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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Mertar
MessagePosté: Mar 27 Oct 2015 05:47 
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" Finalement... La surprise était assez bonne. Mais je m'attendais quand même à voir Mertar. " Bouda Hrist, assise à l'avant du chariot.

Fiori avait été très ponctuel, ils avaient tous deux descendu la montagne et s'engageaient maintenant sur des routes moins escarpées et plus rassurantes. Les paysages se déclinaient à mesure que le soleil se levait dans le ciel et la montagne, déjà loin derrière, avait laissé place à quelques vallées dodues où les champs de céréales terminaient d'être récoltés, les restes étaient roulés en grosses meules encore dorées qui ressemblaient au loin à de nombreux escargots gigantesques qui parsemaient les champs de terre brune.

Hrist reconnu les odeurs, celles qui la transportaient de part le passé et qu'elle croyait avoir oublié. Le foin, les odeurs qui sortaient des fermes et des villages lorsqu'on y fêtait un mariage ou que les habitants profitaient d'un des derniers jours de temps clément pour tuer un agneau et le faire rôtir. Tous ces souvenirs, ces vestiges de son passé plongeaient Hrist dans une rêverie éveillée qui dura jusqu'à ce que Fiori ne décide, à l'ombre d'un gros arbre, de faire une pause.

------

" Va falloir retourner dans votre cachette. "

La femme s'y attendait. En chemin, ils avaient rencontré quelques soldats à pied mais elle s'était contentée de baisser la capuche et de lover sa tête dans l'épaule de Fiori en lui tenant la main. D'aucun n'aurait pu affirmer qu'il s'agissait là d'une criminelle recherchée, tous ceux qu'ils croisaient ne voyaient là qu'un couple de marchands de vin.

" Je sais bien. Encore combien de temps ? Un jour ?"

Lorsqu'il opina du chef, Hrist se rassura. Elle qui craignait de devoir passer plus d'une journée dans cette barrique exiguë trouvait déjà sa situation plus supportable. Elle croqua dans une mûre ramassée quelques heures plus tôt et essuya ses doigts noircis de jus sucré sur un pan de sa cape poussiéreuse.

Kendra Kâr avait des alentours remarquablement jolis, les maisons fumaient paisiblement et les paysans rentraient du moulin, épuisés et voûtés par la charge de travail mais protégés par les soldats éparpillés partout sur les terres.
" Une fois que je suis rentrée... Comment je me dissimules dans la ville ? La foule pourra me cacher un temps, mais il faudra plus que ça. "

Fiori qui fumait une pipe en bois, adossé à un arbre fermait les yeux avec une mine d'abruti satisfait. Les vapeurs de tabac moite parvenaient au nez de la tueuse qui se râcla la gorge, espérant ne pas avoir à réitérer sa question. Sans mot dire, il indiqua du bout de sa pipe un havresac suspendu au bord du chariot.

Sans se montrer davantage communicative, Hrist l'ouvrit et grimaça.
" J'te hais. "
" Rien de tel qu'un bon tas de haillons de mendiant pour se faire passer inaperçu. "
" Et l'odeur de mort, c'était obligé ? "
" Ah, ça... J'ai récupéré ça sur un humain mort à Omyre. Les rats avaient déjà commencé à lui grignoter les doigts d'pieds. " Conclu-t-il en levant sa pipe vers Silmeria comme un salut provocateur.

" Mouais... J'te hais."

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La petite ombre de la Mort à Elysian.

Alors, j'ai établi ma couche dans les charniers,
Au milieu des cercueils,
Où la Mort Noire tient le registre des trophées qu'elle a conquis.


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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Mertar
MessagePosté: Mar 1 Mar 2016 01:19 
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Les montagnes thorkines regorgent de dangers, qu’ils soient d’origines naturelles ou animales. Nibelung me cite pour exemple les ravines et les éboulements qui peuvent vous faire passer de vie à trépas en un instant. Heureusement, il connait cet endroit comme sa poche, il faut dire qu’il a souvent patrouillé ici. C’est confiant qu’il me guide à travers les sentiers rocailleux qui flanquent les flancs montagneux.

Je bénéficie d’une vue imprenable et profite de l’instant, observant les forêts insondables qui ceignent la frontière entre les chaînes montagneuses et les plaines boisées. Nibelung m’a prévenu, le mal s’y tapi, rode et profite de la faveur de la nuit pour vous assaillir. Il insiste sur le caractère urgent de la chose, m’incite à avancer plus vite. D’après lui, le camp doit être monté avant que la nuit ne soit tombée. De plus il faudra se presser d’allumer le feu afin de se prévenir d’éventuelles visites surprises.

C’est au bout de deux heures de marches sans incident que je sens la pente s’adoucir. La surface devient plus plane et les arbres, parés de leurs robes émeraudes, se font de plus en plus nombreux. Le soleil décline déjà à l’horizon et Nibelung préfère finalement rester à l’orée du bois. Il entreprend de monter la tente, m’envoyant en attendant chercher du bois sec pour allumer le feu. Je vais jusqu’à la frontière végétale et récupère quelques morceaux de bois que je lui donne.

Je le vois qui s’escrime à faire partir le foyer et décide d’aller jusqu’à la rivière. Je m’assois en tailleur et ferme les yeux, me laissant bercer par le clapotis de l’eau. Je laisse m’envahir le fluide de glace qui se répand avec aisance dans mon sang, m’offre sa puissance. Il s’empare de ma conscience, me dépossède de mes émotions superflues, pour ne laisser de moi qu’un pantin guidé par un sens logique, froid, implacable.

Je ne suis plus en proie à la peur et aux doutes, cet état me permets de réfléchir à la meilleure façon d’éveiller le pouvoir qui sommeille en moi. Ne me focalisant que sur les possibilités offertes par cet élément au détriment du monde m’environnant.

Je me sens atteindre un nouveau stade, ne fais plus qu’un avec la glace, ressens la température de mon corps s’amoindrir progressivement. Je braque ma volonté, m’imagine protégé par un froid intense. Le souffle que j’expire deviens brume, des engelures se forment aux extrémités de mes doigts mais ce n’est pas douloureux. Je fais appel à toute ma détermination et dans un dernier effort essaie de parvenir à un résultat satisfaisant. Une faible aura paraît se constituer autour de moi pour disparaître quelques secondes plus tard, éclatant comme une bulle de savon.

Je me sens soudainement accablé de fatigue. Mon corps réclame un repos trop longtemps repoussé.

J’essaie de me lever mais mes jambes semblent coller à la terre et aucun son ne sort de ma bouche. Ma vision devient de plus en plus étroite, bientôt réduite à deux fines fentes. Mon corps bascule et entre en contact avec le sol, l’herbe grasse et humide qui le surmonte, la terre qui le compose et son odeur si particulière…

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Mertar
MessagePosté: Mer 2 Mar 2016 00:08 
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Je tends l'oreille et entends le chant de la forêt. Le bois craque, gémit sous l'assaut répété des bourrasques. Au loin, des loups hurlent, déchirant le silence ambiant et saluant l'ère éphémère des animaux nocturnes.

J'ouvre mes paupières alors que mille yeux étincelants m'épient depuis les ténèbres insondables. L'astre lunaire y règne sans partage, telle le suzerain du firmament, prodiguant sa lumière blafarde parmi les nuages s'étalant paresseusement. Le vent frais anime la frondaison des arbres, produisant un râle évoquant la voix désincarnée d'un défunt.

Le labyrinthe végétal semble vivant, animé d'une volonté propre, sa gueule béante est prête à m'engloutir pour ne plus jamais me laisser en sortir. Je ressens à cette idée une peur viscérale, comprends pourquoi Nibelung ne souhaitait pas que nous y pénétrions la nuit. Ce sanctuaire nous est hostile. Le simple fait d'y pénétrer reviendrait à le souiller, risquer sa colère.

Je vois la silhouette du nain qui dort près du feu qu'il a finalement réussi à allumer et décide d'en profiter à mon tour.

Mais alors que je me dirige vers le camp, j’aperçois fugacement du coin de l’œil une ombre se déplacer à l'orée du bois. La peur me prend aussitôt au ventre, de sombres idées fusent dans mon esprit, serait-ce l'une de ces choses dont m'a parlé Nibelung ?

Tout en braquant mon regard vers la forêt, je me déplace et, arrivé à proximité du nain, décide de le réveiller d'un coup de pied bien ajusté. Mais rien ne se passe comme prévu... Il grogne, gigote mais semble avoir un sommeil de fer. Pourtant je n'ose détourner le regard, et si la chose en profitait ? Un simple instant d'égarement peut signifier mon arrêt de mort.

Je fais preuve de plus de rudesse, tapant son fondement avec acharnement mais rien n'y fait, le nain dort encore. J'hésite à hurler, certaines bêtes se sentent agressées par de brusques éclats de voix.

(Peut-être puis-je commencer par me munir d'une torche provisoire)

Je me saisis d'une branche enflammée et l'utilise afin de balayer l'espace devant moi, éclairant fugitivement les alentours sans rien dévoiler. J'ai envie d'invoquer le fluide d'obscurité, afin d'avoir au-moins de quoi me protéger, mais qui sait ce qui pourrait survenir alors que je ne le maîtrise pas encore suffisamment ?

J’aperçois au loin une silhouette nimbée de brume, ses contours sont indistincts et alimentent chez-moi une angoisse qui, impérieuse, me hurle de fuir, d'abandonner le nain à son sort. Je me refuse à écouter cette mauvaise conseillère qui me pince, me griffe, essayant vainement de capter mon attention et regarde de nouveau en avant, plus rien...

La tension enfle, renforcée par l'atmosphère lugubre qui se dégage de ce lieu. Je me tourne de tous les côtés totalement apeuré, craignant pour ma vie et celle de mon ami.

J'entrevois, de nouveau à la périphérie de ma vision, un reflet fugace. Mon cœur commence de battre à tout rompre tandis que des tremblements me parcourent l'échine. Les poils de ma nuque se hérissent. Je sens une présence dans mon dos. Pourtant je n'ai rien entendu...

