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Le druide répondit à l’ogre avec dédain et assurance. Un rire hautain et crispant accompagnait ses paroles hérétiques. Il reniait son dieu, parjurant son nom, l’offensant directement, et le provoquant en duel singulier. Quel imbécile il faisait. Gurth n’avait pas le moindre intérêt pour la religion de ce dieu de terre, mais il sacralisait la religion au plus haut point. Et les renégats tel que ce Ximar, il les détestait. Et apparemment il n’était pas le seul : le paysan se montra vindicatif à son égard, et les hostilités commencèrent, pour le plus grand bonheur de l’envoyé de Thimoros sur Yuimen. L’orque et le paysan choisirent comme cible privilégiée le gaillard vêtu de noir, armé de dagues. Des combattants sans magie, sans puissance divine pour les guider. Ils crevaient la marmaille secondaire, alors que les individus comme lui, élevé dans les préceptes des dieux noirs, se confrontaient aux réels ennemis… En l’occurrence ce druide fou.
« La mort n’est guère l’apanage de Yuimen, mais c’est par les pouvoirs de Phaïtos que vous mourrez, hérétique ! »
Gurth concentra sa magie sombre entre ses doigts boudinés. Un sort puissant, dévastateur, cruel et douloureux. Un sort qui vidait de son énergie la cible en détruisant ses tissus. Un sort digne du chaos prôné par Thimoros : son souffle personnel. Les vapeurs noires et rapides attinrent le druide qui chancela à peine, mais grimaça quand même. On ne pouvait rester sans ciller face à la magie d’ombre la plus pure.
En retour hélas, ce vieillard cinglé déchaîna sa puissance cachée. Loin d’être un dieu, il possédait portant une puissance dévastatrice, et bientôt des lianes rampantes semblant être vivantes naquirent partout, se projetant avec une vitesse folle vers les aventuriers miteux qui accompagnaient le nécromancien. Shaar ne sembla pas affecté par tout ça, ni même visé par leur ennemi. Il parvint à se creuser un chemin, lentement mais sûrement, entre les lianes mouvantes, et à coups de rapière tordue. Gurth n’eut guère cette chance, et un tronçon rude vint le frapper sur e haut du crâne, le faisant choir sur son séant, groggy. Il ne sut guère combien de temps il resta ainsi, chancelant sur son postérieur énorme, mais lorsqu’il revint à lui, le combat faisait toujours rage. Et la vue de l’ogre se fixa sur un acte qu’il ne put qu’apprécier : le sacrifice du paysan, qui écrasa son marteau terrible sur la tente du pied-tendre aux dagues. Les os craquèrent, le sang gicla, et Allen s’effondra sur le sol sans vie… Mais ce qui grisa le plus le servant des dieux sombres, ce fut la mort qui s’ensuivit : Ybeild chut à son tour, satisfait d’avoir pu mener sa mission à bien, et abandonnant la vie pour rejoindre le royaume de Phaïtos.
Shaar, lui, s’était finalement faufilé jusqu’au druide, et lui assénait des coups de rapières qui ne semblaient guère très efficaces, hélas. Mais Gurth était de nouveau sur pieds, désormais, et ses yeux blancs soutinrent le regard ivre de folie du druide qui maintenait son sort actif contre la pauvre voleuse enserrée dans les lianes. C’était le temps d’agir. Il fallait faire vite.
Il joignit ses poings, et sentit la puissance sombre l’habiter. Ses pouvoirs néoromantiques, il allait pouvoir les déchaîner. Il relâcha sa magie sur le sol parcouru de spasmes sismiques. Et des crevasses créées par le druides sortirent des squelettes en nombre. Ils se ruèrent tous, serviles et abrutis, vers l’ennemi. Armés de leurs griffes, de leurs propres os, ils se lancèrent contre XImar pour l’affaiblir petit à petit, pour l’entailler, lui boucher la vue, et tout espoir de s’en sortir face à un tel nombre.
Une fois encore, la puissance de Thimoros pouvait se déchaîner. Et Gurth la fit se déchaîner. Écartant les mains pour libérer toute sa puissance, le souffle de Thimoros perça à nouveau la salle pour fondre sur le druide, qui grimaça nettement plus que la première fois. Il vacillait, petit à petit. Mais sa puissance était grande encore, et tous les vivants présents étaient menacés…
Ce fut alors que l’inattendu se produisit : venus de nulle part, les viles petites créatures chapeautées de feuilles apparurent de nulle part, armées de leurs végétaux inoffensifs, et de leur ferveur pour Yuimen. Intuables, c’étaient des alliés de poids face à ce démon des plantes. Sans doute leur apporteraient-ils la victoire… à force d’affaiblissement. La voix de l’ogre gronda par-dessus le vacarme du combat :
« Rends-toi, fou. Tu ne peux rien contre notre puissance, contre notre nombre. Rends-toi et remets-toi à la puissance de Phaïtos et Thimoros. Rétablis les choses comme elles l’étaient, et ploie sous la honte de ton échec. »
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Gurth Von Lasch - l'Ogre de TulorimJe hais les testaments et je hais les tombeaux ; Plutôt que d'implorer une larme du monde, Vivant, j'aimerais mieux inviter les corbeaux A saigner tous les bouts de ma carcasse immonde. (Baudelaire - Le mort joyeux)
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