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 Sujet du message: Re: Les rues de Kendra Kâr
MessagePosté: Jeu 6 Oct 2016 21:57 
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Je faisais ce que je savais le mieux faire dans la vie : fuir.

Le vacarme de ma course résonnait dans toute la ruelle. Je n'avais jamais été connu pour ma discrétion mais à ce moment précis, j'aurais aimé que cela fasse parti de mes prérogatives. Les pavés crasseux, les pierres sur les murs, le linge accroché aux fenêtres, tout défilait à une vitesse affolante alors que mes cheveux roux s'accrochaient à mon visage réduisant encore ma visibilité. La peur panique de me faire attraper anesthésiait presque intégralement mes douleurs précédemment acquises.

Je ne connaissais pas du tout cette citée mais cela m'importais peu de me perdre à présent ! Toutes rues plus sombres que les autres, tous croisements impromptus étaient bon à prendre tant que cela pouvait mettre de la distance entre moi et mes poursuivants. J'entendais leurs pas effrénés derrière moi, malgré tous mes efforts pour les semer, à chaque instant une présence se faisait ressentir dans mon dos et s'hérisser les poils de ma nuque.

Si seulement plus de monde parcourait les petites artères éloignées ! Je pourrais me fondre dans la masse ! Par chance un petit groupe de vieilles humaines s'avançait dans l'étroit espace. La surprise de me voir débouler ainsi sur leur chemin inscrit sur leur visage. Elles se poussèrent tout de même à la dernière seconde manquant de me percuter. Le bruit de course derrière moi semblait ralentir, sûrement devant le même obstacle que j'avais rencontré. Je lançais un coup d’œil dans mon dos.

Comme je le suspectais ils, car ils étaient bien cinq ou six, m'avaient rattrapés.
Je redoublais d'efforts, mon cœur me martelait la poitrine provoquant un effet de vive brûlure à l’intérieur de mes poumons et de mes muscles. Ma nature elfique me prodiguait une endurance que peu d'humains avaient les capacités d'égaler mais là, je commençait à effleurer mes extrêmes limites. Mon manque d'entraînement ces dernière années se faisait clairement ressentir. Je ralentissais, sans aucuns doute. Mes jambes se firent lourdes et douloureuses. À mesure que je perdais mon souffle, mes alentours se firent plus nets: les ruelles maintenant serrées, sales, nauséabondes. Seule ma respirations forte et profonde se répercutait sur les murs lisses et vides...

Attendez...seulement ma respiration ?!

Je me retournai pour ne voir qu'un passage obscure, froid et dénué de vies. Une atmosphère malsaine empoisonnait les lieux, bien que familière.
Il semblait que je les avais semés.

Un silence de mort régnait ici et je les aurais sans doute entendus si ils étaient toujours dans les parages. Soulagée mais toujours aux aguets, je m'assis contre un mur, cachée dans l'obscurité au cas ou ont passerait par là. Mon torse se relevait et s'abaissait brusquement tandis que je rejetais ma capuche en arrière pour gagner un peu de fraîcheur. L'adrénaline redescendu, je retrouvais les douleurs que ma masse avait provoquée lorsque j'avais été bousculé ce matin. Mélangé à mon essoufflement, c'était presque insoutenable.

Je restais là, roulée en boule pendant quelques minutes, à l’affût du moindre bruit pendant que je reprenais consistance. Cette position familière me réconfortait dans mon malheur: l’altercation au port et maintenant ça ! Mon père m'avait toujours apprit que les closes d'un contrat se respectaient honorablement sous peine de ne jamais revoir le client et pourtant cette femme n'avait pas hésite à m'entourlouper ! Au final j'avais bien fait d'éviter la confrontation. J'étais en un seul morceau et en plus je n'aurai pas à sortir la monnaie !

Après un instant, je décidais d'entreprendre le chemin du retour vers la Place du Château où Oryon, Abbo et l'autre garde étaient censés se retrouver. Mais en y repensant, où était ma place là dedans ? Ils ne me devaient rien et n'avaient aucune raison de m'attendre ! Au contraire même, j'avais une dette envers Oryon et si je ne le revoyais plus, ça serai une excuse toute trouvée pour ne jamais avoir à la payer...Comme cela plus vite j'aurai trouvée ce pourquoi je suis venue et plus vite je serai rentrée chez moi avec mon honneur lavé !

Je continuais mon chemin distraitement en choisissant un itinéraire au hasard me disant que toutes les routes devaient mener à la place centrale. J'étais plus anxieuse de savoir où loger cette nuit que de l'éventualité de me perdre. Un séjour dans les ruelles à la tombée du jour ne me faisait pas tellement envie. Voleurs et assassins devaient être monnaies courante dans ces endroits reculés. Pour dire, l'éclairage et la perversité des lieux ne faisaient qu'empirer en avançant. Tout comme ce sentiment de familiarité que j'avais ressenti plus tôt.

Dans une ruelle sans aucune distinction avec les précédentes, sinon les discussions et la musique tamisées de la taverne d'en face, cette sensation atteignit un pic que je ne pouvais plus ignorer. Des frissons remontèrent le long de ma colonne vertébrale tandis que j'analysais les environs à la recherche de la source de ce mal-être.

À peine avais-je effleuré du cil le temple que je compris immédiatement. Les sombres sculpture ouvragées, la grande porte d'ébène décorée de deux scorpions d'argents. Il était visiblement dédié à Valashabarath. Ou Thimoros comme on l'appelait ici. C'était un des seuls dieux vénérés par chez moi, auquel nous devions respect, dévouement et soumission dès notre plus jeune âge. Pourtant je ne pouvais m'empêcher d'être terrifiée par sa proximité. Il pouvait me détruire moi et ma famille d'un claquement de doigt aussi je lui adressais une courte prière pour nous protéger de son courroux, la tête basse et l'échine courbée.

"Ô Valshabarath la toute puissante, puissiez-vous apporter mort et destruction sur les ennemis de notre famille, nous qui vous servons si exemplairement depuis tant d'années."

Je serrai instinctivement mon amulette dans ma main, seul témoin de mon éducation noyé dans le culte de la déesse araignée. Je la portais généralement autour du poignet de façon à ce qu'elle retombe naturellement dans ma paume, pour me rassurer.

Après un dernier coup d’œil inquiet vers l'angoissante bâtisse je continuais de déambuler dans les rues en vain. Je ne savais pas du tout où aller dans ce quartier visiblement pauvre de la cité blanche. Tout se ressemblait et je n'avais aucuns points de repère déjà par mes connaissances très vagues en agencement urbain de la surface et par mon sens de l'orientation quasi- inexistant.

Je m'engageai dans un énième cul de sac lorsque je crue entendre un bruit fugace de frottement. Rien à gauche. Rien à droite. Rien derrière moi. Seulement quelques caisses de marchandises entreposées. Et une botte de foin dans l'angle.

Le cliquètement du métal vibra dans l'air et le bruissement repris mais plus furtivement. Maintenant j'en étais sûr. Je regardais du côté des containers. Rien.

"Tu as été dur à trouver."

Les rues de Kendra Kâr

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 Sujet du message: Re: Les rues de Kendra Kâr
MessagePosté: Sam 8 Oct 2016 22:12 
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Cette voix, c'était elle.

Un poids tomba dans mon estomac. Je fis volte face et pour trouver la femme aux cartes et six de ses sbires qui me dévisageaient comme la pire raclure des bas fonds de cette maudite cité. Elle, rayonnante au milieu de ses hommes, avait plaqué sur son visage un sourire ironique teinté d'amusement. Elle n'était plus aussi enchanteresse que précédemment mais était pourvue d'un charisme qui lui avait sûrement permit d'obtenir son statut de meneuse.

"Plutôt surprenant que tu nous ais échappés aussi longtemps. Tu vois nous autre, nous connaissons Kendra Kâr comme le fond de notre poche. Il faut bien ça pour soustraire des yus aux malheureux étrangers."

Elle s'avança dans la lumière. Son corps ainsi dévoilé, je remarquais de suite qu'elle n'avait pas l'étoffe d'une combattante. Elle était plutôt frêle et portait toujours sa robe colorée. Si une attaque devait survenir, elle ne viendrait sûrement pas d'elle mais plutôt des barbares qui l'accompagnaient. Au nombre de six, ils étaient armés de coutelas, de dagues et certains d'épées courtes. Si leur chef semblait peu apte à se battre, eux pourraient me poser de sérieux problèmes.

(Jamais je ne m'en sortirais en vie)

"V-Vous n'êtes pas obligée de faire cela ! Je ne peux pas vous payer mais nous pouvons peut être nous arranger !"

La diplomatie était ma seule chance de survie à présent. À une contre six, voir 7, mon espérance de vie se raccourcissait de plusieurs millénaires. Et puis, il y avait peut être un cœur en dessous de toute cette crasse ?

"Rassure toi, nous n'allons pas te tuer. Donnes-moi juste ce qui m'est dû et nous repartirons tranquillement...enfin cela dépendra de l'humeur de mes hommes."

C'est vrai qu'ils n'avaient pas vraiment l'air commode. Quelque uns me lancaient des oeillades étranges. Un en particulier retenu mon attention. Il avait le nez ensanglanté retenu par ses mains et ses yeux qui me jetaient des éclairs par-dessus. Celui que j’avais frappé juste avant de m’enfuir. Si les autres étaient intimidants, lui voulait sans aucuns doutes ma mort ! Elle remarqua notre échange de regards et lâcha un petit rire.

« C’est vrai que mon bras droit a toujours été un peu rancunier. Mais comme je te l’ai dit, nous ne te tuerons pas. Allez, dépêches-toi de me payer et nous n’en reparlerons plus.»

« Je n'ai rien de valeur ! Laissez-moi tranquille ! »

Je soupirai de dépit, les humains étaient vraiment trop stupides. J’aurai mieux fait d’écouter les conseils de ma sœur. Elle, elle aurait su régler la situation.
Réflechissons. D’abord regardez les alentours. J’étais acculée entre trois murs dépourvus de fenêtres. Aucunes prises possibles. Le groupe prenait évidemment toute la largeur, m’empêchant de fuir à nouveau. Je ne pourrais pas éviter le combat cette fois, à mon plus grand désespoir.

« À d’autres mais pas à moi jeune fille. J'ai bien vu ce qui se cachait sous ta manche, Tant pis pour toi: j’ai été altruiste en te laissant une seconde chance. Trahin, occupe-toi d’elle. Les autres, aidez-le au besoin mais je doute que vous aurez à lever le petit doigt.»

Sur ce elle s’en alla dans l’obscurité de la ruelle sans se retourner. Elle avait parlé de mon amulette. Leur remettre n'était même pas une option. Maintenant, j'étais encore une fois encore seule contre plusieurs hommes. Je serrais les dents et commençais à reculer vers le fond de l’impasse.

(Ça commençait à devenir une habitude.)

Je repensai à ma passivité de ce matin. Pas question de se laisser faire cette fois ci ! Et sûrement pas par de vulgaires mâles! Je ne disparaîtrais pas sans ma mission accomplie et mon honneur lavé. Sans penser à leur nombre où à mes faibles capacités, j’empoignais fermement ma masse dans mon dos et ajustais ma capuche sur mon front. Je ne mourrais pas aujourd’hui.

Celui qui se faisait appelé Trahin avança tel un prédateur vers sa proie, néanmoins avec nonchalance. Comme si il ne prenait pas le combat au sérieux. Je restais sur mes gardes, les sens aux aguets.

« Bon, terminons ça vite. Y a un prix ce soir au Sept Paladins et j’voudrais pas rater ça. »

Bizarrement, cela le fit rire, lui et ses camarades. J’allais profiter de leur manque d’attention. Je bondis sur ma cible. Sa tête au trois quarts, il ne vit qu’au dernier moment mon attaque. À la vitesse de l’éclair, il dégaina deux dagues de ses côtés pour dévier mon arme.

Déséquilibrée par ma propre force qu'il avait utilisé à son avantage, je vacillai vers la droite. Sa posture changea radicalement, bien plus stable et ses sourcils froncés.

« Tu me prends enfin au sérieux ! Sache que tu peux toujours arrêter ce combat, ne prend pas de risques inconsidérés. »

Je disais cela avec un aplompt déconcertant en vue de mon véritable état d'esprit. Avec un peu de chance il marchera..

« Me prends pas pour un imbécile. C’est pas avec ta masse d’ouvrier et ta stature de fillette que tu vas m’intimider."

(Dommage.)

