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 Sujet du message: Re: La maison rouge
MessagePosté: Mar 1 Déc 2015 17:03 
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Descendre du toit n’est qu’une formalité pour l’assassin, qui a fini par prendre ses marques sur les maisons de cet acabit. Les poutres ornementées, les encadrements de bois forment des prises maigres mais suffisantes que son œil est maintenant accoutumé à chercher, même sous le ciel nocturne, et dont son corps se satisfait. Il glisse le long du toit, en silence, et se plaque au mur pour rester dans l’ombre tandis qu’il se dépêche d’atteindre l’angle de la maison. Un bref coup d’œil derrière lui et sur le chemin qu’il a emprunté l’informe qu’il est seul, et aucun cri d’alerte ou mouvement vif ne rompt la nuit trop paisible. Sur les toits, les deux guetteurs doivent continuer à veiller à ce qu’aucun intrus ne puisse se glisser dans le filet. Ils ignorent qu'ils viennent d'échouer. Presque arrivé à la croisée des chemins, le voleur se plaque soudain contre le mur lorsqu’un bruit de pas se fait entendre. Devant lui, l’assassin messager passe la ruelle sans la regarder, confiant en le talent de ses alliés. Vohl ne bouge pas un muscle tandis que le messager passe devant l’allée.

Le froid de la nuit, allié à la fraîcheur de la pluie récente, est mordant. Réchauffé par ses multiples acrobaties et par la rage de voir tant de serviteurs du mal dans la ville qui défend la lumière de l’ordre, le jeune assassin ne peut s’empêcher de serrer les mâchoires lorsque le vent glacial, venu du large, vient souffler sur sa peau. L'épiderme de l'assassin est couvert d'une fine couche de sueur, du fait de ses efforts : la caresse de la brise n'en est que plus froide. Deux frissons le hérissent de la tête aux pieds. La nuit sera rude : l’automne et son climat relativement clément grâce à l’océan qui jouxte la cité ont fini par laisser la place à l’hiver pendant que Vohl subissait son entrainement souterrain. Le voleur songe à l’épais manteau qui sert actuellement à éviter aux diverses pièces d’armures de se heurter entre elles, faisant un boucan de tous les diables. Mieux vaut souffrir du froid que d’aller saluer Phaïtos.

Il ne se remet en mouvement que lorsque l’autre homme a pris environ cinq mètres d’avance, et longe les maisons, afin de toujours être dans une zone d’ombre, et surtout de n’être visible que par la moitié des toits. Bien qu’il doute que les assassins, ayant établi un cordon de sécurité, se soient donnés la peine de poster beaucoup d’hommes supplémentaires à l’intérieur même de ce cordon : cette hypothèse lui paraît d’autant plus improbable que ses ennemis ont des alliés postés dans la tour militaire. Pourquoi donc disperser ses troupes, risquant d'affaiblir les points cruciaux sans pour autant gagner en efficacité ? Toutefois, mieux vaut prévenir que guérir, et d’autant plus si l’on a pas de quoi guérir. Prenant le pas de son ennemi pour éviter de donner de l’échos à ces derniers, le voleur reste aux aguets. Il n’est pas du tout à l’abri que le mercenaire regarde derrière lui pour vérifier qu’il n’est pas suivi.

Ce dernier lui donne tort, toutefois. Marchant d’un pas tranquille, si ce n’est conquérant, sans souci du bruit où d’une quelconque menace, le messager ne s’inquiète en rien des zones d’ombre qui l’environnent, des endroits que l’obscurité protectrice ôte à son regard.

(Soit il est très doué, soit il se croit déjà en terrain conquis !)

Mais son raisonnement l’a déjà amené à estimer la force de ses adversaires. En groupe, le jeune assassin sait n’avoir que peu de chances. Cependant en duel, il ne pense pas être surpassé à ce point. Vohl suit sa cible pendant un moment : le temps de voir la direction qu’il prend. Ainsi, l’assassin pourra connaître le lieu où l’homme se rendait : et donc où l’homme sera manquant, et le rôle qu’il joue dans l’engrenage qui compose la machine omyrienne. Le jeune homme n’a pas longtemps à attendre : presque aussitôt, son guide malgré lui bifurque vers la Maison Rouge. Le gigantesque bâtiment n'est pas encore en vue. Il n’en faut pas plus à Vohl, et ce messager ne doit pas aller plus avant. Se rapprochant aussitôt de son adversaire en une série de pas aussi légers qu’il le peut, Vohl sort les griffes.

D’un coup ample, il vise le dos, remontant lames en avant comme s’il cherchait à soulever le messager par son poing fermé, une fois que les lames allongées auraient pénétré le corps. Cette frappe doit être mortelle. Mais plus important : elle doit le réduire au silence. S’il meurt dans un long râle d’agonie, le voleur a toutes les chances de voir débarquer un cortège de ces meurtriers.

L'oranien ne frappe donc pas au milieu du dos, contrairement à ce que l’on pouvait supposer ; sa frappe est légèrement décalée vers la droite. Ainsi, le cœur à moins de chance d’être perforé, et les lames de riper sur la colone vertébrale du serviteur d'Oaxaca. Si les trois lames aiguisées et couplées s'engagent comme le souhaite Vohl, presque à la verticale entre les côtes, le poumon n’opposera aucune résistance. Pas plus, en réalité, que n'en présentera le tissu qui lui tient d’armure, taillé davantage pour l'aisance et la liberté de mouvement que pour dévier les attaques. Les deux seront déchirés de toute part, coupant le souffle momentanément à l’homme. C'est ce qu'espère le jeune assassin, du moins.

La neutralisation devra suivre immédiatement, mais pour l’heure -ou pour les secondes plutôt - à venir, seule la première étape compte. La main remonte à toute vitesse comme l’aurait fait celle d’un amateur de rixe décochant un uppercut.Si tout se passe bien, un balayage des jambes de son adversaire ne pouvant se retourner, figé par la douleur et fiché par les trois lames de la griffe le fera tomber au sol, dans les ombres qu’il négligeait si peu de temps avant.

Là, l’ennemi enfin neutralisé pourra donner dans ses derniers souffles les ultimes informations qu’il lui manque sur la disposition de ses alliés dans la tour. Il pourra vivre, même un poumon perforé. Vohl le sait, pour avoir déjà discutté de blessures guerrières extraordinaires avec ses anciens camarades militaires. Et ça, c'est une monnaie d'échange contre les informations qui fait des merveilles.


Le Plan



---------------------------------------

(((HRP :
Utilisation de la CC Assassin :
Attaque traître :
Capacité à aller derrière son adversaire pour l'attaquer : les dégâts sont doublés sur la première attaque. (Coup à init/2, -init/2 pour le tour prochain) ;

Combinée dans le même coup avec une tentative d’apprentissage et de réalisation de
Lame furtive au niveau 5 :
L'assassin, attaquant en premier, se glisse derrière sa cible pour lui infliger une attaque meurtrière (For+1,5/lvl ). La cible ne doit pas voir venir l'attaque, ou posséder moins de la moitié en esquive SA par rapport à la maîtrise SA de l'attaquant.
)))

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 Sujet du message: Re: La maison rouge
MessagePosté: Ven 4 Déc 2015 15:09 
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Vohl : réussite.
Ninja : aurait été une réussite.


    Les lames de Vohl s’enfoncent exactement à l’endroit souhaité et le pauvre homme s’effondre à genoux avec un dernier soupir haché et douloureux, les yeux écarquillés de stupeur. Il aura suffi d’un coup, un coup bien placé pour venir à bout de l’homme. Mais ce n’était là qu’un simple messager, les autres seraient peut-être plus puissants, plus à même de rivaliser avec le voleur. Il put alors choisir ou non de reprendre la route.

    S’il faisait quelques pas vers la maison rouge, il verrait le perron de la Maison Rouge. La massive porte de bois qui en forme l’ouverture est close et devant les deux colonnes de bois qui maintiennent l’auvent se tiennent deux gardes, vêtus de la même manière que les précédents. De vastes pots de terre et de pierres d’où fleurissent de magnifiques corolles, qui, de jour, assurent un spectacle saisissant, flanquent le perron. De part et d’autre de la tour commencent de petites murailles empêchant les visiteurs de voir ce qu’il se passe de l’autre côté, à l’intérieur des jardins de la Maison Rouge. Au-dessus s’échelonnent les différents étages de la tour et, malgré le fard dont se pare la Maison Rouge, une certaine rigueur militaire en émane, témoin de l’ancien usage de tour de guet qu’avait ce lieu.


[Apprentissage validé]


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 Sujet du message: Re: La maison rouge
MessagePosté: Sam 5 Déc 2015 07:39 
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Tout se passe très exactement comme l’avait prévu le défenseur de la République. Les griffes qui arment la main droite de Vohl font fi de l’étoffe qui recouvre la peau du messager, la traversant comme une vulgaire feuille de parchemin, et font aussi peu cas des chairs de l’homme. Lorsque les lames pénètrent le poumon, Vohl sent que les côtes de l’homme orientent le coup précisément le long du poumon : ces barrières de sécurité, traîtresses à leur propre possesseur, augmentent les ravages de l’assaut. Lorsque les lames, entièrement enfoncées dans la poitrine de l’homme, entament le chemin du retour, l’homme émet un hoquet discret et empli de douleur, que probablement seul Vohl aura entendu. L'assassin, bien que plutôt satisfait de son oeuvre, ravale aussitôt toute prétention qui aurait pu le desservir par la suite : cet homme n'était qu'un messager, un vulgaire moyen de transmission de messages. Même s'il était important pour le fonctionnement de la logistique adverse, il est normal que ce poste ne soit pas alloué à une personne au fort potentiel de combat. Cela aurait été un gaspillage de forces que même les partisants de la fausse déesse noire, malgré leur supériorité numérique abberante, doivent éviter.

L’homme tombe à genoux, avant de basculer en avant, gestes accompagnés par un Vohl précautionneux, qui le soutient comme si le messager avait été une fragile grand-mère victime d’un disfonctionnement quelconque. Une fois allongé face contre terre, le voleur comprend qu’il a commis une erreur de jugement. La souffrance, ajoutée à la perte de sang et d’un organe pour le moins important, a eu raison du messager. Aucune information ne viendra plus de ce côté-ci, que ce soit pour un camp ou pour l’autre, et nul message ne franchira les lèvres de l’agonisant qui se vide encore de son sang. Vohl retourne l’homme. Les yeux grands ouverts dans une expression stupéfaite, le messager ne semble plus respirer. La vie a peut-être déjà déserté ce corps pour lui préférer le royaume de Phaïtos. Le regard de Vohl s’attarde sur l’être qu’il a devant lui, gravant ses traits dans sa mémoire.

Il essaie de l’imaginer sans le fluide rouge qui tâche à présent son menton et sa bouche, sans cette expression d’incommensurable surprise mêlée d’extrême douleur. Aucune pensée humaine derrière cette observation silencieuse : le coeur de Vohl est encore froid après la perte d'Aliep, et la face repeinte de sang frais ne l'émeut pas plus qu'un nuage pendant une tempête. Seulement, ce visage est probablement un traître qui vivait à Oranan en planifiant sa perte. Un serpent dans un nid d’oiseaux pour beaucoup stupides et aveugles. Mais il ignorait que dans ce même nid, des serpentaires étaient à l’œuvre. Si ce reptile s’est décidé à bouger, il est probable que ses proches partagent sa nature écailleuse : déterminer plus tard qui était cet homme pourrait l’orienter vers le repaire de ces traîtres.

Le voleur cesse son observation. L’homme est plus petit que lui : légèrement seulement, mais la tenue moulante ne laisse que très peu de marge pour être parfaitement adaptée à la morphologie de son porteur. Il lui sera difficile d’enfiler la tenue maculée de sang du macchabé comme il l’avait prévu lorsqu’il avait commencé à le pourchasser. Une stratégie alternative lui vient à l’esprit. Il comptait faire croire à une menace. Mais il peut en réalité créer la menace. Une menace suffisante pour nécessiter un déplacement, une adaptation des assassins. Une perturbation dans leur programme. Il ne peut la créer lui-même, car si la perturbation est trop importante, l’homme qui porte la responsabilité de l’opération menée sur la maison rouge, là-haut, peut décider d’en finir avec le conseiller.

