L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Lun 7 Nov 2016 18:32 
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Ses yeux.

Ils la perturbaient, et la lame messagère de mort se ficha dans l’estomac du jeune sindel qui la regardait. Tout alla très vite. La sindel se prit soudainement de pitié pour cet être infect. Ce ne devait pas être facile de terminer ainsi sa vie.

De la pitié ? Non, décidément son entêtement à vouloir mettre un nom sur tout ce qui l’entourait lui porterait préjudice si elle voulait conter la vérité.

Ce n’était pas de la pitié.

Forçant le visage du sindel que la vie quittait peu à peu à la voir, ouvrant avec force ses paupières, la sindel rit devant lui, se penchant vers son frêle corps.

- « Tu apprendras que je suis un monstre parfait, pour reprendre tes mots. Et que cela ne me pose pas le moindre problème de te tuer, et de rester ce monstre si parfait aux yeux des autres. »

Le mourant, les lèvres craquelées et la gorge sèche, voulut utiliser ses dernières forces pour lui répondre, et après quelques tentatives infructueuses et pleines de souffrance dont la sindel se délectait, des mots, ses derniers, sortirent de sa bouche.

- « Tu souffriras aussi...ton...âme...pourrira en enfer...salie par le sang versé des innocents que tu auras fait souffrir… »

A ces mots inattendus, l’elfe parut désappointée. Mais elle se reprit vite, lui souriant, avant de se baisser à son oreille pour lui dire, infime murmure, dernière moquerie ;

- « Je ne crois pas non. D’âme, j’en suis dépourvue. »

Elle baisa doucement son front, essuyant ces larmes de sang, avant de se lever et de contempler ses mains, pleines du liquide au goût ferrailleux et métallique.

Pleines de sang. La sindel s’approcha de la fenêtre, nimbée de la lumière que l’astre lunaire lui offrait.

Elle s’écroula au sol. Comme un enfant, elle pleura, si longuement, si durement, que les larmes sortaient avec peine de ses yeux. Et, observant le cadavre de celui qui n’avait pas été aveuglé par le mensonge, son cœur se déchira.

Du désespoir.

Et se retournant vers le mort, elle le secoua en sanglotant, hurlant sa peine.

- « Réponds-moi ! Suis-je condamnée à rester un monstre toute ma vie ? Suis-je condamnée à ne jamais connaître la joie ? Ne pourrai-je jamais être heureuse un peu ? Mais qu’ai-je fait dis-moi, que vous ai-je fait ! »



Les yeux de la sindel s’ouvrirent, brusquement.

Elle s’était endormie, dans un endroit inconnu. Pas Tahelta. Elle ne reconnaissait pas la pièce.

Elle se releva, observant l’endroit autour d’elle. Son regard survola la chambre, passa sur les rideaux de lin qui flottaient doucement au gré du vent devant la fenêtre ouverte, laissait filtrer le soleil. Sur la coiffeuse faite de bois blanc, surplombée par un miroir, sur le canapé blanc dans le coin de la pièce, près de la fenêtre. Sur l’armoire ouvragée, faite encore de bois blanc et ornée de dorures. Il s’arrêta sur le lit sur lequel elle se trouvait. Sa main caressa le tissu fin qui l’enveloppait, et la chaleur du drap et de sa peau nue en dessous lui parvint doucement. Avalyn se réveillait progressivement, s’ouvrait au monde doucement, et les rayons filtrés par le rideau dansaient sur sa peau, la réchauffant encore plus. Cette chaleur réconfortante l’attirait, et l’idée de rester sous les draps surgit dans son esprit embrumé. Cette idée alléchante lui plaisait bien, cependant elle ne l’intéressait pas pour l’instant.

Ignorant l’appel de son lit, l’elfe se leva, gardant sur elle son drap, tissu évanescent destiné à cacher sa nudité, que la lumière rendait inutile mais que par acquis de conscience elle prit. Cherchant de quoi s’habiller, l’elfe parcourut d’un pas tranquille la pièce, l’idée d’être surprise ainsi ne la gênant pas outre mesure.

Avalyn ouvrit l’armoire, et tombant sur des vêtements de femme et d’homme, tria les habits qui s’offraient à elle. Ses yeux s’arrêtèrent sur une robe en soie blanche, dont le tissu filait entre ses doigts, tissu magnifique, et visiblement d’extrêmement bonne qualité. Il brillait au soleil, attirant son regard, et l’empêchant de se concentrer sur autre chose.

Cependant, songeant à l’idée d’une éventuelle fuite, ne sachant où elle se trouvait, et à la difficulté de courir ainsi vêtue, elle soupira et délaissa la robe sur le lit avant de chercher parmi les vêtements d’homme, plus pratiques. Elle finit par trouver un pourpoint, blanc comme l’hermine, blanc comme la neige. Tout était blanc ici.

Laissant chuter le drap à terre, elle se saisit du pourpoint et s’en vêtit, la sensation de la fraîcheur du vêtement contre sa peau la faisant soupirer d’aise.

L’elfe alla se contempler dans le miroir, mais la vision que le bout de glace lui renvoyait lui était toujours insupportable. Il lui rappelait que toute la beauté que les hommes et les femmes pouvaient lui prêter ne pouvait cacher sa monstruosité intérieure, et à chaque fois qu’elle affrontait le miroir, elle voulait le briser.

Elle choisit plutôt de se concentrer sur sa tenue, sujet futile s’il en est, mais qui lui servait à esquiver le sujet et ne pas croiser son regard. Le pourpoint était clairement fait pour un homme, et elle prit la décision de mettre la robe. Tant pis pour la course et la fuite si jamais. Ce n’est pas comme si elle avait peur de mourir.

Avalyn sortit dans le couloir, d’un pas léger, comme s’il y avait un quelconque monstre à ne pas réveiller. Il n’y avait pas de raison apparente à sa présence ici, elle avait l’impression de faire partie du lieu de quelque manière que ce soit. Et qu’elle ne sache pas que faisait-elle ici rendait ses impressions sur le lieu encore plus frappantes. La synergie, l’attirance entre son âme et le lieu lui était évidente, et elle n’essayait pas d’y résister. Il s’agissait d’un besoin, elle avait besoin d’être ici, mais pourquoi ? Elle l’apparentait à une sensation, incapable de ressentir s’il s’agissait d’un sentiment, son intérieur lui semblant figé. Et si elle ne savait pas en quoi cette sensation la guidait, elle ne luttait toujours pas. Pourquoi lutter ?

Elle se dirigea vers une sorte de salon, ou un homme était assis, et au bruit de ses pas, il leva les yeux de son livre, son regard se dirigeant vers l’elfe. Elle s’assit sur le sofa, et pendant qu’une servante lui servit du thé sur un geste de l’humain, toujours concentré sur son ouvrage, la question qu’elle se posait franchit finalement la barrière de ses lèvres.

- « Que fais-je ici ? »

Il leva les yeux sur elle d’un air moqueur, et se replongeant dans sa lecture, finit par lui répondre.

- « Bonne question, ma demoiselle. Je crois que la réponse vous appartient pour le moment. Mais tout ce que je sais, si cela peut vous aider, c’est que vous êtes à la recherche de quelque chose, et que vous avez été envoyée ici. Comme l’idée de vous laisser dehors ne m'a pas effleuré l’esprit sur le moment, et que vous venez de la cour de Tahelta, je vous ai accueillie. »

L’elfe tenta de se souvenir. Pour elle, elle avait quitté Tahelta à la recherche d’un quelconque moyen de finalement ressentir quelque chose. De vivre des expériences assez mémorables, pour pouvoir « débloquer » son âme, son esprit. Biologiquement, elle le pouvait, mais… Fixant le jeune homme qui, trouvant sûrement son livre plus passionnant, s’y était encore replongé, elle se leva et se baissa pour doucement enlever l’ouvrage des mains de son interlocuteur, et le gardant avec elle, elle retourna à sa place sous le regard narquois de l’humain.

- « Quel est votre nom, monsieur ? » lui demanda-t-elle.

Semblant soudainement lui porter plus d’intérêt, en partie car son livre lui avait été confisqué par l’elfe, l’humain s’assit plus confortablement pour lui parler, la fixant d’une manière que d’autres auraient trouvé désagréable, accompagné d'un sourire ironique.

- « Pourquoi ? Me trouvez-vous à votre goût, ma demoiselle, ou souhaitez-vous tout simplement trouver un autre qualificatif que monsieur pour m’appeler ? » l’interrogea-t-il.

- « Vous m’intéressez en quelque sorte, et je ne crois pas que vous trouviez « l’humain » à votre goût. Et aussi car je mets un point d’honneur à nommer les choses autour de moi. C’est une manière de tout contrôler, je pense. Mettre des mots sur les choses permet de les contrôler. » expliqua-t-elle.

- « Suis-je votre chose, ma demoiselle ? Comme tous ces idiots avec qui vous me semblez jouer habituellement ? » demanda-t-il.

- « On peut voir cela comme ça. J’ajouterais que d’autres auraient pris le temps de me reprocher cette envie de contrôle sur mon environnement. Vous pensez-vous hors de contrôle en me cachant votre nom, mon cher ? » le nargua-t-elle.

- « Tiens, vous passez du Monsieur au mon cher maintenant. Et pour répondre à votre question, je ne me crois pas hors de contrôle, je suis hors de contrôle. » lui répondit-il.

- « Peut-être que la manière de l’exprimer est prétentieuse, mais c'est sincère. Je vous reconnais au moins cette qualité. Je pense aussi qu’il existe des choses hors de contrôle, et je vous le reconnais aussi. Je ne peux cacher que je n’ai aucune emprise sur vous actuellement. Mais sinon, préfériez-vous le Monsieur ? Avez-vous un ego surdimensionné à ce point ? » sourit-elle.

- « Mon ego surdimensionné trouve que le vôtre l’égalerait presque si vous y mettiez un peu du votre. Mais enfin, je ne cache pas que mon cher m’est bien plus agréable que Monsieur. Vous tentiez de me vieillir. » l’accusa-t-il.

- « Mais non. De toute façon, vous ne pouvez pas accuser le poids des années comme nous, donc je ne me permettrais pas. Et je vous offre volontiers un peu de contrôle sur moi, je me nomme Avalyn. » lui apprit-elle.

- « Très joli nom, mais aimez-vous réellement que l’on vous contrôle ma demoiselle ? » l’interrogea-t-il.

- « Je crois au contraire que des fois un nom n’est pas suffisant pour en contrôler certains. Et j'aime à penser que je fais partie de ceux-là. » acheva-t-elle, portant la tasse de thé à ses lèvres.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mar 8 Nov 2016 20:23 
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Cela fait une semaine que le même schéma, dont l’elfe ne se lasse pas, se produit. Se réveiller, et passer sa journée avec l’inconnu ou seule avant de dormir. Les joutes verbales entre elle et lui, pour lesquelles ils doivent rivaliser d’ingéniosité, est la seule chose qu’ils demandent tous deux. Alors ils se l’offrent, présent mutuel.

Ils ne se nomment pas. Elle ne connaît pas son nom. Lui connaît le sien, mais il ne l’utilise pas. Souvent, cette tendresse mutuelle entre eux qui s’est tissée au fil des discussions les poussent à s’appeler « ma dame », « ma demoiselle », « mon ami » ou « mon cher ». Cette tendresse les pousse à être égaux entre eux, à ne pas utiliser leurs noms, ce qui signifierait clairement tenter de posséder et de soumettre l'autre à sa volonté, lui devenant supérieur, et l’elfe le sait, que le jour où il daignera lui révéler son nom elle ne l’utilisera pas.

Et là, en se faisant toutes ces réflexions, elle l’attend. Il doit revenir, comme chaque fois. Souvent, il sort, et même si elle lui demande, encore et encore, il ne veut pas lui répondre. Elle sait, elle le sait. Il va là où elle a tant besoin d’aller. Et cette fois, elle n’en démordra pas.

Se considérant comme prisonnière, ne sachant comment se repérer à Kendra Kâr, sans compter son cher ne voulant pas lui révéler ou se trouvait-il, elle lisait quand il n’était pas. Ou alors réfléchissait encore, encore.

Il arrive, elle entend ses pas sur le parquet grinçant, et le voit finalement entrer dans la pièce, l’air apaisé dès qu’il la vit. Faisant mine de ne pas le voir, elle continua tranquillement sa lecture, juste avant que comme elle à leur rencontre il s’abaisse pour lui retirer doucement le livre des mains.

- « Bon après-midi, ma dame. Comment allez-vous donc ? » demanda-t-il, en baisant doucement la main de la sindel.

- « Ma foi, très bien mon ami. Mais j’aurais aimé sortir en ville avec vous. » fit-elle remarquer.

- « Ma dame, vous êtes la personne la plus exaspérante qu’il m’a été donné de rencontrer. » souffla-il.

- « Moi aussi je vous apprécie mon ami, et me permets même de vous retourner le compliment. » dit-elle en souriant.

L’humain s’assit sur le fauteuil en face d’elle, et prit un peu des gâteaux disposés sur la table. Elle le regardait, tentant de déchiffrer son expression.

- « Très bien, ma dame. Vous m’harcelez pour y aller, vous irez là-bas. Que je n’entende que je ne vous ai pas prévenu. Mais à une condition. » précisa-t-il.

- « Laquelle, mon ami ? » demanda l’elfe.

- « Je veux connaître votre désir le plus profond. Celui qui guide vos actes, celui qui fait que vous êtes ici. » expliqua-il.

L’elfe rit. Il plaisantait ? Son secret le mieux gardé, son essence, il voulait le connaître ? Cependant, elle avait toute confiance en lui. Et cela lui permettrait d’accéder au lieu qui la hantait, la dévorait de l’intérieur et qu’elle recherchait si désespérément.

- « Pourquoi voulez-vous le connaître ? » l’interrogea-t-elle, curieuse de voir en quoi c’était utile.

- « Sans ça, vous ne pouvez entrer. » précisa l’humain.

Il fallait donc avoir un désir pour y entrer. Avalyn retint cette information, se la répétant pour essayer de comprendre la fonction de cette règle. N’y arrivant pas, elle abandonna et s’assit plus confortablement avant de le fixer afin de lui donner sa réponse.

- « Très bien. Il me semble que c’est un motif assez convaincant. Cependant, si j’apprends que vous avez divulgué ce secret… »

D’un sourire calme, elle prit une voix joyeuse et mima un sourire, avant de se pencher vers lui pour continuer sa phrase doucement.

- « Je m’arrangerai pour que tu ne puisses plus le divulguer ! Je suis sûre que Phaïtos sera très intéressé par ce que tu racontes, mon ami. »

- « Est-ce une menace ma dame ? » l’interrogea-t-il, narquois.

- « Non. Une promesse. Et ne pensez pas que parce que je suis de sexe féminin je ne peux pas vous mettre au tapis mon cher. Ce serait une grave erreur. » rit-elle.

- « Je n’oserais pas enfin. Vous savez que j’ai le plus grand respect pour vous. Il s’arrête juste à ma fierté de mâle et mon ego surdimensionné. Plus vite vous me le dites, plus vite nous y allons. » rappela-t-il.

- « Ah parce que vous êtes un mâle ? » le railla-t-elle.