Je me retourne avec précipitation, les traits crispés. Deux âtres rougeoyants me fixent avec intensité. Un être fantasmagorique me fait face. Il est vêtu d'une large bure surmontée d'une capuche dissimulant son visage dans un voile d'ombre. Il me regarde sans rien dire, sans rien faire. Il ne semble pas agressif mais j'éprouve une certaine crainte en l'observant. Qu'est-il, que me veut-il ?

Une voix sépulcrale vient alors briser le silence devenu oppressant.

"Ne nourris pas de peur à mon égard, je sens ton esprit assailli par des questions, je peux y apporter réponse."

Je le regarde avec méfiance mais, intrigué par ces paroles je ne sais réprimer un besoin de demander :

"Qu'es-tu donc, toi qui est pourvu de la parole mais qui revêt l'apparence d'une créature de cauchemar ?"

Le ton de la chose se fait doucereux et s'avance lentement.

"L'on me nomme gentâme et je suis né du puissant Phaïtos, n'existant que pour... servir."

L'évocation du nom de Phaïtos éveille en moi une ferveur qui me pousse à continuer de converser avec lui. S'il est un envoyé du dieu que je vénère il ne peut que m'être de bons conseils, pourtant je ne peux me résoudre à abaisser totalement ma garde. Phaïtos reste le dieu de la mort.

"Si ton rôle est d'instruire, que peux-tu me dire sur la relique baptisée œil de vipère ?"

"Beaucoup sont morts pour l'obtenir mais la puissance qu'il confère se révèle extraordinaire, sans oublier qu'il prodigue l'immunité face aux poisons."

L'ombre ne bouge pas, n'esquisse pas un geste mais... Mes jambes fléchissent, je me sens terriblement fatigué sans pour autant avoir envie de dormir. J'ai la funeste impression que cette créature sape mon énergie, d'une façon ou d'une autre sans pour autant en avoir la conviction absolue. Je décide pour l'instant de continuer car il est une autre chose que j'ai besoin d'apprendre.

"Que peux-tu me dire sur le culte actuel de Phaïtos, où sont ses places-fortes ? Y'a t-il un endroit que je peux rallier afin de retrouver des fidèles en cas de difficulté ?"

"Les fidèles sont éparpillés de par le vaste monde. Tu peux néanmoins trouver sur ce continent un lieu situé dans les duchés. C'est un castel baptisé Endor. Il abrite une communauté vouée au culte de Phaïtos."

De nouveau je me sens faiblir, mes jambes deviennent flageolantes, peinent à soutenir mon poids. Finalement je tombe à genoux sur le nain, qui se réveille en appelant sa mère d'un hurlement retentissant.

Il me regarde finalement, vois sans doute mon expression et se tourne de l'autre côté, apercevant le gentâme.

Il hurle à s'en rompre les cordes vocales et se précipite sur sa hache à double lame qu'il agrippe fermement. Il se relève prestement et la brandit en direction du monstre.

"Insanis ! Arrête d'lui causer à c't'engeance maléfique ! Cette saloperie est lit'ralement en train d'te sucer ton âme ! L'paternel m'a déjà parlé d'cette merde autour du feu. Il faut qu'on s'bouge, je sais pas d'quoi elle est capable une fois énervée !"

Il commence à courir en laissant son fatras derrière lui mais je ne parviens à suivre le rythme, m'écroulant pathétiquement face contre terre. Je l'entends pousser un juron avant de percevoir des bruits de pas précipités. Il essaie tant bien que mal de me traîner. Je sens mes genoux racler douloureusement le sol. Il me crie de me reprendre. Je le vois jeter des regards affolés sur moi et sur le monstre.

Je n'arrive plus à rester concentré et chute dans les limbes de l'inconscience.

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Dernière édition par Mendax le Mer 2 Mar 2016 21:03, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Mertar
MessagePosté: Mar 14 Juin 2016 20:37 
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Je marche depuis bien des heures quand le souverain de la voute céleste cesse d’abreuver ses sujets de son divin éclat. Il abdique en faveur de la reine nocturne qui amène avec elle son châle aux nuances bleutées. Ses enfants s’éveillent à leur tour, scintillant de mille feu dans le crépuscule. Le vent charrie une rumeur… celle du ramage des géants tutélaires qui bordent le sentier forestier. Ils communiquent à l’aide d’un langage depuis longtemps oublié par l’homme. Dans le sous-bois résonne le salut des animaux diurnes envers la nuit qui annonce le début de leur règne éphémère.
Je progresse sans savoir où je vais, me contentant d’avancer dans cette direction qui m’apparaît comme évidente… J’ai beau chercher, je ne trouve aucune raison me poussant à aller là-bas plutôt qu’ailleurs mais je préfère ne pas y penser. Mon nouveau départ doit être libre de contraintes et d’obligations. Je ne dois que suivre mon instinct pour l’instant, et savourer la vie avec allégresse.

La nuit tranquille est alors perturbée par le bruit de sabots martelant la terre. Je me retourne avec vivacité et distingue un carrosse qui se rapproche rapidement. Deux cheveux y sont attelés, conduit par un homme aux contours encore indistincts. Derrière lui sont accrochés deux lanternes qui projettent les ombres des montures, leur donnant un aspect monstrueux. L’espoir me guide et je reste au milieu de la route, agitant frénétiquement les bras en l’air et criant de tout mon souffle.

Ce dernier obtempère et d’un claquement sec, intime à ses chevaux de s’arrêter. Ils s’ébrouent tandis que l’homme juché sur son banc m’interpelle d’une voix mêlant surprise et incertitude. Il veut savoir ce que je peux bien foutre perdu ici, en pleine nuit. Je m’arme de mon sourire le plus candide et lui répond d’un ton amical :

« Salutation mon brave ! Insanis pour te servir. Merci de t’être arrêté, aurais-tu une place libre ? Mes jambes fatiguent et je crains de ne pouvoir continuer longtemps à ce rythme… »

« Bah faut voir ça ‘vec les patrons. » dit-il en se grattant la tête avant de désigner d’un pouce l’arrière du véhicule.

Je me déplace avec hâte jusqu’à la porte dont la fenêtre est fermée quand elle s’ouvre avec soudaineté. Le visage d’un homme à l’air pince-sec apparaît dans l’embrasure de la lucarne et c’est d’une voix rude qu’il demande à son conducteur la raison de cet arrêt subit. Je me racle la gorge pour attirer son attention et dès qu’il daigne me regarder, l’identifie aussitôt comme un nobliau. Je m’adapte donc à mon interlocuteur et le salue d’une courte mais parfaitement exécutée révérence.

« Insanis pour vous servir monseigneur. Je suis désolé de vous importuner de la sorte mais je suis épuisé, frigorifié et trempé… La pluie a été brève quoique violente et je commence à tituber… Pourriez-vous m’héberger, le temps d’une simple nuit, s’il vous plait ? » supplié-je.

Le visage de mon vis-à-vis se pare d’une expression sévère et je redoute d’entendre sa réponse quand une main vient soudain se poser avec douceur sur son épaule. Deux perles opalines scintillent mais je ne distingue rien de plus. Puis il y a cette voix au timbre cristallin qui résonne tout bas, presque un chuchotement…

« Vous ne pouvez refuser d’offrir l’hospitalité… regardez-le, ce pauvre garçon… si attendrissant… si miséreux… »

Le visage de l’homme se décrispe finalement et il soupire avant de lâcher un « soit » réticent.

« Aller à l’avant avec Hector. Dépêchons. »

Mais la voix féminine interfère de nouveau, sollicite le noble de faire preuve de plus de galanterie.

« Mon cher et tendre, lui qui semble épuisé et qui se dit trempé, ne voudriez-vous pas le laisser entrer se réchauffer à l’abri dans la calèche ? »

De nouveau l’homme affiche un air contrit autant qu’agacé mais concède finalement à me laisser entrer. Je me fonds en remerciement, louant leur honneur et leur charité. J’essaie de faire bonne figure auprès d’eux… eux qui semblent riche, disposant même de chevaux. Je tisse déjà une ébauche de plan pour allier plaisir et nécessité. Mon voyage se passe jusque-là bien mais un destrier ne serait pas de refus, si je parviens à gagner sur tous les tableaux, ma situation ne pourra pas être plus parfaite.

(Mais le plaisir avant tout ! Cela fait trop longtemps que je n’ai rien fais… voyons si je n’ai pas perdu la main et parvient à séduire la gente dame. Pour l’homme je ne pense pas avoir une chance mais qui sait…)

La porte s’ouvre dans un claquement sourd et je me précipite à l’intérieur. Une fois installé, je profite de la lumière émanant d’une lanterne pour détailler le visage de mes hôtes. J’embrasse tout d’abord du regard la femme qui me sourit en coin, un de ses sourcils légèrement haussé. Une épaisse peau de lion blanc lui ceint son frêle corps dont la capuche est rabattue. Ses traits sont fins et délicats et ses pupilles expriment un désir à peine voilé. Elle se mordille la lèvre inférieure tandis qu’une de ses mains aux ongles agrémentés d’une nuance pourpre vient replacer une mèche rebelle de ses cheveux auburn. Je descends quelque peu mon regard qui vient se perdre dans l’immensité de son décolleté qui descends jusqu’au nombril, simplement retenu par quelques lanières de soie.

Un raclement de gorge me fait me ressaisir et je dévisage maintenant l’homme qui conserve un air austère. Sa mâchoire est carrée et ses yeux émeraudes sont enchâssés sous d’épais et broussailleux sourcils. Les traits de son visage sont forts, expriment sa résolution, une vie de guerrier derrière lui sans doute. Je note ce précieux détail dans un coin de ma tête, pour tâcher de m’en servir quand j’essayerai de l’amadouer. Sa stature massive m’impressionne et sa nature somme toute généreuse laisse présager d’intenses performances…

J’entame le dialogue d’une voix joyeuse et déclame :

« Je suis heureux autant que chanceux, ce soir je rencontre un beau seigneur et sa non moins resplendissante femme. » et tout en disant cela, observe du coin de l’œil la plantureuse femme qui intervient à son tour.

« La chance semble en effet vous sourire jeune homme… vous verrez, nos chambres sont très confortables, je me suis personnellement occupée de leur agencement et du choix des lits… ils sont spacieux… et agréable. » dit-elle en esquissant un sourire charmeur.

