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 Sujet du message: Re: Herboristerie locale
MessagePosté: Mer 16 Nov 2016 22:26 
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Mon intérêt est réel, et Azra semble avoir à coeur, ou du moins ce qui s'y apparente, d'y répondre. Il m'avoue ne jamais avoir été dans l'armée kendraine, mais qu'au même titre que j'ai toujours eu en moi de la magie lumineuse, lui est maudit par son versant obscur. Sa voix me parait presque distante tandis qu'il me raconte le quotidien de certains, devant lutter pour vivre un jour supplémentaire. Omyre lui a semblé comme une terre promise, où ses pouvoirs ne seraient pas cause de rejet.

Toutefois, j'ai pu voir par mes propres yeux que la Cité Sombre est loin d'être un havre de paix ou un lieu d'existence agréable. Le semi-mort appuie mon intuition, rappelant que la vision égalitaire de la Demie-Déesse obscure passe par la mise à genoux de tous. Mon invité affirme ne pas apprécier les dirigeants et autres privilégiés, ce qui ne doit pas lui faciliter l'existence. Je n'ai connaissance d'aucune contrée où le non-respect des élites ou de la hiérarchie soit accepté. Je me demande ce qui va advenir de cet être bien sombre.

Changeant de sujet sans que rien ne le laisse entendre, Azra se montre curieux à mon égard. Il veut savoir, comme d'autres j'imagine, comment un être au sang mêlé comme le mien a pu intégrer la milice ynorienne. Je surprends d'ailleurs un regard intéressé d'Ayame dans ma direction, et l'expression attentive de ma pupille. J'esquisse un sourire en revoyant l'enchainement d'événements.

"Il est vrai que ma bâtardise a parfois été source de bien des tracas."

Je ne m'attarde pas sur le sujet, laissant mon passé de victime, incapable de comprendre les raisons des brimades, à sa place. Mon regard violacé se porte sur le masque.

"Tradition familiale."

Retour de mon côté ynorien, qui me fait songer que de plus amples explications sont sans doute nécessaires. Toutefois, avant d'avoir pu enchainer, j'entends distinctement la porte de la boutique s'ouvrir. Le son précède une brève phrase en ynorien, prononcée par la voix de mon grand ami Hidate, annonçant son intrusion.

"Ah ! La pièce à vivre, Grand-Frère Hidate !"

Un regard où se lit une petite mise en garde est échangé entre la jeune mère et la fillette. Penaude à cause de son soudain éclat de voix, Tohru baisse la tête, mais elle la relève pour sourire quand le milicien fait son entrée. Il salue du chef l'assemblée puis prend place à côté de la jeune mère et pose son casque à côté de lui. Je lui adresse un signe de tête amical, et pendant que la petite fille lui sert du thé, je reprends pour Azra.

"Je suis issu d'un shaakt sauveur de milicien d'Oranan, et de la veuve de cet ynorien. J'ai été élevé comme un enfant de la République par le frère de ma mère. Cet endroit lui appartenait. Après bien des années, lorsque son ancien chef de famille, qui s'y opposait jusque-là, a rendu l'âme, il a reçu l'autorisation d'officiellement... Disons... M'adopter. Par tradition, lorsqu'un membre mâle de cette famille devient père d'un fils en bonne santé, il doit effectuer un service à la milice."

Dans les échanges de regard que j'ai avec mes camarades miliciens, je devine qu'ils ont compris où j'allais en venir.

"Feu mon oncle était déjà un homme âgé. Le laisser s'enrôler aurait signifié sa perte. J'ai pris sa place. Muni d'une lettre de recommandation, je me suis présenté à l'office. Un besoin de bras supplémentaires a fait le reste."

Penser à mon oncle amène un élan nostalgique.

"Masaya était un grand homme."

J'acquiesce aux paroles simples mais ô combien véridiques du géant brun, trouvant du réconfort dans les présences de mes proches.

"Une fois enrôlé, tout a été plus simple. Ce sont les actes et non les origines qui font un milicien. Il y a eu de mauvais moments, évidemment."

"Quoi ? Arrête de me regarder comme cela Hidate, ou je t'appelle Hide' jusqu'à la fin du jour !"

Une lueur agacée passe dans les yeux du grand homme, mais elle est véritablement fugace, d'autant qu'il s'attaque à sa tasse de thé rapidement.

"La milice m'a donné une chance, je l'ai saisie. J'y ai trouvé une seconde famille... J'espère avoir répondu à votre question. Et vous, Azra ? Que comptez-vous faire ? Avez-vous quelque projet en tête ? "



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 Sujet du message: Re: Herboristerie locale
MessagePosté: Mer 16 Nov 2016 23:08 
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L'histoire de Kiyo était surprenante : son père avait sauvé un milicien, ce qui lui a valu d'être adopté. Une étrange tradition qui lui a bien profité car, malgré les difficultés, il a suivi la loi l'obligeant à faire son service militaire et s'est finalement trouvé une vocation.

Le récit est interrompue par l'arrivée du dénommé Hidate, l'homme qui l'avait regardé de travers à la milice, qui est en fait son frère par adoption. Azra laissa échapper un soupir. Zewen avait décidément un bien mauvais sens de l'humour. Distribuant aux uns la chance de réussir qu'il avait pris aux autres... mais au moins, il était maintenant dans le bon camp, comme cet ynorien. Comme ce dernier lui demandait ce que serait son avenir, il haussa les épaules :

« Il paraît qu'il y a un ordre... les Messagers du Corbeau, qui attendent ma venue. Des adeptes du dieu de la mort, celui qui m'a si souvent accompagné... j'imagine que c'est mon occasion de trouver ma propre famille. Nous verrons bien. Sinon, je reprendrais la route. Je n'ai plus à craindre la faim. Cela devrait rendre les voyages plus heureux. »

Il dirigea les étincelles bleu de son regard, tout juste masquées par son casque, vers le semi-elfe :

« Si je puis me permettre un conseil : réfléchissez bien à votre voie. Vous avez la chance de l'avoir plus ouverte que moi. Ne vous enfermez pas dans un patriotisme bas de plafond. Si vous voulez aider votre pays, alors je peux déjà vous dire que ce n'est pas en tant qu'espion que vous serez le plus efficace. En tant que guerrier ? Pas sûr... mais avec votre bonté naturelle, vous pourriez guérire les maux, protéger, ou aider les vôtres à se trouver des alliés ? En tout cas, si je suis effectivement un messie tant attendu par ces Messagers du Corbeau, au point de prendre leur tête, vous aurez au moins ce support, pour ce qu'il vaut... »

Il éclata d'un rire léger :

« Et puis, qui refuserait une alliance demandée par le légendaire Serpent des airs de l'Ynorie ? »

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 Sujet du message: Re: Herboristerie locale
MessagePosté: Sam 19 Nov 2016 12:21 
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Si Azra me répond, j'ai la sensation que c'est sans grande conviction. Sous son masque, cacherait-il quelques doutes ou appréhensions ? J'apprends grâce à lui l'existence d'un Ordre, les Messagers du Corbeau, adeptes de Phaïtos. Notre invité est un peu imprudent, mais cela renforce mon sentiment qu'il se sent assez en sécurité ou confiant pour l'évoquer devant des inconnus. D'ailleurs, si je prie Gaïa, je n'en suis pas au point de vouloir éradiquer tout adepte de magie sombre aveuglément, ou juger un groupe que je n'ai jamais vu ou connu auparavant. Je me contente d'acquiescer à ses paroles, et de sourire légèrement à son commentaire positif quant à son état actuel. Un semi-mort n'a jamais faim, donc n'a guère besoin d'investir dans des vivres pour un périple.

Pendant que je prends une gorgée de ma boisson, Azra m'adresse une sorte de plaidoirie, un lot de conseils plus ou moins avisés. Ne pas m'enfermer dans un patriotisme primaire, par exemple. Je perçois une faible pointe de contrariété en moi. Après tout, mes paroles récentes n'allaient-elles pas dans le même sens ? Plus maladroit, il semble douter de l'impact que je pourrais avoir si j'agissais de nouveau en espion, ou parmi les rangs des soldats. Hidate serre le poing sur sa cuisse à ces paroles, mais il a la bonne idée de me consulter du regard avant de se manifester. Seuls les habitués peuvent s'en apercevoir, mais il s'agit là d'une rare forme visible de contrariété du géant.

