L'Univers de Yuimen


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 Sujet du message: Le Désert Bleu
MessagePosté: Jeu 30 Oct 2008 18:56 
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Le Désert Bleu


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Ce désert est fait de roche et de sable... Rares sont les plantes et les animaux qui y vivent. La couleur bleu turquoise de ces lieux les rend particuliers, pour ne pas dire uniques.

La famille Kel Attamara, seigneur de ce terrain vague, y vit depuis de longues années. Ils racontent de vieilles légendes à propos de Moura, Déesse de l'Eau. Selon eux, ce domaine lui appartenait, il y a de longs, très longs siècles. Mais suite à un dur combat contre Yuimen, elle perdit. En souvenir de quoi, elle offrit aux pierres sa propre couleur et aux hommes qui y vivraient, de l'eau cachée.

Vous n'y trouverez jamais un seul oasis, car l'eau est loin.

De nombreuses grottes seraient dissimulées dans les montagnes. Mais nul ne sait, à part peut-être les Kel Attamara, ce qui s'y cache.

Les vieux des montagnes parlent de trésors immenses, d'autres parlent tout simplement d'eau pure comme celle qui naît aux sommets des montagnes.

Peut-être parviendrez vous à survivre dans ce milieu pour le moins hostile où les températures extrêmement chaudes en journée descendent très bas dès le coucher du soleil...


Pour plus de précision sur ce qu'a été ce désert avant, reportez vous à la deuxième légende de Moura.

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 Sujet du message: Re: Le Désert Bleu
MessagePosté: Lun 30 Nov 2009 11:39 
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Les Fils du Désert Bleu




"Le Désert Bleu... Territoire ancestral de notre grande famille, les Kel Attamara... De biens sombres histoires se déroulèrent en ces terres, il y a de cela bien des siècles... La rumeur des ancêtres veut que ces lieux fussent autrefois une terre dont la beauté n'avait d'égale que sa fertilité... Vierge de toute trace de civilisation, véritable paradis terrestre où la faune et la flore étaient éclatantes en diversité et en abondance... Tout ceci n'aurait eu nul lieu à changer si les dieux, dont la cupidité n'eût d'égal que la bêtise, s'étaient abstenus de remettre en cause l'équilibre des éléments... On dit que ce fut Moura qui, ayant, contre tout les principes divins établis, amené une grande colonie de créature dont elle fut la génitrice : les elfes bleus. Elle intervint dans leur société comme jamais il ne le fût permis par le panthéon ; elle usa de ses pouvoirs divins pour leur donner myriades de privilèges... Faveurs des marais et des crus, gibier aquatique à profusion, fontaines d'eaux magiques aux milles vertus... Peu de temps fallut donc à ses êtres privilégiés pour créer une cité grandiose à l'architecture unique et où les eaux de Moura étaient omniprésentes... A l'embouchure du delta d'un antique fleuve maintenant tari, les rues étaient autant de canaux où elfes, hippocampes et poissons d'eaux douces vivaient en parfaite harmonie dans un milieu aussi bien terrestre qu’aquatique et dont les eaux étaient toujours magnifiquement pures et cristallines, les bateaux pouvaient circuler d'un côté à l'autre de la ville dans une parfaite aisance et surtout, il n'y avait en son sein nul citoyen qui ne jurait d'une loyauté et allégeance infinie à la grande déesse de l’hydros... Les temples de celle-ci abondaient, et le moindre mètre ne manquait d'afficher une statue ou une icône en son honneur... A un point tel que les autres dieux n'avaient, quant à eux, jamais eu la moindre emprise sur ce peuple nouveau en plein âge d'or... Yuimen El Etarni fut enragé de voir un tel peuple à la renommée et la puissance grandissante se proclamer n'appartenir qu'à Moura, allant même jusqu'à la considérer comme la seule déesse véritable... Il menaça la déesse de devoir céder sa cité aux autres croyances, mais celle-ci ne l'entendit pas de cette manière. Yuimen décida alors d'altérer les pouvoirs de la déesse en soumettant le royaume elfique à des chaleurs de plus en plus fortes. L'effet fut immédiat : les canaux se tarissaient, les créatures marines peinaient à vivre sous des eaux aux températures aussi élevés et les elfes bleus se retrouvaient à maudire la déesse. Mais El Etarni n'en avait pas fini : aussi il ligua les peuples humains vivant à proximité, eux aussi atteints par ce brusque changement de climat, à combattre l'engeance elfique fautive de cette action divine. Kel Attamara, général des légions humaines, commanda l'attaque de la ville de Moura. La bataille fut rude, mais les humains finirent triomphants, les rares elfes bleus survivants ayant fui par la mer vers des contrées lointaines. Sur cette victoire, Moura s'avoua vaincu et se soumis à Yuimen. Le dieu aurait très bien pu décider de faire retrouver à ses terres sa splendeur d'antan, mais il en fut autrement. Il décida, au nom de cette victoire et à titre de rappel aux éventuels autres dieux qui comme Moura auraient la vanité de vouloir détenir l'exclusivité des croyances, de teinter ses terres en bleu. Les peuples humains, dirigés par Kel Attamara, ayant subi de nombreux dommages et ne voyant jamais le climat reprendre sa douceur de jadis, durent ainsi apprendre à vivre en harmonie dans ce champ de bataille divin, à nos jours encore beaucoup hanté des restes de l'ancienne cité elfique et des traces magiques de Moura et de Yuimen en personne...", racontait le vieil homme du désert aux quelques jeunes adultes qui l'entouraient, assis en rond et mangeant de la viande séchée autour d'un feu de camp de fortune éclairant sans mal le crépuscule désertique. Une gourde d'eau circulait aussi de main en main, mais chacun en buvait toujours très peu car il est bien connu que pour le peuple des dunes, moins on boit, moins on a besoin de boire. Et avoir le besoin de boire était un luxe trop important pour ce peuple en constant manque d'eau potable. Le groupe de jeunes gens ici présent étaient composés des cinq fils Kel Attamara ; Hamilcar, Eshmoun, Bes, Sid et Agadesh, les cinq ainés des branches les plus influentes de la famille, tous prétendants au rôle de futur meneur du clan. Ils n'étaient en rien des frères, mais tous étaient de sang les dignes descendants du vénérable ancêtre qui bouta les elfes bleus de Moura hors de leur actuel territoire, et tous étaient susceptibles d'être un jour appelé à avoir entre leurs mains la grande responsabilité de la survie de leur peuple. Agadesh était le plus jeune parmi les cinq, mais cela ne l'en pénalisait pas plus, car le choix du futur chef du clan était une histoire bien trop complexe pour ne dépendre que de l'âge des prétendants. Le choix revenait directement à Balamon, et le respect qu'il inspirait autour de lui était trop grand pour que quiconque le conteste. Balamon était le vieux sage du village, la mémoire collective de l'histoire de la famille et des mystères du désert... Balamon avait tout juste soixante-deux ans, ce qui, en d'autres endroits sur Yuimen n'aurait pas été une chose extraordinaire, mais la vie dans le désert était rude, et l'espérance de vie en son sein se limitait pour les plus chanceux à la cinquantaine. Son visage fut donc creusé avec précocité par les rides et sa chevelure, sa moustache et sa barbe, auparavant d'un noir absolu étaient maintenant d'une blancheur certaine. Cet homme aux traits marqué par le temps qui passe toujours plus vite sous l’aridité désertique n’était bien évidemment pas né avec la fonction de vieux sage, mais fut choisi, comme il était de coutume, par l’ancien vieux sage lors des premiers âges de la maturité. Nul n’a jamais su comment les sages choisissaient leur relève… Certains affirment même que la décision ne leur revenait pas à eux, mais aux dieux dont ils étaient les porte-parole… Rumeurs et idées mystiques allaient bon train, mais rien n’avait jamais été sûr pour personne. Aussi restait un mystère concernant les sages… Aucun d’eux, depuis autant que de mémoires humaines puissent en avoir le souvenir, ne mourût au sein du village. Lorsqu’il sentait leur heure venir, ils se retiraient dans un endroit inconnu des profanes pour, dit-on, rejoindre les ancêtres.