Sur ce-il chargeât directement sur moi. Ses deux lames dehors. Son épaule cogna contre ma tête et mon dos percuta le mur. Il n’avait pas hésité à user de mes faiblesses mais j’ignorai la douleur. Le temps de reprendre mes repères, il était déjà à moins d’un mètre de moi, dans l'intention de me planter dans le ventre. Par réflexe (ou instinct de survie), je me jetai sur le côté pour esquiver à la dernière seconde. Il se prit le mur de plein fouet.
Je me relevai, les jambes chancelantes alors qu'il essuyait son nez qui redoublait de saignement. Nous nous toisâmes menacement un instant. Lui le visage strié de sang et moi, un œil au beurre noir et les membres tremblants. Il avait plié les genoux pour être à ma hauteur et mieux appréhender mes coups. Je n'avais besoin que d' une ouverture, une seule et il serait fini.

De mon père, je n'ai appris qu'une seule véritable technique. Un coup terrible qui neutralise l'adversaire en un instant. En revanche il était très chère en énergie et laissait une faille dans ma garde. Cependant, vu mon état actuel, je ne pourrais pas l'utiliser au maximum de ses capacités et en plus je ne l'avais jamais expérimentée avec une masse.

(Il y a un début à tout !)

Sous les hurlements bestiaux des hors-la-loi, je resserrai ma prise sur mon arme en attendant qu'il attaque en premier. Une dague parallèle à son visage juste sous ses yeux d'acier et l'autre menaçante vers l'avant.

S'en suivit des coups d'estocs sue j'esquivai de justesse. Les lames fendaient l'air de leur fil aiguisés. Tellement vite que toute ma concentration était aspirée sur elles. Je n'avais pas le temps de riposter si bien que ses attaques me repoussaient vers l'arrière.
Soudainement, je senti une surface dure contre mon dos.

(Le mur !)

Il avait réussi à m'acculer au fond de l'impasse. Si je ne ripostais pas, et vite, ça en sera fini de moi ! Je voyais le sourire carnassier de Trahin à quelques centimètres de mon visage tuméfié. À ma plus grande surprise, il rengaina une de ses dagues. Je tremblais de tous mes membres alors qu'il attrapait ma gorge d'un geste sec.

"Comme je le disais..." il renifla le sang de son nez"...c'est pas une fillette qui va m’impressionner."

Sur ce il retourna sa dague et me fracassa les côtes de sa garde. Les yeux exorbités et le souffle cour, je me pliai en deux sous la douleurs lancinante. D'un mouvement de bras, il m'envoya échouer dans la pile de foin à ma gauche.

La tête dans les brins dorés du foin, je suivais de mon regard brumeux la forme de mon assaillant venir à hauteur de visage et entamer le mouvement de s'agenouiller. J'aurais pu abandonner ici, livrer mon amulette et essayer d'oublier ce qui s'était passé. Mais la réalité en serait toute autre. Je m'étais promis de ne pas baisser les bras. J'avais encore une chance.

Dans ma main gauche, ma masse, que je ne m'étais pas résigné à lâcher. Dans la droite des résidus de foin. Parfait pour aveugler une cible. J'attendis patiemment qu'il se baisse, mon cœur battant à tout rompre et les muscles tendus, faisant mine d'avoir perdu connaissance.

Je sentis sa respiration sur mon visage, et d'un mouvement vif lui lançais le contenu de ma main droit dans les yeux. La réaction ne se fit pas attendre. Il se redressa brusquement, ses paumes appuyés fortement sur ses paupières fermées et complètent inattentif à mes actions.

Le moment était arrivé. Avec toute l'énergie que je pouvait puiser en moi, je me relevai, levai ma masse au dessus de ma tête et par la force de me élan l’abatis sur le crâne de mon adversaire d'un coup colossal. L’assommant sec.

Son corps s'aimenta au mélange de graviers et de cailloux qui servaient de sol dans un bruit sourd et épais. Les hués s'étaient arrêtée ne laissant qu'un silence assourdissant dans le cul de sac, seulement rythmé par ma respiration flagellante. Même dans environnement hostile dans lequel j'avais grandi, jamais, jamais je n'avais tué quelqu'un. La possibilité que ce jour puisse être arrivé laissait un blanc nauséabond dans mon esprit. Il en voulait à ma vie mais il ne faisait qu’exécuter les ordres de son supérieur.

Sous le choc, ma prise sur la garde de ma masse se dégrada pour se coller au sol. Chaque parcelles de mon corps me faisait souffrir. Je n'avais plus la force de me battre alors que le reste des hommes commençait à s'agiter à l'autre bout de la ruelle. J'avais pensé a tout. Sauf la suite.

(Et maintenant ?)

De secondes en secondes ils s'approchaient vers moi, arme au poing, la démarche toujours un peu hésitante. Eux non plus ne s'attendaient pas à un tel dénouement. Je luttais pour rester debout. Je remarquai une estafilade sur mon flanc gauche, laissant couler un fin filet de sang à travers mon gilet de cuir. La douleur m’obligeât à mettre un genoux à terre, mes côtes incapable de supporter le poids de mon corps un instant se plus.

Voilà, ça se finissait comme ça. Incapable d'entreprendre quelque chose, incapable de se battre décemment et incapable de mourir dignement. Des gouttes tombèrent de mes joues et perlèrent sur le dos de mes mains au sol se mélangeant au sang et à la terre. Les voix et les pas lourds se rapprochaient sonnant comme les funérailles de mon décès prochain.
Je relevai la tête et me forçai à regarder mon futur bourreau droit dans les yeux. Des yeux froids et détachés de celui qui en avait trop vu. Un type d'allure presque banal, même pauvre. Juste une cicatrice à la gorge pour le différencier. Je tomberais déshonorée peut être, mais j'aurai vu la mort en face.

Planté à deux pas de moi, il commença à relever, lentement, sa lame dans l'intention de l'abattre sur ma gorge. Incapable de bouger. Tétanisée par la peur, yeux dans les yeux.
Craquement. Impact....

À ma gauche, sa tête dont un œil était transpercé par un carreau d'arbalète.

Les rues de Kendra Kâr

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 Sujet du message: Re: Les rues de Kendra Kâr
MessagePosté: Dim 9 Oct 2016 14:46 
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Sous le choc, je fixais comme hypnotisée le visage sans vie de celui qui aurait du m'ôter la vie. La bouche béante, les yeux livides et le statisme morbide caractéristique des cadavres. Ce n'était pas le premier que je voyais dans ma vie. On aurait pu croire que la sensation en seraient diminuées, que je m'étais habituée à leur vision. Mais ce n'était pas le cas. Lorsque l'on vit avec des prêtresses de Valshabarath, la mort était monnaie courante , bon nombre de fanatiques ou ennemis familiaux avaient eût le droit à un funeste séjour dans la crypte.

Une main tendue me sorti de ma stupeur. Une grande stature, la peau basanée, les yeux verts foncés juvéniles. Un des gardes d'Oryon: Abbo. Dans son autre main une arbalète.
Plus loin dans la ruelle, des miliciens occupés à neutraliser la bande de voleurs. Ce que j'avais fait en dix minutes eux le faisait en une. Uns part uns ils tombaient à terre dans un brouhaha de métal. D'autres essayaient de se débattre de la prise qui les immobilisait. Je ne pouvais pas croire que j'étais sauvée, la situation était si désespérée il y a un instant !

"C’était moins une hein ? Je vous ai vue partir pour la place. Une fois là-bas, impossible de vous trouver ! On s'est inquiété." m'expliqua-t-il, un fin sourire sur les lèvres.

Je devais avoir l'air d'une ahuri avec mes yeux ronds et ma bouche entre ouverte. On s'était inquiété pour moi ! Une chaleur agréable s'installa en moi et je lui rendis son sourire tout en agrippant fermement son avant-bras pour me relever difficilement, pressant moi côté blessé pour contenir l’hémorragie.

"Ils seront enfermés, jugés et punis. Vous avez de la chance que notre patrouille passait pas loin ! Ces gars là pullulent dans toute la ville."

Je continuais à sourire bêtement sans lui répondre. S’en suivit un silence gêné, moi la tête dans les étoiles et lui se grattant la nuque ne sachant plus trop quoi dire. Il ajouta rapidement néanmoins:

« L’après-midi va toucher à sa fin,…et vous avez l’air plutôt amoché. Je ne sais pas ce que va en penser Messire Oryon mais…c’est pas son genre de laisser les jeunes femmes blessées toutes seules dans la nuit ! Alors je me disais… »

Je n’en croyais pas mes oreilles ! D’abord il me sauvait la vie et maintenant me proposait l’asile ! Je n’avais pas l’habitude de recevoir telles invitations. Ni même aucunes invitations quelle qu’elles soient ! Je ne savais pas trop quoi faire, est-ce que cela serait interprété comme un signe de faiblesse ? Savoir que des inconnus m’accueillaient et m’acceptaient alors que les personnes qui m'étaient le plus proche avaient mis si longtemps à y arriver.

« Merci…j-j’accepte. » je lui répondais d’une petite voix.

« Génial ! Enfin, je veux dire très bien. » il se rattrapa « Venez quittons cet endroit, tout ce sang ça me donne la chair de poule »

En effet, tout ce qui restait du bras droit de la femme était une traînée de sang sur le sol. A l’angle de la rue deux miliciens l’emmenait sur une sorte de civière improvisée. Je ne les avais même pas vu se faufiler de notre côté pour le ramasser. Un frisson me parcouru l’échine alors que je regardais la scène une dernière fois avant de m’en aller en compagnie d’Abbo.

Mon corps souffrant m’empêchait de me déplacer correctement aussi je m’appuyais sur tout ce qui me passait sous la main, rendant la douleur plus supportable. Bien sûr Abbo m’avait proposé de me soutenir mais j’avais décliné sa proposition : j’étais déjà assez assistée comme ça ! Je me forçais donc à ne pas trop nous ralentir en restant à son niveau même si je le suspectais de se tempérer pour ne pas trop me fatiguer.

"Pourquoi être si...gentille avec moi ? Je sais que les shaakts sont plutôt vu d'un mauvais oeil par ici...alors pourquoi ?" je lui demandais, essoufflée par ma marche.

Il soupira brièvement avant de me répondre:

"On est un peu pareil vous et moi. Abandonner tous nos repères, notre famille, dans l'espoir d'une vie meilleure. "

"Je n'ais pas abandonné ma famille !" je m'insurgeai." Je vais y retournez, aussitôt que je le peux ! "

"Pourtant vous êtes parti ! Et vous n'êtes même pas sûr de revenir en vie visiblement ! Est ce qu' ils savent où vous êtes ? Ce que vous faites ici ?! Dans une ville humaine, en total opposé avec les valeurs de votre peuple !"

Je m’arrêtais en plein milieu de la route, rouge de colère. Qu'est ce qu'il insinuait ce ver de terre ?! Que j'étais une traître à mon sang ! Qui était il pour me juger ?!

"Que sais tu des valeurs de mon peuple de toute manière ? Si tu nous connaissais vraiment, tu saurais que la famille est tout pour les shaakts !"

Il se retourna pour me faire complètement face, son visage semblait plus détendu, un fin sourire nostalgique jouant sur ses lèvres. Qu'est ce que ça voulait dire ça ?

"Ecoutez, je sais des shaakts ce que les racontars on bien voulu m'enseigner. Mais du peux que j'en connais, ce n'est pas un peuple dont j'aurai eu envie de rencontrer un des membres. Mais lorsque je vous ai vu sur le port en proie à ces bandits puis parler à Oryon comme une personne normale, j'ai décidé de faire fis des préjugés et de plutôt apprendre à vous connaître. Comme les kendrans l'on fait pour moi lorsque je suis arrivé ici."

Je relevai la tête fièrement vers lui dans l'espoir d'avoir l'air un peu imposante. Même si sa voix était douce et compréhensive, je ne pouvais pas m’empêcher d'être en désaccord avec ces principes. Où plutôt de ne pas les comprendre, et cela m'énervait encore plus.

"Très bien."

Je repris la route sans l'attendre. Je l'entendis néanmoins pousser un long soupir dans mon dos alors que j’avançais fastidieusement dans la longue artère lumineuse qui me faisait face.

"Toujours pas besoin d'aide ?" Il cria à mon attention.

"Nope"

J'entendis ses pas de courses en petite foulée pour me rejoindre, il n'eu pas besoin de courir longtemps.

"La route est longue jusqu'au quartier bourgeois."il m'informa.

Si il croyait que la difficulté me ferait renoncer à ma fierté il se fourrait le doigt dans l’œil ! Je fixais obstinément le prochain croisement sans m'occuper se lui.

"Allez ! Vous êtes vraiment mal en point ! " il ajouta "Et puis, Wilks n'aurait pas été aussi généreux..."

J'avais vécu des jours plus durs. C'est pas un œil au beurre noirs, une côte cassée, une petite estafilade et d'autres blessures sans importances qui vont me faire peur ! Bon, dit comme ça...mais j'avoue avoir pris une des pires raclée de ma vie ! Le principale est d'en ressortir vivante non ?

"D'accord je m'excuse ça vous va ? Mon discours était déplacé envers une dame de votre rang."

