsi que d'une plus petite personne montant un poney. S'agissait-il d'un nain ou d'un enfant ?

Les six cavaliers étaient vêtus de la même manière. Ils portaient une cape vert foncé recouverte de poussière. Elle était attachée autour de leurs cous par un fermoir en forme de croissant de lune. La troupe n'était plus qu'à quelques mètres de la zone d'embuscade. Les Shaakts se préparèrent.

Une fois la colonne entièrement engagée dans le corridor. Deux Shaakts lancèrent un filet sur la première monture. Le premier cheval pris de panique rua en direction de l'avant. Le filet l'empêcha cependant d'effectuer son mouvement. Il chuta lourdement au sol désarçonnant le cavalier. Le dernier cavalier tenta de tourner bride à sa monture en voyant le filet faire prisonnier le cheval de tête de colonne. À ce moment, un rocher déboula du sommet du ravin empêchant toute retraite. Une flèche vint se planter dans le dos du cavalier de queue.

L'homme qui se tenait à côté de la petite personne cachée dans une cape bien trop grande pour elle hurla alors :


« Nous devons protéger notre maîtresse Kaeras au péril de nos vies ! »


Kaeras fut alors choquée par cette révélation. Elle resta interdite quelques instants, commençant petit à petit à comprendre.


(Je ne suis pas née à Caix Imoros... Cela je m'en doutais... Je pensais avoir été enlevée... Suis-je en train de revivre cette épreuve de ma vie ? Que suis-je sensée faire ? Suis-je sensée me secourir ? Suis-je sensée les laisser faire ? )


Elle repensa alors aux paroles de l'ombre : ceci n'est qu'un rêve te permettant d'apprendre ce que tu dois. Elle sentit alors un sentiment étrange monter en elle. Ceci ressemblait à de la colère, mais ce n'était pas que ça. Elle connaissait bien le sentiment de colère à force de le côtoyer quotidiennement. Une aversion totale envers les Shaakts naissait au plus profond de son être. Ces derniers lui avaient fait tout perdre : sa famille, sa liberté, sa jeunesse, son avenir, ses choix.

Pendant ce temps, les Shaakts s'étaient lancés à l'assaut de la troupe. A l'aide de longues piques, ils coupaient un à un les jarrets des chevaux. Le sang des animaux, hennissant de douleur et de peur, commençait à inonder le chemin étroit. Les assaillants avaient déjà tué trois autres gardes alors qu'ils étaient au sol et qu'ils tentaient de se relever. Les deux derniers cavaliers avaient pu se relever et tenter de former un rempart de leurs corps autour du poney de leur maîtresse.

Kaeras se concentra et tendit ses bras en avant. Elle sentit comme un léger picotement dans la paume de ses mains Elle passa ses doigts sur ce fourmillement et sentit comme un fil pousser petit à petit au bout de chacun de ses bras. Elle rouvrit ses mains et tenta de diriger ces fils en direction du groupe de Shaakts. Ceux-ci, bien qu'ayant perdu deux des leurs, étaient cinq fois plus nombreux que les gardes luttant de toutes leurs forces.

Kaeras avait l'impression que ses doigts se déplaçaient dans l'air, comme des flèches allant directement vers leurs cibles. Elle sentit alors comme un impact, une sensation dure au bout de ses doigts. Elle tira sur ses mains afin de les observer, mais elle fut retenue dans son mouvement par un lien invisible. Relevant les yeux, elle vit un Shaakt bouger ses épaules de manière incongrue et semblant avoir oublié la bataille.


(Serais-je capable de le diriger à distance ou bien s'agit-il d'une coïncidence ?)


Kaeras pointa à nouveau ses mains en direction du Shaakt qu'elle avait vu bouger bizarrement. Elle souleva ensuite un de ses bras. Le Shaakt fit alors de même. Elle leva son autre bras, imité peu de temps après par le bras armé de la vile créature. Elle était donc réellement capable de manipuler les êtres comme des pantins.

Elle referma ses deux mains autour d'un garde d'épée qui n'existait pas et les dirigea rapidement vers son bas-ventre. Le Shaakt l'imita alors, mais la lame de son épée ne rentra pas son ventre. La marionnette arrêta son mouvement à quelques centimètres de son abdomen. Kaeras retenta l'expérience une fois, deux fois, trois fois. Rien n’y faisait, le Shaakt ne voulait pas se mutiler.

Elle releva alors ses bras et arma au-dessus de sa tête. Elle donna une impulsion par sa pensée à son pantin. Ce dernier avança en direction d'un autre Shaakt. Elle abaissa alors ses bras et sa marionnette fendit sa cible de haut en bas.


(Apparemment, l'âme de la marionnette l'empêche de se tuer mais pas d'attaquer d'autres personnes. Une sorte d'esprit de conservation... Je tiens ici ma vengeance !)


Le groupe d'assaillants, ainsi que les deux gardes, furent immédiatement surpris par ce retournement de situation. Les deux gardiens récupèrent leurs esprits plus rapidement que les Shaakts et profitèrent de la situation pour abattre chacun un adversaire. Le combat se rééquilibrait peu à peu. On était passé d'un deux contre dix à un trois contre six.

Revigorés par ce bouleversement, les deux accompagnateurs de la jeune fille se jetèrent de toutes leurs forces dans la bataille. Ils abattirent, aidés de la marionnette de Kaeras trois nouveaux ennemis. Cependant, l'un des gardiens tomba également au sol, fauché par la lame d'un des Shaakts.

Depuis le début de la bataille, jamais les humains n'avaient été en supériorité numérique. Le dernier survivant commençait à fatiguer tout comme Kaeras qui avait de plus en plus de mal à diriger son pantin. Tandis qu'elle essayait de faire parer son automate, la jeune femme sentit une crampe naître dans son bras droit. Elle rapprocha alors sa main gauche en direction de la douleur. Ceci fit alors bouger le Shaakt et briser sa garde. Un adversaire en profita pour lui assénait un violent coup de hache dans le crâne. Son casque vola au-dessus du champ de bataille tandis que le sang giclait tout autour de la tête écrabouillée par le puissant assaut.

Kaeras ressentit alors une violente migraine apparaître dans sa tête. Elle se mit à hurler de douleur en prenant son visage entre ses mains. La fanatique avait envie de se taper le crâne contre un mur. Jamais elle n'avait enduré une telle souffrance.

Elle tomba, un genou à terre, et vit l'ultime garde achever l'avant-dernier agresseur. La victoire était à portée de main, mais la fatigue emmagasinée par le combattant rendait ses mouvements de plus en plus laborieux.

Il leva son épée au-dessus de son crâne afin de l'abattre de toutes ses forces sur le Shaakt survivant. Il l'attaqua, mais ce dernier réussit à esquiver l'assaut. L'assaillant porta alors un coup de hache dans la poitrine du serviteur. Un flot de sang jaillit et éclaboussa la lame de la hache. L'homme roula sur le côté pris de spasmes et s'éteignit dans un mouvement de la main en direction de la jeune fillette.