- « Vous voulez que je vous le prouve ma demoiselle ? » lui demanda, ironique, l’humain.

- « Oh oui, montrez-moi ou se trouve votre virilité. Dans votre coffre ? Là où vous allez habituellement ? » continua-t-elle, le charrier sur sa virilité amusant en quelque sorte l’elfe.

- « Là où je vais, j’en fais souvent usage en effet. Et si vous m’attiriez, j’essayerais d’en faire usage avec vous. Or ce n’est pas le cas. » rit-il.

- « Je vais vous accompagner pour voir. Je suis apathique mon bon monsieur, et insensible à tous types de charmes, y compris celui de votre virilité. Et mon souhait, est de trouver un moyen que le vide intérieur que je ressens se comble. Est-ce suffisant ? » expliqua-t-elle.

Il sembla intéressé soudainement, porté par cette vague soudaine de curiosité devant la nouveauté à laquelle personne ne peut échapper.

- « Vous êtes en train de me dire que vous ne ressentez rien ? Et si l’on vous torturait, que se passerait-il ? » demanda-t-elle, intéressé.

- « Je souffrirais, car la douleur est physiologique, soit indépendante de ma volonté, et pourrais en mourir, mais elle ne me ferait ni pleurer, ni crier. » détailla-t-elle.

- « Ce que vous me dîtes est assez atypique. Et c’est un désir qui me suffit, je vous prie donc de me suivre. Vous pourrez enfin voir l’objet de vos fantasmes. » la railla-t-il à son tour.

- « Allons donc. Vous savez très bien que désirer, du moins dans ce sens, n’est pas dans mes capacités. En revanche, je désirerais que vous m’y conduisiez sans plus de cérémonie. » conclut-elle.

Aidant l’elfe à se lever, main dans la main, il l’emmena revêtir leurs capes afin de pouvoir y aller, là où elle le souhaitait. L’endroit qu’elle sentait au fond d’elle, qui l’attirait comme un aimant. Qu’elle attendait, que son âme, son corps attendait…

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Ven 11 Nov 2016 17:01 
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Consternation. Réflexion. Silence que seul le brouhaha ambiant de cette saloperie de cité et le doux chant de Lyïl perturbent. Perché sur un toit faisant face à la propriété, je scrute avec un regard empli de haine le manoir visé. J'avais enfin trouvé la résolution nécessaire. J'étais assuré de pouvoir faire payer à la grosse moche de bourgeoise trop nourrie toutes les années de souffrance qu'elle m'a infligé. Et là, nouvel obstacle inattendu. À croire que quelqu'un s'amuse à me mettre des bâtons dans les roues, dès qu'il est question de revanche...

Dae'ron se tient, muet, à coté de moi. Il avise comme moi le barrage impressionnant, si des humains peuvent l'être, de types en robes et armure postés un peu partout dans et devant la propriété. La moindre personne qui s'approche est refoulée. Le plus petit objet est examiné sous tous les angles. Et en me camouflant dans l'ombre pour comprendre ce qui se passait, j'ai eu mes réponses. Les occupants du manoir sont terrifiés par les phénomènes du ciel. Je ne pensais pas la grosse moche et son croulant de paternel aussi stupides que cela, mais il faut croire que je les tenais encore en trop haute estime. Des mercenaires, un prêtre qui sort régulièrement du bâtiment pour... Je ne sais pas. Répandre une sorte de flotte sur les murs... Les résidents ne veulent voir personne... Et ces abrutis y mettent les moyens.

"Même des geôles privées et ensevelies sous terre sont plus accessibles.", lâche pensivement mon voisin.

"Référence à ?", grincé-je, sentant monter une froide colère, qui me fait jeter mon casque à mes pieds.

"La Citadelle."

Un souffle nasal et méprisant m'échappe. Il a raison. Même nous introduire dans le lieu le plus gardé de ces fanatiques de lumière semblait plus faisable. J'ai tenté de repérer le soupirail à charbon qui a permis ma fuite la première fois, mais là aussi, la petite porte a été changée, renforcée, et semble solidement arrimée à l'intérieur. Ma magie noire me permettrait à coup sûr de passer la plupart de ces obstacles, mais c'était sans compter le refus de Dae'ron. Il veut m'accompagner, prétextant vouloir rencontrer celle que je lui ai tant décrit comme un monstre de cruauté, sans entrer dans les détails des sévices toutefois. Et, quelque part, je souhaite aussi qu'il soit témoin de tout cela. De cette vengeance tant méritée. Qu'il puisse confirmer encore et encore la mort de cette raclure humaine et féminine dès que je le lui demanderai.

Deux imbéciles, dans des armures d'un style bien trop raffiné pour leurs sales gueules, passent leur temps à nous casser les spirales en discutant au lieu de faire leur boulot. Mais c'est ce qui nous permet de comprendre que le changement du manoir en fortin est parti pour durer. Tant que les soudaines colorations du ciel persisteront et que le roi de ces crétins n'aura pas eu l'aide nécessaire, les lieux demeureront clos. Autrement dit...

J'échange avec le Protecteur un regard lourd de sens, irrité à la seule perspective de l'entendre prononcer des mots que je hais. Mais à mon grand étonnement, il ne le fait pas.

"Que veux-tu faire, Nessandro ?", demande-t-il honnêtement, ne me forçant pas pour une fois à entreprendre quelque chose que je veux éviter. "Je doute qu'on nous ouvre, quand bien même tu serais son...", commence-t-il avant de marquer une hésitation.

"Jouet disparu ?", craché-je avec une voix amère, laissant ma salive saloper le casque d'un crétin en contrebas. "Par mes ailes... "

Je croise résolument les bras, cherchant une solution. Passer en même temps que les vivres ? Impossible, tout est inspecté au point que chaque pomme d'un cageot est soulevée et observée avant de pouvoir passer. Et quand bien même nous y arriverions, il est inenvisageable de trouver ma cible sans être repérés et traqués par ces imbéciles. La sauterie de la laideronne m'a donné une opportunité pour fuir, mais là, je suis forcé de reconnaitre que tous les présents sont trop sur le qui-vive. Impossibles à négliger, donc.

Il ne semble y avoir qu'une solution, et le moins que je puisse dire est qu'elle me rend malade. Alors que la main de Dae'ron se pose sur mon épaule et qu'il m'offre une expression de sympathie, je grimace sans retenue. Puis, je plante mon regard dans le sien.

"Il n'y a qu'une chose d'envisageable..."

"Tu ne comptes pas faire de folies, n'est-ce pas ?", me coupe-t-il en fronçant les sourcils.

"Non.", fais-je en tapotant sa main. "Je veux réduire cette harpie en charpie, pas l'escorter personnellement aux Enfers. Hors de question de lui faire cet honneur."

"Et donc ?"

"Celui qui les dirige est infoutu de régler le problème tout seul. Comme tous ces incapables de géants."

"Tu... Tu veux donc dire que... Tu es volontaire pour...", répond-il avant que ma main se dirige vers sa bouche, s'arrêtant juste avant de se plaquer dessus.

"Non. Il semble juste que je n'ai pas le choix... Encore une fois.", persifflé-je.

Dae'ron retient son souffle, ne le relâchant que lorsque j'éloigne ma paume. Il ramasse mon casque qu'il frotte du poignet avant de me le tendre, avec une expression compatissante.

"Allons voir si le problème est dans nos cordes, si on peut y faire quelque chose, et sinon...", dit-il pendant que je coiffe ma protection, le scrutant à sa pause.

"Sinon ?"

"Je doute qu'une fenêtre tienne contre un bon choc. Après, elles ont l'air renforcé. Il faudra combiner nos efforts pour faire sauter une ou deux planches. Je ne sais pas si Plume d'Argent suffirait à faire levier, ceci dit."

Je cligne des yeux à plusieurs reprises, pour une fois incapable de discerner si mon interlocuteur est sérieux ou non. Imaginer l'aldryde rempli de principes et soucieux d'épargner les sensibilités parler d'entrer dans un lieu par effraction, et surtout par la force, est une première. Est-ce que mon pragmatisme commencerait à déteindre sur la pure existence qu'il est censé être ? Moi qui pensais le connaître, il faut croire que je me suis fourvoyé. Un souffle amusé finit par m'échapper, et je lui colle le revers de mon poing contre l'épaule, en un geste complice.

"Eh, je te prends aux mots. Mais gare aux éclats si tu t'amuses à cela. Tu as un visage que je... Qu'il serait dommage de ruiner."

Je comptais le charrier un peu, mais le soudain bleuissement de l'aldryde me fait songer que je suis allé trop loin. Son embarras me fait m'éclaircir la gorge et siffler les notes pour Lyïl, histoire d'oublier ce que je viens de provoquer. Je m'oblige à orienter mes pensées sur autre chose, comme l'acquisition d'une arme de substitution... Que je vais devoir acheter chez un géant... Contre mon gré...

Encore...

Par mes ailes, maudite grosse moche qui me fait encore faire des choses que je hais ! Tu as intérêt à attendre que je vienne t'étrangler moi-même, sinon, je ne te le pardonnerai jamais !



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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 13 Nov 2016 17:09 
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Une fois revenus chez Iloran, la Sindel partit brusquement en direction de la chambre qui lui avait été attribuée, suivie par l’humain étonné. Traversant les multiples couloirs, elle y parvint assez vite et s’empressa de faire son sac.

- « Pourquoi ma dame, vous hâtez-vous ainsi ? » l’interrogea-t-il.

- « Car j’ai quelqu’un à voir, mon ami. » lui répondit-elle.

- « Et puis-je savoir qui est-ce ? » demanda-t-il.

- « Le Roi Solennel. » déclara-t-elle.

Horrifié, il perdit l’équilibre qu’il avait, et fixa la grise.

- « Ma dame, vous plaisantez j’espère ? » la questionna-t-il.

- « J’en ai l’air ? » lui demanda-t-elle.

- « Pensez-vous réellement voir le Roi Solennel comme cela ? » l’interrogea-t-il.

- « Totalement. Il a lancé un appel aux aventuriers de tous bords, et si je n’ai pas grand-chose d’une aventurière, je compte quand même y aller. » exposa-t-elle.

- « Vous parlez de l’appel lancé par le Roi ? Ma dame allez, vous n’êtes pas sérieuse ? Avalyn, s’il vous plaît ! » l’appela-t-il.

L’ignorant, l’elfe passa la porte, et traversa à nouveau les multiples couloirs. Iloran la rattrapa, et l’arrêtant, posa sa main sur son épaule. La Sindel se retourna vers lui, et enleva sa main de son épaule. Une brise traversa la pièce, venant de sa main.

- « Mon ami, ne vous mettez pas en travers de mon chemin. Je n’aimerais pas avoir à vous blesser, ou autre. C’est ainsi que j’en ai décidé, et ne vous avisez pas de me suivre. C’est une quête que je veux accomplir seule. Et ce sera le cas. » dit-elle.

Iloran soupira, et prit la main d’Avalyn.

- « Je suppose que je n’ai pas mon mot à dire… Bien, alors ma dame, ma porte vous sera toujours ouverte. Revenez-moi. »

Ces mots, les mêmes que ceux de Pulinn, lui arrachèrent un sourire.

- « Mon ami… N’oubliez pas. Aussi longtemps que l’aurore illuminera le ciel, je serai près de vous. Je viendrai vous voir de temps en temps mon ami, je vous le promets. Je vous enverrai des lettres, je vous le promets. » jura-t-elle.

- « Bien. Alors pour moi, vous serez Aurora, le temps que vous résolviez ce mystère, ma dame. » la renomma-t-il.

- « Je me présenterai à eux sous ce nom, mon ami. En hommage à votre sympathie. Au revoir, Iloran. » dit-elle.

- « Au revoir, Aurora. » la salua-t-il.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 4 Déc 2016 20:32 
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Dans la campagne kendrane encore endormie, des bruits de bottes s'entendent sur un quelconque chemin de traverse. Une silhouette informe se détache de la pénombre de la nuit. Il s'agit celle du jeune Altan, en route vers Kendra kâr. Ses habits de voyage absorbent l'humidité de la végétation ; ses bottes boueuses se raidissent sous chaque pas qu'il fait. Les bruissements de l'herbe et des craquements nocturnes se jouent de son audition. Ce fond d'ambiance maintient Altan dans un état éveillé.

Parmi les plaines environnantes, l'aurore commence à pointer son nez. Les premiers rayons du soleil atteignent le visage du jeune homme, ils réchauffent peu à peu son corps frigorifié par la nuit fraîche. Ses vêtements se sèchent aussi. Arrivé à un croisement, Altan rejoint la route menant vers Kendra kâr. Des pierres remplacent le sol boueux du chemin campagnard. Au fil de son avancé,une foule de badauds, de caravanes devient de plus en présente. L'humain à dû mal à continuer sa route; ses pieds sont envahies par la douleur. Une pause s'impose; il s'assoit sur le bord de la route pour récupérer son énergie. Il en profite pour observer les gens, des éphémères visages qui ne verra pas d'aussitôt.

Deux heures après, le jeune homme repris sa marche. S'enfonçant dans la cohue, il essaye de se faufiler telle une anguille entre des roseaux. Son corps amortit les coups de coudes et les écrasements des doigts de pied. Malgré la douleur, Altan arrive sain et sauf devant les grande portes. Des gardes à l'entrée surveillent les allées et venues de chacun, ce qui paraît bien normal en ces temps troublés. L'humain passe sans encombre le poste de garde, il regarde le panneau d'affichage pour savoir où se diriger. Il fait son entrée dans la ville de Kendra kâr.

Parmi les caravanes marchandes, Altan marche dans ce qui paraît être une grande rue jusqu'à rejoindre des artères plus petites. Contrairement à la grande rue, un calme et un silence règne en ces lieux. Une atmosphère qui plaît particulièrement au jeune homme. Il arrive au beau milieu d'un croisement, quelques panneaux se chevauchent pour montrer diverses directions. Ouvrant le mot de son professeur, il essaye de déchiffrer les pattes de mouche servant d'écriture. L'adresse de sa chère sœur est marquée bien en gras pour qu'Altan ne la loupe pas. Il demande son chemin à quelques citadins, mais aucune personne ne lui répond. (Quel égoïsme, ces gens de la ville...!)

A force de persévérance, le jeune homme trouve un guide en la personne d'une vieille fleuriste, monté sur une carriole, elle l'interpelle d'une voix criarde:

« Eh, mon p'tiot, je la connais cette adresse. Elle est située à quelques rues d'ici, dans les quartiers du centre. »
« Madame, je ne suis pas votre p'tiot, mais je vous remercie quand même de ce renseignement, que Vaylus vous accompagne ! »
« Pff, encore un étranger !... »

Sans demander son reste, la dame repartit vaquer à ses occupations. Altan, soulagé, court en direction du quartier du centre et rejoint l'adresse indiqué par le parchemin. Il se retrouve devant une maison à deux étages, toute simple, entouré par un jardin bien entretenu. La fraîcheur de l'herbe coupé embaume les alentours de la demeure. Un escalier mène à un porche protégeant les visiteurs contre les caprices climatiques. Empruntant celui-ci, l'humain arrive à la porte en bois et tire sur la clochette servant de sonnette. Tirant trois fois dessus, la porte s’entrebâille. Une voix fluette invite Altan à rentrer. Il entre et tombe nez à nez avec la jeune gouvernante de la maison.