Léger signe de tête négatif en réponse. Mes capacités ont toujours été remises en question, aussi bien par les clients que certains camarades de milice. Mais cela demeure encore blessant de comprendre à demi-mot que je ne suis pas à la hauteur, quoi que je fasse. Il faut croire qu'un bâtard de shaakt parvenant légitimement au grade de Sergent de l'Ynorie n'est pas une preuve suffisante de mon utilité... Et Hidate doit certainement trouver la remarque insultante, à la limite d'ébrécher mon honneur. Mais je suis assez sage pour relativiser, et m'efforcer de penser qu'Azra n'a pas conscience du poids de ses paroles.

Le sombre invité estime que ma bonté et mes compétences devraient plutôt servir à rassembler des alliés. Il m'offre d'ailleurs le soutien de son Ordre. Je ne relève pas immédiatement, ne souhaitant pas lui faire remarquer qu'il n'est pas encore à la tête des Messagers et donc que cette promesse est sans appui concret. Doute également de mon côté. Promet-il son aide à Kiyoheïki, au gradé d'Ynorie ou à la République elle-même ? Parti ensuite dans un éclat de rire qui me fait écarquiller les yeux, il semble certain que personne ne refuserait une alliance avec le Serpent des airs de l'Ynorie. À peine le nom prononcé, Ayame se manifeste.

"Serpent ? Serais-tu devenu assez sage ou assez fourbe pour mériter un tel titre ?"

"Ayame..."

"Ni l'un ni l'autre. Il est vrai qu'Aliaénon a quelque peu influé sur ma magie, mais je vous en parlerai en détails plus tard. Quant à trouver des alliés, c'est une idée, en effet."

"Sauf qu'après avoir fréquenté le Kiyo', même quelqu'un comme vous avez du comprendre qu'il n'est pas taillé pour ça. Surtout en politique ! Bah ! Trop gentil, trop honnête et trop... Intègre."

Je n'ai pas besoin de la darder d'un regard désapprobateur, Hidate s'en charge. Et face à son attitude, la jeune mère se met à bouder visiblement. Elle se tourne presque vers la porte, dirigeant toute son attention vers son enfant.

"Jamais qualités n'ont semblé si lourdes à porter... Mais tu as raison, Ayame."

Mes yeux violet se dirigent vers notre invité.

"Je suis un gradé et d'un bon échelon, certes, mais ma voix ne doit guère être plus imposante que celle d'un citoyen ordinaire. Entrer dans cet autre cercle requiert temps et relations... J'aime mon pays, mais il est des choses qu'il est rude de faire évoluer."

Petite gorgée de boisson avant de poursuivre.

"J'imagine mal notre Conseil permettre officiellement à un demi-shaakt de le représenter, auprès des nôtres comme d'une puissance étrangère. Héros d'un monde et véritable ynorien ou non."

Malgré tout, je retiens l'idée. Maintenant que j'ai davantage d'assurance, que j'ai prouvé ma loyauté envers l'Ynorie, peut-être m'autorisera-t'on à me former à l'art de la diplomatie ? Cela ferait tout de même beaucoup pour une seule personne. C'est toutefois un défi plutôt intéressant à relever. Un premier pas vers ce projet serait...

"Puisque vous l'avez évoqué, à quoi ressemble la vie en royaume kendrain ?"



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 Sujet du message: Re: Herboristerie locale
MessagePosté: Sam 19 Nov 2016 15:38 
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Ses propos semblaient éveiller une certaine tension. Ainsi qu'il le soupçonnait, Kiyo est considéré comme trop « gentil » pour tenir un rôle plus élevé. Sans parler de sa condition de semi-shaakt... Azra laissa échapper une exclamation méprisante :

« Depuis quand la gentillesse est-elle un défaut ? Si le monde est mauvais, c'est qu'il faut le corrigé. Rester assis à ne rien faire ne le fera jamais évoluer. »

Puis, comme on l'interroge sur Kendra Kâr, il haussa les épaules :

« Je n'en sais que peu de choses : en campagne il ne fait pas bon être un rêveur. En ville, il ne fait pas bon être un mendiant. Les plus forts écrasent les plus faibles et la magie noire doit se cacher dans les bas-fonds. Enfin, je dois reconnaître que lorsque j'ai été envoyé en prison, ils m'ont proposé une famille d'accueil pour que je puisse me refaire une vie. C'est uniquement pour cela que je préfère Kendra Kâr à Omyre. Au moins, ils ont essayé... Bien sûr, c'était sans compter la malédiction de mes pouvoirs. Je peux me vanter d'être de ces gens qui ont perdu deux familles dans leur vie. Pas mal, hein ? »

Il était surprenant de voir avec quelle facilité il se dévoilait par rapport à son habitude, fus-ce dans l'ironie défaitiste. L'atmosphère calme des lieux poussait à la détente et à l'ouverture. Néanmoins, il n'oubliait pas qu'il devrait bien vite partir. Le lendemain soir, au plus tard, il serait hors de la ville.

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 Sujet du message: Re: Herboristerie locale
MessagePosté: Sam 19 Nov 2016 18:44 
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Je sens mon expression afficher un instant de la surprise, mais je me contrôle rapidement. Azra vient de prendre ma défense quant à ces qualités qui me desserviraient. D'après lui, si le monde est mauvais, ce n'est pas en restant les bras ballants que les choses vont changer. Qu'il a besoin que quelqu'un pour le corriger. Il n'empêche que peu importent les intentions, je me rappelle clairement le mépris de ce garzok blessé, alors que j'évaluais son état du regard. Accepter l'aide d'autrui n'est jamais chose aisée, surtout chez certaines personnes.

Le jeune homme, ou plutôt ce qu'il en reste, me donne quelques informations sur le royaume voisin. Une vie dure pour qui est rêveur en campagne, et mendiant dans les murs. Étrangement, la description qu'il en fait, par exemple que le fort prime sur le faible, me rappelle grandement Omyre. Le seul point de rédemption de la cité humaine semble être sa capacité à essayer de rectifier les choses, comme proposer une famille d'accueil pour mon invité. Mais à entendre l'amertume dans sa voix, la chose n'a guère eu de résultat concrets. Ses pouvoirs lui ont causé de gros problème. Il aurait ainsi perdu deux familles dans sa vie.

Les mots me manquent un peu, mais pendant que je cherche des paroles assez fortes pour le réconforter, c'est de façon surprenante Hidate qui s'exprime.

"La chaleur d'un foyer. Précieuse. Perdue aussi par bon nombre de nos enfants."

Le regard du grand humain semble s'adoucir tandis qu'il regarde le masque. Le gigantesque milicien n'a jamais évoqué sa famille devant moi, aussi, je me demande s'il fait référence à sa propre personne ou non. Puis, c'est à Tohru de se manifester. De ses grands yeux noirs, elle a l'air de voir notre invité pour la première fois, ou plutôt de le découvrir sous une autre lueur.

Doucement, elle rapproche son coussin d'Azra, tout en gardant l'enfant sur les genoux.

"Tohru... Euh, moi aussi."

Elle semble vouloir parler, mais s'abstient. À son expression hésitante, je décide de lui faciliter la tâche.

"Tohru fait partie de civils évacués près de la frontière. Ses parents ne se sont pas encore manifestés à ce jour. Elle a trouvé refuge avec son aîné à Bouhen, mais le... Climat local, n'était pas des plus propices."

Toujours boudeuse, Ayame fronce les sourcils. Elle se fait entendre à son tour, comme refusant de rester à l'écart de la conversation. Et surtout, elle est offusquée. Cela se voit, car elle fait visiblement usage de sa magie de feu, faisant valser quelques flammes dans une main libre.

"Climat local... Dis les choses sans détours ! Qu'après tout ce qu'elle a vécu, elle a été victime de... D'abjectes imbéciles capables de taper sur des enfants perdus ! Pff... Moi, j'ai jamais eu de parents. J'ai grandi dans une sorte de pension, et mise dehors quand j'ai eu l'âge de m'enrôler."

C'est aussi la première fois que j'entends la jeune femme confier ce genre de choses. Les ynoriens sont généralement pudiques avec leur vie personnelle et leur passé. Tohru sourit, comme contente qu'Ayame exprime sa colère pour son bien. La milicienne ferme le poing et cajole sa progéniture, qui semble vouloir lui échapper et explorer à quatre pattes.

"Et il n'est pas question que Genjimasa et Kiyomi vivent la même chose..."

"Genjimasa et Kiyomi ?"

Ayame me regarde, et sa contrariété semble se muer en une brutale timidité. Elle change de couleur à une vitesse impressionnante. Et à mesure qu'elle me répond, elle vire à un rouge prononcé.

