«
Humbert Philippus Aureolus Theophrastus Bombast d'Helboldt... -
La particule n'est pas nécessaire, précisa l'intéressé, assis bien droit sur le siège qu'on lui avait désigné.
Était-ce pour souligner sa position d'infériorité face au Baron de Cappique, grossièrement surnommé “Clappique” par la classe modeste de Kendra Kâr, que le dossier était presque penché en avant et que le siège lui-même était aussi étroit et dur ? Sans pouvoir s'en empêcher, sa sacoche sur les genoux, Humbert n'arrêtait pas de changer de position, autant pour en chercher une meilleure que pour tenter d'échapper au malaise, installé depuis le début de l'entretien avec ce qui pourrait s'avérer être son futur employeur.
-
J'espère que cela ne vous offusquera pas si je ne retiens que “Humbert Helboldt”... -
Oh, non, bien sûr, répondit-il poliment.
Certes, il ne s'agissait en rien d'une question. Quelle importance avait cet assentiment pour ce Baron richissime, bonhomme grassouillet, confortablement installé dans un fauteuil et recouvert de soie et de parures d'or. Il se lissait distraitement la moustache noire qu'il semblait porter depuis toujours, les yeux parcourant rapidement la lettre de candidature qu'on lui avait adressée. Ni son nez aquilin, ni ses yeux d'un bleu-vert, ni même ses sourcils ne daignaient sortir de leur impassibilité parfaite. Le visage que le Baron présentait était dépourvu d'expression, travaillé depuis des lustres pour ne laisser transparaître aucun indice à l'interlocuteur, qu'il soit simple manant ou marchand avec qui traiter.
-
Combien demandez-vous pour un tel emploi ? -
Une chambre, un lit, de quoi manger et de quoi lire. La réponse était préparée, bien entendu, mais cela déporta l'attention du Baron sur le candidat.
-
Pas d'argent ? Mais de quoi lire ?Était-ce la preuve d'un certain décontenancement ? Pourtant, “Clappique” paraissait toujours aussi maître de lui-même que plus tôt : le seul changement notable étant la libération de sa moustache dont l'extrémité retombait à peine au bout de la bouche au teint vermeil qui avait parlé.
-
Eh bien, votre réputation n'est plus à faire, Monsieur. Il est certain que vous possédez une bibliothèque personnelle des plus importantes, contenant certainement de nombreux ouvrages rares ; de plus, enchaîna Helboldt,
ni la bibliothèque de Kendra Kâr ni celle du Temple de Gaïa ne sauraient refuser l'accès à tous leurs documents au professeur de vos enfants...Le compliment n'était qu'indirect, mais cela parvint toutefois à arracher une esquisse de sourire au maître des lieux. Comme pour se vanter lui-même, il rajouta :
-
Il est vrai que je n'ai pas acquis tout cela par hasard...D'un bref signe de main, il désigna la pièce, passant sur les meubles ouvragés, les tableaux de maîtres accrochés aux murs, les dorures des coins jusqu'aux fenêtres arquées, donnant sur un jardin privé qui attirait immédiatement l'œil du visiteur : entre l'eau d'une fontaine qui jaillissait, la pelouse parfaitement tondue et les hauts arbres rangés sur le côté dans un ordre aussi artificiel que somptueux. Néanmoins, il ne fallut que quelques instants au postulant pour se détacher de cette vision et reprendre la discussion :
-
Cependant, j'ai cru comprendre dans l'annonce qu'il y aurait, de toute façon, un salaire...Et puis, le Baron était suffisamment riche pour en payer un.
-
En effet, marmonna-t-il, sans doute déçu de cette vigilance qui lui coûtait quelques yus.
-
… Ainsi que le toit et le souper, précisa-t-il finalement.