Les cinq fils de la lignée avaient écoutés son histoire avec attention, mais Eshmoun se questionnait sur son but :
"Sage Balamon, votre récit fut très beau et je ne le conteste pas, mais il va sans dire que nous connaissons tous la légende de nos terres... Aussi je doute que vous nous ayez tous fait venir ici seulement pour nous l'énoncer. Serait-ce le jour du choix du nouveau meneur ?"

Balamon lui répondit en toute simplicité :
"Eshmoun, toi mieux que quiconque ici est bien placé pour savoir que l'impatience peut être fatale... Souviens-toi du raid sur le camp rebelle... Ton père avait voulu l'attaquer avant la tombée de la nuit, et il ne fait nul doute que c'est la cause de sa mort et de celle des guerriers qui l'accompagnait. S'il n'a pas eu l'occasion de retenir la leçon, cette leçon t'incombe. Mais pour répondre à ton questionnement, non, l'heure de la proclamation nouvelle est encore lointaine."

Eshmoun se tut. Il fut bien tenter de défendre l'honneur de son père, mais avait trop de respect envers le sage pour réfuter son jugement.

Hamilcar posa à son tour une question au sage :
"Mais alors, vieux sage, pourquoi nous avoir réuni ainsi tout les cinq avec une si importante quantité de vivres à disposition ?"

"Ces vivres vous seront fort utile pour la suite."

"Qu'attendez-vous de nous exactement ?"

"A trois jours à dos de chameau, au nord de notre position, se trouve le désert des rocs d'azur... En suivant le chemin de la lune, vous trouverez la grotte de la gueule du serpent. Vous devrez rentrer à l'intérieur. Lorsque vous vous serez assez enfoncé dans la grotte, le chemin se partagera en cinq directions différentes. Choisissez bien, car sachez que l'une d'elles mène vers une mort certaine... Pour les autres, ce que vous découvrirez au fond déterminera votre destinée."

Agadesh, surpris, coupa le vieux sage :
"Attendez, vous êtes en train de nous dire que l'un de nous doit obligatoirement mourir ?"

"C'est exact. La gorge du serpent est le domaine des ancêtres et le sacrifice de l'un d'entre vous est nécessaire pour que notre peuple continue à recevoir leur protection. Il en a toujours été ainsi. Maintenant il vous faut dormir, vous aurez fort besoin de repos pour le voyage qui vous attend."

Les cinq jeunes hommes obéirent sans oser poser plus de question. Le vieux sage était la voix des ancêtres et des dieux et tous savaient le respect qu'ils lui devaient en tant que tel. Ils s'endormirent inquiets, se couchant près de leurs chameaux respectifs.

Agadesh ne cessa de se questionner sur ce que pouvait contenir la grotte dont parlait le vieux sage, multipliant les interrogations auxquelles il savait ne pouvoir lui-même répondre. Pourquoi les bienveillants ancêtres voudraient que l'un de leur descendant soit sacrifié ? Que pouvait-il bien y avoir de si important et de si mortel au fond de cette mystérieuse grotte ? Quelle destinée pouvait bien l'y attendre ?



Le Chemin de la Lune

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 Sujet du message: Re: Le Désert Bleu
MessagePosté: Mer 2 Déc 2009 00:32 
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Le Chemin de la Lune




Agadesh passa une nuit très mouvementée. Tourmenté par les multiples facettes d'un futur proche, à son inquiétude se rajoutait la fraîcheur de la nuit désertique qui, portée par un vent doux, soufflait dans ses oreilles tel le râle d'un titan impuissant hurlant à la miséricorde divine... En fait, le moindre détail de cette nuit n'avait manqué de le déranger. Le sable s'infiltrant dans les recoins de son visage, les blatères des chameaux, les mouvements, les soupirs et les ronflements de ses compagnons, sa position toujours trop inconfortable peu importe son sens, son tapis de sol qui s'enfonce trop dans le sable froid, des impressions de faim et de soif totalement illogiques après le repas de la veille, qui était pourtant loin d'être aussi frugal que d'ordinaire... Une mauvaise nuit, en somme.

Toujours était-il que plutôt de trop chercher le sommeil, Agadesh décida de se lever avant même que le soleil n'ait dévoilé ses premiers rayons... Il commença à ranger quelques affaires pour le départ avant d'apercevoir que Balamon n'était plus là, et que Sid était debout au sommet d'une dune avoisinante, guettant l'horizon.

Agadesh le rejoignit doucement, s'arrêtant une fois arrivé à son niveau. Sid ne quitta pas son axe de vue, et Agadesh lui demanda :

"Où est-ce que Balamon est parti ?"

"Je l'ignore. Il n'était déjà plus là lorsque je me suis réveillé. Je n'ai vu aucune trace de lui ou de son chameau dans le sable. C'est comme s'il avait disparu, lui et toutes ses possessions, au coeur de la nuit, sans un bruit et sans un geste."

Agadesh se tut un instant et regarda à son tour le vaste panorama de sable bleu s'étendant à perte de vue.

"Que regardes-tu ?"

"La beauté du divin Yuimen."

"Yuimen ? Où vois-tu Yuimen ici ? Il n'y a autour de nous que le néant."