"Jun' avait parlé d'honorer Genji en donnant son nom à son premier-né, en plaisantant. Et... Disons... Pour simplifier... Rah ! Tu le sais, ne fais pas semblant de n'avoir rien compris !"

Silence, elle évite délibérément mon regard et se lève brutalement lorsque la clochette de la boutique tinte. Me poussant presque le bébé dans les bras, elle se presse hors de la pièce. Décontenancé, j'avise le petit bout d'humain qui m'observe avec de grands yeux, les mêmes que ceux de sa mère.

"Euhm... Bonjour ?"

Ma pupille rit doucement et fait les présentations.

"C'est Kiyomi."

"Fière Ayame. Reconnaissante que tu lui ai offert ton toit. Trop orgueilleuse pour l'admettre."

Je me sens gêné à mon tour. Un enfant a reçu son nom en hommage au mien ? Cela me rappelle Père, qui a suggéré celui que je porte pour honorer la mémoire du défunt époux de Mère. Quelque peu troublé, et redoutant de mal tenir la petite, je suis soulagé mais surtout grandement surpris lorsque Hidate se lève de sa place et vient la prendre. Dans sa puissante accolade, la toute petite parait plus minuscule encore, mais elle gazouille agréablement. Jamais je n'ai vu le grand homme faire preuve d'autant de délicatesse.

Mes pensées se tournent malgré moi vers Dame Talia, la belle et courageuse femme Pâle d'Aliaénon. Elle semblait penser que j'aurai aussi ma chance d'endosser un rôle de père, et me l'assurait avec beaucoup d'enthousiasme. Un déroutant enthousiasme, même... Mais très vite, je me rends compte que ce ne sont pas des choses auxquelles réfléchir en compagnie. J'avale le reste de mon thé et me lève en ramassant mon arme.

"Je vais prendre un peu l'air dans le jardin."

"Je veille."

Traduction, les enfants sont sous l'attentive supervision du puissant milicien. J'avise Azra, l'invitant sans un mot à m'accompagner, à s'installer confortablement ou à faire une suggestion. Ma demeure est la sienne jusqu'à son départ, après tout.



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 Sujet du message: Re: Herboristerie locale
MessagePosté: Sam 19 Nov 2016 19:51 
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Apparemment, son histoire avait fait de l'effet. Même le grand milicien se détendit un peu, admettant que perdre la chaleur d'un foyer était chose difficile. Mais la surprise vint surtout de Tohru, l'enfant qui s'approcha doucement. Elle aussi avait été victime de la guerre. Ses parents n'étaient jamais revenus et elle était partie à Bouhen... pour en revenir, chassé par de méchantes personnes. Azra, qui avait été persécuté pendant une bonne partie de son enfance par toutes sortes de brutes, ne pouvait que compatir. Le regard de l'enfant était pénétrant et le mettait mal à l'aise, transperçant même sa carapace émotionnelle de mort-vivant. Était-ce possible ? Que quelque chose d'autre que la guerre et la violence puisse éveiller des sentiments en lui ? Il faudrait qu'il étudie ça, mais en même temps, il s'en sentait effrayé.

Il ne prêtait plus attention à ce qui se passait autour de lui, entièrement concentré sur le terrible regard de chaton triste posé sur lui. Incapable de résister, il devait faire quelque chose...

Il fouilla alors les alentours en pensée et, sans surprise, trouva le spectre d'un enfant perdu, mort suite à la guerre. Il fit aussitôt un geste et le matérialisa dans un petit squelette de moins de dix centimètres qui, depuis sa main, descendit en faisant quelques cabrioles. Il ne lui avait donné que quelques ordres simples, laissant le reste de sa personnalité de petit garçon de cinq ans s'exprimer, du moins le peu qui en restait dans une rudimentaire enveloppe d'ossements.

« Hum... voilà... Ossi. Tu peux jouer avec lui, il est totalement inoffensif. Mais attention, il ne peut pas sortir de la maison. »

Inutile, en effet, que la gamine prenne le risque d'être vue avec pareil compagnon. Et au moins, cela ferait une âme perdue qui pourrait aller plus sereinement vers le repos. Mais en attendant, il avait détourné son attention, remerciant Phaïtos de lui avoir donné un pouvoir capable même de vaincre l'offensive affective d'une petite fille abandonnée.

Reprenant le fil de la discussion, il vit que Kiyo se faisait présenter deux bébés, dont un portait son nom. Il semblait perdu et choqué. Trop c'était trop. Azra ne savait pas quoi dire. Il sentait qu'il devait fuir, qu'il n'était pas à sa place.

Heureusement, le semi-elfe finit par sortir de la salle en lui faisant signe de le suivre. Il obtempéra et le suivit dans la salle d'à côté. Ne sachant que dire, il dansa d'un pied sur l'autre :

« Euh... félicitations ? »

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 Sujet du message: Re: Herboristerie locale
MessagePosté: Dim 20 Nov 2016 12:29 
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À peine avons-nous quitté la pièce à vivre pour nous retrouver dans le couloir qu'Azra m'adresse des félicitations. Je hausse un sourcil, ne comprenant pas exactement pourquoi, puis je l'invite à me suivre à notre gauche. Je fais coulisser une porte, jette un regard sur la droite en entrant dans ce qui sert de chambre à Ayame. Un paravent neuf a remplacé celui avec les grues en vol, et je décèle plusieurs paquets de l'autre côté. Mais je me dois de respecter l'intimité de la jeune femme, aussi je continue dans le prolongement du couloir. Avec douceur, je tire à moi la porte qui donne sur le jardinet, et suis plus que surpris du changement.

Là où, dans mon souvenir, herbes folles et caniveaux encombrés se disputaient l'espace, j'ai à présent sous les yeux un vrai jardin. Des plantes médicinales communes poussent, séparées par quelques parcelles fleuries. Et cela, en respectant la présence du jeune arbre, mais dont les branches faisant de l'ombre aux cultures ont été taillées. J'imagine que c'est Hidate qui a fabriqué le petit abri à outils jouxtant la porte. Il y a dans ce jardin une harmonie apaisante qui m'aide à me calmer. Mes idées s'éclaircissent, et je réponds enfin à mon invité.

"Ces enfants sont ceux d'un ami cher, mais je suis en effet honoré d'une telle attention."

J'inspire profondément, sereinement, profitant de la légère brise plus qu'affaiblie par les murs encadrant l'espace vert. C'est d'ailleurs en faisant silence que je perçois un tintement. Au-dessus de nous, suspendu à une branche, une clochette ynorienne émet un doux son aigu lorsque la brise joue avec son balancier. L'inscription foyer est d'ailleurs calligraphiée dessus.

"Ces moments de paix m'avaient manqué."

Après quelques instants d'écoute, je reprends la parole, mon attention toujours attirée par l'origine de l'agréable bruit.

"Je redoutais que la présence des miens vous cause de l'inconfort. Voir votre esprit s'ouvrir à nous m'a affirmé que ce n'était pas le cas. "

Petite pause, puis je tourne mon regard violet sur le masque, plissant un peu les yeux avec un soupçon d'inquiétude.

"Azra, savez-vous où se trouve votre Ordre ? Combien de temps vous faudra-t-il pour rejoindre les vôtres ?"

Car il a beau ne pas avoir besoin de se nourrir, une forme seule et parée ainsi sur les routes a de fortes chances d'avoir des ennuis. J'imagine que rares seront les marchands capables de vendre une monture à un client aussi... Perturbant. Quant à ceux qui accepteraient un tel voyageur à leurs côtés dans leur caravane, ils sont susceptibles de n'être comptés que sur les doigts d'une main.



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 Sujet du message: Re: Herboristerie locale
MessagePosté: Dim 20 Nov 2016 12:49 
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Son interlocuteur semble ne pas faire trop attention à sa remarque, ce qui n'est pas plus mal. Il le mène au jardin, dans l'air frais qu'il ne peut plus sentir. Au moins, il peut apprécier le soleil couchant et les tintements d'une délicate clochette suspendu dans l'arbre.

« Ces moments de paix m'avaient manqué. » murmure Kiyo.

Cela, Azra peut le comprendre. Il n'avait jamais vu de lieu aussi calme et reposant. Les arbres étaient taillés avec soin, le jardin était entretenu mais gardait comme une illusion d'aspect sauvage. C'est à peine s'il fait attention à son compagnon qui demande où se trouve son ordre.

(C'est une bonne question, ça...)

(Dans le duché de Luminion, le château d'Endor...) répondit Arek, sa faera.

(L'ancienne demeure de Zéphanie ?)