Je levais ma tête vers lui d'un air inquisiteur pour trouver un sourire éclatant auquel je ne puis m'empêcher de répondre. J'essayai de le réprimer pour continuer à le bouder mais je ne faisais que crisper les muscles de ma bouche dans une grimace peu avenante. Ce qui transforma son sourire en éclat de rire tonitruant qui résonna dans toute l’allée, faisant se retourner les rares habitants qui passaient par là et je le rejoignis vite dans son hilarité.

Je me calmai assez vite lorsque mes côtes m'intimèrent de les ménagers. Nos rirent s'éteignirent peu à peu, tout en marchant dans les rues d'une des plus impressionnantes villes de Yuimen. Heureuse d'avoir pu me libérer de la tension du combat, aux côtés de l'être le plus atypique auquel je m'étais jamais adressée : un homme, de surcroît humain.

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 Sujet du message: Re: Les rues de Kendra Kâr
MessagePosté: Ven 21 Oct 2016 17:12 
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Tu avais été repéré, pris la main dans le sac. L'opulent marchand, t'ayant soupçonné d'un oeil habitué à ce genre de pratiques malhonnêtes, t'avait observé et s'il n'avait pu réagir à temps, n'en avait pas pour autant été dupe. Aussitôt, il avait crié et un sergent qui patrouillait non loin, l'entendant, s'était lancé à ta poursuite, en s'exclamant qu'il ne te laisserait pas t'échapper. Les courses poursuites entre voleurs et soldats étaient ici monnaie courante, mais cette fois-ci, l'homme avait décidé de faire un exemple. Il avait, de plus, l'expérience et la connaissance de la ville contre toi.

Toi, malheureux, tu courais à perdre haleine, ne te souciant pas ou peu des passants, tes pieds frappant le pavé par les orteils, tes mains allant chercher loin pour te pousser toujours plus en avant, l'une serrant le fruit de ta rapine et l'autre soudain frappant l'épaule, le flanc d'une bête, d'un homme, et tu entendais leurs cris indignés, leurs injures souvent. Parfois tu tournais la tête en arrière pour voir que l'homme d'armée était toujours à tes trousses et te rattrapais, même. Alors tes yeux revenaient aussitôt sur ton chemin et tu essayais d'accélérer ta course, faisant presque des bonds, tes jambes toujours plus poussées et tu courrais, courrais. Ta respiration se fit plus difficile, plus sifflante. Tu avais mal aux côtes, tu sentais tes mollets devenir de plus en plus lourds. Dans ta tête, ce n'était que tourbillon de pensées contradictoires, violentes et tu fuyais, la peur au ventre. C'était la première fois, d'ailleurs. Une peur animale, qui te serrait les entrailles, douloureusement. Fouettés par l'air de ta course, tes yeux s'étaient empêtrés de larmes. Mais était-ce seulement dû à cela ? Ta seule certitude était que tu ne devais, en aucun cas, te laisser capturer. Non, surtout pas. Pas après avoir réussi le vol d'une arme légendaire. Pas pour un méfait si commun. Mais tu avais mal. Mal partout, mal à vouloir t'arrêter à tout prix. Les ruelles se succédaient et c'était toujours les mêmes maisons, toujours les mêmes gens. Elles étaient sales, là où tu te trouvais, et malgré le soleil, il y avait de nombreuses flaques d'eau croupies. Une fois, deux, déjà, tes pieds nus avaient glissé dessus et tu avais failli tomber. Tu tournais brusquement, ta main libre se plaquait contre le mur rêche des habitations pour t'aider, et tu essayais de perdre le moins de temps possible dans ces revirements soudains de trajectoire, destiné à semer ton poursuivant. Les battements de ton cœur ne faisait qu'aller en s'accélérant parce que tu te sentais perdu, pris au piège dans cette ville aux mille recoins, te maudissant pour ne savoir où tu étais, où étaient les portes de Kendra Kâr, où se trouvait ton salut.

Courir, toujours.

Tu ne tiendrais pas longtemps comme cela, tu le savais. Il te fallait trouver une solution pour échapper à ton poursuivant. Tu te mis à observer plus en détail ton environnement. Les maisons étaient assez basses, construites sur d'épaisses traverses de bois. Des tonneaux se trouvaient devant l'entrée de quelques unes. Un plan se forma dans ta tête en ébullition. Tu tournas, encore, à une ruelle. Tu aperçus ce que tu cherchais. Tu poussas tes jambes, tes pauvres jambes au bord de l'épuisement. Tu accéléras. Au dernier moment, tu enfournas la pomme qui te valait de tels malheurs dans ta bouche, bondit, ton pied gauche s'appuya sur le couvercle du tonneau par bonheur bien fermé et tu tendis les bras de toutes tes forces. Tes mains crochetèrent le rebord d'un balcon. Tes yeux pleuraient, ta gorge était brûlante et la pomme que tu serrais entre tes dents, empêchait une large et nécessaire respiration. Détournant à demi la tête tu aperçus le sergent qui déviait lui aussi à l'angle de la rue. Tu gémis et, poussant un grand coup sur tes bras, tu parvins à faire remonter ton pied sur le rebord. Puis l'autre. Tu escaladas la balustrade et, de là, sauta pour atteindre le toit. Presque sur le ventre, tu le grimpa jusqu'à son faîte et, exténué, au bord de l'évanouissement, t'accorda une pause, adossé à la cheminée de pierre.

Tu retira la pomme de ta bouche, cracha une salive poussiéreuse et déglutit avec difficulté. Tu respirais autant que tu le pouvais, tes yeux se fermaient presque, tes jambes étaient complètement gourds - elles te donnaient l'impression que jamais plus tu ne pourrais t'appuyer sur elles. Du sommet de cette maison, tu ne pouvais voir ce que faisait le soldat qui t'avait pris en chasse. Mais tu doutais pouvoir rester ici tranquillement. Ton corps, déjà affamé, te menaçait désormais clairement de te lâcher à tout moment. Mais ton souffle ne s'était pas encore apaisé. Manger cette pomme reviendrait à t'étouffer. Tu t'y forças, néanmoins, le plus vite possible, détachant de tes dents avides d'énormes morceaux juteux et sucrés. Quand tu eus fini, tu t'essuyas le menton collant sur ta manche et jeta au loin le trognon. Puis tu te remis debout. Tes jambes tremblaient. Tu examinas les environs. Tu te trouvais proche de la muraille. Proche, même, d'une arène que tu pouvais voir distinctement de ta position. Pas si éloignées que cela, tu vis aussi les Grandes Portes de Kendra Kâr. Un sourire fatigué se dessina sur ta face.

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 Sujet du message: Re: Les rues de Kendra Kâr
MessagePosté: Ven 25 Nov 2016 15:24 
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Je m'étais mis à arpenter les rues sans buts précis, j'espérais que la marche me calmerait peu. Ce ne fut pas efficace et j'imaginais mille façons de faire souffrir ce garde prétentieux. Sur mon passage certaines masures s'allumaient et leurs occupants se levaient, tirés du lit par une présence dérangeante. Certains allaient même à leurs fenêtres pour guetter l'homme qui marchait dans la rue. Se demandant qu'elle était la cause de ce qu'ils avaient sentis. Ruminant mes sombres pensées, la tête baissée sous ma cape, je ne me rendais pas compte de l'agitation que mon simple passage provoquait. Ce n'est qu'arrivé à un tournant, quand une femme s'engagea dans la même rue que moi, que je pris conscience du monde qui m'entourait. L'inconnue s'arrêta d'un coup lorsqu'elle me vit, une expression de terreur sur le visage. L'instant d'après elle fit demi tour et fuit dans la ville.

Je ne compris pas ce qui venait de ce passer, mais cet événement eut le mérite de me faire lever les yeux. Aussitôt autour de moi des volets se claquèrent dans la précipitation. Je n'y fis pas attention. Il faisait encore nuit mais ma marche avait été longue et le jour commençait à poindre. D'ici quelques minutes le soleil serait levé et la cité s'éveillerait pleinement avec lui.

Chassant de mon esprit l'image du garde, je me remis à marcher. Je voulais commencer mon enquête le plus tôt possible et partir d'ici rapidement. Reprendre de nouveau la route. Je venais à peine de retrouver la compagnie des miens et déjà je ne les supportais plus. L'idée me traversa même de repartir de suite et de renoncer à la recherche de ma mère. Après tout je venais bien de passer deux mois avec pour seule compagnie Hélios et Sélène. Vivre au jour le jour tout le temps ne serait peut être pas si désagréable.

Le hasard avait voulu que je me retrouve devant les thermes à ce moment. Je m'arrêtai devant et contemplai le bâtiment qui semblait ouvert. L'optique d'un bain chaud n'était pas pour me déplaire et en plus c'était une activité qui n'impliquait aucun rapport avec autrui. Je pourrais toujours remettre ma décision à plus tard. Je me décidai et entrai dans le bâtiment.



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 Sujet du message: Re: Les rues de Kendra Kâr
MessagePosté: Sam 26 Nov 2016 23:10 
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Je me retrouvais tout d’un coup dehors. Les deux hommes des thermes m’ayant presque rattrapé je fis plusieurs mètres avant de prendre conscience de la situation. J’étais complétement nu et trempé tenant mes affaires dans mes bras. Le soleil était maintenant bien levé et les rues avaient commencé à s'emplir. A mon irruption dans le plein air toutes les activités s’étaient comme stoppées. Devant moi une mère et sa fille me regardèrent comme pétrifiées. A à peine cinq mètres sur ma gauche le groupe de gardes mené par le garçon des thermes s’était soudain arrêté. Pendant un instant la situation se figea tous les yeux étaient rivés sur moi et personne ne semblait savoir comment réagir.

Finalement les deux baigneurs arrivèrent en courant derrière moi, poussant des cris de victoires. Ce fut ce qui débloqua la situation. La mère cacha les yeux de sa fille en me traitant de pervers dégénéré tandis que celui qui dirigeait visiblement le régiment hurlait à ses hommes de se saisir de moi et des deux baigneurs. Les deux autres hommes nus prirent conscience de la situation dans laquelle ils se trouvaient et commencèrent à balbutier une explication pour les gardes qui commençaient à charger. Je savais de mon côté que mon cas n’était pas défendable.

Je fuis dans la direction opposée. J'entendis aux bruits derrière moi que j’étais poursuivi par au moins deux gardes et que les baigneurs étaient en train de subir une arrestation musclée. L’instant d’après on me somma de m'arrêter confirmant ma crainte mais vu la situation dans laquelle j’étais ce n’était juste pas envisageable. J’accélérai. La force qu’Hélios m’avait donnée dans les thermes bouillonnait encore en moi me donnant un avantage sur mes poursuivants. Par contre devoir porter mes habits à bout de bras me gênait beaucoup. Il allait falloir la jouer serré. Harper sur mes talons je tournai brusquement à droite à l'angle des thermes dans l'espoir de semer mes poursuivants.

Je me retrouvais face à une rue plus grande où la population était dense. Derrière moi j'entendais le bruit des armures qui se rapprochaient. Je n'eus pas le choix. Complètement nu je me précipitai dans la foule. Mon arrivé poursuivit par un ratissa et deux gardes créa pour le moins la sensation. C’est un groupe de docker qui me vit en premier. Les hommes partirent dans un grand rire devant l’absurde de la scène. J’avais moi même le sourire aux lèvres malgré la précarité de ma situation. L’hilarité que j'avais provoquée attira l’attention d’un plus large groupe de gens. Quand j’atteignis finalement le bord de l’avenue une bonne partie des badauds regardaient déjà la course poursuite, la plupart avec un air franchement amusé.

Je passai entre les dockers qui s’écartèrent toujours en riant à mon passage. Le contact avec la peau nu et humide d’un autre homme ne semblait pas être une perspective qui les enchantait. Derrière deux jeunes femmes qui n’avaient pas fais attention à l’attroupement me virent soudainement arriver. Leurs regards se fixèrent avec indiscrétion sur un endroit précis de mon corps. Je me sentis rougir mais n’ayant pas moyen de me couvrir je ne pus que leur faire un grand sourire en passant devant le duo. Derrière moi j’entendais des bruits de bousculades entre les gardes et les dockers et plus proche, les deux jeunes femmes qui semblaient soudain avoir trouvé un nouveau sujet de conversation. Je me félicitai d’avoir choisis le bain chaud plutôt que le froid.

M'excusant auprès des autres personnes que je fus obligé de bousculer dans ma hâte je finis par réussir à traverser l'avenue. Je me retrouvai de nouveau dans un ensemble de plus petites rues. Je bifurquai à gauche puis à droite puis de nouveau à gauche. Je me sentais incroyablement bien. Dexter à mes côtés était aussi joyeux que moi. Nos retrouvailles m’avait fait tellement plaisir que toute cette course poursuite me semblait n'être qu'une vaste blague. Les bruits des gardes que j'entendis derrière moi me ramènent à la réalité. Si je me faisais prendre la plaisanterie risquait de prendre une tournure beaucoup moins comique.