Elle n'avait pas bougé depuis le début de la bataille comme si elle était tétanisée par l'affrontement. Le Shaakt savait qu'il n'était pas seul. Il avait entendu un cri de douleur venant d'une plateforme dans les hauteurs voisines. Il prit sa hache et se dirigea vers l'origine du hurlement.

Après avoir gravi quelques rochers il tomba face à Kaeras qui s'était évanouie. Il la mit sur son épaule et la redescendit dans le chemin. La jeune fille restait toujours immobile sur son destrier. Le Shaakt bouscula la fanatique afin de la réveiller. L'adoratrice de Phaïtos émergea petit à petit de son état second et aperçut le visage difforme de son ravisseur.

Elle se mit alors à crier de rage. Toute la haine, enfouie depuis son enfance, refit surface. Elle se jeta sur son agresseur en l'agrippant par le col. Sous son poids, elle le renversa et saisit son petit couteau. Sans que sa victime cherche à se défendre, elle lui planta sa lame à plusieurs reprises dans les poumons l'envoyant rapidement en enfer.

Bien qu’il fût mort, elle continua d'abaisser encore et encore son coutelas dans le corps du Shaakt. Les cris de rage se transformèrent petit à petit en pleurs. Ceci ne lui permettrait pas d'effacer sa souffrance, mais au moins, cela lui permettrait de comprendre comment elle avait pu en arriver là.

Après avoir passé ses nerfs sur la dépouille, elle s'arrêta. Toujours à genou au dessus de sa victime, elle laissa tomber son couteau et sécha ses larmes. La fanatique revint alors à la réalité et se souvint de ce qui s'était passé : l'embuche, la bataille, les morts, la violence, la fillette...


(Est-elle toujours en vie ?)


Elle se releva en sursaut et se tourna vers la monture de la jeune fille. Kaeras vit qu'elle n'avait pas bougé. Elle s'approcha et aperçut deux yeux rouges sous le capuchon de la personne qu'elle avait pris pour son avatar rajeuni.


(C'est vrai... Il s'agit toujours d'un rêve... Pourquoi m'avoir fait croire que je me trouvais en face d'une image de mon enfance... Pourtant... Cela semblait si réelle... Je...)


Elle sentit alors la fatigue s'emparer de ses membres. Une langueur s'installa dans son corps. Elle essaya de lutter quelques instants, mais bientôt, elle tomba à terre et s'endormit.

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Dernière édition par Kaeras le Jeu 2 Déc 2010 17:06, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Temple de Phaïtos
MessagePosté: Jeu 2 Déc 2010 17:02 
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Kaeras se réveilla alors dans sa cellule. À côté d'elle, l'être qui l'avait envoyée dans sa quête onirique se tenait agenouillé. Il avait sa main sur le front de la fanatique psalmodiant à voix basse un cantique dans une langue inconnue. Il vit que la prêtresse venait de rejoindre le monde réel. Il enleva sa main et dit :


« Tu me sembles troublée Kaeras. N'as-tu pas trouvé ce que tu voulais ? »


Kaeras ne savait pas réellement ce qu'elle devait trouver. Elle avait découvert un pouvoir aux possibilités stupéfiantes. Mais arriverait-elle à le maîtriser dans la réalité ?


« Qui êtes-vous à fin ? Que me voulez-vous ? Pourquoi m'avoir fait revivre cette scène jusqu'alors oubliée ? Etait-ce la réalité ?»


L'ombre comprit qu'il était temps de révéler certaines choses à Kaeras.


« Kaeras, je t'ai expliqué mon but. Je suis un Gentâme, l'un des enfants de Phaïtos. Je ne souhaite que t'enseigner certaines choses. Partager la magie de Phaïtos avec toi. Tu viens de vivre une expérience unique. Tu crois que j'ai tout inventé, mais en réalité, je n'ai fait que te montrer ce que tu voulais voir. Depuis que tu as oublié ton passé, ton inconscient cherche à le retrouver. Tant que tu étais sous l'emprise du clergé de Caix Imoros, leurs innombrables drogues t'empêchaient d'en prendre conscience. Mais depuis que tu as rejoint Darhàm, tu te questionnes davantage sur ton origine, la viabilité de tes actions, l'utilité de tes choix... Tu te remets en question car tu te sens incomplète. En effet tu l'es... Tu ne te souviens plus de ton enfance. Laisse-moi te conter ce qui t'est arrivée. »


Kaeras ne savait pas si elle devait prendre ces révélations comme argent comptant. Cependant, elle avait entendu parler des Gentâmes.

(Les Gentâmes, bien qu'elles soient des créatures de Phaïtos, sont dangereuses. Elles ne partagent pas leurs connaissances gratuitement... Si on croit les légendes, plus on veut en apprendre d'eux, plus ils absorbent notre énergie vitale... S'il me raconte mon enfance, je risque de mourir... Que dois-je faire ? L'écouter au risque de mourir ? Lui demander de se taire au risque de ne pas avancer dans ma quête ? Mais après tout, est-ce que je veux réellement savoir ce qui m'est arrivé dans mon enfance...)

Elle se remémora alors son rêve, ainsi que les mots de l'ombre :

(Ce que je voulais voir... Mon passé m'intéresse... Mais puis-je lui faire confiance ? Non, je ne crois pas, et surtout, je ne vois pas ce que mon passé pourrait m'apporter devant la Tribune...)

Kaeras prit alors la parole :

« Vous devez sans doute savoir le fond de ma pensée. Je ne souhaite pas connaître mon passé... Du moins pas pour l'instant. Je vous remercie pour votre enseignement. Mais je pense qu'actuellement connaître un moyen pour me sortir de cette situation est plus important. »

Le Gentâme prit un peu de hauteur et répondit :


« Je comprends Kaeras. Chacun veut être maître de son destin. Je ne peux malheureusement pas t'aider pour t'échapper. Je souhaite juste te rappeler une chose tu n'es pas nécessairement seule. Repose-toi maintenant, ton jugement approche. N'oublie pas mes paroles et mon enseignement. »


Le spectre fit passer sa main devant les yeux de Kaeras et la prêtresse tomba à nouveau dans le monde du rêve.


(Un bruit ? Un bruit de fer ? Un bruit venant des barreaux ?)


Kaeras se releva sortant d'un sommeil réparateur. Elle rouvrit les yeux et regarda autour d'elle. Elle était seule dans sa cellule. Son regard revint vers les grilles et elle reconnut Elyah.


(Tu n'es pas seule.)


La fanatique se leva et rejoignit la fillette qui tapait sur les barreaux pour la réveiller.


« Elyah ! Merci Phaïtos ! Tu dois m'aider en me sortant de là. Nous devons fuir. »



« Mais comment maîtresse ? Nous ne pourrons jamais sortir du temple. Il y'a des gardes partout. C'est l'effervescence ici. Ils sont tous bien trop contents de se venger de vous. La Tribune n'appliquera pas la justice de Phaïtos, mais la cupidité des prêtres... »


« Elyah, écoute-moi. Nous ne sommes pas seuls. Hier, j'ai rencontré une dame. Elle s'appelle Liza. Elle possède de grands pouvoirs et oeuvre pour la justice. Elle ne s'arrête pas aux apparences... Elle m'a proposé son aide pour développer ma magie. Je suis sûre qu'elle refuserait de me voir mourir. Sa maison se trouve dans le quartier des marins. Va la chercher et raconte-lui ce qui m'arrive. Elle a les moyens de nous aider. Nous pourrons alors nous enfuir... »

Elyah voyait le visage plein d'espoir de Kaeras. Elle ne pouvait pas lui faire faux bond. Surtout après avoir témoigné contre elle. Deux larmes coulèrent le long des joues de la fillette.


