L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 9 Déc 2015 19:22 
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[:attention:] Contient quelques passages physiquement et moralement difficiles.

Jeanne accrocha Guy, après l’avoir déshabillé, sur l’échelle qui connut tant et tant de bêtes. À l’aide de lourdes chaînes, elle attacha fermement les poignets et les chevilles de l’adolescent aux crochets habitués aux bœufs et aux porcs. Elle faisait les cent pas dans l’arrière-boutique, peu sereine. Partagée entre son désir de vengeance et l’œil inquisiteur de la statue de Yuimen, traversée de pulsions de mort et de compassion, elle remettait en doute toutes ses actions de ces derniers jours. La souffrance de son mari la rendant folle constituait l’unique justification possible à ses actes terribles. Assise auprès de l’autel dédié au dieu de la terre, elle contemplait le corps meurtri du fils de Corène. Son nez aquilin explosa lors d’un des coups de masses qu’elle répéta sur son visage alors qu’il gisait inconscient au sol. Il tendait, biscornu, étrangement vers son œil gauche, désormais. Le sang séché couvrait son visage et son torse. Ses jambes, elles, étaient recouvertes de boue. Jeanne se leva et passa ses doigts sur la marque en forme d’étoile sur l’avant-bras de Guy. À présent qu’elle pouvait la contempler de près, il s’agissait, comme ses conclusions l’avaient amenée à le penser, d’une brûlure, probablement au fer rouge. La main armée entrant dans les côtes de son mari lui revint à l’esprit, la même marque au même endroit. Ses yeux se plissèrent de douleur et elle empêcha une larme de couler d’un revers de la manche de sa chemise. D’une main, elle remonta son écharpe sur son visage, afin de le dissimuler, tandis que l’autre se saisissait du seau rempli d’hémoglobine bovine. D’un geste brusque, elle aspergea l’inconscient afin de le réveiller.

Seules quelques bougies éclairaient l’arrière-boutique de la boucherie ; le manque de luminosité jetait alors, à l’œil à peine tiré des songes, une atmosphère pesante et effrayante. Les outils de découpes reposaient sur le mur en face de l’échelle à carcasse. Aux pieds du prisonnier, une énorme bassine remplie de sang et de tripes se répandait par bouts sur le sol crasseux, fait d’une terre battue imbibée d’humeurs par les années de tueries animales. La petite statue de Yuimen, bordée de bougies, dégoulinantes de cire, cassée à plusieurs reprises, couvertes des mêmes affres que le sol, ajoutait à l’atmosphère inquiétante dans l’obscurité de la nuit. Les jarres pleines de sel et de viandes avaient été disposées sous l’établi, sur lequel reposait la carcasse de mouton presque entièrement dégarnie de sa chair. La flamme d’un cierge placé juste derrière les restes de l’animal donnait à l’ensemble un air encore plus macabre, jaunissant les os découverts et projetant des ombres dansantes, entravées et monstrueuses, au centre de la pièce. Aucune fenêtre n’ornait l’arrière-boutique de la boucherie, mais le vent marin frappait avec insistance sur la porte de service. La pluie, quant à elle, continuait à tomber dru, martelant le pavé de la ruelle de ses coups répétés. L’eau rentrait en un léger filin sous la porte et gorgeait la terre battue à l’entrée, créant une flaque de boue de laquelle on pouvait apercevoir l’emprunte d’un pas lourd. Jeanne parcourait cette pièce quotidiennement, s’habituant à l’odeur nauséabonde de mort qui suppurait jusqu’aux épais murs en pierre couverts de chaux mais la puanteur fit grimacer le jeune homme en train de se réveiller, alors que ses yeux étaient à peine ouverts.

Le bâillon coincé dans la bouche de Guy, formé de linges immondes, étouffa de longs cris de terreur. Puis, peut-être à cause de l’odeur, ou bien à la vue de la bassine de sang et d’abats, ou encore par la faute de l’étrangeté de la pièce, sa pomme d’Adam fit de petits gestes brusques, réflexes et le son de relents parcourant l’œsophage se fit entendre. Jeanne saisit le bâillon et lui enleva juste avant qu’il ne s’étouffe dans son vomi. Une bile épaisse et blanche s’éjecta de sa bouche, retombant sur son torse. Un épais filet de vomissure, de bile et de salive reliait toujours ses lèvres et son menton à sa poitrine lorsque Jeanne replaça le chiffon entre ses dents, presque jusqu’à la glotte. Un parfum âcre emplit la pièce. Théâtrale, elle se retourna et se saisit d’un long couteau à désosser qu’elle fit jouer en un grincement bruyant sur un long fusil. Elle continua en lui faisant face et fixa ses yeux, pleine de haine, en s’approchant petit à petit. La panique gagna le malfrat sur son visage juvénile et il tenta de se libérer, secouant ses jambes et ses bras, ce qui n’eut pour effet que de resserrer davantage ses liens. Il se tétanisa et se mit à pleurer lorsqu’il réalisa que son entreprise était vouée à l’échec. Jeanne glissa doucement le bout de son couteau le long des côtes de son prisonnier en émettant trois brefs claquements de langue afin de lui faire comprendre que se débattre était inutile. Les sanglots s’accentuèrent alors et une chute de liquide se déversant dans la bassine aux pieds de Guy fit sourire sa tortionnaire. L’odeur amère d’amande et d’ammoniaque monta aux nez des deux protagonistes. Le gamin venait de se pisser dessus.

« Tu fais beaucoup moins le malin que dans la rue. »

De nouveaux cris étouffés brisèrent les pleurs.

« Inutile de parler tout de suite. Tu vas le faire. Tu vas tout me dire, hein ? »

Il secoua vivement la tête en signe d’acquiescement.

« Parfait. Mais d’abord, pour m’en assurer, je vais te montrer ce que ça fait que de t’en prendre à une bouchère. »

Elle planta vivement sa lame dans la cuisse, qui se raidit d’un coup. Les hurlements se devenaient des plus douloureux. Elle coupa une épaisse tranche de chaire, parfaitement proportionnée pour être servi à la table de la mère du petit criminel.

« Je suis gentille, moi. Je vais faire en sorte que ça ne s’infecte pas. Pas comme avec Bruno. J’espère que tu commences à comprendre. »

Elle saisit dans une jarre une poignée de sel qu’elle apposa sur la plaie à vif et prit un pas de recul pour observer la face du bandit se décomposer.

« Voilà, là, je pense que tu as compris qui tu avais en face. Je suis persuadé que tu me diras toute la vérité quand je vais t’enlever ton bâillon. Et ne t’amuse pas à crier, ici, j’égorge des animaux bien plus bruyants que toi sans réveiller mes voisins les plus proches. »

Elle déposa le couteau à désosser et se saisit de celui utilisé pour le traçage du cuir. Elle dessina une fine entaille le long du bras de Guy, juste assez profonde afin que la peau se relève nettement. De ses doigts habiles, elle tira afin d’écorcher délicatement l’adolescent, qui se tordit alors de douleur.

« Nous sommes sur la même longueur d’onde maintenant, mon petit. Je vais t’expliquer notre jeu. Je vais te poser des questions et tu vas y répondre en secouant la tête. Si jamais ta réponse ne me satisfait pas, je continue à m’amuser sur ton biceps. Si elle me convient, nous passons à une autre question. Si tu es encore vivant lorsque j’ai fini toutes mes questions, tu as gagné. Entendu ? »

Il secoua vivement sa tête de bas en haut, tâchant de limiter ses pleurs. L’espoir de s’en sortir demeurait, désormais.

« As-tu tué mon mari ?
— Non ! » Le gamin se remuait dans tous les sens sous le coup de l’effroi, persuadé que cela allait la mettre plus en rogne. Sa réponse étouffée tendait plus, à l’oreille peu attentive à un « ni » qu’à un « non », incapable qu’il était de formuler correctement. Jeanne claqua de nouveau sa langue contre ses lèvres.

« Qu’avons-nous dit ? Tu dois remuer la tête. » Il s’agita de gauche à droite frénétiquement. « Voilà, c’est mieux. Fais-tu partie d’une organisation criminelle ? » Là, il hésita. La frayeur que la bouchère lui inspirait semblait compensée par une autre. Alors, Jeanne ouvrit davantage la plaie, ce qui étira la peau. Après de longs cris de douleur, il lui répondit enfin positivement.

« Ce n’était pas très compliqué. Oublie les autres. Je suis bien plus dangereuse qu’eux. Dans cette organisation, sais-tu qui à tuer mon mari ? » Il signifia qu’il n’en avait aucune idée, mais commença à beugler sous le linge sale lorsqu’elle approcha avec le couteau. « Tu as quelque chose à dire. » Il acquiesça. « Je vois. Tu seras sage si je te laisse parler ? » Même signe de tête. Une fois le chiffon enlevé, Guy respira lourdement, laissant l’air vicié de la pièce pénétrer ses poumons avec plaisir. Il prit son temps pour répondre, avalant goulûment chaque bouffée d’air qu’il pouvait.

« C’était où », bégaya-t-il.
« Dans la ruelle qui relie la rue de la Criée et la place des noyés.
— Je vois. Faudrait que je demande à…
— Non, tu vas faire un petit effort de mémoire », le coupa-t-elle en agitant le couteau à tracer le cuir en sa direction.
« D’accord, d’accord. Alors attends, ça doit être le relais du dock… Ah, ça pourrait être Brenjen. Un taré, ce type. Le genre, tu lui marches sur le pied, il te crève un œil, si tu vois ce que je veux dire.
— Ça y ressemble. Je peux le trouver où, seul.
— Ne me demande pas ça… Je ne peux pas… »

D’un coup de lame précis, elle élargit l’entaille qui parcourait désormais l’ensemble du biceps, tout en couvrant la bouche du brigand. Une fois les pleurs et les cris passés, elle enleva ça main. « Tu peux tout ce que je désire, entendu ?
— D’accord, d’accord. Il habite une mansarde pas loin du port. Entre, attends… Au croisement de la rue des chalutiers et de celle des prévôts. La porte grise. Tu vas me… » Il n’eut, encore une fois, pas le temps de terminer sa phrase. Jeanne fourra sa bouche du bâillon de nouveau.

« Oui, je vais te laisser partir. Mais avant ça, tu vas me dire le nom de ta petite organisation. » Elle libéra sa gorge, maintenant le tissu prêt à y retourner.

« L’étoile perdue.
— Et ton chef ?
— J’ai été recruté par Daniec. Je sais qu’il a Fab au-dessus de lui, puisqu’il passe souvent à l’entrepôt que je dois garder pour collecter des bourses. Mais je n’en sais pas plus. »

Jeanne le regarda, stricte, et balaya d’un geste de la main les « Je te jure ! » du jeune homme. « Je te crois », lui dit-elle. « Je vais te relâcher. Tu vas garder tout ça gentiment entre nous, hein ? Peut-être une petite mise au vert pour quelques mois te ferait du bien, qu’en penses-tu ? » Les yeux de Guy se mirent à pétiller de joie.
« Tout à fait ! Le vert ! J’ai toujours rêvé d’aller à la campagne ! » répondit-il d’un air clairement cynique alors que sa geôlière passait derrière l’échelle. Elle souleva sa main vers les entraves du jeune homme. D’un mouvement sec et franc, elle sectionna de son couteau sa jugulaire, ce qui le coupa dans son flot de remerciements émaillés de plaintes de douleur. Le sang se déversa en torrent dans l’énorme bassine, puis, de plus en plus, en un filet mince. Froide, elle le contempla se vider de toute vie, le visage terne.


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Jeanne


Dernière édition par Jeanne le Mer 23 Déc 2015 16:10, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Lun 21 Déc 2015 21:04 
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Jeanne ne souhaitait pas se laisser déborder par ses émotions, comme lors de ses deux précédentes filatures. Elle avait passé cinq jours à observer les allées et venues de Brenjen. La journée, elle rouvrait peu à peu la boutique, avec l’aide d’Alain qui avait gardé les meilleures bêtes pour elle, afin qu’elle puisse reprendre le travail dans les meilleures conditions et attirer de nouveau la clientèle. Mais, contrairement ce que pensait son vieil ami imaginait, ses pensées se tournaient uniquement sur les nuits durant lesquelles, dans les ténèbres, elle épiait les faits et gestes du meurtrier de Bruno. Elle ne comprenait pas vraiment son trafic. Il passait son temps dans une ruelle obscure et laissait passer des gens après les avoir jaugés dans un petit entrepôt. Il était alors toujours accompagné de deux ou trois personnes encapuchonnées. Au milieu de la nuit, il retournait discrètement chez lui. Là, il allumait une première pièce d’une bougie et semblait dîner. Ensuite, il allait se coucher, quelques heures avant le lever du soleil. Il dormait de tout son soûl. Comme dans la plupart des demeures des bas-quartiers, sa porte ne fermait pas. Elle l’attendrait donc chez lui, resterait tranquillement jusqu’à ce qu’il s’endorme et en finirait avec lui une bonne fois pour toutes.

Sa maison était sale, mais en ordre. Il ne devait pas y faire beaucoup de ménage, mais n’y vivait pas non plus beaucoup. En rentrant, on arrivait directement dans le salon. Une simple table recevait une écuelle lavée à l’aide d’un épais torchon suspendu au dos de la seule chaise. Une odeur grasse de ragoût de poisson inondait l’atmosphère. Elle provenait d’une grande marmite refermée d’un couvercle qui reposait sur le poêle à bois, au coin de la pièce. Un cierge de cire noire éteint se voyait traversée de dizaines de coulées blanches au centre de la table. De la pièce à vivre, on pouvait accéder à deux pièces par des portes ouvertes. Elles communiquaient l’une l’autre par une ouverture sans bâtant. La première était une simple chambre, minuscule. Un lit confortable, au matelas épais, en était la seule attraction. La tête de lit avait été sculptée pour former d’élégantes arabesques raffinées, et l’artisan provenait probablement d’une contrée lointaine. Une table de chevet et une armoire dans le même style accompagnaient le lit et réduisait drastiquement l’espace de la pièce. L’autre recevait un beau bureau en bois brut. Une petite commode était le long du mur, mais au centre traînait l’énorme secrétaire et un fauteuil du même acabit. Des piles de livres de compte, elle prit le temps de les regarder, s’entassait sur le mobilier. Elle se tapit derrière la commode et attendit l’énergumène.

Elle fut tirée de son demi-sommeil, plaquée dans l’angle du mur, derrière la commode, lorsque Brenjen claqua la porte avec fracas. Il enleva ses bottes boueuses et commença à dîner, se servant de larges portions de son ragoût. Jeanne priait pour qu’il aille se coucher directement après, afin de l’assaillir dans son sommeil, mais aucune divinité ne lui répondit. Maintenant qu’il passait à quelques mètres, éclairé de sa bougie, elle en était sûre. L’homme en face d’elle était un assassin. Au moins de son mari. Son sang de nouveau bouillait. Le fluide qui avait rempli ses veines créait cette sensation étrange, c’était comme si elle pouvait voir son sang luire de toutes flammes. Il s’assit à son bureau et Jeanne profita du bruit pour se lever sans être repérée. Alors qu’elle s’approchait, le parquet grinça et il tourna la tête. Sans hésiter, elle fit pleuvoir le premier coup.

La tête de sa masse d’abatage s’écroula sur l’épaule du criminel. Ses yeux bleus étaient magnifiques de surprise et de rage. Elle plongea son regard dans le sien et tenta d’y marquer toute sa détermination. Il plia le bras et se tordit sur sa chaise pour amortir le coup comme il pouvait, mais l’arme frappa son biceps de plein fouet. Il fut projeté au sol et son fauteuil valdingua dans le creux de son bureau dans un fracas tonitruant. Jeanne espéra qu’aucun voisin ne serait réveillé par ce bruit mais c’était fort peu probable. La nuit était tombée depuis longtemps, les gens dormaient d’un sommeil lourd à cette heure. Cela l’inquiéta tout de même. Le gaillard s’effondra alors sur le sol mais, d’une souplesse qu’elle n’avait pas estimée, fit une roulade sur le côté, ce qui amoindri le choc. Prestement, il se saisit d’une longue dague cachée dans ses braies, tout en se relevant, d’un petit saut aidé de sa main gauche. Sa chemise, qui s’était déchirée en tombant, laissait voir son épaule meurtrie. La peau virait au rouge sous l’impact du fer et Jeanne en ressentait une fierté peu dissimulée. Elle montrait les dents, tant en signe de défi que par simple sourire.

Prêt au combat en n’importe quelle circonstance, il s’élança vers elle, lame au clair, d’un petit bond sur son pied d’appui. « Soit est-il un combattant aguerrit, sur le qui-vive à tous moments, » s’enquit Jeanne pour elle-même, « soit sait-il qu’il a mis suffisamment de gens en rogne pour être attaqué à tout moment de sa pitoyable existence… » Elle se mit dans la posture qu’Ernst lui avait apprise. Ainsi, de trois-quarts, elle put gérer au mieux l’assaut de Brenjen. Elle fut fière de son apprentissage lorsque l’arme qui aurait dû la transpercer ne fit que glisser le long de son tablier en cuir. Elle s’autorisa d’arborer un large sourire carnassier alors qu’elle s’apprêtait à contre-attaquer en molestant le dos du bandit. Mais elle le perdit très rapidement. Emporté par son élan, le bougre n’était pas en manque de ressource. Il sauta vers la commode et pris impulsion d’un pied avant de flanquer au niveau des épaules un puissant coup à Jeanne, par l’arrière. Elle en fut projetée contre le mur d’en face et mit quelques secondes pour réaliser que le fauteuil s’était brisé pendant la chute et qu’il avait récupéré un bout de l’accoudoir en se relevant.

« Quand les ribaudes jouent les emplâtres, elles tâtent de mon fer ! » lui lança Brenjen en se jetant de nouveau dans la mêlée. Il lui lança sa matraque improvisée à la tête, mais elle parvint à la bloquer du manche de sa masse. Elle réalisa qu’elle se devait d’être fourbe. Elle jouait à la loyale, comme à l’entraînement, depuis tout le début. Bonne posture, attaque, contre-attaque. « Tout ceci est très bien, mais c’est la réalité, ici, » se dit-elle, « et si je veux gagner, il faut que je sorte des sentiers battues tout en me souvenant de ce que j’ai appris. D’un coup de pied, elle envoya l’épais livre de compte dans les pattes de l’assassin de Bruno. Déstabilisé, il trébucha à quelques mètres d’elle, mais se reprit très vite. Ce répit laissa à Jeanne le temps de tenter d’analyser au mieux la situation. Elle fit vibrer le fluide en elle, et tenta de faire sortir les gerbes de lumière multicolore qu’elle voulut maîtriser avec Ernst. Des filins rouges et bleus sortirent d’elle pour rejoindre Brenjen, mais ils étaient d’une pâleur difficile à discerner et, d’un coup, se mirent à prendre forme à ses yeux. Seulement, elle ne parvenait pas à contrôler, elle voyait toute ses lumières sans parvenir à bien se focaliser, de peur de se prendre un coup qui arrivait. « Trop tard » marmonna-t-elle en perdant sa concentration. Les lumières s’éteignirent et elle leva le bras face à son visage afin d’éviter que la dague du criminel ne pénètre sa gorge. La lame ouvrit son bras gauche et le sang dégoulina en petites gouttes sur le sol sous les cris de douleur.

Elle plaça sa main sur la plaie tout en projetant le manche de sa masse dans l’épaule meurtrie de Brenjen. Il recula, visiblement blessé par le premier coup dont la légère frappe venait de raviver la douleur. Elle tenta le tout pour le tout. En s’avançant, une épaisse lueur vibra depuis sa main. Elle ressentait à présent chaque fibre mutilée, la section de la chair, le sang s’agglutinant puis la chaleur saisir chaque brin éclopé pour le raviver en une saine guérison. Alors qu’elle n’était plus du tout gênée par la douleur dans son bras, elle s’approcha du jeune homme. Son regard de surprise devant la blancheur qui illuminait la main de Jeanne ralluma le sourire sur le visage de cette dernière et elle profita de cette distraction pour frapper comme à l’entraînement, en plein sur le haut du crâne. Le coup porta mais il ne s’effondra pas comme une bête, à la manière des bœufs et des cochons – et plus récemment des mannequins. Visiblement sonné, il n’en saisit pas moins le cierge sur le bureau et l’écrasa sur la tête de Jeanne. La cire chaude brûlait son cuir chevelu mais ce n’était pas ce qui l’inquiétait le plus. Une odeur nauséabonde de graisse de porc brûlé émanait de sa chevelure. Elle s’enfuit dans la pièce adjacente et frappa sa tête pour éteindre le possible feu, tout en se serrant contre l’armoire.