Le voleur doit être en place lorsque les assassins commenceront à trembler. Vohl commence à se changer, rapidement. Il revêt rapidement la tenue du soldat d’Oranan qu’il a récupéré de lorsqu’il aidait le patriarche Goont à s’évader. Une armure régulière. Une seconde peau, si elle n’est plus sienne à présent, qu’il retrouve comme un vêtement anciennement chéri. Des taches de sang séchées sont encore présentes sur l’armure anciennement luisante, lui ôtant un peu de brillant sur certaines zones.

Ainsi vêtu, il récupère le corps de sa victime pour l’amener devant la plus proche maison, avec la bonne intention de taper du poing –fermement mais sans violence : il ne veut pas alerter tout le quartier - sur le cadrant de la porte pour forcer les habitants à se lever. Il ne cherche pas à être particulièrement discret, même s’il ne chante pas non plus à tue-tête. Il prend un pas martiel :si un des hommes que certains nobles louent pour protéger leur maison l’intercepte malgré son apparence, il ne doit pas ressembler à un voleur. Il espère que quelqu’un viendra lui ouvrir. Si personne ne se manifeste au bout d’une minute, il entrera dans la maison sans plus de manière, laissant le cadavre sur le seuil, afin de tirer lui-même les habitants du lit. Il est temps d’agiter un peu ce quartier, qui a sombré dans un sommeil serein au moment le moins opportun.

Mortelle Prétention

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 Sujet du message: Re: La maison rouge
MessagePosté: Dim 6 Déc 2015 20:45 
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Vohl attendit quelques instants avant d'entendre de légers bruits et vit une légère lueur apparaître sous le petit interstice entre la porte et le sol. Peu après, la porte s'entrouvrit très légèrement et une tête ensommeillée passa au travers, précédée d'un petit bougeoir allumé qui éclairait légèrement l'assassin déguisé. Il ne voyait rien de ce qu'il y avait à l'intérieur de la maison.

- Vous avez vu l'heure qu'il est ?! Qui êtes vous, et qu'est-ce qui vous permet d'éveiller cette maisonnée à cette heure-ci ?! J'espère pour vous que mes maîtres n'ont pas été éveillé, sinon vous allez en prendre pour votre grade !


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 Sujet du message: Re: La maison rouge
MessagePosté: Dim 6 Déc 2015 21:57 
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L’attente commence, et malgré sa résolution de patienter un peu avant de forcer le passage, la porte semble le narguer chaque seconde qui passe. Le voleur ne décroche son regard du battant que de brefs instants pour vérifier qu’aucun serviteur d’Oaxaca ne vient, attiré par le bruit pourtant modéré qu’il a produit en toquant à la porte. Sa vigilance ne s’interrompt que lorsqu’un bruit lui parvient de l’intérieur de la maisonnée, récompensant ainsi son initiative. L’assassin ne décroche alors plus son regard de la porte, guettant son ouverture. S’il veut jouer à la perfection son rôle de garde, il n’a nul intérêt à ce que l’homme -ou la femme- qui viendra lui ouvrir découvre un individu agité et furetant à la manière d’un personnage sournois. C’est donc dans une position prête au salut que Vohl attend que la planche coulisse, révélant son interlocuteur.

Celui-ci est un homme. Plus tout à fait jeune sans être grisonnant, ce dernier sort la tête de la maison après avoir écarté les deux battants de bois. Il tient un bougeoir, qu’il agite entre son visage ensommeillé et celui de Vohl, bien réveillé après son bref combat. La petite flamme danse sous le nez de Vohl sans qu’il ne bronche, fermant seulement un peu les paupières pour se protéger de la lumière vive qui lui agresse la vue. Les yeux encore plissés de son sommeil récent, le serviteur - de toute évidence, dans une telle demeure – dévisage l’assassin déguisé en soldat. Fâché d’avoir été tiré de son lit à une heure aussi indue, et incrédule quant au fait que quelqu’un se soit permis une telle impolitesse, il semble n'avoir remarqué ni la tenue de Vohl, ni le corps qui est posé au sol. D’un ton rageur, mais relativement bas afin de ne pas risquer de réveiller ses propres maîtres, il invective le soldat qu’il a en face de lui.

« Vous avez vu l'heure qu'il est ?! Qui êtes-vous, et qu'est-ce qui vous permet d'éveiller cette maisonnée à cette heure-ci ?! J'espère pour vous que mes maîtres n'ont pas été réveillé, sinon vous allez en prendre pour votre grade ! »

La seule réponse à cette diatribe que Vohl donnera, c’est un salut militaire parfaitement exécuté. Avoir servi dans l’armée régulière, ça aide, quoi que l’on doive faire après, décidément. Le salut coupe temporairement le sifflet à l’homme grincheux dont seule la tête semble disposer à se montrer. Cela lui donne l’air stupide d’une tortue colérique, ses membres semblant d’une taille ridicule comparée à celle de la maison dans laquelle elle s’abrite. Profitant du mutisme plus qu’éphémère de l’homme, l’ancien soldat déguisé prend la parole d’un ton ferme et qui ne souffre d’aucune contradiction. Un ton de général plus que de simple bleusaille, mais qu’importe. Lui, au moins, dispose d’un grade.

« Ravalez votre prétention, monsieur, et réfléchissez. Un milicien, encore moins gradé, ne dérange personne au milieu de la nuit pour rien. La situation est catastrophique, et j’ai besoin de vous pour porter un message. Des serviteurs d’Oaxaca ont pour projet de mettre ce quartier à feu et à sang, puis de faire le maximum de dégâts possibles dans Oranan une fois qu’ils auront tué le conseiller Daïgo Genkishi. »

L’assassin laisse deux secondes de silence s’écouler pour que l’homme endormi puisse assimiler ce qu’il venait de lui asséner. Le temps qu’il comprenne la gravité de la chose, et qu’il panique un peu. Pas trop, toutefois, afin qu’il ne commence pas à s’interroger tout de suite sur ce qu’il peut bien faire, de bon cœur ou non, pour le soldat.

« Vos maîtres peuvent dormir encore pour un moment : le plus urgent pour vous est de faire de votre mieux pour aider à neutraliser la menace qui pèse sur eux, et éviter ainsi de servir deux corps assassinés. Pour moi, il s’agit d’éviter que ce quartier tout entier ne sombre dans le sang et les flammes, d’après ce que m’a dit l’un des leurs. Nos objectifs sont les mêmes : écoutez moi donc ! Avec attention. Et n’oubliez rien, c’est très important ! »

L’assassin compte sur plusieurs choses. D’une, évidemment, le prestige de l’uniforme. La confiance est en premier lieu une affaire d’apparence. Le jeune homme, bercé par les discours –trompeurs ou honnêtes- des politiciens oraniens, est bien placé pour le savoir. D’autre part, en donnant des directives simples à un homme qui n’est pas en pleine possession de ses capacités, il favorise le comportement instinctif d’un individu face à une figure d’autorité plus forte que lui : l’obéissance. Il est toujours plus simple pour les individus d’obéir à une chose qui leur est demandée plutôt que d’aller contre le courant, spécialement lorsque celui qui donne des ordres est un homme assurant la sécurité d’une ville en lisière de guerre et qui essuie régulièrement des assauts garzoks.

Vohl montre l’homme du doigt.

« C’est de cette infâme vermine que je tiens ces informations. Il était en train d’escalader VOTRE propre maison ! »

Appuyer sur le fait que la situation presse et le concerne plus encore qu’il ne pouvait le croire ne fait jamais de mal.

« Réveillez les autres domestiques de la maison, et allez chercher quelques alliés chez les domestiques d’autres maisons : quatre ou cinq seront suffisants. Vous en connaissez certainement quelques un. Vous devez procéder rapidement, et en silence, sans quoi la situation empirera grandement. Ensuite, courrez à la milice leur dire ce qui se trame ici : n’oubliez pas : Daïgo Genkishi, conseiller protecteur d’Oranan, est sur le point d’être assassiné, et les oaxiens sont en train de le torturer à la Maison Rouge. N’ayez pas peur de fortement insister, s’ils refusent de vous écouter ! Quoi que vous fassiez, je me porte garant pour vous : j’endosserai toute responsabilité. L’urgence de la situation l’exige.»

Vohl ne s’emporte pas : il parle toujours de son ton ferme. Et s’il dépeint une situation catastrophique et effrayante, du moins à ses yeux, il tâche de conserver une intonation et une posture d’assurance, qui dégage assez de charisme pour que l’homme perdu dans tous ces renseignements ne panique pas, mais se raccroche plutôt à lui comme un marin s’accrocherait à une bout de bois flottant lors d’un naufrage en pleine mer. Une mer que le voleur tâche désormais d’agiter, afin que les frêles esquifs sournois qui naviguent actuellement dessus sombrent sous les flots.

Avant même d’enchainer la suite de son bref mais, il l’espère, flamboyant discours, le soldat incline humblement et brièvement la tête, revirement d’attitude qui tranche violement avec ses paroles précédentes, au cas où son auditoire, repris par le sommeil, commencerait à décrocher ou à s’habituer à la situation dépeinte par son interlocuteur.

« Oranan a besoin de vous pour survivre, aujourd’hui : ne la décevez pas. Votre salut, le mien et celui d’une bonne part des oraniens, vos maîtres compris, pèsent dans la balance ! »

Dans les yeux de Vohl danse la flamme de la foi, et la conviction de faire tout ce qu’il est possible de faire pour qu’Oranan tienne bon. Son phrasé redevient autoritaire, quoi que plus doux. Une touche finale pour gagner l’homme à sa cause. On n’obtient jamais rien d’un public que l’on effraie et que l’on soumet. En caressant dans le sens du poil, en revanche, on a bien souvent un retour positif, du fait d’un public rassuré que quelqu’un soit de son côté. Combien de fois sa petite sœur n’a-t-elle pas recouru à ce stratagème pour se protéger d’une punition, et faire porter le chapeau à son frère ! Son oncle, las de le voir victime chaque fois de la même manière, lui avait appris ce qui venait naturellement chez sa petite sœur. La crise qu’elle avait piquée, lorsqu’elle s’était faite dupée à son tour ! Ses souvenirs mélancolique reviennent à la mémoire de Vohl, et forment une bulle dans son discours : cela donne l’impression qu’il est véritablement bouleversé par le sort que risque Oranan. Ce qui est parfaitement vrai, mais loin d’en être la cause. L’assassin ne se rend même pas compte qu’il vient de renforcer son discours par un silence touché. Il s’éclaircit la voix avant de reprendre.

« Dernière chose : avec ceux que vous aurez rapidement pu tirer du lit, empruntez très exactement le chemin que je vais vous indiquer : il est le seul sûr. Une vingtaine d’assassins professionnels circulent en ce moment sur les toits. Répétez le bien aux gardes. J’ai foi en vous. En suivant mes indications, ils ne vous verront même pas. »

Vohl s’incline une nouvelle fois avant de terminer sa supplique. Dans des circonstances pareilles, on n’en fait jamais trop.

« Je vais faire de mon mieux pour empêcher les assassins de détruire Oranan de l’intérieur. Pour le bien de notre bienveillante cité, faites de votre mieux ! Ne vous laissez ni ralentir, ni arrêter, quoi qu’il se passe ! Il faut que le message parvienne aux hommes en garnison ! Sinon, mes hommes et moi auront donné notre vie pour rien. »

L'homme doit se montrer coopératif, pour qu'il puisse lui indiquer le chemin à suivre pour éviter les assassins qui montent la garde. Ensuite seulement, il le lui fera répéter, pour s'assurer qu'il a bien compris. Alors, rassuré, il pourra se concentrer pour remplir sa part du marché.

Un de moins

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 Sujet du message: Re: La maison rouge
MessagePosté: Jeu 10 Déc 2015 19:36 
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L’homme écouta les paroles de l’assassin déguisé en écarquillant progressivement les yeux alors que la réalité de ce que lui disait l’homme devant lui le frappait. Il finit la bouche ouverte de stupeur. L’homme finit par se ressaisir et acquiesça avec vigueur, quoi qu’une certaine lueur paniquée était visible dans ses yeux. Il ne s’agissait assurément pas d’un homme de terrain.

