Cobaye récalcitrant
(RP au contenu violent, pensez-y !)La porte du
Couloir s'ouvre en grinçant son habituelle mélodie dramatique, mixant l'effroi et l'atrocité qui caractérisent ce lieu. Je connais cet endroit comme si j'y avais toujours vécu, humant agréablement l'air vicié et nauséabond. Le tintement métallique du trousseau de clefs résonne dans l'escalier, suivi d'un bruit sourd qui condamne quiconque se trouve déjà en bas. Une fois la porte correctement fermée, j'emprunte les marches en attrapant une torche sur le mur et éclaire ma descente risquée sur cette pente recouverte d'une mousse glissante comme du vomi. En bas, les chuchotements terrorisés et la respiration des malades se fait déjà entendre dans le corridor que j'arpente le visage vide de toute expression. En quelques pas, j'atteins ma destination. Visiblement alertes, les voix de l'autre côté de la porte se turent instantanément, ne laissant dans l'air que le parfum de la peur et de la terreur. D'humeur joueuse, je déverrouille lentement le loquet et ouvre brusquement la porte sur un groupe d'hommes et de femmes assis dans les angles d'une pièce où règne le noir complet. L'odeur de la maladie y est si puissante qu'il me fait tourner la tête un court moment avant de reprendre mes esprits. La lumière semble les éblouir tandis que je fais quelques pas à l'intérieur, provoquant une retraite inutile des occupants vers les coins des murs. Sans dire un mot, j'observe la population et détermine mes critères de sélection, non sans me réjouir de l'utilité de cet endroit.
(Quelle chance que le Dispensaire garde certains spécimens pour l'entraînement des guérisseurs. Je peux bien me servir pour une petite expérience personnelle. Après tout, c'est mon travail...)Huit personnes, environ. Deux vomissant leurs tripes, trois porteurs de la Peste noire et trois autres lépreux. Mon regard se promène au bruit des suppliques silencieuses de certains et des prières maladroites des autres. Finalement, je m'approche de l'un des malades de la Peste et l'attrape par le bras alors qu'il comprend la destinée qui l'attend. Un brin costaud, mais ça ira. Il vaut mieux qu'il ai une bonne constitution, je n'ai pas pour habitude de ménager mes sujets. Alors que je le tire vers la sortie, la pièce résonne de ses cris de terreurs et des requêtes en tout genre.
"Pitié ! PITIE ! JE VOUS EN SUPPLIE, PAS MOI ! JE NE VEUX PAS MOURIR !"Je force sur ma prise et le jette hors de la cellule avant de m'empresser de refermer le loquet. L'instant d'après, je pose les yeux dans le vide et regarde autour de moi sans réellement m'inquiéter. Le bougre tente de s'enfuir sans savoir où aller et se dirige de lui même vers la table d'opération.
(Quel coquebert. Je n'aurais pas à le tirer jusque là bas, on dirait.)Je me dirige avec tout le calme du monde vers mon lieu de travail, m'orientant en direction des bruyants essoufflement du malade en fuite. Tandis que j'arrive à peine sur les lieux, je le repère en pleine panique, occupé à fouiller frénétiquement la pièce à la recherche de clefs, d'une arme ou d'une sortie en crachant ses poumons à un rythme irrégulier. Sa recherche se stoppe soudainement lorsque je referme la grille métallique derrière moi, signalant par la même occasion qu'il ne lui reste plus d'issue possible. Son visage blême se teinte d'une pâleur sans nom et s'humidifie de sueur, de larmes et de salive alors qu'il empoigne le mortier d'un nécessaire d'apothicaire adjacent. Je retire mon masque, jouant sur l'intimidation pour faciliter la lutte que je juge bientôt inévitable.
"Erf. Je n'avais pas prévu de résistance, tu sais ? En général, vous êtes suffisamment crevés dans cette cellule pour ne vous réveiller qu'à la première incision. Il a fallu que je tombe sur un récalcitrant, c'est bien ma veine..."Aux aguets comme un loup pris en tenaille, le fuyard jette de rapides coups d’œils autour de lui avant de me répondre.
"TA-TA GUEULE ! Vous tuez des gens ici, c'est ça ?! Hein ?! Vous-vous faites des trucs de tarés sur nous, hein ?! RÉPONDS-MOI, PUTAIN !"Ma main glisse sur ma nuque tandis que je relâche un soupir. La situation se complique et il m'est impossible d'aller chercher des bras supplémentaires pour l'attacher sur la table sans qu'il ne tente de me tuer. Une fois encore, il semble que je doive me débrouiller tout seul. Ni une, ni deux, je ne perds pas de temps en parlotte et fonce sur le bougre pour le plaquer au sol. Mon but n'est pas de le tuer, mais de l'assommer ou de le maîtriser suffisamment longtemps pour l'attacher aux sangles de la table d'opération. Son but à lui, cependant, est loin d'être le même que le mien et il me le fait comprendre en s'enfuyant derrière l'une des tables, bras armé prêt à frapper. Un vif passage à gauche et le gaillard s'esquive dans le sens inverse, gardant une bonne distance entre mes doigts crochus et son corps parcouru de plaques noires.