"C'est cela même, Agadesh. Yuimen n'est pas seulement le dieu de tout ce qui vit, il est aussi le dieu de tout ce qui aurait pu vivre. Nos yeux ne sont peut-être capables que de voir le néant, mais pour peu que nous nous ouvrions nos esprits, la vérité est toute autre.... Je vais te dire ce que je vois Agadesh. Je vois l'antique cité des elfes bleus, chéris de Moura, en plein essor... De l'eau potable à perte de vue... De grandes forêts où règnent une profusion d'animaux, de fruits et d'herbes comestibles... Je vois notre glorieux ancêtre Kel Attamara profiter pleinement de celles-ci... Je vois les anciennes terres de notre peuple ne pas avoir à subir ses terribles sécheresses... Je vois notre peuple pouvoir vivre sans avoir à craindre les colères du désert et à lutter incessamment pour sa survie... Et enfin, je loue Yuimen de son courroux, car sans lui, nous ne serions pas, nous deux, ici et maintenant, à parler de tout ceci.... Tu vois Agadesh ? Il n'y a nul néant autour de nous. Il n'y a que le reflet de notre propre existence... L'oeuvre de Yuimen."

Agadesh resta songeur à la réflexion de Sid. Au fond, il n'avait pas tord... Le désert était l'arbre qui permettait aux fruits humains du peuple des dunes de vivre, qui leur donne leur identité, leur fierté, leur grandeur...

Il regarda avec Sid l'horizon quelques instants. L'aurore commençait à pointer au-delà des dunes, et le soleil n'allait pas tarder à le suivre et radicalement réchauffer la mer de sable bleu.

Agadesh dit à Sid :
"Allons réveiller les autres et préparer nos affaires. De rudes journées nous attendent et je préfère que nous ayons fait le plus de chemin possible avant le zénith."

"Oui, tu as raison."

Sid et Agadesh retournèrent sur le campement et virent Bes déjà levé et en train de monter ses affaires sur son chameau. Lorsqu'il les vit arriver, il leur dit :
"J'imagine que vous ne savez pas où est parti Balamon."

"En effet."

"Ce n'était pas une question. Je me doutais de son départ nocturne et n'ai pour ainsi dire dormi que d'une oreille, en espérant au moins l'entendre quitter notre compagnie. Mais je n'entendis pas l'ombre d'un souffle hormis les vôtres. Il n'a pas même laissé l'ombre d'une trace... Pourtant, même effacé, je suis capable de pouvoir reconnaître le trajet de n'importe quel homme après plusieurs jours. Si je ne suis pas en mesure de savoir ni où ni quand il est parti, alors personne ne le peut. Des faits comme ceux-ci me prouvent sans cesse que Balamon est bien plus que cela."

Agadesh et Sid marquèrent un silence approbateur, connaissant la réputation de meilleur traceur de tout le désert de l'est que Bes avait acquis à juste titre. Il reprit :
"Réveillons les autres et partons sans plus attendre. Je crains que le soleil soit sans pitié aujourd'hui."

Agadesh alla réveiller Eshmoun, lui agitant doucement l'épaule et en l'appelant par son nom. Celui-ci ouvrit doucement les yeux sans broncher, et Agadesh l'informa de la situation :
"L'aube ne va pas tarder Eshmoun, nous devons partir au plus vite."

Eshmoun ne tarda pas à se lever et à préparer ses affaires sans prononcer un mot, puis voyant Balamon absent, il dit :
"Balamon est parti à ce que je vois. Ça ne m'étonne pas vraiment. Il était clair que ce voyage ne pouvait dépendre que de nous. Bien maintenant il faut nous hâter, il me tarde déjà de savoir ce que peux bien cacher cette fameuse grotte de la gueule du serpent."

Sid était pendant ce temps depuis tout à l'heure en train de s'activer à réveiller un Hamilcar au sommeil lourd. Eshmoun, le voyant ainsi peiner pour le réveiller, s'avança vers le dormeur et le poussa avec le pied. La réaction fut immédiate. Hamilcar se réveilla tel un cobra dérangé durant sa sieste, attrapa son sabre et le pointa sous la gorge d'Eshmoun.

"Tu crois me faire peur Hamilcar ?"

"Je ne permets à personne d'abuser de mon sommeil pour ainsi m'humilier de coups de pied !"

Sid, voyant le conflit éclater devant ses yeux, intervint :
"Doucement Hamilcar, ne blâme pas trop rapidement Eshmoun... Tu es le dernier à dormir et l'aube pointe à l'horizon. Il nous fallait partir et tu étais sourd aux tentatives de réveil plus douces. Maintenant que tu es réveillé, ne perdons pas plus de temps en vaines menaces et hâtons-nous de faire le maximum de chemin avant que le soleil ne soit au plus haut dans le ciel."

Hamilcar retira sa lame de la gorge d'Eshmoun et lui dit :
"Ose encore une fois me manquer de respect et je ne retiendrai plus ma lame Eshmoun."

"C'est ça Hamilcar, c'est ça. Maintenant dépêche-toi de te préparer, nous n'attendons plus que toi."

Après quelques instants, les cinq descendants Kel Attamara étaient au dos de leurs chameaux respectifs, l'un derrière l'autre. Bes ouvrait la marche, Agadesh se trouvant juste derrière lui.

"J'y pense, Bes, sais-tu où se trouve cette grotte de la gueule du serpent ?"

"Non, je n'avais jamais entendu parler d'elle. Mais je sais où se trouve le désert des rocs d'azur."

"Et comment fais-tu pour te repérer ainsi, en pleine journée et sans aucun repère ?"

"Je fais comme Balamon nous l'a indiqué... Je suis le chemin de la lune.", dit-il en montrant du doigt l'astre plein, qui se voyait très bien en cette matinée ensoleillée.



La Fureur des Sables

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 Sujet du message: Re: Le Désert Bleu
MessagePosté: Mer 2 Déc 2009 20:20 
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La Fureur des Sables




La journée de marche fut longue et épuisante. Bien qu'il n'y ait eu pas beaucoup d'efforts à faire autre que de bien rester attacher sur la selle de son chameau, le soleil fut plus rude que d'habitude et les pauses étaient rares. Bes, ayant une bonne connaissance du temps et des bêtes, avait acquis d'office le rôle de guide, décidant des bons moments et bons endroits pour faire des haltes. Une pause bien orchestrée avant le zénith permit à tous de faire un bon repas et, pour Agadesh comme pour Sid, le temps de faire une sieste à l'ombre d'une tente en tissu léger, histoire de récupérer un peu le sommeil qu'ils n'avaient pas eu durant leur nuit. Bes les aurait bien rejoint, mais il prenait sa tâche de gérant du temps bien trop au sérieux pour cela. Eshmoun et Hamilcar, quant à eux, n'en ressentait tout simplement pas le besoin.