- Le Conseiller Daïgo Genkishi ?! C'est horrible ! Oui ! Je vais de ce pas éveiller les domestiques ! Je… euh… avez-vous besoin de quelque chose ? Je peux faire autre chose ?

Il était prêt à refermer la porte du Vohl si ce dernier ne manifestait pas le moindre besoin, ou alors il l’écouterait. Il lançait des regards stressés de part et d'autre de la rue, comme s'il s'attendait à voir apparaître d'un instant à l'autre l'un de ces sombres assassins dont avait parlé le milicien.


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 Sujet du message: Re: La maison rouge
MessagePosté: Ven 11 Déc 2015 15:26 
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Le domestique est assommé par les révélations de Vohl. Ses yeux, auparavant plissés comme si la faible flamme de la petite bougie était une source de lumière trop importante, s’ouvrent au fur et à mesure que l’assassin dépeint le sombre tableau de la situation. Lorsque le faux soldat achève son récit et expose ses exigences sous couvert de conseils, le pauvre homme a les yeux ronds comme des soucoupes et la bouche ouverte, béante de stupéfaction.

Alors que le voleur commence à penser que l’homme s’est définitivement figé dans cette position faciale qui aurait été des plus amusantes si la situation n’avait pas été aussi grave, les yeux du majordome clignent et sa bouche se referme pour s’ouvrir de nouveau brièvement une fraction de seconde plus tard. Il opine finalement du chef de façon convaincante, et ce bien que l’assassin puisse lire dans ses yeux qu’il est effrayé - il a de toute façon d'excellentes raisons de l'être, et Vohl lui même n'est pas le plus rassuré des hommes. Il fallait simplement au brave homme le temps d’assimiler les nouvelles données qui lui sont tombées sur la tête comme un éclair apparaissant au milieu d’un ciel dégagé. Le pauvre homme balbutie avec empressement suite au discours de Vohl.

« Le Conseiller Daïgo Genkishi ?! C'est horrible ! Oui ! Je vais de ce pas éveiller les domestiques ! Je… euh… avez-vous besoin de quelque chose ? Je peux faire autre chose ? »

Le poisson est ferré, il n’y a plus qu’à le laisser délivrer son message. Toutefois, il est nécessaire de calmer le messager potentiel : celui-ci lance des coups d’œil de ci de là , comme pour tenter de percer les ténèbres environnantes et d’y voir un assassin. La situation, dans un autre contexte, aurait là encore véritablement amusé Vohl. Mais ici, son opération déjà désespérée doit avoir toutes les chances de son côté s’il veut que cela fonctionne. Hors de question donc qu’un genou tremblant ou qu’une vessie déficiente ruine la stratégie qu'il a mise au point. La peur est le meilleur moteur d'erreur qui soit : il doit l'enrayer, ou au moins faire de son mieux dans cet objectif. Le voleur reprend donc la parole avec autorité, mais sans la moindre menace : il ne veut pas effrayer davantage le bonhomme abasourdi, mais au contraire le rassurer – au moins tant que faire se peut.

« Vous êtes d’une vivacité particulièrement prometteuse : on comprend pourquoi vos maîtres peuvent avoir besoin de vous ! J’aurais en effet une requête : sauriez-vous me trouver un pot d’onguent ou un petit récipient contenant des cataplasmes ? Je doute de parvenir à sauver le conseiller sans me blesser, et peut-être lui-même souffrira-t-il de blessures. »

Tandis que l’homme fait ce qu’il peut pour répondre à ses attentes, disparaissant dans la maison dans l’espoir de trouver quelque chose qui corresponde à la demande de Vohl, ce dernier s’agenouille sur le voleur, et récupère ce qu’il peut sur la dépouille de son dernier adversaire en date. Trois choses sont susceptibles d’intéresser Vohl, s’il les trouve : les yus, même s’il doute que ce dernier les ait avec lui ; une missive ou un ordre de mission écrit ; enfin, une marque d’appartenance à un groupe, qu’elle soit en tatouage, brodée sur les vêtements ou quoi que ce soit d’autre. Même si l’excellente organisation de la bande armée semble lui promettre de ne rien trouver, il vaut mieux justement ne cracher sur aucune opportunité.

Il s’interrompt lorsqu’il entend les bruits de pas se rapprocher, et reprend alors sa position rigide et confiante, à la façon d’un soldat régulier et entrainé. Enfin, il remercie l’intendant de la maisonnée, et avant de prendre congé se fend d’un dernier commentaire.

« Vous avez déjà agi pour Oranan, messire, et elle vous en est reconnaissante. Vous avez la véritable foi d’un guerrier, j'en jurerai. Votre prochain service emplira votre nom de gloire, j’en suis certain ! Ne tremblez pas, restez fier et fidèle : en prenant exactement le chemin que je vous ai donné avec vos compagnons, vous saurez atteindre votre but, j’en ai la certitude ! N’oubliez pas de communiquer aux gardes l’itinéraire de sécurité que vous avez mémorisé : faites passer le mots aux domestiques également. Je vous fais confiance. Tout Oranan soutient votre action, et une vingtaine d’assassins de pèseront pas bien lourd face à votre détermination. Je sens votre courage ! Avec un peu de prudence, vous réussirez, sans aucun doute ! »

Sur ces mots, le soi-disant soldat fait demi-tour, laissant l’homme agir selon les directives qu’il lui a confié. Si sa démarche réussit, un contingent de guerriers sera au pied de la Maison Rouge d’ici quelques temps. Le résultat ne sera pas immédiat, évidemment : mais c’est justement pour cela qu’il a opté pour cette solution. Le temps que le majordome réveille les autres domestiques, qu’ils aillent jusque la milice, que celle-ci s’équipe en urgence – les avertissements d’une maison noble devraient faire accélérer cette étape – et qu’elle parvienne jusque la Maison Rouge, Vohl aura eu le temps d’accomplir un bon nombre de choses. Et si le régiment est arrêté en chemin par les assassins, cela mobilisera les forces de la ceinture de sécurité de la maudite organisation.

Briser les rouages bien huilés de la mécanique d’Oaxaca, voilà le plan de Vohl. Il pleure par avance sur la mort, inévitable, de quelques gardes, et adresse dans le même temps tous ses vœux aux familles de ces défenseurs d’Oranan, fidèles à la ville guerrière, qui verront ce soir couler le sang de leur sang, souffrir la chair de leur chair. Mais les sacrifices font partie du combat, et Vohl en prend la responsabilité sans trembler : le cobra Oranien doit garder la tête attachée au corps, quitte à perdre quelques écailles.

Une fois sorti du champ de vision de la maison qui vient de décider de lui apporter son aide, le voleur change une nouvelle fois de tenue, préférant pour cette opération la souplesse et l'aisance que lui procurent ses vêtements habituels à la résistance de la tenue de milicien. Comme un geste revenant de temps presque oubliés – malgré les deux brefs mois qui le séparent de sa précédente vie – l'ancien soldat ôte son armure, comme il le faisait chaque soir avant de s’endormir. Revêtu de son kimono noir aux motifs rouges, sa griffe astucieusement disposée dans la manche droite de ce dernier, l’assassin s’approche du bâtiment pris pour cible par la lie de ce monde. Non pas de face, mais par le côté du monument anciennement guerrier.

La Maison Rouge est la cible des oaxiens : elle sera de façon très logique gardée. Vohl veut repérer ces sentinelles : d’une part pour sa propre réussite, mais également pour donner un dernier coup de pouce aux miliciens. La suppression des sentinelles l’aidera pour entrer dans la maison rouge comme pour en sortir, et si les miliciens parviennent à ne pas se faire remarquer ou à percer le cordon défensif qui encercle l’ancienne tour de guet, ils pourront directement rentrer dans la tour colossale.

En approchant de la Maison Rouge, longeant le mur de ses jardins, le jeune ynorien prête une attention particulière aux multiples toits étagés du doigt de bois gigantesque qui semble à lui seul défier la menace oaxcienne. Attentif à tout mouvement, tout éclat qui se serait permis de prendre part à la scène, il ralentit le pas alors qu’il voit devant lui le perron de la Maison Rouge. Les toits sont apparemment déserts : aucune silhouette n’a accroché l’œil de Vohl. L’assassin continue donc sa progression, prenant grand soin de ne faire aucun bruit qui puisse le trahir. Echouer sur le seuil de l’endroit même où il doit agir le marquerait au plus haut point, même sans tenir compte des profondes cicatrices qu’il acquerra - dans le meilleur des cas.

La porte de bois massive qui en permet l’entrée en temps normal est fermée, et gardée par deux hommes immobiles et dos aux colonnes de bois qui maintiennent l’auvent lui-même décoré de larges vasques de pierre emplies de terre, où l’obscurité laisse deviner de magnifiques coroles. De toute évidence, les passants dans la journée doivent avoir l’œil attiré par un tel spectacle. Ce lieu est définitivement intriguant, quel que soit le domaine considéré.

Bras croisés, les gardes assassins regardent avec attention devant eux. D’un coup d’œil, l’assassin note qu’ils sont vêtus de la même façon que les hommes qu’il a croisé jusque maintenant : des assassins entrainés, et professionnels. Ceux-ci, loin d’avoir été relégués au rang de messager, ont été promus en raisons de leur qualité de combattant et – surtout – d’assassins. Le jeune homme doute de pouvoir en triompher comme il a vaincu le messager. Cependant, la méthode est toujours la même, surtout en cas de surnombre adverse : il doit reduire du premier coup le nombre d’adversaires pour équilibrer le combat. Qui plus est, cela doit se faire dans un silence absolu ! Des gardes supplémentaires sont susceptibles d’être postés à l’intérieur du bâtiment, juste de l’autre côté de la porte : un bruit un peu trop fort, et c’est une avalanche d’ennemis en plus pour l’ancien soldat. Pour l’instant, le garde qui est le plus près de l’assassin ne l’a pas vu.

Tout en passant en revue les options stratégiques qui s’offrent à lui, Vohl cherche des yeux un endroit ou se dissimuler, plaqué contre la petite muraille qui cercle le bâtiment, isolant ainsi le jardin de la Maison Rouge des yeux indiscrets des passants. La politique des gestionnaires de cette déchéance camouflée a toujours été de se donner du mal pour garantir la tranquillité de leur clientèle. Aujourd’hui, ou du moins cette nuit, elle garantit surtout le rôle de paroi opaque entre l’intérieur et l’extérieur de la tour. Ce qu'il reste à savoir est de quel côté cela fera pencher la balance.

La rue est encore plus propre que l’état général d’Oranan : faisant tout pour attirer et garder une clientèle fidèle, la route pavée qui mène à la maison rouge fait honneur au système de nettoyage oranien. Cela se comprend : afin d’attirer de nouveaux clients dans l’établissement de luxure, mieux vaut que les riches et puissants n’aient pas pataugé dans une mare d’immondices avant d’entrer. En conséquence, rien ne traine, la rue est d’une propreté exceptionnelle. Ce caractère sert et dessert simultanément le voleur : s’il n’a rien derrière quoi s’abriter, il a peu de chance de trébucher, ou d’envoyer rouler des détritus. Plaqué au mur, espérant que l’ombre de la nuit et celle du minuscule rebord du mur suffiront à le couvrir sans y croire totalement, l’assassin progresse enjambée par enjambée.

Les deux gardes fixent la rue qui s’étend devant eux, sans prêter attention à la rue transversale. Le voleur redoute le moment où ils décideront de jeter un œil, par ennui ou par prise de conscience, de son côté. Tendu au possible, l’assassin comprend la panique des proies qui cherchent désespérément un abri pour se cacher de leurs prédateurs. Car s’il est repéré, c’est son plan qui s’écroule, et surement avec ça la garantie de son échec ! Pas à pas, le voleur se rapproche du perron.

Les deux prétendus gardes du bâtiment sont côte à côte, légèrement avancés par rapport aux colonnades de bois qui soutiennent l’auvent. Les pots de fleurs sont à leur côté, et le contraste entre ces deux éléments - l’un meurtrier, l’autre décoratif - serait amusant si l’assassin ne risquait pas sa vie en se fiant à l’un pour échapper au regard de l’autre. En effet, les fleurs majestueuses qui ornent le perron forment un nouvel angle mort dans la vision des deux personnages : un angle mort qui cette fois ne peut pas être compensé simplement en tournant la tête. Le voleur rampe pour profiter de cet atout, et se félicite intérieurement que la rue soit maintenue dans cet état de propreté. L’esprit de Vohl est concentré entièrement sur les deux gardes. S’il se croit devenu insensible, son corps réagit encore parfaitement au stress, aux efforts et à l’anticipation : ses mains tremblent et un nœud semble s’être formé dans son ventre.