Soudain je vis une petite bâtisse qui différait en apparence des autres qui l'entouraient. Je devinai à son étal qui donnait sur une autre grande avenue qu'il s'agissait d'une petite boutique. Heureusement pour moi une fenêtre sur le côté était ouverte. C'était quitte ou double selon la gentillesse du vendeur. Après un rapide coup d’œil derrière moi pour voir si mes poursuivants étaient encore sur mes talons je me précipitai vers cette échappatoire. Je plongeai à l'intérieur avant que des gens de l'avenue ne puissent m'apercevoir et une poignée de secondes avant que les gardes pénètrent dans la rue.



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 Sujet du message: Re: Les rues de Kendra Kâr
MessagePosté: Mer 11 Jan 2017 14:25 
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Mon bond fut bien plus puissant que je ne l'avais anticipé. Je m'étais préparé à devoir m'agripper au bord du toit mais j'atterris directement debout sur les tuiles. Surpris de la distance je me réceptionnai avec fracas. Quelques pierres glissèrent et allèrent se briser sur le pavé de la route. En bas plusieurs gardes et des passants levèrent les yeux vers moi. Depuis la fenêtre de ma chambre le milicien, qui avait défoncé la porte quelques instants auparavant, me regardait me relever maladroitement d'un air furieux. J'aurais pu profiter de cette brève trêve pour tenter de plaidoyer ma cause mais j'avais du mal à imaginer comment je pourrai me sortir de cette situation par des mots. De toute façon il se mit à hurler des ordres à ses hommes et toute communication devint impossible.

Comme un animal traqué je me mis à regarder autour de moi avec les yeux du désespoir. Mon saut aussi impressionnant avait il été m'avait juste fait gagner un peu de temps. Ce n'était qu'une question de minutes avant que mes poursuivant ne trouvent un autre accès vers le toit. Mes options étaient limitées. Devant moi la fenêtre de l'auberge d'où un milicien me regardait un sourire mauvais sur le visage, les gardes avaient déjà investis la maison sur la quelle je trouvais et il en restait suffisamment au sol pour m'arrêter même si je parvenais à atteindre le pavé sans me blesser. Ma seule chance de salut résidait dans le toit de la petite demeure voisine.

Le bruit des armures dans la maison se fit entendre sous mes pieds. Les gardes étaient à l'étage de la maison je n'avais plus que quelques secondes avant de me faire prendre. Titubant de manière malhabile je me mis à mâcher sur le toit. Le garde à la fenêtre me hurla de m'arrêter alors que je m'approchai du bord de la maison. En essayant d'estimer la distance vis les gens cinq mètres plus bas s'écarter avec frayeur de ce qu'ils pensaient allé être mon point de chute. Alors que je reculais de deux pas pour avoir l'élan nécessaire, j'entendis le bruit de quelqu'un qui se hisse derrière moi. Le grand fracas métallique qui accompagna les bruits ne laissait aucun doute quand à la nature de mon poursuivant.

Sans perdre un instant je bondis en avant. Malgré les appuis instables qu'offraient les tuiles, je franchis les trois mètres qui me séparaient du toit suivant sans difficulté. Une fois de plus la puissance mon saut avait été bien plus fiable que ce que j'avais craint. La réception se passa également bien mieux. Profitant de l'élan que j'avais acquis je continuai ma course. Arrivé au bout de ce nouveau toit je bondis sur le suivant. Encore une fois, je me sentis comme porté par une force supplémentaire. J'ignorais quand j'avais acquis une telle capacité de saut mais ce qui en temps normal aurait du être un exercice ardu me paraissait ridiculement simple. J'enchainais les courses et les bonds sans interruptions en y prenant un véritable plaisir. Le vent soufflait contre mon visage alors que j'accélérais en prenant de plus en plus en confiance en mes capacités. J'étais totalement grisé par ce que j'étais en train de faire. Je me sentais comme invincible. C'était la seconde fois que j'étais pris en chasse aujourd'hui mais déjà je savais que mes poursuivants n'avaient pas la moindre chance de me rattraper.

Je les entendais au sol alors qu'ils tentaient de suivre ma vitesse. Leurs armures jouaient en leur défaveur. De plus alors que je pouvais filer en une quasi ligne droite ils étaient forcés de faire des détours au hasard des méandres des rues. Bientôt le son des armures et des sommations s'éloignât de moi. Il me fallait encore trouver un endroit où me cacher mais j'avais déjà fais le plus dur. Je n'avais plus qu'à redescendre des toits, me mêler à la foule et je serais hors d'atteinte. Je continuais tout de même ma course sur les toits un moment. Autant par mesure de précaution que pour le simple plaisir que l'expérience me procurait. J'attendais d'arriver sur une grande rue pour me fondre dans la masse.

J'entendis le bruit avant de comprendre ce qui se passait. Alors que j'arrivais au bout d'un toit et que je m'apprêtais à sauter sur la maison suivante, j'entendis quelque chose se briser sous mes pieds. La tuile sur laquelle je venais de prendre appui avait cédé sous mon poids. Au lieu de l'impulsion que j'attendais ma jambe s'enfonça dans la toiture. Je fus emporté dans le trou qui s'ouvrit soudain sous moi. La surprise fut telle que je ne pensai même pas à crier.



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 Sujet du message: Re: Les rues de Kendra Kâr
MessagePosté: Jeu 12 Jan 2017 23:06 
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- II -


Habitué à un environnement urbain, Erastos flânait au hasard des ruelles afin de découvrir la ville. Sa première impression fut qu'elle était vaste... très vaste. Il crut se perdre dans un dédale infini de ruelles identiques, quand il finit par trouver un repère, une grande avenue toute droite, qui traversait la ville de part en part jusqu'au château. Il s'y engagea d'un pas nonchalant et se laissa entraîner par la foule jusqu'à un marché. La cohue environnante le submergea. Ici, tout le monde semblait affairer à gagner des sous. Des odeurs d'épices imprégnaient l'air et se mélangeaient ponctuellement à celui de la volaille, ou plus désagréablement, à celui du poisson.

Il aboutit ensuite sur une grande place moins fréquentée, dominée par la silhouette du château fort. Il observa le monument un long moment, déçu par la pauvreté de son architecture. Ses tours d'angles étaient circulaires et imposantes, mais elles paraissaient étrangement nues. À Yarthiss, elles étaient coiffées de toits pointus qui se juxtaposaient en un élégant mélange, assez similaire à : petite tour, grande tour, petite tour, petite tour, gros donjon, petite tour... et tout ceci comprimé en un bloc unique accroché à la falaise. Ici, la logique aurait voulu qu'elles soient alignées, l'enceinte était bien plus vaste et rectangulaire, mais elles ne l'étaient pas. Cependant, une façade ouvragée au-dessus du pont-levis marquait un petit effort esthétique... mais qui jurait vraiment avec le reste.

La virulente critique architecturale achevée, il s'introduit dans la première ruelle qu'il croisa afin de reprendre son errance. Il vit quelques boutiques magiques et il fut ravi de découvrir la profusion de forges et d’artisans.

Il ne résista pas et entra dans une boutique à la décoration pimpante. L'accueil fut plutôt froid. Habitué à une clientèle aristocratique, le vendeur voyait d'un mauvais œil l'entrée d'un jeune aux allures de vagabonds, une grande épée garzoke sanglée dans son dos et un bandana bleu (récupéré sur le cadavre d'un pirate) ceignant son front. L'ensemble des articles était de très bonne facture et il s'appesantit longtemps à les étudier, mais au bout d'un moment, apparemment exaspéré qu'il fasse fuir sa clientèle, le marchand lui indiqua la sortie. Légèrement vexé d'être chassé de la sorte, cela eut au moins l'avantage de lui remettre les idées en place. Il était temps de débuter la recherche du fameux Harper.

Ne sachant pas par où commencer, il se dirigea vers un garde posté à un coin de rue. Il portait une armure légère sur laquelle était peint le blason de la milice, un soleil dorée sur un champ scindé bleu et blanc. Erastos apparut devant lui comme une fleur.

« Je suis à la recherche d'un homme, il se nomme Harper. Cela ne vous évoque rien ? »

« Une de vos connaissances ? » demanda le milicien dont le visage s'assombrissait.

« On peut dire ça, oui. »

Le jeune apprenti n'accordait pas vraiment d'importance à l'attitude du garde. Mais son attention fut contrainte, car le garde avait attrapé son bras et le maintenait fermement. Erastos tenta de se dégager, mais l'autre résista. Il fit un signe de main à ses collègues.

« JE TIENS UN COMPLICE DE L'EXHIBITIONNISTE ! » hurla-t-il.

« P... Pardon ? » fit Erastos avec la tête d'une chouette affolée.

Les gardes accoururent avec un tintement casseroles. La panique investissait l'apprenti qui commençait à se débattre. La poigne d'acier s'était refermé sur son avant-bras comme un étaux et le serrait douloureusement. Il la poussa et força même, sans réussir à soulever le moindre doigt.

« Vous faites erreur, je n'ai rien fait. »

« SILENCE ! »

L'instant d'après, le garde tombait lourdement au sol. Erastos restait bouche bée, le poing levé, et réalisait à peine ce qu'il venait de faire. L'amas de casserole s'agita frénétiquement. Galvanisé par la pression, il fit quelques bonds en arrière, puis détalla dans la ruelle.


- IV -

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 Sujet du message: Re: Les rues de Kendra Kâr
MessagePosté: Ven 3 Fév 2017 14:50 
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Je me retrouvais de nouveau sur le toit. J'étais inquiet pour Dexter mais il était sans doute plus en sécurité que moi. J'entendais les gardes s'agiter sous la toiture. Au bruit, je déduisis qu'ils étaient en train de déplacer la coiffeuse pour atteindre le trou que j’avais fait. Devant la maison deux miliciens montaient la garde. L'un des deux avait un mouchoir ensanglanté appliqué sur le visage. L'idée que je venais probablement de briser, pour la seconde fois aujourd'hui, le nez d'un milicien me traversa l'esprit. Sans m'appesantir sur cette considération je me mis à me déplacer avec prudence sur le toit. Si il s'écroulait de nouveau sous moi cette fois je ne pourrai plus fuir.

Je parvins à une extrémité de la maison au moment où un garde se hissait pour me rejoindre. Sans lui en laisser l'occasion je sautai en direction d'une bâtisse voisine. Le toit supporta mon impulsion cette fois. J'entendis la garde pousser un juron derrière moi alors que je m'échappais de nouveau. Il savait qu'il ne pourrait pas me rattraper une fois lancé sur les toitures de la ville. Cependant je ne pourrais pas continuer indéfiniment comme ça. Plus je fuyais plus la volonté des miliciens de m'attraper grandissait. Bientôt le pâté de maison serait probablement cerné ou alors ils enverraient des hommes suffisamment habiles pour me suivre sur les toits.

La milice avait effectivement trouvé une réponse à ma fuite. J'entendis des bolas siffler en ma direction. Les boules de métal manquèrent mes chevilles de quelques centimètres et firent exploser une tuile. Jetant un coup d'œil par dessus mon épaule je vis le garde qui m'avait suivit sur le toit reprendre son équilibre après ce lancé raté. Les miliciens ne s'étaient pas encore résolu à me tirer dessus à l'arc craignant sans doute qu'une flèche manqué touche un innocent. Cependant si ils parvenaient à m'entraver avec une de ces armes alors que j'étais encore sur un toit... Je n'avais aucun mal à imaginer la chute qui en suivrait. Il fallait absolument que je me trouve une cachette ou que je quitte la ville au plus vite.

C’est alors que je vis au loin un imposant édifice. J'étais proche de l'extrémité de la zone d'habitations et devant moi se trouvait une grande place. En son centre il y avait une immense arène qui était visiblement à l'abandon. C'était la cours des duels. Mon grand père m'en avait déjà parlé plusieurs fois sous le nom de cour des héros. Il m'avait compté avec émotion les affrontements épiques auquel il avait eu le privilège d'assister dans sa jeunesse. Le lieu était visiblement à l'abandon depuis un moment vu l'état délabré de l'enceinte extérieur. Malgré la distance je voyais clairement l'état de détérioration avancé du bâtiment.

Encore une fois le bruit des armures derrière me força à prendre une décision en vitesse. Faire demi tour reviendrait juste à prolonger la course-poursuite mais ce n'était pas une solution qui me sauverait durablement. Ma seule chance était d'allé de l'avant. En quelques bonds j'arrivai sur une maison donnant directement sur la place. Cela m'avait pris de reprendre une avance confortable sur les gardes. Quelques badauds s'arrêtèrent pour me regarder avec un air interrogatif voire inquiet pour certains. J'étais à six mètres du sol. Même si je me suspendais à bout de bras avant de me laisser tomber, il y avait de fortes chances que je me blesse en atterrissant. Des gens se rapprochèrent alors que je scrutais indécis le sol.