La journée fut très longue et très silencieuse, aucun n'ayant la particulière envie de partager ses inquiétudes et ses espoirs avec les autres. Cela aurait été une marque de faiblesse, et ses fiers représentants du peuple des dunes avaient toujours appris que jamais aucune ne devait s'en émaner d'eux. Rare seront les occasions où l'on peut entendre l'un d'eux se plaindre, paresser, montrer sa peur ou s'enthousiasmer pour une raison ou une autre, car la vie dans ces déserts ne tolère ni capricieux, ni oisifs, ni poltrons... Et les rares qui réussissent à se réjouir de choses simples se retrouvent vite souvent à devoir déchanter face aux nombreuses désillusions et aux espoirs bafoués qu'ils rencontrent. Les forts vivent, les faibles meurent. La sélection naturelle s'applique ici mieux que partout ailleurs.

Ils ne se parlèrent ainsi pratiquement pas de la journée, bien que tous aient l'inquiétude certaine de ce qu'il trouverait dans les profondeurs des rocs d'azur...

Toujours était-il que le désert avait été très calme durant la journée. Le soir tombant, il n'y avait plus même le moindre vent. Bes restait silencieux, mais il était clair que quelque chose le dérangeait. Agadesh, voyant son inquiétude, alla lui parler.

"Tu me sembles bien nerveux Bes, que se passe-t'il ?"

"Ce silence... Ce calme... Je n'aime pas ça."

"Pourquoi donc ?"

"C'est le signe précurseur d'une tempête... Et depuis que nous faisons la route, je n'ai pas repéré le moindre endroit où nous serions susceptible de nous abriter si cela venait à arriver."

"Nous pouvons y faire quelque chose ?"

"Hélas non Agadesh, nous ne pouvons plus qu'avancer et espérer que nous trouvions un refuge avant que la nuit devienne totalement noire."

Eshmoun, ayant entendu la conversation, intervint :

"Espérer, Bes, ne nous ait pas permis et tu le sais. Dis-nous plutôt comment nous devrions réagir si la tempête nous tombe dessus."

"Et bien il n'y aurait qu'une chose à faire : Nous encercler avec nos vivres au centre, et attendre que ça passe."

Hamilcar, entendant lui aussi la discussion en train de se mener, ajouta :

"C'est tout ? Et nos chameaux ? Ils déguerpiront aussitôt !"

"C'est là que l'on voit que tu connais mal ta monture Hamilcar, ait confiance en leur dressage et leur nature : Yuimen leur a fourni toute la résistance nécessaire pour supporter les colères du désert et n'ont pas besoin de tout nos artifices humains. Et si jamais ils leur venaient la mauvaise idée de fuir, ce que je doute, il vaut mieux perdre un chameau en fugue que sa vie en voulant l'en empêcher !"

"Très bien, et alors combien de temps devrions-nous supporter la tempête ?"

"Je l'ignore, une tempête peut aussi bien durer une dizaine de minutes que des jours entiers. Mais quoi qu'il en soit, il est toujours plus dangereux de risquer à continuer la marche que de rester ensemble et immobiles jusqu'au retour d'un temps plus calme."

Hamilcar s'énervait.

"Ah c'est comme ça ? Je refuse, très cher Bes, de rester planter comme un stupide caillou à attendre la fin d'une tempête qui pourrait durer des jours entiers ! Notre peuple a besoin de nous, je vous le rappelle, alors dépêchons-nous de traverser cette fichue portion de désert complètement stérile, passons dans cette stupide grotte et revenons au plus vite !"

Sid avança à côté d'Hamilcar, tentant de le raisonner.

"Inutile de t'énerver de la sorte, Hamilcar. Nous n'aspirons tous qu'à en finir tout comme toi, mais prendre des risques inutiles n'y changerait rien ! Aucun de nous ne voudrait revenir en devant annoncer à tes femmes et tes enfants que leur père est mort en se comportant comme un parfait idiot !"

Hamilcar, la rage dans les yeux à l'écoute de ses paroles, frappa Sid au visage, qui tomba aussitôt de son chameau. Eshmoun, en voyant ceci, sauta du sien pour aller défier Hamilcar. Sid, se levant, lui pris le bras :

"Non, c'est inutile Eshmoun. Je sais ce qu'il me reste à faire."

Sid s'accroupit et marqua dans le sable ses quelques mots : Aujourd'hui, Hamilcar m'a frappé. Tous regardèrent avec interrogation l'inscription de Sid. Hamilcar émit un petit rire moqueur auquel il ne prêta pas attention. Aussitôt fait, Sid remonta au dos de son chameau et dit au groupe :

"C'est fait. Maintenant, continuons notre route avant que la tempête ne nous tombe dessus."

Le groupe reprit sa marche, aussi silencieuse que le désert qui l'entourait. Au bout de quelques heures de marche, la tempête arriva sur eux. Le bruit devint vite assourdissant, et Bes criait des ordres de rassemblement. Chacun prit ses vivres et les enfouis dans le sable avec plus ou moins de talent et de facilité, mais ce fut fait. Bes s'occupa des chameaux, les faisant vite s'asseoir au plus près d'eux. Les cinq se réunirent assis en cercle, usant du tissu de leurs turbans et boubous pour se couvrir le visage et se tenant près les bras les uns au-dessus des autres.

Ça y était, la bonne position était prise. Il ne fallait plus qu'attendre la fin de la fureur des sables.

Agadesh, le visage recouvert de tissu, ne voyait plus rien. Les hurlements du vent, tels les vociférations désespéré d'un horrible monstre de légendes anciennes criant sa mélancolie furieuse résonnait dans sa tête comme un sombre cauchemar éveillé, en ayant l'impossibilité de ne pas l'entendre. Les mains de ses compagnons serraient durement son bras, lui faisant mal, et lui se tenait tant bien que mal sur deux autres bras en puisant dans tout ses ressources pour conserver ce dernier contact, ce dernier sens qui lui prouvait qu'il n'était seul dans cette misère. Tout cela sans savoir ni qui il touchait ni qui le touchait. Ça n'avait à la fois aucune et toutes les importances. Le sable, percutant frénétiquement l'ensemble de son corps, de manière totalement chaotique et désordonné, sans pouvoir donner un véritable sens à celui-ci, lui brûlait la peau malgré ses amples habits. La situation était invivable, physiquement et mentalement épuisante. Supporter une telle douleur dans un tel contexte d'inaction était harassant. Il sentait son corps entier n'être plus qu'à la merci des vents du désert, ses muscles contractés luttaient pour garder l'équilibre, sa concentration était totale. Même respirer était un exercice difficile en ses conditions. Il se sentait s'affaiblir à petit feu, mais jamais n'abandonna sa prise. Et il lutta, encore et encore. Les minutes semblaient des heures, et ce titan de sable jamais ne semblait vouloir se taire. Agadesh, se sentant perdre la raison, poussa un grand cri venu du fin fond de ses tripes. Pour lâcher prise, pour oublier sa douleur, sa situation... Pour revenir aux origines, tout simplement. Mais même son propre cri ne semblait qu'un murmure dans les entrailles de ce monstre qui les avait engloutis depuis un temps incertain. Cette constatation ne fit que le frustrer plus encore. Et le temps passait, passait... Mais était-ce des jours, des heures, des minutes ? Agadesh se sentait perdre toute notion du temps.