Le jeune homme retient un cri de surprise lorsqu’il sent une douleur lui traverser le poignet. Sa main s’est posée sur un caillou aux arrêtes prononcées, dont les pointes ont douloureusement piqué sa paume gauche lorsqu’il s’y est appuyé. Pris par traîtrise, la bouche du voleur s’ouvre sur un bref cri muet et il retient un mouvement pour jeter le caillou avant de se figer, la situation actuelle revenant à son esprit. Une idée lui vient. Il garde le caillou dans la main, et continue sa progression rampante.

Très rapidement, la sueur se fraye un chemin vers l’air libre : la position, si elle n’est pas complètement inconfortable, est dure à tenir ! Seul les poings et l’intérieur des pieds de l’assassin sont en contact avec le sol : progressant à la façon d’un lézard qui escalade un muret, les muscles sont tendus ; et dans son état de fatigue, il ne tiendra pas longtemps. Il avance néanmoins au maximum avant de soulager ses articulations. Le véritable protecteur d’Oranan est maintenant tout près des deux soi-disant gardes.

L’assassin est à présent quasiment certain qu’ils n’ont pas été formés pour servir de statues devant les bâtiments. Ce qui ne le rassure aucunement. Ils ont probablement été choisis pour leurs prouesses martiales, si leur qualité de garde est si basse. Cela renforce Vohl dans ses conclusions. Ceux-ci sont des durs à cuire, de vrais professionnels endurcis, rétifs à laisser leur vie leur échapper. C’est au jeune homme de les convaincre. De toute évidence, seuls seront utiles les arguments percutants, perforants ou tranchants. Il se munit du court katana règlementaire de l’armée oranienne. Il a moins d’allonge que les véritables katanas : mais c’est un outil bien pratique pour qui sait s’en servir. Et s’il s’est amélioré dans le maniement de la griffe, le wakizashi est une arme plus proche de celles qu’il connaissait avant de commencer sa nouvelle vie. Il est désormais très proche du perron, et le premier garde est camouflé en partie derrière le poteau de bois.

De plus près, on note mieux la grande différence entre ces hommes et celui qu’il a précédemment abattu : d’une carrure plus forte, les muscles mis en valeur par la tenue relativement moulante dont les a paré leur riche employeur, ces deux chiens de guerre semblent crier leur expérience des combats. Une chance pour Vohl qu’ils ne se soient pas rendus compte de sa présence ! L’assassin se relève, gardant dans sa main libre le caillou acéré qui paiera sa traîtrise par un nouveau service rendu. Il s’avance sous l’auvent. Vu l’entretien considérable du bâtiment, il y a peu de chance que ses pas fassent un quelconque bruit. Mais rien n’est jamais sûr. Les assassins adverses n’ont pas jugé bon d’allumer un feu, et on peut aisément comprendre pourquoi. Le voleur veut transformer cet atout pour le camouflage en jeu de dupes. Séparé du premier garde par la poutre, il pourrait s’il le voulait lui chatouiller l’oreille en tendant le bras. Ses projets sont d’une autre nature : une ouverture nette de la gorge, avec rapidité et efficacité. En lançant le caillou d’un simple geste du poignet qui ne risque pas de faire froisser ses vêtements, il compte attirer l’attention des deux gardes. Mais le seul que cela doit divertir est en réalité le garde qu’il tuera en deuxième. Car normalement lorsque le caillou atterrira, une lame sera en train de fendre la trachée du premier garde. Pour que le bruit surement faible du caillou heurtant les pavés soit assez important pour y prêter attention, il ne doit pas le lancer trop loin. La seule exigence de Vohl est qu’il dépasse le deuxième pilier qui maintien l’auvent. Sinon, le second garde se retournera vers lui pour le voir assassiner son collaborateur !

Toute la première opération doit se dérouler dans un enchainement sans faille. Il ne s’autorise pas le moindre soupir pour se donner courage. Le garde derrière lequel il est pourrait l’entendre. Alors que le vent s’engouffre sous l’auvent, apportant l’air frais et les embruns de la mer, le voleur passe à l’action. Comme si Rana elle-même lui avait donné le signal du départ.

Jetant le caillou en une parabole large, d’un mouvement de poignet, Vohl n’attend pas de savoir si le second garde tournera la tête ou non pour équiper dans sa main désormais libre la griffe, la libérant dans sa manche d’une rapide torsion du bras. Dans le pire des cas, l’assassin espère qu’il sera trop stupéfait pour tenter quelque chose de réfléchi. Puis il cesse de penser au futur pour se concentrer sur le présent. Sur l’action. Rien d’autre n’a son importance, désormais. D’un unique pas en douceur, souple comme un courant d’air, et il se retrouve derrière l’homme ciblé. Du calme, du tempo. Une économie de mouvement et d’énergie. Pas de dépense inutile dans une frénésie non calculée. Le moindre de ses gestes a été pensé, visualisé. Ses bras armés remontent en biais, fendant l’air alors que le défenseur oranien insuffle son ki dans ses lames. Un unique objectif : la gorge. Les lames se croisent enfin tandis que dans une lenteur majestueuse le caillou rebondit sur les pavés. Si Oranan doit sombrer dans le chaos, la moindre de ses pierres fera tomber un ennemi.

Multiplicateur Imprévu


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(((HRP : Utilisation de

Attaque traître (CC Assassin): Capacité à aller derrière son adversaire pour l'attaquer : les dégâts sont doublés sur la première attaque. (Coup à init/2, -init/2 pour le tour prochain)

Tranché de Rana (CCSA lvl 5) : Technique spéciale utilisée autrefois par les chevaliers pour terrasser de puissants monstres volants. Elle permet à son utilisateur de mater un ennemi volant ou trop éloigné en invoquant une onde de choc visible de Ki investie par la volonté de Rana, canalisée dans son arme SA (For+2/lvl, peut toucher des ennemis volants ou éloignés).
Condition : Prier régulièrement Rana. Avoir une arme SA

Combinée à

Lame furtive (CCSA lvl 5): L'assassin, attaquant en premier, se glisse derrière sa cible pour lui infliger une attaque meurtrière (For+1,5/lvl ). La cible ne doit pas voir venir l'attaque, ou posséder moins de la moitié en esquive SA par rapport à la maîtrise SA de l'attaquant.

)))

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 Sujet du message: Re: La maison rouge
MessagePosté: Jeu 17 Déc 2015 09:36 
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Vohl : réussite.
Second gars : réussite partielle : -1 PV pour Vohl.


    Le caillou parvint sans mal à attirer l’attention des deux gardes, qui se tournèrent dans cette direction. L’un d’eux réagit plus rapidement en commençant à chercher la une source de bruit autre, mais sa recherche fut vaine car la lame du voleur transperça sa gorge. Il s’effondra dans des gargarismes ineptes, les yeux écarquillés de surprise.

    Cependant le second ne tarda pas à réagir en répliquant à l’attaque de Vohl à l’aide d’un petit poignard. Il se fendit dans la direction de l’assassin et ce dernier ne réagit pas suffisamment vite, quoi qu’il parvint à se déplacer suffisamment pour que le poignard se fiche dans le dô de l’ancien soldat. Il ne put en sentir que la pointe de la lame.

    Le ninja dégagea sa lame et se remit en garde, s'apprêtant à porter un nouveau coup.


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 Sujet du message: Re: La maison rouge
MessagePosté: Ven 18 Déc 2015 15:46 
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La faible résistance de la chair s’efface devant les pointes acérées de la griffe et du wakizashi. Les deux armes terminent leur ligne meurtrière en se croisant exactement au niveau de la pomme d’Adam du premier homme, ravageant tous les conduits que le cou abrite. De douleur, le garde tente de crier malgré sa surprise : seul un gargouillis de sang et de bulles incompréhensible sort de sa gorge. Retirant les lames des blessures fatales de l’oaxien prochainement cadavre, le voleur l’accompagne dans sa chute sur le perron, ne produisant qu’un mince bruit lorsque la dague que possédait son adversaire défait racle la pierre.

Pendant ce temps, l’autre homme s’était tourné afin de déterminer l’origine du bruit trouant le silence de la nuit, comme l’escomptait Vohl. Malheureusement alerté par les dernières protestations de son collègue contre le fait que sa vie lui échappe désormais, sa réaction, rapide, surprend le voleur. Tandis qu’il voit l’homme se fendre pour lui planter un petit poignard dans la poitrine, le jeune ynorien recule d’un pas précipité afin d’éviter que la lame adverse n’atteigne son but. Ce n’est qu’une moitié de succès : l’homme prolonge son geste en s’étirant, et malgré l’espace supplémentaire fourni par l’ancien soldat, il sent la pointe de la lame traverser son armure ventrale pour lui piquer le ventre. La blessure n’est pas bien profonde, sinon le jeune homme serait en train de se tordre de douleur en gémissant : les organes sont bien plus sensibles que la peau et Vohl, de par son passé, en a tout à fait connaissance.

Avant qu’il ne puisse répliquer à cette fente éclair, l’assassin se retire pour se mettre en position de garde, son poignard léger formant un bien mince bouclier, sans cesser toutefois de paraître menaçant. A la façon d’une vipère qui montre les crochets dont elle est pourvue, l’homme agite sous son nez la réponse potentielle à toute attaque du voleur. Pas un seul instant Vohl n’imagine de tenter de parlementer : ces hommes sont tous de leur plein gré à la botte de la maîtresse du chaos, et ont tourné le dos à toutes les chances de rédemption qui s’offraient à eux lorsqu’ils ont infiltré Oranan.

Le voleur est lui aussi passé intuitivement en position de garde : son regard analyse le visage de son adversaire, comme lors des duels à l'armée, afin d'y percevoir les intentions, les réflexions de son adversaire. Il lit dans les yeux de son adversaire diverses choses : la détermination, l’envie de mener son contrat jusqu’au bout, sans doute afin de toucher une somme importante. Mais ce n’est pas tout : tandis que son camarade de service rend l’âme dans ses derniers soubresauts et que son sang se répand pour former une flaque plus sombre que la nuit, un soupçon de peur traverse ses pupilles. Il est vite contrôlé, mais son bref coup d’œil au cadavre n’a pas échappé à Vohl : ce dernier se projette en avant.

Sa griffe remonte vers le visage de son adversaire. Vohl ne quitte pas du regard les globes blancs de son adversaire : ce visage qu’il hait sans le connaître, ces yeux espions qu’il souhaite aveugler, cette mâchoire traîtresse qu’il veut empêcher de répéter ce qu’il a vu, et de crier au secours. Tout cela doit disparaître dans une gerbe de sang et de cervelle. Son coup est rectiligne, et la dague de l’adversaire, si elle lui donne l’avantage dans un véritable combat de corps à corps, ne peut prétendre à arrêter les trois lames prolongées qui s’élèvent avec force. Dans ce geste, le voleur met toute la hargne et tout l’espoir de finir rapidement ce combat. Si sa lame rencontre un obstacle, il sait que la force de ses convictions, elles, ne se laisseront pas arrêter. Trancher, voilà tout ce qui importe. Trancher vite, trancher le plus vite possible le fil de la vie de son adversaire. Pas de pitié pour les traîtres et les agents du chaos.

Qu’importent leurs convictions, à eux, et leur vision tordue du monde qui les pousse au mensonge. Les sifflements de ces indignes représentants du genre humain n’intéressent pas Vohl ; et celui-ci est convaincu que l’homme en face de lui ne lui crachera, dans son dernier souffle, aucune information qui vaille la peine de le laisser vivre quelques minutes de plus. Pour être absolument certain de n’avoir à entendre aucun de ses propos pervertis, dès que ses griffes auront fait leur travail le voleur assènera un nouveau coup de sa deuxième arme, dans l’espoir que la mort du second gardien soit aussi silencieuse que celle du premier.

En approche !


