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Nous étions comme des sœurs Mais il est terrifiant de voir les gens changer Pour la forger, j'ai rasé ses sentiments Annihilé son amour, sa compassion et effondré sa douceur Et maintenant, elle ne souffre d'aucune limite Une créature illogique, ne répondant à aucune loi naturelle Et aussi devenue mon pire cauchemar. Bimbeloterie et versets funèbres de Hrist
La hache malheureusement et comme elle le craignait heurta la porte et non pas un mort vivant. Hrist se mordit la lèvre mais les tirs de la lutine et de l'archer firent mouche et les êtres animés imitèrent la stratégie lancée par la tueuse. Bien que morts, ils jouissaient d'une dernière étincelle de lucidité, à moins que ça ne soit la peur qui puisse les pousser à agir ainsi, ou tout autre chose. Selon Hrist, savoir identifier un danger provoquant la peur était signe d'intelligence, les squelettes et autres morts non morts n'étaient pas réputés pour l'être, elle supposa qu'un être l'étant devait les influencer.
Le calme, les adversaires s'étaient retranchés et passer la porte aurait pu être dangereux, Hrist aurait été partisane d'une stratégie plus sécuritaire, rester en arrière et attendre que l'un d'eux ne se pointe, à défaut de pouvoir se protéger, sans même savoir combien d'entre eux se trouvaient d'un côté ou de l'autre de la porte.
Guasina eut l'initiative remarquable de se faufiler sous un casque, la tueuse ne l'avait pas vu descendre, étant dans le mauvais angle, mais le heaume qui avançait tout seul trahissait l'idée brillante et le remarquable sens du sacrifice de la jeune lutine. Si son acte s'était avéré réussit, elle aurait gagné tout le respect de la Frémissante. Mais les choses en furent autrement. Quelque chose se passa dans le corps de la femme. Hrist eut un violent malaise, un haut le coeur qu'elle peinait à cacher, cette sensation lui crevait l'esprit et elle se mordit la lèvre encore une fois, jusqu'au sang qui ne perdit pas de temps pour perler doucement le long de ses lèvres. Les yeux violets avaient pleurés le charbon présent sur son visage sous la traînée informe d'un vestige de maquillage, le sang coulait de sa bouche.
Silmeria, ou plutôt son esprit s'agitait, tout son être était en effervescence, elle bouillonnait dans son corps et Hrist, elle et son âme furent englouties dans un abysse démentiel. La folie grandissante de la Douce avait ravagé la force mentale de la Frémissante.
Lorsqu'elle est venue au monde dans le corps de Silmeria, Hrist n'était qu'une entité anarchique, devenue plus grande et plus forte au fil des expérience et des nombreux voyages. Silmeria n'avait jamais été que sa victime, l'hôte porteuse d'un parasite assoiffé de sang. Et voilà qu'après des années, une fois que Silmeria avait réalisé qu'elle avait tout perdu, l'amour, la vie, la douceur et que son âme était probablement aussi noire qu'un général d'Oaxaca, qu'elle ne vivait plus que pour la tourmente, que ses actes envers les autres étaient instinctivement mauvais, elle s'éveilla.
Hrist luttait, Silmeria prenait peu à peu le dessus, d'ordinaire ce n'était jamais arrivé, en combat. Le corps à demi mort au pas déglingué s'approcha de la porte, Silmeria la ferma violemment une fois que la lutine s'était trouvée de l'autre côté en disant à voix haute :
« Eiko, mais que faites-vous ? » S'en suivit le lourd claquement de porte qui avait balayé les restes de ces squelettes. Appuyée sur la porte désormais close, la main griffait le bois, le sourire de la femme n'était visible que d'Eiko au travers de ses longs cheveux noirs. S'il avait été assez malin, il aurait compris que la déclaration de la femme n'avait qu'un seul but, celui de faire croire à une trahison de la part du jeune homme à l'aspect douteux...
(« Silmeria ! Mais qu'est ce que tu fais ?! ») Les contractions du corps se firent plus vives, plus fortes, elle souffrait ma jubilait à la fois. Silmeria était pleinement au contrôle de son être...
(« Assez, tu ne reviendras que lorsque je te le dirais ! »)
(« Ca chie... ») Constata Cèles avant de s'éclipser brièvement au fond des bracelets de l'Ombre Noire.