Toujours était-il, qu'au bout d'un certain temps, la tempête sembla se faire de moins en moins forte. Doucement, mais sûrement. Agadesh ne le crût pas au premier abord. Peut-être était-ce son corps qui s'habituait à la douleur ? Un léger moment de ralentissement avant un souffle bien pire encore ? Il attendait donc, et des pressions se faisaient, plus communicantes, entre les doigts de chacun. Nul ne pourrait comprendre ce que les soubresauts de phalange de l'un voulait dire à l'autre, mais dans ce cas-ci, ressentir une vie autre que la nôtre est quelque chose d'incroyablement rassurant. Il pouvait presque tous se comprendre, par, quelque part, une certaine télépathie : J'ai survécu... Dis-moi que toi aussi. Puis la tempête se fit bourrasque. La bourrasque se fit vent. Le vent se fit brise. Et la brise se fit accalmie.

Eshmoun retira en premier sa protection de tête. Les autres, entendant celui-ci prendre sa nouvelle inspiration l'air apaisé, firent de même.

Agadesh fut un instant surpris par la noirceur de l'extérieur. Il n'y voyait pas à un mètre. Seule la lumière lunaire éclairait faiblement les dunes bleues dans une nuit profondément noire.

Bes, toujours en son sens des priorités, regarda si tout le monde allait bien et si les chameaux étaient toujours présents. Ils étaient tous là. Ils avaient eux aussi l'air d'avoir souffert de la tempête, et se relevaient à peine, bougeant leurs pattes trop longtemps immobiles et comme lâchant quelques blatères de satisfaction entre eux. Les vivres enfouis avaient eux aussi bien tenus le coup. Tout avait marché comme prévu... Quel soulagement !

Sid enleva en dernier sa protection, se débarrassant rapidement du surplus de sable s'étant invité dans les bourrelets de tissu de sa vêture, puis regarda dans les yeux ses compagnons, un sourire taquin sur les lèvres, avant de littéralement éclater de rire. Les autres furent aussi vite emporté dans cet éclat qui devint vite un fou rire commun, totalement incontrôlé et d'une rare franchise. Ce n'était pas seulement un rire ordinaire, c'était le rire de la mort déjouée, de la peur affrontée et vaincue, de la victoire de l'homme sur les éléments... Le rire de la vie, tout simplement, élevé à son plus pur niveau.

A la suite de ce rire semblant ne jamais vouloir en finir, tous ressentirent un profond besoin de communication, comme pour se libérer d'entraves les ayant jusque là que trop handicapé. Ils parlèrent longuement de cette expérience, découvrant qui était les personnes qui les tenaient aussi durement et vice versa, des angoisses qu'ils avaient ressenties durant la tempête et ce dont ils s'étaient mis à penser. Le tout dans une humeur joyeuse et sans complexe, relâchant pour une fois la façade qu'ils gardaient pour un moment de franche et insouciante camaraderie...

Une fois l'excitation de la spectaculaire survie ayant passé, tous se sont mis à dormir. Ce moment de repos était un pur régal pour chacun d'entre eux, et c'était pour tous un sommeil de plomb qui les attendait dans la nuit maintenant calme et sereine.


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 Sujet du message: Re: Le Désert Bleu
MessagePosté: Ven 4 Déc 2009 00:47 
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Les Gardiens des Rocs d'Azur




La nuit, bien que fraîche, se passa bien pour tous. Les premiers rayons du soleil frappant leurs visages, ils s'animèrent tous comme un seul homme après un sommeil réparateur qui n'avait pour seul désavantage que de réveiller avec eux les courbatures causés par la tempête de la veille. Ils mangèrent un repas modeste dans une ambiance de réveil difficile et peu bruyant. L'on pouvait entendre des os qui craquaient sous la pression des mouvements matinaux, mais aujourd'hui plus qu'hier au même moment, chacun était content de voir ses compagnons. Certains sourires entre des croisements de regards s'échappaient... Ils étaient tout simplement bien, ici et maintenant, ensemble, et nulle parole n'était nécessaire pour le dire.

Sans un mot de plus, chacun enfourcha son destrier calmement. Les chameaux eux-mêmes étaient silencieux et calme, comme épousant la conduite de leurs maîtres.

Bes ouvrait toujours la marche, les autres le suivant mollement en file indienne.

La journée passa simplement, bien que le rythme que gardait Bes fut bien moins soutenu qu'avant. Les hommes étaient fatigués, les bêtes aussi. Les épuiser pour arriver plus vite tiendrait plus de l'imbécilité que du besoin. Au pire, il y aurait quelques heures à rattraper le lendemain ou bien continuer à marcher une fois la nuit tombée. Rien de bien grave en somme.

A peine quelques heures après la rituelle pause du zénith, des dunes du désert commençaient à immerger quelques étranges grandes roches céruléennes. Disgracieuses, brutes, aux contours incertains et abrupts... Ces curieuses concrétions de pierres de plusieurs mètres sortaient des sables telles les tentacules d'un immense monstre pétrifié et enfoui sous la surface... Leur nombre ne cessaient d'augmenter, donnant au décor une allure particulièrement macabre et cauchemardesque.

Hamilcar, interloqué, demanda à Bes :

"Qu'est-ce que ces pierres ? Je n'en avais jamais vu de tel !"

"Ces pierres sont le signe que nous sommes sur la bonne route, Hamilcar. J'ignore pourquoi, mais elles entourent sur des kilomètres les reliefs des rocs d'azur... Il nous reste encore beaucoup de chemin à faire, mais au moins maintenant il n'y a plus d'incertitude quant à notre parcours... Maintenant, si nous pouvions au moins avoir les rocs en vue avant la tombée de la nuit, ce serait déjà une bonne chose."

Sid, fermant l'arrière de la caravane et écoutant Bes, ne remarqua pas derrière lui une vingtaine de sillons en train de se tracer dans le sable allant tous en sa direction, comme si quelque chose en dessous était en train de s'activer à le rattraper.