Le peu d'avance que j'avais sur les gardes était en train de disparaitre. Si je ratais ma réception ils seraient sur moi avant même que je ne puisse me relever. C'était un pari risqué. C'est alors que je vis une autre alternative qui s'offrait à moi. La grande place était délimitée par des arbres et le plus proche se trouvait à environ six mètres. Au premier abord je n'avais même pas envisagé cette possibilité. Avec un saut ordinaire je m'écraserai à la moitié de la distance, seulement depuis ma fuite de l'auberge mes bonds n'avaient plus rien d'ordinaire. Plaçant tous mes espoirs dans mon nouveau don je reculai de trois pas pour prendre mon élan.

J'entendis un murmure parcourir la foule qui s'était amassée en contre bas. Les badauds avaient compris mon attention et attendaient, comme suspendus à mes mouvements, le dénouement de ce qui semblait être de la folie. Je concentrai toute mon attention sur l'arbre qui était maintenant à presque dix mètres de moi. La sommation lointaine d’un garde fut le signal de mon départ. Je m'élançai de toutes mes forces sur le toit instable. En deux enjambés j'étais au bord du vide. Je mis toute l'énergie que je pouvais dans mon impulsion. J'entendis un craquement alors que je bondissais dans le vide. La tuile sur laquelle j'avais pris appuis s'était fendue mais avait fait son office. Je fendais l'air sous le regard incrédule des observateurs qui s'étaient fait de plus en plus nombreux. L'arbre se rapprochait à toute vitesse. J'allais y arriver.

Je saisis à deux mains la première prise qui fut à portée. La tension exercée sur mes épaules fut terrible mais je tins bon, pas la branche. Elle se brisa avec fracas. Un frisson parcouru la foule en contre bas alors que j'étais emporté par mon élan. La panique s'empara de moi pendant un court instant. Je voyais le sol et je n'avais plus aucun moyen d'éviter l'impact. Je fus sauvé par une branche plus basse. Le choc que je reçus à l’estomac me coupa instantanément le souffle. J'entendis une exclamation de frayeur poussée à l'unisson alors que je tentai de m'agripper. Je parvins finalement à retrouver l'équilibre. L'instant d'après j'étais au sol sous les applaudissements de ceux qui avaient assisté à mon numéro improvisé.

Je n'eu pas le loisir de savourer cette gloire éphémère, le tumulte causé par le déplacement des miliciens de rapprochait. Les gardes se mirent à hurler à la foule qu'il fallait me saisir. Avant de laisser le temps à mes admirateurs de changer d'avis je repris la fuite. Chaque enjambée était douloureuse. Le choc contre la branche avait été violent et j'avais probablement une côte fêlé. Malheureuse je n'avais pas le temps de m'attarder la dessus, les gardes venaient de pénétrer dans la grande place. Je luttai du mieux que je le pouvais contre la douleur mais c'était illusoire.

Les miliciens se rapprochaient vite. L'avantage que me donnaient leurs lourdes armures était maintenant largement compensé par mon état. Je n'avais pratiquement pas arrêté de courir depuis ce matin et je sortais tout juste de deux mois de voyage. Malgré tous mes efforts mon corps me faisait trop souffrir pour que je puisse courir au maximum de ma vitesse. La milice m'aurait rattrapé avant même que je n'atteigne les portes de la cour des duels.

C'est alors que je sentis une chaleur réconfortante émaner de mon collier. Baissant les yeux je vis que la dent blanche du ratissa émanait une douce lumière. Alors que je courrais pour ma survie la chaleur envahie tout mon corps et s'accentua au niveau de ma blessure récente. La magie d'Hélios était à l'œuvre. Sans m'arrêter de courir je lui adressais un remerciement muet alors que la douleur diminuait. Je ressentais encore une légère gène mais je pouvais de nouveau courir à pleine vitesse. J'entendis les cris de rages des gardes alors que j'accélérais de nouveau.

Mon ultime espoir de fuite se dressait devant moi. La cour des duels se rapprochait à chaque pas et avec elle peut être mon salut. Je guettais avec espoir les murs tombants en ruine. Essayant de trouver parmi toutes les fissures une échelle qui me permettrait de m'enfuir. Je finis par apercevoir ce que je cherchais. Un important morceau de pierre s'était détaché d'une colonne qui encadrait les grandes entrées. De ce trou partait une lézarde qui se prolongeait jusqu'à l'étage suivant tout en se ramifiant à mis hauteur. C'était ma voie d'entrée.

Arrivé au pied de la muraille je ne pris même pas le temps de m'arrêter et bondis de l'avant. Je parvins assez haut pour me hisser en moins d'une seconde. Mon don mystérieux m'avait une fois de plus probablement sauver la vie. Du moins je le croyais. En entendant un ordre crier derrière moi je compris que je venais de commettre une erreur qui risquait de m'être fatale. Entre les gardes et moi il n'y avait maintenant plus aucun civil et devant moi seulement un mur. Les miliciens pouvaient utiliser leurs arcs sans risque et l'ordre venait d'en être donné.

Sans perdre un instant je bondis de ma positon vers la saillie suivante. Les pierres étaient instable, même avec ma puissance de saut doublée et mon sens naturel de l'équilibre je failli chuter. Cependant je tins bon. C'est l'adrénaline de ma savoir tenu en joue qui me donnait des ailes. J'entendis le sifflement une seconde avant que la flèche ne vienne claquer à l'endroit où j'étais au milieu de mon bond. Derrière j'entendis les injures du chef envers le garde qui venait de rater son tir et le sort qui l'attendait si il échouait encore.

Sans perdre un instant je bondis vers la prise suivante. Je parvins à m'agripper mais cette fois la pierre à laquelle je m'agrippai ne tint pas bon. La roche se délogea je cru pendant un instant que j'allais chuter. Heureusement mon pied trouva miraculeusement un appui quelques centimètres plus bas. Au final cette pierre traitresse me sauva probablement vie. La deuxième flèche percuta le mur à l'endroit ou ma tête se trouvait l'instant d'avant. Un éclat de pierre vint percuter mon visage et je sentis une goutte de sang perler sur mon front. Cette fois dans mon dos c'est l'excitation d'une foule qui s'exclamait à l'unisson que j'entendis.

Aux bruits que je percevais je n'avais aucun mal à deviner la scène qui se déroulait sur la grande place sans me retourner. Tous les badauds présents s'étaient rassemblés pour assister à la mise à mort du terrible bandit que j'étais. J'eus une pensée amère. Un vagabond qui casse le nez de deux gardes est condamné à mort sur la place publique sans procès. Aurais je eus le même sort si j'avais eu un nom pour moi? J'en doutais. J'eus tout de même le plaisir d'entendre la garde qui m'avait manqué une seconde fois se faire humilier furieusement par son supérieur. Cependant un détail dans ses propos m'indiqua que ce serait le chef lui même qui tirerait la flèche suivante. Le temps m'était compté.

Heureusement pour moi je n'étais plus qu'à un bond du haut de l'enceinte. Alors que je me préparai ma dernière impulsion je sentis la pierre faiblir sous mon appui. Je m'élançai au moment où elle se délogeait. Malgré le manque de puissance que cela entraîna je parvins tout de même à m'agripper au sommet des remparts. Je n'avais pas autant de marge que je l'aurai souhaité. Il me faudrait quelques secondes pour me hisser mais je doutai fortement que le chef de la garde me les laisse. Je tentai tout de même de grimper malgré la peur qui me tiraillait.

Je cru sentir l'impact avant d'entendre le son de la flèche. La douleur fut fulgurante mais après avoir crispé les dents je me surpris à être encore accroché. Ne croyant pas à ma chance et étant persuadé qu'elle ne se reproduirait pas je finis par me hisser au sommet de la cour des duels. Epuisé je m'écroulai face au sol sur le rebord extérieur de l'amphithéâtre. La flèche plantée dans ma fesse droite me faisait affreusement mal mais j'étais en vie et hors d'atteinte. Une clameur commença à s'élever en contrebas. Poussé par la curiosité je rampai sur quelques centimètres pour voir ce qui se passait sur la grande place.

Ce que je vis me laissa sans voix. La foule en contrebas était en train de m'applaudir. Des dizaines de gens étaient en train de m'acclamer. Les miliciens étaient littéralement submergés. J'aperçus le chef de la garde arraché l'arc de la main d'un grand homme. Je reconnus en lui l'un des dockers qui m'avait aperçut lors de ma fuite des thermes. Au milieu du vacarme ambiant j'entendis des fragments de leurs disputes. Il était question d'un tir dévié et qu'une flèche dans le cul valait bien un nez cassé. Un sourire aux lèvres je regagnai le couvert de la cour des duels. Je fermai les yeux sous le bruit des acclamations qui raisonnaient encore. Avant de m'endormir je me promis que j'irai faire un tour sur les docks dès que possible.



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 Sujet du message: Re: Les rues de Kendra Kâr
MessagePosté: Dim 19 Fév 2017 17:37 
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Livre I
Chapitre 1 Partie 2


Précédemment...

[:attention:] Certaines prises de parole peuvent être choquantes (gore explicite) [:attention:]

D'un pas rapide, Mormegil atteignit le bout de le rue. Il dut choisir entre aller à droite ou aller à gauche, respectivement vers le Nord ou vers le Sud.

(Si mes souvenirs sont bons, cette taverne est au Nord de la ville dans la même rue que le temple de ce cher Phaïtos) pensa Mormegil.

(Exacte mon petit Morme, ta mémoire est bonne) fit L'Autre.

(Tu n'étais pas là à cette époque, parasite...)

(Certes, mais bien que je sois indépendant de ta volonté, nous ne sommes qu'une même et unique personne, nous partageons donc la même mémoire Morme)

« Tsss, il m'énerve ! » marmonna le semi-elfe.

L'Autre resta « silencieux », laissant son hôte continuer à marcher. Mormegil prit donc à droite et s'enfonça dans la ruelle mal éclairée sous ce temps pluvieux. L'obscurité naissante ne gênait en rien le semi-elfe car, étant le bâtard d'un Shaakt, il voyait très bien malgré l'absence de lumière.
La seule source de luminosité dans la ruelle était le bâtiment qui marquait l'angle du prochain croisement :La Grande forge d'Argaïe.
Soudain, alors qu'il observait la pluie danser avec les rayons de lumière en provenance du bâtiment tout en avançant, une silhouette d'enfant apparue à l'angle de la bâtisse, deux autres silhouettes, d'hommes adultes cette fois, vinrent derrière l'enfant qui courait dans la direction de Mormegil qui était alors la première personne pouvant lui barrer la route.

« Arrêtez-le ! » hurlèrent plusieurs fois les silhouettes qui en ce rapprochant, ressemblaient de plus en plus à des gardes de la milice de Kendra Kâr.

« Je devrais le laisser passer tiens ! » pensa tout haut Mormegil.

En arrivant sur Mormegil, l'enfant le percuta sans même essayer de l'esquiver. Le marcheur tomba à la renverse entraînant l'enfant dans sa chute, ce dernier se releva aussitôt et continua sa course. Prit de colère car il venait d'être humilié par un enfant, Mormegil se releva aussi et se mit à poursuivre l'enfant aussi mais avec bien plus d'avance que la garde.

(Ha ha ha) ricana L'Autre, (Ce gosse est un génie ! Il arrive à te voler ta bourse en te foutant par terre tout en étant poursuivit par la garde !)

« Tais toi ! » hurla le semi-elfe, « Toi là-bas ! Arrête toi ou tu le regretteras ! »

N'ayant que très peu de retard sur l'enfant, le sprinteur le rattrapa par le haut son vêtement ce qui étrangla le garçon et le fit retomber en arrière.

(Laisse-moi faire Morme, tu n'es pas assez calme) suggéra L'Autre.

La deuxième partie de Mormegil venant de prendre le contrôle, souleva le voleur par le col et le plaqua contre le mur qui était à côté d'eux.

« Bien ! Maintenant, deux possibilités s'offrent à toi. Première possibilité, tu me redonnes ce que tu viens de me voler et je te jette en pâture à la milice qui arrive par là-bas » dis l'alter-ego de Mormegil en pointant les deux miliciens qui arrivaient en courant.
Il ramena sa main à sa ceinture et saisi son poignard qu'il pointa ensuite vers l'enfant.
« Sinon, deuxième possibilité, je t'ouvre le ventre et te sors les entrailles sans te tuer, je reprends mon dû et ensuite je jette ce qu'il reste de toi aux miliciens... A toi de voir mon garçon. » dit L'Autre d'un ton suave.
Le garçon, visiblement muet et prit d'une peur grandissante, fit tomber de sa manche la bourse qu'il venait de prendre à Mormegil. L'Autre, voyant la bourse tomber au sol, esquissa un sourire et dit : « Dommage... ».
Il décolla le garçon du mur et le jeta aux pieds des gardes qui venaient seulement d'arriver.