« Je n’oserais douter de vos compétences ma dame, et suis sûr de me plaire dans votre intérieur… » dis-je en lui rendant son sourire puis reporte mon attention sur l’homme qui ne semble guère apprécier l’échange entre sa femme et moi « Mais tout le mérite vous revient noble seigneur. Vous avez surement maint et maint récits et exploits guerriers à conter. »

L’homme se renfrogne et croise les bras dans un geste bougon quand sa femme pose sur son avant-bras sa main et ne lui susurre à l’oreille :

« Ne faites pas l’humble mon amour… je sais que vous adorer raconter l’exploit de la chasse au lion albinos qui avait causé tant de tort à vos sujets et à leur bétail. »

Le visage du seigneur s’éclaire fugacement et il adopte une posture moins renfrognée avant de se racler la gorge.

« Soit, cet exploit restera gravé dans les annales et je suis fier d’y avoir participé. »

Sa femme l’interrompt alors, le sermonnant d’un ton amusé de réduire ainsi son importance dans la chasse.

« Certes ma douce… » il me regarde ensuite droit dans les yeux et d’un geste théâtral débute son récit :

« Un terrible lion dévorait paysans et ribaudes, mouton et vache. J’ai donc pris la tête d’une expédition ayant pour but de le tuer une bonne fois pour toute ! » il termine sa phrase en martelant l’accoudoir à sa droite « La chasse fut éprouvante, le lion semblait animé d’un esprit rusé… Donc ce maudit animal qui semblait nous narguer laissait de vagues traces mais en fin pisteur que je suis, je fus à même de remonter sa trace jusqu’à sa tanière ! Je savais la bête dangereuse et ne disposant que de peu d’hommes, deux archers et un épéiste, je les répartissant sur les flancs et prenant mon courage à deux mains, restait devant l’entrée béante et tâchait d’attirer l’attention du monstre. Il sortit finalement tout en rugissement et les archers lâchèrent leurs flèches qui pourfendirent les flancs de l’animal. Je portais alors le coup fatal, lui fendant le crâne d’un coup d’épée ! La bête était morte et après l’avoir dépecée, je partais victorieux, sans perte à déplorer. »

Il semble si fier que je vois là une brèche par laquelle m’infiltrer pour gagner sa sympathie. Pendant tout le reste du trajet je mime l’étonnement et l’encourage implicitement à me parler de ses exploits.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Mertar
MessagePosté: Jeu 16 Juin 2016 21:35 
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Le carrosse s’immobilise finalement une heure plus tard. A peine suis-je sorti que s’offre à ma vue une vision féerique. Le manoir dans lequel je vais trouver refuge baigne dans le doux halo des étoiles avoisinantes. Haut de deux étages, de nombreuses fenêtres ornent sa devanture par lesquelles émanent les lueurs de bougies. Des lanternes sont suspendues sur la petite place qui s’étale devant le manoir. Sur le côté de dessine une grange ainsi qu’une écurie. La porte de cette dernière s’ouvre avec fracas et je peux voir courir un jeune homme à peine sorti de l’enfance… Il se précipite vers nous d’un pas pressé et sans oser braver notre regard, s’affaire à desceller avec nervosité le harnachement des chevaux qu’il mène par la bride jusqu’à l’écurie. Je suis le premier sorti et dans un geste que j’espère raffiné, tends ma main et aide la noble dame à descendre sans encombre.

Le seigneur sort à son tour mais refuse mon aide tout en me souriant. Il concède s’être fourvoyé à mon sujet, qui suis d’agréable compagnie. Il embrasse sa femme et lui murmure quelque chose avant de partir en direction du manoir. La lune luit haut dans le ciel et les nuages, presque absent. Je regarde la noble droit dans les yeux et lui propose de rester un petit peu dehors, pour profiter de ce temps devenu calme et apaisant.

« En hôte je me dois de d’honorer mes invités, je resterais avec plaisir en votre galante compagnie. » m’affirme-t-elle avant d’ôter sa peau de lion.

Sa peau laiteuse m’intrigue, je n’ai guère eu l’habitude de voir pareille teinte. Ceux que j’ai connu avait toujours été des baroudeurs, des travailleurs, dont la peau tannée par le soleil arborait une nuance cuivrée.

(Mais ce n’est pas pour me déplaire…)

« La lune est haute ce soir, une légende raconte qu’il y a fort longtemps, un couple d’amant utilisait la pleine lune comme un signal pour se retrouver… Je trouve cela si romantique… Voir l’astre de la nuit me laisse toujours rêveur… pas vous ? » m’émerveillé-je en contemplant le firmament paré de son manteau d'étoiles.

« Cette histoire est belle… comme j’aurais aimée vivre pareille destinée… » susurre-t-elle avec une moue triste.

Je m’approche et la prend par les hanches, ma bouche arrive à hauteur d’oreille quand je lui murmure délicatement :

« Il n’est pas trop tard… pour ça, pour profiter. La vie est si brève, à quoi bon se priver ? »

« Vous êtes bien aventureux très cher. Si mon mari l’apprenait vous ne feriez plus le fier. » réplique-t-elle avant de se dégager de mon étreinte.

J’esquisse un sourire charmeur et tout en restant à quelques pas, lui propose d’essayer, rien qu’une fois, une simple fois, sans conséquence. Le lendemain je n’existerais plus pour elle, je m’effacerais et sa vie reprendra son cours normal lui dis-je pour essayer de la convaincre. J’insiste quand je la vois, indécise…

« Je sais ma proposition indécente, mais sachez ma dame que ma langue est intrépide autant que talentueuse. Pourquoi ne pas, rien qu’une fois, vous accordez du plaisir ? Demain ne vous restera de moi qu’un souvenir, celui d’une nuit inoubliable où vous aurez enfin eu le droit à la plus haute considération. Le mariage rend l’amour fastidieux… ce n’est plus qu’une tâche à accomplir... je vous propose de vous délivrer le temps de quelques heures, plus rien n’aura d’importance que notre plaisir, votre plaisir… » proclamé-je.

Elle semble encore hésitante, les réminiscences d’une éducation stricte en sont probablement la cause. Je connais les nobles et cette manie d’enseigner aux femmes qu’elles sont tenues de se marier afin d’assurer l’avenir de telle ou telle maison… Même s’ils ont l’argent, ils sont enchaînés comme je l’étais avant… Les femmes sont victimes de cet esclavage des temps modernes, qu’elles soient promises à un homme qu’elles n’aimeront peut-être jamais, certaines parviennent même à s’en convaincre…

D’une dernière tirade j’abats ma dernière carte, promettant à mon hôtesse monts et merveilles d’une voix séductrice :

« Vous n’êtes surement qu’une belle plante aux yeux de votre mari… quel gâchis si vous voulez mon avis. Libérez vos désirs, vous qui êtes une déesse, laissez la jeunesse que j’incarne vous honorer de la plus belle des manières. Vous pourrez compter sur ma créativité et ma ténacité pour vous combler plus que vous ne pourriez le rêver… accordez-vous ce moment. » proposé-je en me mordant la lèvre inférieure, brûlant d’un intense désir pour elle et ses formes enchanteresses.

Elle hoquette et soupire avant de regarder le ciel sans rien dire. Je n’ose l’interrompre dans sa contemplation et attends patiemment avant qu’elle ne plonge son regard dans le mien.

« Une… déesse ? Vous usez d’un fort beau langage, comme j’aimerais que mon mari me parle encore ainsi… Mais j’y pense… je ne me suis pas présenté. Je suis Dame Adélaïde, de la famille Anet. » soupire-t-elle en mettant ses mains en travers de son décolleté.

Elle s’approche alors de moi et d’une main me guide vers la porte du manoir. Je reste bouche-bée une fois entré, le décor se révèle splendide, des lanternes parcourent les murs, parfois placé juste entre deux tableaux, et un immense chandelier est suspendu au plafond, projetant son vif éclat à travers le hall. Un escalier de pierre mène vers l’étage supérieur et c’est toujours mené par la main de la noble que je traverse la salle.
Nous arrivons finalement dans la chambre m’étant réservé. Un riche mobilier y figure, dont un lit luxueux et suffisamment spacieux pour accueillir deux personnes sans mal. La femme libère sa main et va s’asseoir sur le lit, croisant ses jambes par la même occasion.

Je lui souris et confiant en mon charme m’approche, adoptant une démarche chaloupée… Je m’assieds à ses côtés et pendant quelques instants, nous nous perdons dans la contemplation de l’autre. Je fais finalement le premier pas et d’une main délicate lui caresse la joue. L’autre vient se poser derrière sa nuque et je m’approche lentement. J’embrasse la base de son cou et lui murmure à quel point elle est belle. Je deviens plus hardi et remonte graduellement jusqu’à ses lèvres charnues. Nos langues s’élancent dans un ballet endiablé, notre étreinte devient passionnelle… Mes mains se baladent sur son corps, passent sous sa tunique et lui pétrissent la poitrine, titillent ses zones sensibles. Elle me rend mon langoureux baiser et d’une main experte, dégrafe l’attache de ma chemise. Je prends la même initiative et la défait de sa tunique, exposant à l’air libre ses tétons durcis par la stimulation. Notre excitation est à son apogée, je me sens gagner par ce sentiment familier et enlève également mon pantalon et ma culotte de laine. Elle sourit gaiement et agit de même, se dénudant totalement. Mon dard se gonfle, prêt à butiner la douce fleur de mon éphémère conquête…

Mais désireux de ne pas presser les choses j’entreprends tout d’abord d’exciter Adélaïde, faufilant l’une de mes mains plus au sud… J’accomplis cette manœuvre avec jubilation, voir le plaisir s’inscrire sur le visage de sa partenaire est toujours plus plaisant… Elle commence à couiner de bonheur quand j’atteins la zone sensible. L’une de ses mains agrippe la couverture et la serre avec force tandis que l’autre vient sceller sa bouche, essayant de couvrir ses gémissements.