Ces deux parties m'étant particulièrement importantes, j'ai cru bon de les ajouter. Mais, si je puis me permettre... Le Baron releva son regard sur son interlocuteur, passé de l'indifférence à une forme de sévérité mêlée à ce qui s'approchait d'un agacement. Helboldt n'aurait pu dire si ces expressions étaient jouées ou véritables, aussi continua-t-il après avoir toutefois marqué un temps de silence :
-
Je ne saurais accepter un salaire si mes services ne vous conviennent pas. Vous n'aurez qu'à le décider selon la qualité de mes cours...C'était bien entendu un jeu risqué. Si ses “services” ne plaisaient pas au Baron, il serait renvoyé avant d'avoir pu s'en rendre compte, mais d'un autre côté, cela n'engageait en rien l'employeur à lui verser de l'argent. Quoi de mieux pour se faire embaucher directement, alors que tant d'autres étaient passés dans cette salle, sur ce siège, sans recevoir aucun retour ? Justement, à nouveau, une lueur de contentement passait dans ces yeux qui, involontairement, s'apaisaient.
-
Eh bien, dans ce cas, je vous fixerai une paie hebdomadaire minime, puis je vous récompenserai au jour le jour... Rappelez-moi simplement pour cela ce que vous enseignerez, ordonna-t-il.
-
Aussi bien les sciences que la maîtrise du verbe, dans un premier temps, précisa-t-il,
c'est-à-dire l'arithmétique, la musique, l'astronomie et la géométrie d'une part, ainsi que la grammaire, la rhétorique et la dialectique. Soit le strict minimum de l'éducation d'un gentilhomme... -
Certes oui, en convint Clappique avec le même souris.
Malgré ses origines bourgeoises et non directement nobles, le Baron n'avait pu se trouver une place dans la cour presque uniquement grâce à son éducation, très proche du modèle aristocrate, ce qui forçait tout de même le respect. Cependant, il se pencha en avant et demanda :
-
Mais ensuite ? -
Eh bien, cela dépendra principalement de vos enfants, répliqua Helboldt après un nouveau trémoussement sur son siège.
Il me semble qu'ils n'ont encore jamais reçu de cours, si ce n'est pour l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, aussi l'enseignement de toutes ces matières risquera de durer quelques années, peut-être jusqu'à l'adolescence... Ensuite, je ne peux que vous conseiller de faire appel aux services d'un professeur par matière, par expérience, ajouta-t-il avec un sourire qu'il voulut franc.
Le Baron se rassit dans son fauteuil et se remit à lisser sa moustache, toujours du même côté.
-
Et pour l'enseignement religieux ?Il s'agissait certainement de la question qu'Helboldt redoutait le plus. Reprenant un masque sérieux, il avoua :
-
Je ne pourrai guère leur donner plus que des généralités sur nos Dieux. Vous m'en voyez navré. Le Baron parut marmonner quelque chose, avant de se lever, laissant Helboldt seul qui le suivit du regard jusqu'à ce qu'il sorte de la pièce. Il dressa l'oreille, sachant l'entretien non achevé, entendit quelques voix confuses à un couloir de là, des pas pressés qui revenaient : il se replaça bien droit sur son siège, à l'identique. “Clappique”, de retour avec une petite bourse, la lui tendit :
-
Vous êtes engagé. Vous trouverez une cinquantaine de yus là-dedans ; quant à vos dettes vis-à-vis des auberges de la ville...On ne pouvait décidément rien cacher à cet homme qui savait tout de tout le monde. Cela faisait en effet une petite semaine que la note du professeur s'allongeait, lui-même promettant qu'il trouverait bien vite un emploi pour dédommager ses détracteurs et refusant toujours de vendre ses effets personnels en compensation – ces grimoires étaient bien plus importants qu'une simple question d'argent.
-
… elles sont effacées. Ne me faites simplement pas regretter mon geste.D'un geste impatient de la main, le Baron invita son nouvel employé à se lever puis à le suivre. S'ensuivit une marche effrénée à travers des couloirs brillants, passant entre des serviteurs revêtus d'une livrée soignée, le regard fixé sur les pieds des deux hommes qui passaient à toute allure. Helboldt voyait son regard attiré, ici sur une sculpture de marbre, là sur une toile aux couleurs chaudes, mais rien ne se fixait durablement, le rythme du Baron étant excessivement rapide entre ces murs qui ne lui étaient que trop connus. Tout en avançant, il envoyait des informations à la volée à Helboldt qui ne pouvait qu'hocher de la tête, quand bien même le Baron ne le voyait pas.