« Très bien. Je vais y aller de ce pas. Je vous ai apportée de quoi boire et manger. Je ne veux pas que vous soyez comme les cadavres dans la ville lorsqu'on vous interrogera. »


Elle tendit alors une miche de pain ainsi qu'un pichet d'eau à travers la grille à sa maîtresse. Kaeras caressa la joue de sa servante le coeur plein d'amour et dit :


« Tu es ma seule chance. Je compte sur toi. »


Elyah inclina la tête en signe d'acceptation, se retourna et remonta les escaliers en courant laissant la fanatique seule pour le moment.

Kaeras se rassit et commença à engloutir le pain. Elle avait une faim de loup. Sa rencontre avec le Gentâme l'avait laissée exténuée. Une fois son maigre repas terminé, elle frotta sa bouche contre sa manche et but une grande gorgée d'eau. Puis, elle se releva.


(Je me sens d'attaque pour me défendre. Je vendrai ma peau chèrement. Ils ne m'auront pas si facilement qu'ils le croient. Je vais leur en faire baver...)


Elle entendit alors des bruits de pas dans les escaliers. Ils étaient trop nombreux pour que ce soient Elyah. Elle vit bientôt apparaître quatre gardes. L'un portait des carcans en pierre. Kaeras en avait déjà vus. Il s'agissait de liens magiques qui empêchaient l'être scellé d'utiliser la magie.

Les gardes étaient tous vêtus à l'identique. Une armure de cuire légère au-dessus d'un pantalon sombre. On aurait dit quatre jumeaux, ils avaient tous un visage identique. Des cheveux bruns, mi-longs, encadrant un visage buriné et des yeux noirs. Ils possédaient tous un petit sourire narquois au coin de leurs lèvres. Celui qui portait les menottes s'avança devant la grille et dit :


« Approche, tes deux mains en avant, et ne joue pas à la plus maligne... Au moindre mouvement bizarre, les autres cribleront ton joli minois d'une volée de carreaux d'arbalète. »


Les quatre soldats rirent de bon coeur, puis trois d'entre eux visèrent la prêtresse avec leurs arbalètes. Kaeras n'avait d'autre choix que d'obtempérer. Elle s'avança les mains en avant, elle les passa à travers les barreaux. L'homme lui passa les carcans en pierre aux poignets. Bizarrement, Kaeras ne ressentit pas le poids de ses menottes. Le gardien ouvrit la porte et demanda à Kaeras de les suivre.

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Il ouvrit la marche, suivi de Kaeras et des trois autres gardes qui continuaient de la viser dans son dos avec leurs armes. Ils prirent la direction des escaliers et remontèrent en direction de la surface.

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 Sujet du message: Re: Temple de Phaïtos
MessagePosté: Lun 6 Déc 2010 16:02 
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Sous bonne escorte, Kaeras arriva dans la grande salle du temple de Phaïtos. Les murs noirs avaient été cachés derrières des tentures blanches. En effet, la Tribune, le tribunal religieux du culte de Phaïtos, avait dû s'adapter pour se différencier des tribunaux religieux de l'ordre de Thimoros. Par le passé, on aurait laissé voir le noir des murs, mais le clergé avait proclamé que cela donnait une mauvaise aura à leurs tribunaux. En vérité, cela ne changeait pas grand-chose, la masse populaire avait peur des cultes de Phaïtos et de Thimoros. Un peu de blanc n'allait pas transformer la donne...

Après avoir passé une nuit entière dans l'obscurité, cette lueur faisait mal aux yeux de la fanatique. Elle ferma légèrement ses paupières le temps de s'habituer à cet assaut lumineux. Cependant, une personne normale aurait trouvé la pièce relativement sombre. En effet, seuls quelques cierges éclairaient la pièce de leurs flammes vacillantes.

La pièce était organisée en trois parties distinctes. Au fond de la salle, près de l'entrée, de nombreux bancs en bois noir avaient été installés afin que l'assemblée des prêtres et des fanatiques pût s'y installer afin de suivre le déroulement du jugement. Cette assemblée n'avait pas de prérogatives relatives au jugement, ils étaient là en tant que simples spectateurs.

A l'autre bout de la pièce, huit sièges confortables en velours noir étaient disposés de manière égales de part et d'autre d'un siège plus luxueux. Il s'agissait du trône du grand-prêtre de Phaïtos. Il était construit en ébène, dans lequel on avait sculpté de nombreux motifs de corbeaux. Les deux accoudoirs se terminaient en forme de tête de cet animal. Au sommet du fauteuil, on avait ajouté une statue en argent reprenant ce symbole de Phaïtos auquel deux yeux en rubis rouges avaient été fixés.

Séparant les deux assemblées se tenait l'autel du culte. Quatre carcans avaient été mis en place afin de pouvoir attacher la personne soumise au jugement de la Tribune. L'autel était fait de marbre noir, placé sous la vigilance de Phaïtos.

La Tribune n'avait pas encore été convoquée, seuls quelques gardes restaient dans la pièce. Les gardiens amenèrent Kaeras dans une petite pièce attenante. A l'intérieur de la pièce se trouvait un baquet ainsi que Elyah. L'un des soldats prit la parole :

« Infidèle, tu dois savoir que pour pouvoir être présentée devant Phaïtos, tu dois être lavée de toute crasse. Ta servante est donc là pour te nettoyer de ta saleté, à défaut de te laver de tes pêchés. Un garde restera présent lors de tes ablutions, j'espère que tu n'es pas trop pudique. »


Les gardes rirent de bon coeur. Leur chef sortit quatre pailles de longueurs différentes et demanda à chacun de ses acolytes d'en prendre une.

« Quelle chance Raïn, toi le petit dernier tu vas avoir le droit de regarder. »

« Je vous parie que ce sera la première femme qu'il verra nue. »
Tous, sauf le petit Raïn rirent, il se contenta de dire :
« Je ne fais que mon travail pour servir Phaïtos, je ne regarderai pas ! »

Les autres éclatèrent à nouveau de rire et l'un ajouta :

« Puceau et débile. Ça c'est une sacrée recrue qu'on a là. »


Les gardes sortirent de la pièce laissant Kaeras seule avec Elyah et le jeune garde. Elyah prit alors les choses en main :

« Bon, si vous ne voulez pas regarder, mettez-vous dans un coin le temps que je lave ma maîtresse. Bon... Comment enlever ses vêtements alors que vous avez toujours vos mains attachées. Huuuummmm... »


« Tu n'as qu'à tout couper, de toute façon, je ne pense pas que j'aurais besoin de cette robe quand je rejoindrais Phaïtos, seule... »


« Ne vous en faites pas, on ne rejoint jamais Phaïtos seule... »


La jeune fille blonde comme les blés fit alors un discret clin d'oeil à Kaeras qui comprit. Le Gentâme avait raison, elle n'était pas seule. Cela fit chaud au coeur de Kaeras, le fait de ne pas se sentir abandonnée. Elle n'avait ressenti cela que depuis qu'elle était arrivée à Darhàm. Elle avait découvert l'amitié et l'amour fraternel avec Elyah, puis le respect et la sympathie pour dame Liza, et enfin la compassion et la générosité avec Azdren. Kaeras fit un sourire à sa servante et lui fit signe de continuer.