Bes posa un silence, puis repris, s'adressant à tout le groupe :

"Par contre, il nous faudra ici faire preuve de la plus grande prudence. Car autour de ces pierres, c'est le terrain de chasse des..."

Un des sillons arriva aux niveaux des premiers sabots du dernier chameau, et Sid eût à peine le temps de les remarquer que du sol jaillirent des espèces de petits serpents rouges qui sautèrent à une vitesse incroyable du sol droit au cou du chameau.

"... véroces !!!"

Le chameau blessé tomba à terre, retenant la jambe d'un Sid hurlant de douleur prisonnière de son poids.

Agadesh, Eshmoun, Hamilcar et Bes sautèrent des leurs en dégainant leurs sabres.

Les créatures n'étaient pas bien grandes, mais rapides et pourvues de dents aussi grosses que leurs têtes. Celles ayant fait tombé le chameau s'affairaient telles des sangsues à le vider de son liquide vital. Ses blatères se faisaient de plus en plus faibles et sa peau de plus en plus pâle alors que les bêtes gonflaient, engorgés de son sang frais.

Agadesh se défendit comme il le pouvait contre les créatures hostiles qui se ruaient vers lui. Une réussi à s'agripper sur son avant-bras d'un violent coup de dent. Il s'en débarrassa aussitôt en l'empoignant avec l'autre main, mais celle-ci avait déjà à peine mis les dents sur lui que son habits fut arraché et du trou de sa morsure coulait lentement du sang noirâtre. D'autres l'attaquèrent, qu'il coupa directement en vol avec plus ou moins d'adresse et surtout beaucoup de chance. Une d'elle sauta vers lui de face, le visage en proie. La bête, la gueule ouverte, lui exhibait des dents pointues qui se régalaient déjà du festin. Mais Agadesh eût le bon réflexe de mettre sa lame en long en face de lui, en plein dans le chemin de la créature, qui fut ainsi tranchée de tout son long avant de retomber pathétiquement sur le sol en affichant quelques ridicules soubresauts, purs réflexes reptiliens qui veut que les muscles continuent à se contracter quelques temps après la mort.

Ses compagnons n'étaient pas en marge, Bes et Eshmoun luttaient comme des lions enragés. Hamilcar alla porter assistance à Sid, le protégeant des véroces profitant de sa situation de faiblesse, puis l'aida à se défaire de sa monture maintenant réduite à l'état de cadavre. Hamilcar ayant dû poser sa lame pour pouvoir tirer Sid et voyant une des bêtes se ruer sur le cou de son compagnon, mis sa jambe entre les deux pour le protéger, se laissant un instant sucer par le serpent écarlate. Lorsque Sid put enfin sortir sa jambe, Hamilcar, lâchant un cri de haine, prit le parasite entre ses mains, le regarda droit dans les yeux alors que celui-ci claquait de ses dents encore sanguinolentes et lui lança d'une voix furieuse :

"Alors comme ça on veut nous bouffer ?!"

Hamilcar pris la bête et la mordit à pleine dent sur son long. Ses dents éclatèrent au passage son ventre, qui était une véritable poche de sang après sa succion. Hamilcar recracha le morceau de la bête qu'il avait arraché avec les dents, regardant brièvement la zone de sable bleu où coulait son sang prendre une curieuse couleur verte glauque avant de la laisser tomber au sol.

Le combat continuait. Un autre chameau avait subi les coups de dents des véroces et s'effondra au sol dans un blatère atroce, en écrasant deux au passage. Un autre fut littéralement projeté par un coup de sabot violent. Sid récupéra son arme et se leva avec difficulté, en boitant et s'occupa de ceux affairés sur son destrier mort. Engorgé de son sang, ceux-ci avaient gonflés à un point ridicule et ne semblait même plus être en capacité de bouger. Quelques larges coups de lames suffirent à s'en débarrasser.

La situation semblait peu à peu se calmer, Eshmoun finissant par tuer les derniers survivants qui persistaient à vouloir les attaquer.

Le calme se réinstalla. Seul les blatères du chameau agonisant troublait encore le silence ambiant. Bes alla voir la bête, qui était en fait le destrier d'Eshmoun. Les autres chameaux étaient autour de lui avec un air triste et impuissant, l'un d'eux léchant le visage de son confrère au sol.

"Eshmoun... Ton chameau est mal en point, il a perdu beaucoup de sang..."

"Nous ne pouvons rien y faire ?"

"Il a en a déjà perdu beaucoup trop... Je pourrais à la limite ralentir la perte de sang et avec un peu de chance le sauver, mais j'en doute fortement. Et même si cela était le cas, il en deviendrais considérablement affaibli et il serait impossible de le chevaucher à nouveau."

"Alors je sais ce qu'il me reste à faire."

Eshmoun s'approcha de sa bête, s'accroupit et lui dit à l'oreille :

"Tu as été une noble monture et je suis honoré d'avoir été ton chamelier. Mais il est l'heure... De Yuimen, tu passes à Phaïtos... Adieu, fidèle compagnon."

Il brandit son sabre et, d'une geste totalement contrôlé, abrégea les souffrances de l'animal.

Hamilcar et Agadesh, ayant tout deux reçu une morsure au combat, se débrouillèrent pendant ce temps à improviser avec quelques bouts de tissus une compresse au niveau de leurs blessures encore ensanglantées.

Sid se débrouilla pour boiter jusqu'à une roche, et commença à y graver quelque chose avec la lame de son épée.

Hamilcar, interloqué, vint vers lui et découvrit l'inscription : Aujourd'hui, Hamilcar m'a sauvé. Voyant ceci, Hamilcar lui demanda :

"Je ne comprends pas Sid, pourquoi donc as-tu écrit hier dans le sable que je t'avais frappé, et aujourd'hui tu graves dans la roche que je t'ai sauvé ?"

"C'est bien simple, mon ami. Lorsqu'un compagnon me blesse, je l'écris dans le sable, en sachant que les vents de l'oubli ne tarderont à l'effacer, car c'est une honte à la foi pour moi, mais aussi pour lui. Et lorsqu'un compagnon fait pour moi quelque chose qui compte vraiment, je le grave dans la pierre, là où aucun vent ne saura l'effacer. Et ainsi résonnera à l'éternité pour lui comme pour moi cette action de gloire. Il doit toujours en être ainsi Hamilcar, ce qui est mauvais doit disparaitre, et ce qui est bon doit être éternel. Tu n'es pas mauvais Hamilcar, saches-le."

Hamilcar resta silencieux quelques secondes, puis lui lança, en souriant :

"Je t'ai toujours vu comme quelqu'un d'étrange, Sid... Mais je t'aime bien. Excuse-moi pour le coup de poing d'hier, veux-tu ?"