Je continue encore pendant quelques minutes avant qu’elle ne se laisse tomber sur le dos, haletante. J’essuie mes doigts sur le lit et m’allonge auprès d’Adélaïde. Elle me murmure que jamais son mari n’avait eu tant d’égard pour elle… il se contentait toujours d’accomplir son devoir avec la même posture à chaque fois… Il ne se donnait pas la peine de la satisfaire comme je le faisais…

Cette fois c’est elle qui me demande de rester allongé et l’une de ses mains saisit la preuve de mon ardeur, de mon désir. Elle le masse avec expertise et des frissons me remontent l’échine. Je lâche un soupir de contentement et l’entraîne contre moi sur le lit. Nos corps se mêlent dans une danse charnelle, chacun brûle de désir pour l’autre c’est tout ce qui importe en cet instant magique. Je sens son souffle chaud sur ma nuque, mes mains caressent son corps opalin avec douceur.

Puis elle monte sur moi, entreprend de me chevaucher avec hardiesse. Je soulève mon bassin en suivant son rythme, m’adapte à elle. Elle s’abaisse et sa poitrine s’appuie contre mon torse tandis que mes mains l’agrippent par derrière. Elle gémit à nouveau, cette fois sans retenir sa voix. Je l’adjure de se faire silencieuse mais rien n’y fait. Elle devient presque hystérique et de ses ongles me labourent le torse déjà blessé par Kahdan… Je pense d’ailleurs à lui qui ne s’est pas exprimé depuis plus d’une journée. Mon ardeur baisse aussitôt d’un cran quand un hurlement survient derrière la porte qui s’ouvre dans un fracas sourd.

Je me redresse sur les coudes, mes yeux s’écarquillent quand je constate que le noble est là… vert de rage… Il souffle comme un bœuf et tient une grande hallebarde entre ses mains.

« Fils de chienne ! Je vais t’éventrer ! » hurle-t-il avec rage à mon intention alors que sa femme me chevauche encore. Il braque ensuite un regard hautain sur sa femme et prononce avec une ironie marquée « Et toi ma… chère, considère que tu n’es plus rien. Je ne veux pas d’une catin, je n’ai pas besoin d’une femme de petite vertu comme épouse… il me faut une conjointe respectable. »

Je pressens le danger imminent et d’un nouveau mouvement du bassin fait basculer Adélaïde sur le côté. L'homme abat son arme d'un geste circulaire et je bondis, encore empêtré dans les draps. La hallebarde termine sa course dans le matelas, éventré avec une facilité déconcertante. Je me redresse avec vivacité, le drap de soie calé sur une épaule et tombant à hauteur de hanche, tandis que le nobliau essaie de dépêtrer son arme.

« Dommage que ça doive se finir aussi vite… et désolé pour toi, ma chère Adélaïde. Je vais devoir me faire la malle, sans rancune hein, c'était divertissant !
»

Puis je me retourne et dans un geste désespéré plonge vers la fenêtre, le cul à l'air.

(Prions qu’on ne soit pas trop haut…)

Les brisures de verre m’éraflent le corps et je chute sans rien pouvoir faire. Je vois le sol qui se rapproche à toute allure et choie misérablement par terre. Heureusement le choc fut amoindri par les buissons mais je ressens une douleur à la hanche et me relève maladroitement. Je suis un peu sonné mais parvient vite à me concentrer. Le drap tient à peine et manque de me laisser nu comme un ver mais dans un dernier sursaut de pudeur, je le noue maladroitement de sorte qu'il ne tombe pas aussi aisément.

(Il faut que je parte maintenant… L'autre risque de vouloir encore en découdre... En tout cas j'ai pu passer un peu de bon temps, c'était trop bref mais je vais devoir m'en contenter.)

Je commence à galoper vers la sortie du domaine des nobles quand la porte d’entrée s’ouvre, laissant passer le seigneur qui beugle que ce n’est pas finit, que j’ai souillé son honneur et que tout ceci finira dans un bain de sang. Il continue de proférer ses vaines menaces mais je commence à être trop loin et n’entends bientôt plus rien.

(Ah merde, c’est raté pour le cheval…)

Je me dépêche de sortir de la route et m’enfonce dans la forêt jouxtant la voie terrestre, à moitié-nu et fier de moi.

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Dernière édition par Mendax le Ven 17 Juin 2016 09:58, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Mertar
MessagePosté: Ven 17 Juin 2016 09:56 
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Pendant plus d’une heure je cours à corps perdu dans la forêt. Les branches m’égratignent le visage, laissant de petits sillons sanglants dont le sang en perle allègrement. Par plusieurs occasions je manque de tomber mais jamais je ne m’arrête, doté des ailes de la couardise. J’arrive finalement devant un petit hameau, installé à quelques pas d’une rivière traversé par un pont de bois dont les piliers s’enfoncent dans le courant. Je saute au-dessus d’une petite rambarde de bois et atterrit dans un potager que je foule de mes pieds sales. La terre s’insinue entre mes doigts de pied et mes ongles, un jus épais se répand sous l’un d’eux quand je marche sur un légume trop mûr…

Toujours légèrement vêtu, j’essaie de trouver quelque chose et après plusieurs minutes d’inspection, découvre une corde à linge un peu plus loin. Je m’empresse alors d’y parvenir et commence à regarder ce qui y est suspendu. Je palpe de mes mains les tissus, en découvre les formes…

(C’est la merde.)

Les seuls vêtements suspendus sont des robes et des foulards, le reste se compose uniquement de literie… Je sais bien que je n’ai guère le choix et laisse tomber le drap de soie à terre. Je me saisis alors d’une robe courte à la teinte bleu pastel et l’enfile avec hâte.

(Autant faire les choses bien.)

J’entreprends alors de dénouer ma queue de cheval, laissant mes cheveux bouclés voler au vent. Je m’empare ensuite d’un foulard que je place sur le haut de mon crâne et en positionne un autre en travers de mon visage, ne laissant apparaitre que mon nez et mes yeux. Je ne peux que prier pour que ça tienne la route et n’ayant plus rien à faire ici, saisi une tomate et commence à partir en la mangeant. Je me précipite vers le pont alors que le chant des coqs annonce l’arrivée imminente de l’aube. Le soleil commence à pointer le bout de son nez et cela me motive à me pousser dans mes retranchements. Je sais que mes chances de passer inaperçu diminue drastiquement de plein jour…

A peine ai-je traversé le guet que des clameurs résonnent derrière moi. Un groupe composé de cinq hommes à l’air belliqueux cours dans ma direction. Quatre d’entre d’eux passent devant moi sans même me regarder mais le dernier ordonne aux autres de s’arrêter. Il s’approche de moi avec une démarche féline. Sans être grand, le mercenaire est plutôt élancé, son pourpoint de cuir laisse exposer à l’air libre des bras aux muscles saillants. Le pommeau d’une épée dépasse de son dos et ses yeux de vipères me scrutent avec intensité.

« Eh la donzelle, t’n’aurais pas vu passer un jeune con à moitié nu par hasard ? Le maître dit qu’il devrait être passer par là. » me demande-t-il d’un ton rude et non avenant.

J’adopte alors une voix chevrotante, et, évitant de croiser son regard, commence à radoter sur ma vue qui baisse, me fondant en plaintes diverses et variées. Le mercenaire crache et rit à gorge déployée avant de me demander de me taire, arguant le fait que je lui fasse trop pitié, qu’il est préférable que je me taise. Je m’obstine à regarder mes pieds quand j’entends soudain un bruit qui me force à relever la tête. Un homme monté sur un cheval s’approche à vive allure… le bruit des sabots martelant la terre comme des marteaux de guerre résonne jusqu’à mes oreilles et la peur enfle aussitôt en moi…

(Duper des connards, pourquoi pas… mais le seigneur c’est une autre affaire…)

Je regarde alors le guerrier qui voyant son patron arriver, le salue en dégainant son épée, je l’entends crier qu’il a aucune piste pour l’instant. Je vois là la chance de m’en sortir et continue d’avancer quand une voix m’interpelle soudain.

« Attend là, la vioc ! Le patron va ptêtre vouloir te causer, l’a d’très bons arguments… »

Mon sang se fige et mon cœur bat la chamade quand j’entends ça… j’entrevois déjà la rencontre avec le seigneur, lui ne se laissera surement pas avoir… Les bruits de sabots s’approchent inexorablement quand je comprends qu’il ne me reste qu’une chose à faire. Prenant un peu d’élan, je saute par-dessus la rambarde de pierre et plonge dans la tumultueuse rivière. Mon corps s’immerge dans l’élément aqueux et mes poumons, privés d’air, cherche désespérément une nouvelle source d’oxygène. Je remonte à la surface les poumons en feu, et parviens tant bien que mal à garder la tête hors de l’eau. Mes bras et mes jambes battent pour me maintenir à flot tandis que le courant m’emporte loin de mes poursuivants.

L’eau s’insinue dans ma bouche que je recrache compulsivement, la fatigue me gagne et je ressens la peur primaire… celle de ne pas survivre à ce plongeon forcé. Pendant ce qui me semble une éternité je suis ballotté par l’impitoyable courant, mon corps n’est qu’un fétu de paille en comparaison de la puissance de la nature.

Je vois en une rive de laquelle dépasse un tronc d’arbre l’espoir de finalement m’en sortir et m’y agrippe avec l’énergie du désespoir. Je me hisse à la seule force des poignets sur le tronc épargné par la rudesse des flots et gagne finalement la rive en rampant sur la surface rugueuse du bois. Je tombe à quatre pattes sur le sol, le corps secoué de tremblements irrépressibles. Je respire difficilement, bien conscient que cette folle tentative aurait pu me coûter la vie… et m’étend par terre, m’accordant quelques minutes de repos bien mérité.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Mertar
MessagePosté: Ven 17 Juin 2016 12:27 
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Après m’être reposé pendant un court laps de temps, je me relève et examine mon corps à la recherche de nouvelles blessures. Heureusement, excepté les estafilades me parcourant le corps, je me révèle indemne. Je suis en revanche trempé jusqu’aux os mais ne peut rien y faire pour l’heure.
La forêt avoisinante est épaisse, c’est idéal pour avancer discrètement. Mais la peur est toujours vivace, j’avance le dos courbé à travers les fourrés, attentif au moindre bruit suspect.