« Qui êtes-vous ? » demanda l'un des deux homme en armure.

Mormegil reprit alors le contrôle de son corps et répondit sur un ton énervé :

« Vous ne voulez pas le savoir »

« Comme vous voudrez voyageur, merci pour votre aide » fit le garde.

Mormegil reprit sa bourse et passa alors les gardes sans rien ajouter.
En arrivant au croisement, avec à sa droite La Grande forge d'Argaïe, Mormegil stoppa sa marche et jeta un regard en arrière. Il vit le garçon marchant dans la direction opposée à la sienne derrière les deux hommes, les mains liées, tiré par une corde. Cette vision le plongea des années en arrière, alors qu'il n'était pas beaucoup plus vieux que le jeune voleur.
Mormegil, qui s'était séparé de Rimnon depuis quelques heures, venait de voler une demi-douzaine de bourses sans se faire prendre. Mais prit par l'avidité et l'image d'un bon repas, il tenta la bourse de trop. L'homme qu'il tentait de voler faisait deux fois sa taille, ce dernier le surpris les mains en train de prendre sa bourse et lui fit goûter son coude avec force. Le jeune garçon tomba au sol, inconscient.
Il se réveilla quelques minutes plus tard, les mains liées, porté par deux miliciens de l'époque dans une ruelle sinueuse. Il se débattit et tomba au sol. Et alors que les deux hommes relevaient l'enfant, Rimnon apparut derrière eux. Ce dernier, dans un silence de mort, leva sa main droite et les miliciens tombèrent au sol, morts.

Sortant de sa torpeur, Mormegil se compara à l'enfant qui lui, n'aurait sûrement pas de sauveur, et, prit de pitié, lui pardonna son affront.

(Tu n'aurais pas dû laisser cet enfant aux mains de la milice, ce n'est qu'un pauvre bougre qui a faim) pensa-t-il en s'adressant à L'Autre.

(Hum... Oui nous pourrions les tuer tous les trois, les deux guignoles ne pourront pas taper le gosse s'ils sont mort... Et lui ne sentira pas les tortures s'il est mort aussi...)

(Et que vas-tu faire ? Nous ne sommes ni escrimeur de compétition ni un mage confirmé...)

(Pas besoin de ça, ils sont en armure lourde, nous courons plus vite qu'eux. S'il te plaît Morme... laisse moi faire)

(Non ! C'est trop dangereux de toute façon. Et on ne tue pas un enfant sans raison valable enfin ! Je vais le libérer à MA façon. Ce sera ma manière de m'excuser pour l'avoir jeté par terre.)

(Très bien "Héros"... Je te regarde faire)

Mormegil analysa les possibilités qui s'offraient à lui quelques secondes. Puis, il se mit à courir aussi vite qu'il pouvait dans la direction du petit groupe malgré le poids de ses vêtement trempés à cause de la pluie incessante. L'assaillant afficha dans sa course, un sourire en coin malicieux montrant qu'il avait une idée plus ou moins tordue derrière la tête. Sans stopper sa course, il bouscula le garde de gauche qui ne tenait pas la corde tout en se retournant pour attraper le garçon. Il souleva ce dernier et continua sa course en le tenant dans ses bras. L'enfant, toujours attaché à la corde tenue par le second milicien, tira lui aussi sur la corde. L'homme en armure sentit son bras le tirer et tomba au sol tout en lâchant un juron et la corde qui venait de lui tordre le poignet.
L'action avait duré cinq secondes tout au plus, le temps que les deux gardes se relèvent, les deux fugitifs, Mormegil et le garçon avaient disparus dans les étroites ruelles que formaient les espaces entre les maisons.

Les fuyards arrêtèrent leur course derrière le temple de Meno. Mormegil, essoufflé, posa l'enfant à terre et dénoua ses liens en corde, corde qu'il prit soin d'enrouler et de mettre dans son sac.

« Hé ! » souffla Mormegil, « Écoute petit, je... je suis désolé pour tout à l'heure, je n'était pas maître de mes actions... »

(Tiens donc...)

« Enfin faut dire aussi que tu m'a piqué ma bourse petit voleur » dit-il en voulant prendre sa bourse à sa ceinture. Ne la trouvant pas, il regarda le garçon. Ce dernier lui tendit sa bourse et une dague forgée.

« Ah, je comprends mieux pourquoi tu as la garde à tes trousses petits morveux »
clama-t-il en récupérant sa bourses et la dague qu'il accrocha à sa ceinture, tout comme celle qu'il possédait déjà. « Ne t'inquiète pas je ne te ferais aucun mal, c'était juste des menaces tout à l'heure. Il va falloir que je traverse la rue maintenant, je ne crois pas que ces gars aient pu voir qui les a bousculé, mais si on traverse toi et moi ensemble on va éveiller les soupçons. »

Le garçon répondit d'un hochement de tête approbateur.

(Cet enfant ne dois pas avoir de famille ni de toit) pensa Mormegil. Il prit la cape trouée qui était dans son sac caché sous sa bure elfique et la donna au garçon. Celui-ci l'enfila en souriant.

« Écoute, je n'ai pas assez d'argent pour nous deux mais si tu te débrouille, et que les dieux m'en garde, tu te débrouille très bien, pour voler quelques bourses, je pourrai nous prendre une chambre à l'auberge. Je vais t'attendre à la Taverne du Paladin. » dit Mormegil, « Aller file maintenant avant qu'on nous retrouve ensembles ».

Il regarda l'enfant s’éloigner sous la pluie qui ne voulait pas s’arrêter de tomber, au milieu de la foule et au nez des miliciens de la rue.

(Ces humains déteignent sur toi Morme) fit L'Autre.

(C'est fort probable, mais ce garçon me rappel moi à une certaine époque) rétorqua Mormegil.

(Tu faiblis, espèce de sentimentale) rétorqua son autre « lui ».

Le demi-elfe sortit de la noirceur du petit passage que formait l'espace entre le temple et la maison adjacente pour traverser la rue. A peine eut-il mit un pied dans la rue que les deux miliciens à qui il avait jeté le garçon puis enlevé l’interpellèrent.

« Ah monsieur ! C'est vous que nous avons croisé tout à l'heure avec le jeune voleur ? »

(Quelles sangsues...)

« Oui c'est bien moi, pourquoi ? »

« Nous lui avons confisqué une bourse pleine de Yus, nous pensons que c'est la votre étant donné que vous êtes le dernier qu'il a touché. » dit l'homme en tendant une bourse pleine à Mormegil qui la prit et la rangea dans son sac.

(Bon, une deuxième bourse, ce jeune va faire ma fortune) pensa le semi-elfe.

« Oh ! Et bien merci messieurs, j'imagine que ce jeune est derrière les barreaux au poste de garde ? »

(Ha ha ha ! Bien Morme !) remarqua L'Autre.

« Euh... Oui... Oui il est au poste » dit le soldat en bégayant alors que l'eau tombant du ciel faisait cliqueté son armure, le rendant ridicule.

(Ils sont hilarants, laissons les en vie pour l'instant tu as raison Morme)

(Ils n'assume pas le fait de s’être fait semer) fit Mormegil.

« Bien ! Vous faites la fierté de cette cité mes seigneurs » dit Mormegil sur un ton exagérer.

« Merci étranger, bon voyage ! »

L'étranger, comme les miliciens l'appellent, continua son chemin vers la taverne. Allant tout droit jusqu'à longer le Temple des Maîtres. Bâtiment majestueusement bien décoré.

(Il va falloir que je vienne ici aussi...) pensa Mormegil en observant la structure.

Il bifurqua à gauche, continuant de marcher tel un fantôme en noire au milieu des bâtisses blanches grisées par le temps pluvieux. Il passa devant une boutique étrange vendant des objets visiblement peu communs. L'écriteau indiquait « Boutique de Sephiren et Sephora Aldora ». Mormegil continua et alors enfin, il aperçut la fameuse taverne.
Quelques hommes, richement vêtus, étaient en train de fumer de l'herbe à pipe sous le porche de l'endroit. Mormegil resta devant le bâtiment, immobile, observant les fumeurs, analysant leurs faits et gestes afin de savoir si, oui ou non, ils représentaient une menace.
Après plusieurs minutes d'observation, il décida de marcher droit devant lui en direction de l'entrée, les quelques hommes devant la porte se poussèrent en le voyant arriver, trempé jusqu'aux os.

« Bienvenue étranger ! Oui venez vous abriter de ce mauvais temps ici ! » clama l'un des fumeurs d'une voix rauque.

« Merci... » répondit Mormegil sans même leur adresser un regard, trop pressé par l'idée de se mettre au sec.

Suite...

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Dernière édition par Novelastre le Ven 24 Fév 2017 00:34, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Les rues de Kendra Kâr
MessagePosté: Mar 21 Fév 2017 23:06 
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Pas à pas vers la Taverne


Un ciel gris, presque imperceptible avec cette averse qui me trempe les os. Aujourd'hui, le ciel pisse sur Kendra-Kâr, obligeant les quelques passants que je croise à courir pour rejoindre leur destination. J'aurais parfaitement pu me promener dans les rues masque au visage et tablier noué, mais il n'est pas nécessaire de provoquer ma chance. Ma dernière sortie date d'hier et me revoilà déjà prêt à repartir à la chasse au cadavre. Un moulinet à l'articulation de mon épaule accentue ma blessure un court instant, soulignant l'idiotie de travailler en pleine convalescence. Je ne suis même pas foutu de lever le bras sans couiner et j'espère ne pas avoir à me foutre sur la gueule avec un balourd pour au moins quelques jours. Et pourtant, j’appréhende cette rencontre avec ce fameux espion comme un crachat dans la soupe.

(Si ce lèche-purin se croit tout permis, je vais lui faire comprendre que ça ne passe pas avec moi. Tout de même malin, le bougre. Il me donne rendez-vous dans le seul endroit de la ville où je ne pourrais pas l'ouvrir devant tout le monde. La garde doit être particulièrement excitée depuis mon passage à la Taverne. J'ai intérêt à faire profil bas pour quelques temps...)

Alors que je parcours les routes pavés au pas de course, je tente de visualiser la silhouette de ce Yariss dans mon esprit. Chemise de chanvre, corset léger en cuir noir, pantalon en toile de la même couleur et des bottes en cuir abîmées. Ma foi, la tenue classique d'un soldat des Murènes, si ce n'est son oreille coupée.

(J'ai vu les suivants de Katalina habillés du même accoutrement décrit. Peut-être est-elle au courant de cette histoire... Quoi qu'il en soit, je vais rester vigilant.)

Le temps ne s'éclaircit toujours pas, mais l'édifice de la Taverne apparaît au coin de la rue, visiblement pleine d'animation. Une mélodie s'échappe des volets fermés et ce malgré l'assassinat de la veille. J'imagine un instant le visage décomposé de Peter Rhel, le propriétaire de cet endroit. On dirait qu'il a rapidement fait le nécessaire pour que son établissement ne ferme pas ses portes. Le coup dur porté à sa réputation a tout de même dû faire fuir plusieurs clients.

(Qu'est-ce que j'en ai à foutre...)

C'est pourtant la gorge serré que j'arrive près de l'entrée, partiellement encombrée de soiffards trop occupés à reprendre leurs esprits pour noter ma présence. Prenant garde à n'en bousculer aucun alors que je me faufile vers la porte, je resserre mon foulard sur mon visage, abaisse légèrement mon chapeau de paille et passe le porche sans savoir ce qui m'attend de l'autre côté.

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La milice de Kendra Kâr recherche des renseignements sur les agissements ou la localisation du fugitif "Ellyan Crow". L'approche et le contact avec l'individu sont tous deux fortement déconseillés.


Multi de Kalas, Shaman du Loup et Allen, Guerrier de Wiehl.


Dernière édition par Ellyan Crow le Lun 13 Mar 2017 17:01, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Les rues de Kendra Kâr
MessagePosté: Mar 7 Mar 2017 00:04 
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Livre I
Chapitre 1 Partie 4


Précédemment...

[:attention:] Contenu potentiellement gore / trop explicite [:attention:]

Mormegil sortit de l'auberge en frappant les portes battantes qui faisaient office d'entrée pour la Taverne du Paladin. Accablé par sa journée qui ne lui aura fait aucun cadeau, il se mit à résumer le déroulement des événements dans sa tête.

(Bon... résumons la situation... On allait enfin trouver un endroit pour dormir et manger ce soir mais il a fallu que tu plante cet abruti de Crow alors que tu aurais pu simplement le maîtriser... Si tu n’étais pas moi je crois que je te tuerais...)

