Nous marchâmes quelques minutes avant de voir au loin l'architecture majestueuse de la Grande Porte.
(C'est magnifique !) Elle dominait sans aucun doute le paysage, surplombant la masse grouillante de personnes qui s'amoncelaient autour. Cela me décourageait : nous étions en début de matinée maintenant et les habitants inondaient les rues, sûrement pour se rendre sur leur lieu de travail. Certains même travaillaient ici, les petits commerces étaient nombreux et on entendait déjà au loin les vendeurs s’égosiller pour faire remarquer leurs produits.
Pour rajouter à mon ennui, Oryon et ses deux gardes n'avaient pas l'air pour le moins du monde surpris. Ils avaient le regard blasé de ceux qui avait vu cela de trop nombreuses fois pour s’en soucier. Comme toutes les personnes autour de moi d’ailleurs.
J’étais tellement impatiente de voir Kendra Kâr pour de vraie ! J’en avais entendu des histoires du monde d’en haut encore plus cruel et injuste que celui des Shaakts, des rayons du soleil qui brûlaient le visage et de l’infériorité des races de la surface. Pourtant pour l’instant, rien de ce qui m’était arrivé n’était pire qu’une bonne journée à Caix. Même l’altercation de ce matin n’avait rien d’extraordinaire à part la surprise de me faire attaquer par des hommes. Faites la même en les remplaçant par mes sœurs et vous avez une belle partie de mon enfance !
Nous nous retrouvâmes au bout d'une file gigantesque qui n'avait pas l'air de vouloir avancer. J'essayais de monter sur la pointe des pieds pour voir ce qu'il se tramait, mais rien à faire ! Les gens devant moi avec tout leur attirail étaient bien trop grands pour que je puisse espérer voir quoi que ce soit. Alors que je sautillais pour prendre vainement de la hauteur, Oryon m'interrompît avec le sourire :
"Désolé, mais vous n'arriverez à rien comme ça. Et pour votre information, des miliciens contrôlent les allées et venues des personnes qui passent cette porte, question de sécurité. Vous comprenez par les temps qui courent ! »"Vous auriez pu me le dire plus tôt ! Des minutes que j'essaye de comprendre quelque chose à cet attroupement !" Je maugréais, mes oreilles s’affaissèrent en signe de mécontentement. J’étais là, à me ridiculiser et lui, les bras ballants, profitait du spectacle !
Étonnamment, un des gardes (Abbo je crois ?) m'adressa la parole :
"Je vous prie d’excuser Messire Oryon, il oublie souvent comment se comporter avec les Dames. » Sur ce, il inclinât poliment la tête. Ce garçon avait finalement un peu d’éducation et à la fin de sa phrase mes traits se détendirent. J’avais appris à la dure que les coutumes, notamment envers les femmes, ici n’étaient pas du tout les mêmes que chez moi. Mais un soupçon de galanterie ne faisait pas de mal !
Je le vit alors pour la première fois avec ses larges épaules, attestant d’une bonne musculature sous toute cette ferraille. Son teint cuivré laissait penser qu’il n’était pas de Kendra Kâr, dont le climat semblait beaucoup trop pluvieux. Il avait un visage carré et des yeux verts foncés juvéniles qui trahissaient son manque d’expérience. Il dégageait une certaine maturité malgré tout, comme si il avait un poids trop lourd à porter sur ses épaules.
« Visiblement, Messire Oryon à moins d’éducation que les pauv…les personnes d’une classe sociale moins aisée à son service. »Les trois hommes me regardèrent avec un air de reproche mais ne dirent rien. Tant mieux, je n’avais pas besoin de me faire plus remarquer aujourd’hui !
Brusquement, dans la cohue, une petite forme à la tignasse blonde me bousculât ravivant la douleur dans mon dos. Je faillis perdre l’équilibre mais Oryon m’attrapât le bras à la dernière seconde. Le gamin se retournât dans sa course, me lança une œillade et reparti. Je me contentais de regarder dans sa direction ne voyant plus que sa chevelure qui bientôt se confondrait dans la foule. Son air malicieux et vulnérable à la fois me replongeant dans les souvenirs de ma maison natale. Il me faisait penser à un de mes petits frères. Je n’avais même pas pris la peine de me souvenir de son prénom à celui-là. Il devait être mort maintenant : ils ne survivaient pas bien longtemps dans la famille.