(J’ai l’impression d’être un animal traqué… ces hommes qui me poursuivent ne cesseront avant de m’avoir débusqué et tué…)

Je progresse en silence dans ce bois baigné par la lumière du soleil. Des animaux que je ne parviens pas à discerner s’agitent tout près de moi, font craquer des brindilles et remuer des buissons. Je ne peux m’empêcher de jeter partout autour de moi des regards anxieux. Pour l’instant je n’entends rien mais cela ne signifie pas que c’en est terminé, j’en ai bien trop conscience.

Je manque alors de tomber, le pied pris dans une racine, l’esprit trop occupé pour garder un précaire équilibre. Je tombe nez à nez avec une empreinte imposante de patte pourvue de griffe.

(Oh oh…)

Je me redresse avec vivacité et observe les alentours avec angoisse. Mon cœur tambourine contre ma poitrine comme s’il voulait se frayer un chemin dehors. Heureusement pour moi, aucune trace d’un quelconque animal et je poursuis ma route, plus attentif que jamais.

C’est après plusieurs dizaines de minutes de marche où je tâche de suivre les traces que je découvre une tanière… je reste dissimulé derrière les fourrés protecteurs et observe le sol. Des empreintes similaires à celle que je suis vont à l’intérieur… un plan démoniaque germe alors dans mon esprit. Confronté à six hommes rompus aux arts du combat, je sais mes chances faibles, pourtant je ne peux pas me contenter de fuir, ils finiront par me retrouver…

(Je ne peux plus fuir. Je dois combattre.)

(Partage ta souffrance avec eux… j’ai si mal moi aussi, catin… si mal…)

(Ah tu es de retour alors ?)

(Ton idée n’est pas mauvaise… elle va te permettre d’infliger à l’ennemi un lourd coût… mais la bête ne suffira probablement pas… réfléchi bien avant d’agir…)

Je comprends qu’il dit vrai et entreprends de m’approcher lentement… Tout d’abord j’essaie de laisser mes propres empreintes par-dessus celle de la bête et vais au plus près de la grotte. J’y vais pas après pas, aussi silencieusement que possible. Je tends tout de même l’oreille mais ne distingue aucun bruit. Une fois mes empreintes de pas laissées, je recule lentement et regarde les environs. La tanière est creusée à même un petit surplomb de pierre qui offre un avantage tactique non négligeable… Je contourne le monticule et regarde par où l’escalade sera la plus aisée. Je trouve l’endroit parfait et, serein en l’avenir, commence à repartir en arrière à la recherche de mes poursuivants.

Je laisse des traces pour m’indiquer que je m’approche de la grotte et inspecte les environs à la recherche du chemin de terre. Je n’ai qu’une petite marche à faire pour finalement atteindre la route. Je ne discerne aucune trace de pas et en conclus qu’ils ne sont pas encore passés. Je m’apprête à m’asseoir sur le bord de la route quand j’entends derrière moi des cris et des bruits de piétinement. Je me retourne immédiatement et contemple les mercenaires qui courent dans ma direction…

(Bon… petit changement de plan donc.)

Je débute ma course, les poursuivants derrière moi, hurlant des insultes, proférant des menaces. Ils ne sont qu’à quelques centaines de pas et je me dissimule parmi les buissons, courant en courbant le dos. J’arrive devant la tanière alors qu’ils me talonnent toujours et me précipite, sans me soucier du bruit produit vers l’accès que j’ai décelé plus tôt. Je grimpe avec l’énergie de l’homme prêt à tout pour vivre et me camoufle parmi les longues herbes. Mon cœur bat à tout rompre et ma respiration est saccadée quand j’entreprends de ramper afin d’avoir un angle de vue acceptable.
Les mercenaires arrivent quelques minutes plus tard et le seigneur encore un peu après. Ce dernier avait surement envoyé ses hommes dans les bois épais tandis qu’il parcourait la route avec son cheval. Il toise le chef de la troupe et je l’entends qui crie que c’est inacceptable, il l’avait enfin à portée et le voilà qui disparait. Il lui somme de me retrouver et le mercenaire, haussant les épaules, lui assure que tout va aller. Il réquisitionne ensuite l’un de ses hommes et lui demande de chercher des traces de pas.

Le pisteur se baisse, je le vois qui scrute la terre meuble à la recherche d’indices… Il avance dans ma direction… avant de se rabattre vers la tanière. Il s’exclame que je me suis caché à l’intérieur et le chef, regardant son employeur, lui sourit et lui annonce que tout est réglé. Il commande ensuite à ses hommes d’aller me chercher, sans me faire de mal.

Les mercenaires bougonnent mais finissent par obtempérer et les uns à la suite des autres, s’enfoncent dans la caverne… Des hurlements de panique mêlé à la douleur en sortent presque aussitôt, accompagné de rugissements bestiaux. Quatre hommes sont entrés, ne sort qu’un grand ours brun. Ses côtés sont lacérés, de larges entailles lui parcourent ses épaules massives… L’escarmouche fut brève mais sanglante et l’animal est déjà proche de la mort…

(Dommage… je pensais qu’il pourrait être plus utile…)

Le chef des mercenaires, le dernier restant, dégaine son épée et commence à tourner autour de l’animal rugissant. Puis tout s’accélère. D’une impulsion il bondit et enfonce son épée dans le flanc de l’animal qui braille de haine. Il saute ensuite sur le dos de l’ours et d’un même mouvement dégaine un poignard qu’il plonge dans le cou de la bête. Cette dernière vacille et grogne avant de s’effondrer, l’épée encore plantée dans son flanc.

J’observe la scène avec hébétude, plongé dans la contemplation de ce guerrier qui a agi avec virtuosité et dextérité, le tout en restant parfaitement calme…

(Le seigneur m’a l’air d’un excité, en revanche ce mercenaire a l’air d’être un guerrier réfléchi, un vrai danger en somme…)

Je n’ose pas bouger de peur d’être repéré et continue d’observer mes ennemis avec crainte, ne sachant trop que faire.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Mertar
MessagePosté: Ven 17 Juin 2016 16:10 
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Toujours tapis dans l’ombre des hautes herbes, j’observe le noble et son subordonné. Il s’échange de rudes paroles, le mercenaire semble énervé d’avoir ainsi perdu ses hommes alors que le seigneur affiche une expression hautaine, ce n’est clairement pas son problème. Ils finissent pourtant par s’entendre et de concert avance vers la tanière maintenant vide. Ce n’est plus qu’une question de minutes avant qu’un d’eux ne remarquent les traces que j’ai laissé pour arriver sur le promontoire rocheux. Mais la chance semble me sourire, le mercenaire oblique et part dans la direction opposée tandis que le noble juché sur son cheval continue d’inspecter la zone.

(C’est ma chance… si je me débarrasse du noble, le mercenaire n’aura plus de motif pour m’abattre…)

Mon seul avantage consiste en la faiblesse mentale de la monture. Si je parviens à l’effrayer elle va ruer ou fuir… Me laissant champ libre pour achever son cavalier. Je reste à plat ventre et saisit une pierre que je lance en parfait arc de cercle. Le bruit causé par la chute alerte aussitôt mon adversaire qui fait galoper son cheval dans cette direction. Je suis maintenant dans son dos… j’invoque le pouvoir des fluides, des émanations magiques m’entourent peu à peu, ma silhouette devient plus floue, intangible… Je me redresse alors et crée une vague de particules magiques explosives.

Des explosions aux nuances bleutées viennent de toute part en une succession d’effets visuels et sonores. Le cheval comme je l’ai espéré commence à paniquer et rue avec frénésie, délogeant son cavalier qui tombe sur le dos, l’un des pieds toujours maintenu dans son étrier… Son si fier destrier commence alors à galoper loin de ces explosions, loin de cette folie humaine, traînant sur quelques mètres le corps de son maître qui finit par se déloger.

Je saisis cette opportunité et avant qu’il ne se relève saisit un rocher de la taille d’un gros poing et le projette sur le visage stupéfié du noble que j’entends dire avant de mourir « Tué par un roturier…quelle honte… ». Puis la roche s’abat et le crâne explose en une giclée de sang. Il se répand par terre, abreuve la terre qui l’absorbe avec volupté…

Je n’ose pas regarder le résultat de mon acharnement, le souffle court. Je suis encore un peu remué, guère habitué à donner la mort sans être sous l’influence du fluide sombre…

(Mais ce qui est fait devait être fait… je n’avais pas le choix…)

Je regarde compulsivement autour de moi et croise du regard le dernier de tous… Il me regarde sans mot dire, se contentant d’épier mes mouvements avant de choisir de s’approcher, me balançant d’un ton agressif :

« Toi… tu zigouilles mes hommes, tu défonces le crâne de mon patron… adieu l’or, adieu mes compagnons ! J’espère que tu réalises que tu vas payer pour tout ça. »

Je ressens la morsure acide de la peur, j’essaie vainement de ne pas succomber au désespoir mais la vue de cet ennemi me donne la chair de poule. Je viens seulement de me sortir d’une situation périlleuse, renoncé à des reliques et à cette quête du pouvoir pour me consacrer à ma vie, apprendre à devenir meilleur et plus fort… et je dois déjà remettre le couvert. Tout ça car je ne sais pas me contrôler…

(Si je ne dois jamais apprendre à contrôler ma passion, alors je vais devoir apprendre à faire face.)

Une nouvelle résolution se peint sur mon visage. Je ressens l’angoisse mais décide d’outrepasser mes limites.

(Voilà ce qu’est le courage. J’ai peur mais j’affronte à bras le corps mes problèmes. Voici ce qui doit être mon nouveau credo de vie.)

Je m’étire rapidement, fait craquer mes jointures et scrute l’ennemi. Il n’est armé que d’une épée et d’une dague comme j’ai pu le voir lors de son affrontement avec l’ours. Mais c’est un guerrier émérite…

(Je dois le garder à distance sinon je n’ai aucune chance… J’espère que mon sortilège agit toujours, il devrait avoir quelques difficultés à me discerner.)