La jeunette s'arma d'une paire de ciseau et s'avança vers sa maîtresse. Elle se mit à genou et commença à découper la robe du bas vers le haut. Elle voyait que cela chagrinait Kaeras tout de même... Une si belle robe...

Une fois le découpage de la robe terminé, Elyah se lança dans le découpage de la sous-robe. Celle-ci ne fit pas un pli et fut rapidement coupée de haut en bas. Kaeras se retrouva nue devant un baquet fumant, avec un garde qui ne regardait pas et une servante qui semblait amusée. La fanatique secoua la tête de droite à gauche, une moue au visage, comme si elle trouvait la situation pathétique.

L'enfant blonde aida la prêtresse à prendre son bain. En effet, elle ne pouvait pas se laver elle-même à cause de ses mains attachées. Une fois ses ablutions terminées, Elyah fit sortir sa maîtresse de l'eau et commença à la sécher. Ceci fait, elle se retrouva dans une situation assez spéciale... Si enlever les vêtements de Kaeras avait été facile, la jeunette se demandait comment elle pourrait lui faire enfiler la sous-robe blanche choisie pour le procès.

« Monsieur le garde, pouvez-vous détacher ma maîtresse afin que je lui fasse enfiler ses nouveaux vêtements ? »

« Euhhhhh, c’est-à-dire que je n'en ai pas le droit. Les liens l'empêchent d'utiliser sa magie, c'est pour éviter qu'elle s'échappe. »
« Voyons ! Il y'a trois gardes à l'extérieur ! Elle ne va pas se volatiliser !!! Et puis, vous pourrez l'attacher à nouveau dans quelques secondes ! »
« Euhhhh, c’est-à-dire que je n'en ai pas l'envie. Je n'ai pas envie de la voir nue. »

« Voyons ! Vous n'aurez qu'à fermer les yeux si vous la trouvez si moche ! »
« Euh, c’est-à-dire que je ne la trouve pas moche, au contraire... Je ne voudrais pas être tenté... »
« Dans ce cas, faites comme je dis, fermez les yeux... »

« Très bien... »

Raïn ferma ses yeux et se tourna en direction des deux filles.

« Bon, je dois toucher les carcans pour en libérer Kaeras, maintenant jeune fille tu vas devoir guider ma main. »

Elyah prit le gardien par le bras et le dirigea vers la prêtresse. Elle regarda vers sa maîtresse et lui lança une oeillade appuyée. Kaeras se mit à secouer la tête.

(Ce n'est pas un jeu, si tu crois que c'est drôle de se trouver dans une situation aussi humiliante... Tu vas voir ma petite, attend que je sois libre et je vais te faire rougir tes fesses...)

Le garde toucha alors les menottes en pierre et les garda dans sa main. Elyah dit alors :

« Attendez quelques instants que je l'aide à se rhabiller. »


L'enfant aida la fanatique de Phaïtos à passer sa sous-robe d'un blanc immaculé et lui lança un regard interrogateur. Kaeras lui répondit d'un hochement négatif de la tête.

« C'est bon, vous pouvez lui repasser les menottes, ses mains sont juste devant vous. »


Et c'est ainsi que Raïn repassa les carcans à Kaeras. Il ouvrit alors les yeux et vit qu'elle se tenait devant lui et qu'elle n'avait pas cherché à s'enfuir.

« Bon elle est prête ! Et arrêtez de regarder ma maîtresse ainsi, ce n'est pas un tas de viande ! »


Le garde toussota et s'éloigna. Il appela les autres gardes dans le couloir et ceux-ci revinrent dans la pièce. Ils encadrèrent à nouveau Kaeras qui semblait apaisée et l'amenèrent en direction de la salle principale du temple.

Le temps de ses ablutions, la salle s'était remplie. On pouvait voir de nombreux prêtres de Phaïtos ainsi que de Thimoros venus assister à la probable mise à mort d'un être vivant. Kaeras ne reconnut personne dans l'assemblée, cependant, cela ne l'inquiétait pas réellement.

Les gardes l'amenèrent jusqu'à l'autel. Ils la firent monter dessus et attachèrent ses quatre membres. La jeune femme se trouvait liée à la table de l'autel sans pouvoir voir ce qui se passait autour d'elle. Un homme prit alors la parole :

« Créatures de Phaïtos, comme la Tribune préliminaire en a décidé, nous sommes ici réunis pour juger les crimes horribles perpétrés par la fanatique se trouvant sous vos yeux. Elle est accusée du crime d'usurpation d'identité. En effet, elle s'est fait passer pour le représentant du temple de Caix Imoros. Ce dernier devait venir ici afin de compléter son apprentissage. Mais il est mort avant de partir de Caix Imoros... »


L'homme s'arrêta quelques secondes puis continua :

« Moi, grand-prêtre de l'ordre de Phaïtos basé à Darhàm, ai décidé de réunir la Tribune afin de juger cet indicible crime. Cependant, afin d'offrir un jugement équitable à la prévenue Kaeras, nous lui laisserons expliquer sa vision des faits... »


L'homme se rassit sur son trône et laissa la parole à Kaeras qui ne pouvait pas bouger. Un garde actionna alors un mécanisme et la table de l'autel commença à pivoter relevant petit à petit Kaeras vers la verticale. Se sentant humiliée, la jeune femme aurait voulu crier sa haine... Cependant, elle ne pouvait se résoudre à cette possibilité. Elle devait garder son calme. Elle n'avait pas à étaler sa vie devant les autres.

« Je n'ai rien à vous dire. Vous ne pourriez pas comprendre de toute façon... »

(Après tout, vous n'avez pas été enlevé alors que vous aviez douze ans... On ne vous a pas séparé de votre famille et effacé vos souvenirs d'eux... On ne vous a pas traité comme une moins que rien pendant une dizaine d'année... Servir un dieu de tout son coeur et se trouver reléguée au nettoyage des corps ? Si vous aviez eu la possibilité de servir votre dieu avec grandeur, vous seriez peut-être tous à ma place...)


Kaeras garda ses pensées pour elle et se mit simplement à pleurer. Le grand-prêtre se leva et se positionna devant Kaeras :

« Nous ne pouvons pas comprendre... Nous ne comprenons que trop bien, vous avouez vos crimes ! »

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 Sujet du message: Re: Temple de Phaïtos
MessagePosté: Mer 8 Déc 2010 19:14 
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Azdren avait couru de toute la force de ses jambes brûlées, et c'est dans un état quasiment exténué qu'il arriva devant la discrète porte du temple de Phaitos.
Bien entendu, en tant qu'adepte de Thimoros, il ne connaissait que relativement peu de choses de ce lieu mais tout de même davantage que la plupart des gens.