L’avantage qu’elle venait de prendre en sonnant son adversaire ne servirait à rien si elle restait là. Peut-être est-il étourdi, pensait-elle en reprenant son calme. Elle fonça de nouveau dans la pièce, tête baissée. Hélas, il avait décidé de faire la même chose. Ils se fracassèrent le crâne l’une contre l’autre dans un grand tintamarre. Heureusement, Jeanne avait pour elle le poids de l’âge et de la bonne nourriture. Lorsqu’ils tombèrent à la renverse, ce fut emportés par l’élan de la bouchère, qui se retrouva sur Brenjen à califourchon. Elle tenta d’écraser sa tête de coups de masse mais il saisit le manche pour s’en détourner. Ils se battirent alors pour l’arme mais Jeanne avait une meilleure prise et davantage de force. Elle gagnait en terrain, peu à peu, et il décida de tenter de la faire lâcher grâce à un direct du droit dans le nez. Le nez explosa sous le coup en une gerbe de sang qui recouvrit son visage. Le flot pourpre entrait dans ses yeux et, en un réflexe, il ferma les yeux. Durant ce temps, Jeanne avait regagné la pleine possession de sa masse et il ne vit pas l’arme lui rentrer dans la mâchoire. Elle répéta l’opération trois, quatre, cinq fois. Puis une autre, pour être sûre. Il gisait, désormais, immobile.

Elle se nettoya rapidement le visage à l’aide de la jarre d’eau fraîche dans la cuisine une fois qu’elle était certaine qu’il ne se relèverait pas puis le déshabilla. Elle le mit sur le ventre et planta sa propre dague dans ses cervicales. À l’aide du couteau à désosser qu’elle avait apporté, elle grava en lettres de sang son dos « MEURTRIER » et signa « LA COLÈRE DU PEUPLE ». Elle fourra plusieurs livres de compte dans son sac et le recouvrit d’une cape qui traînait sur son lit. Jeanne le porta jusqu’à la place de la criée, veillant à chaque ruelle de n’être pas observée, et l’y abandonna nu, le privant de son dernier bout de tissu. Elle regagna au plus vite son lit, mais elle apprit ce soir que lorsque l’on abreuvait la vengeance, on restait toujours sur sa soif. Elle pleurait en se tournant dans ses draps.

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Jeanne


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mar 29 Déc 2015 03:42 
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Le plan était parfait, la nasse était déployée autour de la belle Turil. Il ne restait plus qu'à refermer le piège-à-loup autour de la délicate cheville de la vierge convoitée...

Ainsi pensait Missen tandis qu'il attendait l'arrivée de sa proie. D'un bref coup d’œil circulaire, il s'assura que le Cendré et son acolyte étaient bien à leur poste, de part et d'autre de la rue.

Profitant du temps qui lui était offert, notre séducteur darda son regard sur les maisons -ou plutôt les manoirs- qui l'entouraient. Lui et ses collègues se trouvaient assurément dans l'un des quartiers les plus cossus de Kendra Kâr, le genre de lieux ou le seul matériau digne d'être utilisé semble être le marbre. Les palais se succédaient en effet, rivalisant de taille et de beauté. Les multiples fenêtres à vitraux ouvertes sur les façades étaient travaillées de façon à ce que nul ne perçoive une quelconque activité derrière celles-ci ; les plus grands exploits d'orfèvrerie passaient ici pour des banalités, tant la quantité de chefs-d'oeuvre au mètre carré était pléthorique.
La rue en elle-même était modérément fréquentée en cette heure de la journée ; le soleil étant en effet à son zénith, la plupart des nantis faisaient la sieste, et les compagnons de Missen, dans leurs vêtements dépenaillés, faisaient tâche au milieu de tant de splendeur ; assurément, la moindre patrouille de garde les aurait expulsés de la rue à grands coups de hampe dans le derrière sans souffrir de délai, mettant à mal les projets du nobliau.

Il n'eut cependant pas le temps de s'inquiéter de cette éventualité, car le son reconnaissable d'une calèche se fit entendre. Bien que son cœur battait la chamade, il s'écarta du muret sur lequel il s'était adossé, à quelque distance du manoir de sa cible, et se mit à marcher nonchalamment en direction dudit manoir.

La calèche de Turil se montra enfin, tournant au coin de la rue pour s'y engager. Luxueuse, bien que sans fioritures inutiles, elle était tirée par deux juments bai. Le cocher, dissimulé sous une masse de fripes incongrue compte tenu de la chaleur, adressa un bref signe de la main au Cendré, qui eut le bon sens de ne pas y répondre. Il fit claquer une ultime fois ses rênes, puis immobilisa la calèche devant la demeure Caldaraën.

(C'est le moment), pensa Missen.

Tout se déroula très vite, conformément au plan préétabli.

Les deux lascars qui accompagnaient Missen jouèrent parfaitement leurs rôles de ruffians. Le Cendré se jeta le premier sur la portière de la calèche, tira le rideau qui dissimulait son occupante, et s'exclama d'un ton grivois :

-Permettez qu'un gentils'homme vous z'ouvre, mam'zelle ! Et vous tienne le bras, faudrait pas trébucher !

Son collègue vint bien vite agripper les épaules de Jehan, et le retournant, il l'aspergea d'une gerbe de postillons plus vraie que nature en s'exclamant :

-Et pourquoi c'serait ti qui pourrait toucher la dame, hein ? L'gentillhomme que j'suis est ben plus qualifié pour t'nir la porte, j'te frais dire !

Missen retint un sourire ; il lui vint la pensée que le jour ou ces deux larrons avaient décidés de vouer leur vie au crime, le monde du spectacle avait très clairement perdu deux acteurs fabuleux.
Mais les deux escogriffes en vinrent bientôt aux mains, ce qui fit vite retrouver son sérieux à Missen. D'un pas vif, il s'approcha de la scène, guettant une réaction de la part de l'occupante de la calèche. Celle-ci semblait pétrifiée devant les deux rebuts de la société qui se battaient comme des chiffonniers devant sa portière ; cette débauche de violence brute devait être à mille lieues de l'hypocrisie feutrée qui avait court dans les milieux qu'elle fréquentait. Elle guetta une aide extérieure, mais son cocher feignait de ne pas réussir à se dépêtrer de ses rênes, tandis que les quelques spectateurs de la scène ne faisaient pas mine d'intervenir. Soudain, l'adjudant de Jehan dégaina un poignard effilé ; c'est alors qu'elle croisa brièvement le regard de Missen. Celui-ci accéléra et se porta au contact des deux coupe-jarrets. Il les apostropha alors, d'une voix forte, ferme et vibrante, volontairement théâtrale :

-Laissez donc cette demoiselle, enfants de putain !

Il ponctua son intervention orale d'un puissant coup de bottes adressé au collègue du Cendré ; celui-ci se déroba de façon à amortir le choc, mais il accentua l'impact de manière très convaincante, roulant au sol comme si il avait été frappé de plein fouet.
Jehan se retourna alors vers Missen, et son poing fusa vers notre séducteur ; la scène sembla ralentir pour lui. En une fraction de secondes, il enregistra tous les détails de la scène : la belle Turil Caldaraën qui se tenait debout sur le pas de sa calèche, la main cachant sa bouche et le visage frappé d'effroi ; le cocher enfin dépêtré de ses rênes, qui se ruait vers Jehan ; les trois gardes, au loin, qui se ruaient vers eux ; et enfin, le regard mauvais du Cendré, tandis que son poing fulgurait en direction du visage de notre héros. Il se rappela les consignes qu'il avait donné la veille au dit Cendré :

-Frappe de façon convaincante, mais évite de trop m'abîmer. Ce sera difficile de séduire Turil avec un nez cassé.

-Je ferais mon possible, avait grogné Jehan.

Missen se rappela que Jehan ne l'avait jamais aimé.

Le poing du Cendré percuta son menton avec une force telle que notre séducteur décolla littéralement du sol, s'effondrant lourdement sur les pavés. Tandis que le cocher ceinturait Jehan, le nobliau s'enfonça lentement dans les brumes de l'inconscience. Sa dernière vision fut celle de Turil qui se ruait sur lui pour vérifier son état. Et sa dernière pensée avant de sombrer fut la suivante :

(J'espère que j'aurais pas fait ça pour rien...)

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Dernière édition par Missen le Lun 4 Jan 2016 02:48, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Jeu 31 Déc 2015 05:30 
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De l'eau glacée jetée sur le visage, et le contact froid d'une main d'albâtre posée sur le front.


Telles furent les deux sensations simultanées qui réveillèrent Missen, bien que le mot "noyade" serait probablement plus approprié pour désigner son état après ce traitement : il se redressa brusquement en crachotant et retomba aussitôt sur le divan sur lequel il reposait, avec la sensation qu'une compagnie de forgerons ivres et furibonds martelaient son crâne. Il lui fallut attendre quelques secondes pour que l'étau qui enserrait sa tête se desserre, lui permettant d'ouvrir les yeux, de se redresser et d'observer son environnement.
Il se trouvait manifestement dans le salon de la villa des Caldaraën ; Vaste et meublé avec goût, les murs étaient recouverts d'épaisses tentures lie-de-vin qui contrastaient agréablement avec le sol en bois précieux.
Puis le regard de Missen tomba sur la créature qui se trouvait à son chevet, et son coeur faillit bondir hors de sa poitrine ; il comprit soudain que le bref coup d'oeil qu'il lui avait jeté avant de voler à son secours n'avait pas rendu grâce à sa beauté.

Les traits de l'elfe grise étaient d'une perfection à couper le souffle, comme ciselés dans le verre le plus pur ; ses lèvres pulpeuses et ses grands yeux bleus contrastaient d'une façon presque choquante avec son teint ivoirin. Les courbes de son corps, que sa somptueuse robe laissaient deviner sans tout à fait les dévoiler, étaient une ode à la beauté primale, et chacun de ses gestes étaient empreint d'une grâce et d'une élégance innées. L'ensemble évoquait sans conteste la beauté hiératique des statues de divinités guerrières ; le fait que ladite jeune femme était actuellement en train de couver notre blessé d'un regard inquiet et attentif ne l'aidait en rien à retrouver ses esprits, dispersés fort vigoureusement par le concours du Cendré.

Et pourtant, Missen ne mit guère de temps à se recentrer sur sa mission ; il fit le vide mentalement pour dissiper l'agitation provoquée par la vue de Turil, et lentement, il retrouva les vieux automatismes de séduction qui lui avaient valu tant de succès. Toutefois, elle parla la première, et sa voix trahissait un vif émoi :

-Vous voilà réveillé ! Je vous dois des excuses, vous avez été blessé en me portant secours... J'ai eu si peur ! Votre bravoure est grande, messire... Je vous ai fait avaler une décoction qui vous aidera à vous remettre, nous la gardions en cas d'urgence, et...

Les mots se bousculaient dans sa bouche parfaite, et elle semblait vouloir se répandre en excuses tout en se confondant en remerciements. Missen leva prestement la main, et de deux doigts, il effleura les lèvres de Turil, qui se tut aussitôt. Il lui répondit posément, d'une voix mélodieuse :

-Des excuses, vous ne m'en devez point. Les seuls responsables étaient ces deux soulards, et le pire a été évité, n'en parlons plus. Si vous voulez vraiment me remercier, commencez par me tutoyer.

Il ponctua sa réponse d'un léger sourire charmeur. Par chance, l'uppercut de Jehan n'avait déchaussé aucune de ses dents, et c'est tout juste si une ecchymose avait commencé à fleurir en dessous de son menton ; rien qui n'altérait considérablement l'esthétisme de son faciès. En revanche, la tête lui tournait encore quelque peu, et il lui fallut un effort de volonté considérable pour ne pas se rallonger aussitôt.

Turil rosit légèrement et répondit d'un air de défi :

-Vous tutoyer ? Alors que je ne connais même pas votre nom ?

Le sourire du séducteur alité s'agrandit plus encore.

- Je manque à tous mes devoirs ! Missen, pour te servir, ma dame.


A sa réponse, il ajouta un baisemain outrancier ; Turil rosit plus encore, mais se recula quelque peu et baissa les yeux, semblant mal à l'aise.
(Patience ! Tu dois te démarquer de la courtoisie guindée que lui témoignent ses prétendants, mais sans pour autant passer pour un rustre !) s'admonesta silencieusement le séducteur.

Fort heureusement, sa conduite ne semblait pas trop prêter à conséquences, au bout du compte ; après un bref silence, Turil releva la tête et planta son regard dans celui de Missen, articulant avec soin pour éviter de bafouiller :

-Voilà une rencontre surprenante, Missen. Je suis Turil Caldaraën, et...
Elle s'interrompit une seconde, se mordilla les lèvres, et enchaîna :
-...et on se moque de mon titre. Seriez-vous barde, par hasard ? fit-elle, avisant la poignée du luth qui dépassait du sac de notre héros.

Intérieurement, Missen jubilait ; le prétendu masque de froideur de Turil ne faisait pas mine de reparaître, et tout portait à croire qu'il ne viendrait pas gâcher les efforts du nobliau, à moins d'une bourde de sa part. Pourtant, il ne laissa rien paraître de son plaisir, se composant au contraire une mine attristée.

-Hélas, mon âme me fait souffrir bien plus que mon menton, et cela durera tant que tu ne te seras pas décidée à me tutoyer...


Il mua son air de chien battu en un clin d'oeil cabottin, et enchaîna d'un air sûr de lui :

-Disons plutôt que je suis un genre de poète, improvisa-t-il. Mais j'aime m'accompagner de ce bijou, fit-il en effleurant le manche de son instrument.

Turil entra dans son jeu sans heurts ; elle semblait s'amuser follement.

-Mes excuses, grand poète... Je vais maintenant m'appliquer à te parler comme tu le souhaites, pour le salut de ton âme, bien évidemment. Tu es sûr que tu n'es pas plutôt comédien ?

Il prit alors un air provocateur.

-C'est la même chose, non ?


Elle éclata de rire ; un son pur et cristallin, qui raisonna aux oreilles de Missen comme le carillon des dieux, tandis qu'une chaleur familière se diffusait dans son bas-ventre. Pour cacher son trouble, il feignit d'inspecter la tête du manche de son luth d'un air détaché. Turil ne tarda pas à reprendre la parole, les yeux brillants d'enthousiasme.

-Et est-ce que monsieur le poète serait disposé à me faire écouter une de ses compositions ? La poésie me passionne et me fascine tout à la fois.

Missen prit alors un air de conspirateur et se pencha pour lui murmurer à l'oreille, effleurant au passage ses cheveux d'ébène :

-Pas ici, on pourrait plagier mes oeuvres...


Se redressant et désignant la pièce du geste, il ajouta d'un ton plus professionnel :

-Et je doute de l'acoustique de ces tentures.

Elle haussa un sourcil amusé.

-J'ai demandé aux domestiques de ne pas nous déranger, et en dehors d'eux, nous sommes seuls dans le manoir.

-Je sais, se retint de dire Missen ; la Murène avait transmis au Cendré toutes les informations dont il disposait, et notre séducteur n'ignorait pas que les parents de Turil passaient la journée dans un temple en périphérie de la ville.

Au lieu de cela, il prit un air dépité, et d'un geste théâtral, il extirpa son luth de son étui et se mit à l'accorder.

-Puisqu'il faut tout endurer...

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Dernière édition par Missen le Lun 4 Jan 2016 02:50, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Jeu 31 Déc 2015 05:36 
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Une heure s'était écoulée depuis qu'il avait repris conscience. Les vertiges s'étaient évaporés ; des séquelles de son knock-out, il ne subsistait qu'un hématome peu visible, en dessous de son menton, et un mal de crâne persistant.
Quand à la conversation, elle n'aurait guère pu mieux se dérouler.

Une heure durant, Missen avait déclamé à peu près tout les poèmes qu'il avait un jour appris, y ajoutant même quelques-uns de sa composition ; ses doigts étaient engourdis à force de pincer les cordes du luth, et il avait déjà dû le réaccorder deux fois depuis le début de sa prestation.
Toutefois, sa performance semblait porter ses fruits ; Turil était désormais complètement à l'aise en sa présence, bien loin de la timidité qu'elle affichait au début de leur rencontre. Et plus le temps passait, plus elle semblait attirante aux yeux de Missen ; la demoiselle avait de l'esprit, indéniablement ; son sens de l'humour venait en contrepoint de sa beauté. Les deux jeunes gens étaient désormais assis côte à côte dans le divan confortable qui avait accueilli le corps inconscient du nobliau, si près que leurs bras se frôlaient constamment.

La conversation se mua soudain en un silence confortable, ce genre de silences rares qui ne mettent nullement l'une ou l'autre partie mal à l'aise, et qui, par certains aspects, ont plus de valeur que la plus animée des conversations. Turil baissa la tête, dissimulant son visage derrière un rideau de cheveux de soie. Toutefois, au travers des mèches lisses de Turil, Missen pouvait deviner que la belle rougissait et se mordillait la lèvre.
Au bout d'environ trente secondes, elle releva soudainement la tête, et planta crânement son regard azuréen dans les yeux de Missen, puis lui tint ce discours :

-Très honnêtement, tu es la personne la plus charmante qu'il m'ait été donné de rencontrer. Dommage que tu sois un faux poète et un menteur, car si cela n'avait pas été le cas...

Interloqué, Missen haussa les sourcils d'un air interrogateur.

(Elle ne peut pas avoir devinée), pensa-t-il.

-Un faux poète ? Qu'est-ce que tu racontes ?

Elle continua de le dévisager, amusée.

-Le Lai de Beddle le Barde, trois poèmes des Contemplations de Rana, et tu espérais me berner ? Depuis tout à l'heure, tu me récites des classiques de la poésie ; ceux que je n'ai pas reconnus viennent probablement d'autres auteurs, eux aussi. Je n'ai rien dit jusqu'à présent, mais sache que tu es un menteur, Missen, un menteur très attirant, mais un menteur quand même.

Turil parut regretter cette dernière saillie, à en juger par le teint écarlate que ses joues adoptèrent aussitôt. Intérieurement, le poète autoproclamé soupira, amusé.

(Elle est aussi à l'aise avec les minauderies et les compliments qu'une nonne intégriste.)

Bien évidemment, il se récria d'un air outragé :

-Moi, un imposteur ! J'ai certes récité quelques classiques, mais le reste est de ma plume, croire le contraire serait une insulte.


Turil réfléchit, puis déclara, conciliante :

-Peut-être me suis-je trompée ; si c'est le cas, je te présente mes excuses. Peut-être, pour me persuader que tu es bien un poète, pourrais-tu composer quelque chose à mon propos ?

Missen ne cacha pas sa surprise.

(Avait-elle prévu de me demander cela depuis le début ? Si c'est le cas, elle est plus fine que je le pensais)

Elle avait en effet présentée les choses de façon à ce que tout refus passe pour un aveu ; il se trouvait dans l'obligation d'accéder à sa requête pour ne pas perdre la face. Mais peut-être pouvait-il tourner cela à son avantage ; elle se disait passionnée de poésie et devait y être particulièrement sensible, si il réussissait à trouver les bons mots...
Le jeune homme comprit cela en un instant, et adressa un sourire désarmant à sa cible.

-Ce sera un plaisir. Un instant...

Il ferma les yeux et fit le vide dans son esprit ; les mots vinrent d'eux mêmes. Il se concentra ensuite intensément, traquant les non-sens, arrangeant, triturant sa composition pour qu'elle rentre dans les canons rigides de la poésie classique. Il opta pour deux strophes d'alexandrins, un quatrain et un quintile, puis observa le produit de son effort d'un oeil critique. Le résultat le satisfit assez pour qu'il l'estime terminé. Il ouvrit les yeux.
L'ensemble de l'opération n'avait durée que quelques secondes.
Il fit signe à Turil, qui l'observait, mi-amusée mi-fascinée, et se redressa de façon à libérer sa colonne d'air. Puis, les yeux mi-clos, il se mit à déclamer d'une voix vibrante :

O Vierge glacée ! O beauté incandescente !
Toi qui fait se pâmer des légions de nobles !
Ta peau satinée et tes lèvres brûlantes
Enflamment mon âme, ma raison se dérobe

O toi, belle dame, mon noble coeur devient lourd
Mon esprit s'étourdit, mon imagination
S'égare, comme se rassemblent mes pulsions
Permettras-tu au skalde à la langue de velours
De te guider sur les chemins de la passion ?


Quand il rouvrit les yeux, Turil était à nouveau dissimulée derrière sa chevelure ; la tête baissée, elle regardait ses pieds, sans qu'on puisse deviner son expression.

Au bout de quelques instants, elle releva timidement la tête, les joues à nouveau enflammées. Elle s'exprima d'une voix hésitante, altérée.

-C'était... c'était très beau. Missen...


Le poète la fit taire d'un geste doux ; les mots étaient inutiles. Il se pencha doucement, et leurs lèvres se cherchèrent, se joignirent pour un baiser, puis deux, puis une infinité. Ses mains glissèrent le long de la fine taille de l'elfe, et, lentement, il la fit basculer à l'horizontale.

Le reste leur appartient.

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Dernière édition par Missen le Sam 2 Avr 2016 22:48, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Sam 2 Jan 2016 08:30 
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Nous retrouvons notre héros environ une heure après l'avoir quitté ; Durant ce laps de temps, lui et Turil ont troqués le salon pour la chambre de la demoiselle, mais mis à part ce détail, il n'y a pas grand chose que moi, le conteur omniscient des mésaventures de Missen, je puis dire sans choquer les âmes des plus chastes d'entre vous. Revenons à notre histoire, si vous voulez bien.

Missen fixait le plafond d'un air pensif.