Le mercenaire continue de s’approcher, je le vois qui fronce ses sourcils d’un air soucieux. J’acquis maintenant la conviction que mon sort fonctionne encore. L’ennemi dégaine sa lame et de l’autre main saisit son poignard. Il adopte une posture défensive, avance pas par pas, ne laissant guère d’ouverture…

Je recule également de plusieurs mètres et invoque une main sombre qui régi par ma seule volonté vient agripper la cheville de ma cible. Il s’en trouve déséquilibré et tombe un genou à terre avant d’écraser d’un coup de pommeau ma main fantomatique. Je ne m’en inquiètes pas outre-mesure, ce sort, n’avait pour but que de me permettre de m’éloigner davantage.

Je jauge mon adversaire qui affiche lui aussi un air résolu. Je souris et d’un geste nonchalant l’invite à me suivre avant que je ne lui tourne le dos et commence à fuir. Je ne sais pas encore comment mais je dois trouver un moyen de l’avoir malgré sa puissance, l’affrontement direct ne semble pas conseillé.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Mertar
MessagePosté: Ven 17 Juin 2016 22:54 
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Le mercenaire me talonne toujours, je n’arrive pas à creuser l’écart comme je le souhaite. Je saute au-dessus des troncs d’arbres et essaie de ne pas trébucher. Les branches fouettent mon visage, les ronces m’éraflent mes chevilles dénudées. Je commence à perdre haleine, bien moins endurant que le guerrier qui me poursuit, animé par une haine et un désir de vengeance intense… Je sais qu’il va falloir que j’agisse, quoi que je fasse il va falloir faire quelque chose… Cette pensée m’effraie mais je puise ma force dans cette nouvelle détermination et essaie d’échafauder un stratagème tout en évitant les obstacles.

Des fourrés entravent ma vue et je me trouve forcé de continuer sans m’arrêter. Je débouche alors… sur la route. Un groupe constitué d’hommes en arme m’observe avec attention. J’y vois la une chance de m’en sortir vivant… Je beugle à l’aide et me précipite vers eux en gesticulant des bras. L’un des inconnus brandit sa lance vers moi et m’ordonne de ne plus faire un geste alors qu’un de ses compagnons me contourne et saisit mon avant-bras avant de me précipiter à terre.

Mon poursuivant arrive à son tour en hurlant comme un dément, l’épée au clair. Il n’arrive pas à ralentir l’allure et mes détenteurs qui voient surement un lui une réelle menace se jettent dessus et lui plongent sans autre forme de procès des épées dans la chair. Le mercenaire si bon guerrier qu'il est n'a rien pu faire contre cet assaut simultané. Il s’immobilise et trésaille, essaie vainement de parler mais seul du sang sort de sa bouche. Ses bras s’agitent compulsivement et ses jambes cèdent alors, le laissant à genoux.

Je glapis et prie pour ne pas connaitre le même sort quand une voix coupe court à mes interrogations et m’ordonne de fournir une explication sur ce désastre, avant de rajouter d’un ton circonspect qu’il serait judicieux d’expliquer le pourquoi de ma tenue… Je tâche d’inspecter rapidement ma tenue et m’aperçoit qu’en effet, même la robe courte que je porte est en grande partie déchirée.

(Foutue forêt…)

Je regarde ensuite les hommes rameutés autour de moi et d’une voix hésitante essaie de les convaincre :

« Merci de m’avoir sauvé ! J’étais en galante compagnie quand ce malade a surgi, d’un coup ! L’a même tué ma blonde, ce con…Quant à ma tenue, mon amante avait quelques demandes saugrenues mais quand vous êtes face à une beauté, il est difficile de résister… »

Les mines des hommes semblent méfiantes, l’un d’eux vient jusqu’à moi, crache à mes pieds et sans rien dire me prend par la taille et me porte sur l’une de ses épaules.

« Même si c’est vrai, vous vous êtes rendu coupable d’un délit. Vous qui vous pavanez à moitié nu… Pensez à l’effroi si un enfant vous croisait ! Espèce de sac à foutre ! » dis un de mes détenteurs avec colère, son visage rouge pivoine. « On n’aime pas les exhibitionnistes dans l’coin, c’est pas d’pot mon mignon. »

Le colosse m’amène dans une petite clairière et me plaque le dos à un arbre. Un de ses comparses arrive par derrière et entreprend de me ligoter au tronc, j’ai aussitôt un vieux réflexe et gonfle mon ventre au maximum. Il n’insiste pas trop et bientôt ils entreprennent de monter un campement tout proche de moi. Il y en a un qui se détache du groupe qui entame les préparations, il se plante devant moi et d’un coup de pied me frappe le ventre.

« Huurg… »

« T’aurais peut-être préféré mourir ? Tu vas connaitre les joies de la prison à la place, ça tombe bien on avait rien fait pendant cette ronde, au-moins on t’a toi maintenant, c’est déjà ça vis-à-vis des chefs et de leurs satanés quotas… »

Il se détourne alors de moi, me laissant seul dans ma solitude… Je regarde le ciel et voit le soleil qui commence déjà à ployer. Je nourris l’espoir d’une dernière chance…

(Si j’attends la faveur de la nuit, peut-être que mes mains sombres qui passeront inaperçues pourront me libérer… je n’aurais plus qu’à courir, très vite, avant qu’ils ne s’en rendent compte.)

De temps en temps le groupe de brutes épaisses me balancent des os de poulet au visage mais je ne bronche pas. J’attends avec patience que mon heure vienne… Je suis par ailleurs satisfait… pour l’instant je n’ai pas encore succombé de nouveau à l’influence du fluide sombre, j’essaie de conserver un bon état d’esprit, sans aucune faille.

Ils commencent alors à entonner des chansons grivoises, je m’étonne d’en connaître autant car presque tout le long de cette après-midi où les chants sont abondants, aucune ne me semble inconnue. Je sourie bêtement à l’évocation de cette érudition mais n’ose pas lever les yeux. Les rengaines continuent mais je les entends de moins en moins… ma vision se réduit bientôt à une fine feinte… Littéralement épuisé, je ne résiste guère longtemps et tombe bientôt dans les affres d’un sommeil réparateur.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Mertar
MessagePosté: Sam 18 Juin 2016 12:27 
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Je m’éveille à la faveur de la lune. Les nuages forment un épais dôme qui capte la lumière de la souveraine de la nuit. Un foyer étalé au centre du campement éclaire encore fugacement l’alentour mais je peine à y voir grand-chose, je crois distinguer les silhouettes assoupies des gardes et tends l’oreille… je n’entends que des ronflements. J’en conclus que c’est le moment rêvé et me concentre. Je dois y arriver. Cette pensée résonne en moi, me sert d’appui. Je n’ai pas d’autre choix que de m’en sortir, fuir… Si je reste ligoté, la suite risque de se révéler désagréable pour moi.

J’invoque finalement une main sombre, je me focalise sur les cordes, ordonne à mon invocation de les saisir. Mais la manœuvre est hasardeuse, la main peine à obéir à cet ordre plus complexe que d’habitude.

(Bon, lui demander de dénouer seule mes liens est au-delà de sa compréhension…)

J’essaie de discerner un bout de corde qui dépasse, celui qui noue l’ensemble… Si je parviens à le trouver, il ne me restera qu’à ordonner à la main de le tirer, ça elle doit pouvoir le faire. Je me penche autant que possible et inspecte méticuleusement les cordes qui me retiennent prisonnier. Au début je ne trouve rien de satisfaisant puis l’espoir pointe le bout de son nez. Je vois une sorte de fin à ce cordage et intime à la main de chercher un bout à tirer. Au début rien ne se passe mais je ne désespère pas et continue de braquer ma volonté sur la manipulation de la main.

Puis peu à peu, la pression se fait moindre, je m’enorgueilli de ma réussite et ma concentration s’en trouve aussitôt brisée la main disparait, je le sens… Mais elle a déjà fait une grande partie du travail, j’essaie de me démener pour m’extraire mais un dernier nœud me retient encore. J’invoque donc une nouvelle main et l’envoie régler ce dernier menue-détail. Elle y arrive bien plus aisément que la précédente mais la tâche est en grande partie effectuée.

La dernière corde se dénoue, je suis enfin libre… Le plus silencieusement possible je me redresse en m’aidant de l’arbre et observe les alentours. Je n’entends ni ne distingue rien et confiant en ma réussite, commence à marcher d’une démarche lente et avertie. Je regarde constamment dans mon dos afin de voir s’il y a un quelconque mouvement mais tous semblent immobiles.

(Adieu les empaffés !)

Une fois suffisamment loin du campement, j’accélère l’allure, je sais que je dois ménager le plus de distance possible entre eux et moi. Je commence même à courir, sans y voir grand-chose. Par plusieurs occasions je m’écroule par terre, mais mon désir ardent de liberté ne me laisse pas de répit. Je me relève à chaque fois, inlassablement je recommence à courir, animé par la fougue de la jeunesse.

Pendant plusieurs heures et sans réelle pause j’oscille entre la course et le trottinement, creusant l’écart avec mes possibles poursuivants. Je n’ai qu’une hâte, que tout ça cesse. Je veux de nouveau avoir de beaux habits, peut-être obtenir les faveurs d’une nouvelle conquête au passage…

(Je dois partir loin de Kendra-Kâr et ses environs, peut-être passer par Mertar…)

Je continue ma route poussée par une motivation bien matérielle. La fatigue me tiraille mais je ne faiblis pas je continue d’avancer, même si ce doit être en marchant.

Quelque plusieurs semaines de marche et divers arrêts dans de petits hameaux où j’ai pu trouver de quoi me rhabiller et manger de quoi vivre en chapardant des fruits dans les vergers, des légumes dans les champs, j’arrive enfin à Mertar. J’arpente comme je l’ai fait jadis les sentiers rocailleux à flanc des chaînes montagneuses et arrive finalement devant les immenses portes de pierre de la cité naine.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Mertar
MessagePosté: Sam 18 Juin 2016 12:57 
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Intervention de guilde pour Mendax


Alors que tu approches des portes, tu remarques un autre voyageur en discussion avec les gardes. Pas n'importe quel voyageur : il s'agit d'un imposant liykor à la fourrure rousse. Finalement, te voyant, il rit :

"Oubliez ça, le voilà justement qui arrive !"

Il se dirige à grand pas vers toi et sourit de toutes ses dents :

"Insanis, c'est ça ? Aurais-tu quelques instants à m'accorder ?"

