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Cruelle. Elle sera mon aboutissement. Elle sera ma victoire. Je fermerais à jamais le cercle du vice, Et ouvrirais enfin ses yeux vitreux Folie et destruction d'Erzébeth
Eiko eut un bref mouvement de recul, un spasme dans lequel il leva sa lame pour intercepter celle de la tueuse. La surprise ou peut être le manque d'entrainement avaient rendu son geste rouillé, trop peu vif, lent et il manqua sa cible. Chose que Silmeria n'avait pas manqué, c'était son coeur. L'organe palpitant bouillonnait de peur fut coupé, étouffé dans son travail par le métal mordant et glacé de Silmeria. Sous le coup, son corps tomba presque dans ses bras, elle pu alors ressentir le poids d'Eiko qui crachait quelques gouttes de sang. Silmeria n'avait pas quitté ce sourire, les yeux de la belle devenaient de plus en plus pâles, le vert lierre s'estompait et pâlissait, son sourire n'avait jamais été aussi carnassier.
« Chuuut... Voyez... Là... Là... Ma démence ne connait pas de perte. Je suis Silmeria Rozindulät, et jamais les Dieux ne m'auraient fait périr sous une lame aussi piètre que la vôtre. Dormez maintenant. »
Elle donna un petit coup de poignet sur le manche de la lame. Il lui avait fallu forcer car celle-ci était entrée en intégralité dans la chair tendre et molle du garçon. Elle ne le voyait pas car sa tête était au dessus de l'épaule d'Eiko, comme s'ils se prenaient l'un et l'autre dans les bras comme de bons amis, mais elle sentait un liquide épais et chaud lui couler le long du bras, collant à ses manches blanches de tissus. Il ne survivrait pas à une telle blessure, peu à peu, les Dieux reprendraient leur dû. Sa vie. Elle, son âme avait disparu en ce instant funèbre, anéantissant toute chance d'un pardon divin. Le passé scellé de crimes, elle ne pouvait plus qu'avancer sans espoir de retour.
Elle tira la lame en rigolant d'un petit rire situé entre la rigolade cristalline et le couinement typique d'une bourgeoise amusée qui cherche à contenir sa joie. Le corps désormais sans vie du jeune homme tomba mollement, sous le raclement de l'armure que Silmeria venait de lui offrir, ironie du sort.
Elle aurait pu en rire, éclater de rire en levant les bras vers le ciel absent tandis que les Dieux du bien se détournaient d'elle totalement, rire à en pleurer d'être devenue si folle et dangereuse, imbuvable tueuse sans logique et merci. Mais la magie dévorante des lieux était pleine de surprise. La dépouille du garçon, à l'image d'un parchemin que l'on brûle disparu dans quelques flammes rougeâtres et ne restait plus qu'une enveloppe épaisse et noire, qui finalement ne laissa plus que les armes du triste sir disparu. Silmeria ravala un hoquet de surprise et couina un peu avant de remarquer que l'archer venait de la tenir en joue, les yeux effarés, reculant doucement.
L'Elfe aussi nerveux qu'un humain lancé à pleine vitesse dans une grotte noire pleine d'ours, reculait doucement, le pas maladroit sous l'effet de la surprise, mal à l'aise, entre la colère et l'incompréhension la plus totale, il n'en revenait visiblement pas. La fièvre du combat avait dû laisser croire aux protagonistes qu'ils seraient soudés. C'était ce que Hrist avait espéré. Silmeria en avait décidé autrement et sa décision venait de reteindre sa manche. Désormais empouprée de reste d'êtres, elle n'avança pas d'un pas, observant Maelan décidé à mettre de la distance entre eux.
« Calmez-vous... Si j'avais voulu vous tuer, vous seriez mort avant lui. Ho, ne prenez pas ça comme une menace. Eiko était un traître. Observez, il a disparu. Sa carcasse a rejoint le néant. Avez-vous vu les cendres face à vous ? Ici, là, juste à côté de la torche... Un message. Un message trouvé avec mon arme personnelle. »
Silmeria tentait un coup de bluff, montrant la Scélérate, elle savait que dans la panique, Maelan serait peut être plus malléable. Pour ça, le mensonge, elle n'avait jamais eu besoin de Hrist. Silmeria se débrouillait très bien. Elle allait utiliser de nombreux petits détails pour capter l'attention de l'homme.
« Je ne suis pas sûre. Je crois qu'il s'agit d'un message du Marionnettiste. Ca aurait du sens si on y pense. Un homme aussi puissant, ce qu'il peut détruire, il peut le reconstruire. Le message disait de tuer Eiko. Eiko devait mourir, c'est ainsi qu'il disparu. A moins que vous... N'ayez une meilleure idée ? »
Dit-elle en jetant un regard au sourire presque jovial face à la trace noire sur le sol qui trahissait la disparition magique de sa victime.
« Quand à moi, j'aurais besoin d'un meilleur sobriquet que celui dont vous me gratifiez. La porte sur laquelle vous vous reculez... Elle n'est plus piégée. Et derrière elle, se trouve trois portes. Une à droite, une à gauche et l'autre en face de vous. Comment je le sais ? Une voix d'outre tombe vient tout juste de me le dire. Vous l'entendez aussi... N'est ce pas ? »
La tueuse encore rouge de sa dernière victime faisait de son mieux pour ne rien trahir de son mensonge. Elle avait deux atouts, la connaissance très approximative des lieux sans avoir ouvert la porte, et le message calciné qu'elle pouvait moduler selon ses souhaits. Tout collait, il ne restait plus qu'au jeune homme à mordre la ligne jetée par la tueuse. Il n'avait qu'à baisser son arc, lever la menace d'une blessure.
« Maintenant, si vous avez vraiment l'intention de me tuer, je vous en prie, mais ça serait... Un tantinet contre productif. »
Le sourire refit surface, dégageant le sérieux de la conversation et trempant les derniers mots dans un aspect vicieux, celui d'une femme considérée comme impitoyable au sourire vénéneux et à l'âme corrompue et démente.
Plus au fond de son esprit, Hrist et Cèles conversaient ferme.
(« C'est... Un jeu dangereux. ») (« Si ça prend... C'est que ce jeune homme n'est pas le plus malin du village. Tu t'inquiètes pour elle ? ») (« Il a raison. C'est le mal. Avec tout un tas d'absurdités... Elle ne répond plus à aucune loi. Sa vie sera basée sur le mensonge, la trahison et le meurtre. ») (« C'est de ta faute. Est-ce que tu aimes ta vie ? ») (« Non sans l'aimer, j'y ai pris goût... ») (« Alors, si c'est vrai, tu feras ton possible pour rester maîtresse de ce corps avant qu'elle ne se fasse massacrer par tout un tas de fous furieux. Elle a une forte confiance mais n'est pas immortelle ni à l'épreuve des flèches... ») (« Dis moi Cèles ? ») (« Oui, mon petit morceau de sucre ? ») (« Cet Elfe, il possède des fluides sombres en lui ? ») (« Question judicieuse... Que feriez-vous sans moi mes chéries... »)
---------------- Cèles utilise : détection des fluides sombres chez Maelan. Silmeria a rangé ses armes et n'a pas avancé d'un pas. Tentative de calmer l'homme de par le mensonge en s'appuyant sur le doute (cendres de parchemin) et sur la magie noire (ombre noire et connaissance de ce qui se cache derrière la porte close)
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