« Bonjour, monsieur, votre sœur m'a prévenue de votre arrivée, même si vous deviez arriver plutôt. Madame, votre sœur ne reviendra que ce soir. Votre chambre est prête!» s'exclame-t-elle de sa grande taille.

« Bonjour, et bien quel accueil! Ça alors, on ne peut pas prévoir les imprévus. » dit-il en s'exaspérant. La servante, à la langue bien impertinente, lui indique sa chambre à l’étage. Prenant son sac, Altan monte dans sa chambre. Ouvrant la porte, il découvre un décor chaleureux. Un bureau, des étagères et un lit bien moelleux compose la dite pièce. N'ayant pas le temps de déballer ses affaires, le jeune homme tombe de sommeil.

Le soir venu, Altan se retrouve à table avec sa grande sœur, il lui raconte ses courtes péripéties pour venir jusqu'ici.

« Et voilà, Mélisandre, je suis ici pour quelques temps, j'espère que je ne dérange pas, ça fait un bon moment qu'on ne s'est pas vu ! Père et Mère te saluent» exprime t-il en souriant.
« C'est bien vrai, il faut en profiter! En parlant d'eux, j'ai bien reçu leurs consignes. Alors, tu es le bienvenu et fais comme chez toi » répond-elle sur un ton affectueux.
Sur ces dernières paroles, elle se lève de table et disparaît dans le pénombre du salon. La jeune gouvernante débarrasse la table tandis qu'Altan part se recueillir devant la cheminée pour réfléchir sur son hypothétique avenir.


La haute tour de Thaumaturgie =>

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MessagePosté: Ven 9 Déc 2016 17:59 
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Après l'entrevue avec Adam, la jeune femme s'était immédiatement rendue à la maison secondaire de Dimitri, qui lui prêtait gracieusement une chambre et une servante, la jeune Amande. A peine avait-elle fait quelques pas à l'intérieur de la bâtisse que cette dernière, folle de joie, lui avait sauté au cou, ne retenant pas ses larmes. Mais si l'accueil avait fait chaud au cœur de la Comtesse, il n'avait fait qu'amplifier sa culpabilité quant à son désir de quitter de nouveau Kendra Kâr avant la semaine suivante. Les retrouvailles s'étaient poursuivies avec l'arrivée dans la pièce de Marielle, amie d'enfance qui vivait avec elle avec l'accord du Duc. Celle-ci s'était jetée à son tour dans les bras de la jeune femme, puis, après de longues secondes d'étreintes, avait couru lui préparer un bain.

Après de longues heures de détente, de sommeil et même d'un massage gracieusement offert par Marielle – et qu'Anastasie savait qu'elle aurait dû refuser compte tenu des sentiments de son amie d'enfance à son égard – les retrouvailles avaient repris de plus belle avec l'arrivée de Sérénité puis de Johan et Camille et enfin du Duc Dimitri. La première s'était simplement greffée à la maison, profitant de la présence de sa meilleure amie pour rester dans les parages toute la journée. Les seconds ne s'étaient, eux, arrêtés qu'en coup de vent pour prendre des nouvelles avant de s'éclipser. Quant au dernier, il était venu porter un message de sa mère. Une longue conversation s'en était suivie, à l'issue de laquelle Anastasie avait promis de rendre visite à sa génitrice. Elle lui avait également fait part de son désir d'acheter une propre maison en ville, grâce à la fortune familiale, non seulement pour abriter les nombreux amis qu'elle commençait à semer un peu partout dans la capitale mais également pour avoir un réel pied à terre à Kendra Kâr et prendre son indépendance – même si les fonds ne venaient nullement de son propre travail.

Puis, après cette journée plutôt reposante, elle avait décidé en début de soirée de se rendre chez la célèbre Mikuzuki.

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MessagePosté: Ven 9 Déc 2016 18:00 
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La maison de Mikuzuki, située en plein cœur des quartiers riches, était d'une taille et d'un luxe impressionnants. Toute blanche, pourvue de colonnes et de gravures à l'entrée, d'un balcon à l'étage, c'était sans conteste la villa d'une personne aisée. Mais il fallait dire qu'entre les livres qu'elle écrivait et les conférences qu'elle donnait à l'armée kendraine, l'Ynorienne avait des rentrées d'argent assez exceptionnelles de manière très régulière. Sans compter sa cupidité légendaire. Rien de ce que faisait l'Obscurologue, comme elle appelait sa profession, n'était gratuit. Selon les ragots, il n'y avait que deux choses qui importaient à Mikuzuki : l'argent et l'occulte. Tout ce qu'elle gagnait en yus lui servait à apprendre de nouvelles choses à propos de la magie noire ou des créatures qui y étaient liées. Et tout ce qu'elle apprenait sur ces sujets lui servait à gagner plus de yus. Mais il était évident, à la vue de son manoir, qu'elle aimait également le luxe. Comme quoi les ragots ne faisaient pas totalement honneur à la vérité.

Lorsqu'Anastasie frappa à la porte de sa demeure, seul le silence l'accueillit. Elle attendit alors quelques secondes, puis une minute, avant de recommencer. Mais toujours rien. Pour autant elle savait de source sûre que l'Ynorienne était en ville, et lorsqu'elle était en ville il n'y avait que deux endroits dans lesquels elle pouvait être : en train de donner des conférences militaires ou chez elle. Comme aucun colloque n'était prévu avant plusieurs semaines, elle devait se trouver chez elle. Alors elle insista. Mikuzuki était connue pour être une misanthrope et une excentrique, du genre qui n'aime pas les visites, aussi l'absence de réponse pouvait aisément s'expliquer. Mais la jeune femme avait beau frapper et frapper à la porte, personne ne daignait lui répondre.

« Mademoiselle Mikuzuki, » appela-t-elle à travers la porte.

Mais personne ne répondit. Elle recommença à frapper, à appeler, et ce pendant près de cinq minutes, sans succès. Alors la jeune femme, qui se souvint d'un détail intéressant à propos de la spécialiste en occulte, changea de stratégie.

« Madame Mikuzuki ! »
« Mademoiselle, » rectifia une voix derrière la porte.

L'Obscurologue était également connue pour avoir de gros problèmes avec son âge.

« Je savais que vous étiez là, » répondit Anastasie, triomphante.
« C'est génial, » rétorqua l'Ynorienne avec sarcasme. « Je suis très fière de toi, vraiment, tu es une enquêtrice de choc. Maintenant dégage de devant chez moi. »
« Je suis venue vous demander votre aide, » continua la jeune femme en ignorant les commentaires agacés de la spécialiste.
« Pour des choses liées à l'occulte ? » demanda la voix derrière la porte.
« Exact, » confirma la Comtesse.
« Ha ! C'est parfait ! » s'exclama Mikuzuki, faussement enthousiaste. « Je sais justement ce qui pourrait t'aider : mes livres ! Si tu veux je te fais livrer toute la collection dès demain pour dix-mille yus ! Maintenant dégage de devant chez moi. »

Anastasie retint un soupir. Pour le coup, l'Ynorienne dépassait de loin les rumeurs.

« Je l'ai déjà. Rien de ce que je cherche n'est dedans. »
« Dommage. Avec un peu de chance ce sera dans le prochain tome. A dans deux mois. »
« Ecoutez, » fit la jeune femme, agacée, « j'ai vraiment besoin de votre aide. Et si vous m'aidez je vous donne les inscriptions en ancien shaakt que j'ai trouvées dans les catacombes du Château d'Endor. Et une info intéressante sur les Gentâmes. »

Le silence accueillit la proposition d'Anastasie. Mais après quelques secondes d'attente, le bruit d'un verrou que l'on retire se fit entendre. Quatre fois. Lorsqu'elle eut ouvert les multiples serrures, l'Ynorienne tira la porte pour laisser entrer la jeune femme.

« Tu es Anastasie Terreblanc, » fit-elle, soudain intéressée.
« Oui, » répondit la Comtesse.
« Il fallait le dire plus tôt, » reprocha Mikuzuki d'un air agacé.

C'était une magnifique Oranienne à la coupe sophistiquée tenue par de nombreux pics et broches en argent. Il était difficile de lui donner un âge mais on pouvait aisément deviner que la trentaine était bien entamée, si ce n'était loin derrière elle. Mais son trait le plus distinctif, outre ses cheveux remontés en deux étages et son yukata presque entièrement noir, épousant parfaitement ses formes plus que généreuses, était son teint. Elle était presque littéralement blanche de peau et, si c'était un trait plutôt banal pour certaines Ynoriennes qui passaient de la poudre sur leur visage, ce semblait là être sa couleur naturelle. Car son cou fin, ses frêles épaules et sa main secouant un éventail décoré d'une tête de mort étaient tout aussi pâles que son visage, dont les seules couleurs étaient le rose de ses joues et le rouge de ses lèvres, artificiels.

« Entre, » proposa-t-elle à la jeune femme après l'avoir observée des pieds à la tête.

Anastasie s'exécuta, franchissant le seuil pour observer le hall de la vaste demeure. La décoration confirmait les goûts de luxe de l'Ynorienne. La taille de la villa, cependant, fut bientôt un mystère, car après être passée devant deux chambres à coucher, dont l'une était celle de son hôtesse, elle arriva dans la pièce à vivre, une grande salle blanche et impersonnelle pourvue d'une cheminée et de quelques fauteuils. Ce qui laissait donc la Comtesse curieuse de savoir à quoi pouvait bien servir l'étage, généralement utilisé comme quartier résidentiel dans ce genre de manoir.

« Assieds-toi, » fit l'Obscurologue en désignant un siège confortable près du foyer.
« Vous avez entendu parler de moi ? » demanda enfin la Comtesse en obéissant.
« Evidemment, » rétorqua l'autre avec dédain, comme vexée que son interlocutrice ait pu se poser la question. « Une petite noble malpolie et bourrée de pognon qui d'un seul coup se met à voyager à travers le continent pour ramener des objets ayant appartenu au Chasseur d'Ombres... C'est le genre de choses dont mes contacts prennent la peine de me parler. C'est pour ça que je les paie, en fait. »

La jeune femme croisa ses bras sous sa poitrine, soudain mal à l'aise. Ce n'était pas tant le rappel de son caractère autrefois difficile que le fait de savoir que Mikuzuki semblait connaître ses moindres faits et gestes et, pire, qu'elle payait pour en avoir vent.

« Je suppose que tu viens me demander ou trouver la robe cuirassée d'Isaac ? » continua-t-elle, provoquant un écarquillement d'yeux de la part de la Comtesse. « Oui, oui, je sais pour ta petite altercation avec Adam. »
« Vous semblez en savoir beaucoup. »
« Pour être tout à fait franche, mon intérêt pour toi est relativement récent. Au début je pensais que tu finirais égorgée dans les trois jours qui ont suivi ta petite lubie d'aventurière. Puis tu as vaincu Alban... J'ai été légèrement surprise. Puis tu es revenue des Duchés avec Perçombre. J'ai commencé à me poser des questions. Et ensuite tes deux camarades sont revenus, avec un rapport parlant de ta victoire sur une goule à deux têtes. »

Un silence s'installa alors que les deux femmes se fixaient d'une expression neutre. Après de longues secondes, c'est l'Ynorienne qui reprit la parole.

« J'ai fait une conférence il y a peu, sur les goules à deux têtes, » expliqua-t-elle.
« Je sais, » répondit simplement Anastasie. « J'en ai lu la retranscription. »
« Alors tu connais le conseil que j'ai donné aux soldats de Kendra Kâr, » continua l'Obscurologue. « Je leur ai dit de ne pas se tracasser puisqu'ils n'avaient aucune chance de survivre à une confrontation avec l'un d'eux. »

La Comtesse retint un sourire en coin. Elle ne pouvait nier la fierté qu'elle éprouvait au souvenir de son duel avec le puissant nécrophage, mais elle trouvait quelque peu indécent d'étaler sa satisfaction publiquement. Pour autant, Mikuzuki semblait avoir percé ses émotions à jour.

« Tu en es fière ? » demanda-t-elle. « Je comprends. C'est un grand exploit d'en vaincre un. Un exploit hors de portée d'un soldat de métier. Hors de portée de certaines personnes maniant l'épée depuis leur plus tendre enfance. Un exploit qui fait de toi une étrangeté, Anastasie. Une bizarrerie, un phénomène de foire. »

L'intéressée fronça les sourcils, soudain piquée à vif, mais resta muette.

« Quoi ? » reprit l'autre, une lueur amusée dans le regard. « Tu n'aimes pas l'idée d'être une singularité ? D'être différente ? Tu n'aimes pas l'idée d'être particulière ? »

Un sourire fleurit sur ses lèvres.

« Bien sûr que si, tu aimes ça. Tu adores, ça. C'est tout ce qui te fait vibrer, que les gens se retournent en t'apercevant dans la rue, qu'ils te pointent du doigt en se demandant comment tu as fais, comment tu as pu te montrer si courageuse et forte. Que les gens murmurent à quel point tu es exceptionnelle. »
« Vous ne savez rien sur moi, » cracha finalement Anastasie, les yeux pleins de défi.
« Voyons très chère, ne prends pas la mouche, » l'apaisa Mikuzuki. « Tu n'as pas à avoir honte de ce que tu es. Nul besoin d'artifice ici. »

Elle engloba la pièce d'un geste circulaire des deux mains avant de continuer, presque grandiloquente.

« Je suis une misanthrope aigrie rejetée des siens à l'ego surdimensionnée. Je ne vis que pour être la « plus grande », la « plus excentrique », la « plus réputée » des spécialistes en occultisme. J'ai même créé un nom pour ma profession, pour me démarquer des autres. »

Un nouveau silence pesa entre elles avant qu'elle ne conclue.

« Quant à toi, tu es une orgueilleuse en quête de sensations fortes avec un net syndrome du héros tout puissant. Et ton plaisir, autant – si ce n'est plus – que d'aider ton prochain, c'est d'être admirée pour cela. »

Anastasie grinça des dents mais ne pipa mot.

« Ne te crispe donc pas. L'homme, l'elfe, le garzok, le nain... et presque toutes les espèces pensantes de cette terre, ont un point commun capital. Ce sont tous d'énormes réservoirs d'ego. Des concentrés d'orgueil, des fiertés ambulante. En cela ils sont tous si semblables, malgré leurs innombrables différences. Mais, de toutes les personnalités qui ont parcouru ce monde, ce sont les plus exceptionnelles qui emportent haut la main le prix des plus fiers. Des plus héroïques aux plus détestables, toutes les personnes ayant marqué l'histoire ont en commun un ego démesuré, omniprésent dans l'entièreté de leur vie, dans tous leurs choix, dans tous leurs actes. »
« Vous ne croyez pas en l'altruisme ? » s'agaça la jeune femme.
« Si, bien sûr. L'altruisme c'est la raison pour laquelle tu veux spécifiquement devenir célèbre en aidant les autres plutôt qu'en couvrant tes propres intérêts. »
« Vous êtes une cynique, » rétorqua Anastasie.
« Effectivement. Mais moi je l'admets. A toi maintenant. Nous ne sommes qu'entre nous, alors je veux t'entendre l'avouer. Avouer faire tout ce que tu fais en grande partie pour toi-même. Pour satisfaire ta soif de sensations et abreuver ton ego surdimensionné, et ce bien avant de vouloir aider les autres. »

La Comtesse resta muette, entrouvrant la bouche et soutenant le regard de l'Obscurologue pendant plusieurs secondes avant de baisser les yeux, quelque peu honteuse.