(Allons allons Morme ! Il m'y a obligé, tu connais le dicton, "œil pour œil, dent pour...")

(Tais-toi ! Je ne veux plus t'entendre, il y a quelque chose qui cloche...)

Mormegil venait de remarquer que la pluie avait cessé mais qu'il y avait des lumières étranges se reflétant dans les flaques d'eau un peu partout dans la rue. Il leva les yeux au ciel et là, il les vit, les halos de lumière verdâtre, changeants à tout instant. Étant donné que cela faisait plusieurs semaines que le temps ne permettait pas de pouvoir admirer un tel spectacle, quasiment toutes les personnes présentes dans la rue observaient les lumières dansantes. Certains en parlaient à voix basse, Mormegil écoutant attentivement.

« Ces aurores boréales ne devraient pas apparaitre ici, j'me trompe ? »

« Non, mais elles étaient déjà là il y a quelques semaines. »

« J'ai entendu dire que le roi avait mandaté une équipe d'aventuriers pour résoudre ce mystère ! »

(Ces lumières... Elles me rappellent les fantômes qu'invoquait Rimnon à l'époque...) pensa le demi Shaakt.

En effet, quand Rimnon enseignait les concepts de la nécromancie à Mormegil, il invoquait de simples âmes perdues. Il s’exécutait de façon à ce que le jeune mi-elfe puisse les voir lui aussi. Ces fantômes avaient l'apparence, le plus souvent, de qui ils étaient avant de mourir mais marqués de meurtrissures causées par la colère qui leur valait d'être encore présent en ce monde. De plus, ils étaient intangibles et émettaient une lumière semblable à celles que Mormegil observait ce soir là dans les rues de Kendra Kâr.

(Ce ne sont quand même pas des âmes perdues ?) s’interrogea le sang-mêlé.

(Ha ha ha ! Pauvre fou, aucun nécromancien n'est assez puissant pour foutre un bordel pareil sur tout le continent !) répondit l'Autre.

(Va savoir, Rimnon parlait souvent des Lords nécromants et des 13...)

(Non, un seul d'entre eux ne serait pas capable d'une telle chose et à plusieurs c'est inenvisageable s'ils se foutent sur la gueule comme le disait le vieux dans ses histoires.)

(Pour une fois qu'on est d'accord...)

Mormegil, abaissant le regard, se remit en marche dans la rue éclairée par les mystérieuses lumières flottantes dans le ciel étoilé de la nuit. C'est après plusieurs maisons qu'il vit, entre deux d'entre elles, un corps étalé sur le sol boueux de la ruelle. Il s’arrêta à l'entrée de la ruelle pour observer la scène. Le crime avait été parfaitement commis, le corps n'aurait pas pu être retrouvé cette nuit là par un humain car aucun d'entre eux ne s'aventure dans les ruelles le soir, bien trop mortelles. De plus, les passants étaient tous absorbés par les aurores boréales. Mais Mormegil, qui avait les yeux des elfes noirs pouvait voir le cadavre, celui d'un enfant étant donné sa petite taille. Mais en observant plus attentivement encore la scène, le semi-elfe fut piqué par un détail. Dans un flaque d'eau trainait une cape, la cape qu'il avait donné à l'enfant qu'il était sensé attendre à la Taverne du Paladin. Mormegil s'approcha du corps inerte de l'enfant, c'était bien celui qui l'avait volé puis qu'il avait ensuite aidé.

(Ah quel dommage... Déployer tant d’efforts pour sauver un mort.) fit l'alter-ego du semi-elfe en ricanant.

Sans prêter attention à ce que disait son autre lui, Mormegil continua d'observer le cadavre, impassible. L'enfant était mort les yeux ouverts, des larmes avaient lavé le visage du petit, laissant des traits propres sur son visage sale. Ses ongles étaient en sang et de la peau étrangère s'y cachait, signe qu'il s'était défendu. Son cou, également, portait des marques de strangulation évidentes, la personne qui avait fait ça ne pouvait être qu'un homme adulte, sûrement une personne que le garçon avait tenté de dépouiller.

« Non mais sérieux... Comment ce gosse peut partir en paix si personne ne s'en occupe... Regarde moi ça, c'est une insulte envers Phaïtos de ne pas tuer proprement... »

(Je pense que Thimoros approuve, lui)

« Thimoros s'en fout royalement tant qu'on tue. Alors autant contenter les deux dieux en même temps en tuant proprement... »

(Ne compte pas sur moi pour ça)

Ignorant une fois de plus la dernière réplique de son alter-ego, Mormegil enroula la cape qu'il avait donné à l'enfant autour du corps de ce dernier. Il le prit dans ses bras et retourna dans la rue principale, toujours éclairée pas les étranges lumières dansantes dans le ciel.

(Ils sauront quoi faire de ce gosse au temple) pensa Mormegil.

L'édifice, noir ébène, trônait là, de l'autre côté de la rue. La demeure de la Mort elle-même. Mormegil s’avançait, sans afficher aucune humeur sur son visage, vers le Temple de Phaïtos avec l'idée que les prêtres pourront l'héberger au moins pour cette nuit en guise de récompense pour la "bonne action" qui consistait à ramener le corps de l'enfant pour que son âme puisse aller librement en Enfer. Nombreux étaient les passants qui regardaient le mi-elfe, tenant le petit corps drapé dans ses bras. En arrivant au pied de l'édifice, un homme interpela Mormegil.

« Meurtrier ! C'est toi qui à tuer cet enfant pour l'offrir à ce faux dieu ? »

Mormegil, accablé d'être interrompu dans toutes ses actions de la journée, se retourna pour voir qui venait de lui adresser la parole. C'était un simple paysan, la manche recouvrant son bras droit était cependant tachée de sang, détail qui n'échappa pas au semi-elfe.

« Répond ! »

« Je ne l'ai pas tué espèce de crétin, as-tu une seule preuve de ce que tu avance au moins ? » déclara Mormegil alors que les gens dans la rue s'étaient arrêtés pour assister à la scène.

(Impossible d'être tranquille plus d'une heure... Cette ville est vraiment chiante)

« Pas besoin de preuves ! Tu emmènes le corps d'un gosse dans un lieu de mort ! »

« Et alors ? N'est-ce pas un lieu approprié ? Nous savons tout les deux qui a tué ce garçon... »

« Qu'est ce que tu insinues enfoiré ? »

« Je n'insinue rien, tu m'accuse d'avoir tué cet enfant sans preuve, sûrement parce que tu as peur que quelqu'un t'ai vu le tuer dans la ruelle où je l'ai ramassé. »

« Comment oses-tu ! » le paysan dégaina son épée de son fourreau et commença à courir vers Mormegil dans le but de l'embrocher. A peine eut-il le temps de faire cinq mètres que deux gardes, qui avaient assisté au dialogue, le stoppèrent en pointant leurs lances vers l'enragé.

« Halte là ! » déclara l'un des gardes.

« Quoi ? Vous croyez ce fossoyeur ? »

« Nous ne croyons personne sans preuve. Nous allons éclaircir ça. »

Voyant du sang couler du bras droit du paysan, l'un des miliciens releva la manche de l'homme, dévoilant un avant bras lacéré par des griffures sanglantes. Les deux gardes voyant ce spectacle, se retournèrent vers Mormegil avec un air interrogateur pour que ce dernier leur explique ce qu'il en était de la situation.

« Les marques sur le cou du gosse, le sang qu'il a sous les ongles et les lacérations sur le bras de cet homme, tous ces indices démontrent bien que c'est lui le tueur. Il l'a étranglé avec son bras droit et le garçon s'est défendu comme il pouvait avec ce qu'il avait. »

« Menteur ! »

« Monsieur calmez vous, nous allons vous emmener à la caserne, là nous pourrons discuter calmement et vous aussi étranger » clama l'un des miliciens en regardant le paysan puis Mormegil.

« Non ! Je n'irai pas au cachot à cause de toi fumier ! » l'homme bouscula les gardes pour aller à la rencontre du mi-elfe, l'arme à la main.

Mormegil, voyant le fou arriver à lui, déposa la dépouille à terre et fit fasse à l'assaillant sans sortir ses lames.

« Très bien, je vais t'envoyer voir ce faux dieu que tu détestes tant puisque tu insistes »

Voyant les miliciens se rapprocher rapidement derrière le paysan, les lances pointées vers lui, Mormegil repoussa l'assaut du paysan d'un coup de pied. Ce dernier, trébuchant, alla s'empaler sur les lances des gardes qui s'étaient suffisamment rapprochés. Le semi-elfe se rapprocha de l'homme crachant son sang et lui glissa quelques mots à l'oreille.

« Je t'interdis de mourir autrement que par ma main, sache que je suis la sombre épée des dieux noirs et que je serai ton bourreau... »


Mormegil posa sa main sur le visage du mourant et concentra son fluide dans sa paume. Un léger brouillard noir apparu autour d'eux et les yeux violets du semi-elfe se mirent à émettre une lueur sombre, et d'une voix résonnante, Mormegil dit : « Maintenant meurs ! ».
Le mi-elfe expulsa l'énergie accumulée dans sa main sur le visage de l'homme dans un bruit sourd, il retira ensuite sa main du visage de l'homme, désormais mort, du sang coulant de ses yeux et de son nez.
Un silence digne de celui d'un cimetière régnait dans la rue, personne ne sachant comment réagir à ce qu'il venait de se passer. Le semi-elfe, sans un mot, reprit le corps de l'enfant et entra dans le temple sombre aux portes rouges sous le regard ébahi des spectateurs de la rue et des gardes, tenant encore leurs lances avec le paysan accroché au bout, ne comprenant pas la scène dans laquelle ils venaient de jouer.

« Laissons-le, je n'entrerai pas dans ce bâtiment. » dit l'un des miliciens en s'adressant à son comparse.

« Oui je suis d'accord. Vous, circulez ! Il n'y a plus rien à voir ! » clama le second garde en se retournant vers la foule, celle-ci commençant déjà à se disperser.

Suite...

------------------

(Utilisation du Souffle de Thimoros sur le paysan)

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 Sujet du message: Re: Les rues de Kendra Kâr
MessagePosté: Dim 12 Mar 2017 02:31 
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Prise de conscience


La porte s'ouvre sur la même bande de soûlards occupés à brailler quelques chansons paillardes qu'ils coupent parfois d'une longue gorgée de bière. Ma blessure à la cuisse me lance chaque seconde, m'arrachant des grondements de chien à chaque inhalation de l'air glacial du dehors. Sans vraiment le vouloir, je bouscule les marauds sur mon chemin qui me hurle dessus un charabia incompréhensible et pénètre dans le manteau de pluie qui recouvre toute la cité. Trottant la main sur ma blessure, je disparais au coin de l'allée et longe la Taverne vers le quartier le plus proche pour m'y terrer comme un rat. Ma main armée s'appuie d'elle-même contre le mur de l'établissement, laissant parfois ma lame de Boucher grincer contre le bois mouillé. Je n'y porte que peu d'attention, préoccupé par la présence d'une possible patrouille de Milice aux alentours.

(Je dois me cacher. A tout prix. Le visage découvert, j'ai toutes mes chances de me faire attraper.)

Mon pied bute contre une imperfection de la route et je me rattrape contre le mur de la Taverne en lâchant ma lame par réflexe. Genou à terre, je peste mon manque d'attention et rattrape mon arme par la poignée en raclant la terre sous mes ongles, puis repart au trot tel un cheval blessé. Finalement, j'atteins le quartier résidentiel, vide de monde à cette heure-ci et surtout par ce temps merdique qui me trempe encore jusqu'aux os. Je tourne dans la première venelle sombre, encore trop obnubilé par le besoin de disparaître aux yeux de tous. Un tonneau au contenu nauséabond se tient au milieu du passage et je m'adosse au mur près de lui, exténué par la course qui m'a arraché mes dernières forces. Tentant de retrouver mon souffle rythmé par mes immondes gargouillements de chien battu, je glisse jusqu'au sol et laisse la froide pluie me rincer le visage découvert. Ma jambe me lance une nouvelle fois pendant que je l'installe plus confortablement, noyant la plaie dans un flot de sang et d'eau. Je pose ma lame à mes côtés et constate l'absence de la deuxième, comprenant que je l'ai abandonné plus tôt au milieu de l'auberge. La nouvelle me tire un soupir de désarroi qui s'intensifie lorsque je découvre que l'exemplaire de mon avis de recherche manque également à l'appel. Ma main passe dans le trou béant de mon sac qui vomit au sol son contenu, laissant mon masque et mon tablier se tremper dans la boue environnante. Je les observe un moment, ébahi par la quantité de conneries qui me submerge aujourd'hui, sans trouver les mots et l'énergie pour m'énerver une nouvelle fois.

"Je te croyais plus intelligent que ça, Ellyan..."