Il frappa à la volée à la porte d'aspect minable mais solide qui finit par s'entrouvrir. Un être qui lui ressemblait affreusement tant il était squelettique lui fit face, aussi pâle que lui était brun. Azdren eut un rictus. Si les gens le voyaient ainsi, il comprenait mieux pourquoi même les chiens avaient peur de lui.

"Qui ose déranger les serviteurs de Phaitos, dieu de la mort ?"

Nul autre qu'un adepte de Thimoros ! Je vous prie de vous écarter, l'ancien, je suis pressé !"

Le squelette ne bougea pas d'un pouce, ignorant superbement l'agitation d'Azdren.

Et que veut l'homme pressé ?

Je sais que vous êtes en train de juger l'un de vos adeptes, mais il y a erreur, je dois parler de toute urgence au haut-prêtre de Phaïtos.

Je ne vois pas de quoi vous voulez parler. Si vous voulez parler au haut-prêtre...

Azdren ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase et décocha un violent coup de poing au menton du vieillard. Aux grands maux, les grands remèdes !
Un bruit sec d'os cassé se fit entendre et le cerbère chenu dégringola une partie des escaliers derrière lui.
Le prêtre de Thimoros se lança à sa suite. Il jouait gros : si la rumeur s'avérait au final sans fondement, il risquait fort de se mettre à dos également les adeptes de Phaïtos.
Mais il n'avait pas grand-chose à perdre.

Il s'enfonça dans les entrailles ténébreuses du temple, parfois chichement éclairées de quelques torches. Enfin il s'arrêta devant l'entrée d'une grande salle d'où lui parvenaient des éclats de voix.

« Je n'ai rien à vous dire. Vous ne pourriez pas comprendre de toute façon... »
Il reconnut la voix de Kaeras suivi d'une autre, très grave.

« Nous ne pouvons pas comprendre... Nous ne comprenons que trop bien, vous avouez vos crimes ! »

Azdren poussa alors la porte devant lui et entra dans une grande salle ressemblant à un tribunal. De nombreux bancs noirs étaient installés et la plupart occupés par une faune hétéroclite de prêtres et de curieux. Certaines places de choix avaient d'ailleurs été réservées à des notables.
Le prêtre brûlé fut également choqué par le décorum de la salle : des tentures blanches avaient été suspendues au murs, tentant pathétiquement de donner une touche de pureté à l'ensemble.
Azdren sortit de son examen en s'apercevant que personne n'avait fait attention à lui.

"Adepte Kaeras ! Pour vos crimes odieux, je vous condamne..."

"A rien du tout !"

Toutes les têtes se tournèrent vers Azdren, qui venait de crier de toute la puissance de ses poumons. Fallait-il être fou pour interrompre un personnage aussi puissant que le haut-prêtre de Phaïtos ?

Celui-ci s'insurgea d'ailleurs devant l'impudence de l'importun, sa figure blême commençant à virer au cramoisi.
"Qui ose interrompre la justice de Phaïtos ?"

"Moi, Azdren Fendlombre, adepte de Thimoros. J'affirme que vous ne pouvez juger cette femme !"

Le haut-prêtre aperçut l'allure inquiétante de l'auteur de l'interruption et fit discrètement signe à ses gardes de le circonvenir.
"Et pourquoi notre ordre ne pourrait-il pas juger l'un de ses adeptes ?"

"Parce que j'accuse cette femme d'avoir assassiné le haut-prêtre de Thimoros, voilà pourquoi !"

Un chahut de tous les diables s'installa alors dans la salle alors que les spectateurs s'insurgeaient, se disputaient et échangeaient leurs impressions sur la présente échauffourée verbale.

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 Sujet du message: Re: Temple de Phaïtos
MessagePosté: Mer 8 Déc 2010 19:41 
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Kaeras sentit sa respiration se couper quand elle entendit le prêtre qu'elle avait aidé la vendre devant l'assemblée de Phaïtos. Ainsi, il lui avait menti de long en large et l'accusait de meurtre devant ses pairs.

La fanatique de Phaïtos ferma les yeux et essaya de réfléchir rapidement à une solution.


(Si je me dénonce, je risque de mettre à mal mon sauvetage par dame Liza... Il faut que je nie, même si c'est faux... Même s'ils le sauront à coup sûr... Tant pis, je dois gagner du temps...)



Kaeras éleva la voix et dit :


"Ce que raconte cet homme est faux... Jamais une fanatique de Phaïtos s'en serait pris à un dignitaire de l'ordre de Thimoros. Je suis peut-être une usurpatrice, mais je ne suis pas pour autant une meurtrière. Cet homme est un imposteur, seul déclarer une guerre fratricide entre nos deux cultes semble lui importer. Qui nous dit après tout que le grand-prête de Thimoros est mort ? Ne trouvez-vous pas cela bizarre qu'il arrive à un moment où vous seriez prêts à m'accuser de tous les crimes ? Oui, je ne suis qu'une simple fanatique. Non, je ne suis pas une prêtresse. Non, je ne suis pas le successeur du grand-prêtre de Caix Imoros...

Oui, je ne fais que nettoyer des morts... Oui, j'ai volé le parchemin que je vous ai présenté pour être bien accueilli... Mais j'en avais assez, je voulais faire quelque chose pour Phaïtos. Je n'étais pas utilisé à la hauteur de mes capacités !!!

Mais non, je ne suis pas une meurtrière !!!"



Kaeras espéra semer le trouble suffisamment de temps pour permettre l'arrivée de dame Liza. Azdren devrait répondre de ses propres accusations. La Tribune allait devenir un véritable désordre sans nom.

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 Sujet du message: Re: Temple de Phaïtos
MessagePosté: Mer 8 Déc 2010 20:20 
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Le chaos qui suivi les interventions du prêtre et de l'usurpatrice fut digne d'une séance plénière du sénat ynorien. Les prêtres ne gardèrent par leur calme, certains condamnant vertement l'assassinat du haut-prêtre, d'autres demandant à ce que soit sorti de la salle l'accusateur. Le ton monta, les suivants des deux dieux s'affrontant à coups de palabres.

Il n'en fallut pas beaucoup plus pour que le geste rejoigne la parole: une ombre noire jaillit au milieu de l'assemblée, frappant violemment l'un des prêtres de Phaitos. Sans plus attendre, ceux qui se tenaient à ses côtés accusèrent, préparant eux-mêmes leurs sorts.

Le chaos prit définitivement l'avantage sur l'ordre. Profitant de ce désordre, une ombre encapuchonnée se glissa près de l'autel, quelque chose brillant faiblement entre ses mains. Kaeras n'eut pas beaucoup de mal à distinguer des traits familiers sous la grosse laine de la robe. Liza, en personne.