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David le nerd


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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Mertar
MessagePosté: Ven 19 Mai 2017 19:15 
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Le paysage était grandiose autant que tranquille. La lune, nacrée, montait lentement dans un ciel clair et frais. Kay continua encore plusieurs minutes, mais l'astre nocturne n'en était qu'à son premier quart et, dans ces montagnes aux traîtres sentiers, il était hors de question de continuer à l'aveuglette. D'une main plus ferme qu'au matin, la jeune femme guida sa monture en dehors du chemin, plus profondément sous l'abri des pins touffus. D'un leste bond, elle sauta à terre, accrocha le cheval par la bride à un fin tronc et partit chercher de quoi s'allumer un feu. Plus tard, elle se reput d'une soupe préparée à la va-vite, tandis que son nouveau compagnon de voyage broutait les maigres buissons et l'herbe résistante qui poussaient là. Kay vint lui tapoter l'encolure.

"Ça te suffira, tu crois, ma belle ? Rassure-toi, on va vers les plaines. Là-bas, tu auras des prairies juste pour toi !"

Le cheval hennit et enfuit sa tête longiligne dans son cou, la faisant rigoler. Les deux femelles s'étaient déjà bien habituées l'une à l'autre durant cette première journée de voyage. Kay avait voulu quitter au plus vite Clair de Lune car elle savait que ce dernier serait long - même si, pour l'avoir planifié avec le commandeur du lieu, ils avaient réussi à déterminer un trajet qui l'emmènerait à Kendra Kâr en moins d'une dizaine de jour. Ses affaires prêtes, la guerrière s'était rendue à l'écurie où une jeune elfe aux cheveux ondoyants lui avait présenté celle qui allait l'accompagner : un cheval plutôt trapu, habitué aux sinueux sentiers des montagnes et à l'altitude, à la crinière foncée et la robe brune éclaircie sur toute la surface du ventre par une tâche aussi blanche que les neiges éternelles. Ses sabots vaillants étaient recouverts de longs poils tout aussi immaculés. Deux yeux noirs fixaient Kay avec douceur.

"Elle s'appelle Chevauchante." lui indiqua la palefrenière.

Kay s'approcha de l'animal et la caressa doucement entre les deux yeux.

"Prends bien soin de moi, Chevie."

Le problème était, qu'à ce jour, Kay n'avait jamais monté. La jeune elfe qui s'occupait des bêtes à Clair de Lune lui montra rapidement comment seller et desseller Chevauchante, lui expliqua les problèmes qu'elle pourrait rencontrer et comment y parer et s'assura qu'à défaut d'une posture assurée, Kay n'en avait pas une mauvaise qui lui ferait encore plus mal. Finalement, il s'était avéré que la maître d'armes n'avait dû user que de quelques heures pour se sentir à l'aise. Une illusion qui s'effondra à la seconde où elle mit pied à terre : son arrière-train la faisait tant souffrir qu'elle ne put s'asseoir pour le reste de la soirée. Elle tenta de ne pas penser aux nombres de jours qu'il lui restait. Après le repas, les flammes du foyer ayant été réduites à des cendres à peine incandescentes, Chevauchante dessellée, ses affaires installées pour la nuit, elle s'empara de ses deux épées dans l'idée de s'entrainer. Pour commencer, elle refit la danse des sabres avec lenteur, se concentrant seulement sur son déroulement. Ensuite, elle voulut accélérer le mouvement à la bonne vitesse. Voulut car, au premier geste brusque de la part de son bassin, elle se retrouva sur le ventre, gémissant doucement, la tête enfoncée dans un sol dur et froid.

(D'accord... Pas ce soir.)

Elle se releva, tremblant sur ses jambes. Un instant, elle eut l'intention de faire quelques exercices de concentration sur son Ki, mais la douleur était telle - et la fatigue aussi, qu'elle y renonça bien vite, défit son armure et se glissa dans les replis de son épaisse couverture, serrant l'épée de son père entre ses mains.

Le lendemain fut une véritable torture. Impossible de rester en selle plus d'une heure. Elle avait beau supplier sa compagne de voyage de faire attention, les accidents du terrain étaient tels que Chevauchante était obligée de faire des mouvements saccadés qui mettait son fessier au supplice. Le plus décourageant était l'impression de ne pas avancer. Elles devaient faire de nombreuses pauses et autour d'eux, ce n'étaient toujours que les cimes muettes des montagnes qui, tels des géants d'une autre époque, semblaient les juger avec sévérité. Elles descendaient et pourtant elles ne voyaient aucune vallée - et c'était encore pire quand elles devaient remonter sur une courte distance. Malgré tout ce que Kay avait vu, les batailles meurtrières auxquelles elle avait pris part, cette épreuve était, et bien loin, la pire de toute. Le coucher de soleil ne lui avait jamais fait plus plaisir. Malheureusement pour son entrainement, une nouvelle fois, elle s'endormit juste après avoir mangé un morceau. Et le lendemain, elle repartit, les dents toujours serrées sous la douleur.

La troisième nuit, elle se fit attaquer.

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Kay de Kallah, Maître d'Armes et demie-Sindel

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Dernière édition par Kay de Kallah le Dim 21 Mai 2017 15:52, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra Kâr et Mertar
MessagePosté: Ven 19 Mai 2017 19:16 
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C'est difficile à dire ce qui la réveilla exactement. Peut-être le hennissement de Chevauchante, peut-être son simple instinct qui avait détecté la présence d'autres personnes autour d'elle. En tout cas, à un moment, Kay eut les yeux ouverts et bondit aussitôt hors de sa couche pour faire face aux individus qu'une lunaire lumière blafarde et une épaisse frondaison rendait l'identification difficile. Elle en compta cependant seulement deux : un vers son cheval et un tout à fait près d'elle. Les deux avaient leurs armes brandies. Le plus proche brigand se précipita vers elle et abattit son sabre ; Kay esquiva d'un bond puis recula - et grimaça sous la douleur en sentant ses pieds nus racler mauvaisement le sol. Sa main serrait l'épée de son père dont elle ne se séparait jamais. Une lame elfique, courte, et d'une pauvre facture. Ses vraies épées, celles avec lesquelles elle combattait, étaient juste à côté de son lit improvisé. Donc hors de portée pour le moment.

Tandis qu'elle réalisait cela, l'homme revint à la charge et cette fois-ci, bien campée sur ses deux pieds malgré la douleur, elle para le coup, glissa sur le côté et contrattaqua en visant l'abdomen. Son adversaire recula précipitamment en jurant. Elle en profita pour tenter de l'assommer par le plat de son épée. Il se déroba par un jeu de jambes maladroit et elle dériva alors son coup vers la cuisse. Le fer rencontra le cuir. L'autre s'effondra sur le sol et, en rampant, voulut s'enfuir. Kay sauta pour l'en empêcher, mais la surprenant, il se remit sur le dos et son pied la cueillit à l'estomac. Elle se plia en deux, se tenant le ventre d'une main. Il en profita pour repasser à l'attaque, par un mouvement horizontal en direction de son flanc droit. Elle para avec beaucoup de mal-aisance, son arme verticale, la pointe dirigée vers le bas et ne vit pas le pied botté qu'il lui envoya dans la tête. Le choc la sonna complètement et elle fut projetée sur le sol. Sa tête résonnait douloureusement et les formes dansaient sous ses yeux.

Kay réalisa soudainement qu'elle se retrouvait à côté de sa couche. Pleine d'espoir, elle tendit la main pour récupérer au moins l'une de ses épées, mais, dans un sifflement aigu, un poignard vint se planter en terre, juste devant ses doigts. Par réflexe, elle retira sa main et leva les yeux : le deuxième brigand avait détaché Chevauchante dont il tenait désormais les rênes d'une main. De l'autre, il la menaçait elle d'un second poignard. Comprenant à la dernière seconde, la jeune femme bondit sur ses pieds en initiant un mouvement arrière ; cela perturba son équilibre et elle se sentit à nouveau tomber. Heureusement, cette malheureuse action eut pour conséquence que le nouveau poignard ne fit que lui érafler l'épaule, déchirant un bout de sa tunique et laissant une rouge estafilade. Kay se reçut lourdement sur ses fesses encore courbaturées, ce qui lui fit lâcher un cri de douleur. Du coin de l’œil, elle aperçut alors le premier bandit qui, s'étant tenu à l'écart croyant que son collègue finirait le boulot, repartait à l'attaque. Il voulut l'embrocher sur place et elle évita le mortel coup en roulant sur le sol. Elle se redressa juste après, serrant avec force la garde de son épée et, sans perdre un instant, visa le bandit aux poignards avant de lui lancer son arme dessus. L'homme, surprit, esquiva de justesse. Mais cette seconde de diversion permit à Kay de se jeter sur sa couche et de récupérer dans un seul mouvement, ses deux épées.

Haletante, la demi-elfe se releva. Aucun de ses deux adversaires n'étaient blessés, mais, désormais, pour leur faire face, elle avait ses deux lames sombres. L'homme aux poignards hésita un instant puis lâcha les liens de Chevauchante et, avec son compagnon de méfaits, s'approcha de la guerrière, l'un à sa droite, l'autre à sa gauche. Kay voulut reculer d'un pas et ferma brièvement les yeux en sentant la surface rêche d'un tronc lui bloquer toute retraite. Soudain, le brigand au sabre attaqua, visant délibérément la tête. Elle bloqua de sa lame gauche et la droite vola aussitôt pour porter un coup au ventre, mais son adversaire se retira trop vite. N'ayant plus de poignards, l'autre dégaina alors lui aussi un sabre et fonça sur elle. Elle para aisément puis se plia afin de se retourner et faire face au deuxième ennemi. Tous deux la serraient de près et enchainaient les coups à une allure soutenue. Il était évidemment qu'ils ne cherchaient pas la subtilité, mais simplement son épuisement. Kay ne cessait de se dérober pour se retrouver devant eux, mais, sans cesse, l'un des deux repassaient derrière son dos. Petit à petit, ses bras se lassèrent et sa tête n'en pouvait plus à force de se tourner de deux côtés à la fois. Pire : elle n'arrivait à placer aucun coup. C'est à cet instant que la chance tourna en sa faveur.