« Je... » commença-t-elle. « Je suppose que... Qu'il y a une part de vraie dans ce que vous dites. »
« Hun-hun, » la coupa Mikuzuki. « Pas suffisant. »

Un énième silence s'ensuivit, pendant lequel la théurgiste se mordilla l'intérieur de la joue en tâchant de contenir ses émotions. C'était la première fois qu'elle se l'avouait à elle-même. Alors l'expérience était d'autant plus troublante devant une personne qu'elle venait juste de rencontrer.

« Je suis... »

Elle déglutit. Puis releva la tête.

« Je pense que je suis exceptionnelle et j'aimerais que le monde entier le reconnaisse, » admit-elle finalement. « Il y a quelques mois je n'avais jamais touché à une épée et aujourd'hui je pourrais humilier n'importe quel soldat de métier. J'ai découvert mes pouvoirs il y a moins d'un an et j'ai déjà tué une goule à deux têtes. Je n'ai pas la moindre formation d'enquêtrice et j'ai débusqué un assassin que la milice n'arrivait pas à trouver. »

Elle serra les lèvres quelques secondes, comme si elle voulait retenir les paroles à venir, avant de céder.

« Je mérite d'avoir des admirateurs. Qu'on me nomme Purificatrice, qu'on chante mes louanges à travers le monde. »

Elle fronça les sourcils.

« Tal'Raban et Adam veulent que je prenne la suite du Chasseur d'Ombres mais je ne suis pas le Chasseur d'Ombres. Je suis Anastasie Terreblanc, élue de Gaïa qui a su accomplir des exploits par elle-même, seule la plupart du temps. J'aimerais... J'aimerais que toute cette histoire soit derrière moi pour passer à autre chose. Pour accomplir des faits d'armes qui seraient connus de tous et non perpétrés dans des grottes obscures, sans témoin. »

Son soliloque terminé, la jeune femme poussa un profond soupir, comme soulagée ; un poids s'était levé de sa conscience. Formuler tous ces désirs avait eu quelque chose de libérateur. Face à elle, Mikuzuki croisa les bras sous son opulente poitrine, un sourire satisfait sur le visage.

« Tu as raison. Il est grand temps que le monde arrête de te considérer comme une apprentie, Anastasie. »

L'intéressée acquiesça.

« Adam croit savoir ce qui est mieux pour toi sans avoir la moindre idée de ce qui passe par ton crâne. Tal'Raban ne vois en toi que l'héritière de son némésis. Et tout ton entourage à l'impression que ce n'est qu'une lubie passagère. Qu'un passe temps de noble en quête d'identité. »

Nouvel hochement de tête.

« Mais tu es Anastasie Terreblanc ; tu as vaincu une goule à deux têtes ; tu as récupéré par tes propres moyens trois reliques cachées par les soins de l'un des personnages les plus puissants de l'histoire de ce monde ; tu n'es pas une apprentie aventurière. Une combattante en devenir. Une théurgiste en formation. Tu es l'une des personnes les plus valeureuses de cette cité et il est plus que temps que l'on te considère comme tel. »

Enfin, pour la première fois depuis le début de la conversation, un sourire fleurit sur le visage de la Comtesse.

« Alors laisse moi t'y aider, Anastasie. »

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MessagePosté: Ven 9 Déc 2016 18:00 
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La jeune femme se leva aux aurores le lendemain matin. Elle avait beau rêver d'une grasse matinée pour retrouver un peu plus de force, l'appel de ses responsabilités auto-imposées était plus fort et la perspective d'un voyage très proche la motivait à optimiser le temps de ses journées pour avoir le temps de s'occuper de tous les préparatifs avant le départ. Elle ne savait toujours pas où elle devrait se rendre, mais elle était certaine que la destination lui serait bientôt révélée. Car la veille, après une conversation enflammée sur l'ego de la théurgiste, les deux femmes avaient discuté de la localisation probable de la robe cuirassée du Chasseur d'Ombres. Et si l'Obscurologue n'en connaissait pas la position géographique avec certitude, elle avait une idée plutôt précise de l'endroit où chercher et n'attendait que de confirmer l'information avant de la relayer à la Comtesse. En attendant d'en savoir plus, les deux passionnées de l'occulte devraient se revoir régulièrement pour échanger leur savoir respectif. Car si la soirée de la veille avait rapidement tourné court à cause de l'arrivée rapide de l'astre nocturne, il leur restait à toutes deux de nombreux détails à régler. En effet, Anastasie avait promis de lui donner les croquis des runes en ancien shaakt qu'elle avait remarquées dans les catacombes du Château d'Endor, ainsi que les informations dont elle disposait sur les Gentâmes au service de Tal'Raban, êtres qu'elle avait eu le loisir d'observer au même endroit. Mais la récompense promise serait grande. Car si la jeune femme n'était pas intéressée par l'argent, elle l'était bien plus par le savoir immense de l'Obscurologue.

Ainsi la journée commença par le projet d'achat de maison d'Anastasie. Et pour ce faire, elle devait d'abord en trouver une, en ville qui plus est. Les demeures abandonnées n'étaient pas ce qui manquaient dans une cité si gigantesque, mais il n'y en avait pas non plus un nombre infini et celles qui correspondaient aux moyens pratiquement illimités de la jeune femme n'étaient pas très nombreuses ; elle avait beau avoir pris l'habitude de dormir dans la boue, elle désirait un certain confort lors de ses repos à Kendra Kâr. Pour autant un bâtiment correspondait à ses attentes. Un bâtiment qu'elle avait vu désert une partie non négligeable de sa vie et qui, au fil des ans, faute d'acheteur assez fortuné intéressé, avait dépéri pour se retrouver dans un état de délabrement assez important. Il fallait dire que le bien ne se situait pas du tout dans les beaux quartiers de la cité et perdait ainsi toute la noblesse de la région comme locataires potentiels. Toute la noblesse, sauf Anastasie.

« Voilà ! » fit la jeune femme à Sérénité en arrivant devant l'immense manoir.

Sa meilleure amie écarquilla les yeux à la vue des lieux.

« C'est... Très grand, » répliqua-t-elle, quelque peu surprise.
« Exact, » rétorqua l'autre d'un air enjoué.
« Je veux dire très grand, » insista l'apprentie tailleuse. « Trop grand. Et délabré »
« Mais non, mais non, allons. C'est vrai que c'est un peu sale, il y a quelques réparations à faire, de l'entretien, mais ce n'est rien d'insurmontable. Il me faut juste l'accord de maman. »

Sérénité grimaça.

« Si je peux me permettre... Pourquoi as-tu besoin d'une si grande maison ? C'est pas pour le temps que tu passes en ville ces jours-ci, en plus... »
« Oh mais j'ai juste besoin d'une chambre là-dedans, » rétorqua la Comtesse d'un air enjoué.

Son sourire s'agrandit devant l'incompréhension de son amie.

« Réfléchis, Sérénité. Une maison toute vide, que je n'occuperais, seule, que lors de mes haltes dans la capitale... Elle pourrait être minuscule qu'elle me paraîtrait quand même beaucoup trop grande. Alors j'ai décidé de prendre grand... Immense... Gigantesque ! Mais de ne pas y habiter seule. »

Les yeux de son interlocutrice s'écarquillèrent plus encore à ses paroles.

« Mais qui d'autre habiterait avec toi ? » demanda-t-elle.
« Qui le voudrait, » fit la théurgiste comme si de rien n'était. « Et puis toi. »
« Moi ?! »
« Oui, toi. Toi, Amande, Marielle... Et n'importe qui dans le besoin. Les voyageurs sans le sou, les exilés, les orphelins, les expulsés... Qui voudrait, Sérénité. Qui. Voudrait. »

A ces mots, les sourcils de la tailleuse montèrent si haut sur son visage que son expression sembla figée dans une exagération absurde de surprise.

« Qui voudrait ? » répéta-t-elle.
« Oui. Avant tout ceux sans le sou, évidemment. Le but n'est pas d'être une auberge. Mais je veux que ce grand manoir vide devienne un refuge pour tous ceux sans nul autre endroit pour dormir. Que quand je revienne ici, je sois entourée de gens. Et de gens heureux, si possible. »
« Mais enfin... Ca demandera un travail colossal, » argumenta Sérénité.
« C'est vrai. C'est pour ça que je t'embauche. »

Nouveau haussement de sourcils de la part de sa meilleure amie.

« En tant que tailleuse, avant tout. Pour repriser les vêtements troués et abîmés des habitants du refuge. Ou leur en fournir d'autres. Je vais proposer à Amande et Marielle de gérer les servantes. Camille sera en charge de tenir tout le monde en sûreté. Et il faudra embaucher quelques personnes pour s'occuper de la nourriture, des premiers soins et du nettoyage. »
« Ce sera colossal, » répéta la tailleuse.
« Les fonds de ma mère devraient pouvoir couvrir les dépenses pendant un long moment. Pour la suite, il faudra trouver des financements : des dons, des sources de revenus annexe, d'aide du royaume... Enfin, on trouvera. En attendant la famille Terreblanc prendra à sa charge l'entièreté des dépenses. »
« C'est... » commença Sérénité. Puis, avec un sourire naissant sur son visage, elle continua : « Un projet magnifique, Ana. »

La Comtesse lui rendit rapidement son rictus, heureuse de la réaction de son amie.

« Alors ? Tu veux bien travailler pour Le Refuge ? »
« Avec plaisir, » rétorqua l'autre.

La première étape, à savoir obtenir la bénédiction de sa meilleure amie, était une réussite. Il lui restait les deux tâches les plus colossales à accomplir : tout d'abord avoir l'aval de sa mère pour un achat et des charges si monstrueuses ; deuxièmement lancer concrètement le projet.

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MessagePosté: Ven 9 Déc 2016 18:01 
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« Alors, vous savez ce que cela signifie ? » demanda Anastasie à Mikuzuki.

Cette dernière lui jeta un regard agacé.

« Le shaakt ancien c'est pas du garzok. Il me faut un peu plus de trente secondes pour déchiffrer la signification d'un mot qui n'est plus utilisé depuis plus de cinq mille ans. »

La Comtesse afficha une moue boudeuse à son hôtesse. Elle venait tout juste d'acheter le manoir qu'elle convoitait grâce à l'argent de sa mère, mais elle avait décidé, en attendant les rénovations, de se consacrer à l'approfondissement de ses connaissances en matière de magie noire en compagnie de l'Obscurologue. Seulement celle-ci était très occupée par l'observation des inscriptions que lui avait apportées la jeune femme et ne donnait pas signe de vouloir sortir de ses analyses.

« Si ça doit vous prendre une journée, vous ferez ça plus tard, » s'impatienta-t-elle finalement.
« Pressée ? » s'amusa l'Ynorienne. « Mais tu as raison, il y a plus urgent. »
« Oui, » acquiesça Anastasie. « Vous devez encore répondre à certaines de mes questions. »
« Si tu veux, si tu veux, » accepta Mikuzuki. « Mais je ne parlais pas de ça. Je parlais de t'apprendre des sorts qui pourront te garder en vie quelques années supplémentaires. »

La jeune femme haussa légèrement les sourcils.

« Vous êtes magicienne ? » demanda-t-elle.
« Oui. »
« C'est une proposition généreuse. Mais je n'ai jamais vraiment eu besoin que qui que ce soit ne m'apprenne la magie, » argumenta-t-elle.
« Je vois, » commenta simplement l'Obscurologue. « Et je comprends. La magie est quelque chose de très personnel, si ce n'est intime. Et à vrai dire il n'est pas plus mal que son apprentissage se fasse de manière autonome. Pour l'adaptabilité. »
« Du coup revenons-en à mes questions, » proposa la Comtesse.
« Attends un peu. Je ne t'apprendrai pas ce sort car il est clair que tu avances mieux seule. Mais je peux te le décrire. Te l'expliquer. Cela te donnera une bonne base pour son exécution. »

Anastasie s'enfonça quelque peu dans son siège en croisant les bras sous sa poitrine, réfléchissant.

« Pourquoi voulez-vous tant m'apprendre ce sort ? »
« Parce qu'il peut vraiment t'être utile pour survivre. Disons que j'ai à cœur que tu me reviennes vivante, » ajouta-t-elle avec un demi-sourire.
« Hmm... Admettons. Alors je vous écoute, si cela peut vous faire plaisir. Qu'est-ce que vous voulez que j'apprenne ? »

Le doux rictus de Mikuzuki s'élargit.

« Tu vas adorer le principe. Il est simple : il rend impossible toute attaque. »

Les sourcils de la jeune femme se haussèrent. Jamais elle n'aurait imaginé qu'une telle magie était possible. Jamais elle n'avait même songé à l'idée.

« Mais... Comment ça ? » demanda-t-elle.
« Il n'y a pas vraiment grand chose à expliquer. Si je lançais ce sort maintenant, tu ne pourrais plus me porter préjudice, ni physiquement ni magiquement. Mais l'inverse serait vrai également. »

Anastasie se gratta le menton, pensive. L'Ynorienne avait vu juste : elle aimait énormément l'idée de pacifier toute une foule d'un simple claquement de doigt. De les empêcher de se faire du mal, de se porter atteinte, de s'entretuer. C'était comme mettre n'importe quelle bataille, n'importe quelle escarmouche, en attente. Le temps de s'enfuir, de se remettre de ses émotions ou encore de résoudre le conflit plus pacifiquement.

« Alors, prête à essayer ? » demanda l'Obscurologue.

La jeune femme releva le regard vers elle, interpellée.

« Mais il faudrait que quelqu'un me témoigne de l'animosité pour vérifier si j'ai réussi à le lancer, » fit-elle remarquer.
« Oh, ne t'en fais pas, j'ai juste ce qu'il te faut sous la main. »


Deux minutes plus tard, les deux femmes étaient dans la cave sombre et humide de Mikuzuki. Et on pouvait dire que l'endroit était inhabituel. Car en effet, après que l'Ynorienne a allumé toutes les torchères, Anastasie put voir la grande salle dépourvue du moindre meuble dans laquelle elles étaient descendues ; mais, surtout, elle put voir les différentes cellules contenant diverses créatures dangereuses qui faisaient tout le tour de la pièce.

« Qu'est-ce que... » commença la jeune femme, choquée.
« Une partie de mon... laboratoire de recherche, disons, » expliqua l'Obscurologue.
« Mais comment les avez-vous transporté dans la ville ? Et sans être repérée, surtout. »
« Voyons, voyons, une femme doit avoir son jardin secret, » plaisanta Mikuzuki. « Mais assez bavardé. Mets-toi devant la cellule de ton choix et la créature à l'intérieur de celle-ci tentera de te tuer. Quand elle sera incapable de te faire du mal, tu sauras que tu as réussi.[/b][/color] »

Anastasie la fixa quelques instants, bouche-bée, avant de retrouver une expression normale et de hocher la tête. Après tout, ces créatures ne pouvaient faire de mal à personne, alors quel était le problème ?