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(((HRP :

Utilisation de Tranché de Rana (CCSA lvl 5) :
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 Sujet du message: Re: La maison rouge
MessagePosté: Dim 20 Déc 2015 14:33 
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Attaque de Vohl : réussite.

    Et les lames, portée par le souffle de la volonté de Vohl et par le vent d’une déesse, tranchèrent les chairs. L’homme tomba dans un gargouillis, il n’était plus qu’un amas de chairs lacérées.

    La tenue du dernier homme aurait été à sa taille, mais elle était déchirée et entièrement maculée de sang, tandis que l’autre était bien trop juste pour lui. L’assassin, ceci fait, pouvait passer à la suite de son plan. Il lui était possible, s’il le désirait, de monter par l’extérieur de la bâtisse durant trois étages, mais il ne pourrait atteindre le quatrième sur les six étages que faisait la Maison Rouge car le balcon s’écartait bien trop et ne lui permettait aucune prise pour se hisser jusqu’à cet étage. Il verrait quelques rares gardes postés sur les toits, mais parviendrait à les éviter. Au troisième étage, il atteindrait, exténué, un petit balcon avec une porte pouvant être crochetée et entrerait dans une relativement petite pièce clairement destinée aux plaisirs raffiné offerts par les geishas. La pièce serait cependant vide de monde et plongée dans le noir, comme tout le reste de la bâtisse.

    Il entendrait alors quelques sons très ténus semblables à de petits chants d’oiseaux qui se rapprocheraient lentement de la pièce où il se trouve. S’il décidait de s’approcher de la porte, il se rendrait compte que ces petits pépiement d’oiseau sont en réalité de petits pas feutrés posés sur un parquet chantant, un parquet rossignol. S’il décidait d’ouvrir la porte, il verrait une ombre noir s’approcher de la porte de la pièce dans laquelle il est entré.


(Mp en cours d'envoi avec plus de précision).


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 Sujet du message: Re: La maison rouge
MessagePosté: Sam 26 Déc 2015 11:35 
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Et les lames, portées par la volonté de Vohl et son immense foi en Rana, déchiquètent la chair, les muscles et les nerfs. En remontant dans un sifflement venteux, l’entrejambe de l’homme est déchirée, le pétrifiant de douleur un instant. Mais le cri qui commence alors à monter dans son larynx est étouffé par une nouvelle douleur, bien plus intense que la précédente, lorsque les griffes fouaillèrent dans les intestins, tranchant nettement les boyaux sensibles de l’homme, avant de percuter la cage thoracique, perforant les poumons avant d’arracher les os qu’elles ne découpèrent pas. Le chemin des lames ravage la gorge de l’assassin avant de lui lacérer le visage, mettant une fin définitive à son cri avorté. Sa seconde lame suit un chemin perpendiculaire peu de temps après. Peu importe que le zélateur d’Oaxaca soit déjà mort ou non : en cet instant, le voleur est l’assistant, le bras vengeur de la déesse bafouée. La deuxième lame sectionne la moelle épinière du cadavre maintenu debout par la violence du premier coup. Puis, dans un gargouillis, l’homme s’effondre face contre le sol, la figure ravagée laissant s’écouler sur le perron de la maison un flot pourpre. Le seul bruit du vent assiste à la scène, confident fidèle.

Le cadavre qui git devant lui n’est plus qu’un amas de chair. Vohl, lames encore en mains, regrette un instant de ne s’être pas mesuré. Un instant seulement. Il n’avait pas le choix : son analyse de la situation avait commis un écart, rien ne servait de le nier, mais l’objectif principal était atteint. Le silence alentour, effrayant, est encore intact, si l’on omet le léger bruit du sang frais qui continue de goutter de ses lames. S’il ne peut récupérer la tenue de l’homme, rien ne sert de pleurer sur le lait renversé. Il perd ici un atout précieux, mais qu’importe, il devra désormais composer sans. Le voleur s’adosse à l’un des piliers qui soutiennent l’auvent, dans l’ombre du bâtiment.

La fatigue qu’il a accumulée ces derniers jours le prend, provoquant en lui un vertige puissant. Sa vue se brouille l’espace d’un instant, et seule la sensation du poteau de bois dans son dos l’empêche de s’écrouler par terre, en manque d’équilibre. Lorsque sa vue revient à son acuité normale, quoi que grandement améliorée par son long séjour dans les ombres des égouts, son regard est dirigé sur la porte de la Maison Rouge.

A double battants, des ornements sculptés jusque sur l’encadrement illustrant des dragons et des icônes oraniennes, des poignées verticales elles aussi sculptées permettent d’ouvrir les portes en grand vers l’intérieur du bâti. En demi-cercles, les poignées des deux battants sont espacées d’environ un mètre. Une idée lui vient alors en tête. Si le groupe d’assassins est mis en fuite, par lui ou par la garde, les individus toujours inconnus pourront continuer de sillonner Oranan comme si de rien était, pour plus tard reprendre leurs machinations… cela reviendrait en somme à leur donner une nouvelle chance. Mais encore quelque chose peut-être fait contre cette possibilité ci. Les empêcher de fuir. Ou plutôt, les contraindre à jouer chacun leur peau, plutôt que de les faire s’affronter avec les gardes comme deux groupes soudés luttant l’un contre l’autre. Ainsi, peut-être certains individus seront-ils maitrisés, et leurs camarades exterminés.

Vohl se saisit de la lame qui orne sa hanche. Une épée acérée. Une arme prise sur le premier traitre qu’il a abattu, environ une lune auparavant, et qu’il retourne aujourd’hui contre ces mêmes traîtres. L’image est presque trop parfaite. Sans frotter les battants, il glisse la lame dans l’une des poignées de biais, avant de pousser l’épée dans l’autre sens, horizontalement cette fois ci afin de faire passer le fuseau de l’arme dans la seconde poignée de porte. Ces portes s’ouvrant vers l’intérieur, il sera impossible de les ouvrir tant que la lame ne sera pas brisée ou enlevée. Et étant donné l’espacement des points bloquants, il est peu probable qu’un bras puisse se frayer un chemin pour enlever l’épée, si tant est qu’il puisse voir comment celle-ci bloque la porte. Quant au fait qu'elle se brise ainsi -hypothèse peu probable, mais sait-on jamais-, elle projettera des éclats de fer droit vers l'intérieur de la tour.

Après avoir ôté des deux hommes les espèces sonnantes et trébuchantes qui leurs seraient désormais futiles, le détrousseur saisit leurs lames. Elles remplaceront avantageusement l’épée du traitre qui sert désormais de loquet aux battants de la maison rouge. Sur le corps égorgé du premier garde, il vérifie une nouvelle fois l’éventuelle présence d’un insigne ou d’une quelconque marque, que ce soit sur les vêtements ou directement sur la peau. Ceci accompli, Vohl se redresse. Il prend une grande inspiration, qu’il relâche sans bruit en levant les yeux sur l’auvent. Désormais, il lui faut monter : l’ascension promet d’être rude, et si le voleur se sent capable d’aller jusqu’au bout, une certaine lassitude l’étreint. Comme si son corps lui signifiait que ses efforts ne pourraient pas perdurer jusqu’à la fin des temps.

Mais la fin des temps n’est pas l’objectif de Vohl. Il veut simplement être capable de finir sa mission, cette nuit. Redressant les épaules et le buste, le jeune Ynorien se focalise de nouveau sur son objectif. Le voleur s’avance d’un pas vers le bord de la porte, avant de se hisser sur le muret qui jouxte l’ancienne tour de guet. D’ici, il voit le jardin magnifiquement organisé de la Maison Rouge. Même en pleine nuit, celui-ci fait honneur à sa réputation : des allées, des arches, des dalles, se notent par le jeu du reflet de la lune sur les feuilles agitées par le vent et sur la surface lisse des pavés. De jour, le jardin doit être une œuvre d’art florale exposée aux yeux des clients. De nuit, en revanche, c’est un labyrinthe d’ombres et de pénombres, susceptibles d’abriter des dangers de tous poils : des assassins, des voleurs et autres visiteurs nocturnes, pour la plupart mal intentionnés. Ce qui explique que l’ancien soldat ne reste pas béat d’admiration pendant plus de quelques secondes devant cet agencement de verdure.

Vohl saisit le rebord du premier toit, désormais accessible. Après un bref coup d’œil au jardin qui semble parfaitement endormi, il se hisse à la force des poignets sur les tuiles, abandonnant ainsi les cadavres au pied de la tour : preuve s’il en faut qui suffira aux gardes pour qu’ils soient aux aguets et prêts à faire face à leurs ennemis !

Prenant appui sur les tuiles, le voleur lance un regard autour de lui, afin de s’assurer qu’aucune mauvaise surprise ne l’attend sur le toit. Aucun mouvement ne vient troubler la nuit : son dos plaqué à la rambarde, le voleur se relève doucement. Il est attentif au moindre bruit, au moindre mouvement, qu’il vienne de la ruelle ou du jardin. La pièce derrière lui est plongée dans les ombres, accessible en enjambant la rambarde - et en cassant le battant, ce qui n’aurait pas été de la plus grande discrétion -. Il lève les yeux une nouvelle fois, contemplant les cinq étages restants de la majestueuse tour. S’arrêter ici dans son escalade, à la première occasion, lui passe rapidement à l’esprit. Mais la raison fait vite abstraction de cet élan de fainéantise alliée à sa fatigue musculaire passagère : entrer ici ne lui aurait fait gagner qu’un étage et risquerait d’alerter les gardes, et de mettre en état d’urgence l’ensemble de la tour.

Son plan lui passe une nouvelle fois en tête. Un instant, il se demande si ce n’est pas de la folie : atteindre le sixième étage, où la lumière brillait lorsqu’il était encore sur les toits des habitations. Pour sauver le conseiller Genkishi, l’organisation du voleur doit être parfaitement synchronisée avec l’arrivée des gardes. Trop tôt, le conseiller sera exécuté sans autre forme de procès. Trop tard, et Daïgo Genkishi comme lui seront déclarés manquants au royaume des vivants. Assez peu de marge de manœuvre, donc, pour qu’un observateur extérieur puisse supposer en toute légitimité que l’homme a définitivement tourné la carte. Seulement, se reprend Vohl, c’est le seul moyen de parvenir à ses fins. L’évocation, même mentale, de la nécessité que son plan se déroule parfaitement lui fait jeter un coup d’œil stressé en bas, dans les ruelles : pas de milicien, ni de bruit de bataille. Pour l’instant, il est dans les temps, et il vient tout juste d’offrir une aide monumentale à l’exécution de sa fonction protectrice par la milice. A ses dépends, se modère-t-il au souvenir du coup de poinçon qui a bien failli le transpercer.

Quoi qu’il en soit, la Maison Rouge se targue de le tenir en respect de ses autres toits. Pour l’énième fois ce soir-là, Vohl fait remonter ses yeux le long de la silhouette imposante de la tour. C’est vrai qu’elle vaut le coup d’être vue, cette construction. Si l’on oublie ses dépravations venues avec le temps et la relâche politique, le bâtiment en lui-même est harmonieux, et dégage une impression de puissance sereine. Le type de puissance que Vohl souhaiterait justement voir régner sur Oranan. Est-ce bien la faute de la tour, si les hommes qui la gèrent en ont fait un lieu de débauche et de messes basses, de sous-entendus et d’alliances sordides ? Au point même qu’elle soit le théâtre d’assassinats ! De tentatives, tout au moins, se reprend il mentalement.

Si la tour en elle-même ne lui est pas hostile, le voleur sait fort bien qu’en revanche elle sert pour l’instant d’abri à des hommes qui eux, ont sans aucun doute des intentions belliqueuses à son égard. Il n’a aucun intérêt à lambiner ici. Plus vite il sera en place, plus vite il sera - un minimum - rasséréné. Se remettant en quête d’un appui qui lui permettrait de s’accrocher de façon sûre au toit suivant, le voleur s’intéresse au balcon contre lequel il est plaqué. Comme il est de coutume dans les maisons réfléchies pour le bien-être de leurs habitants, c’est-à-dire ici leurs clients, les balcons sont conçus pour avoir le panorama le plus large possible sans que son utilisateur ne reçoive sur la tête les grêlons de la taille d’un œil que les vents déchainés peuvent leur envoyer. C’est donc tout naturellement qu’un petit toit couvre le balcon dont il est question, offrant par la suite un accès facile au second toit.