A côté de lui, la belle Turil, fauchée par le sommeil dans le plus simple appareil, se retourna en grognant et tira la couette sur elle, visiblement en grande discussion avec une présence dans ses songes. Il était vrai que la chaleur torride qui régnait à la fois à l'extérieur et dans le manoir incitait à la sieste.
Notre séducteur victorieux l'observa, les yeux mi-clos et l'âme en berne ; il s'agissait sans conteste de la plus belle femme avec qui il avait jamais couché, et elle était fort vive d'esprit, par-dessus le marché. À la fois cultivée, drôle et dotée d'un caractère affirmé, elle représentait probablement la femme idéale pour la plupart des hommes.
Mais pas pour Missen. A peine aurait-il quitté sa couche qu'il se prendrait à rêver d'autres bras ; l'idée même de la monogamie le révulsait. Si il continuait à la fréquenter, qu'il tentait d'aller contre sa nature et de se lier à elle, il se lasserait d'elle immanquablement. Elle rejoindrait alors la longue liste des amantes oubliées, non par ressentiment, mais par ennui. Goûter à toutes les femmes, sans pouvoir se lier durablement à aucune d'elles ; n'était-ce pas là un sort bien pis que de demeurer seul ?

Missen s'ébroua. Sa mission n'était de toute façon pas de se lier à elle, simplement de prendre sa vertu. Ladite mission ayant été remplie avec brio, il ne restait plus qu'à rentrer faire part de son succès à Pulinn.
Pulinn...


Avec un soupir, le nobliau s'extirpa de la gangue des draps en prenant garde de ne point troubler le sommeil de l'elfe grise. Il enfila rapidement ses vêtements, ceignit son bandeau et rassembla son équipement, puis, jetant un dernier regard à la belle endormie, il quitta la pièce à pas de loup.

Retrouver son chemin dans la bâtisse ne fut pas chose aisée ; il dut demander son chemin à une domestique qui passait par là, une vieille femme desséchée dont la silhouette évoquait irrésistiblement une branche morte. Celle-ci pinça les lèvres et lui répondit sur un ton aussi sec que possible ; le jeune homme en déduit que ses ébats avec la belle n'étaient pas passés inaperçus. Il remercia distraitement la souillon, un sourire fleurissant sur ses lèvres. Les pensées moroses qui le travaillaient s'évaporaient peu à peu, remplacées par la satisfaction du travail bien fait ; voir que le plan qu'il avait échafaudé lui même avait fonctionné à la perfection le remplissait d'aise.

C'est donc sur un pas guilleret qu'il quitta le manoir des Caldaraën ; sifflotant l'air d'une chanson populaire particulièrement paillarde, il s'engagea dans la rue, insoucieux du monde qui l'entourait.

C'est probablement pour cette raison qu'il ne remarqua rien jusqu'à ce qu'une main aggrippe son épaule, l'attirant en arrière, jusque sous le porche de l'écurie, tandis que la lame d'un poignard effilé venait titiller sa pomme d'Adam. Une voix familière vint susurrer les mots suivant à son oreille :

-Tu ne m'as pas oublié, j'espère ? Tu comptes remplir ta part du marché, évidemment ?

Le Cendré.

Missen jeta un coup d'oeil affolé autour de lui ; Jehan l'avait entrainé hors de vue des rares badauds fréquentant la rue ; bien que directement rattachée à la Grand-Rue, ce quartier riche accusait bien peu de trafic.

Le Cendré continuait à dégoiser :

-On a échappés de justesse à la garde pendant que tu fourrais de la bourgeoise, et j'ai dû payer de ma poche la Murène et l'Egrillard ; alors t'as plutôt intérêt à ce qu'ils soient efficaces, tes remèdes. Sans quoi...

Pour illustrer ses paroles, il accentua légèrement la pression de son arme ; la pointe de la dague entailla légèrement la peau du nobliau, qui tressaillit.
Intérieurement, Missen se maudissait copieusement de ne pas avoir anticipé une telle éventualité. Tout à son bonheur d'avoir réussi le défi imposé par Pullin, il avait fait preuve de négligence. Pourtant, maintenant que les sueurs froides et l'adrénaline initiale refluaient, il commençait à échafauder un plan pour sortir de ce guêpier.
Malgré sa maîtrise de lui-même, lorsqu'il prit la parole, sa voix trembla légèrement.

-Ce ne sont pas des façons de traiter un associé... Tu as rempli ta part du marché, je vais remplir la mienne. Tu y es allé un peu fort tout à l'heure, mais ça ne m'a pas empêché de parvenir à mes fins, alors, je ne peux pas t'en tenir rigueur... Comment vont tes collègues au fait, ils ont pu filer avant que la garde déboule ?

Missen essayait de gagner du temps en accaparant ainsi la parole ; pendant qu'il déblatérait ainsi, un plan germait dans son esprit. Il se trouvait non loin du Temple des Plaisirs, il le savait ; sa tour de pierres blanches était visible d'ici.

-Tu n'en as que faire de mes collègues ! Arrête d'essayer de gagner du temps, nobliau de mes deux ! rugit Jehan.

D'un ton plus calme, sûrement pour éviter de se faire entendre de la rue, il continua :

-Je ne te fais pas confiance, je ne compte pas te laisser filer sans tenir parole. Je vais prendre ton poignard et ta bourse, et tu vas me suivre bien sagement jusqu'à chez moi.
Missen se représenta mentalement l'itinéraire entre sa position et le Temple ; son plan était fin prêt.

Sa bourse et son poignard étaient tous deux attachés sur sa hanche droite ; Jehan étant droitier, il utilisa son bras armé pour récupérer les biens du jeune homme, et ce faisant, il écarta la lame de la gorge de Missen.
Celui-ci n'en attendait pas plus pour agir. À peine la dague s'était-elle éloignée d'une vingtaine de centimètres de son visage qu'il passa à l'action. Simultanément, il écrasa le pied de Jehan et lança son coude en arrière ; par chance, il percuta le Cendré juste en dessous des côtes, atteignant ainsi le foie, organe extrêmement sensible s'il en est. Le coupe-jarrets se plia en deux, expulsant d'un coup tout l'air qui était contenu dans ses poumons ; Missen n'attendit pas de voir les résultats de son oeuvre, et fila sans demander son reste.
Malheureusement, le coup avait manqué de force, sans quoi Jehan aurait été hors d'état de nuire durant au moins quelques minutes. Au lieu de cela, une fois passé l'effet du choc premier, il se rua à la poursuite de notre héros, hurlant d'une voix éraillées des imprécations vernies et lardant l'air de coups de couteau ; en voyant un tel démon débouler dans la rue, une femme assez âgée tomba aussitôt inconsciente ; les rares badauds de la rue s'égaillèrent en poussant des cris affolés.

Missen courait comme il n'avait jamais couru ; il faut dire que jusqu'ici, il n'avait jamais couru pour sauver sa vie. Car les intentions de Jehan étaient claires ; il ne se maîtrisait plus, et mieux valait pour notre séducteur qu'il ne le rattrape pas, sans quoi ses aventures se termineraient prématurément, tant il était évident qu'il ne ferait pas le poids contre lui.

Par chance, Missen avait pris une bonne dizaine de mètres d'avance, en profitant de l'effet de surprise ; mais Jehan, plus robuste, plus athlétique, courant à plus grandes enjambées, grignotait son retard, tant et si bien qu'il se trouvait presque sur les talons de notre héros lorsqu'ils déboulèrent dans la Grand-Rue, considérablement plus fréquentée. Un chariot renversé une vingtaine de mètres plus loin avait causé un attroupement compact, bloquant la circulation dans un sens comme dans l'autre.

Missen, submergé par l'adrénaline et par la peur, agissait désormais à l'instinct. Il ne vit pas l'obstacle avant qu'il soit trop tard. Il se heurta au mur des badauds et s'y fraya un chemin manu militari, repoussant ses congénères sans ménagement ; il pouvait presque sentir le souffle du Cendré sur sa nuque, et la pointe de son poignard caresser ses flancs.
La garde fut son salut.
Trois soldats étaient en effet en grande discussion avec le possesseur du chariot ; Les cris scandalisés, puis apeurés qui résultaient respectivement des bousculades causées par Missen et Jehan leur firent promptement lever la tête.

Et que virent-ils ? Un jeune homme, manifestement de noble naissance à en juger par ses vêtements, poursuivi par un va-nu-pieds aux yeux fous qui brandissait une lame.
Ils furent également prompts à agir ; le plus proche saisit sa hallebarde et frappa avec le manche ; il cueillit Jehan à la nuque.
Le plus âgé des trois apostropha Missen, qui n'avait pas cessé de courir.

-Hey, vous !

Continuant de fendre l'attroupement, le nobliau était déjà loin avant que les gardes ne songent seulement à se lancer à sa poursuite. Pourquoi auraient-ils agi ainsi, d'ailleurs ? En apparences, il n'était que la victime d'une agression...

C'est pantelant et en nage qu'il arriva au Temple des Plaisirs ; le garde qui en surveillait l'entrée ne montra pourtant nulle surprise quant à son aspect échevelé, pas plus qu'il ne posa de questions ; il se contenta de s'effacer pour le laisser pénétrer dans la bâtisse.



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Dernière édition par Missen le Sam 2 Avr 2016 22:46, édité 4 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 6 Jan 2016 18:41 
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Une semaine entière s’était écoulé depuis que j’avais engagé Lyle. Une semaine où mon masque est au bord de l’explosion dès qu’on m’adresse la parole. Il m’avait dit que ce que je demandais pouvais prendre du temps et que ce n’était jamais certain que ça fonctionne. J’en avais bien évidemment conscience, je savais que je me devais d’être patient. Pendant cette semaine, je m’étais forcé de ne commettre aucun écart, de vivre normalement, de me lever, manger, travailler, manger, prier, dormir, recommencer. Et ce matin, enfin, j’ai eu le signe que j’attendais, celui que nous avions convenu. Un simple morceau de papier glissé dans un vase de mon stand. Tout est prêt, c’est pour ce soir.

J’avais intérieurement explosé de joie. J’avais eu raison de faire confiance à cet homme et je n’oublierais pas ce service qu’il m’a rendu car au vu de ses compétences, il pourrait encore m’être très utile. J’eu encore la force de tenir les heures me séparant du fameux soir, me répétant qu’enfin mon père allait mourir et que j’hériterai de sa fortune.

A la fin de la journée, je m’étais empressé de plier boutique, de rentrer, d’embrasser ma femme et de m’enfermer dans mon bureau, comme d’habitude, pour y attendre le verdict tant attendu. Et me voilà, assis à mon bureau, devant mon livre de compte, une plume à la main, feintant de travailler.

Les yeux dans le vide, je m’imaginais ce qu’il se passait dans la villa de mes parents.
Je m’imaginais le doute qui grandissait dans le cœur de ma mère grâce à Lyle depuis le début de la semaine à l’aide du parfum bon marché sur les vêtements de mon père ou d’autres astuces imaginées par mon employé.
Ma mère devait se sentir ronger, dévorer par les questions qu’elle se pose. Elle ferait le rapprochement entre l’odeur du parfum et celui de la belle domestique. Je n’en doutais pas. Viendrait le coup de grâce qui briserait son cœur et son amour en mille morceaux. La lettre, la fausse lettre, trouvée par inadvertance ou par volonté d’avoir une réponse à ses questions.
Je m’imagine, le sourire aux lèvres, ma mère lors du repas qui devait être en train de se tenir, en pleur, le cœur et l’esprit brisé par le chagrin d’avoir été trahie. J’imagine mon père, tenter vainement de comprendre, je l’imagine avec un air décomposé que je ne lui ai jamais vu. Il devait essayer de se défendre tandis que elle, emportée dans sa colère, se saisissait d’un couteau pour se venger, lui taillader les avants bras qu’il dressait pour se protéger. Elle l’assaillait de coups et de cris rendant toute discussion ou explication impossible. Il finit par ne plus pouvoir résister contre cet avatar de haine et se fait toucher à la poitrine. La lame s’enfonçant dans sa chair, lui arrachant un cri. Il tombait à genoux pendant qu’elle continuait de le poignarder. Aspergeant les murs et rependant le sol de sang.
Aucun domestique n’osait bouger, trop choqué ou terrifié à l’idée de finir comme le maître des lieux.

Tout s’arrêtait quand elle n’eut plus la force de lever son bras. C’est son âme qui se brisait alors en se rendant compte qu’elle venait de tuer celui qu’elle aimait tant.
Je sors de ma rêverie, me crispe, cassant la plume entre mes mains lorsque ma femme en larmes, ouvre en trombe la porte de la pièce.

" Eldros, c’est terrible, ton père…"

Victoire. Victoire ! J’use de tout mon mental pour ne pas crier de joie. Je m’efforce de garder un air surpris, troublé, l’appelant d’un signe de main à l’apaisement.
Je me lève, m’apprêtant à la rassurer et lui demander ce qu’il se passe quand quelqu’un la bouscule sans ménagement. Un milicien, qui pénètre dans mon bureau pour me saisir un bras, suivi d’un autre qui me saisit le deuxième bras. Un autre encore apparait pour déclarer :

" Eldros Rougine. Au nom du Roi ! Je vous arrête ! "

Je ne comprends pas, je le regarde, éberlué. Un regard qui se mue en un regard sombre quand j’aperçois mon père apparaitre dans le cadre de la porte. L’air victorieux, la posture fier, un rictus aux lèvres.
J’explose :

" Qu’est-ce que ça signifie ?! " Hurlais-je.
"Nous vous arrêtons pour la tentative de Meurtre avec… "

Je coupe la parole du Milicien, enragé.

" C’est ridicule ! Vous n’avez aucune preuve ! Aucun droit ! "

" Aucune preuve ? Je suppose que ce flacon de parfum ainsi que cette lettre frauduleusement signé suffiront. "

Dit mon père, sûr de lui, en montrant ce qu’il annonce. Il ajoute :

" J’ai même un témoin. "

Impossible ! Mais à peine je le pense que Lyle apparait lui aussi dans mon champs de vision. L’air amusé, il me salue d’un signe. J’enrage. Ce rat ! Ce chacal ! Ce traitre ! Une vague de haine me parcours de la tête aux pieds. Je les veux morts ! Tous ! Je me débats, fermement maintenue par les deux miliciens, rapidement soutenu par le troisième.

" LACHEZ MOI ! "

Mon père recule, ma femme tombe à genoux en pleurnichant, couvrant sa bouche de ses mains. Lyle se moque, n’accentuant que mon besoin de tuer. Mais je n’arrive pas à me défaire de mes entraves. Je me fais trainer hors de mon bureau, hors de ma maison tandis que je hurle ma haine que je promets vengeresse.


>>>

_________________


Dernière édition par Eldros Rougine le Ven 4 Mar 2016 00:40, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Lun 18 Jan 2016 10:55 
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La nuit était déjà bien commencée lorsqu'Anastasie arriva finalement à sa résidence provisoire. Elle avait passé toute la soirée à discuter avec Adam, d'abord de sa quête future, qu'elle avait décidé d'entamer dès le lendemain, puis d'histoire, de magie noire et blanche, de Gaïa et de tout un tas d'autres sujets pour lesquels la jeune femme s'était récemment trouvé une passion. Elle avait toujours prié Gaïa, mais avant tout pour des raisons culturelles ; désormais sa foi était réelle, concrète.

Mais elle avait tant discuté que quelque chose d'important avait glissé de son esprit : tout le monde l'avait vu partir, Sérénité et Amande savaient même quel était son projet, mais personne en dehors du Temple de Gaïa ne la savait en sécurité. Autrement dit, pendant qu'elle discutait théologie et philosophie autour d'une tasse de thé, tout son entourage était probablement en train de s'inquiéter, paniquer, même, s'imaginant le pire, alors que son affrontement avec le nécromancien s'était déroulé encore mieux que ce qu'elle avait prévu. Elle espérait que ses deux amies soient toujours les seules au courant – elles s'en voudraient de leur avoir causé du souci, mais les dommages seraient moindres – mais elle ne les connaissait que trop bien ; paniquées de ne pas la voir revenir, elles avaient probablement vendu la mèche voilà des heures, et Dimitri lui-même avait sans aucun doute été mis au courant.

C'est donc le cœur rempli d'appréhension que la petite noble poussa doucement la porte d'entrée du manoir secondaire du Duc, prête à se faire fustiger. Lorsqu'elle pénétra dans la pièce, Sérénité et Amande dormaient l'une sur l'autre, sur un fauteuil, couvertes d'un linge qui avait vraisemblablement été posé là par une tierce personne : elles avaient sans doute décidé d'attendre l'arrivée d'Anastasie et s'étaient endormies à force d'attente. Face à elles, les deux gardes de la jeune femme arboraient une triste mine ; elle n'aurait su dire si la perspective de faillir à leur tâche en était la cause, ou si c'était le savon qu'ils avaient sans aucun doute reçu de Dimitri qui les mettait dans cet état. Ce dernier était debout, appuyé contre la table de la salle à manger, se rongeant les ongles en tapant rythmiquement le carrelage de son talon, exprimant son état de stress de manière bruyante et agaçante. Des cinq personnes présentes, seules les deux endormies faisaient réellement face à l'entrée. Aussi, ce ne fut qu'au moment où elle claqua légèrement la porte derrière elle que sa présence fut remarquée.

Les deux gardes se levèrent d'un bond, accompagnant leur geste d'un « Mademoiselle ! » presque à l'unisson. Dimitri, lui, se retourna vivement, affichant une expression qui mêlait soulagement à colère sur son visage rongé par la fatigue. Le brouhaha réveilla presque immédiatement les deux jeunes femmes qui affichèrent aussitôt une expression radieuse en voyant leur amie saine et sauve. Mais le silence retomba aussi vite qu'il avait disparu lorsque le Duc s'approcha d'Anastasie avec véhémence et autorité, laissant le reste de la pièce dans une expectative pesante.

« Où étais-tu ?! » s'énerva-t-il.

Anastasie haussa un sourcil, comme pour exprimer sa surprise. Elle savait très bien que la question était rhétorique, qu'il connaissait son objectif, mais elle ressentait le besoin d'être caustique. Non pas par cruauté, ou par plaisir d'être corrosive, mais parce qu'elle savait que c'était le moment de s'affirmer, de laisser comprendre à tout le monde qu'elle n'était plus la petite fille capricieuse qu'il fallait protéger mais l'aventurière aguerrie qui valait au moins autant, si ce n'était plus, que la plupart des soldats que Dimitri avait sous son commandement.

« Vous ne savez pas ? » demanda-t-elle avec une feinte innocence. « Je chassais Alban. Le nécromancien. »

Le Duc secoua la tête, visiblement irrité par la réponse de la jeune femme.

« Je sais bien ! Et c'était inconscient de ta part que de partir toi-même à sa recherche ! Je m'en veux d'arriver à de telles extrémités, Anastasie, mais tant que la milice ne l'aura pas retrouvée, je suis contraint de t'imposer cinq gardes supplémentaires, et une interdiction de te rendre dans les quartiers bondés quelles que soient les circonstances. »

Anastasie réprima un sourire, qu'elle troqua par un haussement d'épaules. Elle aurait dû se douter qu'il partirait du principe qu'elle ne l'avait tout simplement pas trouvé. Et c'était bien là le problème. C'était pour cette raison qu'elle devait s'affirmer. Pour que l'on arrête de la voir comme cette frêle jeune femme de la noblesse, tout juste bonne à soigner quelques bobos. Elle ne comptait plus faire sa vie dans l'aristocratie Kendrâne, et elle devait faire accepter cette idée à ses proches. C'est donc avec tout l'aplomb du monde qu'elle ajouta à son haussement d'épaules une remarque nonchalante, tout en retirant ses bottes recouvertes de boue séchée.

« Je ne suis pas certaine de la pertinence de m'imposer une mesure qui prendra fin demain matin, mais soit, c'est vous qui voyez. »

La remarque tira un haussement de sourcils à toutes les personnes présentes, à la plus grande satisfaction de la jeune femme.

« Qu'est-ce qui te fait dire que l'on trouvera Alban demain matin ? » demanda Dimitri, une expression de doute sur le visage.
« Eh bien un exorcisme dure quelques heures, normalement, et il a déjà dû commencer, donc d'ici la matinée Alban devrait être remis aux autorités. »
« Un exorcisme ? Mais... Le Temple de Gaïa détient Alban ? »

Anastasie prit quelques temps avant de répondre, retirant son armure de cuir avec délectation. Elle la portait depuis plusieurs heures, mais elle ne se rendait compte que maintenant qu'elle la retirait à quel point celle-ci était inconfortable, lui écrasant presque autant la poitrine qu'un corset et lui tenant plus chaud qu'un manteau. La tunique blanche qu'elle portait en dessous en était grise tant elle était trempée de sueur. La petite noble posa le plastron de cuir sur la table avant de se tourner vers le Duc.

« Oui, Alban est aux mains du Temple, Golgatus est mort (enfin, re-mort) et d'ici demain matin l'hôte du nécromancien devrait avoir retrouvé l'usage de son corps. »

Sa déclaration arracha une expression de stupeur à Dimitri et ses deux gardes, à la plus grande satisfaction d'Anastasie. Elle aurait pu s'arrêter là, mais elle voulait profiter de son petit effet pour mettre les choses à plat une bonne fois pour toute.

« Je trouve légèrement vexant que vous pensiez que je me suis absentée une demi-journée pour rentrer bredouille. D'autant plus que mes vêtements sont couverts de terre et que, même si je ne suis qu'une petite aristocrate bonne à rien, je n'ai pas pour habitude de tomber de façon répétée sans raison. »

Elle s'en voulait de remuer le couteau dans la plaie après leur avoir causé pareille inquiétude, mais elle était bien décidée à lui faire comprendre qu'elle était une adulte, et qu'elle n'accepterait plus de se faire traiter comme une enfant. Elle se fit cependant plus douce, bien que ferme, pour la suite de sa tirade.