Il ne suffit que de quelques instants pour que ce petit jeu me tape sur les nerfs. Dans un grondement de colère, je saute par dessus la table et tombe sur le pesteux qui recule de quelques pas maladroits. Ses pieds s'emmêlent et dans une chute qui traduit parfaitement sa maladresse, sa main s'accroche à un drap qui arrose nos deux corps de plusieurs ciseaux et lames soigneusement aiguisées et nettoyées. Une chance pour lui, aucune pour moi. La pluie tranchante épargne le bougre et m'entaille le cou, ouvrant une plaie qui ne cesse de déverser sur le sol crasseux le sang d'un bourreau malchanceux. La blessure m'oblige à presser sur la plaie de mes mains et de m'entailler les lèvres avec les dents pour contenir quelques cris de douleur. Attrapant l'opportunité qui s'offre à lui, le pesteux se relève avec la même hâte et la même maladresse, observant le spectacle quelques secondes. L'instant d'après, il profite de mon manque de vigilance pour me ruer de coups de pieds dans l'estomac. Mon bras me protège partiellement et m’évite quelques côtes cassées, mais la douleur reprend à chacune de ses frappes.
"ENFOIRÉ ! PU-TAIN D'EN-FOI-RÉ !"Ma position ne me permet ni de riposter, ni de me relever et je laisse libre court à sa colère en crachant un mélange de salive et de sang sur le sol. Son moment de rage, qui me semble interminable, finit par le fatiguer et l'oblige à reprendre son souffle un court instant. Je profite de ce répit pour recouvrer mes esprits et réajuster ma vue qui commence à se brouiller. Ma joue frotte sur la pierre alors que je fixe ses jambes en joignant à sa respiration saccadée des gémissements de douleur. Visiblement remis, le costaud me relance son pied au visage sans la même fougue qu'auparavant, ne s'attendant visiblement pas à une réaction de ma part. Dans un moment de vivacité, je stoppe son coup de mes mains et agrippe fermement son membre entre mes doigts ensanglantés. La panique le gagne et alors qu'il tente de se dégager inutilement, je plante férocement mes dents dans la chair de sa jambe. La morsure se prolonge jusqu'au muscle derrière le tibia et c'est dans un élan de rage que j'arrache la viande encore tremblante de son membre. Hurlant de douleur, il n'en faut pas plus pour que le pesteux perde ses appuis et ne s'effondre à terre. Je profite de sa chute pour grimper sur son corps, faisant peu fi de la désagréable sensation qui démange mon cou ensanglanté. Terrorisé, son bras s'agite et frappe l'air aléatoirement, parvenant même à me taper sur le crâne. Sonné, je parviens tout de même à continuer mon ascension et bloque son membre en serrant fort son poignet. Le mortier tombe finalement au sol et le combat tourne progressivement à mon avantage alors que son visage ruisselle de larmes d'impuissance. Sans dire un mot, je résiste à ses tentatives de dégagements infructueuses et le cogne dans la mâchoire à plusieurs reprises, tentant de l'assommer tout en réprimant mon envie de le tuer. Une dent s'envole sur le sol et rebondit plusieurs fois dans une harmonieuse mélodie tandis que le coup suivant le fait sombrer dans l'inconscience, chose que je ne comprends que quelques crochets du droit plus tard.
Exténué, je m'essuie le visage et l'observe un court instant, le visage défoncé et humide de sang et de morve. Il me faut quelques essais pour parvenir à me relever, cherchant mes appuis sur la table renversée pour me stabiliser. Un autre support, indemne, contient de nombreux draps propres et j'attrape l'un d'entre eux pour essuyer le sang de mes mains. Un deuxième me sert à stopper mon hémorragie du cou qui me rapproche lentement mais surement de la perte de conscience. Sans réellement m'inquiéter, je presse la plaie et m'assoie sur un tabouret pour reprendre mes esprits, contemplant le désordre qui règne dans la pièce. Mon regard finit par se poser sur le pesteux allongé à terre, m’arrachant un rire nerveux.
"Tu vas vraiment mériter ce qu'il va t'arriver, mange-merde."