L'un des gardiens le remarqua, s'apprêtant à crier lorsque la main de Liza se leva. L'homme se tint alors la gorge, tombant à genoux tout en étouffant. Quelqu'un d'autre cria de douleur, mais cette fois cela provenait de l'un des prêtres combattant. Liza finit de trancher les liens de vieux cuir.

"Mets cette cape et fonds toi dans la masse. Puis vas sur le port, cherche l'aube écarlate. Tu viens de ma part. Je peux rien d'autre pour toi.

Elle te jeta en effet une cape, similaire à celle que portaient nombre de prêtres, avant de se reculer. Cela n'allait pas être facile, la confusion ne durerait probablement plus longtemps.

D'ailleurs, un autre fanatique qui t'avait repéré tomba, sans savoir ce qui l'avait frappé.


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 Sujet du message: Re: Temple de Phaïtos
MessagePosté: Ven 10 Déc 2010 09:53 
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Kaeras ne comprit pas ce qui se passait. De bizarre, la situation était devenue totalement cacophonique. Les gens se battaient à droite à gauche sous l'oeil médusé du grand-prêtre de Phaïtos.


(Mon heure a sonné, je vais enfin pouvoir m'échapper... Enfin, en espérant que cela soit bien Dame Liza).


A ce moment, sa sauveuse arriva et défit ses liens en malmenant les gardes voisins. Liza lui donna une cape sombre et lui dit de l'enfiler pour quitter le temple. Kaeras remercia silencieusement la vieille dame d'un signe de la tête. Elle passa rapidement la cape au dessus de sa sous-robe et rabaissa le capuchon sur son visage.

La fanatique prit alors une mine occupée et se dirigea vers la sortie. Dans le tumulte Azdren l'avait perdue de vue. Tout le monde semblait l'avoir oublié tant l'agitation régnait au sein de la Tribune. Les prêtres chargés du jugement avaient été évacués vers une autre salle tandis que les gardes tentaient de faire revenir le calme.

Kaeras marchait lentement quand elle arriva à hauteur d'Azdren. Sans rebaisser sa capuche, ni le regarder elle lui lança la phrase suivante :

"C'est ainsi que vous me remerciez de vous avoir sauvé... Je suis déçue..."


Et la cultiste continua sa route en direction de la sortie. Elle retrouva Elyah qui était déjà sortie et qui portait son sac avec ses affaires.


"Maîtresse, je vous ai seulement pris quelques vêtements ainsi que vos affaires les plus importantes. Maintenant, il est temps de fuir."


Kaeras déposa un baiser sur le front de la jeune fille et dit :


"Tu as raison. Nous devons aller au port maintenant..."


Les deux femmes se mirent alors en marche pour tenter de trouver l'aube écarlate.

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 Sujet du message: Re: Temple de Phaïtos
MessagePosté: Sam 11 Déc 2010 12:39 
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Azdren eut l'impression d'avoir déclenché le jugement dernier de Thimoros.

Son plan, pourtant pensé à la va-vite, semblait pourtant aussi simple que réaliste : en accusant à raison Kaeras du meurtre du haut-prêtre, il pouvait non-seulement se disculper mais également faire sortir la jeune femme de cet endroit maudit.
Il en avait les moyens puisqu'il avait en sa possession l'ombre chargée de l'énergie magique de Kaeras. Il aurait donc suffit à un prêtre de Phaitos de lire magiquement ses pensées pour concorder sa version des faits.
La suite du plan était par contre bien plus floue : il savait à présent qu'il voulait ardemment sauver la meurtrière pour racheter sa dette envers elle, mais il n'envisageait guère autre chose que de la libérer pendant le trajet entre les deux temples. Tâche périlleuse certes, mais jouable.

Mais voilà que celle qu'il souhaitait aider retournait son accusation contre lui !
Les noms d'oiseaux et les appels à la trahison avaient commencé à voler, suivi de peu par des sortilèges en tous genres.
Ce fut dès lors la mêlée générale.

Azdren comprit que pour rester en vie, il n'avait d'autre choix que de se focaliser sur l'œil du cyclone, le centre de l'émeute. Il eut raison : alors que personne ne faisait attention à elle, Kaeras fut libérée par un complice habillé d'une aube et commença à prendre la fuite.
Azdren commença à essayer de se frayer un chemin vers elle quand quelque chose lui murmura à l'oreille.

"Baisse-toi !"

Le fanatique brûlé réagit instinctivement et se jeta au sol tandis qu'une boule incandescente de feu sombre lui passait au-dessus de la tête.
Il n'eut cependant pas l'occasion de se poser des questions sur l'origine de la voix : Il avait perdu de vue Kaeras !
Tel un dément, il se fraya un chemin à coup de tête, de coude et de poings à travers la mêlée en direction de la porte la plus proche de l'estrade où se trouvait il y a peu la jeune femme.

Il ne pouvait pourtant pas la voir, malgré les trépidations du flacon contenant l'énergie magique à sa ceinture qui lui criait sa proximité.
Une ombre en capuche passa alors à côté de lui et lui murmura :

"C'est ainsi que vous me remerciez de vous avoir sauvé... Je suis déçue..."

Azdren eut une hésitation, le temps de comprendre ce qui venait de se passer. Il pivota alors d'un coup et...

"Sur ta gauche !", fit à nouveau le murmure.

Encore une fois le fanatique réagit au quart de tour et bascula sur la droite, esquivant un nouveau sort perdu.

Jurant ses grands dieux, il se rétablit et s'engouffra par la porte à la poursuite de la fanatique en se fiant aux trépidations de son flacon.

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 Sujet du message: Re: Temple de Phaïtos
MessagePosté: Dim 13 Déc 2015 06:10 
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La petite fille arriva, finalement, à proximité du Temple de Phaïtos. Quittant la large rue qu'elle a suivi jusque là, elle s'engouffrit dans une petite ruelle, bien sombre et discrète. Elle se dirigea tranquillement, majoritairement dans les ombres, sans chercher à se cacher. Qui l'attaquerait à proximité de ce lieu de culte, elle, une fidèle de Phaïtos ? Mis à part un autre fidèle, justement, mais elle les connaissait, du moins de vue, et ça suffisait amplement pour la rassurer. Qu'ils viennent seulement, pour que le sacrifice se renverse.

Elle arriva enfin devant la porte, simple et noire. Elle avait cependant l'impression qu'on la suivait du regard, sans parvenir à déterminer d'où, et restait au qui-vive. Faisant semblant de contempler cette porte, pourtant tout simple, elle mettait tous ses sens en alerte pour repérer le moindre indice qui pourrait trahir celui qui la traquait. Mais rien ne vint.

Elle poussa un léger soupir, et ouvrit rapidement la porte pour la refermer aussitôt, dès qu'elle fut entrée. Puis elle descendit, à la lueur de quelque procédé magique artificiel diffusant une faible lumière, tout en faisant un petit bruit sourd à chaque fois qu'elle se laissait tomber sur une marche en sautillant. Tout en étant dans le Temple du Dieu de la mort, elle s'amusait, répétant une forme de rituel de descente.