Dans un élan de surprise, je ramasse mes affaires au sol et les serre contre moi, avant de tourner la tête vers la source de la voix. Au bout de la ruelle, une silhouette toute de noir vêtue s'approche doucement de moi, les mains bien cachées dans un manteau. Ses pas font s'éclabousser la vase naissante et rapidement, l'inconnu arrive à ma portée sans la moindre crainte. Plus inquiet que rassuré, je lève ma lame en signe de défi, prêt à frapper s'il tente quoi que ce soit à mon égard.

"Après ton spectacle dans la Taverne, j'ai du mal à croire que tu veuilles toujours te battre... Pose ton arme, Boucher. Je fais partie des Murènes."

Tandis que mon arme s'abaisse jusqu'au sol, l'homme retire sa capuche et me dévoile son visage fourni d'une barbe courte aux poils châtains. Ses petits yeux légèrement plissés me fixe avec sérieux, ne détournant le regard à aucun moment. Je repère l'une de ses oreille coupée et ravale un hoquet de surprise alors que la description de Timur se répète une nouvelle fois dans mon esprit.

"Je m'appelle Yariss. Je suis un espion des Murènes et j'ai longtemps travaillé comme Main personnelle de Dame Lydia."

Son nom me rappelle beaucoup de choses, surtout des mauvaises. La même rage de l'auberge soulève mon bras armé, mais son pied l'écrase aussitôt et c'est désormais accroupi qu'il s'adresse à moi. Le besoin de répliquer est cependant incontrôlable et c'est par les mots que je choisis de l'attaquer.

"Putain de mange-merde ! C'est toi qui me suis comme un chien depuis le début ! Je vais t'ouvrir en deux et te-"

"Arrête ton numéro, Gueule-de-Mort. Je n'ai fait qu'obéir aux ordres. Et ne pense pas être une exception, toutes les nouvelles recrues sont suivies par la Caste dans leurs premières missions. C'est plus un moyen de s'assurer qu'elles ne s'enfuient pas que de les contrôler. Maintenant, laisses-moi t'aider, nous retournons au Dispensaire. Tu dois te faire soigner et j'ai à te parler."

Son égard me lève un sourcil, mais ne me rassure aucunement sur ce qui le motive. Rien ne m'inquiète réellement chez lui. Au vu de mon état, il peut facilement mettre un terme à mes souffrances. C'est davantage ce qu'il souhaite de moi qui me pousse vers la défensive. Devinant mon refus, l'espion baisse la tête en soupirant, cherchant un moyen de me convaincre avant de me fixer une nouvelle fois, les yeux pleins d'une conviction sans faille.

"Ecoute-moi, Boucher. La pluie commence à s'arrêter et l'heure tourne. Bientôt, les rues se rempliront de monde et tu ne pourras plus sortir d'ici. Sans parler de ta blessure qui s'infectera d'ici quelques heures si elle n'est pas traitée. A moins que tu ne te vides de ton sang avant, je ne sais pas. Je te propose mon aide une dernière fois. Sans réponse de ta part, je te laisse pourrir ici sans la moindre conviction de te revoir un jour."

Un moment de silence s'installe alors que je sens la pluie perdre en intensité. Son clapotement n'est plus aussi assourdissant et j'entends déjà quelques volets de maison avoisinantes s'ouvrir. Sa main se tend vers moi, avec la seule volonté de m'aider à me relever.

"Tu viens, ou tu crèves.'"

Muet du moindre remerciement, j'attrape sa proposition et gémis de douleur en m'appuyant dessus, debout et prêt à rentrer au bercail.

"Allons-y..."

_________________
La milice de Kendra Kâr recherche des renseignements sur les agissements ou la localisation du fugitif "Ellyan Crow". L'approche et le contact avec l'individu sont tous deux fortement déconseillés.


Multi de Kalas, Shaman du Loup et Allen, Guerrier de Wiehl.


Dernière édition par Ellyan Crow le Mar 14 Mar 2017 11:55, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les rues de Kendra Kâr
MessagePosté: Dim 12 Mar 2017 21:43 
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Livre I
Chapitre 2 Partie 2


Précédemment...

Mormegil sortit de la demeure de Phaïtos, laissant les lourdes portes rouge sang grincer en se fermant sous le regard des deux prêtresses. Sans surprises, une demi-douzaine de gardes l'attendaient devant le temple pour mettre au clair les événements de la veille.

« Arrêtez-vous là étranger ! Au nom de notre roi Solennel VI et de sa justice, je vous arrête pour le meurtre d'un citoyen de Kendra Kâr hier devant ce même temple. » déclara l'un des miliciens en déroulant un parchemin.

(Non mais c'est pas possible, cette ville m'en veut) pensa Mormegil en regardant les gardes.

« Il était déjà mort... Je n'ai fais qu’abréger ses souffrances... Pourquoi m’arrêter ? »

« C'est un meurtre monsieur. N'opposez pas de résistance et vous ne serez pas blessé. »

Le semi-elfe regarda autour de lui, les miliciens s'étaient placés en arc de cercle autour de l'entrée du temple de Phaïtos ne laissant aucune échappatoire à Mormegil. Voyant cela, ce dernier se rendit aux gardes sans résister ni dire un mot. Les hommes en armure lui attachèrent les mains et prirent ses armes pour les mettre dans son sac que l'un d'eux prit sur lui.

« Merci de votre coopération, étranger. Nous allons vous emmener au poste de la milice où nous vous poserons quelques questions. »

Les gardes se mirent en formation d’escorte autour du semi-elfe de façon à l’empêcher de s’enfuir, trois d'entre eux étaient derrière lui, un de chaque côté et un devant pour ouvrir la marche. Le petit groupe se mit ainsi en route pour le poste de la milice. Ils prirent la rue qui longeait le temple noir et qui se terminait en arrivant sur la place devant l'hippodrome de la cité.
Mormegil observait autour de lui à chaque instant, cherchant un moyen d'échapper à ses geôliers alors qu'il marchait avec eux vers le bâtiment de la milice.

(Bon, dis-moi Morme... Tu comptes faire comment pour t'enfuir ? Ils sont six, nous ne sommes qu'un...) intervint l'Autre.

Le semi-elfe, continuant d'observer la scène dans laquelle il jouait, remarqua qu'aucun des gardes dans son champ de vision ne portaient son sac, il en déduisit donc que c'était l'un des trois miliciens derrière lui qui le portait.

(Laisse-moi faire...)

C'est au bout de quelques minutes de marche qu'une chance se présenta à Mormegil. En effet, alors que le petit cortège traversait la foule de la rue tel un navire éperonnant les vagues, l'un des gardes fut bousculé par une petite rixe entre deux passants. Sans réfléchir, quatre des gardes allèrent stopper le petit combat, laissant Mormegil avec seulement deux miliciens qui n'étaient même plus concentrés sur lui. Le semi-elfe, ayant toujours les mains liées, saisit sa chance et poussa d'un coup d'épaule l'un des deux hommes qui lui tenaient compagnie. Ce dernier, sous le poids de son armure, perdit l'équilibre et tomba sur son camarade qui tenait le sac de Mormegil à la main. Voyant son sac à terre, le fugitif l'attrapa et courut se réfugier dans les petites ruelles que formaient les espaces entre les maisons.

« LE PRISONNIER S'ÉCHAPPE ! » hurla l'un des gardes à terre.

Les six miliciens virent leur prisonnier disparaître dans l'ombre des maisons blanches de Kendra Kâr alors qu'ils étaient soit en train d’empêcher une rixe de rue soit à terre.

« Lancez un avis de recherche ! Nous voulons attraper un semi-elfe de taille moyenne portant une bure noire ! » déclara un des hommes en armure alors qu'il s'interposait entre les deux passants qui se battaient « Vous ! Poursuivez-le ! Moi je reste ici pour régler ce problème-là » continua-t-il en s'adressant aux gardes à ses côtés.

« Oui sergent ! » crièrent en cœur les cinq miliciens.

Sur ces mots, les trois hommes aux côtés du sergent s'engouffrèrent dans la ruelle où Mormegil avait disparu tandis que les deux autres se relevèrent et se mirent à courir vers le poste de la milice en bousculant la foule pour lancer l'avis de recherche.

Suite...

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 Sujet du message: Re: Les rues de Kendra Kâr
MessagePosté: Mar 4 Avr 2017 13:49 
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Livre I
Chapitre 2 Partie 4


Précédemment...

Mormegil zigzaguait entre les bâtisses depuis plusieurs minutes lorsqu'il déboula dans une rue plus que fréquentée. Il observa les lieux autour de lui afin de savoir où il se trouvait après avoir marché à l'aveugle pendant tout ce temps. Devant lui se dressaient des grilles en fer forgé, chaque pointe de cette clôture se terminait telle une flamme de métal. De l'autre côté de ces grilles, se trouvait un chemin de pierre encadré de bacs à feu brillants tous d'une flamme rouge. Ce chemin menait à un bâtiment modeste, mais dont les murs étaient recouverts de plaques de métal, reflétant ainsi les lumières venant frapper l'édifice.

(Meno… je sais où je suis…) pensa le fuyard.

Toujours en observant la rue à la recherche de dangers éventuels, Mormegil vit un groupe de trois miliciens remonter la rue dans son sens. Voyant que les individus n'avaient pas l'air de chercher quelqu'un, le semi-elfe prit soin de rester discret mais visible afin de voir leur réaction.
Les trois gardes passèrent devant lui sans lui adresser le moindre regard et continuèrent de marcher dans la rue comme si ce jour était le plus calme d'entre tous.

(On dirait que l'information n'est pas encore parvenue jusqu'ici…) remarqua Mormegil.

Saisissant sa chance, il remonta la rue à son tour puis bifurqua sur sa droite pour contourner le temple de Meno. Il passa rapidement devant la Grande forge d'Argaie, lui rappelant l'enfant qui y avait volé la fameuse dague forgée avant de lui voler sa bourse.

« Tsss il était trop téméraire de toute façon… » se dit Mormegil en se parlant à lui-même.

En continuant sa marche vers les portes de la cité, il croisa d'autres petits groupes de miliciens, remplissant leur rôle de veilleur. Il en vit plus encore lorsqu'il arriva au niveau du marché de Kendra Kâr, bondé de monde. Bien que ceux-ci ne fussent pas encore à la recherche d'un semi-elfe encapuchonné dans une bure elfique noire, ils restaient attentifs au moindre fait et geste. En effet, les vols à l'étalage étaient encore trop courants pour une cité aussi importante.
Marchant toujours sur son chemin en contournant soigneusement le marché, Mormegil vit une file de charrettes devant un contrôle de la garde qui était là pour vérifier les marchandises quittant la place marchande. Le semi-elfe longea lentement la longue queue de véhicules de bois tractés par des chevaux de trait jusqu'à ce qu'un vieil homme l'interpelle depuis le banc de sa charrette de bois clair.

« Dites-moi jeune homme ! Ne seriez-vous l’homme qui aurait fait du grabuge devant le temple du dieu noir hier soir ? »

Mormegil, se sentant menacé par cet homme qui venait de le démasquer, se retourna vers lui et répondit d'un ton sec : « Je ne vois pas de quoi vous parlez… »

« Je suis sûr que si allons ! J'y étais, j'ai vu votre visage. J'ai aussi vu de quoi vous étiez capable »

« Très bien… que voulez-vous vieil homme ? » continua le semi-elfe, ne pouvant plus nier ses actions de la veille.

« Boarf ! Pas grand-chose j'aurais simplement besoin d'une escorte pour me protéger des brigands jusqu'aux Duchés. » dit l'homme en se grattant l'arrière de la tête avec un grand sourire dévoilant une dentition en souffrance.

Au mot « Duchés », le sang du semi-elfe ne fit qu'un tour. Il avait enfin un moyen d'atteindre sa destination dans des délais convenables à ses yeux. Grâce à cet homme il pouvait rallier le château d'Endor en seulement deux semaines.

« Très bien, je vous escorterais jusqu'aux Duchés, tout ce que je veux en échange, c'est votre silence sur qui je suis, vous ne m'avez pas vu hier… et de la nourriture pour le voyage… » déclara Mormegil.

« Ah ! Très bien ! Vendu ! Montez mon ami ! »

Sur ces mots, Mormegil monta sur la charrette en grimpant sur les rayons de la roue en bois ceinturée d'une épaisse lame de fer afin de garantir la solidité de la roue et s'assit aux côtés du vieux marchant.
Lorsque vint leur tour de passer au contrôle, l'homme raconta aux gardes que Mormegil était un de ses petits-fils et qu'il était là pour apprendre le métier de marchand. Les miliciens avalèrent l'histoire et les laissèrent passer dans la Grande rue de Kendra Kâr.

Suite...

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Dernière édition par Novelastre le Mer 20 Sep 2017 14:07, édité 1 fois.

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