Les deux compagnons discutèrent encore un certain temps, semblant enfin trouver leur terrain d'entente.

Eshmoun, Bes et Agadesh récupéraient pendant ce temps la viande récupérable du chameau récemment achevé et discutaient brièvement. Agadesh s'inquiétait de savoir si les morsures de véroces étaient venimeuses, mais Bes répondit qu'il n'en était rien.

Bes insistait lourdement pour qu'ils repartent aussitôt, craignant qu'une nouvelle vague de véroces ne se déchaîne sur eux.



La Gueule du Serpent

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Agadesh Kel Attamara, Aventurier du Peuple des Dunes


Dernière édition par Agadesh le Lun 14 Déc 2009 22:33, édité 4 fois.

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 Sujet du message: Re: Le Désert Bleu
MessagePosté: Ven 4 Déc 2009 17:58 
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Les Gardiens des Rocs d'Azur



La Gueule du Serpent




L'inquiétude s'insinuait de plus en plus dans l'esprit d'Agadesh... La tempête et l'attaque de véroces raisonnait en lui comme étant les signes d'un présage plus mauvais encore. L'environnement ambiant, fait de tentaculaires concrétions de pierres cobalt qui se tortillaient en tout sens et se multipliaient de plus en plus au fur et à mesure de la marche, augmentant toujours plus en hauteur et en diamètre, ne faisaient qu'agrandir encore son malaise. Il s'attendait à tout moment à ce que celles-ci se mettent à prendre vie et s'agiter en tout sens... Se disant que si cela était le cas, il ne donnerait pas cher de sa peau.

De plus, la perte de deux chameaux était certes un signe de mauvais augure, mais c'était surtout un gros handicap qui représentait une perte de rythme assez conséquente. En effet, le chameau a beau être une créature forte et robuste, il est rare lorsque l'un d'eux a la capacité physique de supporter plus d'un conducteur sur son dos. Et bien qu'un Sid, Hamilcar et Agadesh blessés aient le privilège de monter les trois méharis restants, Eshmoun et Bes devaient quant à eux avancer à pied. Et marcher en sandale sur du sable brûlant n'était jamais une chose agréable pour personne. Mais ils avaient le grand avantage d'être tout deux vaillants et se tenaient bien de clamer leur douleur et leur fatigue alors qu'ils savaient qu'à tout moment pouvait se reproduire une attaque de véroces, une tempête de sable ou Yuimen sait encore quels épreuves pouvant les attendre en chemin.

Ils avancèrent donc tous, avec le silence et la concentration propre à la plus grande prudence. Les heures passèrent, à toujours marcher droit devant...

Puis, alors que le soleil n'allait plus tarder à rejoindre les ténèbres...

"Là ! Le djebel droit devant ! C'est ça, ce sont les rocs d'azur !"

Tous regardèrent le djebel avec une curiosité certaine. En fait, ses quelques montagnes clairement sèches de pures rocailles, perdus en plein milieu du désert bleu n'avaient, outre leurs couleurs bleues-grisâtres, rien de bien particulier.

Mais le fait étaient qu'elles étaient là, resplendissantes de banalité, le soleil allant comme pour se cacher derrière elles.

Agadesh contenait mal sa déception, et si le tissu ne cachait pas la plus grande partie de son visage, tous auraient vu une mine désagréablement surprise d'avoir affronté autant de danger pour arriver vers un décor aussi ordinaire.

Les tentacules de pierres convergeaient clairement vers elle, ce qui donnait une impression un peu particulière. Ses étranges colonnes de pierres seraient-elle la surface immergée de la continuation souterraine des rocs d'azur ? C'était une probabilité en effet.

Mais les rocs avaient beau être en vue, ils n'étaient encore que difficilement visible à l'horizon. Et Bes, comme tout bon homme du désert, savait qu'ici les distances étaient trompeuses et qu'il fallait encore de nombreuses heures de marches avant de pouvoir les rejoindre, ce qui aurait été d'une impatience plutôt inutile vu l'état actuel des choses.

La décision fut donc prise de camper ici pour cette troisième nuit de voyage. Le moment parfait pour se reposer, changer le bandage des blessures et discuter de tout ce qui serait bon de savoir pour la journée suivante...

"Au fait, Bes, comment se fait-il que tu connaisses si bien l'endroit ?"

"Je suis un pisteur, Agadesh, c'est mon rôle de connaître la moindre parcelle de désert de notre territoire... Mais pour répondre à ta question, je suis tombé ici par hasard, en escortant une caravane marchande en direction des montagnes de l'ouest. Nous avions eu aussi à faire aux véroces, mais ils n'étaient pas aussi nombreux qu'aujourd'hui. Nous étions en supériorité numérique et nous avions ainsi pu facilement nous en défaire. Nous avions juste contourné la montagne, je n'ai donc pas eu l'occasion de l'explorer plus que cela."

"Et qui avait décidé de l'envoi de cette caravane de marchandise ?"

"Bala... Attend, tu es en train de me dire que Balamon m'aurait fait venir ici par le passé rien que pour que je puisse nous y conduire maintenant ?"

"Je n'ai rien dit de tel, Bes. Mais cela ne m'étonnerait pas vraiment... Balamon a toujours tout vu sur le long terme..."

Lorsque la nuit et sa fraîcheur inondèrent le désert, il fut décidé, pour éviter d'être surpris par un quelconque danger, d'instaurer des tours de garde pendant la nuit. Agadesh, pensif, se proposa pour être le premier à veiller à la sécurité de ses confrères.

Alors qu'eux venaient doucement de se coucher, lui était assis en train de repenser à ce qui pouvait l'attendre dans la grotte préconisée par Balamon. Encore une fois, pourquoi l'un d'eux devrait mourir ? Qu'y avait-il de si important dans ses grottes pour déterminer ainsi leurs vies ? Quelle était la réelle motivation de Balamon ?

Le froid nocturne finit par lui donner un léger frisson, et l'obscurité avait fini par lui donner des idées plus hésitantes malgré le petit feu improvisé qui le réchauffait du mieux qu'il pouvait. Toutes ses interrogations sans réponse le rendirent un brin nerveux. Ils allaient se lancer le lendemain complètement à l'aveuglette dans l'exploration d'une grotte dont ils ne savaient absolument rien ni dans quel but...

Agadesh regardait ses compagnons au sol, se demandant lequel d'eux devrait mourir le jour d'après avec la colère de l'impuissance. Pourquoi devoir subir une telle fatalité ?