La vue de ces marches noires, l'obscurité s'installant, aurait fait penser à quiconque à une descente aux Enfers. Yurlungur y pensait aussi, mais elle semblait désacraliser le tout par son jeu de descente. Mais, au fond, elle s'imaginait, plus que tout autre, descendre elle aussi aux Enfers, et retrouver Phaïtos.

Elle arriva dans la crypte, véritable siège du Temple, l'illusion de cette descente vers le Dieu s'estompant. Cependant, même si elle connaîssait bien le lieu, elle s'émerveilla encore une fois de la beauté des voûtes, des décors, et du sublime corbeau qui la scrutait. Elle se laissa pleinement transpercer par son regard de rubis, étendit les bras et sourit. Elle n'avait pas trouvé Phaïtos en bas des marches, mais lui la voyait par cette statue.

Il attendait quelque chose. Une prière, une offrande, un sacrifice, qu'importe, mais il le souhaitait. Et elle, elle le savait. Après ces quelques instants où elle contenait tant bien que mal son envie, elle se jetta dans la crypte déserte, dansant autour des quelques colonnes, enchainant pirouettes et pas de bourrée, arabesques et balancés, laissant s'exprimer sa joie d'être en présence spirituelle du Dieu. Accompagnant cette danse en l'honneur de Phaïtos, elle chantait.

Ô Phaïtos le Puissant, Toi qui nous suit partout,
Le seul de mes amants, à qui je donnerais tout,
Je ne suis rien pour Toi, mais Te sers corps et âme,
Peu importent les lois, que nous mortels dictâmes...


La voix de la petite fille était haute et claire, contrastant avec l'ambiance du Temple, mais elle n'y faisait pas attention. Elle prononçait les mots désignant Phaïtos avec force et ampleur, tout en dénigrant le mot 'mortel' par son ton.

Seule Ta voix me décide, dans mes choix à Ta gloire,
J'accomplis homicides, sur ce grand abattoir,
Qu'est le monde de Yuimen, guettant les conjonctures,
Et mortels phénomènes, qui sont Ta signature.


Appuyant au contraire cette fois le mot 'mortel', qui avait une signification différente, elle laissa ensuite sa voix chanter sans paroles sur le même thème, envoyant sa prière au Dieu de la Mort. La voix se faisait plus discrète, mais l'absence d'un autre son la faisait tout de même remplir la crypte. Finalement, elle ralentit petit à petit, ses mouvements se faisant d'autant plus gracieux et plus doux, tout en se rapprochant du sol, pliant ses genoux progressivement, et elle finit en s'agenouillant face au corbeau, sur le sol directement, les yeux fermés, et les deux mains jointes. Elle resta ainsi quelques minutes, priant simplement, totalement coupée du reste du monde.

Dans sa tête, les pensées s'entrechoquaient. Elle repensait à son père, à présent sous la tutelle de Phaïtos. Elle pensait à sa mère, qui le rejoindrait bientôt. Elle pensait aux infidèles, qui mourraient tous sans avoir jamais prié le Dieu. Elle pensait à elle-même, se demandant si ses prières seraient entendues.

(Phaïtos, ô Phaîtos... Accorde-moi la force de la mort, pour accomplir ma vie, t'envoyant des âmes à foison... Oui... Je le ferai pour Toi...)

Une voix tente de s'immiscer dans la prière, la déconcentrant.

(Et Thimoros?)

(Plus tard. Laisse-moi. Phaïtos, je suis ton humble servante... Je ne vis que pour...)

(Et Thimoros?)

(J'ai dit, laisse-moi ! Phaïtos, ô Phaïtos, je...)

(Et Thimoros?)

(C'en est trop ! Au diable Thimoros!)

Elle se relève rapidement, en rage, et prend conscience que le Dieu de la mort n'acceptera jamais une telle prière. Aussitôt, elle reprend sa danse, avec le plus de grâce possible, mais une forme d'agacement l'avait envahie. Elle devait tout reprendre, et par sa faute !

Elle chanta, et, au fur et à mesure, se calma. Le son de sa propre voix apaisait son esprit, la mélodie et les paroles la réconfortant dans son choix. Revenant de même à la position agenouillée, elle se remit à prier, tout en exerçant un contrôle sans faille sur son esprit, uniquement concentré sur Phaïtos. Quelque part, il lui semblait entendre des grommellements, mais distants, et rien ne vint la déranger à nouveau.

Ayant achevé sa prière, elle prend une pause. Cette fois-ci, elle l'a bien fait, sans être perturbée. Elle peut donc la contrôler, à la seule force de son esprit. Tant mieux.

Elle se releva, faisant l'ensemble avec le plus de grâce possible. Elle pensa à partir maintenant qu'elle avait fini. Mais, étrangement, elle ne parvenait pas à être satisfaite. Il manquait quelque chose... Elle n'en avait pas fait assez. Elle n'avait pas donné assez à son Dieu. Elle le percevait, inconsciemment, comme si c'était Lui-même qui lui adressait ce message. Et ce message disait que ce manque devait être comblé. Maintenant.

Elle s'apprêtait à partir dans une nouvelle danse à la gloire de son Dieu pour calmer ce qu'elle ressentait comme étant Ses désirs – à moins que ce ne soit qu'une banale impression –, mais une main qui se posa sur son épaule l'arrêta en plein vol.

Suite : ici

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Dernière édition par Yurlungur le Dim 13 Déc 2015 06:22, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Temple de Phaïtos
MessagePosté: Dim 13 Déc 2015 06:21 
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Elle se retourna rapidement, se dégageant de l'étreinte de cette main et, ses réflexes reprenant le dessus, elle dégaina une petite dague de sa manche, luisant d'un éclat singulier au milieu des autres décorations du Temple.

Yurlungur... Tu es encore revenue.

L'homme qui lui parlait était grand et filiforme, âgé, et la petite fille le connaîssait bien. Elle s'inclina, rangeant sa dague, et le salua.

Je suis fort honorée, Grand Prêtre de Phaïtos.

Le vieil homme n'était d'ordinaire pas très réceptif à ce genre de salutations dans les formes. Peut-être qu'il les trouvait ennuyantes, à moins qu'il ne les considérait simplement comme tout à fait normales, la petite fille n'en savait rien. Mais, cette fois-ci, il parut satisfait, un petit sourire énigmatique apparaissant sur son visage. Ce qui était assez suspect.

C'est fort bien que tu viennes souvent. J'aimerais avoir des fidèles aussi présents que toi. J'espère que tu te portes bien, ma petite.

Cette phrase ne fit qu'augmenter les soupçons de la fillette. Depuis quand un Prêtre de Phaïtos se souciait-il de la bien-portance des croyants ? C'était bien trop étrange pour ne pas cacher quelque chose.

J'aurais besoin de toi, si tu le veux bien...

C'était en effet trop étrange. Il avait donc besoin d'elle, mais pourquoi une petite fille, et pas un autre badaud ? Yurlungur arqua un sourcil, pas du tout rassurée, mais gardant un petit sourire amical, sans parvenir totalement à cacher son anxiété. Si elle gardait les mains dans le dos, bien droite devant le Grand Prêtre, elle restait prête. Il ne pouvait pas voir que sa dague était à nouveau dans ses mains. Au cas où.