« Ecoutez, je comprends et apprécie votre sollicitude, mais j'ai appris l'escrime auprès de votre meilleur homme, j'en sais bien plus sur les nécromanciens et la magie noire que tous vos soldats réunis et je suis naturellement douée à la magie blanche. Alors ce n'est pas une requête que je vous soumets, mais un ultimatum : si vous ne voulez pas perdre mon amitié et mes services, cessez de vous inquiéter inutilement, cessez de me considérer comme une gamine bonne à rien. Je vous le dit sans arrogance, aujourd'hui encore j'ai prouvé que j'étais bien plus efficace que vos hommes. Je ne veux plus de chaperon, plus de protection à outrance, plus d'interdiction de sortie. Je suis une grande fille, capable de botter les fesses d'un nécromancien, et je veux être considérée comme telle. »

Un silence pesant s'abattit à nouveau dans la salle, pendant qu'Anastasie attrapait nonchalamment une auge, qu'elle remplit de sauté de bouloum gardé au chaud au coin du feu de cheminée. Elle s'attabla sans plus attendre, devant le regard toujours aussi gêné de son interlocuteur et de leurs quatre spectateurs, et, morte de faim après tous ces exercices, dévora goulûment la viande. Amande se leva bien vite pour aller chercher une miche de pain et un verre de vin à son amie, qu'elle lui tendit avec un sourire franc, laissant enfin échapper sa joie de la voir saine et sauve, alors que Dimitri s'éloignait d'un air blasé, ne sachant vraisemblablement pas quoi répondre aux dernières paroles de la petite noble.

Alors qu'elle terminait sa deuxième portion de ragoût, les deux gardes quittèrent la résidence, apparemment sur ordre de leur supérieur, qui fit signe aux deux autres jeunes femmes de monter à l'étage. Une fois disparues, il prit la parole, d'un ton plus posé et calme.

« Anastasie, je te connais depuis que tu es une petite fille, et j'ai laissé ce fait obscurcir mon jugement. J'ai plusieurs femmes parmi mes soldats, et elles ne sont pas forcément les moins efficaces. Au vu de tes exploits récents, j'aurais dû savoir que, si quelqu'un était capable d'arrêter ce nécromancien, c'était toi. Que tu sois une femme, que tu sois issue de la noblesse, que tu aies été incapable de tenir une épée par le bon bout il y a de cela quelques semaines n'auraient pas dû me laisser penser que tu n'étais pas apte à te défendre seule. Au contraire, au vu des progrès que tu as effectué malgré tout cela ces derniers mois j'aurais dû savoir que tu étais plus que capable. Accepte mes excuses. »

La jeune femme, la bouche pleine, sourit intérieurement. Elle rêvait de se faire reconnaître à sa juste valeur, à être vue comme une aventurière de talent : c'était chose faite. Elle prit quelques temps pour mâcher péniblement l'énorme morceau de bouloum qu'elle avait fourré dans sa bouche avant de l'avaler tout rond pour pouvoir répondre.

« C'est oublié, » affirma-t-elle finalement. « Et, s'il vous plaît, ne punissez pas trop sévèrement Amande ou les gardes chargés de ma protection. Pour la première, je lui ai offert un ultimatum qu'elle ne pouvait refuser, pour les seconds, j'avais un plan particulièrement bien rôdé pour me débarrasser d'eux. »

Le Duc hocha la tête, compréhensif. Il commençait à connaître la personnalité de la jeune femme, depuis le temps. Et si elle avait beaucoup évoluée ces derniers mois, il était un point qui était toujours inexorablement le même : lorsqu'Anastasie décidait de quelque chose, rien ne pouvait l'arrêter, pas même deux gardes à l'éducation militaire stricte.

« Et puisque le point de mes compétences est réglé, » ajouta-t-elle, » je voudrais vous prévenir que je m'en vais dès demain pour les Duchés. Et je voulais savoir si je pouvais laisser mes affaires ici. Ma maison n'est pas tellement sur le chemin, et c'est la seule maison que j'ai à Kendra Kâr. »

A ces révélations, le visage de Dimitri blêmit. Anastasie le voyait, il en aurait presque regretté d'avoir reconnu les ressources dont elle disposait. Mais, après de longues secondes d'attente et un soupir de résignation, le Duc prit la parole.

« Oui, oui, bien sûr. Considère que cette chambre est la tienne aussi longtemps que tu le voudras. Mais je peux savoir ce que tu comptes faire aux Duchés ? Ce n'est pas la porte à côté, et, comme tu as pu en faire l'expérience, il y a quelques bandits sur la route. »

La jeune femme haussa les épaules, confiante.

« Les bandits traînent rarement sur la route principale. Et puis la plupart des bandits sont à pieds. Je prendrais un cheval. »

Elle termina son verre de vin d'un trait et posa la vaisselle salle sur le plan de travail.

« Je dois aller à quelques lieues d'Amaranthe, y trouver une épée magique que le Temple aimerait se procurer. Rien de bien dangereux, » le rassura-t-elle d'un mensonge éhonté.

Tal'Raban avait lui-même choisit les hommes censés garder ces reliques si dangereuses pour lui et les autres nécromanciens, le danger serait donc bien de la partie, plus encore que durant cette journée durant laquelle elle avait dû faire face à une horde de squelettes et un nécromancien venu du passé. Mais, si elle avait obtenu de se faire reconnaître comme une aventurière de talent, elle trouvait néanmoins inutile de l'inquiéter outre-mesure en annonçant de but en blanc qu'elle comptait affronter un nécromancien autrement plus fort.

Le Duc lâcha un énième soupir avant de quitter à son tour le manoir, laissant Anastasie seule dans la salle à manger. Elle grimpa alors les marches menant à l'étage quatre à quatre pour rejoindre Amande et Sérénité, qui attendaient sur le pallier très certainement dans le but d'espionner leur conversation.

« Mégères, » lâcha-t-elle simplement avec un sourire.

Mais le regard que lui rendirent ses deux amies n'était pas enjoué.

« Tu t'en vas ? » fit Amande d'un ton attristé.
« Seulement une semaine ou deux, » tenta de la rassurer la petite noble.
« Mais tu vas encore te mettre en danger... »

Un silence s'installa entre les trois jeunes femmes. Un silence finalement rompu par Sérénité.

« Tu ne comptes pas te contenter d'une vie oisive et luxueuse à Kendra Kâr, n'est-ce pas ? »

Pour toute réponse, la jeune femme secoua légèrement la tête de gauche à droite. Ce n'était plus dans ses projets, non. Elle savait maintenant qu'elle ne pourrait jamais s'épanouir autrement que dans l'aventure et le danger. La perspective de s'éloigner des gens à qui elle tenait l'attristait, mais au fond elle était ravie d'avoir quelque chose à faire si loin de la capitale, quelque chose de si dangereux et excitant à la fois. Seulement, elle se rendait maintenant compte que la voie qu'elle avait choisi était celle de la solitude.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mar 5 Avr 2016 23:23 
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Mon cœur bat la chamade tandis que mes poils se hérissent. Je regarde angoissé les hommes qui s'avancent. L'officier Tsuaf mène un groupe constitué de quelques encapuchonnés. Il se démarque par sa cape de voyage à la teinte terne, ses hommes se voyant affubler d’amples capes sombres.

Il déclame soudain, un sourire féroce aux lèvres :

« Heureusement mon serviteur est fidèle et ne risque pas de me trahir. Je dois avouer que je n’escomptais pas tant de bêtises de votre part. Cette bravade envers la Rose Solitaire sera la dernière. »

En le voyant ainsi, je porte instinctivement ma main à l’œil de vipère et serre l’amulette avec force. Mes jambes tremblent, fléchissent sous le poids du doute et de la peur. Je me sens dépossédé du timide courage qui m’a habité quand j’ai eu l’idée stupide de continuer et d’écouter Nibelung…

Méphistophélès reprend alors tout en s’avançant avec ses hommes :

« L’un de vous possède sans doute l’amulette, bien que, j’éprouve le plus grand mal à imaginer Faraglia vaincu par un d’entre vous… »

Il claque alors les doigts et ses hommes dans un synchronisme parfait se défont de leurs capes et dégainent leurs lames. J’en compte quatre, mais Méphistophélès est sans doute un puissant guerrier lui-même…

Il s’avance, dissimulé par ses hommes et d’une injonction les font s’écarter soudainement. Son sourire est celui d’une bête quand il brandit sa main vers nous, expulsant un soudain éclair qui percute le sol, nous ratant de peu. Tsuaf affiche un air déçu et ordonne à ses hommes de nous massacrer.

Nibelung se rend probablement compte de la criticité de la situation, du danger que nous encourons et hurle soudain :

« Fuyez ! Je m’occupe de les retenir ! »

« Non ! » hurle-je avec conviction.

« Dégage, on risque juste de tous y passer vu sa puissance magique ! Foutez le camp avant d’clamser » me vitupère-t-il avec hargne.

« Non ! Je reste ! » braille-je.

« Mais pourquoi bordel ! Toi qui voulais vivre, profite de la chance que je t’offre ! »

Les hommes sont maintenant à quelques mètres de nous quand j’avoue tout, le criant :

« Car je t’aime idiot !!! »

Je me sens libéré par cet aveu soudain. J’accepte et assume cet amour que j’éprouve. Moi la catin aime quelqu’un, et alors ? Nibelung lui me regarde bouche-bée alors qu’un des assaillants s’apprête à pourfendre le nain d’un coup serein, étant dans un angle mort. Je lui hurle de faire attention et c’est de justesse qu’il évite l’attaque. L’épée vient se planter dans un interstice ménagé entre deux dalles et provoque un gémissement strident. Groseille vient alors en support et profite de l’opportunité pour planter sa lame courte dans la jambe de l’homme qui rugit en s’affaissant au sol.

Ses deux compagnons décrivent des arcs de cercle autour de mes compagnons. Nibelung a désormais en main sa pesante hache à deux lames et semble avoir repris ses esprits. Je m’en veux de l’avoir ainsi déstabilisé mais suis curieusement en paix. Mais ce sentiment ne dure guère. Méphistophélès a dû entendre ma déclaration car il rit à gorge déployée et prépare un nouveau sortilège. Mû par l’énergie du désespoir, je leur hurle de tenir et m’élance vers Tsuaf. J’incante en quelques secondes une main sombre et propulsée par ma volonté vient agripper sa gorge offerte. J’y mets toute ma force magique et mon pouvoir, amplifié par la relique, devient si puissant que le mage est projeté en arrière et tombe dans les escaliers.

Je le regarde droit dans les yeux tandis qu’il se relève et lui dit d’un ton glacial :

C’est. Moi. Ton. Adversaire. »

Il s’esclaffe d’un rire mauvais et braque sa main vers moi. J’ai le temps de voir ses lèvres bouger puis tout devient aveuglant. Un éclair traverse l’espace qui me sépare de lui avec célérité. J’invoque instinctivement le pouvoir de glace mais l’effort est voué à l’échec. La foudre me frappe à l’épaule et la puissance de l’impact me fait choir à terre. Ce flot d’énergie qui me brûle de l’intérieur, se déverse en moi, me fait hurler de douleur. Mon épaule droite n’est plus utilisable et une odeur de chair carbonisée s’en dégage.

Je me relève en m’aidant de la main gauche quand j’entends un nouveau grésillement. Guidé par un instinct bestial je me laisse tomber au sol et l’éclair passe à l’endroit où se trouvait il y a de ça quelques secondes ma tête.

D’une roulade je me redresse maladroitement et invoque une nouvelle main sombre que j’envoie en direction du pied de Tsuaf. Ce dernier l’évite en faisant appel à un pouvoir m’étant inconnue. Son contour devient flou tandis qu’il s’enveloppe dans un petit tourbillon de sable. Il glisse et vient à ma rencontre avant de se détourner soudainement, se dirigeant alors vers Nibelung.

Heureusement le nain l’a sans doute aperçu car il bondit sur le côté, bousculant au passage son adversaire qui se prend Tsuaf de plein fouet. Son corps est expulsé sur le côté et ne bouge plus que par intermittence, secoué par quelques spasmes tandis que Méphistophélès se trouve contraint de reprendre sa forme normale.

Ce spectacle me fait entrevoir les pires fins et réveille la bête qui sommeille en moi. La simple idée de perdre l’être aimé déchaîne ma fureur. La peur m’effleure mais n’entrave plus mes mouvements. Je laisse s’exprimer le pouvoir de l’ombre, il se répand dans mes veines avec impétuosité, hurle à travers moi son désir de vaincre, de terrasser l’ennemi. J’ai outrepassé ma condition de proie pour devenir chasseur, ma condition d’homme pour celle du divin. Ma sentence est irrévocable, l’officier Tsuaf Méphistophélès doit, va mourir.

L’amulette doit sentir cette soudain montée de puissance et l’amplifie avec joie. Le pouvoir fourmille et je m’élance, projetant une nouvelle main vers l’officier qui se trouve acculé au mur. Une idée me vient alors et ma main sombre bifurque vers le haut, en direction de la teinture et de la lampe à huile. Il pense sans doute à une erreur de ma part et place ses mains en arc de cercle, affichant un sourire provocateur. Je ne me préoccupe pas de lui et m’efforce de décrocher à l’aide de mon sort l’une des grandes oriflammes qui se détache du mur et s’abat sur lui. Il se retrouve empêtré dans le tissu et hurle son dépit. Il ne l’a sans doute pas remarqué mais la teinture a emporté dans sa chute la lampe à l’huile suspendue à côté comme prévu. Son contenu se déverse sur la surface tandis qu’il se dégage peu à peu de l’emprise du tissu, dégageant toute d’abord sa tête, arborant une mine féroce.

La foudre jaillit hors du tissu et vient me frapper à hauteur d’épaule, la même que la fois précédente. La douleur devient indescriptible et je tombe à genoux mais la situation de mon adversaire n’est guère enviable. Sa magie aura causé sa propre perte. Les flammes lèchent avec avidité le tissu dans lequel il n’arrive pas à se dégager. Il commence à hurler tandis que j’exulte d’une joie sauvage. Il va mourir plongé dans des affres de souffrance et je jubile à l’évocation de cette idée. Je regarde autour de moi et vois Nibelung à terre, Groseille le veille et je cours vers lui, le bras droit ballant, exigeant de Groseille des réponses qu’elle ne peut me donner.

« Je ne sais pas Insanis… Il respire, c’est tout ce que je peux te di… »

Sa voix s’interromps soudainement alors qu’un bruissement résonne derrière moi… Je me retourne avec lenteur et discerne parmi des volutes de poussières et de sable, l’officier Tusaf Méphistophélès…

(Ce n’est pas possible…)

Il sourit comme un dément et bien qu’il semble bien mal en point je ne puis me targuer d’être en forme. J’avance un peu pantelant et réfléchis à toute vitesse. Je me laisse envahir par le fluide de glace et sa logique froide et implacable et entrevois toutes les possibilités qui s’offrent à moi. Le combat frontal n’est guère une option mais peut-être…

Je reste face à l’officier et souffle à la naine :

« Groseille, va te tenir près des tonneaux. »

Tsuaf braque sa main vers moi et je commence à courir du mieux possible, ne lui laissant pas d’opportunité de me viser correctement. J’invoque alors une main sombre qui vole à travers la salle et vient lui saisir la cheville.

Je puise dans mes ressources et le fait tomber à terre avant d’hurler à Groseille :

« Perce le avec ta lame et envoie le rouler sur lui ! Vite ! »

Elle s’exécute aussitôt et envoie bouler le tonneau dont le contenu se répand au sol et vient percuter l’officier. L’eau continue de se déverser par l’ouverture tandis que ma main l’immobilise au sol. Ses vêtements sont bientôt imbibés et quand la main se dissipe, il se relève en nous maudissant. J’invoque alors une dernière fois mon sortilège de main sombre et l’envoie finir le travail. Le mage sans défense maintenant se débat inutilement. La main resserre son emprise et les yeux de ma cible deviennent exorbités. Il lâche un profond râle d’agonie avant de s’écrouler misérablement par terre.

Je respire avec difficulté et m’approche du mort. Je ne peux pas m’empêcher de sourire en le voyant, exsangue. C’est l’ennemi le plus puissant que j’ai eu jusqu’à maintenant à terrasser et je suis fier d’avoir triomphé. Je me dépêche de lui retirer la relique et l’enfile. Un sentiment de fierté enfle alors en moi, je suis maintenant en possession de deux des reliques les plus puissantes que le monde n’a jamais vu ! Je suis un être au destin unique, je le savais…

(J’ai réussi…)

Je me tourne alors vers Nibelung et m’avance vers lui, m’agenouillant à ses côtés. Je soulève sa tête et la pose sur mes genoux, l’admirant lui et sa beauté sauvage…

« Nous avons réussi... M’entends-tu Nib ? »

Seul le silence vient me répondre tandis que mes paupières se ferment peu à peu… Je me sens abattu et n’ai même plus la force de bouger. Mon souffle devient lent et mes bras refusent maintenant de bouger tandis que ma vision s’amoindrie de seconde en seconde. Mon épaule est toujours horriblement douloureuse et je sais qu’il va nous falloir des soins mais… Comment faire dans un état de fatigue pareil... Je décide finalement de m’endormir, priant être en état de marcher à mon réveil…

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Merci à Inès pour cette magnifique signature !


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Ven 29 Avr 2016 15:39 
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Les deux journées suivantes furent les plus reposantes qu'Anastasie avaient connues en plus de deux mois. Si elle avait fait quelques tours à la bibliothèque du Temple pour récupérer quelques informations sur sa destination et éclaircir quelques questions d'ordre technique, elle passa néanmoins des journées paisibles, presque oisives, profitant de la maison que continuait de lui prêter le Duc Dimitri. Elle lui avait évidemment fait une visite de courtoisie après son rapport auprès d'Adam, et avait pris le temps d'envoyer une missive à sa mère pour la rassurer, mais elle avait, en dehors de cela, passé le plus clair de son temps en compagnie d'Amande, sa servante attitrée, et Sérénité, sa meilleure amie. Pour deux journées, elle avait décidé de se laisser bercer dans l'illusion d'être une jeune femme comme les autres. Pour autant, aucune des trois n'était dupe ; en l'espace de deux semaines, le comportement d'Anastasie avait radicalement changé. Son ton d'ordinaire jovial avait laissé place à un morosité presque constante, ses gloussements francs avaient laissé place à des demi-sourires, et ses yeux pétillants avaient laissé place à un regard froid. Mais elles avaient prétendu que rien n'avait changé. Que tout était comme avant. Tout en sachant que lors de son prochain retour, les moments d'innocences seraient définitivement abandonnés en son absence.

Les moments de calme, cependant, s'arrêtèrent plus tôt que prévu, lorsque Marielle, amie d'enfance d'Anastasie, vivant encore jusque là au domaine dirigée par la mère de cette dernière, arriva en ville. Par correspondance, la Comtesse avait plus tôt appris la mélancolie de la jeune femme, et avait demandé la permission du Duc Dimitri de la loger dans la maison annexe dans laquelle elle-même dormait. Mais ce que n'avait pas prévu Anastasie c'était l'intense jalousie que Marielle, amoureuse, éprouverait à l'égard de Sérénité et les violentes joutes verbales que ses deux amies s'échangeraient pour son attention. Et, si son amie d'enfance était en faute pour avoir démarré la querelle, la fille de la tailleuse se rendait elle coupable de toujours envenimer la situation. Et les deux jeunes femmes, d'ordinaire si douces, ne faisaient qu'épuiser les forces que la Comtesse tentait vainement de retrouver après deux mois entiers d'enquêtes diverses, d'entraînement, de combat épiques et de voyage. Pour couronner le tout, elle devait en plus repousser les contacts physiques de plus en plus insistants et osés de Marielle, qui, reprenant peu à peu de l'aplomb, en oubliait sa promesse de laisser de lui laisser de l'espace.

Aussi, dès le sixième jour, Anastasie sauta sur l'occasion de voir différents paladins et prêtres de Yuimen se rassembler pour son expédition pour aider à la logistique du voyage. Elle laissa ainsi Sérénité, fille de tailleuse, dans la boutique de sa mère, et Marielle chez elle, auprès d'Amande avec qui elle s'entendait à merveille. Elle devait toujours faire face à leurs querelles le soir venu, ne pouvant se permettre de refuser de passer du temps avec sa meilleure amie à quelques jours d'un nouveau long départ et vivant avec Marielle, qui ne l'aurait de toute façon jamais laissée s'absenter trop longtemps tant qu'elle était encore en ville, mais elle échappait au moins à leurs incessantes joutes le reste de la journée.

L'incident le plus majeur du séjour de la jeune femme à Kendra Kâr, cependant, survint alors que Sérénité était complètement absente du manoir.

« Ta nouvelle coiffure te va bien, » susurra Marielle, tirant une grimace à Anastasie.

Son commentaire aurait pu passer pour innocent, mais elle savait bien qu'il ne l'était pas. Et puis, elle était proche. Trop proche.

