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Endar dépassa les badauds impressionnés par l'immense aynore, sorte de machine volante conçue par les Sindeldi, peuple imbu de lui-même et même eplus orgueilleux que les elfes noirs parfois. Devant les deux hôtesses sindeldi qui accueillaient les nombreux passagers attendaient les bourses bien remplies, le shaakt leur donna la sienne afin de payer ce voyage bien plus rapide qu'avec un cynore ou un moyen de locomotion lambda mais qui s'avérait plus coûteux également. Pour une fois, les jeunes femmes ne tinrent pas compte de sa couleur de peau ni de la couleur de son iris, symbole de son appartenance aux elfes noirs, elles étaient semble-t-il trop occupées à compter les yus et les pierres précieuses pour ne tenir compte que d'un seul membre d'une race qu'elles devaient juger comme inférieur à leur race prétendument noble et civilisée.
Evitant de les regarder plus longtemps, il monta le long de la nacelle et embarqua rapidement alors que l'appareil volant commençait à s'ébrouer tel un monstre marin dans un océan de nuages en l'espèce. Au départ, le shaakt s'était empressé de trouver un endroit au calme près des cales, cependant bien vite un groupe de kendrans et de whiels le regardèrent en discutant activement à voix basse à son sujet ou tout du moins le comprit-il grâce à sa fine ouïe ils jacassaient telles des oies à propos de ce nouveau monde, l'Aliaénon. Ils étaient tous les quatre plutôt jeunes, à peine du poil au menton, bien que la pilosité chez les shaakts ne soit pas vraiment le meilleur indicateur de maturité. Ils portaient tous les trois de fines rapières peu entretenues tandis que le quatrième portait une hache, sans doute un héritage transmis de génération en génération au vu des marques faîtes par des épées ou tout autre armes tranchantes sur le tranchant de la tête de hache. Leurs armures n'étaient pas de meilleures factures, ce n'était que des plaques d'acier assemblées vulgairement et tenues par quelques chevilles et clous rouillés. Peut-être qu'un tel équipement permettait-il de chasser le cerf ou le sanglier ou de combattre quelques brigands, mais s'ils pensaient qu'ils tiendraient ne serait-ce que deux secondes sur les terres sauvages d'Aliaénon, ils allaient être surpris d'une bien mauvaise façon.
Le plus âgé, un grand gaillard aux cheveux roux hirsutes et qui semblait le plus courageux du quatuor se décida de s'approcher de lui et de le héler, poussé à l'action par les trois compères se tenant soigneusement derrière lui.
- Es-tu Endar, le fameux Endar, le mage-guerrier shaakt qui est devenu le sauveur de l'Aliaénon ?
La voix était peu assurée et il y avait sans doute de quoi avoir peur avec l'armure de glace qu'il portait et d'où dépassait au niveau des épaulières et des brassards des pics de glace aussi solides que le plus pur des métaux. Il jaugea un moment l'individu avant de se décider de répondre à sa question.
- L'un des sauveurs, rectifia-t-il. J'imagine que vous partez à l'aventure pour ce nouveau monde en quête de gloire et d'argent, alors laissez-moi vous raconter quelques anecdotes sur ce monde.
- Impressionnant, vous avez monté un dragon ! s'enthousiasma le chef de la bande après qu'il eut narré son récit.
- Oui, mais ce n'est pas tout, il faut que je vous laisse, nous nous reverrons peut-être sur ce monde.
Comme il était étrange d'être soudain connu, peut-être même plus que la reine de Khonfas elle-même en dehors de sa cité. Pourtant cette gloire le dérangea pour le moment et il préféra s'éloigner du quatuor pour le moment et réserver une cabine pour la fin du trajet. Arrivé dans une cabine étroite et aux mobiliers en chêne, il déplia sur la table basse les différents parchemins qu'il avait achetés auparavant à Tulorim pour les étudier de plus près. Il n'eut pas réellement besoin de prononcer les mots de pouvoir inscrits sur le papier, rien qu'en les touchant, sa magie communiqua avec la magie contenue dans les parchemins. Il sentit les lettres sibylline chauffer au contact de ses doigts, d'autres lettres longèrent ses bras empreintes d'un froid glacial propre au domaine de la mort, d'autres dégageaient des senteurs d'épicéa et de terre humide. Qu'importe leur manifestation, le résultat était le même, à l'instant où il les touchait, il en apprenait le sens, il en percevait les buts et les limites. La magie des parchemins était à présent dans ses veines, dans son sang.
Un dernier parchemin lui demanda cependant un peu plus d'effort pour appréhender sa véritable nature et il comprit vite pourquoi lorsqu'un dragonnet ressemblant à une ombre se forma et longea son corps jusqu'à atteindre son carquois où il se lia à une de ses flèches. (Intéressant !)
Peu après, la fin du voyage a été énoncée par les hôtesses et Endar se dépêcha de sortir de l'appareil avant de tomber de nouveau sur ses admirateurs un peu collants à son goût.
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