-
Vous commencerez demain, vous avez jusqu'au soir pour déposer vos affaires dans votre chambre. Elle se situe au second, vous monterez par ces escaliers, les principaux, fit-il en montrant l'exemple.
Vous dînerez à ma table : les enfants devront s'habituer à votre présence, vous m'entendez ? Vous n'aurez en aucun cas à vous mêler aux serviteurs : et les enfants non plus, empêchez-les si besoin est. Les leçons auront lieu dans notre pièce à vivre du premier, où se trouve un petit clavecin. De dix heures à midi, disons-nous, puis de trois heures à cinq heures. Bien entendu, vous serez chargé de surveiller les enfants pendant leur temps libre. Mais patience, avertit-il en voyant la bouche d'Helboldt s'entrouvrir :
nous arrivons.Il sortit un trousseau de clé de sa poche, en saisit une et la fit passer dans la serrure de la petite porte simple, en bois, qui l'empêchait momentanément de poursuivre sa course. Un déclic se fit entendre puis la pièce se découvrit aux deux hommes, dévoilant sous la lumière baissante du jour qui filtrait à travers d'ordinaires rideaux de toile un lit simple dans un coin à droite, une armoire à côté, et un bureau en face accolé à une petite bibliothèque peu garnie.
-
J'ai pris le soin d'y mettre quelques ouvrages dont vous pourrez disposer, mais je ne doute pas que vous en ayez aussi. L'accès à ma bibliothèque privée est bien entendu permise, ainsi qu'à celle de la ville désormais : veillez simplement à présenter ceci à l'entrée, dit-il en tendant un petit écusson représentant les armes de la maison.
Une fois l'objet rangé dans l'une des poches de son nouveau propriétaire, le Baron annonça :
-
Eh bien, je crois que ce sera tout – n'est-ce pas ? Si vous avez d'autres questions... adressez-vous à Gisors, le responsable des serviteurs de la maison, je suis occupé. À quoi il ressemble ? Vous le reconnaîtrez aisément : c'est le seul Ynorien que vous trouverez par ici.Qu'y avait-il d'autre à rajouter ? Sans doute pas grand-chose, puisque le Baron disparut, refermant la porte derrière lui, seuls ses pas pressés résonnant contre le parquet en bois rappelant pendant quelques secondes supplémentaires une fugace présence suractive.
Helboldt, quelque peu désorienté par ce vide soudain qui s'était installé, se laissa tomber sur le matelas du lit, observant une seconde fois la pièce dans son ensemble avant de remarquer, accolé au bureau, une petite boîte remplie de chandelles de suif, ainsi qu'un chandelier apparemment en cuivre. S'approchant de la fenêtre, il écarta les rideaux, la petite lucarne donnant vue sur le magnifique jardin du Baron. Mais à cette hauteur, on apercevait au-delà de la végétation artificielle un haut mur de briques rougeâtres, à peine caché par les haies taillées bien moins aériennes. Et au-delà de ce mur, d'autres habitations luxueuses et fontaines de marbre.
Préférant tirer à nouveau les rideaux, Humbert s'approcha de sa sacoche et en tira les quelques livres, feuillets et grimoires qu'il possédait pour tenter tant bien que mal, en les disposant sur les rayonnages, de donner l'illusion d'une bibliothèque de savant. C'était peine perdue : même ainsi, elle restait désespérément trop vide à son goût, quelques étages demeurant inoccupés malgré tout.
Bien qu'Humbert n'eût rien pour connaître alors l'heure qu'il était, constatant finalement que le Baron n'avait pas jugé nécessaire de doter sa chambre d'une de ces délicates machineries gris-elfiques – du moins à l'origine –, sommairement nommées “horloges” par les Humains, il ne put que relancer un coup d'œil derrière les rideaux et affirmer que, non, il n'était certainement pas encore l'heure du souper. Quoiqu'il ignorât à quelle heure ce dernier se tenait, justement. Un soupir perça le silence de la pièce, comme pour regretter de n'avoir pas parlé en la présence du Baron ; Helboldt sortit.