« Merci, » lâcha-t-elle cependant.
« Ca te donne un côté plus mature. Plus affirmé. »

Elles étaient toutes les deux sur le lit de la Comtesse, l'une lisant un ouvrage de Mikuzuki sur les Ombres, l'autre simplement assise là, oisive, pour le simple plaisir de partager un moment seule à seule en sa compagnie. La nuit était tombée depuis quelques heures déjà, et la seule lueur de la pièce était la boule lumineuse invoquée par Anastasie pour éclairer le livre. L'ambiance en était presque romantique, mais les deux seules alternatives à cela étaient de fermer le bouquin et s'endormir ou d'allumer des bougies. La première solution n'était pas une option pour Anastasie, qui devait finir le livre avant son départ, et la seconde ne ferait qu'empirer les choses ; aussi avait-elle dû se résoudre à offrir son profil droit en sacrifice à Marielle, qui ne la lâchait pas du regard et instillant un léger sentiment de malaise à la Comtesse.

Et c'est dans cette ambiance feutrée que l'incident se produisit. D'abord un léger éclat lumineux du côté de l'ancienne servante. Puis une sensation étrange au creux de l'estomac. Immédiatement après, Marielle s'approcha d'Anastasie, qui la regardait fixement, quelque peu béate devant le trop plein d'émotions soudaines. Immédiatement après, les lèvres des deux amies s'entremêlèrent. Le baiser ne dura qu'une poignée de secondes. Une poignée de secondes pendant lesquelles la Comtesse se laissa aller au subit désir qui la brûlait de l'intérieur. Mais la raison lui revint. Rapidement. Et elle coupa court à la mascarade. Le premier instant d'euphorie terminé, elle avait réalisé ce qu'il venait de se passer, ce qui lui avait pris.

« C'était un sort ! » s'exclama-t-elle en repoussant brusquement son amie.

Elle était choquée, à la fois de découvrir les pouvoirs jusqu'alors inédits de Marielle, et de réaliser que celle-ci les avait utilisé pour lui prêter des sentiments qu'elle ne partageait pas. Par dessus cet insatiable désir, elle se sentait trahie, trompée.

Devant son regard outré, Marielle baissa les yeux, à la fois surprise et honteuse.

« C'était un sort ! » répéta-t-elle, comme attendant confirmation de la part de son interlocutrice. Mais celle ci resta muette. « Marielle tu... depuis quand ?! »

Elle ne comprenait pas. Ni comment elle avait pu garder une telle chose secrète, ni comment elle avait pu en profiter pour tenter de la faire flancher contre son gré.

« Le traqueur, » murmura l'autre, sans décoller son regard de ses doigts qui s'entremêlaient nerveusement les uns aux autres. « Un peu après. »

Anastasie serra les dents. Elle ne savait pas par où commencer.

« Pourquoi tu ne m'as rien dit ? »

Cette fois, les yeux de l'ancienne servante se relevèrent pour croiser les siens.

« Je ne suis pas comme toi, » répondit-elle avec fermeté, sans que la Comtesse ne comprenne où elle voulait en venir. Devant son incompréhension, elle continua : « Mes pouvoirs, ils ne rayonnent pas, Ana, ils ne sont pas beaux comme les tiens. »

Et la guérisseuse comprit. Elle se mordilla l'intérieur de la joue. Si l'attaque que la jeune femme avait subie du traqueur obscur avait réveillé les fluides dormant à l'intérieur d'elle, ce n'était pas une coïncidence. Ils étaient entrés en résonance avec l'énergie sombre qu'émanait la créature, ils s'étaient comme reconnus. Elle possédait de la magie d'Ombre. Pendant un instant, la Comtesse songea à la prendre dans ses bras, pour la rassurer, pour la consoler. Mais, au dernier moment, elle se ravisa.

« Ce n'est pas une raison pour tromper mes sens ! » s'exclama-t-elle. Elle n'était plus vraiment fâchée, plus après avoir entendu cela, mais elle feignit l'énervement. « Pour utiliser tes pouvoirs sur moi ! Jure moi que tu n'essaieras plus de m'avoir de cette manière ! »

Marielle baissa de nouveau le regard, honteuse, avant de balbutier quelques excuses discrètes et une promesse furtive.

« Bien, » conclut Anastasie. « Maintenant laisse-moi finir mon livre, je dois le rendre au Temple avant de partir. »

Et, ignorant à la fois son désir, toujours présent, et la mine boudeuse de son interlocutrice, elle se replongea dans la lecture de l'ouvrage. Malgré ses pensées troublées, et sa presque irrépressible envie de consoler son amie. Mais il y avait une raison à son mutisme. Si elle avait décidé de choisir la fermeté plutôt que l’apitoiement, c'est qu'elle voulait agir avec Marielle comme si de rien n'était. Comme si son inclination fluidique n'importait en rien. Comme si ce n'était qu'un détail. Mais, au fond, elle ne pouvait s'empêcher d'être inquiète.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mar 28 Juin 2016 20:26 
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C’est juste un rêve, un rêve long, profond et sombre. J’erre sans but, dans la noirceur environnante, sans pensée, sans chemin sous mes pieds. Le froid englobe tout, la nuit possède tout. Les ruines de la blanche cité sont à terre, vaincue par le poids des ans. Elles sont les seules à immerger de cette brume noire qui danse telle une mer sans limite. Je suis là, au milieu de nulle part, sans savoir d’où je viens, sans savoir où je vais. Qui suis-je ? Cette seule pensée me traverse l’esprit, seule bribe de vie dans un océan de néant. Je ne sais pas, je ne me souviens pas. De rien, je n’ai pas de nom, pas d’histoire, pas de passé. L’éternité seule a la réponse. Est-ce ça la mort ? L’errance sans fin de l’esprit jusqu’à la nuit des temps. Non je ne veux pas. Je ne veux pas abandonner, je ne sais pas pourquoi, mais je ne le dois pas.

Une lumière blanche au loin perce les nuages sombres qui m’entoure, un maigre espoir au loin. Le fin filet de douceur m’aveugle mais je sens un peu de chaleur qui m’entoure. Je sais alors que je ne suis plus seul. Quel est cet être qui bouscule toutes les barrières, qui brise les frontières de la vie et de la mort ? Suis-je important pour lui ? Dois-je continuer ce chemin malgré la douleur. Y a-t-il un espoir, ne serait-ce qu’un infime ? Je marche, un pas, puis l’autre, difficilement, je prends une inspiration, la première depuis des siècles. Tout mon corps se met à trembler, pris dans un étau d’angoisse et de douleurs.

Soudain dans le ciel apparait un immense oiseau de feu, d’une beauté flamboyante. En un instant l’espace se transforme, déchiré par une lumière dorée et chaude. L’oiseau est gigantesque, fait de lumière et de flammes. Doré, rouge braise et jaune soleil se mêlent en une danse d’espérance. L’oiseau plane sur moi et recouvre de ses ailes tout ce qui est visible. Il fait une courbe puis se pose délicatement à quelques distances de moi. Il replie ses ailes et je m’aperçois qu’il n’est pas seul. Une personne est sur lui. Une personne que je reconnais par son visage, mais je n’ai pas de nom qui arrive dans mes pensées.

"C’est juste un rêve, n’aie pas peur." Sa douce voie est la première que j’entends depuis des millénaires. C’est une jeune femme que j’ai déjà croisé dans le passé. La jeunesse éternelle de son esprit me bouscule. L’oiseau me regarde et fond et une myriade de liquide de feu qui recouvre le monde.
"Je t’ai retrouvé, viens avec moi, tout le monde t’attend." L’étrangeté de la scène et cette apparition de cette femme mystérieuse me laisse perplexe. Mon esprit lutte, un combat de la raison s’engage. Je suis touché, mais pas coulé. Elle s’approche et essaye de me saisir, mais je fais un mouvement de recul craignant un piège.
"N’aie pas peur, c’est juste un rêve." Je n’arrive pas à parler, je n’arrive pas à exprimer ce que je ressens. Elle me fait peur, mais à la fois, c’est la seule apparition dans ce monde de néant.

L’oiseau a disparu, mais la brume aussi. Sous mes pieds nus s’étend une immense prairie verte. Je sens la fraicheur et la vie circuler sous mon corps que je n’arrive toujours pas à percevoir. La femme est toujours là, me regardant au plus profond de moi, me scrutant de ses immenses yeux de saphir. Je suis envouté dans son regard, paralysé par sa présence. Autour d’elle rien n’a d’importance. Elle marmonne quelques phrases incompréhensibles et inaudibles. Elle ne bouge pas, parfaitement concentré sur son objectif. Je me sens comme une proie face à son prédateur. Sans défense, nu, sans aucune porte de sortie.
"Qui es-tu homme ?" dit-elle d’une voie forte et très articulée. Je ne sais pas, je ne sais pas qui je suis, ni même répondre. Je suis bloqué.
"Tu l’ignores ? Bien…" dit-elle mystérieusement, un sourire se dessinant sur son visage. Un sourire qui ne peut pas être maléfique, un sourire qui me redonne confiance.

"C’est juste un rêve, mais nous allons voyager dans ton rêve." Elle lève la main et tout change. Nous sommes dans les airs, nous volons sans bouger, simple spectateur d’un décor grandiose. Sous nous et tout autour s’étend une ville d’une taille colossale, à l’architecture inconnue, pleines de flèches, d’espace, de verdure et d’immenses monuments dans son centre. Une fourmilière d’activité vu d’en haut comme ça. Des appareils de grande tailles dans les airs nous entourent, ils filent à bonne vitesse. Ils nous croisent sans nous toucher.
"Cette vision du passé ne doit pas te parler, mais elle me touche beaucoup. Je suis née dans cette cité il y a des milliers d’années." Tout mon esprit me dit que c’est impossible et pourtant je continue de l’écouter.
"Ne sois pas étonné, je ne suis pas la seule qui vient de cet endroit, un grand ami à toi est originaire d’ici. Le nom de cette cité est celui du fondateur de toute notre civilisation. C’est l’origine de tout, tout ce que tu défends." J’ai du mal à la croire, et pourtant je meurs d’envie de savoir. De quoi elle parle ? Toute mon imagination est en ébullition. Puis un miracle : "Qui ?" Elle sourit et continue.
"Nous sommes à Sidari Alran à l’âge d’or où je suis venue au monde."

Je ne comprends pas le rapport avec moi, mais ce nom résonne en moi dans les profondeurs de ma conscience. La femme se dirige alors vers moi et parvient à me toucher pour la première fois. Un sourire illumine son visage et ses yeux se mettent à briller. Elle a attrapé ma main qui se dessine enfin dans mon corps sans consistance.
"Ce n’est qu’un rêve." Répète-t-elle à nouveau. Je sens la chaleur de sa main, que cherche-t-elle à faire ?
"Allons chercher ton nom, jeune ami !" Elle m’attire alors brusquement et nous débarquons dans une ville de pierre, sous une fine pluie qui rend traitre les pierres et les marches de cette rue passante. Je vois deux enfants jouer avec des bâtons de bois. L’un bien plus grand que l’autre. Le plus jeune écoute attentivement le plus grand et le suit dans ses bêtises. Il me semble reconnaitre le plus grand, mais le plus jeune ne me dit rien. Elle sourit encore et ne me lâche pas.
"Ces gamins sont sacrement coquins, à jouer à la guerre sous la pluie, ils vont rentrer trempés et leur mère sera furieuse… " Elle marche alors et monte cette rue, m’entrainant à sa suite. Nous suivons les enfants sans que ceux-ci ne s’en aperçoivent. Je sens les pavés et galets mouillés sous mes pieds, une sensation qui me rappelle d’autres souvenirs. Cette rue, cette maison sur la colline qui se dessine… Mais où sommes-nous ?
"Le sens-tu le frisson, le sens-tu ce souvenir qui bouillonne de remonter, la sens-tu cette nostalgie des temps heureux ? Aller vas-y, suis-les."
Elle me lâche la main, m’ordonnant de suivre les enfants qui entrent dans la grande maison. D’abord passer un portail où est inscrit le nom d’une boutique d’herboristerie. Puis passer la porte souvent laissée ouverte, traverser le magasin où sont stockés des tas d’herbes séchés, bien rangés en sacs de jute ou dans des tiroirs de bois, et de longues rangés d’étagères. Divers accessoires ornent la boutique, des pilons, une balance et même un appareil compliqué de métal, tout en tuyaux et robinets. L’odeur entêtante possède le lieu, lui donnant un charme presque mystique. Les enfants traversent sans s’arrêter et vont dans l’arrière-boutique où leur mère les attend discutant avec un homme qui lui propose des sacs d’herbes de grande taille. La mère gronde d’abord les enfants mais n’y tient pas et les prends dans ses bras. Une larme coule sur ma joue. Je regarde vers l’arrière déconcerté et je vois la femme qui m’est apparu le sourire aux lèvres, visiblement fière de son tour.

Que m’arrive-t-il ? Où suis-je ? Tout ceci m’est si familier ! Elle vient alors me rejoindre et me parle "Cela fait du bien de retourner chez soi ? Vois ce jeune enfant, c’est toi. Ton grand frère et ta mère t’aiment beaucoup."
Je ne comprends pas, ce jeune gamin c’est moi ? Mais par quelle sorcellerie ?
"Ce n’est qu’un rêve." Un rêve si réel. Défile alors sous mes yeux des instants de vie, des jeux d’enfants, un homme, mon père ce grand marin commerçant, qui apparait parfois et une joie immense. Pourtant je sais que ça ne durera pas et me tourne à nouveau face à la jeune femme. "Qui ?" Toujours ce sourire mystérieux.
"Tu es cet enfant, et cet enfant donnera l’homme que tu es. Te rappelles-tu de ton nom ?" Non toujours pas.
"La vie est une succession de bonheur et de malheur, tu l’apprendras. Nous allons continuer et passer de l’autre côté du monde, mais accroches-toi, accroches-toi encore, tu progresses." Elle me prend encore la main et tout s’efface.

Nous rentrons alors dans un immense temple à la grande coupole. A l’intérieur une flamme réchauffe mes sens. Un homme à la grande taille et la stature imposante est entouré d’enfants de tous âges.
"Mon ami, les années t’ont marqué bien plus qu’à moi." Elle défile à travers les enfants et rejoint l’homme qui ne s’aperçoit de rien. On dirait une enfant à ses côtés, l’homme est très grand et vraiment bien portant. Il ne semble pas avoir d’âge, pourtant je perçois ses yeux. Il regarde de mon côté l’air intrigué, comme s’il sentait quelque chose.
"Viens, les rêves ne doivent pas interagir." Elle m’entraine alors dans tout l’immense bâtiment et ses annexes. Le lieu me rappelle tant de souvenir. Soudain dans une cour je vois tous les autres et je les reconnais. Ils sont tous là, ceux de ma renaissance. Certain à l’entrainement et d’autres à jouer ou apprendre. Il y a la petite Ono toujours prête à embêter mon ami, le valeureux Felis. Il y a les jumelles Ystril et Mytril jouant avec leur grand frère Sawen qui lui, serait toujours prêt à s’entrainer au combat. Il y a Nayla. Oh Nayla ! Mes yeux s’embrument à sa vue. Nous l’avons tous sauvé, physiquement et mentalement ! Le temple, Surana, Anhéios ! Les souvenirs se bousculent, je suis submergé. Je suis proche de renaitre à nouveau et tout bouillonne.
"Aller, on y va, un grand voyage t’attend, un grand périple, reviens, reviens avec nous. Nous t’attendons tous, dans ce monde comme celui-ci !"

"Naren !" Les bons souvenirs font place à la glaçante réalité. Naren est tombé, Naren a chuté et il a disparu dans ces grandes gorges. Les années d’isolements ont failli me perdre, et c’est Anhéios qui m’a tendu la main et fait renaitre. Ces quelques semaines avec eux valent plus qu’une éternité ! Que de souvenirs, que de bonheur avec ma nouvelle famille.
"Ce n’est qu’un rêve, Naren t’attend."
"Suis-je mort ?"
"Cela t’inquiètes-t-il maintenant ?" Je lui fais signe que lui. Mon corps prend forme petit à petit.
"Alors c’est que tout va bien." Un nouveau sourire plus chaleureux que les précédents.
"Nous ne pouvons rester ici, tes amis t’attendent, ceux-ci et d’autres."

Nous arrivons alors dans une belle maison, au décors soigné. Dans une chambre lumineuse, un homme est dans un lit. Il semble dormir, mais rien ne bouge. Tout semble figé comme la mort. J’ai du mal à reconnaitre cet homme tant ses cheveux et sa barbe qui ont poussé. Pourtant je sais pertinemment que c’est moi qui suis dans ce lit.
"C’est ainsi que l’on se voit une fois mort ?" Dis-je résigné.
"Mort ? Oh non pas mort, tu vis encore, ne le sens-tu pas ?". Son sourire s’est éteint, peinée par la vision de cet homme dans son lit. Je m’approche de moi-même. Je n’ai que la peau sur les os et je fais peine à voir, d’une blancheur de craie. A deux doigts de la mort. Des gens défilent pour me voir, je les reconnais, c’est mes amis ! Il y a Dalhar, le Shaakt que j’ai sauvé. Kagnar le Torkin bougon mais immensément sympathique. Bogast, le général navigateur avec qui nous avons exploré Verloa, un lieu inconnu. Une jeune femme qui ressemble étrangement à ma compagne de rêve.
"Ça y est, tu me reconnais ?"
"Oui, vous êtes, ma Dame, vous êtes Netare Yschan, la Liseuse des rêves d’Oranan." Dis-je incrédule de la revoir.
"Et je viens te chercher de ton long voyage mon ami." Elle sourit comme jamais.

Petit à petit des souvenirs viennent en moi, tout ce cheminement qui font ce que je suis. Les batailles avec Naren pour reprendre Naelyan, cité stratégiquement très importante dans mon monde d’origine, créant un espoir fou pour nos peuples. Les victoires, les déroutes, la disparition, mon échec. C’est brutal, violent, sanglant, injuste. La vie est telle, qu’elle ne nous laisse peu d’espace pour respirer. Toujours de l’avant, erreurs après erreurs. Nous ne sommes qu’au début, celui des grandes métamorphoses. Les mondes changent, se bouleversent. Les certitudes d’antan laissent place à l’inconnu, quelque chose d’effrayant, où nous n’avons plus notre place. Or, si nous voulons poursuivre l’aventure de nos civilisations, il faudra lutter, changer, s’adapter, s’allier, se soutenir. Sans cela l’échec sera la disparition totale et définitive. La vie est ainsi, elle ne laisse que de la place pour les plus forts, les plus malins, ceux qui auront compris que l’union face à la menace est nécessaire.

L’oiseau de feu est revenu, mais désormais il ne fait qu’une vingtaine de centimètres et se pose à mes côtés, et à ma grande surprise me parle directement dans mes pensées.
(Le dormeur doit se réveiller.) Mais je ne veux que ça, je veux revenir, je veux gouter à la vie qui me reste.
(As-tu oublié qui tu es ?) Je me souviens de vous, mais de moi rien.
(As-tu oublié l’essentiel ?). Que me restes-t-il à voir ?
(Une seule personne manque à l’appel.) Mais qui ? Et toi, qui es-tu oiseau ?
(Je fais partie de toi, comme tu fais partie de moi.). Mais enfin quel sortilège ? Pourquoi rien n’est clair, pourquoi me souvenir de certains et pas d’autres ?
"Car beaucoup de chemins encore tu dois découvrir." Fit une voie douce derrière moi.
"Netare aide-moi !". Dis-je implorant.
"Alors voyageons, voyageons comme jamais, tu es prêt !" Ses yeux se mettent à briller intensément et elle marmonne d’autres paroles dans un langage incompréhensible.

De nombreuses images viennent à moi, ou alors moi qui vais vers elles. Nous traversons de nombreux lieux, de nombreuses époques, de nombreuses scènes. A chaque fois l’oiseau de feu était là, avec des personnes de toutes races, de toutes époques que je ne connais pas.
"Te souviens-tu de cela ?"
"Je devrais, en quoi cela me concerne ?"
"Ta plus fidèle amie est là."
"L’oiseau ?"
(Oui…) Et puis d’un coup je me vois dans une grande forêt sombre, un être colossal flotte devant moi et l’oiseau lui fait face, me défendant.
"Mais… J’ai déjà vécu ça ! C’est un Yltelq, un esprit gardien de la forêt !" Soudain une violente lumière et la créature attaque mon moi de la forêt, l’oiseau s’interpose et disparait en moi. J’ai alors tout qui se remet en place.
"C’est là, c’est là… "
(Vas-y dis-le !)
"Oui, tu es… Aakia, mon amie faera !"
(Enfin te voilà !)
"Ce jour nous avons fusionné et ce fut la plus étrange chose de ma vie !"
(Ce n’était pas un rêve, tu as vu ma vie, ce long flot d’époques et de maîtres différents. Tu ne t’es pas rendu compte, mais nous avions dès nos premiers instants, atteint une harmonie ensemble que peu dans l’histoire sont arrivés. Il faut une maitrise incroyable entre un maître et sa faera pour atteindre une fusion. L’Yltelq par son énorme pouvoir a permis ce miracle. Depuis rien n’a jamais été pareil et cela a engendré, et engendrera encore beaucoup d’étrangetés.)
"Oh Aakia, tu as toujours été là, toujours !"