Tandis que le voleur s’étire de tout son long, debout sur la balustrade, afin de pouvoir atteindre l’extension du toit qui la protège, il se fait la réflexion que sa position est parfaite pour offrir une superbe cible au plus mauvais des tireurs, et pour alerter le plus aveugle des gardes. Il n’en a pas vu, sur le toit, se rassure-t-il aussitôt. Mais ce serait de la folie de nier que des gardes peuvent être positionnés sur les toits de la Maison Rouge, Vohl en a parfaitement conscience ! Il s’active donc : heureusement, il ne tarde pas à toucher puis à agripper fermement la bordure du toit. Tirant sans douceur sur ses biceps, il parvient à hisser son buste sur le second toit, suivi de près par le reste du corps. Les tuiles sont douces, au toucher : la pluie et le vent du large ont patiné la pierre d’un bleu-gris qui a servi à leur construction. La bruine qui a commencé à tomber il y a quelque temps rendent l’exercice d’équilibre quelque peu compliqué, et le voleur progresse ventre à terre - de façon littérale – afin de ne pas profiter d’une chute qui lui serait certainement fatale.

A cet étage, point de balcons. Seules des fenêtres, qui commencent presque à ras du « sol », offrant sans doute selon le bon vouloir du client un panorama exceptionnel. Son observation du terrain ne va cependant pas plus loin. Sur un côté opposé du toit, à quelques pas de distances, un homme se tient debout, immobile. Vohl panique un instant avant de présumer que l’immobilité de la silhouette semble venir du fait qu’elle est tournée vers l’autre côté du toit, observant la rue d’accès principale avec une attention qui lui fait oublier - légitimement, compte tenu des moyens déployés pour sécuriser les lieux - de tenir compte des autres côtés du bâtiment. Vohl jette un coup d’œil anxieux vers l’autre côté du toit, afin de voir si un second garde l’a vu venir. Mais le toit, de ce que peut en voir Vohl, ne supporte pas d’autres êtres que les deux qui le foulent en ce moment. Ce dernier ne soupire pas de soulagement, mais c’est tout comme. Il n’est pas en état de lutter contre deux adversaires, et est déjà heureux que sa ruse lui ait permit de triompher des deux gardes, à l’entrée.

Le voleur reste accroupi. Il réfléchit quelques secondes. Il peut à priori tenter de passer au toit supérieur attirer le regard de l’homme. Son regard estime la difficulté pour atteindre l’étage suivant : il lui faut prendre appui sur le rebord haut de la fenêtre, afin d’agripper le coude d’un tuyau servant probablement à l’évacuation des détritus et de s’y tirer vers le haut, avant de se tenir aux tuiles du rebord du toit. En d’autres termes, il y a de fortes chances qu’il doive s’y frotter à plusieurs reprises avant de réussir. En plus du fait d’être vulnérable pendant qu’il essaie de grimper, une seule chute ne manquera pas de capter l’attention du veilleur. La solution passe comme d’habitude dans la neutralisation de la menace avant de s’attaquer à l’exercice qui nécessite du calme.

Un éclair argenté dans la nuit traduit la griffe qui vient de se fixer dans la main de son propriétaire pour marquer cette décision. Pas après pas, sans que ses bottes ne fassent le moindre bruit, le voleur s’approche de son ennemi. Le mercenaire est à un pied du vide. Vohl est désormais à cette même distance de sa cible. Tandis qu’il s’apprête à transpercer le traître, le voleur se rend compte que le cadavre passera devant deux étages avant de s’écraser sur le perron. Rien ne garantit qu’il n’y ait pas de mercenaires sur ces toits : il a pu éviter les gardes de ces étages par pure chance. Après tout, il ne s’est pas arrêté pour inspecter chaque niveau. Il suspend son geste : la victime, inconsciente de la menace qui pèse sur sa vie, n’esquisse pas le moindre geste. Au lieu de la pousser dans le vide après lui avoir perforé la peau, l’assassin change de plan.

Sa lame se plaque à la gorge de l’homme en un instant, le serrant avec assez de force pour faire couler un peu de sang qui vient s’ajouter à celui déjà présent sur la lame. Dans le même mouvement, il place un pied derrière les jambes de son adversaire, et apparaissant dans la vision périphérique de l’homme, attrape sa tenue. Sa griffe le pousse à reculer, et l’homme, les yeux rivés sur ceux de Vohl, ne pense qu’à fuir le danger le plus immédiat pour préparer une contre-attaque. Ce faisant, il trébuche contre les appuis assurés de son adversaire et tombe en douceur sur les tuiles, retenu par l’avant de sa tenue par Vohl, qui accompagne le mouvement. Le traître à Oranan n’a eu aucun loisir de faire une quelconque action : il git maintenant sur le dos, et Vohl a un genou sur sa poitrine, l’autre genou au sol pour rester stable contre une éventuelle contestation de sa position par l’homme. Sa lame, tout au long de l’action, est restée plaquée au cou de sa victime. Lâchant la tunique du gardien, il tire de sa ceinture le court sabre oranien pour réduire encore la marge de mouvement du cou de l’homme. Il prend la parole d’un ton glacial, détaché de la situation, comme l’est son cœur.

« Un mouvement, un cri, et tu meurs. »

Pour faire sentir sa détermination, il appuie sur la griffe, qui approfondit les sillons sanglants dans la gorge de son adversaire.

« Je veux le nom de ton maître, le tien, celui de l’opération et le mot de passe. Tu as cinq secondes pour me satisfaire. Fais vite. »

On jurerait entendre son précédent mentor, Sombre. Une voix désincarnée, qui a déjà perdu tout ce qui faisait de lui un homme. Le voleur n’a pas le temps de le cuisiner plus que ça : là-haut, au sommet de la tour, l’homme qu’il cherche à sauver est soumis à la torture, et l’horloge intraitable de son plan continue de tourner. S’il répond, tant mieux. S’il ne répond pas, tant pis.

Le garde semble opter pour la coopération lorsqu’il commence à parler d’une voix rapide. Sa coopération n’aura pas duré longtemps : Vohl lui assène le coup de grâce presque en même temps qu’une phrase qu’il a déjà entendu, un mois avant, tandis qu’il menaçait de la même manière un autre serviteur d’un autre fou. Ecartant simultanément le wakizashi et sa griffe, le corps presque décapité meurt aussitôt : seules les vertèbres rattachent la tête au buste. Vohl fouille le corps, et prend ce qui lui semble être une légitime rançon compte tenu des crimes commis par le comploteur. Sa tenue, malheureusement, est trop ample pour le jeune adulte, qui aurait l’air d’une poupée mal habillée s’il la revêtait.

Après s’être équipé de ce qu'il a pu trouver, le voleur se dirige vers le rebord de la fenêtre pour y grimper, avant de s’arrêter de nouveau, face à la cité endormie. L’atmosphère paisible de la cité ne touche cependant pas l’assassin. Tendu, ce dernier plisse les yeux, comme pour percer les ténèbres le plus loin possible : il redoute l’arrivée trop rapide des gardes. Même si sa raison lui dit qu’il a encore du temps, il ne peut s’empêcher de s’inquiéter : et si le majordome avait été plus efficace que prévu ? Et si une milice les avait interceptés, rendant l’opération plus rapide ? Mais non : rien ne se révèle. Ni torche, ni reflets d’armures, ni cris d’alertes. Pas de mouvements dans l’autre camp non plus, à priori. Les réjouissances n’ont pas encore commencé. Tout va bien.

C’est du moins ce qu’il se dit avant de se retourner vers ce qui doit lui servir d’échelle. Le rebord de la fenêtre est assez étroit, et même si le bon entretien de la Maison Rouge permet d’être presque sûr que le bois n’est pas vermoulu, s’y accrocher n’en reste pas moins un exercice délicat. Le jeune homme prend appui sur les premières travées de bois qui découpent la fenêtre en plusieurs petits carreaux. Tous ses muscles sont contractés pour éviter de tomber en arrière. Il a l’impression que s’il relâche ne serait-ce que le petit doigt, il basculera. Il doit pourtant se hisser sur encore deux travées pour espérer atteindre le tuyau de métal !

Il relâche son souffle, et pendant qu’il inspire profondément, il tend une main vers le barreau suivant de son échelle de fortune. Il saute afin de ne pas tomber sur le dos, évitant ainsi instinctivement de provoquer un vacarme infernal dans la nuit parfaitement calme. Il n’est pas bien haut par rapport au toit qu’il vient de quitter, et ne se cause aucune douleur. Par acquis de conscience, il vérifie que la fenêtre est close de l’intérieur. C’est le cas. Ici, il ne peut rentrer qu’en fracassant la vitre. Il n’a pas le choix, s’il veut continuer à jouer l’infiltré…il doit recommencer à monter. Une seconde fois, il saisit la minuscule surface qui est offerte à ses mains. Il se hisse cette fois de deux barreaux avant de retomber.

Le choc est plus violent que le précédent, et il doit mettre genoux à terre pour amortir au mieux son saut préventif. Son ménisque heurte les tuiles, causant une douleur éclair sans son genou. Vohl se relève. Il a compris comment il peut arriver à atteindre le toit supérieur. Il recommence à monter. Tout doucement, comme s’il risquait au moindre mouvement d’écraser la précieuse vie de Daïgo. Il saisit la première travée au-dessus de lui. Etend son bras pour atteindre la seconde. Le torse collé aux vitres, les pieds seulement retenus par la pointe de ses bottes.

Il parvient à s’accrocher à la seconde travée. La pluie rend glissants les morceaux de bois, et la pression qu’il exerce sur ses mains pour se maintenir est telle qu’il souffre comme s’il les maintenait sous les sabots d’un cheval. Il étend la main jusqu’à la conduite métallique, qu’il voit s’écarter de plus en plus. Qu’il voit s’écarter de plus en plus ? Il tombe en arrière. Il a juste le temps de pousser sur ses pieds pour s’orienter dans sa chute. Il grâce à une torsion plus instinctive que maitrisée, il parvient à s’orienter pour retomber les mains en avant, et non dos contre les tuiles. La chute n’est pas exactement silencieuse, mais cela aurait pu être pire, bien pire. Il se fige, prêt à voir accourir les gardes du lieu, et guette tout bruit de cavalcade. Mais le silence règne encore.

Il est furieux contre lui-même. S’obstiner n’est pas son style, lorsqu’il échoue. Le stress lui a fait perdre sa flexibilité intellectuelle sur un banal problème d’escalade. Devant son idiotie, l’ancien stratège hésite entre rester béat de stupéfaction et l'indicible envie de se gifler pour se réveiller. Craignant que la seconde option ne fasse juste le bruit qu’il faut pour être entendu par ailleurs, il choisit la stupéfaction. Quelques secondes plus tard il est debout, en face de la fenêtre maudite. Puisque la méthode douce ne fonctionne pas…Pour arriver à se propulser jusqu’au conduit métallique afin de s’y accrocher, il va devoir utiliser tout l’élan qu’il peut accumuler en courant sur le toit…en espérant que personne n’entende la série de pas qu’il s’apprête à faire, le voleur recule de deux bons mètres.

Il est presque sur le rebord du toit, mais il n’y reste pas longtemps : il s’élance vers la fenêtre. Comptant sur son énergie cinétique pour l’empêcher de tomber un bref instant avant qu’elle ne se dissipe, il gravit les minuscules échelons comme s’il s’agissait d’un escalier régulier. Lorsque finalement la loi de la gravité reprend ses droits sur son corps, il est suspendu à son objectif grâce à ses deux coudes, à la façon d’un étrange singe. Il a tôt fait de se reprendre pied sur la conduite, et se hisse sur le troisième toit, le souffle court. Ses derniers efforts le laissent courbé en deux, et s’octroyant un moment de repos, il s’assoit sur les tuiles le temps que sa respiration revienne à la normale.