Je suivrai volontiers, le vouloir de Phaïtos.

Mais bien entendu. Je n'ai jamais dit le contraire. Je sais que tu es toute entière dédiée à Phaïtos, cela ne fait aucun doute. Si bien que... tu irais même jusqu'à donner ta vie pour lui, n'est-ce pas.

Une question, ou une affirmation ? L'homme la scrutait, comme s'il attendait une réponse. Au bout de quelques secondes de blanc, elle rétorqua, un sourire aussi grand qu'elle le pouvait égayant son visage :

Mais bien sûr : du moins, uniquement si c'est nécessaire. Je suppose que vous n'enverriez pas une fidèle, comme vous l'avez dit, aussi présente que moi, à la mort inutilement. J'imagine que vous préféreriez garder votre chère Yurlungur dans votre Temple encore longtemps en vie, afin qu'elle serve le Puissant Dieu toute sa vie, jusqu'à ce qu'Il l'emporte avec lui dans les limbes des Enfers.

Le vieillard avait souri au début, mais s'était bien vite repris en entendant la suite. Le visage soudainement glacial, il demanda :

Tu n'accepterais donc pas de déposer ton corps en offrande sur l'autel de Phaïtos le Puissant ? Par exemple, si je te le demandais maintenant... Si Phaïtos le souhaite maintenant.

Mais la petite fille, au lieu d'être impressionnée, rit. Un rire cristallin, qui se répandit dans le Temple, résonnant.

Vous souhaitez donc me sacrifier pour le rituel d'Ineshaar, n'est-ce pas ? Quoi d'autre, sinon ? Le Grand Prêtre à nominer doit être important pour lui sacrifier une fidèle, et aussi jeune.... Habituellement, je croyais qu'on enlevait des vierges dans un quelconque village isolé. Pourquoi changer maintenant ? Aurais-je l'honneur de connaître l'identité de celui à qui on destine mon âme ?

On destine ton âme à Phaïtos, et c'est tout. Tu es maligne, et tu comprends que ce rituel est important. Maintenant, arrêtons de discuter. Viens avec moi.

Elle sentait comme un picotement dans son esprit, et eut envie de le suivre. Les muscles de son visage se ramollirent, et son regard se perdit dans le vide. Le vieil homme était tellement gentil... Et puis, il servait Phaïtos, le Puissant...

(Et Thimoros?)

La petite fille prit soudainement conscience de la situation, et mobilisa sa force d'esprit pour résister au sort lancé par le Grand Prêtre. Mais elle laissa son visage aussi passif qu'auparavant, et ajouta, d'un air absent :

Je suis surprise. Vous semblez assuré que je n'ai jamais eu de rapports sexuels... Il est vrai que c'est bien rare à mon âge, mais comment pourriez-vous vérifier ?

Mentir n'avait jamais posé aucun problème, et encore moins insinuer un mensonge crédible sans le dire directement. Le Grand Prêtre semblait soudainement moins assuré. Mais elle ne put s'empêcher de rire à nouveau en observant son soudain changement de comportement. Le Grand Prêtre la fusilla du regard, maintenant conscient que son sort avait échoué.

Je ne te crois pas.

Libre à vous ! Nous aurons au moins l'occasion de voir le jugement de Phaïtos s'accomplir une fois dans notre vie !

(C'est de moi que tu parles, quand tu dis ''nous'' ?)

(Evidemment. Le jugement de Phaïtos, c'est la mort, non ?)

(Que tu es maléfique. Et tout ça, sans mentir. Chapeau.)

Le Grand Prêtre lui lançait maintenant un regard torve. Il ne savait plus quoi dire pour répliquer à la gamine insolente, mais qui avait peut-être raison.

Il existe des manières de vérifier. Comment puis-je être sûr, de mon côté, que tu n'as pas menti ? Tu n'es qu'une gamine. Et tu sais te défendre. Tu n'aurais jamais fait ça. Il suffit.

Oh, mais je peux jurer que je n'ai pas menti...

(… du moins, de mon point de vue.)

Et puis, Phaïtos doit être très content de garder encore quelques fidèles capables de lui apporter des âmes directement.

Tu sous-entend que tu serais capable de tuer pour lui ? Ne me fais pas rire.

Yurlungur soupira. Elle avait déjà tué, évidemment ! mais savait se faire discrète généralement ; ou alors, se faire passer pour quelqu'un d'autre. Heureusement, ou malheureusement, ça avait plutôt bien marché, comme le montrait le refus du Grand Prêtre de la croire.

Ce dernier gardait le visage aussi froid que possible, scrutant la jeune fille. Elle ne cillait pas, et si elle le vouvoyait pour la forme, elle n'avait pas peur de lui. Du moins, tant qu'il n'utilisait pas sa magie, comme la dernière fois. Mais elle était avertie qu'il pouvait le faire sans qu'elle le remarque, et ne relâchait pas son attention.

Vous qui êtes si puissant, vous n'avez qu'à vérifier magiquement que je ne mens pas. Ainsi, vous serez fixé.

Elle lui lança un sourire provocateur, comme elle savait si bien les faire.

À moins que vous n'en soyez pas capable ?

Elle ne put s'empêcher de ricaner un peu, ce qui fit s'embraser une lueur de rage dans les yeux du Grand Prêtre. Il leva sa main droite, et fit un signe du bout des doigts. Il appelait quelqu'un, gardant son regard fixé dans celui de la petite fille.

Quelques hommes apparurent par des portes dérobées sur les côtés. La petite fille avait déjà vu cent fois des Prêtres en sortir, mais jamais elle n'avait pu passer lesdites portes elle-même, lorsque plus personne n'était présent. Sans doute de la magie, l'accès étant réservé aux fanatiques et aux Prêtres.

Les hommes étaient nombreux, et costauds. Cependant, ils n'étaient pas armés d'armes blanches... uniquement des masses et gourdins. L'un d'eux avait une corde. Elle soupira, puis regarda le Grand Prêtre, qui la fixait lui aussi. Apparemment, ce ne serait pas lui qui l'aiderait à s'en sortir.

Ce dernier se mit alors, brandissant le corbeau de Phaïtos, à incanter. Elle sourit, ferma les yeux, et lorsqu'elle les rouvrit, un rictus amusé déformit son visage. Sa voix avait changé.

Attrapez-moi si vous le pouvez, lourdauds !

Sans leur laisser le temps de répliquer, elle donna un coup au ventre du Grand Prêtre qui, surpris, s'arrêta d'incanter, le souffle coupé. Mais ce n'était qu'un instant de surprise, et elle n'avait pas causé la moindre blessure à l'homme, qui poussa un juron pour recommencer aussitôt.

Juste après, elle fonça droit vers la sortie, montant les marches quatre à quatre. Derrière, elle entendait des cris, qui se faisaient confus dans son esprit au fur et à mesure que son inconscient prenait le dessus. Emportée par l'adrénaline, elle continuait à sourire. Qu'est-ce qu'elle s'amusait ! Une traque allait commencer, et ce dans les règles de l'art.

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