(Oui, reviens s’il te plait !). J’aimerai bien revenir, mais comment, qu’est-ce qui bloque encore ? Je suis dans un rêve, je ne suis pas physiquement conscient, mais pourtant tout mon esprit brûle de souvenirs. Désormais mon corps apparait en entier, étrange particule réelle, dans un monde éthéré. Mais je ne suis pas complet car je ne sais pas pourquoi je suis dans cet état.
"Viens, je vais te montrer ce qu’il s’est passé." Les images défilent, celle d’un lieu dans le ciel, volant d’endroit en endroit, une quête longue, je suis accompagné d’un homme : Haured et d’une jeune fille que je ne connais pas.
"Qui est-ce ?"
"L’évidence." Évident, mais expliquez-moi ! Après de longues péripétie, nous trouvons un trésor, un joyau rouge de petite taille. Je me rappelle : la larme de Thimoros ! Nous avons parcouru tout un monde étrange de nuages et de sauts gigantesque pour nous emparer de cet artefact. Nous l’avons trouvé et ramené sur Yuimen. De belles rencontres sur ce monde, des conflits puis une paix. Quand nous sommes sorties de la tombe royale, qui cache le fluide vers ce monde, nous sommes tombés nez à nez face à trois adversaires. L’un était une créature mi-homme mi-métal de bonne taille, un autre plus petit à l’aspect négligé. Et un dernier, un garçon Ynorien, ressemblant beaucoup à la jeune fille qui m’accompagne, avec quelques années de plus. Je ressens la terreur la plus absolue. Je me souviens de qui sont ces adversaires, sans nul doute les pires que l’on puisse rencontrer, et les derniers, car mortels. Deux sont lieutenants d’Oaxaca : Khynt et Aerq. Le plus jeune est le grand frère de la jeune fille m’accompagnant. Je me vois sortir une épée que je ne connais pas, d’une taille et d’une forme non conventionnelle et me mettre devant la gamine pour la protéger, qui est en pleurs et crie d’arrêter. Haured lui s’enfuit, en panique totale et les deux autres ricanent en le laissent partir tout en s’installant pour profiter du spectacle.
"Ça s’est vraiment passé ainsi ?"

Un combat titanesque se met en place, vite dominé par le jeune homme. Je tiens bon malgré tout, grâce à une épée incroyable qui change de forme et parvient à blesser légèrement mon adversaire sur plusieurs points. Le combat semble durer, et nous avons beaucoup de mal à tenir le rythme, l’un comme l’autre nous sommes en nage, du sang coulant de multiples écorchures. La gamine est en larme et crie pour nous séparer, mais n’arrive pas à se faire écouter. Elle est tétanisée, et n’arrive pas à tenir son épée. J’ai beaucoup de mal à la regarder ainsi, j’ai des larmes qui coulent sur mes joues, face à l’absurdité de la scène. Mais que se passe-t-il encore ? Qui est-ce, QUI ? Mais… Tu es…. SEYYYYYRAAAAAAAA ! C’est alors qu’une violente douleur parcours ma poitrine. Mon adversaire a passé ma garde, brisant mon bouclier, abimant mon bras gauche et tranché en oblique une grande part de mon torse, sectionnant mon armure et mes chairs. Me laissant à genou dans une mare de sang, l’air résigné.

D’un coup, un anyore nous survole à pleine vitesse puis vient stationner sur nous. Mon double blessé ne le voit pas, mais les deux lieutenants sont agacés de voir un importun arriver au mauvais moment et se lèvent, prêt à combattre s’il faut. De l’appareil positionné à plusieurs dizaines de mètres de haut, saute une silhouette qui atterrit légèrement comme amorti par un coussin invisible. C’est une jeune femme, à peine plus âgé que le jeune que je combats. Elle se place en défense, sans arme apparente, avec juste un manche d’épée seul, pour arrêter le combat face au jeune homme et les deux lieutenants. Au même moment débarque sur un cheval fou, mon frère Naren, équipés de tout son attirail de guerre, et se place à ses côtés, dégainant ses deux armes favorites. Irrités, mais impressionnés, les deux lieutenants hésitent puis se ravisent. A mon étonnement, la partie est visiblement perdue pour eux. Aerq prend son apprenti, très énervé de devoir fuir un combat gagné. Il me vole la drôle d’épée au passage. Khynt lui emboite le pas, non sans regarder avec curiosité la jeune femme juste avant.
"C’est ainsi ? C’est tout ? Ils sont partis ?"
"Une chance incroyable, tu peux remercier Aakia qui a entretenu depuis des jours conversation avec ton frère et cette personne venant du ciel."
"Comment deux lieutenants ont renoncés face à mon frère et cette jeune personne ?"

Question sans réponse, mais finalement quelle importance ? Je suis en vie, en sale état, mais en vie. J’ai désormais réunie toutes les pièces égarées de mon esprit, mis un nom sur toutes les choses importantes. Il ne me reste plus qu’une chose à faire, me réveiller. Mais mon nom, ça je ne l’ai toujours pas. Aakia et Netare restent prêt de moi à attendre un signe, mais je ne sais pas quoi faire, ni quoi penser…
"Je ne sais pas quoi faire, je suis bloqué, mais que reste-t-il à faire ?"
"A vivre mon ami, à vivre. Dis ton nom !"
"Mais je l’ignore."
"Dis ton nom et quittes ce rêve !"
"Je ne sais pas !"
"Dis ton nom !"
"Je n’en sais rien !"
(Quelle est la chose la plus importante pour toi ?)
(C’est Seyra, je me dois de la protéger…)
(Tu as presque réussi…)
(Comment ça presque ?)
(N’as-tu rien vu d’étrange quand les gens sont venus te voir ?)
(Je ne l’ai pas vue.)
(Elle n’était pas là)
(Mais ? Où, où est-elle ?)
(En sécurité, mais plus avec toi ?)
(Mais qui a le droit, qui a le droit de faire ça ?)
(Les dieux le peuvent, elle est en sécurité, bien plus qu’ici. Tu es tombé, tu ne pouvais plus rien faire pour elle, alors on l’a mise en sécurité.)
(Où et qui ?)
(Elle est sur Nyr’ tel Ermansi avec d’autres enfants comme elle. Elle est en sécurité avec Gaïa elle-même, tu ne dois pas t’inquiéter.)
(Mais, c’est ma fille, nul n’a droit dessus, hommes ou dieux !)
Je suis furieux, révolté par une décision que je ne maitrise pas. Le rêve s’écaille, ma fureur prend le dessus.
"Il est temps de partir Aakia, rester serait dangereux." L’oiseau de feu et Netare disparaissent alors, me laissant seul dans mon rêve. Des volutes de couleurs apparaissent et disparaissent, la lumière et les ténèbres dansent de concert, des glyphes apparaissent et disparaissent sur le sol, les murs, le ciel. Tout est mélangé, je tourne, tourne, tourne sans savoir quand et où je suis. La fureur est extrême, je dois, je dois… Je dois me réveiller et réparer tout ça. Il est bien trop tard pour empêcher qu’on me la vole, mais il est encore temps d’aller la chercher. Je maudis tous ces dieux qui ne pensent qu’à eux et à leur maudite guerre ! Seyra, Seyra, SEYYYYYRAAAAAAAAA !


(rp1 : 3854 mots)

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Dernière édition par Lelma le Dim 10 Juil 2016 20:50, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Jeu 30 Juin 2016 21:27 
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J’ouvre les yeux, une intense brulure me ravage l’esprit. Je respire et tout est en feu. Je ne sens que la douleur sur tout mon corps. Un corps qui a souffert de rester là de longues semaines. Je tente de bouger, mais je n’ai aucune force. Avec rage et désespoir je m’extrais des draps pour tomber sur le sol de bois. "Il est réveillé." Netare me prends dans ses bras et des gens entrent dans la chambre. Il y a des guérisseurs et des soignants. "Ne forcez pas monsieur, il faut du temps, ne vous agitez pas !" "Seyrrrraaaa !" je crie d’une voix gutturale. J’ai abominablement soif et faim. Je n’ai aucune force et je me blottis contre Netare qui est la seule protection contre ce monde hostile. "Aller chercher son frère. Tout de suite !" L’ordre de Netare est clair et un des soignants s’en va, alors que d’autres me récupèrent et me replace sur le lit. Je suis d’une maigreur épouvantable, un vrai squelette ambulant. J’ai une barbe hirsute et des cheveux bien plus long que ce que j’ai l’habitude d’avoir. Je me calme pendant que les guérisseurs me replacent et m’examine avec curiosité. Je suis torse nu, et une immense cicatrice me parcours le torse en oblique, comme cette blessure que j’ai vue me donner Ti’an, le frère de Seyra, dans ce rêve.

Je regarde Netare avec gratitude, conscient de ce qu’elle vient de réaliser comme miracle. Son pouvoir est juste unique et incroyable, elle est venue me chercher, en dépit du danger, à la frontière de la vie et de la mort. Mort vers laquelle, jours après jours je glissais. Jamais je n’aurai pensé que cet être étrange m’aurait aidé. Elle semble épuisée, vidée, après des heures d’efforts intenses. Elle croise mon regard qui la remercie et esquisse un petit sourire. Mon frère arrive alors, s’écriant un prénom que je n’avais plus entendu : "Lelma !" Il est fou de joie et me tombe presque dessus, retenu par des guérisseurs qui précisent de me ménager. Lelma, oui, c’est moi et j’ai beaucoup changé. Je suis enfin entier, blessé, cassé, brisé, mais entier. Naren aurait tant voulu me dire pleins de choses, mais il se retient avec la présence des guérisseurs. Ils m’apportent un liquide chaud et clair, une sorte de bouillon limpide. Ils m’expliquent que je vais devoir être patient et me réalimenter petit à petit. Ils m’informent que ça fait cinq mois que je suis dans le coma et qu’ils ont lutté pour me tenir en vie avec tout ce qui existe de magie et de médecine. Je n’imagine même pas le cauchemar que ça été pour m’hydrater et me donner de quoi survivre, ni comment entretenir mon corps tout ce temps. Ce jour-là je ne reste pas éveillé très longtemps, et je m’endors plus paisiblement, sans trop demander mon reste.

Les jours suivant sont ponctués de visites et de réhabituation à la nourriture, à l’aide de bouillons de plus en plus consistant et de miel. J’ai pu me lever dès le second jour, au grand étonnement du guérisseur principal, juste pour faire quelques pas et acquérir mon autonomie pour des besoins pressants. Ces guérisseurs me donnent aussi de leur magie pour accélérer le processus et de leurs potions peu ragoutantes. Mes amis sont arrivés très vite à la nouvelle de mon réveil et de superbes discussions se sont engagés sur l’héroïsme, les techniques de combats, les avancés de la guerre... Enfin de leur côté, je me contente de hocher la tête et parfois placer un mot ou deux. Ils m’ont tenu compagnie et m’informent de tout ce que j’ai pu rater. Dalhar est encore monté de niveau dans la milice et est devenu sergent. Un exploit quand on sait qu’il est le seul Shaakt et a dû prouver sa valeur au-delà de tous. Il est une grande fierté pour moi, de l’avoir sauvé, de l’avoir remis sur le chemin et malgré l’adversité l’avoir convaincu de rejoindre la milice. Il est désormais parmi les meilleurs, reconnu pour sa bravoure. Aakia et sa faera Eghade jouent dans la chambre pendant que nous rions sur nos aventures respectives. Kagnar, le Torkin, est devenu ambassadeur de Mertar à Kendra Kâr. Il est toujours aussi drôle, mais moins pénible qu’après le voyage vers Shory. Il a considérablement renforcé les liens entre ces deux royaumes qui ont peu en commun. Je n’y suis pour rien cette fois-ci, mais voir ces avancées me rend heureux pour nous tous. Bogast est passé au troisième jour du réveil. Le capitaine d’un certain âge avait pleins d’histoires à me raconter, surtout de Verloa et des aventures qu’on a pu y vivre, intenses, mais parfois traumatisantes. Il me raconte que la colonisation ne se passe pas très bien, et qu’il y a encore beaucoup à découvrir là-bas. Il me demande si je ne veux pas l’accompagner pour une prochaine expédition, mais je décline en souriant poliment. On en a trop fait et vu là-bas !

Netare n’a pu rester que quatre jours. Elle a été d’une patience d’or, m’expliquant pourquoi Seyra ne pouvait pas être là. Elle restait de longues heures sans rien dire, en m’observant quand je dormais. Une personne étrange mais bienveillante, que j’eus du mal à laisser rentrer chez elle à Oranan.
"Tu viendras me voir n’est-ce pas ?" Oui bien entendu, j’ai pas mal de nœuds à résoudre et j’aime ta compagnie, mon amie… Je n’ose pas lui répondre ça, car elle reste très intimidante, mais je lui fais signe que oui de la tête. Seyra, était loin, mais pas injoignable. Dès mon second jour, les faeras ont fait le lien, Aakia avec Fuxi, me permettant de parler à ma fille. Elle m’a rassurée, elle allait bien et était en sécurité. J’allais pouvoir la voir bientôt, mais il fallait que je guérisse et que je m’entraine dur pour pouvoir la reprendre avec moi. Elle me dit que Nyr est magnifique, grand, et que les Ermansi étaient gentils avec elle. Elle était avec une amie qui l’entrainait et elle allait bientôt me faire parvenir un cadeau. Elle était aussi ravie d’avoir vu et parlé avec Koushuu, la légende de tout Yuimen et qu’elle était si heureuse de voir que j’allais mieux. Elle n’espérait que le jour où on pouvait tous les deux être ensemble et en sécurité. Elle m’a longtemps parlé de son frère, et de la tristesse de le voir à l’ennemi, l’esprit totalement retourné. Elle espère pouvoir le ramener à la raison, car il compte énormément à ses yeux. Il a toujours été là avant l’attaque de son village et il est le seul qui sait encore d’où ils venaient réellement. Et le seul à se souvenir de ses parents d’avant… Nous nous parlions tous les jours et jamais nous n’avions autant échangé. La distance nous a fait connaitre plus qu’un an de vie ensemble. Car nous n’osions pas nous discuter de sujets plus délicats, comme nos origines, nos peines, notre passé. Un vrai dialogue s’est instauré petit à petit, ce qui a permis de me calmer et reconsidérer le fait qu’elle soit loin de moi. J’ai finalement réalisé qu’elle était en sécurité et qu’elle était heureuse où elle était. Et j’ai accepté, sans pour autant me résigner, bien au contraire.

Une des plus grandes surprises a été lorsque Naren est venu avec une femme et son enfant, un jeune garçonnet de deux ans. Il m’a avoué être marié depuis trois ans à Darina, une habitante des duchés, de Luminion précisément. Il l’a rencontré en mission là-bas à ses débuts et ils ne se sont plus quitté. Le petit garçon, mon neveu donc, a le nom de mon grand-père à Surana, que Naren a connu petit, mais que je n’ai pas connu. Un militaire comme Naren à ce que racontait père. Il s’appelait Higraren. Ma surprise est grande, car Naren ne m’avait pas parlé de sa famille à notre première rencontre. Sa femme semble timide, elle ne prononce pas un mot, mais le petit est coquin et lâché des bras de sa mère, va vers le lit et essaye de me toucher, avec curiosité. Passe alors plusieurs jours où mon état s’améliore nettement grâce à la magie des guérisseurs et ma volonté inflexible. Plus rapidement que je l’aurai pensé, je peux marcher dans la demeure de Naren en me réhabituant lentement. Sa villa est grande et luxueuse, digne de la noblesse Kendrane. Son poste de général de milice lui a conféré un status et une richesse inespéré. Sa femme, une fois passé les premiers jours, devient plus bavarde et d’agréable compagnie. Elle fait partie de la noblesse du duché de Luminion, affilié à la famille ducale et fait partie de la représentation de son duché à Kendra Kâr. Je ne comprends pas très bien ce qu’elle y fait, mais elle semble s’y plaire. On est devenu très copain avec son fils, qui m’a adopté directement et m’appelle tonton. Je n’aurai jamais pensé que mon frère ait un jour un enfant, mais ça lui va bien. Malheureusement son fils ne le voit pas souvent, car ses obligations l’éloignent souvent de son domicile, et je me retrouve vite seul car mes amis aussi ont à faire.