« Allez ! » la motiva l'Ynorienne. « Plus vite tu auras terminé, plus vite je te dirai où est la cuirasse. »

La Comtesse haussa les sourcils quelques secondes avant de s'exécuter, s'approchant du mur de prisons le plus proche. Elle reconnut d'un simple coup d’œil un arctosa, un golem de chair et une matriarche blanche dans les différentes cellules. Tous trois semblaient excités par sa présence, grognant dangereusement ; elle s'approcha du second d'un pas décidé et s'arrêta à un mètre des barreaux.

« Viens-là mon gros, » le provoqua-t-elle.

Et le monstre s'exécuta immédiatement, passant un bras à travers les barres de fer pour tenter de l'agripper en émettant des sons écœurants de sa bouche. Alors Anastasie se concentra, plongeant en son for intérieur. Elle imagina, comme à son habitude, ses fluides comme une grande sphère lumineuse à l'intérieur de son corps. Elle extirpa une petite quantité de cette boule, réduisant sa taille par la même, et façonna cette dose à sa guise. D'abord elle lui insuffla une forme : le sort serait une onde invisible qui s'insufflerait dans le corps de son adversaire. Il le traverserait avant de remonter petit à petit jusqu'à se loger directement dans son cerveau. Ensuite un dessein : cette magie freinerait l'agressivité du golem, formant une barrière dans son esprit pour l'empêcher de porter atteinte à qui que ce soit. Il serait comme hypnotisé : une partie de lui voudrait frapper, déchirer, tuer, mais il s'en retrouverait physiquement incapable, ses bras se rétractant automatiquement dès qu'il serait sur le point de heurter quelqu'un. Le sort terminé, Anastasie leva la paume pour le déclencher, l'envoyant directement vers sa cible. Les fluides se transformèrent, sortirent par sa main et se jetèrent directement sur le golem, pénétrant tout son corps pour remonter jusqu'à son crâne. Mais lorsque la jeune femme s'approcha, son adversaire manqua de peu de lui asséner un violent coup sur la tempe et elle ne dut sa survie qu'à un bond en arrière.

« Loupé, » pesta-t-elle entre ses dents.

D'une certaine manière, elle s'y était attendue. S'il était si simple de rendre ses adversaires inoffensifs, les mages de lumière seraient les maîtres du monde. Se reconcentrant, elle prit une nouvelle portion de fluides. Mais cette fois elle n'en fit pas une onde qui s'insinuerait directement dans le corps de son adversaire ; après tout Mikuzuki l'avait prévenue que la magie fonctionnait dans les deux sens, empêchant tout échange belliqueux et non seulement ceux provenant de ses adversaires. Alors plutôt qu'une onde, elle imagina un champ de force. Sur plusieurs mètres, sur toute la salle en fait, l'air serait changé, pourvu de particules de magie de lumière. Pourvu de petites particules de ce sort anti-violence. Ainsi tant qu'elles seraient encore actives, dans l'air, il serait impossible de porter le moindre coup. Le dessein restait le même : il créerait une barrière dans l'esprit des personnes présentes, les empêchant de se porter préjudice. Une fois terminé, Anastasie releva la main et répandit la douce aura à travers la pièce. Alors elle s'avança. Et, à sa grande satisfaction, le coup de son ennemi s'arrêta à quelques centimètres de son visage.

« Voilà qui est mieux, » fit-elle avec un sourire en coin.
« Eh bien, » commenta l'Ynorienne. « Ce fut rapide. Tu es douée, indubitablement. »

La jeune femme, profitant de l'intervention, s'écarta des cellules pour s'approcher d'elle.

« Alors, la cuirasse ? »

Un sourire railleur fleurit sur le visage de l'Obscurologue.

« Adam a raison, tu es complètement obsédée. »

La Comtesse répondit à cette remarque d'un froncement de sourcils, légèrement énervée, mais son interlocutrice l'apaisa d'un signe de la main, riant doucement.

« Ne t'en fais pas, je ne suis pas une moralisatrice en manque d'autorité, Anastasie. C'est à toi de prendre tes propres décisions. Alors voilà ce que j'ai découvert : pendant plusieurs milliers d'années, la cuirasse était sur un bateau fantôme éveillé par Tal'Raban lui-même pour l'occasion. Mais peu après son retour, il l'a récupérée pour la faire transporter jusqu'à Aliaénon. »

La jeune femme plissa de nouveau les yeux. Aliaénon. C'était un mot qui lui rappelait quelque chose, mais elle n'aurait su dire quoi.

« Voyons, » fit Mikuzuki, rieuse. « Tu es si coupée du monde que ça ? Aliaénon, le monde étranger dans lequel l'Ynorie possédait une colonie. »
« Les Sauveurs d'Aliaénon, » murmura Anastasie, la mémoire lui revenant. « Les héros qui sont revenus d'un monde mystérieux... »
« Exactement. »
« Mais comment suis-je censée m'y rendre ? Je suppose qu'Oranan ne laisse pas n'importe qui entrer et sortir de sa milice pour visiter des mondes étrangers, n'est-ce pas ? »

L'Ynorienne répondit à cette remarque par un léger sourire.

« En fait, si. Ou presque. Il se trouve qu'Aliaénon a envoyé un appel à l'aide à Yuimen. A vrai dire c'est placardé sur tous les murs : pour les aider il faut se présenter à la milice d'Oranan. »

La jeune femme haussa les sourcils, surprise. Ils venaient tout juste de relâcher les Sauveurs d'Aliaénon et ils leur demandaient déjà de revenir ? Elle n'allait pas cracher sur cette aubaine, ceci-dit. Si elle pouvait se rendre dans un tel lieu pour récupérer la cuirasse du Chasseur d'Ombres, elle n'allait pas se faire prier. Surtout si elle pouvait en profiter pour aider un monde dans le besoin et, par dessus tout, explorer celui-ci. Yuimen était magnifique, mais elle pouvait le visiter et trouver des gens à y sauver tous les jours, et le pourrait tant qu'elle vivrait. L'occasion de faire tout cela sur un univers inconnu ne se représenterait pas de si tôt.

« Il faut y être quand ? » demanda-t-elle.
« D'ici trois jours, » répondit l'autre avec un sourire.



(((Tentative d'apprentissage du sort Pacifisme.)))

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Ven 9 Déc 2016 18:01 
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Anastasie fit un pas à l'intérieur de l'immense demeure. Le Refuge était à elle. Enfin, ce n'était pas encore un refuge. Il n'était même pas prêt à l'accueillir à elle, alors des dizaines de personnes démunies, loin s'en fallait. Mais au moins le bâtiment lui appartenait, et sous les directions de Sérénité, qui serait à la tête de l'établissement lors de ses absences – donc presque tout le temps – il prendrait peu à peu forme jusqu'à être un véritable abri pour ceux qui en avaient le besoin.

« C'est poussiéreux, » commenta sa meilleure amie après un regard critique.

Et c'était un euphémisme. L'endroit était encore tout à fait solide, mais les finitions méritaient clairement de longues heures de travail. La jeune femme ne verrait certainement pas le résultat final avant son départ.

« Mais c'est beau, » rétorqua la Comtesse.

Le hall était en effet splendide. C'était une gigantesque salle carrelée aux couleurs très clairs et se séparant en deux ailes symétriques ; en face, il y avait une énorme salle de bains, pourvu de thermes asséchés. Après quelques semaines de rénovation, le manoir serait l'un des plus beaux de la cité.

« Viens, on va visiter les étages ! » fit Sérénité, soudainement euphorique.

Mais Anastasie avait senti quelque chose, dans l'air. Quelque chose qu'elle attendait depuis son retour dans la capitale.

« Je te rejoins, » fit-elle à son amie, qui disparut dans une aile sans se faire prier.

Immédiatement après, une chape d'ombres couvrit l'établissement. Lorsque la Comtesse se retourna, Râle de Nuit, le Gentâme, était là.

« Bonjour, » le salua-t-elle simplement
« Bonjour, Anastasie Terreblanc, » répondit-il. « J'espère que tu as des questions, cette fois. »
« Oui. Quelques unes. »
« Alors je t'écoute. »

La jeune femme prit une inspiration avant de commencer l'interrogatoire. Elle devait faire attention à ne pas tirer sur la corde, à ne pas lui donner toute son énergie, mais elle avait besoin de son savoir.

« Est-ce vrai que la Cuirasse du Chasseur d'Ombres est en Aliaénon, » commença-t-elle.
« Je crois, » répondit l'autre, lui attirant un froncement de sourcils. « Même moi ne peux en être complètement certain... C'est que c'est un autre monde, auquel je n'ai pas accès. Mais je le pense, oui. Disons que je ne prendrais pas toute l'énergie habituelle pour cette réponse, » concéda-t-il finalement.

Anastasie sentit une très légère fatigue la seconde d'après, presque dérisoire.

« Je vois. Passons aux choses sérieuses : comment chasse-t-on un Vaahs'Umbra de son corps ? »

Un silence tomba entre le Gentâme et elle ; plus de vingt secondes plus tard, finalement, il consentit à répondre. Mais ce n'était pas ce qu'elle avait espéré qui s'échappa des lèvres brumeuses de son informateur.

« Je ne sais pas. »

Nouveau froncement de sourcils de la part de la jeune femme.

« Comment est-ce possible ? » fit-elle.
« Nous n'avons pas un savoir infini, » expliqua-t-il. « Juste la sagesse d'une existence passée à accumuler des informations. Nous apprenons, jour après jour, pour ne nous arrêter que lorsque nous échangeons le savoir que nous avons. Je ne sais pas comment l'on se débarrasse d'un Vaahs'Umbra tout simplement car ce n'est jamais arrivé. Ils n'ont jamais été tués, jamais été vaincus et toutes les possessions qu'ils ont entrepris se sont soldées, à la longue, par un succès. »

Le cœur d'Anastasie s'accéléra tout à coup, alors qu'elle sentait un début de migraine pointer dans son esprit. Elle sentait Zekiel jubiler dans sa tête, certain qu'il finirait par l'avoir, par la contrôler.

« Est-ce que cela veut dire que je n'ai aucune chance ? » demanda-t-elle finalement, la gorge nouée.
« Non », la rassura le Gentâme. « Cela veut dire que ça ne s'est jamais fait plus tôt. »

Les fines fentes rouges qui lui servaient d'yeux disparurent quelques secondes. Lorsqu'il les rouvrit, il la fixa intensément avant de continuer.

« L'Ombre dans ton esprit est affaibli. Ta dernière altercation avec lui lui a fait perdre une grosse partie de son emprise sur toi. »

Elle réfléchit quelques instants, quelque peu soulagée, avant de recommencer l'interrogatoire.

« Est-ce que tu as des idées de ce qui pourrait contribuer à le faire lâcher prise ? »

Un nouveau silence s'abattit dans la salle, à la fin duquel le Gentâme hocha la tête, ôtant une nouvelle partie de l'énergie de la jeune femme. C'était la cinquième question qu'elle posait et son esprit commençait à être embrumé et ses jambes se ramollissaient.

« Lesquelles ? » continua-t-elle, ignorant la fatigue.
« Les Ombres sont des âmes en peine, » expliqua Râle de Nuit. « Des âmes tirées de force des Enfers. Certains rituels de Phaïtos ayant pour but d'envoyer des âmes au repos pourraient les affaiblir. Les exorcismes et protections contre les esprits de Gaïa devraient également leur être douloureux. »

La jeune femme hocha la tête, marquant ces informations dans sa mémoire.

« Dans le Château d'Endor, ce sont tes confrontations mentales avec lui qui lui ont fait lâcher prise, mais tu n'as pas réussi à l'exclure. Je pense qu'il faut également chercher de ce côté-ci. »
« Je vois, » répondit-elle, luttant contre son envie de s'allonger au sol. « Je n'ai pas d'autre question. »

Une nouvelle fois, le Gentâme hocha la tête avant de disparaître, emportant avec lui l'obscurité ambiante.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Ven 9 Déc 2016 18:02 
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Anastasie déposa une bougie au sol avant de dessiner un immense caractère autour de celle-ci. C'était une glyphe de Gaïa visant à purifier le corps des mauvais esprits et des contrôles mentaux. Mais bientôt un rire moqueur s'instilla dans son esprit.

( Tu crois que ça suffira ? ) demanda Zekiel, railleur.

Il commençait à reprendre l'emprise qu'il avait sur son esprit, peu à peu. La joute qui lui avait fait perdre ses pouvoirs sur elle n'avait, ainsi, servi qu'à gagner un peu de temps. Mais elle se savait en relative sûreté pour le moment : la dernière fois qu'il avait tenté quelque chose elle l'avait vaincu, lui faisant perdre plusieurs semaines d'insinuation lente et difficile pour lui. Si il voulait, à terme, prendre la pleine possession de son esprit, cela signifiait qu'il devrait mieux assurer ses arrières et s'ancrer bien plus profondément dans son crâne avant de retenter quelque chose.

( Je dois le reconnaître, jamais on ne m'avait résisté comme tu me résistes, ) admit-il. ( Mais cela ne change rien à la conclusion qui se profile à l'horizon : bientôt je serai assez fort pour te soumettre complètement. )

Anastasie l'ignora, continuant ses dessins sur le sol du Refuge. En tant que théurgiste de Gaïa, elle imaginait pouvoir bénir les bougies elle-même, à l'aide de différentes prières. C'était mieux, en tout cas, que de partir quémander l'aide d'Adam après son départ quelques jours auparavant.

( C'est inutile, ) continua-t-il inlassablement, ponctuant toutes ses interventions d'un rire sardonique.

Mais encore une fois, la Comtesse fit la sourde oreille, terminant de tracer la glyphe de Gaïa sur le carrelage. Une fois la complexe inscription terminée, elle alluma la bougie et commença la prière. Quelques secondes après le début, une migraine débuta. C'était Zekiel, tentant de la dissiper. Mais elle tint bon, repoussant les attaques mentales pour psalmodier quelques paroles destinées à la Déesse. La douleur s'intensifia au fil du temps, mais elle garda le cap, continuant le rituel sans y prêter attention. C'était, au moins, le signe qu'il craignait le résultat de cette expérience.

« Donnez-moi la Volonté, Déesse de la Lumière, de combattre les Forces des Ombres, » conclut-elle avant de sortir un couteau de sa poche et de légèrement entailler la paume de sa main.

Elle apposa alors celle-ci au centre du Glyphe et, immédiatement après, une puissante force la traversa de bas en haut, commençant à la base de ses pieds pour se terminer en haut de son crâne. La douleur disparut bien vite, remplacée par les cris de souffrance de Zekiel, qui semblait combattre l'étrange énergie. Mais lorsque celle-ci disparut de son corps, il était toujours là, et un violent contrecoup fit chuter la Comtesse au sol, le souffle coupé.

( Je t'avais bien dit que ça ne suffirait pas, ) railla l'Ombre.