(Oui...)

Il se tourna vers le semi-shaakt :

« Au sud de Luminion, dans l'antique château d'Endor. Pour le reste... ne vous inquiétez pas pour moi. Je parcourais déjà le monde quand je n'étais qu'un gamin faiblard, et maintenant je suis une liche aux grands pouvoirs ! Cela prendra le temps que ça prendra, mais j'y arriverais. Après tout, j'ai toute l'éternité devant moi, ou presque... Après une bonne nuit de méditation, ce sera parfait... puis-je rester dans ce jardin ? Il m'a l'air idéal pour me ressourcer. »

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 Sujet du message: Re: Herboristerie locale
MessagePosté: Dim 20 Nov 2016 13:59 
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Le jour déclinant ne fait que renforcer le côté calme du lieu. Pas le moindre écho venant de la rue, pas la plus petite perturbation visuelle, pas une raison de se sentir en danger. C'est dans cette atmosphère propre au repos que le semi-mort m'apprend que l'Ordre des Messagers se situe dans le Duché de Luminion, dans un antique castel portant le nom d'Endor. Il semble percevoir mon inquiétude, car il m'affirme qu'il parcourait le monde quand il n'était qu'un gamin, et qu'à présent, il dispose de la puissance suffisante pour se défendre. Il est confiant, certain d'atteindre son but, car il a tout son temps devant lui.

Le lieu a aussi l'air de lui convenir, puisqu'il me demande la permission de rester se ressourcer dans le jardin. Je préfère vocaliser ce que j'ai en tête avant d'accéder à sa demande.

"Luminion est loin. Peut-être pourrais-je faire un bout de chemin avec vous, au moins pour la traversée de nos terres. Mais nous verrons cela demain. S'il vous faut quelque chose, Tohru saura vous l'indiquer ou vous conduire à moi."

Je reporte brièvement mon attention sur la clochette, puis sur la liche. Je songe bientôt au liykor décharné auquel l'être masqué est lié, mais je m'abstiens de le mentionner. Lord Azraël a déjà beaucoup partagé avec nous. Je n'ai aucune raison ni désir de m'immiscer davantage dans son existence.

"Prenez tout votre temps. Je veillerai à ce que nul ne vienne troubler votre méditation."

Poliment, mon buste se penche à l'ynorienne puis je me dirige vers la porte que je referme doucement derrière moi. J'ai conscience d'héberger un être bâti de magie sombre, une créature qui ne devrait pas exister, mais comme ceux de ma maisonnée, j'ai pu voir au-delà. Ce n'est pas une entité maléfique, c'est un jeune homme troublé qui se cherche, et que je me sens l'envie de soutenir.

J'ai à peine fait quelques pas dans le couloir qu'une étrange chose d'ossements, d'une dizaine de centimètres de haut, se cogne à mon pied. On dirait une sorte de petit squelette, que Tohru me présente comme Ossi, un compagnon fabriqué par Lord Azraël. Quand je tends la main à cette petite chose, cette dernière s'assoit dessus et me regarde de ses orbites vides. J'ignore quel est ce prodige, car toute la façon d'agir de cette création semble presque... Naturelle, pas comme les soldats squelettes lourds combattus dans la cité sombre.

La fillette me le prend gentiment de la main et retourne s'installer auprès de Hidate. Le grand homme me fait un signe de tête, les jumeaux d'Ayame blottis contre lui. La flamboyante mère revient d'ailleurs à son tour, m'avertissant qu'elle a verrouillé la porte de la boutique. En réponse, je la préviens que notre invité a choisi de demeurer au jardin. Pas besoin de précisions, elle me certifie faire en sorte que nul n'en approchera sans passer par elle. J'approuve du chef, puis me retire dans ma chambre, installe mon futon et prends place dessus. Je n'ai toutefois guère sommeil, alors je me concentre pour revivre les derniers événements et organiser mes pensées.

En moi, un petit conflit : la volonté de faire durer ces instants de paix d'un côté, et la hâte de voir se lever un nouveau jour de l'autre. Je suis presque aussi impatient qu'un bambin à l'idée de ce que je vais découvrir en rattrapant toute une année perdue. Mais une chose domine : la satisfaction de savoir mon foyer en sécurité.



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 Sujet du message: Re: Herboristerie locale
MessagePosté: Dim 20 Nov 2016 15:19 
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Kiyo accepta et lui proposa de l'accompagner le lendemain pour son voyage... Il ne savait pas trop qu'en penser. Il se contenta de hocher la tête puis, s'agenouillant sur le sol, il se plongea en léthargie.

Son esprit dérivait, serein, porté par le tintement de la clochette. L'air faisait flotter doucement la cape des Ol'Toga et il sentait la vie tout autour de lui. Déjà, la magie noire captait d'infimes portions pour réparer les micro-fissures de ses os tandis que son esprit vagabondait dans une sorte de rêve.

Arek était là, minuscule femme dont il était impossible de dire si elle portait une cape en plumes de corbeau ou si c'était la nature de ses bras. Un crâne de corbeau lui faisait comme un petit casque. Elle le regardait en souriant :

(Tu as fait du bon travail...)

(Tu aurais pu me prévenir...)

(Tu n'aurais pas fait ce qu'on attendait de toi.)

Sans doute, mais il préféra ne pas répondre. À la place, il finit par demander :

(Et maintenant ? Est-ce que tu veux bien m'accorder une question ?)

(Bien sûr ! Rit-elle. On verra si j'y répond...)

(Est-ce que Chandakar a réussi ? Est-ce que Zéphanie d'Endor est vivante ?)

(Plus ou moins. Lorsqu'elle meure, son âme revient immédiatement dans un nouveau bébé, avec toutes ses facultés magiques, mais en ayant perdu la mémoire.)

Ils continuèrent à discuter, jusqu'à ce que le jeune homme apprenne qu'elle se trouvait à la frontière est de l'Ynorie. Parfait, c'était quasiment sur le chemin.

(Tu es sûr de toi ? Certains souvenirs pourraient lui revenir, et si elle te reconnaît comme Chandakar...)

(Tu veux qu'on refonde l'ordre, non ? Cela ne se fera pas sans celle qui l'a créé autrefois.)

(J'imagine que c'est une façon de voir les choses...)

Et le reste de la nuit passa, en silence. Au petit matin, Azra se leva en silence et sortit. Il trouva sur le chemin Tohru qui dormait avec le petit squelette à côté d'elle. Cela lui arracha un sourire mental. Allons, il était temps d'aller faire un tour des boutiques. Vendre tout le bazar qu'il avait accumulé et faire quelques acquisitions...

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Merci et à Inès pour la signature
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 Sujet du message: Re: Herboristerie locale
MessagePosté: Dim 20 Nov 2016 19:35 
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Étrange ressenti que d'avoir l'impression de rêver tout en étant conscient. J'ai la sensation que ce que mon être faisait pendant le temps de sommeil, comme réorganiser les informations de la journée, est à ma portée à présent. L'image de Père ne cesse de me revenir. Lui non plus ne dormait pas. Parfois, je le voyais se tenir en tailleur, immobile une poignée d'heures puis reprendre ses activités comme si de rien n'était. Serais-je en train de devenir plus proche de lui ? La chose me déroute. Vivre aux côtés de Masaya et au milieu des ynoriens m'a toujours fait réfléchir et agir en humain, mais maintenant...

Une année a passé, et si le temps a marqué les gens de ma maisonnée, moi, je n'ai fait que prendre quelques centimètres. Je n'ai pas l'impression d'avoir vieilli. C'est comme si quelque chose se clarifiait devant mes yeux. Je suis de sang mêlé, je le sais, mais j'ai comme le sentiment de découvrir réellement ce que cela signifie. Outre mon apparence, cela implique un héritage elfique. La méditation en est un, mais plus effrayant, ma longévité aussi. Deux jours avant mon retour, j'aurais du célébrer mes cinquante ans. Pourtant, j'ai encore la taille et l'aspect d'un grand enfant ou d'un très jeune adulte. Cela signifie que tous ceux que je côtoie actuellement... Dépériront avant que le moindre signe d'âge me frappe. Et j'en rejette l'idée même. Je ne veux pas y penser, car la chose est intrinsèquement tragique et triste.

Au milieu de la nuit, alors que le grand milicien sommeillait dans un futon à côté du mien, j'ai préféré aller faire mes ablutions. Puis, j'ai poursuivi en allant inventorier les réserves de la boutique et préparer quelques onguents basiques. La tâche m'a tant absorbé qu'il a fallu que j'entende le déplacement du semi-mort pour m'apercevoir de la venue du jour.