Sid semblait être le seul à passer une mauvaise nuit. Il s'agitait dans son sommeil, se tournait et retournait sans cesse... Agadesh lui-même, réveillé, faisait moins de fatras, mais les autres, vraisemblablement déjà dans un sommeil profond, n'y prêtais pas une oreille. Comment pouvaient-ils dormir ainsi en sachant la finalité de leur voyage ? Mais au fond, ils avaient raison. Quitte à devoir mourir demain, autant passer la meilleure nuit possible...

Agadesh tint fidèlement son poste, et lorsque le sommeil commençait à se faire sentir plus lourd que ses inquiétudes, il réveilla comme prévu Eshmoun pour qu'il prenne son tour.

Le lendemain, toujours comme prévu, Sid, le dernier à guetter, réveilla tout le groupe aux premiers rayons du soleil. Sid avait beaucoup insisté la journée d'hier pour être le dernier à faire son tour de garde. Personne n'en cherchait plus l'explication. Sid avait toujours été comme ça. Le premier levé, toujours, pour regarder le lever du soleil. Il semblait trouver une certaine beauté spirituelle dans ce fait pourtant commun qui veut que chaque jour le soleil sorte lentement des ténèbres pour finalement à lui seul illuminer de sa clarté et de sa chaleur le monde. Pourquoi pas.

Agadesh se leva avec pour première impression celle d'une douleur qui se réveillait violemment. Sa blessure à l'avant bras émanait une odeur infecte. Il enleva le bandage. La blessure ne saignait certes plus trop, mais celle-ci avait énormément gonflé et une grande marque rouge l'entourait. Il commença à se faire une nouvelle bande, mais Eshmoun le remarqua et l'interrompit :
"Attend. Montre-moi ta blessure."

Agadesh s'exécuta.

"Hum, ta blessure s'est infectée. Il faut traiter ça avant que ça ne finisse en gangrène."

Eshmoun tourna le regard vers le feu toujours allumé.

"Sid, passe-moi un de ses bâtons enflammés."

Sid s'exécuta lui aussi tantôt sans poser de question. Eshmoun avait l'air de savoir ce qu'il faisait. Agadesh commençait à comprendre où il voulait en venir, mais cela ne le rassurait pas vraiment.

"Trouve-toi de quoi mordre. Ce serait bête de perdre ta langue alors que je te sauve un bras."

Agadesh, assez perturbé mais comprenant la nécessité de ce que faisait Eshmoun, pris un grand morceau de tissu et le mit entre ses dents.

"Tu es prêt ?"

Non. Personne n'est jamais prêt à ce recevoir ce genre de douleur. Mais il fit un vibrant geste de la tête montrant une affirmation tremblante. Que ça en finisse le plus tôt possible.

"On l'allonge par terre. Tenez-lui les bras et les jambes. il ne faut pas qu'il bouge tant que je n'ai pas fini."

Une fois couché, Bes était en train de lui tenir les jambes au sol pendant qu'Hamilcar s'occupait des bras. Eshmoun fit son opération sans aucune délicatesse : aussitôt en position, il mit en contact le morceau de bois brûlant en contact avec la chair infectée. L'opération prit quelques dizaine de secondes pour s'occuper de toute la blessure, alors qu'Agadesh mordait le bout de tissu bleu comme un pauvre diable. Tous autour de lui semblaient horrifiés par les cris étouffés et la force que celui-ci émettait à cette douleur. De ses yeux coulaient des larmes de souffrances, ses veines ressortaient, son corps entier s'était mis à transpirer de toutes parts et son coeur battait à une vitesse incroyable...

Une fois sa besogne accompli, Eshmoun jugea la blessure noircie par les cendres, semblant fier de son travail, avant de lui lancer :

"C'est terminé. Maintenant, bande-moi ça, étanche ta soif et prépare-toi au départ. C'est bien que tu aie tenu. Nombreux sont ceux qui tournent de l'oeil après lors d'une expérience pareille."

Il se tourna ensuite vers Hamilcar, lui faisant signe de montrer sa blessure.

"Non Eshmoun, je verrais pour ma blessure une fois sorti de la grotte. Si je dois être le sacrifié aujourd'hui, je préfère autant éviter d'avoir à subir un tel martyr auparavant."

"Si l'on attend encore plus, tu seras bon pour devenir unijambiste, voire cadavre, Hamilcar, tu en es conscient ?"

"J'en prends le risque."

"Comme tu voudras."

Il se tourna vers Sid :

"Et toi Sid, comment vas ta jambe ?"

"Je ne peux m'empêcher de boiter ; le choc d'hier m'a laissé un bleu qui s'étale du pied au genou, mais ça va."

Agadesh, au sol, mit un certain temps à se remettre de la douleur. Transpirant, il cracha le morceau de tissu maintenant en lambeau. Son coeur se calmait peu à peu, mais la douleur subsistait, et c'est avec l'aide d'Hamilcar qu'il pu se lever sans encombre. User de ses forces et user de son bras était une expérience encore trop pénible pour lui. Et il avait soif. Très soif. Il but une grande partie de l'eau qu'il restait dans sa gourde, plus que de raison.

Une fois remit, tous partirent donc en direction des rocs d'azur.

Il fallut plusieurs heures avant d'être confronté à la pierre véritable et ses ombres rafraichissantes. Les parois rocheuses étaient solide et loin d'être friable, mais toutes décrivaient des falaises insurmontables. Il fallut faire le tour de l'édifice de pierre avant de trouver ce qui semblait être le lit d'une rivière asséchée, qui donnait ainsi une entrée sur l'intérieur des rocs. En s'infiltrant par ce chemin naturel et rocailleux, chacun faisait attention à ne pas se fouler ici la cheville. Ils découvrirent alors, une fois au coeur du relief, que le djebel était trompeur. En effet, les montagnes n'étaient qu'une apparence, une muraille naturelle qui protégeait en son sein un profond cratère de rocailles dans lequel se perdait le sillon de l'antique rivière.

A plusieurs niveaux, on pouvait deviner sous les roches bleues des trous dans le sol et des cavités se creusant dans les parois du relief. Une d'elle se démarquait de toute les autres, et pour cause : l'entrée avait été sculpté en forme de tête de cobra à l'attaque, le cou gonflé et l'entrée de la grotte faisant office de gueule. Voir un tel signe de civilisation en plein coeur du désert était étonnant, qui donc aurait pu vouloir venir ici pour faire une sculpture aussi réussie mais sans personne pour la voir ?

Tous se regardèrent avec inquiétude. Il ne fallait pas chercher la confirmation pour comprendre qu'ils étaient enfin en face de la fameuse grotte de la gueule du serpent dont parlait Balamon. La grotte qui prendra la vie d'un d'eux... Et qui révèlera le destin des autres.



La Gorge du Serpent

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Agadesh Kel Attamara, Aventurier du Peuple des Dunes


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