Chevauchante, sentant sûrement que sa maîtresse était en danger, hennit avec force. Ce n'était qu'un bruit comme les autres, mais il surprit l'homme aux poignards qui se retourna pour faire face à la bête. Kay profita de l'ouverture ; elle para un dernier coup du deuxième homme et avec ses deux épées contre la sienne, le repoussa violemment. Puis elle se retourna vers le premier et lui envoya son pied nu dans ses bijoux de famille. Il lâcha un hurlement de pure souffrance, tirant un sourire satisfait à la guerrière. L'homme au sabre, s'étant repris, prit son arme à deux mains et lui asséna un coup d'estoc. Elle se déroba avec agilité. Baissant brièvement les yeux, Kay s'aperçut qu'elle était dans la troisième position de la danse des sabres. Sans même y réfléchir, elle laissa son corps agir. Son pied glissa sur le sol poussiéreux, entrainant son bassin. Ses jambes l'emportèrent dans un enchainement de pas de danse sautillants et ses lames devinrent le prolongement de ses bras, tournoyants, se cédants gaiement l'un l'autre la place. Kay était parfaitement à l'aise, sûre d'elle. Elle ne laissait pas la moindre ouverture, cachée derrière ses deux épées, ni le moindre répit, à son adversaire qui finit par s'effondrer, de multiples blessures sur le corps. D'un coup de pied dans sa main, Kay fit sauter son sabre. Il ne restait plus que l'homme aux poignards. Une main sur ses roubignoles douloureuses, il avait lâché son sabre pour se saisir d'un troisième poignard - c'était en fait à se demander combien il en avait au total. Kay sut qu'elle n'aurait jamais le temps de parvenir jusqu'à lui avant qu'il ne lui eût lancé sa lame effilée. Mais elle n'avait pas non plus d'autre choix. Elle lâcha sa lame de gauche, prit l'autre des deux mains et se précipita. L'autre arma son geste. Plus que de force, elle allait avoir besoin de précision. Et de concentration. Kay ferma les yeux une seconde. Elle fit appel à la technique que lui avait enseignée le commandeur de Clair de Lune, l'Adresse de guerre, accepta le lourd poids de son arme et une relative perte de force afin d'augmenter sa précision. Elle fit aussi appel à son Ki, le visualisant comme emmagasiné dans son bras, prêt à la détente. À l'instant décisif, tout son être se lança pour un ultime coup, tandis que son ennemi envoyait son arme.

L'épée de Kay vint se planter directement sous l'omoplate de l'homme, juste au-dessus du poumon droit. Quant à au lancer de l'homme, la peur avait rendu sa main peu sure et au lieu d'atteindre son objectif - le cœur de la demie-elfe, il fut dévié et arracha un large morceau de chair à l'avant-bras de la guerrière. Cette dernière serra les dents. Cependant, le combat était fini. D'un pas las, elle contempla son dernier adversaire qui, sous le choc précédent, était parti en arrière et n'osait plus se relever, tenant l'épée qui était enfoncée dans son épaule afin qu'elle ne fît pas plus de dégâts en tombant. Kay, avec un plaisir sauvage, la retira. Elle força ensuite les deux brigands à se relever et les renvoya dans les ténèbres froides de la forêt d'où ils étaient d'abord sortis. Elle récupéra ses armes, ce que les bandits avaient oublié dans leur fuite, banda sa plaie au bras et passa de l'eau sur l'estafilade qu'elle avait à l'épaule et qui avait cessé de saigner. Enfin, épuisée, elle se recoucha.

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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra-Kâr et Mertar
MessagePosté: Mar 15 Aoû 2017 11:10 
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Cela fait maintenant quelques heures que nous sommes en route et j’en ai déjà marre. C’est long, trop long. J’observe le ciel comme si c’était la première fois que je le vois, en fait, c’est la première fois que je le vois aussi longtemps. Malgré le froid de la montagne emmitouflée dans son manteau de neige, le ciel est d’un bleu azur magnifique. J’ai comme l’impression de voir un océan et de le survoler de face. Cette image tel un rêve me plonge dans mes songes et je repense au moment ou j’ai dis au revoir à ma mère et à mes frères et sœurs.

(Vais-je les revoir un jour ? M’reconnaîtront-ils ? J’espèr’ avoir maintes choses à leurs compter à mon retour. Ce s’rait pour moi un échec de ne rien découvrir, d’ne rien apprendr’ ou même d’n’ fair’ aucun’ rencontr’ qui en vaill’ la pein’.)

Soudain un doute naît en moi, celui d’échouer. Après toutes ces années à rêver et à planifier ce départ, ce n’est que maintenant que ce sentiment m’envahit.

((Pourquoi maint'nant ?D'tout' manièr', je n' r'viendrais qu’après avoir parcouru les continents, je n' veux pas rentrer chez moi comme un raté. Je suis parti pour réaliser d' grandes choses et je n' reviendrai pas sans en avoir faites. Quitte à ne jamais revenir, c’est mon choix c’est tout !))

Je balaye alors ce doute avec l’espoir de ces objectifs à accomplir, de devenir meilleur ! Que ce soit en tant que guerrier mais aussi en tant que personne et j’y arriverai !

Le convoi s’arrête soudainement, ne sachant pourquoi, je me tourne vers l’avant et demande au marchand tenant les rênes des chevaux le pourquoi de cette pause.

« La nuit ne va pas tarder à tomber il faut installer notre campement. De plus, les chevaux ne sont pas habitués à tirer autant de marchandises, ils ont besoin de repos. »

Je prends alors sur moi pour ne pas ronchonner, et remercie le marchand d’un signe de tête. Je descends du chariot pour me dégourdir les jambes et observer les environs du campement histoire de connaître le terrain en cas d’attaque surprise. Je me rends compte à ce moment là, que le convoi se compose de cinq véhicules dont deux sont d’une architecture différente des trois autres dont la mienne fais partie. Étant dans celle qui est en tête de peloton, je n’aurais pas pu les apercevoir plus tôt.
Le lendemain, la route me semble toujours aussi longue et cela fait maintenant plusieurs heures que nous sommes en route. Couché dans le chariot, je contemple le ciel depuis notre départ. Perdu dans mes pensées, je n’ai accordé d’attention à rien ni personne mis à part à cet océan de nuages qui se présente face à moi.
Je me rends compte qu’il y a quelque chose de changé, non pas quelque chose de dérangeant, mais quelque chose quand même.
Je me redresse et regarde autour de moi. Nous arrivons au pied de la montagne que j’ai tant contemplée et dont je connais ((pensais connaître…)) le moindre recoin. La descente n’est plus aussi pentue et on peut même apercevoir au loin qu’elle s’aplatit jusqu’à perdre entièrement l’angle qui fait d’elle une montagne.
Malgré cela, ce n’est pas ce détail qui me choque le plus, mais ce sont les couleurs. En effet, le manteau neigeux a laissé place à une verdure extraordinaire. Je peux observer des arbres dont les branches sont en mouvement suivant la danse du vent. Ce spectacle est simplement magnifique. C’est la première fois que je vois de mes yeux un paysage pareil. C’est fabuleux. Je me replonge alors dans mes songes avec un sourire, non pas celui de la moquerie, mais celui d’une personne sûre de son choix.

((Que l’aventur’ commence !))


Le trajet suit son cours et une fois arrivé au lac, le convoi s’arrête pour la nuit. Je ronchonne de nouveau car le nombre d’arrêts de la caravane m’exaspère.
Après avoir mangé, et que les humains se soient endormis. Je m'installe le long d'un arbre mort couché sur le flanc pour surveiller le camp et protéger les marchands. Pendant cette nuit, il n'y a pas de vent et j'ai comme seul fond sonore le bruissement de l'eau du fleuve.
Il ne fait pas nuit noire car la lune est de sortie, elle éclaire l'ensemble de la zone avec sa lumière si douce et si magique.
Ce paysage si particulier et riche de beauté me plonge de nouveau dans mes pensées, tout en restant en alerte du moindre bruit ou mouvement suspect.

Le restant du voyage se passera tout aussi bien, sans problèmes, et nous nous présentons maintenant devant les portes de Kendra-Kâr.



_________________
Tharïn, Thorkin, Guerrier


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 Sujet du message: Re: Route entre Kendra-Kâr et Mertar
MessagePosté: Lun 18 Sep 2017 22:14 
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Localisation: Nessima, Naora
A partir d'Amaranthe, ma dernière étape, les terres s'abaissent rapidement et les forêts de conifères sont peu à peu remplacées par des bois feuillus. Depuis cette dernière bourgade, la route est aussi plus fréquentée, par des marchands principalement mais aussi par des cultivateurs revenant de la capitale Kendrane après y avoir écoulé leurs marchandises. Les jours succèdent aux jours sans que rien de notable ne vienne rompre la relative monotonie de ce voyage, relative car je découvre ces régions et elles ne manquent pas de beauté.

Le seul événement digne d'être mentionné est une visite inamicale d'une bande de gobelins, quelques six jours après que j'aie quitté la bourgade d'Amaranthe. Les petites créatures pensaient me prendre par surprise, une grossière erreur car Sinwaë ne dort jamais que d'un oeil et me prévient quelques instants avant qu'ils ne débarquent par un grondement menaçant. La vision de ma lame ardente et de ma pâle Vorpale dégainées et la mort des deux plus pressés suffisent à les faire détaler comme des lapins, ils réfléchiront à deux fois avant d'attaquer le prochain Sindel qui passera, je présume.

Les forêts cèdent à leur tour la place à plaines herbeuses puis à des terres cultivées, après que j'aie contourné un grand lac connu sous le nom de lac d'Hynim selon des marchands interrogés à ce propos. Les humains et les villages sont de plus en plus nombreux, cela me fait bizarre de voir autant de monde après le temps que j'ai passé dans des terres sauvages et inhospitalières, mais je n'en suis pas fâché en vérité. Quelques jours encore et je finis par apercevoir le but de ma longue marche, près d'un mois après mon départ de Clair de Lune: l'immense cité de Kendra-Kâr, bordée par l'océan, une vision magnifique que je n'ai plus eue depuis des lustres.


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