"Bonne matinée à vous, Azra."

Attrapant un parchemin, je calligraphie un message à l'intention des membres de mon foyer, pour les prévenir de mon absence. J'ajoute une petite ligne leur disant de ne pas s'inquiéter si celle-ci se prolonge un peu, et dépose une petite bourse de yus avec. Intentionnellement, je n'écris rien quant à mes projets d'escorter la liche en territoire ynorien. En premier lieu parce que mon invité n'a pas donné son avis quant à ma proposition, et en second pour éviter de les inquiéter ou qu'ils refusent que je reparte si vite.

"Je comptais faire un tour en ville ce matin. Puis-je vous guider quelque part ? Nous pourrions évoquer votre futur voyage en chemin."

Après m'être paré de mes équipements de Treeof, de mon sac, et de mon arme, je précède mon invité et ouvre la porte donnant sur la rue. J'ai bien l'intention de respecter la parole donnée et de veiller sur lui jusqu'à ce que nos chemins se séparent.



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 Sujet du message: Re: Herboristerie locale
MessagePosté: Mer 30 Nov 2016 19:09 
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Le temps me semble atrocement long entre le moment où nous quittons les environs de la porte et celui où nous parvenons enfin à la boutique. Dans celle-ci, quelques habitués font la conversation avec Ayame, jusqu'à ce que l'ynorienne aperçoive celui que Hidate porte sur son dos. Elle pâlit visiblement, et je redoute la voir faire un malaise, mais non. Elle est sidérée, regardant passer le milicien torse nu lorsque je lui indique de se hâter vers ma chambre. Soutenant au mieux Genji, je lui emboite le pas, mais m'arrête au niveau de la jeune mère.

Tohru est juste à côté d'elle, tenant l'un des petits pendant que l'autre est assis sur la chaise basse. Mon assistante doit se reprendre, sortir de cet état de transe.

"Ayame, je vais avoir besoin de toi. Réagis !"

J'ai beau l'interpeller, ses yeux sombres sont rivés à la direction prise par Hidate. Même les pleurs soudains de sa progéniture ne parviennent pas à la faire émerger. Inquiet, je ne peux pourtant pas perdre davantage de temps. Junji a besoin de soins, et si Genji fait des efforts pour se tenir seul, je sens son poids croître d'instant en instant. Ses forces s'amenuisent. Je dois l'amener dans ma pièce également.

Soudain, un mouvement plutôt vif attire mon attention, tout comme le son brutal d'une gifle. Hébété, comme les quelques clients présents, je ne peux que constater que la Vénérable qui me déteste vient de frapper la milicienne. Ayame cligne plusieurs fois des yeux et finit par regarder l'aïeule en s'effleurant la joue. Droite, chignon blanc parfait, kimono un peu passé mais impeccable, l'ynorienne âgée affiche un air strict.

"Ne reste pas plantée là. Au travail."

Comme réveillée en sursaut, mon apprentie me scrute avec une expression perdue.

"Laisse tes enfants à Tohru. Rassemble des baumes pour nettoyer les plaies et prépare des bandages."

Sur ce, je conduis mon second patient dans ma chambre. À l'intérieur, Hidate n'a pas perdu de temps. Le futon qu'il utilise est étendu, Junji allongé sur son flanc par-dessus. Entre deux souffles douloureux, Genji s'adresse à moi.

"Je... Peux attendre... Junji... Ne le laisse pas... Je... Je t'en supplie, Kiyo' !"

Mon grand ami prend la relève et prépare mon propre couchage pour accueillir cet autre jumeau. De désagréables bruits répétés me vrillent les tympans, sans que je détermine au premier abord ce dont il s'agit. Puis je comprends. Mon cœur. Il bat brutalement, accompagnant la peur suscitée par la méconnaissance de l'état de Junji. À la hâte, je me défais du superflu qui me recouvre, m'agenouille et déploie ma magie pour sonder le blessé. Légère contusion à la tête, un poignet foulé, les os de la jambe et cuisse gauche fêlés voire brisés. Mais plus grave, son dos est strié de lacérations dont certaines suintent encore, et porte deux flèches aux tiges brisées. Une qui a miraculeusement ripé sur l'omoplate plutôt que de la perforer, l'autre fichée dans le flanc, juste au-dessus de la hanche. Les pointes en métal sont encore dans la chair, et le bois n'est qu'amas d’éclats prêts à se désolidariser. Il va falloir...

Je tressaille à l'idée, mais je n'ai pas le choix. Attrapant une paire de ciseaux, je m'attelle à découper les habits maculés de saleté et de sang du jeune homme. La douleur est cause de transpiration, mais la sudation de mon patient me fait craindre autre chose. Ayame se présente finalement dans la pièce. Je crois l'entendre me parler, mais j'ai besoin de me concentrer. Je l'ignore donc, jusqu'à ce qu'elle m'éclabousse quelque peu en posant un bac d'eau chaude à côté de moi. Sans hésiter, j'en finis avec le tissu et y plonge les mains, les débarrassant de leur poussière. L'état de la jambe de l'ynorien est préoccupante, le sang qu'il a perdu le rend horriblement pâle, mais ses plaies par flèche sont le pire. J'avise Hidate avec sérieux. Maintenant que j'ai une meilleure vue de la situation, je commence à reprendre contenance.

"Junji est proche de l'inconscience, mais pas assez. Je vais avoir besoin que tu le tiennes."

Le grand homme est attentif, troublé aussi, mais il manifeste son accord. Toutefois, je le sens m'interroger du regard.

"Ces têtes de flèches sont crantées. La chair autour a déjà commencé à s'en emparer, et ce coloris... Un début d'infection... Ayame, aide Genji à se défaire de ses habits et vois si tu peux apporter des premiers soins."

La milicienne semble gênée, mais je ne perds pas de temps à tenter de l'y contraindre. Je n'ai guère d'instrument adéquat pour pratiquer une telle opération, car si j'ai des compétences en médecine, je ne suis pas un chirurgien de profession. Un râle de mon patient me pousse toutefois à ne pas me poser trop de questions. Sans savoir laquelle, l'une des personnes de la pièce me passe le couteau de Père, la petite lame la plus adéquate pour ce que je vais faire.

Alors que Hidate maintient Junji sur le flanc, ce dernier ouvre péniblement des yeux brillants. Je déglutis, m'efforçant de contrôler ma voix au mieux tandis que je lui présente de quoi caler ses mâchoires. Occupé à retirer la pointe, je ne pourrai pas l'empêcher de se mordre la langue sans.

"Tu m'entends, Junji ?"

Lent signe de tête.

"Je dois m'occuper de ce qui te gêne, mais cela ne sera pas agréable. Ne lutte pas si tu dois perdre connaissance. Fais-moi confiance."

Nouveau signe de tête, puis il ouvre la bouche pour attraper le bâillon. Je le trouve étrangement détendu malgré sa situation. Peut-être a-t-il déjà subi quelque chose de semblable auparavant ? En tous cas, je dois rester concentré et attentif. S'il tourne de l’œil, je devrai faire signe de lui dégager la bouche. Mon visage pivote brièvement vers le plafond, où brille puissamment une lampe en papier.

( Gaïa, je vous en conjure, guidez ma main. )

Certes, un brin de sérénité m'a envahi, mais je suis loin de ne rien ressentir. Trembler m'est interdit. Causer plus de souffrance que nécessaire aussi. Manquer de détermination est inenvisageable. Junji fixe la paroi droit devant lui, prêt. J'écarte alors les bords de sa blessure à l'omoplate d'une main, inspire calmement.

Puis, ne visualisant que mes actes et ceux qui s'ensuivront, j'assène avec sang-froid le premier coup.



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 Sujet du message: Re: Herboristerie locale
MessagePosté: Mer 30 Nov 2016 22:27 
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Vision de rouge, de flou, de grisé, d'ivoire et de marron pâle. Je me sens transpirer à chaque geste, mais un tissu passe sur mon front dès qu'une goutte menace de me gêner. Concentré, je surveille à tous les instants les réactions du corps de mon patient, délivrant une dose de magie curative pour le stabiliser dès que je sens son pouls faiblir. Un cran, deux, un autre, des gestes, des sons que je ne souhaite pas entendre et qui m'arrivent déformés. Une peau qui se contracte, se détend, frissonne. Mais toujours je poursuis, focalisé sur mon objectif : soigner Junji.