La femme se redressa, elle fixa Eiko en face d'elle, sagement installé de son côté comme le brave petit soldat qu'il méritait d'être. Les yeux rougis de larmes et la pupille verte lierre, le sang qui coulait le long de ses lèvres et un sourire pas du tout sadique qui perforait son visage lui donnait l'air aussi avenant qu'un ours mal achevé.
« Bonjour Eiko, vous vous souvenez de moi ? J'ai cherché à vous tuer... » fit-elle en s'adressant au jeune homme, bien que brièvement, Silmeria ne voulait pas s'attarder davantage aux moqueries, et la voix de Hrist qui lui vrillait les tympans n'aidait rien à l'affaire.
(« Silmeria ! Ouvre cette porte tout de suite ! ») (« Ca suffit !! Tu ne parleras que lorsque je l'aurais tué ! »)
Hrist n'avait pas d'enveloppe à proprement dit, mais cette réaction en temps normal l'aurait faite tomber à renverse. Peu à peu, la Frémissante comprenait ce qui se passait, comment Silmeria avait perdu l'esprit, et tout ceci par sa faute. Toutes ces aventures passées, toute sa violence, ces indices, d'abord les servantes, les marchands, les prêtres et les marins. Tout ce qui à ses yeux avait moins de valeur que sa propre vie elle le méprisait. Se prémunir d'un tel personnage était impossible... Elle échappait à tout contrôle, devenait une entité criminelle par excellence, n'agissait plus que pour son goût du carnage. Hrist craignait qu'à présent, Silmeria soit de toutes les batailles, peu importe de quel côté, elle n'avait aucune solution, aucun remède ni même pas le moindre mot pour atténuer son désir de mort.
Car en effet, la seule chose qui priverait Silmeria de cette lubie terrifiante serait sa propre mort. Hrist fondit, son esprit alla rejoindre celui de Cèles qui malgré son côté fluidique s'inquiétait un brin quant à la santé mentale de sa maîtresse. L'enveloppe charnelle quant à elle griffait le manche de la lame, Silmeria tremblait, ses genoux claquaient et la chaleur du liquide poisseux et épais qui lui coulait le long de la lèvre l'enivrait, elle devenait folle, ce goût, l'inimitable saveur du nikel dans la bouche, le parfum âcre et métallique, la saveur cuivrée de son propre sang. Il lui en fallait plus. Sans même se soucier de l'archer qui se trouvait sur sa droite, elle qui tenait position devant la porte close face à Eiko. Elle avait attendu ce moment, prête à assassiner le jeune homme, Silmeria emplit ses poumons d'air, gonflant sa poitrine, l'émotion était à son comble, palpitante, elle ne leva pas la main comme la dernière fois, elle se contenta simplement d'envoyer un coup de lame directement vers le torse de l'homme, une attaque simple et brève, une frappe qui ne demandait pas trop de technique ni de dextérité mais alimenté de sa seule hargne et colère, le coup était messager de la cruauté de celle qui fut la nouvelle Silmeria...
Hrist contemplait le spectacle à l'aspect macabre de là où elle était. Sur son épaule fantomatique, la petite Cèles s'installait. Ou plutôt, l'illusion de l'esprit de la petite Cèles. Toutes deux observaient la scène, impuissante, ne pouvant que contempler la hauteur du désastre provoqué par toutes ces années passées.
(« Je croyais que les gens ne changeaient jamais... ») (« Quelque chose me dit que cette nouvelle maîtresse sera particulièrement cruelle... Et dire que j'avais un jour pensé que c'était toi la cruelle... ») (« Par les Anciens... ») (« Nous voici dans une nouvelle ère... Ère où Silmeria sera confrontée au fait d'avoir pour plus grande faiblesse le fait de n'être capable de s'attacher. Si les relations sont la plus grande faiblesse d'un être, cela peut aussi bien faire de cet être la personne la plus forte de ce bas monde, ou la plus folle... ») (« Je suis incapable de la chasser maintenant. Il faudrait que je nous tues.») (« C'est vrai...»)
Et tandis que mon grand feu Dévore le monde de la matière Je prends ma place au centre du Cercle Divin Bimbeloterie et bazar de songes de Silmeria
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Attaque simple sur Eiko. Coup de lame en main directrice vers la poitrine.
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