Perdue dans mes pensées, la file se déplaça de quelques mètres et Oryon m’intima d’avancer d’un contacte sur mon avant-bras. Je le laissais me guider, la tête toujours tournée vers là où le garçon avait maintenant disparu, puis mon regard se retourna doucement vers l’horizon de têtes devant moi. Cela me semblait être des heures que nous étions coincés ici !
"Oryon, je reviens de suite. Quelque chose à régler." Informa l'autre garde dont je ne m'étais pas souvenue du nom.
Oryon le regarda curieusement mais ne fît pas de remarque.
"Très bien, revenez vite Wilks. Rejoignez- nous à la place du Château quand vous aurez fini."On le vit filer à travers la file bousculant femmes et enfants pour atteindre sa destination inconnu. Abandonner son poste pour régler une affaire personnelle ! Chez moi il n'aurait pas fait long feu.
Finalement, au bout d’encore quelques minutes, je levais mon regard et pouvais voir d’en bas l’immensité de la porte qui semblait se mêler au ciel. Elle était gardée comme prévu par deux hommes en armure qui ressemblaient étrangement à celles portées par Abbo.
(Des miliciens ?)C’est vrai, j’en connaissais peu sur le monde extérieur. Mais Lyndra avait toujours mit un point d’honneur à me faire reconnaître toutes les emblèmes de milice. Que je ne les aient pas reconnues avant me dépita un peu…
Faisant fi de la porte surveillée, Oryon ne s’arrêta pas et continua tranquillement sa route vers l’autre côté. Un milicien l’interpella néanmoins :
"On promène la marchandise m'sire Fëlys !"Il prit à peine le temps de se retourner vers lui et leva un sourcil vers son interlocuteur souriant dans le plus grand des calmes.
"Si elle t’intéresse tant tu sais très bien où la trouver, ma marchandise, si ma mémoire ne me fait pas défaut""Votre mémoire pt'être pas mais le poids de ma bourse c'est une autre histoire ! Allez, bonne journée m'sire !" Il allait se retourner afin de faire son travail avec un dernier geste de la main pour Oryon quand il me vit m'engager vers la porte à mon tour.
"Holà l'encapuchonnée ! Que crois-tu faire !? Ici nous sommes des professionnels, nous ne laissons pas les voyageurs allez et venir comme bon leurs sembles. Viens voir par là et découvre ta tête !"Tient on me parlait ! Bien que le concept de l'interrogatoire ne me dérangeait pas spécialement, j'aurais préféré pouvoir rentrer directement. Jamais je ne me serais attendue que cela soit si compliqué ! Avant que je puisse lui faire part du fond de ma pensée sur le fait de me donner des ordres, Oryon prit la parole.
"C'est bon ne t'occupes pas d'elle : elle est avec moi."Le garde se désintéressa de moi non sans une once de suspicion et continua son travail. Je me dépêcha de passer sous les voûtes fraîches de la porte me soulageant pendant quelques secondes du soleil qui atteindrait bientôt son zénith. La masse entrante et sortante se faisait de plus en plus épaisse. Une humaine me bousculât pour passer mais je l’ignorais.
(Enfin à l’intérieur !)Je croyais que la foule devant la porte était importante, c'est que je n'avais pas encore vu la celle qui peuplait la rue principale. Les habitants, les voyageurs, des personnes d'âges et de races différentes se confondaient dans le large espace surplombé de bâtiments paraissant plus clairs par le soleil qui les tapait. Le monde grouillait et s'étendait à perte de vue où se dressait au loin de hautes structures et une grande coupole dont le sommet brillait de milles feux.
Je sursautais à la voix d'Oryon dans mon oreille:
"Fermez la bouche Nox, je n'ose imaginer ce que cela sera lorsque vous verrez le château. C'est une des plus magnifiques structures du continent. Maintenant avancez vous bloquez le passage."La Grande Rue