J'ignore combien de temps s'est écoulé lorsque je remplis finalement la dernière plaie avec une préparation désinfectante et cicatrisante. Le souffle de mon patient est plus calme, peut-être parce que sa fiancée lui caresse tendrement la tête depuis un moment. L'ynorien a été très courageux ou alors bien malheureux, car malgré sa faiblesse, il a refusé de perdre connaissance. À côté, Hidate a remplacé mon apprentie pour administrer des soins basiques à l'autre jumeau. Le pansement à la tête de Genji masquait une vilaine bosse courant le long de son arcade, mais à première vue, pas de fracture. En revanche, le bras qu'il dissimulait est brisé en deux endroits.

J'ai grandement épuisé ma force magique avec ce traitement continu. Aussi, je dirige ma main vers ma sacoche, là où se trouve le dernier flacon de fluide que je possède. Je sais que l'idée est dangereuse et que mon corps m'a déjà averti approcher de ses limites, mais quelque chose m'incite à le faire. C'est comme si quelqu'un me disait que c'était la meilleure idée possible. Alors, comme toutes les fois précédentes, je prie brièvement Gaïa puis fais respectueusement sauter le bouchon, avant de porter le récipient à mes lèvres.

La sensation douce et chaleureuse m'emplit, rassurante, apaisante, comme une présence cherchant à chasser la tension des dernières heures. Ma peau sombre se strie des zébrures dorées familières. Mais maintenant que j'y prends garde, les marques forment un motif, comme de grosses écailles. Je les sens se dessiner jusque sur mon visage. Est-ce le résultat de l'évolution de mes pouvoirs ? Fermant les yeux, je pousse mes propres fluides à la rencontre de ce nouvel apport. Je patiente, laissant les deux s'unir. Lorsque la chose semble faite, j'amène ma magie dans ma paume, y faisant émerger un petit soleil. Il est instable, maladroit, comme à chaque fois. Enfin presque. Celui-ci est nettement plus brillant. Je m'exerce un peu avant de me sentir prêt à en faire de nouveau usage.

Sur le point de me remettre au travail, je remarque une chose.

"Je suis à court de bandages."

"J'y vais."

J'acquiesce envers le grand milicien. Quand ce dernier sort, j'aperçois Tohru de l'autre côté de la porte, mais elle ne fait qu'un bref signe avant de refermer. Tournant mon attention vers Genji, je m'apprête à le rassurer et à l'informer que son tour arrive lorsqu'une douleur légère mais fulgurante saisit ma pommette. Surpris, je comprends avoir reçu le revers de main d'Ayame au visage. Le sien est rouge, ses yeux humides, mais c'est une colère visible qui l'étreint.

"Sadique ! Monstre ! Tu manies la lumière ! Pourquoi as-tu torturé mon Junji de la sorte ! Cela t'amuse de faire du mal ?! Tu t'es vengé, c'est cela ? Tu as tout enduré pendant tout ce temps, et tu as passé tes nerfs sur mon Promis ! Avoue-le, shaakt !"

Violemment, la jeune femme lance au sol le panier contenant la lame de Père et les morceaux de flèche. Elle a presque un air hystérique, et je devine l'éclat de sa magie dans ses paumes. Toute sa personne a l'air de prendre une teinte flamboyante. À l'appel de son fiancé, la jeune femme fait la sourde oreille, ses yeux rivés aux miens. Sa colère est grande. Beaucoup trop. Mêlée à la peur de perdre son fiancé, elle risque de lui faire faire une bêtise.

Blessé par ses propos et les intentions qu'elle me prête, je n'ai pourtant pas à coeur de me lancer dans une confrontation inutile. Prenant les devants, je canalise ma magie lumineuse et sans briser notre lien de regard, je lance un sort apaisant. Elle m'a frappé, mais je comprends pourquoi et je lui pardonne. La puissance fait effet, et l'aura de feu s'estompe. Ayame me regarde avec irritation, mais semble un peu plus réceptive.

"Ses plaies étaient infectées, Ayame... Ma magie peut refermer les blessures, mais rien ne garantissait l'expulsion des débris... Et j'ignore d'ailleurs si son corps aurait supporté un rétablissement trop brutal."

La jeune mère serre les dents, contrariée. Le silence se fait dans ma chambre. Puis, avec une grande douceur, la main de Junji vient attraper celle de sa promise. Il a l'air de vouloir parler, mais presque aucun son ne sort. Ayame se penche vers lui, tendant l'oreille. Son expression change, passant d'une colère teintée de peur à une émotion telle que des larmes finissent par couler. Un sanglot dans la voix, elle étreint la tête de son fiancé en murmurant à son tour. La milicienne finit par se lever, prétextant aller chercher son propre futon, car celui de son fiancé est maculé de sang.

Dès qu'elle est sortie, je pousse un lent souffle. Je me sens las, mais j'ai encore un patient à soigner. Ce n'est qu'en le regardant que je m'aperçois que Genji m'observe. Ses grands yeux noirs en amande luisent. Il a l'air épuisé, et sa longue chevelure d'ébène est en désordre. Son regard se dirige vers son jumeau, proche d'un état de sommeil, puis revient vers moi. Il incline respectueusement la tête.

"Merci... Merci Kiyoheïki. Je... Hum..."

Je devine ce qu'il cherche à me dire. Il l'avait déjà laissé entendre lors de notre retour d'escorte. Son frère compte énormément pour lui, et l'idée de le perdre le paralyse. J'attends qu'il me rende mon regard pour acquiescer. Puis, une petite pensée me vient.

"Dès que Hidate sera revenu, je m'occuperai de ton bras. Mais avant cela..."

Un mince sourire au visage, je formule mes paroles en ynorien.

"Bienvenue à la maison, Genji."

Le jeune homme écarquille les yeux, puis son expression s'adoucit.

"Oui... Nous sommes rentrés."




Absorption d'un fluide 1/4 de lumière.

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 Sujet du message: Re: Herboristerie locale
MessagePosté: Jeu 1 Déc 2016 01:51 
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Quelques temps après avoir employé mes pouvoirs pour réduire les fractures de Genji, je laisse mes amis entre eux. J'ai confiance en Hidate pour m'avertir si le moindre problème se présente. Mais de mon côté, je cherche à m'isoler un peu. J'ai besoin de faire le vide, d'évacuer la tension persistante et surtout le souvenir de la violente prise à parti de mon apprentie. La comprendre n'empêche pas la sensation blessante qu'elle a provoqué. Je pensais qu'elle commençait à m'accepter, mais il faut croire que ce n'est pas encore le cas...

Après m'être lavé les mains et changé dans mon yukata bleu nuit dans la salle d'eau, je fais une halte à la pièce à vivre. Assoupie à côté des deux petits, et le minuscule squelette près de la tête, ma pupille les enserre d'un bras protecteur. La pauvre semble aussi épuisée que moi, et je vois malgré tout sur la table basse quelques tasses. Sans bruit, j'avale rapidement un peu de thé, me saisis d'un coussin puis m'éclipse vers le jardin. Ma chambre étant occupée, et mon respect envers celle d'une femme m'interdisant l'accès à la voisine, c'est naturellement parmi mes plantes que je souhaite me ressourcer.

La porte close dans mon dos, je lève le nez au ciel. Les quelques nuages rendent difficiles l'estimation de l'heure. Début d'après-midi, peut-être ? Haussant les épaules, je perçois le doux son de la clochette dans la brise. Je dépose donc mon siège au pied de l'arbre et y prends place, fermant les yeux pour jouir du calme ambiant. Junji est stable, Genji se repose, Ayame s'est un peu calmée. Tout semble promettre de s'améliorer, mais je regrette au fond de moi ne pas avoir pu tenir parole envers le semi-mort.

Alors que je fais le point, réorganisant mes pensées, quelque chose me dérange. Une lueur, qui m'incite à rouvrir les yeux. Incompréhension d'abord, puis surprise. Un étrange phénomène flotte devant moi, presque à ma portée. Une sorte d'essaim ou de halo de lumière... Familier. Oui, je le reconnais. C'est ce que j'ai estimé être un signe de Gaïa, la présence qui m'a guidé lorsque je me suis égaré dans les Bois Sombres. Instinctivement, je tends la main, paume vers le ciel, dans sa direction. La chose n'y réagit pas avant plusieurs longues secondes, puis elle se met à léviter au-dessus de ma peau.

La vision chasse petit à petit mes troubles, les refoulant et leur ôtant de l'importance. Une sorte de sérénité m'envahit. C'est à peu près au même moment que j'ai la certitude de percevoir une voix, sauf que ce ne sont pas mes oreilles pointues qui m'en amènent les paroles. Étranges mots, d'ailleurs. Prononcés dans un ynorien ancien, aux sonorités presque désuètes.