Dans le couloir qui s'étendait de chaque côté, il héla un domestique qui passait :
-
Gisors ?Sa mimique, son ton de voix et cet index relevé en direction du jeune homme, comme un maître s'adresse à son valet, ne laissaient pas grand doute quant à l'intention d'Helboldt.
-
Vous le trouverez au rez-de-chaussée, au fond à droite une fois que vous aurez pris l'escalier là-bas, monsieur.Il lui avait évidemment indiqué l'escalier principal avec un air intrigué, repartant ensuite vaquer à ses occupations propres, tandis qu'Helboldt suivait le trajet indiqué en ne prêtant cette seconde fois même plus attention aux parures excessives qui tapissaient les murs. Arrivé devant la petite porte, qui semblait être celle donnant sur l'antre de Gisors, celle-ci n'était en revanche que guère distinguée, si bien que le meilleur moyen pour la repérer était de chercher la légère baisse de raffinement sur les murs. Un code visuel à l'attention des visiteurs, sans doute.
Helboldt approcha sa main de la porte en bois pour toquer : elle s'ouvrit. Laissant échapper un murmure de suprise devant le vieux Gisors, un Ynorien de pure race, apparemment, vieil être recouvert de rides de toutes sortes, ses petits yeux noirs se confondant avec cette fresque de stries et de peau vaguement jaunâtre malgré une expression alerte et des mouvements vifs, Helboldt ne put que constater qu'il était bien plus grand – mais cela n'était d'aucun avantage devant l'être au petit nez, aux petites oreilles et aux cheveux sombres tirant sur le gris, aplatis ou disparus de son crâne.
-
Vous devez être le nouveau précepteur ? Votre nom ? demanda-t-il sans attendre de réponse à la première question.
-
Humbert... Humbert Helboldt, répondit l'intéressé suffisamment lentement pour tirer une mimique d'agacement à son interlocuteur.
-
Allez, dépêchons. Venez par ici, vous avez vu l'heure ? -
Je n'ai pas d'horloge dans la chambre qu'on m'a assigné, se défendit le Kendran.
-
Je vois. Il sortit un petit carnet, griffonna quelques mots incompréhensibles et le rangea aussitôt, braquant à nouveau son regard inquisiteur sur le nouvel employé de la famille.
-
Il est actuellement seize heures. Les enfants sont actuellement au Temple de Gaïa, où Monsieur a pris un instructeur religieux en attendant d'en trouver un vrai. Ils devraient rentrer d'ici, une demi-heure. À ce moment-là, vous devez être prêt, continua-t-il sans laisser à Helboldt le temps de parler.
Vous devez savoir que... que ce sont des enfants. Il le sonda d'un air critique, le professeur quelque peu décontenancé par cette “révélation”.
-
Je donne... rarement des cours à des adultes. -
C'est-à-dire qu'ils sont jeunes et qu'ils font des bêtises, si vous voyez ce que je veux dire, embraya l'Ynorien d'un ton agacé.
Je pourrais vous raconter tous les tours qu'ils m'ont déjà joués – mais je n'ai pas le temps. Ici ! fit-il à un domestique qui passait.
Vous allez faire une présentation des lieux à Helboldt. Tout doit être fini avant le retour des enfants ! Et vous, rendez-vous sur la terrasse du jardin dans vingt minutes, reprit-il pour Helboldt.
Une dernière chose, cette fois en se tournant vers le serviteur,
pensez à apporter une horloge dans la chambre du précepteur. Il ressortit son carnet, barra d'un trait les quelques mots qu'il avait notés juste avant et, en quelques instants, referma la porte de son antre derrière lui, laissant simplement entrevoir à Helboldt un bureau couvert de feuillets éparpillés.
***
Salles d'eau du Baron, de la Baronne, des enfants, des invités de marque (trois fois), du précepteur, de Gisors, des serviteurs, latrines sous le même schéma, salle de toilette pour la Baronne et sa fille, dortoir des serviteurs, chambres et antichambres de toute la famille et des invités, gardes-robes, salle à manger, premier, deuxième et troisième salons, salle de cours, salle de musique, salle de jeux, cuisines, garde-manger, écuries, bibliothèque ; il n'y avait que trop de pièces à visiter à la fois dans ce manoir.