Un jour, près de deux semaines après mon réveil, Naren revient à la maison avec une personne que je ne connaissais pas. Une jeune personne, presque une enfant. Elle est apparue au côté de mon frère, habillé d’une longue cape noire, la capuche rabattue sur ses yeux. Je mets quelques instants à comprendre, troublé par l’apparition, c’est la fille qui m’a sauvé avec mon frère lors du combat contre Ti’an. Je ne réalise pas sur le coup, mais cette rencontre va bouleverser mes prochains mois. Elle me tend une boite de bois avec un mot attaché dessus.
"Tiens, la précédente était cassée, c’est fragile ces boussoles." dit-elle d’une voix rieuse. Elle n’a pas encore quitté sa capuche, mais j’ai pu croisé son regard d’émeraude. C’est une boussole Naotelia et le petit mot dessus est le même : BIENTÔT. Écrit dans une graphie propre et splendide, étrangement proche de l’écriture à Surana. Cette situation, je l’ai déjà vécue, lorsque nous avions passé le fluide vers le monde des nuages. Mais qui-est-ce ? Et ce mot que représente-t-il ? Aakia sort alors et virevolte vers l’inconnu pour lui glisser dans le cou, sous la capuche.
(C’est elle, c’est elle !!!). Alors, d’un geste, la jeune fille rabat sa capuche, laissant apparaitre une longue crinière dorée. C’est ainsi que je compris, de nombreux rêves me l’avait déjà montré, ainsi que lors de ma fusion avec Aakia. J’avais devant moi, une personne que je connaissais sans pour autant savoir pourquoi. Elle sourit et me regardant intensément, figeant le temps. Je n’arrive même pas à articuler un mot et Naren vient à mon secours.
"Voici la Voyageuse, c’est ainsi qu’elle aime se faire appeler. Elle est venue pour toi, en direct de Nyr’ tel Ermansi et a beaucoup à te dire."
Naren nous laisse seul, Aakia sort et virevolte encore, la nouvelle venue joue avec la faera et avec ses doigts parvient comme à caresser l’oiseau de feu qui en redemande.
(Oh Lelma, depuis ce temps, oh Lelma…).
"Bien, tu dois te poser pleins de questions et c’est normal, Lelma, avant tout j’ai un autre cadeau pour toi." Elle sort de son sac de cuir, une missive cachetée.
"Voici une lettre de ta fille, écrite de sa main !". J’ignorai qu’elle savait écrire. Je décachète et lis les caractères enfantins et maladroits. La lettre est si émouvante que je dois m’assoir pour pas trop trembler. Une lettre de Seyra, qui m’explique à quel point elle se languit de moi, mais qu’elle s’est faite de nouveaux amis et qu’elle veut me voir très vite avec elle, en sécurité, sur Nyr’. J’ai du mal à contenir mon émotion.
"C’est une enfant brillante qui apprend vite." Me dit la voyageuse.
(Tu ne te rends pas compte Lelma !)
"Vous l’avez vu ? Elle va bien ? Elle ne manque de rien au moins ?"
"Pas de vous avec moi jeune homme, et oui Seyra est une de mes élèves et elle va très bien et ne manquera jamais de rien."
"Mais elle ne m’a pas."
"Oui, mais sa sécurité est primordiale."
"C’est moi sa sécurité !"
"Permets-moi d’en douter." Je suis vexé que cette jeune fille me traite ainsi, comme si elle se moquait de moi.
"Qu’est-ce que vous connaissez à la sécurité vous ?" Elle se met à rire.
"Mais Lelma, tu es encore si faible."
"Ne vous moquez pas de moi."
"Ce n’est pas ce que je veux dire. Mais pour protéger Seyra, je peux t’aider." dit-elle, retrouvant son sérieux.
"Vous ? Alors que je n’arrive pas à comprendre ce que je vois ?" Il est vrai que je ne vois qu’une enfant, elle a quoi ? Cinq, six ans de plus que Seyra, tout au plus. Elle est toute fine, presque frêle dans sa longue cape noire, qui dissimule sa silhouette.
"Et que vois-tu Lelma ?" Je n’ose pas lui dire mes pensées.
"C’est ainsi, j’ai l’habitude, viens suis moi." Un ordre que j’écoute sans poser de questions, tant je n’oserai pas contester. Je n’arrive toujours pas comprendre ce que je vois. Je la suis difficilement, ma marche étant encore un peu défaillante car ma musculature n’est pas encore revenue. Nous sortons alors dans une vaste cour à l’arrière de la maison, il fait nuit et un peu frais.
"Ici nous serons à l’abri des regards." Elle quitte alors sa cape, dessous elle est habillée presque comme un garçon, pantalon et un haut en tissus noble, manche longue et col ajusté haut. Je ressens comme une gêne, soudain un petit vent se met à tournoyer.
(Lelma, mais tu vas comprendre ?). Ses cheveux se mettent à bouger, elle prend alors le manche de son épée et la sort de son fourreau. Rien, pas de lame visible dans la nuit, seul luit l’or et les pierres du manche qui semble inestimable. Elle se met à sourire, dévoilant ses dents comme se délectant de voir ma mine déconfite. Alors qu’un coup, c’est comme si le ciel s’écroulait sur moi, la même sensation que si une énorme vague vous plaque contre la plage et vous noie sous des tonnes d’eau. Un vent terrible se met à tournoyer, la fille lève son arme et la tempête se déchaine. Je tombe à genou épuisé par la pression inouïe. Je ne comprends rien à ce que je vois.
"Comprends-tu désormais ?" Je suis effrayé, ahuri face à ce déferlement inimaginable.
"Mais…" J’ai du mal à articuler.
"Arrête, s’il te plait arrête, il est trop faible, il a compris !" Je tombe face à sol, presque évanoui. Elle finit et range son arme et vient me récupérer au sol. Elle rit.
"Oh pardon, allez n’aie pas peur, je vais pas te tuer, pas tout de suite…" Elle rit encore, très drôle, c’était quoi ça encore ? J’en ai vu des tours de magies dans ce monde et sur celui des nuages, même des dragons, mais ça jamais ! Naren arrive alors.
"Hé, mais va pas arracher les arbres et les toitures de la ville quand même ! On a des voisins, ne sort pas ton épée ici !"
"Pardon, mais il fallait qu’il voie ça, pour me prendre au sérieux."
"Ça ne m’étonne pas de lui, il a tendance à trop se fier aux apparences."
"Mais c’était quoi ça, qui êtes-vous à la fin ? Que me voulez-vous ?"
"J’aime à me faire appeler la Voyageuse car je vais de mondes en mondes et d’époques en époques. Mais mon nom est Caffreen, amie des faeras et des belles histoires… Tu m’as déjà vue, par ton esprit, à plusieurs reprise, la dernière fois j’ai dû te chasser avec Aakia… Tu te souviens ?"
"Mais, qui es-tu toi ? Tu viens d’où ?" Je n’arrive toujours pas à comprendre.
"Rentrons, personne ne doit entendre cela." Nous retournons alors dans la villa, vers le salon, nous nous installons alors à la grande table de bois massif du salon. Naren va chercher trois choppes et nous prenons le temps de déguster une bière tout en discutant. La fille boit sa bière comme un homme et rit en nous observant.
"Bien où en étais-je ? Qui je suis, tu as plus facile comme question ? Je suis Caffreen, c’est tout et le reste ne t’intéresse pas… Ah si, je suis aussi celle qui entraine les enfants de Gaïa, comme on les appelle. Avec Seyra ils sont déjà cinq sur Nyr, sur les neuf théoriques de la légende. Je les entraine au combat, comme aussi leur apprendre à écrire pour ceux qui veulent." J’insiste pour savoir à qui j’ai à faire.
"Je viens comme toi d’Asflhon, en tout cas j’y suis née."
"A Surana ? Espers, Tasinar peut-être ?" demandais-je curieux d’en savoir plus.
"Non… A l’époque de ma naissance, ces cités avaient disparu depuis trente-cinq siècles…"
"Quoi ? Mais c’est impossible, j’y était encore il y a quoi, deux, trois ans ?" Disparues ? Comment ça ?
"Il est difficile de comprendre tout ça, je vous comprends tous les deux. Comme je dis je suis une Voyageuse, j’ai parcouru bien des mondes et des époques. Car j’ai eu accès aux fluides, que ce soit comme vous les appelez les Hithlui Annon et Dîn Annon."
"Donc, tu viens du futur ?"
"C’est cela, exactement."
"Mais que viens-tu faire ici ?"
"Apprendre et observer, j’ai trouvé enfin un endroit où j’apprends pleins de choses, avec une personne extraordinaire, qui m’a laissée être son apprentie... "
"Qui ça ?" Je l'ai coupé, fasciné par ses révélations.
"Rana, Déesse du Vent et de la Sagesse, un être au savoir incommensurable qui a su m’écouter, de tous les mondes parcourus, elle est vraiment celle qui me fallait."
"QUOI ? Tu es l’apprentie de la Déesse Rana ? Donc tu la voies souvent ?"
"Oh oui, presque tous les jours, mais j’ai beaucoup à m’occuper car Gaïa m’a demandé de m’occuper des enfants aussi."
"Incroyable, Gaïa aussi, tu côtoies donc les Dieux ?"
"Sur Nyr’ on a du mal à les rater tu sais. J’aimerai bien t’y emmener tout de suite Lelma, mais une certaine Déesse verrait ça d’un très mauvais œil."
"J’ai fâché une Déesse ? Qui ?" Je ne comprends toujours pas ce que je fais là à discuter des Dieux avec cette étrange fille.
"Gaïa considère que tu n’es pas digne d’être un gardien pour Seyra, elle te refuse l’accès à Nyr’."
"Mais… Pourquoi ?"
"Ton combat contre son frère a prouvé que tu n’étais plus assez fort pour cette mission. Elle ne tolère pas l’échec."
"Je ne savais pas, comment aurais-je pu imaginer l’importance de Seyra pour l’ennemi ? Je n’ai pas compris la situation, je n’ai pas su gérer. Mais comment ? Je viens d’ailleurs, tout ceci m’est inconnu. Je ne sais rien, juste que c’est ma fille."
"Alors laisses-moi t’aider."
M’aider ? M’aider à quoi ? Comment pourrais-je faire changer d’avis une Déesse ? Comment faire pour ça ? Je suis très en colère, contre cette fatalité. Nous aurions été heureux simplement à vivre ici, à Kendra Kâr, simplement, sans toutes ces menaces, sans toutes ces pressions et ces peurs. Je n’arrive toujours pas à comprendre pourquoi moi, pourquoi cette Caffreen est venue ici. A quoi ça rime tout ça ? J’ai retrouvé mon frère, c’est déjà bien. Il a sa vie ici, moi j’ai Seyra. Peut-être devrais-je penser à rentrer, retrouver le fluide et aller à Surana chez Anhéïos. Revoir Nayla, Felis et les autres. Vivre simplement. Mais le danger est partout, les mondes sont menacés. Je n’ai nul abri, et j’en suis bien conscient. La guerre est partout, le danger est partout. Je ne peux pas me contenter de rester sans rien faire, je dois m’employer à protéger nos mondes face aux menaces ennemies. J’ai ici une personne qui pourrai m’aider à m’améliorer et vaincre l’interdiction de Gaïa.
"D’accord, je suis d’accord que tu m’aides. Seyra m’est très importante et je ferais tout en mon pouvoir pour la récupérer et être digne de la protéger." Elle sourit alors.
"Ça ne sera pas facile, certainement pas agréable, ni rapide. Mais Lelma, je ferais de toi l’Erahen."
"L’Erahen ?"
"Oui, un guerrier légendaire, quelqu’un changera la face du monde par ses actions. C’est une vieille légende, on ne la racontait pas à ton à ton époque ?"
"Oui" Naren prend la parole. "Oui, c’est une légende qui m’a beaucoup inspiré étant enfant et qui m’a motivé à m’entrainer et apprendre comme jamais. Et je pense que le résultat est plutôt satisfaisant."
"Ton frère a aussi le potentiel, je le suis depuis longtemps car il m’intrigue vraiment." Elle dit ça à mon frère comme si je n’étais pas là.
"Comment ça me suit depuis longtemps ?"
"Euh…" Elle met sa main dans ses cheveux et se gratte comme si elle avait gaffé.
"Explique-moi ce que tu as voulu dire."
"C’est-à-dire…"
"Je pense que tu peux lui dire maintenant."
"Tu as raison Aakia, faera aux mille noms. Lelma, je suis ton histoire, tout comme Felis et Nayla. Vous êtes de l’époque des changements, l’époque des choix, des erreurs dramatiques et de l’espoir fou. J’ai bien étudié cette époque, et il s’avère que le temps est capricieux et que la temporalité des choses n’est pas linéaire. Ce que je veux dire, c’est que le passé qui est écrit dans mon époque, n’est pas le présent que nous vivons. Les évènements changent pour un bien, ou pour un mal. Pour tout dire, j’ai essayé d’entrer en contact avec Anhéïos, le gardien du Feu, car il est une clé de mon époque. Mais impossible d’y arriver, le fluide est piégé du côté d’Asflhon et perdu en forêt sur Yuimen. Piégé, car tu l’as bien vu Naren en passant ce fluide et son explosion qui a pu masquer ton départ, vaincre les ennemis qui vous encerclaient, permettant à Lelma de s’échapper du danger. Ce même fluide a servi plusieurs fois dans les légendes chez vous. Lelma tu n’es pas le dernier à être passé. Tes amis Nayla et Felis sont arrivés aussi en te suivant plusieurs jours après, comprenant où tu étais passé. Mais le retour n’est plus possible car le fluide est en suspension dans ces gorges et vous tomberiez alors dans le torrent coulant en contrebas. Malin est celui qui a placé ce fluide à l’époque…" Tout ce que j’ai retenu de son discours c’est que Nayla et Felis étaient aussi sur Yuimen, qu’est-ce qu’elle peut parler, qu’un flot de parole !
"Quoi ? Ils sont ici ? Mais où ?"
"J’ai perdu la trace de Felis… A Omyre, ce n’est pas bon signe. Nayla, elle, est en sécurité… Sur Nyr’."
"Hein ? Nayla… Elle est sur Nyr’ ?"
"Elle a eu ses aventures et s’est révélée bien talentueuse en pyromancie…"
J’aimerai tant revoir Nayla, on a eu notre histoire tous les deux, quelques semaines hors du temps, vite rattrapé par la réalité. J’en rêve parfois la nuit. C’est une personne que j’ai aimée sincèrement, pour la première fois de ma vie. J’ai envie de la retrouver et vivre avec elle. Mais là encore Nyr’ se trouve être une barrière infranchissable. J’ai l’impression que je n’ai pas le choix de ma vie, que tout est dirigé par une force plus importante. Quant à Felis, que fais-t-il à Omyre ? J’ai espoir qu’il ne lui arrivera rien.
"Anhéïos, que veux-tu de lui ?"
"Il est Gardien du fluide vital du Feu, nous avons besoin de ses pouvoirs en notre temps. Je suis aussi Gardienne, mais de celui de l’Air sur Asflhon, ce que tu as vu dehors est mon épée, la lame est faite d’air et je peux moduler sa puissance avec mon potentiel..." Une Gardienne, comme Anhéïos, ce n’est pas croyable ça !
"Une Gardienne, toi ? Mais Anhéïos est un Dieu, il a des milliers d’années, il m’a raconté certaines de ses histoires. Toi tu sembles toute jeune, à peine quinze, seize, dix-sept ans peut-être ?" Elle est prise d’un fou rire, renversant le reste de sa bière sur la table.
"Techniquement nous ne sommes pas des Dieux, mais nous servons les fluides vitaux qui peuvent en être. Des gardiens il y en a souvent dans les mondes que j’ai croisés, de tout temps, de toutes espèces. Nous avons l’avantage de ne pas vieillir, ni mourir. J’ai déjà plusieurs millénaires de voyages derrière moi. Je viens de mondes que tu ne peux même imaginer. Méfie-toi toujours des apparences, oui j’ai un physique d’adolescente, je n’ai juste jamais vieillie, comme ceux de ma famille." C’est si étonnant de voir cette jeune fille et penser ce qu’elle vient de dire, c’est juste inconcevable. Anhéïos avait une aura et un physique plus adapté à ce qu’on peut imaginer. Mais elle ? Elle semble toute jeune, toute frêle. Pourtant elle a un tel vécu, une telle expérience accumulée sur des centaines, même des milliers de mondes. Bon sang, que fait-elle devant moi ? Je n’arrive pas à comprendre, et je pense de plus en plus que je n’y arriverai jamais.
"C’est juste incroyable… Tu as une famille, vous êtes tous comme ça ?"
"Immortel ? Oui, et ça commence à dater. Le plus drôle dans tout ça, c’est que tu en as croisé certains de ma famille. Mon père et mes deux tantes, ils étaient tout jeune à cette époque. Ils ont été recueillis par Anhéïos après le départ de ma grand-mère sur un autre monde et la folie de mon grand-père… Bref une histoire délicate, mais tu les as croisés, le jeune Sawen et ses deux sœurs, les jumelles. Tu les as bien vu non ?"
"Tu es la fille du jeune Sawen ? Incroyable ! Il était redoutable en entrainement, c’est… Un immortel lui ?"
(Tu le savais déjà pourtant, tu ne te souviens pas ?) J’ignore la remarque d’Aakia en pensée et continu d’écouter fasciné.
"Issu de sa mère oui, enfin tout ceci ne t’intéresse pas, l’essentiel est ce que tu vas devenir et pas ce que je suis. Je suis là pour t’aider, t’entrainer, t’enseigner des techniques pour que tu puisses te surpasser."
Après bien des discussions encore, nous avons pu nous mettre d’accord. Je ne lui posais plus de questions et elle m’a permis de reprendre par les entrainements qui ont suivis une musculature correcte. Elle ne pouvait passer qu’un jour par semaine avec moi, le reste du temps elle rentrait sur Nyr’ s’occuper des enfants et de son propre entrainement avec Rana. Après avoir reconstruit mon corps, elle se pencha sur les techniques et améliora ma position. Je m’entrainais seul, dans la cour de la villa de Naren, encore et encore. Je ne m’accordais que peu de repos et peu de distractions. Je travaillais mes pas, mes frappes, mon endurance, la gestion du bouclier. Encore et encore. Les semaines passent et malgré ma progression, j’ai l’impression de stagner. Parfois je sortais en ville, explorer les quartiers, pour me réhabituer à côtoyer les gens. J’achetai des petits cadeaux pour Seyra et les lui faisait parvenir par Caffreen, des lettres aussi, je trouvais que c’était plus fort qu’uniquement via faera. Je me suis habitué à cette vie d’entrainement, mais après avoir retrouvé mes forces d’antan, l’appel de l’aventure me manquait, et je m’ennuyais dans cette grande maison vide. Caffreen finalement devient une vraie amie. Quelqu’un de franc, sur qui compter. Je n’ai pas tout compris sur qui elle était, mais qu’importe, elle est là pour m’aider et elle est très efficace.


rp2 : 4606 mots.

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Dernière édition par Lelma le Dim 10 Juil 2016 20:54, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 6 Juil 2016 09:13 
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J’arrivais machinalement dans la rue de la maison d’Ehemdim avec tellement de doutes et de questions en tête que je ne vis pas le petit garçon que je bousculais. Il tomba à terre et m’excusant platement, je le relevais. Je me mis à genoux afin de vérifier qu’il allait bien, j’aurais voulu avoir un mot un peu plus gentil encore à son encontre mais j’étais bien trop préoccupée. Pour faire amende honorable, je pris une pièce de 5 yus dans ma bourse et la lui donnais. Je le vis alors partir avec un immense sourire sur le visage, cela améliorerait son quotidien.

Le voyant tourner au coin de la rue, je me relevais et m’approchais doucement de la porte d’entrée de la maison de mon fiancé. Il avait perdu le sens des réalités et j’avais peur que la situation que j’avais connu en revenant de l’île volante ne se reproduise encore aujourd’hui.

(Tu peux m’expliquer ?)
(Lorsque je suis rentrée de ce périple, je l’ai trouvé hagard, ayant perdu le sens de la réalité, il m’a prise pour une étrangère, nous nous sommes battus et j’ai bien failli y laisser ma peau. Tu te souviens de l’immense cicatrice que j’ai dans le dos ?)
(Ce qu’il en reste tu veux dire ? Oui… C’est lui qui te l’a infligé ???)
(Oui mais il était sous l’influence d’une étrange maladie qui sévissait dans les murs de la ville à ce moment-là. C’est Millian et Griffin Paluel, ses voisins, qui l’ont soigné tout comme ma petite personne.)
(Tu as peur de devoir l’affronter de nouveau ?)
(J’ai surtout peur de devoir le blesser pour l’arrêter…)
(Tu l’aimes vraiment malgré les souffrances qu’il t’a infligées.)
(Je lui dois la vie, tout comme il me doit la sienne, nous sommes à jamais liés par les armes. Ce sont elles qui ont vu notre amour grandir un peu plus chaque jour, je ne me vois pas passer ma vie aux côtés de quelqu’un d’autre que lui.)
(Une de mes anciennes maîtresses parlait de son mari de la même manière que toi, c’est magnifique cet amour inconditionnel.)
(Merci Crystallia, c’était qui cette maîtresse par curiosité, une de tes pacifistes ?)
(Oui, on aura bien l’occasion d’en reparler, pour le moment, tu as plus important à faire.)

Crystallia avait raison, je mis la main sur la poignet de la porte, Ehemdim m’avait dit de faire comme chez moi dans sa maison. La porte n’opposa aucune résistance à ma pression et aussitôt elle s’ouvrit. Je me mis alors rapidement en quête de mon bien-aimé et il fut relativement simple à trouver, il était dans sa salle d’entraînement avec une épée à la main, faisant différents mouvements, apparemment il avait bien récupéré de toutes ses blessures suite à l’attaque de mon frère chez lui.

- « Qui va là ? »

- « C’est moi Ehemdim. »

Il se tourna vers moi et je vis alors ce que je n’avais fait que deviner dans ces différentes visions, le regard d’Ehemdim était voilé, comme si il était possédé par une force incontrôlable. Il s’avança alors vers moi, arme pointée en avant, mon épée était dans son fourreau et elle y resterait pour le moment. En cas de problème, je pourrais toujours faire appel à un peu de magie pour l’éloigner quelques secondes.

- « Je n’ai pas saisi votre nom, vous êtes entré chez moi sans invitation de ma part. Je pourrais très bien faire croire que vous êtes une voleuse et je serais ainsi dans mon bon droit en me défendant. »

- « Je t’en supplie Ehemdim, fais un effort, cherche dans ta mémoire, dans tes souvenirs une trace de ma présence à tes côtés sur les champs de bataille sur le Naora. »

- « Je ne suis pas un soldat mademoiselle, je suis un mercenaire ! »

Il courut alors dans ma direction et plaça sa lame sous ma gorge. Je n’avais pas cillé une seule seconde, le laissant venir près de moi délibérément. Ses mouvements étaient gouvernés par son esprit et non par son cœur, c’était la voix que je voulais suivre. Si elle ne marchait pas, je le verrais rapidement et je saurais quoi faire.

Je pouvais voir la colère déformer son si beau visage alors que le mien devait refléter la plus parfaite incompréhension. J’avais beau le fixer des yeux, je ne pouvais rien voir transpirer dans son regard si vert habituellement et maintenant si laiteux, c’en était presque effrayant mais j’avais vu pire.

- « À genoux. »

- « Non. »

- « À GENOUX ! »

Il m’avait crié cet ordre non plutôt craché cet ordre à la figure. Il y avait tellement de détermination dans sa voix que je n’eus d’autre choix que de me mettre à genoux, montrant ainsi à mon adversaire qu’il était le maître à bord.

- « Bien au moins tu es obéissante ! C’est Tamìa qui sera heureuse de trouver un nouvel esclave docile comme toi ! »

Il partit alors dans un rire que je ne lui connaissais pas, il était empli de méchanceté mais je ne baisserais pas les bras, pas maintenant que j’avais la confirmation dont j’avais besoin. Tamìa était derrière tout ça, elle allait le payer très cher. Ehemdim s’arrêta de rire puis recentra son attention sur moi.

- « Ton nom esclave ? »

- « Mon nom est personne. »

Je vis alors le voile blanc devant les yeux d’Ehemdim disparaître l’espace d’une seconde. J’avais réussi à le toucher au plus profond de son être en utilisant ce souvenir.

(Tu m’expliques.)
(Lors d’une mission, je me suis faite attraper par le camp adverse. Je me suis faite interroger, mais ce que je ne savais pas c’était qu’Ehemdim avait réussi à s’infiltrer dans le camp et se trouvait dans la geôle où je me faisais interroger. Lorsqu’on m’a demandé mon nom, j’ai répondu…)
(Mon nom est personne. Je comprends mieux la réaction de ton elfe.)

Ce dernier reprit rapidement le contrôle de la situation et m’assena un magnifique crochet du droit qui vint se planter dans ma mâchoire. Sur le coup ce fut douloureux mais j’essayais d’en afficher le moins possible, j’avais connu pire comme interrogatoire.

- « Je repose ma question : ton nom ? »

- « Qui est Tamìa ? »

- « Ce n’est pas ton problème. »

Il afficha en disant cela un sourire presque sadique, ce n’était pas bon du tout, la situation était en train de m’échapper.

- « Ton nom ? »

L’évocation de ce souvenir avait eu un changement en lui, voyons si mon nom aurait un quelconque effet.

- « Aenaria Imfilem. »

Je vis alors la surprise sur son visage, son regard si blanc passa au vert que je lui connaissais si bien. Il laissa tomber son arme sur le sol et se prit la tête entre les mains, criant de douleur avant de tomber à genoux devant moi. Mais que se passait-il à l’intérieur de son corps ?

(Aenaria, j’ai une info pour toi.)
(Fais vite.)
(Il a une faera.)
(Quoi ?!)
(Elle est entrée en contact avec moi en me disant que c’était la première fois qu’il réussissait à lutter pour son esprit. C’est toi et tous tes souvenirs qui permettent ça. Elle m’a dit que si tu arrivais à faire remonter suffisamment de souvenirs à la surface ou suffisamment d’émotions, elle pourrait le contrôler une demi-heure tout au plus de manière à ce que tu en apprennes le plus possible. Elle m’a également appris que tant que tu pourrais faire en sorte qu’il se rappelle de son passé commun avec toi, il resterait conscient.)
(Pourquoi elle ne te transmet pas les infos directement ?)
(Elle veut comme moi que vous profitiez l’un de l’autre quelques minutes.)
(Dis-lui merci de tout mon cœur, je vais faire de mon mieux.)