(Poids factice sur le cœur engendre tracas d'esprit sans fondement. Sérénité amène clarté. Le lien n'est point brisé.)

J'ai un peu de mal à comprendre, et il me faut quelques instants de réflexion pour donner du sens à ce que j'ai perçu. Lorsque cela se fait, je me sens apaisé. C'est vrai, ce n'est qu'une passade malheureuse. Un geste sans réelle méchanceté, de la part d'une jeune personne effrayée et inquiète. Toutefois, réaliser que c'était la réponse qu'il me manquait me rend curieux envers cette entité étrange.

"Qu'êtes-vous donc ? Pourquoi revenir à moi ?"

(Vous vous fourvoyez. Aucunement depuis notre rencontre n'avons-nous été séparés. Sous l'éclat d'un bijou je dissimulais ma volonté, le temps de mieux vous... Appréhender.)

Le halo se meut légèrement et fait luire la bague de San-Divyna à mon majeur droit. Un début de perplexité nait dans ma poitrine, ce que la conscience semble deviner.

(Point d'inquiétude à mon sujet. Ni mauvais esprit ni farce du vôtre. Un sombre invité a évoqué notre identité, notre capacité à assurer le passage de lieux particuliers. )

Mes souvenirs d'échanges avec Azra remontent, et une pointe d'embarras me prend. Serait-ce ce qu'il avait appelé faëra ? Ce n'est donc pas une sorte de protection magique mais une existence consciente ? La leçon est retenue : ne pas assumer ce que l'on ignore, au risque de se retrouver bien gêné quand vient la vérité.

"M'avancerais-je en présumant que je m'adresse à une... Faëra ?"

Un bref instant de silence se fait, ne laissant que le tintement de la clochette témoigner de l'écoulement du temps. Mon interlocuteur semble briller davantage.

(Nulle erreur cette fois. Existences privilégiées, de fluides constituées, aptes à parcourir les mondes et vous y mener, sans au grand jour se dévoiler.)

"N'est-ce pourtant pas ce que vous faites ? Pardonnez ma curiosité, mais pourquoi vous manifester encore une fois ?"

J'ai beau faire de mon mieux, je ne parviens pas à trouver un point d'appui pour mon regard sur cette conscience. La lueur flotte au-dessus de ma paume, et j'ai la nette sensation de finir par entendre un soupir.

(Vos yeux s'égarent sur la forme que je revêts. La faute est mienne. Parmi les vôtres, d'aucun préfère s'adresser à familier. Ou du moins, à détenteur de faciès quelque peu semblable.)

Suite à ses paroles, et me prenant encore à dépourvu, la lumière constituée de plusieurs perles brillantes se modifie. Elle prend de la consistance et change totalement d'apparence. Après quelques instants, j'ai sous les yeux une curieuse créature d'un peu plus d'une vingtaine de centimètres.

Une femme, d'aspect assez jeune, peau claire, longue chevelure oscillant entre le marron et le doré. Deux yeux reptiliens, soulignés au niveau des pommettes par un trait horizontal. Sa silhouette est grandement masquée par une longue cape blanche à capuche tombant sur son front. La tunique qu'elle porte est un étrange mélange à mes yeux. Duo de pointes autour des épaules, longues manches à l'ynorienne, jupe que l'on jurerait appartenir à un saltimbanque et ceinture où ne dépareillerait pas la garde d'une épée. Se mouvant comme animés d'une vie propre, des cobra décoratifs ondulent en même temps que leur reptilienne porteuse. Car oui, si jusqu'aux hanches la faëra ressemble à une humaine ou une semie-elfe, la partie inférieure ressemble à s'y méprendre à la queue écailleuse d'un serpent blanc.

"Ce... Cet aspect ?"

Les lèvres de la faëra se meuvent, mais j'ai toujours l'impression qu'elle discute directement avec mon esprit.

(Rassurante forme. Proche de votre propre nature, mon enfant.)

"Je pense discerner les similitudes, en effet... J'apprécie votre geste, et vous présente mes excuses si mon attitude vous a offensé."

Mon interlocutrice esquisse un sourire.

(Le respect d'autrui vous est seconde nature. Point d'offense à mon endroit. Vous êtes l'être lésé.)

Regard interrogateur, qui incite cette incroyable présence à s'expliquer.

(Ramenés à la lueur du jour, les traits d'une femme à laquelle vous devez d'exister. Issus de vos souvenirs. Anciens, incomplets, mais toujours chers à votre cœur. )

Ma sérénité s'ébrèche, et avant d'en avoir conscience, je me mets à examiner sans discrétion ce visage féminin. Les faëra sont-elles capables de tels exploits ? Lire dans les souvenirs ? Car si certains détails sont sans doute propres à mon interlocutrice, je retrouve dans la forme des yeux, du nez et la façon de sourire quelque chose de familier. Des petits détails qui n'ont jamais quitté ma mémoire à propos de Mère.

Toutefois, la surprise passée, je reprends rapidement le contrôle de mes pensées.

"Vous avez esquivé ma précédente question."

L'existence composée de fluides laisse doucement pendre ses longues manches, rive son regard au mien et s'exprime à nouveau.

(Je devais savoir, et à présent la connaissance est acquise. Décision prise. Je vous ai choisi, demi-humain, demi-elfe, Dragon...)

Ses lèvres s'ouvrent, mais cette fois, une voix douce et assurée s'élève au rythme de la clochette, et fait vibrer mes tympans. Impossible toutefois de certifier le genre auquel elle me fait penser.

"Dans le but de faire de vous... Mon protégé."

"Votre... Protégé ? Pour quelle raison ? Auriez-vous quelque savoir à mon sujet ? Des connaissances à m'inculquer ?"

"De longues années sont le lot de votre sang mêlé, mais vous n'avez personne pour vous guider lors de leur traversée. À vos questions futures et passées, des réponses pourrais-je peut-être apporter. Néanmoins, en échange de mon savoir, une chose devez-vous me donner..."

"Quelle est-elle ?"

L'entité mi-femme mi-serpent ferme les yeux, comme si elle s'apprêtait à me dévoiler une Vérité du monde.

"Un nom."

"Je... Crois avoir mal saisi... "

"Un nom... Le nom. L'identité, le lien entre la faëra et celui qu'elle veut épauler. Un pacte ainsi scellé. Si conserver ma présence à vos côtés est en phase avec votre volonté."

Puis la faëra se tait et conserve les yeux clos, ses serpents décoratifs relevant d'un commun accord la tête dans ma direction. Elle ne semble pas animée de mauvaises intentions, et si elle est déjà effectivement avec moi depuis tout ce temps, officialiser notre lien me parait légitime. Je lui dois la vie et je ne l'ai pas oublié. Un nom contre des réponses ? Cela me semble un échange presque désavantageux pour cette entité. Sans doute a-t-elle ses raisons.

Sa façon de parler fait sage, mentor et guide. Je n'ai guère besoin de réfléchir longuement pour qu'un nom me vienne en tête.

"Okina... S'il vous convient, j'aimerais que ce mot soit votre nouvelle identité. Okina."

La femme-reptile rouvre ses yeux soulignés et s'incline élégamment à l'ynorienne.

"Un nom à la musicalité appréciée, et dont le sens ne m'a point échappé. Je l'accepte et ainsi vous suis liée, D'Esh Elvohk Kiyoheiki."

Flottant encore quelques instants au-dessus de ma paume, Okina finit par s'enrouler autour de ma bague dorée. Mes yeux la voient s'y fondre. Sa voix résonne en moi alors que sa forme s'estompe.

(Profitez. De la présence de vos proches, de ces instants de paix. Les jours qui viennent ne pourront peut-être pas s'y prêter.)

Un avertissement énigmatique, mais qui me pousse à rentrer m'abriter, laissant derrière moi le chant de la clochette esseulée.




Lien créé avec ma faëra Okina.

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 Sujet du message: Re: Herboristerie locale
MessagePosté: Sam 3 Nov 2018 18:53 
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C'est dans un silence attentif, ma main jointe à celle de ma Promise défaite de sa cape, que je patiente à présent. D'un côté, je redoute ce que mon apprentie et collègue de milice Ayame s'apprête à dire après son embarrassant et long examen. De l'autre, j'ai hâte qu'elle rompe cet inconfortable silence. Jamais le comptoir séparant la boutique à son tiers ne m'a semblé aussi infranchissable. La jeune femme a toujours eu les paroles plus vives que la pensée, et la voir se masser lentement le coin des yeux à retenir ses mots n'est généralement pas un bon présage. À côté du meuble derrière lequel elle se tient, ma jeune pupille Tohru reste également sans voix, les bambins Kiyomi et Genjimasa rivés chacun à l'une de ses jambes. Talia ne dit rien non plus, ses propres yeux posés sur la progéniture curieuse.