Il semblait cependant affaibli, endolori. Retrouvant peu à peu ses forces, la jeune femme se redressa et reprit le rituel depuis le début, lavant la glyphe qui se trouvait au sol à l'aide d'un peu d'eau et la redessinant aussitôt à l'aide de la même craie. Lorsqu'elle eut terminé, elle recommença la cérémonie alors que Zekiel recommençait sa lutte, avec moins de succès encore que la première fois. Mais à la fin, même résultat que la première fois. Le Vaahs'Umbra hurlait, Anastasie tombait. Et lorsqu'elle se redressait, il était toujours là. Elle recommença ainsi quatre fois, mais plus elle exécutait le rituel, moins Zekiel subissait de dégât, jusqu'à n'être pratiquement pas touché par le dernier. Alors elle quitta Le Refuge sous ses moqueries.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Jeu 12 Jan 2017 14:28 
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Dans un fracas de poutre et de tuiles je pris durement contact avec le sol. Un cri strident me perça aussitôt les tympans. Alors que je me relevais péniblement, la poussière tombant en abondance autour de moi, je pus finalement voir où j'avais atterri. Il s'agissait d'une chambre assez grande. Je vis un lit et divers armoires mais je n'eus pas loisir d'observer l'endroit avec attention. Devant une coiffeuse une jeune femme me regardait avec un air horrifié. Elle s'était levée et pointait sa brosse à cheveux, les deux mains crispées sur le manche, dans ma direction comme si il s'était agi d'une épée. J'étais encore trop sonné pour réaliser pleinement ce qui se passait.

J'entendis alors des bruits de pas venant d'en bas. Quelqu'un était en train de monter l'escalier à toute vitesse. C'est à ce moment que Dexter sortit de la sacoche. Il était indemne mais son pelage blanc était couvert de poussière. La propriétaire de la chambre posa un regard horrifié sur le ratissa quand il apparut. Je l'avais au premier abord prise pour une jeune femme mais maintenant que je l'observais avec plus d'attention je vis que c'était en fait encore une enfant qui venait tout juste de dépasser le cap de la puberté. Le corps était celui d'une femme mais les traits des visages trahissaient la jeunesse. Je me surpris à penser que plus tard elle serait d'une beauté redoutable. Ce n'était clairement ni le lieu ni le moment pour ce genre de réflexion.

C'est Dexter qui me ramena involontairement à la réalité. Couvert de poussière il lâcha un éternuement sonore qui fit frémir tout son corps et souleva un petit nuage gris. Ce fut trop pour la jeune fille qui lâcha un ultime cri avant de tourner de l'œil. Je me précipitai vers elle pour l'empêcher de chuter au sol. C'est à ce moment que la porte de la chambre s'ouvrit. Un vieillard affolé pénétra dans la pièce. Il ne peut qu'écarquiller les yeux en grand devant le spectacle qui s'offrait à lui. Je le vis devenir livide alors que je faisais de mon mieux pour retenir le corps amorphe de la jeune fille.

"Mais venez m'aider au lieu de me regarder comme ça!"

Les mots avaient fusé sans même que je le réalise. Ce fut suffisant pour que l'homme reprenne finalement consistance et vienne me prêter main forte. Finalement à deux nous parvînmes à allonger celle qui était vraisemblablement sa petite fille sur le lit. Elle marmonnait des choses incompréhensibles encore à moitié inconsciente. Le vieillard penché à son chevet prit une expression soulagée en voyant qu'elle était en bonne santé, juste un peu secouée. Il se tourna alors vers moi et le reste de la pièce. Il balaya du regard le trou au plafond, les débris sur le sol, Dexter qui avait entreprit de faire sa toilette dans un coin de la salle et finalement fixa ses yeux gris clairs sur moi. Je sentis à sa voix qu'il n'était pas encore totalement rassuré mais savoir la fille en bonne santé et hors de danger avait visiblement ôté un poids de sa poitrine. C'est d'une voix tout de même légèrement tremblante qu'il s'adressa à moi.

"Qu'est ce que vous nous voulez? Nous n'avons rien de valeur dans cette maison.

-Non je ne suis pas un voleur. Je suis vraiment désolé pour ce qui vient de se passer et pour vous avoir crié dessus. J'étais en train d'inspecter le toit lorsque je suis passé au travers. C'est tout, je vous demande pardon."

Lorsqu'il comprit que je n'étais pas du tout agressif son visage se raffermit d'avantage. Lorsqu'il reprit la parole son ton était plus assuré et la peur laissait progressivement place à la colère.

"Inspecter mon toit? Mais de quel droit vous promenez vous sur les maisons des gens?!

-...

-Et ma pauvre petite fille, vous vous rendez compte?? C'est sur elle que vous auriez pu tomber à quelques mètres près!

-Ecoutez monsieur je suis vraiment désolé, c'était un accident. Je vous rembourserai les réparations pour votre toit dès que j'aurai de l'argent. Pour le moment je suis un peu...

-Non! Il s'était totalement redressé et son visage commençait à prendre des teintes écarlates. Vous allez rester ici! Ma femme est partie chercher la milice et c'est avec eux que vous expliquerez vos histoires! Il est hors de question que... Revenez!"

A la mention de la milice je m'étais aussitôt souvenu que chaque seconde m'était précieuse. Sans écouter la fin du discours vieillard j'avais fais un signe un Dexter et m'était précipité vers la porte. En promettant que je le rembourserai plus tard je me mis à dévaler l'escalier sous les insultes du propriétaire de la maison. J'avais déjà perdu beaucoup trop de temps. Toute l'avance que j'avais accumulée grâce à ma cavalcade sur les toits était probablement réduite à néant. Ce me fut confirmé par le bruit des miliciens qui s'approchaient à l'extérieur du bâtiment. Je commençais à avoir une véritable aversion pour le son des armures métalliques. A chaque fois que je l'entendais c'était synonyme que l'étau se resserrait un peu plus autour de moi.

Lorsque j'arrivai au bas de l'escalier les miliciens étaient tout proches. La porte de la maison était encore ouverte. Je bondis par dessus la table profitant une fois de plus de ma nouvelle facilité mystérieusement acquise. D'un saut je me retrouvai devant l'entrée de la demeure un instant trop tard. Un garde arriva à ce moment dans l'embrasure de la porte. Il eut une seconde d'hésitation ne s'attendant visiblement pas à me trouver sur la pallier. Avant qu'il n'ai le temps de réagir je lui refermai violemment la porte sur le visage. Le choc fut violent et au fracas qui suivit je compris qu'il s'était écroulé sur le pavé. Je verrouillais l'entrée avant de battre en retraite. Le reste de l'escouade commençait à tambouriner à la porte. J'entendais aussi faiblement derrière ce vacarme la voix chevrotante d'une vielle femme inquiète.

Sans perdre un instant je fis volte face et bondis de nouveau par dessus la table pour atteindre l'escalier. Devant moi, le grand père barrait le chemin. Il avait récupéré un long bâton ferré aux extrémités et semblait décider à ne pas me laisser passer. Je n'avais pas le temps de le ménager. Sans même marquer un temps d'arrêt je me précipitai vers lui. Il tenta de frapper mais son coup manquait de puissance et de vitesse. Je saisis son arme et la lui fit lâcher d'une torsion du poignet. Il prit une mine inquiète mais cependant resta en place. Il écarta même les bras dans un ultime effort pour m'empêcher de monter. J'admirai la bravoure de ce grand-père mais la porte ne retiendrait pas mes assaillant bien longtemps. D'un simple revers du bras je l'écartais de mon chemin, le plaquant contre le mur de l'escalier sans ménagement. Puis remontai l'escalier que j'avais descendu l'instant d'avant à toute vitesse.

La porte de la chambre était fermée mais heureusement pour moi il n'y avait pas de verrou et je pus rentrer rapidement. J'entendis que derrière moi le grand-père avait ouvert à la milice qui se ruait à mes trousses. Paniqué je regardai autour de moi quelles étaient les échappatoires possibles. Il y avait une petite fenêtre circulaire. Trop petite pour que je puisse y passer. Impossible de faire demi tour. La seule issue était donc celle par laquelle j'étais arrivée. Le trou dans le toit. Lâchant le bâton je saisis la chaise qui était devant la coiffeuse. Je la plaçai sous l'ouverture. Au moment où je montais dessus le premier garde entra de la pièce. Il se rua sur moi avec un cri de colère au moment où je bondissais. Il renversa la chaise l'instant d'après mon saut. Je parvins à m'agripper à aux bords de l'ouverture et à me hisser sur le toit. J'étais hors d'atteinte pour le moment.

Mon soulagement fut de courte durée. Regardant par le trou je vis le garde qui se relevait au milieu des débris de chaise, bientôt rejoint par trois autres miliciens. Je ne parvins à localiser la source de mon inquiétude qu'à ce moment là. Dexter était resté en bas et me regardait d'un air apeuré. J'étais complètement bloqué, totalement incapable de lui venir en aide. Les quatre miliciens me regardaient avec rage et ne semblaient pas encore l'avoir remarqué. D'un signe muet je lui donnai l'ordre de se cacher. Les soldats remarquèrent la manœuvre et se tournèrent vers Dexter. Une seconde trop tard. Il s'était faufilé sous le lit et ils ne purent pas l'apercevoir. Quand ils tournèrent de nouveau la tête vers l'ouverture j'avais disparu.



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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 26 Fév 2017 20:50 
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« Humbert Philippus Aureolus Theophrastus Bombast d'Helboldt...
- La particule n'est pas nécessaire, précisa l'intéressé, assis bien droit sur le siège qu'on lui avait désigné.

Était-ce pour souligner sa position d'infériorité face au Baron de Cappique, grossièrement surnommé “Clappique” par la classe modeste de Kendra Kâr, que le dossier était presque penché en avant et que le siège lui-même était aussi étroit et dur ? Sans pouvoir s'en empêcher, sa sacoche sur les genoux, Humbert n'arrêtait pas de changer de position, autant pour en chercher une meilleure que pour tenter d'échapper au malaise, installé depuis le début de l'entretien avec ce qui pourrait s'avérer être son futur employeur.

- J'espère que cela ne vous offusquera pas si je ne retiens que “Humbert Helboldt”...
- Oh, non, bien sûr, répondit-il poliment.

Certes, il ne s'agissait en rien d'une question. Quelle importance avait cet assentiment pour ce Baron richissime, bonhomme grassouillet, confortablement installé dans un fauteuil et recouvert de soie et de parures d'or. Il se lissait distraitement la moustache noire qu'il semblait porter depuis toujours, les yeux parcourant rapidement la lettre de candidature qu'on lui avait adressée. Ni son nez aquilin, ni ses yeux d'un bleu-vert, ni même ses sourcils ne daignaient sortir de leur impassibilité parfaite. Le visage que le Baron présentait était dépourvu d'expression, travaillé depuis des lustres pour ne laisser transparaître aucun indice à l'interlocuteur, qu'il soit simple manant ou marchand avec qui traiter.

- Combien demandez-vous pour un tel emploi ?
- Une chambre, un lit, de quoi manger et de quoi lire.

La réponse était préparée, bien entendu, mais cela déporta l'attention du Baron sur le candidat.

- Pas d'argent ? Mais de quoi lire ?

Était-ce la preuve d'un certain décontenancement ? Pourtant, “Clappique” paraissait toujours aussi maître de lui-même que plus tôt : le seul changement notable étant la libération de sa moustache dont l'extrémité retombait à peine au bout de la bouche au teint vermeil qui avait parlé.

- Eh bien, votre réputation n'est plus à faire, Monsieur. Il est certain que vous possédez une bibliothèque personnelle des plus importantes, contenant certainement de nombreux ouvrages rares ; de plus, enchaîna Helboldt, ni la bibliothèque de Kendra Kâr ni celle du Temple de Gaïa ne sauraient refuser l'accès à tous leurs documents au professeur de vos enfants...

Le compliment n'était qu'indirect, mais cela parvint toutefois à arracher une esquisse de sourire au maître des lieux. Comme pour se vanter lui-même, il rajouta :

- Il est vrai que je n'ai pas acquis tout cela par hasard...

D'un bref signe de main, il désigna la pièce, passant sur les meubles ouvragés, les tableaux de maîtres accrochés aux murs, les dorures des coins jusqu'aux fenêtres arquées, donnant sur un jardin privé qui attirait immédiatement l'œil du visiteur : entre l'eau d'une fontaine qui jaillissait, la pelouse parfaitement tondue et les hauts arbres rangés sur le côté dans un ordre aussi artificiel que somptueux. Néanmoins, il ne fallut que quelques instants au postulant pour se détacher de cette vision et reprendre la discussion :

- Cependant, j'ai cru comprendre dans l'annonce qu'il y aurait, de toute façon, un salaire...

Et puis, le Baron était suffisamment riche pour en payer un.

- En effet, marmonna-t-il, sans doute déçu de cette vigilance qui lui coûtait quelques yus.
- … Ainsi que le toit et le souper, précisa-t-il finalement. Ces deux parties m'étant particulièrement importantes, j'ai cru bon de les ajouter. Mais, si je puis me permettre...

Le Baron releva son regard sur son interlocuteur, passé de l'indifférence à une forme de sévérité mêlée à ce qui s'approchait d'un agacement. Helboldt n'aurait pu dire si ces expressions étaient jouées ou véritables, aussi continua-t-il après avoir toutefois marqué un temps de silence :

- Je ne saurais accepter un salaire si mes services ne vous conviennent pas. Vous n'aurez qu'à le décider selon la qualité de mes cours...

C'était bien entendu un jeu risqué. Si ses “services” ne plaisaient pas au Baron, il serait renvoyé avant d'avoir pu s'en rendre compte, mais d'un autre côté, cela n'engageait en rien l'employeur à lui verser de l'argent. Quoi de mieux pour se faire embaucher directement, alors que tant d'autres étaient passés dans cette salle, sur ce siège, sans recevoir aucun retour ? Justement, à nouveau, une lueur de contentement passait dans ces yeux qui, involontairement, s'apaisaient.

- Eh bien, dans ce cas, je vous fixerai une paie hebdomadaire minime, puis je vous récompenserai au jour le jour... Rappelez-moi simplement pour cela ce que vous enseignerez, ordonna-t-il.
- Aussi bien les sciences que la maîtrise du verbe, dans un premier temps, précisa-t-il, c'est-à-dire l'arithmétique, la musique, l'astronomie et la géométrie d'une part, ainsi que la grammaire, la rhétorique et la dialectique. Soit le strict minimum de l'éducation d'un gentilhomme...
- Certes oui, en convint Clappique avec le même souris.

Malgré ses origines bourgeoises et non directement nobles, le Baron n'avait pu se trouver une place dans la cour presque uniquement grâce à son éducation, très proche du modèle aristocrate, ce qui forçait tout de même le respect. Cependant, il se pencha en avant et demanda :

- Mais ensuite ?
- Eh bien, cela dépendra principalement de vos enfants, répliqua Helboldt après un nouveau trémoussement sur son siège. Il me semble qu'ils n'ont encore jamais reçu de cours, si ce n'est pour l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, aussi l'enseignement de toutes ces matières risquera de durer quelques années, peut-être jusqu'à l'adolescence... Ensuite, je ne peux que vous conseiller de faire appel aux services d'un professeur par matière, par expérience, ajouta-t-il avec un sourire qu'il voulut franc.

Le Baron se rassit dans son fauteuil et se remit à lisser sa moustache, toujours du même côté.