Relevant alors les yeux, un spectacle inoubliable s’offre à sa vue, et se grave aussitôt dans sa mémoire. La ville, paisible, endormie, vue des toits. Eclairés par la lumière diffuse de la lune au ventre plein, les toits luisent grâce au léger dépôt de bruine. L’atmosphère est irréelle, et Vohl, pour un temps, en oublie la sinistre mission qui l’occupe. Le vent, à cette altitude, est frais et vif, comme celui qui déchiquète les nuages, dans le ciel. D’ici, l’ynorien semble assister à un hommage à Rana elle-même, en la ville qui abrite son seul temple. Puis un nuage passe devant la lune, occultant le spectacle de la ville dans son linceul de noirceur. Vohl reprend ses esprits. Il n’a été ailleurs qu’une seconde, mais il en sort avec une impression d’éternité éphémère, un éclair avec arrière-goût d’infinité. Peu importe comment cette ville évolue…il ne cessera jamais de combattre, quitte à se sacrifier, pour en faire un lieu aussi beau que celui qui lui a été donné de voir. Plus, encore. Il la poussera à se perfectionner, l’encouragera à lutter contre ses défauts, et un jour, cette cité plus que toutes les autres sera sûre, à l’abri des invasions et des erreurs. Il en est certain. Il œuvre en ce moment même pour cela.

Il contemple le mur qui se dresse maintenant face à lui. Infranchissable. Ici, ce n’est même pas la peine d’essayer. Son état ne lui ferait pas de cadeau, et il tomberait. Se briser un os serait un moindre mal, quand il considère la hauteur qui le sépare des pavés de la rue. Un risque insensé, et il ne le prendra pas. Il contourne l’obstacle, non sans jeter un coup d’œil approfondi en passant sa tête au coin du mur pour vérifier l’absence de garde. Il fait bien : un garde est bel et bien en train de faire face au vide, à cet endroit. Vohl s’apprête à réitérer la manœuvre qu’il a utilisé avec le précédent homme de main d’Oaxaca, lorsque ce dernier tourne les talons. Il s’arrête sur un autre côté du toit, toujours face au vide. Le voleur se rapproche subrepticement…lorsque le garde se déplace de nouveau.

Il marche sans crainte sur son inhabituel chemin de ronde, à un pas du vide seulement. Son manège continue : attendre quelques secondes sur un côté du toit, aller jusqu’au côté suivant, attendre de nouveau quelques secondes, puis changer de nouveau. Le manège dure un moment : en se maintenant toujours collé au mur de la maison rouge, Vohl a rapidement fait le tour de tout l’étage. La bâtisse, octogonale, présente un balcon à fenêtre un côté sur deux. Après que le garde soit passé devant un de ces accès, le voleur teste l’entrée potentielle : la porte est verrouillée, bien sûr. Mais la serrure qui y donne accès semble de simple facture…et fragile. L’intérieur de la pièce est caché par de lourds rideaux, mais aucune lumière n’indique une quelconque présence.

L’ynorien ne sait pas comment venir à bout d’une telle serrure. Peu importe la serrure, en réalité : le voleur ne sait pas crocheter quoi que ce soit ! Un manquement capital dans son éducation de voleur…mais il faut dire aussi qu’il n’a jamais eu le besoin de recourir à cette pratique, à plus forte raison pendant son enfance, où la noblesse l’a bercé plus que les arts criminels. Un soldat ne crochète pas les serrures : il les brise. Mais ici, simplement briser la serrure serait à la limite du contre-productif : le bruit produit serait sans nul doute entendu, si ce n’est par le garde sur le toit, au moins par ceux qui sont en place supposément dans la maison – le bruit du vent ne les gêne pas, eux. Il va devoir apprendre, et apprendre vite : il est loin d’avoir toute la nuit devant lui ! Il lui faut un outil fin, qui puisse s’introduire dans la serrure. Sa griffe et son wakizashi lui viennent rapidement à l’esprit. Tous deux sont suffisamment longs, mais les lames de la griffe s’handicaperont l’une l’autre s’il doit manipuler quelque chose dans la serrure, et le wakizashi sera simplement trop large. Il lui faut quelque chose de plus fin…une dague légère. La dague du second garde du perron lui revient en tête. Il se dépêche de la tirer de la ceinture pour l’inspecter. La lame est fine, et si l’ensemble paraît fragile, ce n’est pas un problème pour ce qu’il compte en faire.

Il se dépêche de rattraper l’homme, qui a déjà deux côtés d’avance. Dès que ce dernier reprend son mouvement immuable, Vohl s’approche rapidement de la serrure. Il enfile la pointe acérée de l’arme dans la serrure. Il sent une partie métallique s’opposer à l’avancée de la dague. C’est donc cela qu’il faut écarter ? Même avec la dague effilée, c’est une tâche compliquée : Vohl comprend pourquoi les voleurs sont réputés pour utiliser des aiguilles ! Il multiplie les essais. Mais toujours, à mi-chemin, le petit battant métallique retombe à sa place ! Il a passé trop de temps sur cette serrure. Le garde doit avoir déjà effectué plus de la moitié du chemin. Vohl se redresse, et avance rapidement sur les toits pour rejoindre le côté sur lequel le garde est en ce moment. L’ynorien le rattrape alors que ce dernier arrive sur le côté où le voleur a tenté de crocheté la serrure. Le voleur attend qu’il soit une nouvelle fois passé sur le côté suivant. Il enjambe le parapet et se remet à genoux devant la serrure. Cette fois, ses efforts tordent la fine pièce métallique. La dague pousse alors sur le côté cette partie, et fait cliqueter la serrure. Le cliquètement sonne aux oreilles du voleur comme une délivrance ! Même si Vohl est loin de comprendre vraiment ce qu’il a fait pour que cela marche, il sourit devant sa bonne fortune. La porte s’ouvre dès qu’il pousse sur le battant. Aussitôt, il s’engouffre dans la pièce, accompagné par un souffle de vent glacé, et referme la fenêtre derrière lui.

Il écarte le lourd rideau qui occulte les vitres du reste de la pièce. Lorsque la tenture se rabat derrière lui, le noir devient absolu. Coupé du monde auditif et visuel, l’assassin doit patienter quelques secondes avant que sa vue ne s’acclimate au changement de luminosité. Pendant ce temps, il ferme les yeux et avance à tâtons dans la pièce. Très lentement, les bras tendus devant lui, le voleur progresse. Son genou finit par rencontrer un meuble. Ses doigts saisissent le support. Il ouvre les yeux de nouveau. Une fine lumière filtre du mince interstice qui sépare le bas de la porte du parquet. Son acuité visuelle reprend quelques droits : il distingue les contours du meuble qu’il vient de heurter. Il s’agit d’un lit d’une largeur notable. En tournant la tête, il s’aperçoit que la majorité de la pièce est en réalité occupée par le matelas rembourré. Surélevé de quelques centimètres à peine, il monopolise en fait les trois quarts de la pièce, qui somme toute est assez petite. Un tel équipement n’ayant rien à faire dans une ancienne tour de garde, Vohl sait immédiatement qu’il est désormais dans une salle dont l’usage sulfureux a valu sa réputation au bâtiment. L’envie de se vautrer sur l’épais matelas disparaît immédiatement, et Vohl détourne les yeux, dégouté. Au même moment, des sons subtils lui parviennent depuis l’extérieur de la pièce. Intrigué, il tend l’oreille en direction du bruit. Ceux-ci se rapprochent.

Par précaution, Vohl s’éloigne de l’allée laissée libre pour atteindre la fenêtre depuis la porte : il monte sur le lit, avant de se rapprocher du battant fixe de la porte coulissante. Bien entretenu, le lit ne pousse aucun gémissement tandis qu’il circule sur la couverture moelleuse. En arrivant près de la porte, le voleur distingue mieux les sons, qui se sont de plus rapprochés. Ils ressemblent sans équivoque à des pépiements de passereaux. De tels volatiles étant tout à fait hors de propos et de surcroit complètement diurnes, il n’y a presque aucune chance que ce soit des oiseaux qui aient décidé que décidément, cette nuit était trop belle pour ne pas sortir se promener. Le déclic se fait dans l’esprit de Vohl : voilà donc un des fameux parquets rossignols ! Sa sœur lui en avait parlé lorsque son oncle avait projeté d’en faire pourvoir un pour la demeure familiale. Il avait finalement renoncé, faute d’avoir la somme d’argent colossale que nécessite une telle ingénierie.

Un parquet rossignol ! Même si l’ancien soldat reconnaît parfaitement l’utilité d’un tel appareillage dans un bâtiment qui devrait servir de tour de garde, il doit bien avouer que cela ne va pas simplifier ses affaires, ce soir. Reste à espérer que seul ce couloir en soit équipé…mais le voleur ne croit qu’à moitié à sa propre hypothèse : considérant la richesse extraordinaire des clients et par conséquent de l’établissement de débauche, il est improbable que l’argent ait été un facteur limitant dans l’arrangement de la tour.

Le voilà donc contraint de revoir à la hausse son estime des capacités de ses adversaires : à moins d’avoir vaincu les défenses du lieu par le nombre, ces derniers ont dû réussir à s’infiltrer comme lui-même tente de le faire désormais, et donc triompher du parquet spécial.

Au bruit, il estime que la personne qui s’approche est à quelques mètres de la chambre à coucher dans laquelle il se trouve. Cette personne est très probablement un ennemi : la griffe retrouve sa place dans la paume de Vohl sans un bruit. Il se plaque au battant, tandis qu’il est toujours sur le lit. Ainsi légèrement en hauteur si son adversaire pénètre dans la pièce, il sera capable de décocher une attaque surprise et transpercer l’homme - ou la femme -. Le voleur n’aura probablement pas l’opportunité de réfléchir. Si toutefois la situation lui permet un maigre temps d’observation, il s’agira de déterminer de façon instinctive si l’ennemi en est véritablement un ou s’il peut s’agir d’un allié providentiel qui aurait infiltré la tour de la même façon que lui.

Toutefois, au peu de discrétion dont il fait preuve, et surtout s’il entre dans une pièce qui ne peut lui servir que de sortie, c’est que son objectif n’est pas de secourir le conseiller. Cela suffit à faire de lui un ennemi. Vohl secoue la tête, autant pour reprendre ses esprit et se préparer que parce qu’il est presque navré de devoir ôter la vie une nouvelle vie ce soir. Presque. Mais l’anticipation écrase sans peine les maigres regrets qui sortiraient du meurtre d’un traître à la République. Si la personne entre dans la pièce, elle mourra selon toute probabilité, et en silence.

Meurtralisation


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(((HRP : Abandon de l'Epée du traître, fouille des cadavres )))

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"Enchanté: Vohl Del'Yant, Humain d'Ynorie, Voleur...Pour me servir!"


Dernière édition par ValdOmbre le Jeu 19 Juil 2018 17:57, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: La maison rouge
MessagePosté: Mer 30 Déc 2015 17:05 
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Perception : échec.
Attaque : réussite.



Vohl n’avait retrouvé nul insigne sur les corps des deux gardes. Quelques étages plus haut, alors qu’il était en faction derrière la porte, il entendit les pas se rapprocher de la pièce au son de quelques petits pépiements de rossignols. Les pas s’arrêtèrent soudain et la porte coulissa lentement et silencieusement. Il s’agissait d’une personne tout de noir vêtue, dans les habits des ninjas qu'il avait déjà massacrés et Vohl réagit instantanément en plongeant ses griffes dans la poitrine de la victime. Le ninja émit un léger cri de surprise, un cri étouffé et indéniablement féminin.

Alors que le corps glissait lentement le long de celui de l’assassin, Vohl pu voir que les vêtements flottaient autour du corps par ailleurs frêle sous les habits de ninjas. La tête bascula lentement en arrière, découvrant le visage de la capuche qui masquait ses traits. Un visage magnifique aux traits délicats fut ainsi dévoilé, des cheveux d’un noir de jais, un visage blanc orné des lèvres rouges, comme du sang sur de la neige.

La femme se retenait aux habits de Vohl, les serrant avec l'énergie du désespoir. Elle regardait son assassin en écarquillant ses yeux d’un noir profond. Dedans, il pouvait y lire de la peur, de l’incompréhension, du déni. Elle toussa, apportant du sang à ses lèvres qui vinrent entacher son maquillage autrement parfait.