Si bien que, lorsqu'il arriva sur la terrasse – croyant pourtant sortir sur le parvis de l'autre côté -, Helboldt reçut un regard noir du vieux Gisors qui passait, regardant ostensiblement l'horloge qui indiquait quelques cinq minutes de retard sur l'horaire prévue. Avant qu'il puisse aller le voir, le vieillard disparut entre deux statues.
Arrivé là, il ne put que remarquer que le domestique qui l'avait guidé était également reparti sans le moindre mot. Soupirant, seul à l'ombre de grands parasols étendus sur la terrasse de briques, l'air était rafraîchi par les quelques gouttelettes d'eau provenant des fontaines de marbre non loin. Il était pur par ici, ou le semblait tout du moins.
Il y avait là quelques chaises de bois finement travaillé, mais malgré un certain épuisement, Helboldt n'osa pas s'asseoir. Il restait donc debout, à contempler la nature artificielle et paisible qu'on avait tenté de recréer ici.
Le repos aurait pu se prolonger si, quelques minutes plus tard, des cris aigus n'étaient pas venus déchirer le silence presque parfait. Il suffit de quelques instants aux éléments perturbateurs pour déboucher sur la terrasse et s'arrêter immédiatement, impressionnés par ce dos large qui se dressait face à eux.
Intérieurement, le nouveau professeur sentait bien qu'il n'avait aucune raison de se retourner maintenant. Il était seul avec les enfants sur la terrasse : quelqu'un viendrait bien les présenter. Il perçut d'ailleurs peu après un soufflement rauque et bruyant qui se rapprochait, les regards des deux petits nobles toujours rivés sur lui.
-
Ah ! Ferdinand et Simona, vous voilà ! s'exclama la voix rassurée du Baron essoufflé.
Helboldt se retourna à ce moment-là, examinant sous un haussement de sourcil le garçon et la fillette qu'il aurait à instruire. Tandis que l'un gardait un demi-sourire en fixant son père de son regard vert innocent, les mains dans le dos et l'expression joueuse sous des épis bruns, l'autre semblait inquiète, triturant ses grosses lunettes rondes sur son nez aplati. Sa bouche restait entrouverte dans un murmure de résignation, comme apeurée par la rencontre de ce nouveau bourreau, tandis que ses boucles noires étaient gentiment coiffées, parfois rajustées par un rapide mouvement de la main. Ils n'avaient que sept et huit ans respectivement, mais la différence d'âge ne se remarquait pas sur leurs visages poupons ; quant à leurs tenues, ils étaient aussi couverts que le père, si ce n'était plus, mais de broderies pourpres, l'un ayant droit à un veston et des bas, l'autre à une large robe. Le précepteur haussa les sourcils lorsqu'il remarqua les traces de boues sur les bottes et le bas de la robe des deux gamins : mais le Baron reprenait.
-
Voici monsieur Helboldt, votre nouveau précepteur. Vous aurez cours avec lui tous les matins et tous les après-midi, et il vous surveillera le reste du temps, fit-il autant à l'attention des intéressés que du professeur.
Vous devez savoir, monsieur Helboldt, que ma femme est en voyage en ce moment, mais elle reviendra sous peu.Il se tourna à nouveau vers les enfants, qui commençaient à se balancer d'une jambe sur l'autre en échangeant quelques chuchotements.
-
Vous pouvez aller jouer dans le jardin, leur indiqua-t-il,
il n'y a pas leçon aujourd'hui. Mais attendez ! Ce soir, vous viendrez avec moi. Nous avons à dîner avec de la haute société, rajouta-t-il à l'attention d'Helboldt.
Vous pouvez donc disposer, mais veillez simplement à aller vous faire préparer une livrée à nos couleurs, que vous devrez avoir demain.Les enfants, laissant s'échapper un cri de joie mutuelle, se précipitèrent entre les buissons ; Clappique repartit aussi vite qu'il était apparu ; Helboldt resta seul, se répétant simplement la formule qui régissait chaque nouveau poste de professeur.
(Le changement, c'est maintenant.)