- Et pour l'enseignement religieux ?

Il s'agissait certainement de la question qu'Helboldt redoutait le plus. Reprenant un masque sérieux, il avoua :

- Je ne pourrai guère leur donner plus que des généralités sur nos Dieux. Vous m'en voyez navré.

Le Baron parut marmonner quelque chose, avant de se lever, laissant Helboldt seul qui le suivit du regard jusqu'à ce qu'il sorte de la pièce. Il dressa l'oreille, sachant l'entretien non achevé, entendit quelques voix confuses à un couloir de là, des pas pressés qui revenaient : il se replaça bien droit sur son siège, à l'identique. “Clappique”, de retour avec une petite bourse, la lui tendit :

- Vous êtes engagé. Vous trouverez une cinquantaine de yus là-dedans ; quant à vos dettes vis-à-vis des auberges de la ville...

On ne pouvait décidément rien cacher à cet homme qui savait tout de tout le monde. Cela faisait en effet une petite semaine que la note du professeur s'allongeait, lui-même promettant qu'il trouverait bien vite un emploi pour dédommager ses détracteurs et refusant toujours de vendre ses effets personnels en compensation – ces grimoires étaient bien plus importants qu'une simple question d'argent.

- … elles sont effacées. Ne me faites simplement pas regretter mon geste.

D'un geste impatient de la main, le Baron invita son nouvel employé à se lever puis à le suivre. S'ensuivit une marche effrénée à travers des couloirs brillants, passant entre des serviteurs revêtus d'une livrée soignée, le regard fixé sur les pieds des deux hommes qui passaient à toute allure. Helboldt voyait son regard attiré, ici sur une sculpture de marbre, là sur une toile aux couleurs chaudes, mais rien ne se fixait durablement, le rythme du Baron étant excessivement rapide entre ces murs qui ne lui étaient que trop connus. Tout en avançant, il envoyait des informations à la volée à Helboldt qui ne pouvait qu'hocher de la tête, quand bien même le Baron ne le voyait pas.

- Vous commencerez demain, vous avez jusqu'au soir pour déposer vos affaires dans votre chambre. Elle se situe au second, vous monterez par ces escaliers, les principaux, fit-il en montrant l'exemple. Vous dînerez à ma table : les enfants devront s'habituer à votre présence, vous m'entendez ? Vous n'aurez en aucun cas à vous mêler aux serviteurs : et les enfants non plus, empêchez-les si besoin est. Les leçons auront lieu dans notre pièce à vivre du premier, où se trouve un petit clavecin. De dix heures à midi, disons-nous, puis de trois heures à cinq heures. Bien entendu, vous serez chargé de surveiller les enfants pendant leur temps libre. Mais patience, avertit-il en voyant la bouche d'Helboldt s'entrouvrir : nous arrivons.

Il sortit un trousseau de clé de sa poche, en saisit une et la fit passer dans la serrure de la petite porte simple, en bois, qui l'empêchait momentanément de poursuivre sa course. Un déclic se fit entendre puis la pièce se découvrit aux deux hommes, dévoilant sous la lumière baissante du jour qui filtrait à travers d'ordinaires rideaux de toile un lit simple dans un coin à droite, une armoire à côté, et un bureau en face accolé à une petite bibliothèque peu garnie.

- J'ai pris le soin d'y mettre quelques ouvrages dont vous pourrez disposer, mais je ne doute pas que vous en ayez aussi. L'accès à ma bibliothèque privée est bien entendu permise, ainsi qu'à celle de la ville désormais : veillez simplement à présenter ceci à l'entrée, dit-il en tendant un petit écusson représentant les armes de la maison.

Une fois l'objet rangé dans l'une des poches de son nouveau propriétaire, le Baron annonça :

- Eh bien, je crois que ce sera tout – n'est-ce pas ? Si vous avez d'autres questions... adressez-vous à Gisors, le responsable des serviteurs de la maison, je suis occupé. À quoi il ressemble ? Vous le reconnaîtrez aisément : c'est le seul Ynorien que vous trouverez par ici.

Qu'y avait-il d'autre à rajouter ? Sans doute pas grand-chose, puisque le Baron disparut, refermant la porte derrière lui, seuls ses pas pressés résonnant contre le parquet en bois rappelant pendant quelques secondes supplémentaires une fugace présence suractive.

Helboldt, quelque peu désorienté par ce vide soudain qui s'était installé, se laissa tomber sur le matelas du lit, observant une seconde fois la pièce dans son ensemble avant de remarquer, accolé au bureau, une petite boîte remplie de chandelles de suif, ainsi qu'un chandelier apparemment en cuivre. S'approchant de la fenêtre, il écarta les rideaux, la petite lucarne donnant vue sur le magnifique jardin du Baron. Mais à cette hauteur, on apercevait au-delà de la végétation artificielle un haut mur de briques rougeâtres, à peine caché par les haies taillées bien moins aériennes. Et au-delà de ce mur, d'autres habitations luxueuses et fontaines de marbre.

Préférant tirer à nouveau les rideaux, Humbert s'approcha de sa sacoche et en tira les quelques livres, feuillets et grimoires qu'il possédait pour tenter tant bien que mal, en les disposant sur les rayonnages, de donner l'illusion d'une bibliothèque de savant. C'était peine perdue : même ainsi, elle restait désespérément trop vide à son goût, quelques étages demeurant inoccupés malgré tout.

Bien qu'Humbert n'eût rien pour connaître alors l'heure qu'il était, constatant finalement que le Baron n'avait pas jugé nécessaire de doter sa chambre d'une de ces délicates machineries gris-elfiques – du moins à l'origine –, sommairement nommées “horloges” par les Humains, il ne put que relancer un coup d'œil derrière les rideaux et affirmer que, non, il n'était certainement pas encore l'heure du souper. Quoiqu'il ignorât à quelle heure ce dernier se tenait, justement. Un soupir perça le silence de la pièce, comme pour regretter de n'avoir pas parlé en la présence du Baron ; Helboldt sortit.
Dans le couloir qui s'étendait de chaque côté, il héla un domestique qui passait :

- Gisors ?

Sa mimique, son ton de voix et cet index relevé en direction du jeune homme, comme un maître s'adresse à son valet, ne laissaient pas grand doute quant à l'intention d'Helboldt.

- Vous le trouverez au rez-de-chaussée, au fond à droite une fois que vous aurez pris l'escalier là-bas, monsieur.

Il lui avait évidemment indiqué l'escalier principal avec un air intrigué, repartant ensuite vaquer à ses occupations propres, tandis qu'Helboldt suivait le trajet indiqué en ne prêtant cette seconde fois même plus attention aux parures excessives qui tapissaient les murs. Arrivé devant la petite porte, qui semblait être celle donnant sur l'antre de Gisors, celle-ci n'était en revanche que guère distinguée, si bien que le meilleur moyen pour la repérer était de chercher la légère baisse de raffinement sur les murs. Un code visuel à l'attention des visiteurs, sans doute.

Helboldt approcha sa main de la porte en bois pour toquer : elle s'ouvrit. Laissant échapper un murmure de suprise devant le vieux Gisors, un Ynorien de pure race, apparemment, vieil être recouvert de rides de toutes sortes, ses petits yeux noirs se confondant avec cette fresque de stries et de peau vaguement jaunâtre malgré une expression alerte et des mouvements vifs, Helboldt ne put que constater qu'il était bien plus grand – mais cela n'était d'aucun avantage devant l'être au petit nez, aux petites oreilles et aux cheveux sombres tirant sur le gris, aplatis ou disparus de son crâne.

- Vous devez être le nouveau précepteur ? Votre nom ? demanda-t-il sans attendre de réponse à la première question.
- Humbert... Humbert Helboldt, répondit l'intéressé suffisamment lentement pour tirer une mimique d'agacement à son interlocuteur.
- Allez, dépêchons. Venez par ici, vous avez vu l'heure ?
- Je n'ai pas d'horloge dans la chambre qu'on m'a assigné, se défendit le Kendran.
- Je vois.

Il sortit un petit carnet, griffonna quelques mots incompréhensibles et le rangea aussitôt, braquant à nouveau son regard inquisiteur sur le nouvel employé de la famille.

- Il est actuellement seize heures. Les enfants sont actuellement au Temple de Gaïa, où Monsieur a pris un instructeur religieux en attendant d'en trouver un vrai. Ils devraient rentrer d'ici, une demi-heure. À ce moment-là, vous devez être prêt, continua-t-il sans laisser à Helboldt le temps de parler. Vous devez savoir que... que ce sont des enfants.

Il le sonda d'un air critique, le professeur quelque peu décontenancé par cette “révélation”.

- Je donne... rarement des cours à des adultes.
- C'est-à-dire qu'ils sont jeunes et qu'ils font des bêtises, si vous voyez ce que je veux dire, embraya l'Ynorien d'un ton agacé. Je pourrais vous raconter tous les tours qu'ils m'ont déjà joués – mais je n'ai pas le temps. Ici ! fit-il à un domestique qui passait. Vous allez faire une présentation des lieux à Helboldt. Tout doit être fini avant le retour des enfants ! Et vous, rendez-vous sur la terrasse du jardin dans vingt minutes, reprit-il pour Helboldt. Une dernière chose, cette fois en se tournant vers le serviteur, pensez à apporter une horloge dans la chambre du précepteur.

Il ressortit son carnet, barra d'un trait les quelques mots qu'il avait notés juste avant et, en quelques instants, referma la porte de son antre derrière lui, laissant simplement entrevoir à Helboldt un bureau couvert de feuillets éparpillés.


***


Salles d'eau du Baron, de la Baronne, des enfants, des invités de marque (trois fois), du précepteur, de Gisors, des serviteurs, latrines sous le même schéma, salle de toilette pour la Baronne et sa fille, dortoir des serviteurs, chambres et antichambres de toute la famille et des invités, gardes-robes, salle à manger, premier, deuxième et troisième salons, salle de cours, salle de musique, salle de jeux, cuisines, garde-manger, écuries, bibliothèque ; il n'y avait que trop de pièces à visiter à la fois dans ce manoir.

Si bien que, lorsqu'il arriva sur la terrasse – croyant pourtant sortir sur le parvis de l'autre côté -, Helboldt reçut un regard noir du vieux Gisors qui passait, regardant ostensiblement l'horloge qui indiquait quelques cinq minutes de retard sur l'horaire prévue. Avant qu'il puisse aller le voir, le vieillard disparut entre deux statues.
Arrivé là, il ne put que remarquer que le domestique qui l'avait guidé était également reparti sans le moindre mot. Soupirant, seul à l'ombre de grands parasols étendus sur la terrasse de briques, l'air était rafraîchi par les quelques gouttelettes d'eau provenant des fontaines de marbre non loin. Il était pur par ici, ou le semblait tout du moins.

Il y avait là quelques chaises de bois finement travaillé, mais malgré un certain épuisement, Helboldt n'osa pas s'asseoir. Il restait donc debout, à contempler la nature artificielle et paisible qu'on avait tenté de recréer ici.

Le repos aurait pu se prolonger si, quelques minutes plus tard, des cris aigus n'étaient pas venus déchirer le silence presque parfait. Il suffit de quelques instants aux éléments perturbateurs pour déboucher sur la terrasse et s'arrêter immédiatement, impressionnés par ce dos large qui se dressait face à eux.

Intérieurement, le nouveau professeur sentait bien qu'il n'avait aucune raison de se retourner maintenant. Il était seul avec les enfants sur la terrasse : quelqu'un viendrait bien les présenter. Il perçut d'ailleurs peu après un soufflement rauque et bruyant qui se rapprochait, les regards des deux petits nobles toujours rivés sur lui.

- Ah ! Ferdinand et Simona, vous voilà ! s'exclama la voix rassurée du Baron essoufflé.

Helboldt se retourna à ce moment-là, examinant sous un haussement de sourcil le garçon et la fillette qu'il aurait à instruire. Tandis que l'un gardait un demi-sourire en fixant son père de son regard vert innocent, les mains dans le dos et l'expression joueuse sous des épis bruns, l'autre semblait inquiète, triturant ses grosses lunettes rondes sur son nez aplati. Sa bouche restait entrouverte dans un murmure de résignation, comme apeurée par la rencontre de ce nouveau bourreau, tandis que ses boucles noires étaient gentiment coiffées, parfois rajustées par un rapide mouvement de la main. Ils n'avaient que sept et huit ans respectivement, mais la différence d'âge ne se remarquait pas sur leurs visages poupons ; quant à leurs tenues, ils étaient aussi couverts que le père, si ce n'était plus, mais de broderies pourpres, l'un ayant droit à un veston et des bas, l'autre à une large robe. Le précepteur haussa les sourcils lorsqu'il remarqua les traces de boues sur les bottes et le bas de la robe des deux gamins : mais le Baron reprenait.

- Voici monsieur Helboldt, votre nouveau précepteur. Vous aurez cours avec lui tous les matins et tous les après-midi, et il vous surveillera le reste du temps, fit-il autant à l'attention des intéressés que du professeur. Vous devez savoir, monsieur Helboldt, que ma femme est en voyage en ce moment, mais elle reviendra sous peu.

Il se tourna à nouveau vers les enfants, qui commençaient à se balancer d'une jambe sur l'autre en échangeant quelques chuchotements.

- Vous pouvez aller jouer dans le jardin, leur indiqua-t-il, il n'y a pas leçon aujourd'hui. Mais attendez ! Ce soir, vous viendrez avec moi. Nous avons à dîner avec de la haute société, rajouta-t-il à l'attention d'Helboldt. Vous pouvez donc disposer, mais veillez simplement à aller vous faire préparer une livrée à nos couleurs, que vous devrez avoir demain.

Les enfants, laissant s'échapper un cri de joie mutuelle, se précipitèrent entre les buissons ; Clappique repartit aussi vite qu'il était apparu ; Helboldt resta seul, se répétant simplement la formule qui régissait chaque nouveau poste de professeur.

(Le changement, c'est maintenant.)



Après

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Dernière édition par Humbert Helboldt le Dim 26 Fév 2017 22:09, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 26 Fév 2017 22:08 
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La veille, Humbert avait pu passer une soirée tranquille, entre la prise de mesure pour lui confectionner une livrée ajustée et le repos laissé dans la petite chambre. Il avait pris le temps de relire quelques-uns des écrits et – puisqu'il était inutile de mentir – il avait également préparé un peu son discours du lendemain, pour la première leçon. Non pas que ce fût quelque chose d'extraordinaire pour lui, mais simplement parce qu'il fallait bien admettre que le Baron était quelqu'un. Pour être devenu l'une des personnalités les plus influentes de Kendra Kâr grâce à l'immense fortune qu'il avait accumulée et qui continuait de grandir, pour avoir fait fi de son rang social de simple marchand, il avait réussi à s'extraire et à rejoindre les plus grands. Il n'était pas toujours très reconnu ou apprécié par les autres aristocrates – n'était-il pas un parvenu ? - mais cela ne changeait rien aux faits. Éduquer ses enfants était un honneur, pour Humbert, le couronnement de sa carrière... s'il réussissait à s'y préserver. Il avait été pris du premier coup – même s'il s'était arrangé pour passer parmi les derniers prétendants, faisant passer juste avant lui quelques collègues dont il connaissait pertinemment la médiocrité -, aussi supposait-il que ça commençait bien pour lui. Et puis, si plus tard les deux mômes lui en étaient reconnaissants...