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 Sujet du message: Re: La maison rouge
MessagePosté: Lun 4 Jan 2016 12:26 
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La porte coulisse doucement, en silence, pour laisser entrer l’individu vêtu d’une tenue identique à celle qu’il a tant de fois tranchée en cette nuit. Cette occasion ne fera pas défaut. Considérant son entrée récente dans l’ordre des êtres qu’il considère comme les plus abjects, au moins le fait-il sans demi-mesure. Les lames fendent l’air en silence avant de traverser la poitrine du mercenaire pris par surprise. Lequel pousse une ténue exclamation de surprise. Laquelle. Car le cri, s’il est plus qualifiable de gémissement que de hurlement, est définitivement féminin.

La femme transpercée s’affaisse le long du corps de Vohl, et ses mains s’accrochent aux vêtements de Vohl avec l’énergie du désespoir. Les yeux noirs fouillent ceux de Vohl, à la recherche d’une réponse, d’une raison qui justifie la douleur et la peur qu’elle ressent. Ceux de Vohl restent froids et distants, tandis qu’il saisit en un éclair le portrait de la délicate beauté qui s’effondre. Les cheveux noirs de jais et ses pupilles aux reflets de ténèbres contrastent violement avec la peau blanche de la jeune femme. Ses lèvres sont d’un rouge vif, touche de couleur explosive au milieu d’un tableau en noir et blanc. Selon tous les critères oraniens, cette femme est séduisante et elle dispose sans doute d’une procession d’admirateurs pour compagnie lors qu’elle sort dans la rue.
Sur cette figure magnifique se greffe une expression d’incompréhension et de déni. Une petite toux vient apporter du sang à ses lèvres carmin, avant qu’il ne coule sur sa joue, colorant ce visage pâle.

Il réceptionne la femme aux formes attirantes dans ses bras avant de la déposer en douceur sur le lit, afin d’éviter le bruit d’un corps qui heurte le plancher. La beauté ne le lâche pas pour autant, et Vohl se retrouve au-dessus d’elle.

L’esprit de Vohl fonctionne à fond de train. Une femme pareille dans la Maison Rouge ne peut être qu’une chose : une prostituée. De haut rang certes, mais cela n’ôte rien à ce caractère. Elle ne peut pas être l’un des ninjas : la tenue flotte sur son corps relativement menu. Le fait qu’elle ait été parfaitement ajustée sur les cadavres précédents pousse l’assassin à juger que la femme a « emprunté » une tenue. Son maquillage parfait indique qu’elle ne vient pas de se lever. Elle pouvait être en service lorsque les assassins ont pris la maison d’assaut. Mais Vohl doute que cela se soit produit de jour : pourquoi était-elle toujours là la nuit tombée, lorsque plus aucun client n’a à être satisfait ? A moins que ce soit une favorite du conseiller ? Bien que cela coute à Vohl, force est de reconnaitre que nombre de hauts dignitaires de la République fréquentent l’établissement. Si un des assassins a voulu profiter de ses charmes, elle a pu réussir à s’en débarrasser et tenter de s’enfuir dans cette tenue. Ce scénario pourrait satisfaire les interrogations de Vohl quand à la situation présente. Quoi qu’il en soit, il vient probablement de transpercer une victime.

Il aimerait pouvoir dire qu’il est désolé. Mais la situation n’en serait pas changée ; et de fait, il n’est pas particulièrement bouleversé. La moindre erreur lui coutera la vie, à lui. Et par la même occasion, elle coutera aussi la vie à Daïgo Genkishi selon toute probabilité, même s’il a tenté de lui donner une chance supplémentaire en alertant la garde de la cité. Néanmoins, la jeune femme pourrait être véritablement utile une fois dans sa vie. Non pas que le fait de se mettre nue sous le premier venu à la bourse bien gonflée pour remuer des fesses soit d’une navrante inutilité, mais comme service à la nation, il y a matière à mieux…et particulièrement aujourd’hui. Il garde pour lui son dégoût face à la corruption la plus décadente de chaque royaume.

En cherchant dans son sac le remède qui l’a plusieurs fois remis sur pied, Vohl espère qu’au moins la femme vend ses charmes depuis un moment dans la maison rouge…et qu’elle en connait quelques secrets. Dans l’idéal, elle connaitra un chemin sûr qui ne déclenchera pas les bruits d’oiseaux. Au pire, Vohl aura permis à une catin lâche et opportuniste de vivre encore, affaiblissant par là même ses propres chances de succès. Il prend la fiole pour permettre à la femme d’avaler une gorgée, tout en lui parlant.

« Je pensais avoir affaire à un ennemi. Buvez. Cette boisson refermera vos plaies. Je suis ici pour sauver Daïgo Genkishi. Dites-moi avec précision où il est, et qui est avec lui, si vous le savez. Dites-moi ce que vous avez vu et entendu, cette nuit, en ce lieu : le moindre détail peut m’être important. Soyez concise, je n’ai pas beaucoup de temps. Il en va de la sécurité d’Oranan. Si vous voulez continuer à boire et à vous soigner pour vivre, aidez-moi, maintenant. »

Le voleur éloigne le flacon de la bouche rouge de la prostituée sitôt qu’une gorgée a disparu dans la fiole, en l’attente d’une réponse. La blessure n'est-elle pas trop grave pour être soignée ? La dose sera-t-elle suffisante ? Il ne peut décemment se permettre d'en gâcher plus. Il n'a besoin que de quelques secondes de lucidité de la part de celle qui se vend en se croyant d'un statut plus élevée que ses comparses opérant dans les rues...alors qu'elle représente en réalité une bien pire menace !

Infiltration


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(((HRP : Utilisation d'une charge de potion de soin. )))

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Dernière édition par ValdOmbre le Mar 31 Juil 2018 11:05, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: La maison rouge
MessagePosté: Sam 9 Jan 2016 16:29 
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La potion semble faire effet sur la jeune femme, du moins un légèrement. Le voile de la mort approchante se lève légèrement de ses yeux, mais une toux apporte de nouveau du sang à ses lèvres. Elle souffle quelques mots d’une voix à peine audible.

- Daïgo… Il… Oh, Daïgo ! Trois hommes… Torture… Bureau de la Mère…

Elle tousse de nouveau, s’affaiblissant, les yeux cette fois voilés de larmes.

- Sauvez-le ! Sauvez-le ! Il…

Ses yeux se ferment, elle semble à bout de force, mais il peut encore sentir le battement, faible, de son coeur. Sa main est encore agrippée aux vêtements de Vohl et il peut se rendre compte que le poing refermé contient une clef en or à la poignée ornée de rubis.


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 Sujet du message: Re: La maison rouge
MessagePosté: Dim 10 Jan 2016 13:52 
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La boisson coule dans la gorge de la vendeuse de charmes, semblant la ragaillardir pendant quelques instants. Elle continue de tousser un peu de sang, mais ce n’est pas étonnant avec un poumon transpercé. Elle s’exprime d’une voix faible :

- Daïgo… Il… Oh, Daïgo ! Trois hommes… Torture… Bureau de la Mère…

C’est bel et bien une alliée, ainsi que l’avait déduit le voleur, à moins qu’elle ne joue la comédie : cela a peu d’importance, dans son état. De ce qu’elle dit, Vohl parvient à déduire bien plus de choses que ne l’aurait fait une personne ordinaire en une fraction de seconde : les trois hommes sont de toute évidence ceux qu’il aura à neutraliser ou éliminer avant de pouvoir secourir le conseiller. Le Bureau de la Mère est une localisation, et de toute évidence « la Mère » est une personne d’importance : son bureau doit être celui le plus en évidence, chose que Vohl comprend tout en trouvant ce choix stupide. Les chefs sont les cibles privilégiées, dans les guerres. Pourquoi éprouver le besoin d’indiquer leurs quartiers par un faste extravagant ? Qu’importent pour le moment les choix discutables de la Maison Rouge. La femme tousse de nouveau avant d’émettre une prière dont Vohl sera l’unique dépositaire.

- Sauvez-le ! Sauvez-le ! Il…

C’était une chose que l’assassin avait de toute façon dans ses projets, mais il ne le signale pas une seconde fois à la femme. Fort heureusement, la faiblesse dont elle est victime l’empêche de céder à l’hystérie qui semble la traumatiser. Après ce sursaut d’énergie, son regard se pare d’un voile humide : des larmes viennent défaire son maquillage exquis, avant qu’elle ne ferme les yeux sans que l’on sache si la principale raison est de camoufler les perles d’eau salée ou son manque de tonus évident –et parfaitement compréhensible-. Un instant, Vohl craint d’avoir tué la favorite du conseiller.

Mais en décrochant les mains que la femme serre toujours sur les pans du kimono, son pouls lutte encore contre le destin de la femme. C’est en dégageant la seconde main délicate que le voleur sent un contact métallique. Récupérant l’objet, il laisse reposer le corps de la femme sur le lit, le temps d’examiner la curiosité. Une clef, richement décorée d’or et à la poignée sertie de rubis de taille respectable. Même vu la richesse des décorations de l’ancienne tour de guet, le jeune homme doute que ce soit la clef d’un tiroir lambda : la pièce des coffres, ou le fameux bureau de la Mère. Etant donné la situation, le voleur doute que ce soit la clef des coffres. La clef est donc celle de la pièce maîtresse de cette maison.

Un instant, Vohl hésite : doit-il donner une seconde charge du breuvage curatif à la prostituée pour lui demander des informations supplémentaires ? Le conseiller est en train d’être torturé : il lui faudra sans doute quelque chose pour éviter le pire, et le flacon entre les mains de Vohl semble déjà bien trop léger. Il se penche de nouveau vers la sensuelle jeune femme au maquillage défait, dont le souffle faible est témoin de son état.

Vohl écarte ses bras, la retourne en prenant soin que sa bouche soit toujours ouverte pour lui éviter d’étouffer dans les draps qu’elle a dû si souvent utiliser. Il commence à la déshabiller. La peau satinée de la jeune femme s’offre à ses yeux. Vohl n’en n’a cure. Cette peau, si elle semble belle au premier regard, n’est qu’un risque inconsidéré pour quiconque s’abandonne à la fascination qu’elle peut provoquer. Tout ça pour répondre à une pulsion. De plus, fréquenter une telle professionnelle est la porte ouverte à un emploi du temps réglé comme du papier à musique : rien de tel pour accroitre les risques, lorsqu’on est un personnage important. Vohl se désole que le conseiller se soit abandonné à ces frasques. Une fois dévêtue, il retourne la jeune beauté sur le dos, avant de la mettre de côté : les poumons ainsi sont libérés de tout poids et lui sera donc ainsi il lui sera plus facile de respirer.

Mais il est trop tard pour regretter le passé. Seul compte le présent, et l’hypothèse d’un futur. Le voleur s’active. La tenue lui va presque parfaitement. Il se munit de son wakizashi, rangé dans sa ceinture, dans son dos. Il s’agit d’une arme courante, mais son utilisation est connue dans l’armée. S’il arborait avec ostentation, un observateur pointilleux pourrait se poser des questions. Sur le devant, il arbore la dague qu’il a récupérée sur les précédentes victimes. Une arme effilée, particulièrement adaptée aux combats de grande proximité comme il risque d’en voir désormais.

Il range la clef d’or dans le revers de ma botte droite. Il se redresse. Couvre la prostituée du drap léger et soyeux qui orne le lit. Après quoi, il envoie rapidement ses affaires qu’il préfère laisser pour garder un déguisement crédible sous le lit. Son regard est maintenant dirigé droit vers la porte : et son message est clair. Plus de pause, plus de répit, plus rien ne l’arrêtera.

D’un pas sûr, il s’engage sur le parquet rossignol. Il est temps de mettre la seconde phase de son plan en marche. Il monte les étages rapidement. Lorsqu’il croisera les gardes, il signalera l’arrivée d’un grand nombre de soldats affluant vers la Maison Rouge, qui a débordé le cordon en place : il faut les empêcher d’interrompre le « maître ». Ce mot, plus que la clef, devrait déverrouiller la situation. De là, deux cas de figures possible : il a devant lui plusieurs hommes – dans ce cas il les laisse aller à la rencontre des gardes -, ou bien un seul, qu’il exécute aussitôt le dos tourné.

Le plus silencieusement possible tout en courant, il se rue vers les étages supérieurs tout en prenant un air essoufflé, afin d'avoir l'air de venir de l'extérieur.

L'Entrée des Plaisirs

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Dernière édition par ValdOmbre le Jeu 19 Juil 2018 17:53, édité 2 fois.

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