Une inspiration de la part de mon apprentie. C'est parti.

"Je sais que tu es comme cela, Kiyo'. J'en suis la preuve vivante... Mais là, tout de même..."

La jeune femme d'une tête de plus que moi relève le visage, pousse un soupir et poursuit, poing sur la hanche.

"Lorsque je t'ai demandé à ton dernier passage si, à force de recueillir des égarés, tu n'allais pas finir par nous ramener une... Femme-Piaf... Je ne pensais pas que tu allais vraiment le faire... Tu n'es pas croyable !"

Ah, cela y est. La petite agressivité typique de la pyromancienne. Elle en vient même à aplatir brutalement les mains sur le comptoir et défier ma fiancée du regard, exactement comme elle l'a fait envers la Liche. Sa façon de la prévenir de ne pas approcher sa progéniture, ce me semble. Quelques pas se font entendre dans le couloir, précédant l'ouverture de la porte coulissante dans son dos. Deux silhouettes semblables apparaissent dans l'ouverture, vêtues d'un yukata marron léger. Les jumeaux miliciens Genji et Junji, pratiquement remis pour le premier, si je base mon jugement sur la présence de l'attelle légère à son bras, et capable de se déplacer en prenant appui sur un bâton de marche pour son frère. Lorsque je les ai quitté pour rallier Aliaénon, ils commençaient à peine à cicatriser. Je suis soulagé de voir que mes soins ont contribué à les remettre sur pied.

C'est le ton jovial du fiancé d'Ayame qui me parvient en premier, suivi d'un regard complice à mon endroit.

"Ménage ce pauvre comptoir, Aya' ! Tu vas finir par le casser un de ces jours, alors qu'il ne t'appartient pas !"

"Dit celui qui a brisé deux tasses hier."

"Genjiii ! T'avais promis de ne pas le dire à Kiyo' !"

"Exact."

"Mais tu viens de le faire !"

"Non."

"Ben... Si ?"

"C'est faux. Je ne l'ai pas dit à lui, mais devant lui. Nuance."

"Pfff ! Tricheur !"

Junji se met à bouder, détournant la tête de son jumeau. Maintenant que j'y fais attention, c'est le plus jovial qui a sa chevelure adroitement peignée et attachée pour une fois. Une exigence de sa fiancée, je suppose. Son frère est peigné, mais sa longue chevelure sombre est laissée libre.

Pas même le temps de compter jusqu'à trois ne m'est donné avant que Junji revienne sur sa décision de muette ignorance et se mette à scruter Talia.

"Bon, tu nous présentes ?"

Du revers du poing, le visage inexpressif, Genji toque légèrement contre le crâne de son frère. Un petit rappel à l'ordre qui m'éveille un élan nostalgique. La complicité entre eux m'a manqué. La dernière fois qu'ils se sont comportés ainsi, c'était avant leur départ en mission longue. Presque deux ans plus tôt quand j'y songe, quand Oncle Masaya était encore parmi nous.

"Tes manières, mon frère."

"Oh eh ! Pas besoin de me taper ! Je suis encore convalescent !"

"Et debout alors que je t'ai pourtant dit d'aller te reposer, Jun' !"

"Mais Aya' ! J'ai assez gardé le lit comme ça !"

"Eh bien tu n'as qu'à te distraire dans ta chambre. Tu n'as pas encore égaré une pièce de shôgi, j'espère ? Je t'ai pourtant dit de les ranger ! Tu sais bien que Kiyomi adore les chaparder !"

"Pas cette fois, promis ! Mais c'est juste que jouer contre soi-même, c'est ennuyeux à force ! ... J'arrête pas de perdre."

Le jumeau sérieux lève lentement les yeux au plafond tandis que je masque mon sourire derrière mon poing, mes oreilles en pointe m'apprenant que ma Talia n'est pas parvenue à retenir un souffle amusé. Leur arrivée a réussi à apaiser le climat de tension de la pièce, et je leur en suis reconnaissant.

Après un court instant, Genji contourne le meuble, tapote la tête de ma pupille en passant à côté d'elle et nous approche. Après s'être légèrement et respectueusement incliné, il esquisse un sourire amical.

"Bon retour en ton foyer, mon ami. Et soyez également la bienvenue, dame ?"

"D'Omble. Talia D'Omble, du peuple Pâle de Treeof en Aliaénon."

Sans concertation préalable, les voix des présents s'unissent pour répéter le nom du monde avec incrédulité. Je ne masque plus mon petit sourire et échange un long regard avec la Dame-Harpie. Je lève lentement nos mains jointes, dévoilant l'anneau de fiançailles et précieux trésor de sa famille à mon doigt.

"Ma Promise."

Une nouvelle fois, le dernier mot est répété avec une telle spontanéité que j'ai une difficulté peu commune à contenir mon amusement. Ayame et Junji échangent un long regard incrédule, finissant par pointer notre couple du doigt avec une visible incompréhension. Tohru ouvre de grands yeux, scrutant ouvertement ma fiancée des pieds à la tête. Peu importe le nombre de fois que je le lui ai fait remarquer auparavant, la jeune fille ne parvient pas à s'en empêcher. Les bambins à ses jambes sont justes confus des soudains éclats de voix, mais demeurent étrangement sages aussi. Quant à Genji, son expression stupéfaite demeure quelques instants. Il ferme brièvement les yeux puis, en ynorien adepte du contrôle de ses émotions, s'apaise. Après un court instant, il finit par laisser reparaître ses sombres pupilles et reprendre la parole.

"Il semblerait que tu aies bien des choses à nous raconter. Commencez par vous défaire de vos bagages tous les deux, vous devez être épuisés."

Le milicien effectue un léger signe de tête puis fait un élégant volte-face et se dirige vers le couloir. Ma pupille le suit, les enfants d'Ayame et Junji dans les jambes, annonçant aller l'aider à préparer du thé.

"Bah ? Et tes manières, mon frère ?"

La boutade de Junji ne reçoit étrangement aucune réponse tandis que son jumeau passe la porte. Même Tohru marque un instant de pause pour se tourner vers nous avant de reprendre son trajet. Nous ferons les présentations autour d'une boisson chaude, mais oui, je suis aussi surpris de ce qui vient de se passer.

Les autres fiancés de la pièce les regardent puis haussent les épaules de concert avant de nous inviter à les suivre.

"Allez Kiyo' ! Tu connais le chemin ? Je peux te faire escorter par ma propre fiancée, si besoin."

"Jun' !"

"Elle est un peu rouillée et ses sorts peuvent te roussir le poil si tu ne fais pas attention, alors je te fais un rabais sur ses services !"

"Junji !"

La pyromancienne fronce les sourcils, levant des mains auréolées d'un coloris flamme. Elle se ravise cependant, se contentant de marteler le torse de l'ynorien. Il semble que ce soit une plaisanterie guère appréciée, même si j'ai appris au fil du temps que cette mésentente cordiale reposait justement sur ce mot : cordiale. Il a beau la provoquer, cela demeure sans grande conséquences.

Son Promis nous sourit, nous faisant signe de passer derrière elle.

"Je fais diversion ! Partez devant, je vous suis !"

"Uzuuma Junji ! Cette fois, je vais vraiment finir par me fâcher !"

"Je plaisantais, je plaisantais, Ayame ! Aïe ! Eh ! Mais aïeuh ! Cesse de taper un blessé !"

Avançant dans le couloir, je guide ma Talia à la porte de ma chambre et, au son de rires du jumeau amusé, la laisse y pénétrer. Un soudain silence attire mon regard vers la pièce quittée. Par la porte coulissante donnant sur la boutique, j'aperçois les silhouettes des deux jeunes gens étroitement enlacées. Mes yeux violets se détournent aussitôt avec pudeur. Je m'efforce de brider mon imagination quant à ce que j'ai cru deviner. J'espère pour eux et pour le mobilier que personne ne va entrer dans l'herboristerie et les déranger.

Ayame a tendance à littéralement s'enflammer quand elle est contrariée, et sa réaction est dix fois pire lorsqu'elle est réellement embarrassée.



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Dernière édition par Kiyoheiki le Jeu 31 Oct 2019 00:40, édité 2 fois.

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