Il s'imaginait, confortablement installé dans son lit au petit matin en fixant l'horloge ajoutée, devenir une personnalité reconnue, admise à nouveau à la Cour du Roi, régisseur ou peut-être même propriétaire d'un des domaines des enfants devenus grands, une fois ceux-ci arrivés dans les plus hautes sphères du pouvoir. Il s'imaginait une existence confortable, lorsqu'on toqua.

- Monsieur ? fit une voix féminine derrière la porte. Les enfants sont réveillés. Ils iront déjeuner d'ici une demi-heure, lorsque leur toilette sera faite. Le Baron demande votre présence.
- Je... Je serai là, répondit-il en se levant précipitamment – mais on ne l'avait pas écouté, et des pas s'éloignaient sur le parquet du couloir.

L'horloge indiquait effectivement déjà sept heures. Les horaires données par le Baron pour les cours, Humbert s'en était douté de suite, n'étaient que superficiels. Il fallait évidemment surveiller les enfants y compris lorsqu'ils n'étaient pas en classe et il n'aurait lui-même que peu de temps à se consacrer, quoique ce serait sans doute bien suffisant pour profiter de la bibliothèque de la maison, qu'il avait découverte la veille avec émerveillement.

Il s'approcha des fenêtres, ouvrit les volets, laissa l'air frais de l'aube pénétrer entre ces murs pendant qu'il se changeait, essayant une seconde fois la livrée aux insignes de la maison qui, fort heureusement, n'avait pas raccourci pendant la nuit. Il jeta un nouveau coup d'œil à l'horloge, boutonna sa chemise et sortit. Une courte toilette du visage suivit : il arriva à l'heure – c'est-à-dire cinq minutes avant l'heure – à la salle à manger, patientant debout derrière un air impassible.

Les enfants arrivèrent, il tenta un petit sourire mais ils s'installèrent sans tarder à table, prenant possession des sièges les plus hauts, bien vite suivis du Baron qui indiqua d'un geste désinvolte sa place à Helboldt, en face des deux enfants et à sa droite à lui, écarté cependant d'une place vide qui devait être celle de la maîtresse de maison.

Quelques servantes arrivèrent, les bras chargés de produits divers qu'elles déposèrent devant les attablés. Des œufs, du fromage, des tranches de pain grillées accompagnées de viandes diverses, de miel et de confitures variées, lait, vin, galettes, il y avait de quoi nourrir un bataillon. Les enfants mangèrent sans trop chercher à se faire remarquer sous le regard des deux adultes, le Baron se contentant de boire quelques verres en saisissant des papiers que le vieux Gisors lui apportait, quémandant signature, tandis qu'Helboldt se servait et mangeait lentement, profitant de l'occasion pour épier Ferdinand et Simona.

Les deux étaient munis d'un estomac d'ogre. Ils engouffraient des quantités effroyables de nourriture, tout en réussissant à manger, bien évidemment, en respectant tous les codes de bonne tenue, ce qui produisait un mélange peu habituel. On remarquait bien, tandis qu'ils s'empiffraient, l'expression naturellement rieuse du garçon, sur son visage fin et allongé, et la rondeur coquette de celui de la fille, qui lançait quelques regards timides à chaque fois qu'elle se servait.

- Monsieur Helboldt ? demanda le Baron en se levant. Je dois y aller. Lorsque Ferdinand et Simona auront fini, il faudra les emmener au Temple de Gaïa, pour leur prière du matin. Vous ferez connaissance avec le Prêtre qui a pris soin d'eux jusque là, mais sachez qu'il faudra faire ainsi tous les jours... Vous aurez temps libre par là-bas, pour faire ce que vous voudrez, mais sachez que la leçon du Prêtre Ionas ne dure que trente minutes. Ensuite, vous aurez à ramener les enfants jusqu'ici pour leur leçon de la matinée... Je laisse cela à votre convenance. Bonne journée.

Puis, se tournant vers les enfants :

- Soyez sages.

Il n'y avait rien d'autre à dire : Clappique sortit en compagnie du vieux Gisors, laissant le professeur seul avec les deux enfants pour finir le petit-déjeuner.

- Est-ce que vous frappez les enfants avec une règle ? demanda effrontément Ferdinand une fois le paternel sorti.

Helboldt fixa le garçon d'un air intrigué avant de répondre, aussi stoïque que possible :

- Non... Je fais mieux.

Un instant, la peur se lut sur le visage de l'enfant, avant qu'il ne se reprenne et qu'Helboldt ne s'autorise un sourire bienveillant pour tenter de le rassurer un tant soit peu.

- Vous devriez finir votre repas, il va falloir se rendre au Temple, fit-il avant de mettre son assiette de côté, pour signifier qu'il n'attendait désormais plus que les deux enfants.

Ceux-ci s'empressèrent d'engouffrer les dernières bouchées avant de se lever à la suite du professeur, filant droit jusqu'à leurs chambres.

***


Au moment de partir, seul Ferdinand était présent dans le hall d'entrée, fixant un Helboldt muni de sa vieille sacoche avec une mimique circonspecte.

- Où est ta sœur ? demanda-t-il après quelques minutes d'attente tendue.
- Suis-je le gardien de ma sœur ? répondit-il d'un air hautain en reprenant une vieille expression d'un des textes sacrés du culte de Gaïa.
- Bon, je vais la chercher, dans ce cas, répondit-il à moitié agacé, à moitié amusé.

Alors qu'il montait les marches, il se retourna au bon moment pour voir Ferdinand arrêter soudainement la grimace qu'il lui adressait. Un sourire las sur les lèvres pendant quelques instants en constatant la gêne du gamin découvert, il repartit cependant, se dirigeant vers la chambre de Simona.

- Mais, Ophélie... Il me fait peur... fit la voix fluette de la petite fille dans la chambre.

S'approchant doucement, le professeur aux sourcils froncés entendit une voix féminine plus âgée, plus pleine et assurée, lui répondre.

- Simona... C'est ton père qui l'a embauché. Il ne peut pas te faire de mal, tu sais ? Sinon, il sera renvoyé... Allons. Il est temps de...

Un cri de surprise partagé troubla la réunion des deux filles lorsqu'Helboldt fit irruption dans la chambre.

- Mademoiselle ? Nous allons devoir partir, annonça-t-il comme s'il n'avait rien entendu.

Celle qu'on avait appelé Ophélie, une jeune servante aux cheveux noirs et soyeux, avait baissé ses yeux bruns au sol devant le précepteur après s'être levée précipitamment en s'écartant de la fillette.

- Vous savez également que Monsieur votre père a demandé à ce que vous ne vous mêliez pas aux serviteurs...

Les yeux de la petite fille s'embuèrent de larmes et elle s'approcha en bégayant quelques supplications arrêtées brusquement par un index levé.

- … mais je ferai une exception pour cette fois-ci, précisa-t-il avant de rabaisser son doigt. Par ici.

Emmenant l'enfant avec lui, il adressa simplement un hochement de tête à Ophélie avant de repartir. L'horloge indiquait déjà cinq minutes de retard.



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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 26 Fév 2017 22:12 
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La porte de la maison s'ouvrit alors qu'Helboldt fixait, les lèvres pincées et un sourcil relevé, les jeux des deux enfants qui se défiaient l'un l'autre en silence. La leçon au Temple s'était apparemment bien passée et, malgré sa trop courte durée pour laisser au professeur le temps de lire en intégralité le Traité qu'il avait dévoré, il leur restait toute la fin de matinée pour la leçon personnelle des deux enfants.

Sans même s'attarder, il prit les devants et s'avança d'un pas vif à travers les couloirs de la maison du Baron. Simona et Ferdinand, il l'entendait derrière lui, devaient se presser pour réussir à tenir la cadence, mais il ne ralentit pas. N'était-ce pas l'usage indiqué par le Baron lui-même ?

La salle de cours qu'on lui avait désignée était spacieuse et, fait heureux, reliée directement à la Bibliothèque du Comte. Un clavecin trônait au centre tandis qu'à droite de la lumineuse fenêtre donnant sur le jardin se dressait un tableau noir, accompagné de ses quelques craies et de deux pupitres flambants neufs. Helboldt se retourna, laissa les enfants rentrer et referma la porte, son expression leur intimant d'elle-même le silence. Ils vinrent s'asseoir : pendant quelques instants, on crut entendre une mouche voler, mais les deux mains d'Helboldt claquèrent et la firent taire à jamais : la leçon pouvait commencer.

Il s'avança d'un pas lent jusqu'au tableau, semblant profiter intérieurement du calme qui s'était installé avant de se tourner vers les deux enfants.

- Ferdinand. Simona. Vous rappelez-vous quel est mon nom ?

Ils semblèrent se concerter du regard puis la petite leva une main hasardeuse.

- Vous êtes... Monsieur Helboldt ?

Il acquiesça d'un bref signe de la tête avant de se retourner et d'inscrire d'une écriture belle et ronde le nom au tableau.

- Ferdinand ? Dites-moi, savez-vous ce que nous allons étudier ?

Le petit garçon prit un air boudeur, son regard s'évadant un moment dans les branchages qui émergeaient derrière la vitre.

- Je sais déjà lire, finit-il par rétorquer.
- Excellent, commenta Helboldt en gardant une expression des plus sérieuses malgré un certain amusement, mais ce n'était pas la question. Simona ?
- Euh...

Elle rougissait à vue d'œil et remit rapidement l'une de ses mèches en place.

- Calculer ? Hem... Étudier des dessins et le sens des phrases ?
- Exact. Arithmétique, géométrie, grammaire. Vous continuerez l'apprentissage du clavecin, que vous avez déjà commencé, ajouta-t-il en désignant de la main l'instrument derrière eux, mais aussi la musique en général. Avez-vous déjà étudié l'astronomie ? Tant pis, nous découvrirons. Et, enfin, apprendre à parler beau et apprendre à parler bien, soit la rhétorique et la dialectique. Est-ce clair ?

Aucune réaction de la part des deux enfants, si ce n'était un rougissement et des yeux baissés chez Simona, un regard distrait par le jardin et un affalement complet chez Ferdinand. Helboldt soupira. L'année allait être longue.


***


Ils révisèrent les règles élémentaires de calcul, les tables d'addition, de soustraction, de multiplication. Ils reprirent les figures géométriques les plus simples – carré, triangle, rectangle, quadrilatère et autres polygones – avant de constater sur une carte du ciel tirée de la bibliothèque du Baron que ces figures se retrouvaient bel et bien dans la nature autour d'eux et en particulier autour des étoiles. Puis il y eut une leçon de solfège – do, ré, mi... - sous les soupirs exaspérés d'un Ferdinand désespéré. Il fut achevé par la dictée qui s'ensuivit.

- … Et les bois étaient noirs... Et les bois étaient noirs... jusques à l'horizon.

L'œil du professeur dériva jusqu'à la feuille de papier blanche de son élève à l'agonie. Il n'y avait que trois lignes, mais déjà vingt fautes.

- Bon. Nous allons nous arrêter là. Ferdinand, cela n'est pas sérieux, fit-il en saisissant prestement le manuscrit, visiblement déçu. Comment écrivez-vous “les bois” ? B, O, A ! Ceci est un animal oriental que vous ne verrez jamais, et moi non plus, présent uniquement dans les légendes les plus folles des explorateurs les plus hardis. D'ailleurs, certains doutent même de son existence.

Il reposa la feuille tandis que les premiers bougonnements s'élevaient et vérifia celle de Simona avant de la reposer en hochant de la tête. L'horloge annonçait déjà le déjeuner imminent, mais il fallait profiter des derniers instants.

- Ferdinand, vous me copierez vingt fois le poème de Monseigneur de Nyvig... et vous me ferez une recherche dans la bibliothèque de votre père pour préparer une biographie de ce Comte Kendran. J'y ai vu quelques ouvrages traitant de lui, je vous les désignerai.

Il n'était pas un monstre tout de même. La bibliothèque était bien trop imposante et fournie pour laisser le gamin se débrouiller seul, surtout au vu de la lassitude extrême qu'il montrait à faire les exercices auxquels on le soumettait bon gré mal gré. Mais à peine cela fut dit qu'un serviteur toqua : on appelait à table. Aussi bien l'un que l'autre, les deux enfants se précipitèrent à l'extérieur, déboulant dans le couloir : bien vite on n'entendit dans la salle de cours redevenue calme que la lointaine course sur le parquet riche de deux turbulences affamées. La servante qui avait toqué et annoncé de derrière la porte la tenue du repas entra : c'était Ophélie.

- Monsieur... fit-elle en s'avançant timidement.

Helboldt la fixait sans mot dire, impassible.

- Je voudrais m'excuser pour le retard de Simona ce matin... et vous remercier pour le silence que vous aurez sur notre... amitié.

Elle regarda à droite et à gauche, comme pour vérifier qu'ils n'étaient pas épiés, mais Helboldt releva les mains devant lui en rétorquant, de marbre :

- Je suis navré, mais ce ne sera plus possible à l'avenir, si c'est ce que vous demandez.

L'expression de la jeune femme s'attrista, elle s'avança encore un peu mais il la coupa avant qu'elle ne dise le moindre mot.

- Ce n'est pas à moi que vous devez vous adresser, mais à Monsieur le Baron.

Il n'y avait plus rien à dire. Ophélie baissa les yeux, dépitée, murmurant quelques politesses avant de s'éclipser fugacement, drapée dans l'orgueil de ne pas pleurer devant lui et dans ses larges frusques aux couleurs dorées de la maison. Le professeur releva les yeux vers l'horloge et repartit, toujours aussi renfermé dans un air stoïque et inexpressif. Il se faisait tard, les enfants avaient déjà assez attendu avant de manger. Une seule question était désormais d'importance : le Baron mangerait-il à leur table ?


***


Il s'avéra que non. Sans le montrer sur son visage ou dans ses manière, Helboldt redoutait ce moment. Autant il pouvait user de ses connaissances dans tous les domaines qui concernaient l'étude pour rester le maître incontesté de la salle de cours à l'étage, autant rien ne le prédisposait à contenir les enfants lors de leur temps libre. La présence du Baron, de fait, avait quelque chose de rassurant – il arrivait sans mal à contenir la fougue de ses enfants par son rôle de père de famille – mais il était occupé, apparemment. Les serviteurs, quant à eux, Helboldt ne les prenait pas en compte. Ils devaient veiller à l'ordre dans la maison, certes, mais ils n'avaient pas le pouvoir de s'opposer à un noble, fût-il encore un enfant. Et lorsque le fameux précepteur tant attendu était là, ils n'allaient surtout pas s'y risquer...

Mais Helboldt se rappelait à lui-même qu'il fallait être confiant. Ces périodes à table démontreraient son autorité, chose essentielle pour discipliner les gamins insolents qu'étaient les enfants de nobles, croyant que tout leur était dû. Il allait réussir. Le repas allait bien se passer.



Après

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Humbert Helboldt


Dernière édition par Humbert Helboldt le Dim 26 Fév 2017 22:37, édité 1 fois.

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