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Kurgoth saisit fermement la bourse dans sa main et fixa la forgeronne d'un regard provocateur, il n'allait certainement pas ramasser la hideuse tête de saurien qu'il avait lancé. La vendeuse était impassible, fusillant le guerrier d'un regard sévère et gardant la bourse parfaitement immobile. Son repas ne suffisait en aucune manière à compenser toute l'énergie qu'il avait puisé dans ses réserves durant son voyage. Les derniers jours de marche forcée sans provisions l'avaient grandement affaiblit en pompant dans ses muscles ce dont il avait besoin pour avancer, et il en payait maintenant le prix, incapable d'imposer sa volonté par la force.
Pendant de longues minutes, les deux garzoks restèrent figés ainsi sous le regard de l'enfant qui se demandait lequel l'emporterait. Chaque seconde passée ainsi était vécue comme une humiliation pour Kurgoth dont le visage se déformait de colère et de frustration à mesure que son regard devenait toujours plus mauvais. Malgré cela, l'expression de Galdrünk restait la même car elle savait, aussi bien que lui, qu'elle avait l'avantage. Sentant sa main commencer à trembler alors que son bras s'engourdissait et qu'il se sentait approcher de l'épuisement, le guerrier hurla soudain:
"
GAMIN!"
Dans un mélange de surprise et de peur, le blondinet sursauta. Il sursauta si haut qu'il en perdit l'équilibre et finit assis au sol. Après un instant d'hésitation, il commença à se relever le sourire aux lèvres en répondant:
"
Tu plaisantes là hein? Je vais quand même pas..."
Il s'interrompit, blanc comme un linge. Entendant le début de sa réponse, Kurgoth s'était tourné vers lui et le garçon était terrorisé par ce spectacle. Le visage déformé en une grimace dans laquelle se mêlait frustration, colère, violence et honte, il le fixait de ses yeux rouges sang qui flamboyaient de mauvaises intentions envers quiconque ils croisaient. Les poils dressés, il sentit une goutte de sueur froide se former entre ses omoplates, il en avait vu des garzoks en colère mais ceux-ci s'étaient entre-tués bien avant d'arriver dans un tel état.
Jusqu'ici il pensait que Kurgoth était un lâche qui évitait les combats par manque de courage mais les lâches qu'il avait vu finissaient toujours, en cas de confrontation, par ravaler leur fierté et se soumettre ou tenter de lancer une attaque désespérée en premier, l'un ou l'autre relativement rapidement. Mais la scène devant lui était différente, la main libre du guerrier, bien que serrée en un poing recouvert de veines, n'était pas refermée sur la kitranche qu'elle touchait pourtant. S'il ne comptait pas se battre, ses yeux luisants faisaient comprendre qu'il préférerait récupérer ses affaires en laissant la bourse plutôt que de se soumettre. Bien sûr, si l'enfant était encore là à cet instant, ce serait sur lui qu'il passerait sa frustration pour avoir osé lui désobéir.
"
Ok ok, on se calme, je vais ranger ce que tu... ce que J'AI fait tomber... désolé m'dame."
De tous ceux à qui l'humain avait essayé de s'attacher, Kurgoth était le seul à ne pas avoir essayé de le dévorer, de le vendre comme esclave ou de le tuer dans les deux premières heures suivant leur rencontre, bien que celle-ci avait tout pour que leur relation tourne mal. Au contraire, et qu'importe pour l'enfant s'il n'avait fait cela que par intérêt, il avait tacitement accepter de le rassurer et le protéger dans les grandes avenues et n'avait pas cherché vengeance après s'être fait ridiculiser au Rat Putride. En cela il constituait ce que l'ancien esclave avait de plus proche d'un ami, aussi éloigné puisse-t-il en être. Son choix avait été simple, s'enfuir à toutes jambes en espérant qu'ils ne se recroisent jamais, ou ranger la tête de crocodile pour rester auprès de cet étrange personnage et continuer de secrètement espérer le suivre dans ses futures aventures, laissant la mendicité derrière lui.
Contournant le comptoir, il récupéra le crâne de saurien pour le poser dans une étagère à sa portée, écartant les poignards qui s'y trouvaient. L'instant suivant, la forgeronne avait, d'une main attiré les armes de Kurgoth de son côté du comptoir, et de l'autre laissé le garzok à bout de forces empocher ses yus. Ce dernier, couvert de honte, tourna immédiatement les talons avant de sortir en ouvrant violemment la porte de bois.
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