Je posai mes mains sur celle d’Ehemdim en espérant que ce contact lui rappellerait tant de choses que nous avions partagés, et pas seulement nos ébats mais tout le reste aussi. Je voyais la souffrance tirer les traits de son visage dans un affreux rictus de douleur. Je pouvais presque ressentir tout ce mal au plus profond de mon cœur.

- « Regarde-moi mon amour, je t’en prie, je peux t’aider, alors regarde-moi. »

Je l’aidais de mes mains pour que son regard s’ancre dans le mien.

- « Naria, aide-moi ! »

C’était un appel au secours qu’il venait de me lancer, il fallait que j’agisse maintenant que j’avais un minimum d’emprise sur son esprit. J’avais tellement mal au cœur de le voir ainsi se battre pour sa santé mentale que les larmes me montèrent aux yeux.

- « Mon amour, garde ton regard dans le mien. Souviens-toi de la bataille de Calanor, je t’ai sauvé la vie et j’ai ensuite été faite prisonnière. Tu t’es occupée de moi pendant des jours le temps que je récupère. »

(Ta vie n’a pas été rose.)
(C’est le prix à payer lorsque tu veux servir dignement ton peuple.)

La grimace sur le visage d’Ehemdim sembla s’estomper légèrement, j’arrivais à toucher son cœur et son esprit.

- « Souviens-toi de notre premier cours à l’armée sindel, rappelle-toi comment on nous avait montré les différentes manières de tuer quelqu’un au combat avec différentes armes. Tu avais trouvé ce cours fascinant et c’est de là que t’est venu la vocation de maître d’armes. »

Les traits sur sa figure se détendirent encore un peu plus.

(Encore un petit effort Aenaria.)

Ma faera me donnait confiance par ces propos, confiance en ce que j’étais en train d’entreprendre pour sauver l’esprit de mon bien aimé.

- « Souviens-toi de ce que tu as ressenti lorsque nous nous sommes retrouvés cette soirée-là, à l’auberge de la tortue guerrière. J’avais tout fait pour ne pas être tentée, pour te résister mais c’était plus fort que moi, plus fort que nous. J’ai succombé dès ton premier baiser, j’ai su à cet instant que je ne voudrais de personne dans ma vie à part toi. Est-ce que cette promesse tient toujours ? »

Je lâchai sa tête et lui présentai ma main gauche sous les yeux pour qu’il puisse voir l’anneau qu’il m’avait offert aux baraquements juste avant mon départ pour la mission des amants de la rose sombre.

Ehemdim lâcha sa tête comme si la douleur venait de disparaître ou bien était moins forte. Il prit alors ma main gauche dans la sienne, me regarda dans les yeux et je vis cet éclat qui y manquait lorsque j’étais arrivée. De son autre main, il fit disparaître les larmes qui avaient coulé sur mon visage.

- « Je t’aime Aenaria, cette promesse je ne la trahirais pas, je t’épouserais même si c’est contre nos pratiques. »

Cette fois-ci se furent des larmes de joie qui coulèrent sur mes joues, je me jetai sur lui aussitôt. Il me prit dans ses bras et nous tombâmes au sol. Nous nous embrassâmes comme jamais nous nous étions embrassés. J’avais l’impression que cela faisait une éternité que je ne l’avais pas vu, que je n’avais pas profité de ses caresses.

Le sentir contre moi me réchauffait le cœur, dernièrement son souvenir, ses caresses avaient été usurpé par tous les psychotropes que Liam m’avait fait ingéré. Me rendant presque folle, mettant mon esprit à mal, j’avais à cet instant envie de vérifier que mes souvenirs étaient intactes mais la situation était plutôt à l’urgence.

Je mis fin à notre baiser à contrecœur mais le devoir avant tout. Si Tamìa était une menace pour Ehemdim, qu’est-ce qu’il en serait pour le reste de la population elfique sur le Naora ? Elle connaissait énormément de monde et j’avais peur que sa soif de vengeance n’atteigne des proportions inimaginables.

Ehemdim me regarda alors, cherchant à sonder mon âme à travers mon regard noisette. Il dut y lire de l’incompréhension car aussitôt il se releva du sol pour s’asseoir en tailleur face à moi. Je fis de même pour amorcer la discussion lorsqu’il parut s’absenter mentalement quelques secondes. Je souris, sachant très bien ce qu’il se passait.

- « Licinia me dit que je dois ma soudaine guérison à tes bons soins ainsi que ceux de ta faera. Merci beaucoup Aenaria pour tout. »

- « Ne t’enflamme pas trop, tout ceci n’est que provisoire. Apparemment le sortilège que Tamìa a lancé sur toi est très puissant. »

- « Oui je le sais, je l’ai senti. »

- « Et moi je l’ai vu, j’ai surtout vu ce qu’elle te faisait faire ou plutôt ce que tu semblais faire de bon gré et je … »

A cet instant les mots me manquèrent. Je l’avais vu me tromper lorsque j’étais sur l’île volante et j’avais fait de même avec Josh. Je l’avais ensuite vu par deux fois depuis mon réveil à Omyre fricoter avec cette dinde ! Je n’avais pas pu surveiller tous ces faits et gestes pendant mes différentes aventures, ce n’était pas en le voyant une fois par jour voir au moins que je pouvais juger de la situation.

- « C’est arrivé trois fois… »

- « Licinia ! De quoi tu parles ? »

Je vis alors apparaître une fée verte devant moi. Elle était magnifique mais pas autant que l’était Crystallia à mes yeux. Normalement, les faeras ne se manifestaient pas au commun des mortels si ce n’est à leur propriétaire. Dans notre cas, nous savions l’un comme l’autre que nous possédions une faera, les voir n’étaient donc pas un problème en soit. Crystallia fit de même en se montrant sous sa forme de petite fée.

Je vis le visage de la dite Licinia se tordre devant la nouvelle qu’elle devait donner à Ehemdim, moi-même je n’étais pas très bien car j’allais devoir lui apprendre une terrible nouvelle. Nous aurions le temps d’en discuter plus tard, pour le moment, il fallait annoncer crument les mauvaises nouvelles.

- « Durant ta période d’instabilité mentale, tu m’as trompé trois fois et j’en ai été le témoin par deux fois. »

- « QUOI !? »

En criant ce mot, son regard s’ouvrit en grand comme si la mémoire lui revenait d’un coup, comme si le sort de Tamìa avait un effet indésirable, celui de permettre à sa victime de se souvenir de tout.

- « La première fois que j’ai vu ça, je n’ai pas voulu y croire mais tu le sais déjà. C’était à mon retour de ma mission pour le temple. Mais la deuxième fois, je me suis sentie trahie au plus haut point, comme si tu reniais notre engagement. »

- « Tu te crois parfaite à me faire la morale ainsi ? »

- « PARDON ?! »

- « J’ai peut être couché avec Tamìa sous l’influence de son sort mais toi tu as couché de ton plein gré avec Liam ! »

- « QUOI ! TU PENSES VRAIMENT QUE PENDANT QUE J’ÉTAIS ENFERMÉE AU CAMP D’OAXACA, JE PRENAIS DU BON TEMPS ! »

- « LIAM A DIT À TAMÌA QUE VOS PARTIES DE JAMBES EN L’AIR ÉTAIENT TRÈS INTÉRESSANTES ! »

- « TU CROIS VRAIMENT QUE J’AURAIS SCIEMMENT COUCHÉ AVEC CE MONSTRE BAFFOUANT LA PROMESSE QUE L’ON S’ÉTAIT FAITE ? TU NE CROIS PAS QU’UNE FOIS C’EST LARGEMENT SUFFISANT ?! »

- « MOI AU MOINS JE N’AI RIEN À ME REPROCHER ! »

- « LIAM M’A DROGUÉ POUR COUCHER AVEC MOI, JE ME SUIS FAITE VIOLER PAR DEUX FOIS ! »

Ehemdim ouvrit grand les yeux et la bouche en comprenant son erreur. Je sentis alors quelque chose monter en moi, quelque chose d’incontrôlable, comme si tout mon corps voulait expulser ce trop pleins d’émotions, de colère, de rancœur, d’incompréhension, de rage et d’amour que je ressentais à ce moment précis.

Mes fluides magiques commencèrent à monter en moi mais je ne contrôlais absolument rien. Je ne voulais rien de cela et pourtant ils avaient envie d’exploser au grand jour. Ce n’était pas juste mes fluides dominants mais tous mes fluides qui voulaient sortir. J’avais la vague impression de revivre un souvenir du camp omyrien.

(Crystallia, aide-moi !)
(Il faut que tu rejoignes le terrain d’entraînement du Nobelium au plus vite, je tâcherai de te garder le plus calme possible.)
(Mais pourquoi ?)
(Je pensais que la première fois c’était un problème dû à tout ce que tu avais vécu mais j’ai peur que tu sois porteuse d’une puissance magique plus immense que je ne l’aurais cru.)
(Et…)
(Elle veut se manifester à nouveau et ça risque de faire des étincelles.)
(Oh non, comme lorsque j’ai détruit la porte du camp ?)
(Oui, tes émotions négatives ont de nouveau pris le dessus.)
(Et pour Ehemdim ?)
(Sa faera doit être en train de lui expliquer la situation, elle a dut sentir ce qui émanait de toi. Elle doit probablement lui dire qu’il est en pour une grosse partie l’origine.)
(Ehemdim, à l’origine de mon dérèglement magique ?)
(Votre dispute, tous les sentiments refoulés de ta part, ça va faire boum.)

Je regardai Ehemdim avec de la stupéfaction dans les yeux, oh non. Je me relevai immédiatement et me tournai vers la sortie.

- « Ehemdim, il faut que je quitte les murs de la ville. »

Il m’attrapa par le bras et me retourna. Il semblait désolé.

- « Je ne te laisse pas partir toute seule. »

- « Hors de question que tu viennes avec moi, on ne sait pas combien de temps tu seras dans ton état normal ni si tu risques de t’en prendre à des inconnus. »

- « Tu seras capable de m’arrêter s’il le faut, je ne peux pas te laisser partir affronter ça toute seule. »

- « Je ne suis jamais seule. »

- « Tu m’avais compris. »

Quelle tête de mule ! Je fermai les yeux et soupirai tout en faisant des mouvements de tête de droite à gauche. Gardant les yeux fermés, je finis par répondre.

- « C’est bon, tu peux venir. Je pourrais garder un œil sur toi comme ça. »

Il sourit immédiatement de ce petit sourire malicieux que je lui connaissais bien. Il récupéra son épée qu’il ceignit à sa ceinture et me rejoignit.

- « Tu as une monture ? »

- « Oui aux écuries. »

- « Parfait, alors suis-moi. On s’expliquera plus tard. »

Alors que j’allais passer la porte, une intense douleur me vrilla les entrailles me faisant monter la bile au fond de la gorge. Je me pliai en deux tellement le mal était fort. Ehemdim me retint aussitôt de tomber au sol. Il enserra ma taille de son bras droit pendant qu’il passait mon bras gauche au-dessus de ses épaules.

- « Tu ne tiendras pas jusqu’aux écuries. »

- « Si tu me soutiens, je pourrais y aller. »

- « On ira plus vite si je te porte sur mon dos. »

- « Tu as suffisamment récupéré ? »

Il ne prit pas la peine de me répondre qu’il plaçait déjà son dos sous mon torse et me soulevai du sol. J’accrochai mes bras autour de son cou et mes jambes autour de sa taille.

- « Tu es bien accroché ? »

- « Oui... »

- « Tiens bon mon amour. »

Il donna un violent coup de pied dans sa porte qui s’ouvrit aussitôt et nous nous retrouvâmes rapidement dans les rues de Kendra Kâr. Ehemdim se mit aussitôt à courir afin de ne pas perdre de temps pour rejoindre les écuries royales de la ville.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 10 Juil 2016 19:03 
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Les semaines ont passées, ma forme est resplendissante. J’ai pu aller en ville, au barbier pour changer de tête. Jusqu’à présent je n’étais qu’un vieux avec une barbe de plusieurs mois et des cheveux emmêlé jusqu’au dos. Désormais j’ai gagné quelques années de jeunesse, la barbe est taillée de quelques jours et les cheveux sont coupés courts, en bataille. C’est un vrai changement qui me convaincs vraiment, je me sens mieux ainsi. Caffreen qui me voit pour la première fois est surprise de voir le changement et me sors :
"Ah oui, pas mal, tu es presque séduisant. Dommage que tu sois bien trop jeune pour moi…" Quelle petite peste quand on y pense, capable de faire des blagues comme ça…
"Oui, comme toi, dommage que tu sois si jeune…" Et de rire ensemble, comme si on s’était toujours connu, tel un frère et une sœur. Ses entrainements deviennent plus difficiles, plus poussés. Elle cherche à me faire comprendre des notions que j’ignorais sur l’espace, comme bien l’utiliser, comment minimiser ses failles, comme percer les gardes adverses en fonctions des armes utilisées. Je progresse vraiment avec elle, je suis désormais prêt à combattre de façon plus professionnelle. Jusqu’à présent je n’utilisais que les bribes apprises avec Naren, quand j’étais son écuyer, lors des batailles que nous avons menées chez nous. Mais c’était un combat intuitif, désordonné, pleins de failles et de rages. Caffreen m’apprend à me canaliser, à utiliser ma colère pour aller plus loin dans mon combat.

Le préalable à tout entrainement, est ma course dans Kendra Kâr. J’étais déjà bon à cet exercice, je suis désormais excellent. Le départ se fait aux abords de la grande arène au petit matin, non loin de la villa de Naren. Le lieu est peu fréquenté à cette heure, même si je sens déjà l’activité du marché proche commencer. Je prends toujours un départ fulgurant, fonçant à travers une grande avenue, en direction de l’ouest. Je dépasse un grand temple et continu à toute vitesse et très vite j’atteins le temple des maîtres qui me fait profiter de sa beauté sur ma gauche. Mais je n’ai pas le temps de regarder, je dois courir, courir à perdre haleine, n’être que rapidité. Quelques minutes après, dans cette grande rue pavée rectiligne, se dresse le plus moche des bâtiments de la ville, le temple de Phaïtos. J’ai un mauvais souvenir sur ce temple, une mission de milice il y a presque trois ans déjà. Sortent du temple deux adolescents, un jeune homme et une jeune dame, qui n’ont vraiment pas le profil d’habitués du temple et qui me regardent avec curiosité. Ils sont suivis par deux énormes sorte de chiens que je n’avais jamais vue. Mais pas le temps de regarder, je bifurque alors dans la rue perpendiculaire et descends alors vers le sud dans des rues plus étroites où je dois slalomer entre les charrettes, et les déchargements de marchandises pour les artisans. La ville ne dort jamais vraiment, l’activité au petit matin prend le relais sur la nuit et va provoquer très rapidement des embarras dans les petites venelles. Je poursuis ma course de folie, sans prendre en compte les remarques sur le chemin et les moqueries de gens sur l’innocent qui cours tous les matins depuis quelques mois. Je déboule alors sur la grande place de l’hippodrome, le grand bâtiment est la fierté de la ville. Pas vraiment le temps de le contempler à pleine vitesse, je continue et descends par la rue de la milice et du temple de Yuimen, que je double sans croiser, heureusement, de connaissance. Je déferle alors dans la grande rue, célèbre pour faire la traversée de la ville de porte à porte. Il y a déjà beaucoup de monde, mais je n’y fais pas attention, accélérant même la course, évitant des chevaux, des tonneaux, des chars. Je déteste cet endroit, trop grand, trop d’agitation, mais heureusement je peux bifurquer par la route des thermes et des temples. Celui de Moura d’abord, puis celui de Rana et enfin plus loin, l’immense de Gaïa. Je repense à toutes les discussions qu’on a eu avec Caffreen à propos des Dieux et je ne peux pas m’empêcher d’en vouloir à Gaïa. Mais qu’importe, le temps résoudra tous les problèmes. Je fonce alors vers le nord, le souffle bien en rythme, comme mes pas. J’ai l’impression de voler tellement je vais vite, j’ai réalisé d’énormes progrès, et c’est sans réelle fatigue que je poursuis mon chemin dans les rues de la ville, jusqu’à arriver à nouveau à l’arène, mon point de départ.

Caffreen est là à m’attendre, tranquillement installée sur une marche de l’entrée de l’arène, avec une pinte de bière à la main, en train de rigoler en me voyant arriver en sueur.
"Bien, pas mal, un peu moins d’une heure, t’es vraiment rapide !" Je m’écroule sur les marches, je n’en peux plus, j’ai vraiment tout donné.
"Pas le moment de se reposer, on rentre continuer l’entrainement !". Une fois par semaine, elle est là pour parfaire l’entrainement, mais c’est une torture physique tellement elle me pousse dans mes retranchements. Nous rentrons alors à la villa de Naren. A l’arrière la petite cour est suffisante pour nos entrainements. Je récupère facilement sur le chemin, Caffreen m’a fait une surprise, sur un bord de la cour, se dresse désormais un petit poteau d’un mètre de haut maximum. Il n’est pas bien épais, quelques centimètres tout au plus.
"Voilà ton nouvel exercice. J’ai noté que tu avais un bon équilibre, tu vas devoir dépasser ce stade et aller vers l’excellence." Toujours en rajouter… Elle me regarde comme si elle avait lu dans mes pensées, mais poursuit
"En équilibre dessus tu pourras tenir des heures…" Elle me montre en sautant d’un coup dessus et n’y pose qu’un bout de son pied.
"Le but est de rester un maximum de temps, mais il faut varier de position, que ton corps entier comprenne le sens de l’équilibre." Très drôle, c’est quoi ça encore, ça a l’air facile.
"Aller pousses-toi, tu vas voir c’est qui l’équilibriste de Kendra Kâr." Je saute alors sur le poteau et glisse lamentablement.
"Je vois… Non vraiment je vois… Tu remontes tout de suite et fait pas l’idiot…" Piteusement je recommence et me positionne du mieux que je peux. Je souffle un coup et me concentre, à l’écoute de mon corps. Ce n’est pas haut, le vertige ne peut pas m’influencer, je n’y suis quand même pas sensible. Les secondes deviennent des minutes, les minutes des heures. Quand je rouvre les yeux, le soleil est déjà haut dans le ciel. Caffreen est à l’ombre, en train de lire un gros volume de la bibliothèque de la maison.
"Ah, ça y est, tu as fini ta sieste ?"
"Hé, mais je n’ai pas dormi, sinon je serais tombé…". La suite de l’exercice consistait à éviter les multiples projectiles que la Voyageuse me lançait dessus à toute vitesse. Bout de bois, fer à cheval, casseroles et marmites. Tout ce qui lui tombait sous la main et qu’elle avait malicieusement préparée à l’avance ! Je devais esquiver, soit en me baissant, soit en sautant, soit encore en me penchant d’un côté ou de l’autre, tout en gardant l’équilibre sur le poteau. Quelques-uns m’ont touché, mais la majorité me sont passé à côté, malgré la vitesse à laquelle me les envoyait Caffreen. On a passé la journée à parfaire cet exercice, elle m’enseigne alors l’art de l’équilibre, une notion de plus dans l’art de l’espace. Les positions, les esquives, l’art de repérer le danger et les projectiles. Épuisé par la journée, nous stoppons à la nuit tombée. Nous prenons un repas classique, mais sans Naren, juste avec sa femme et le petit. D’habitude Caffreen part vers ces heures pour Nyr’, mais pas cette fois-ci, elle reste au repas et profite pour discuter de tout et de rien avec nous et jouer avec l’enfant.

Une fois fini, nous ressortons tous les deux, elle n’a pas mis sa cape noire de quand elle sort en ville.
"Tu veux voir ce que peu d’ici connaissent ?" Elle saute alors sur un tonneau puis s’accroche à une poutre et dans un mouvement de balancier vers l’avant grimpe sur l’avancé de toit de la cour.
"Tu viens ? Suis-moi !" Facile à dire, je ne suis pas un escaladeur moi… Tant bien que mal je l’imite, la grâce en moins, et arrive sur le toit.
"Tu dois être capable d’aller de toit en toit dans cette ville, je suppose que ce n’est pas permis par la garde, alors sois discret…" Je suis effectivement plus à l’aise ainsi, je fais attention à pas glisser ou briser les tuiles des toits, et je la suis, de maison en maison, l’obscurité comme alliée. Nous allons vers les remparts que nous atteignons facilement, malgré les distances à franchir d’un saut. Caffreen semble si légère et fait des bonds incroyables et atterris en douceur sans bruit, j’ai un peu plus de mal quant à la discrétion, mais je fais attention. Le dernier bond vers le rempart à faillit être trop court, mais elle m’a retenu de justesse et me ramène sur le mur. Nous montons les escaliers vers le chemin de ronde, en espérant ne pas croiser de gardes. Nous arrivons dans une des tours, Caffreen monte alors sur une rambarde, saute et attrape une des poutres et escalade le mur en s’aidant des pierres usées par le temps. Elle finit par se hisser sur le toit en pente de la tour. Ça me semble très périlleux, mais je dois la suivre. J’essaye de l’imiter, mais je prends près de trois fois le temps qu’elle a mis pour monter. Je la vois à peine dans l’obscurité. Je lui chuchote
"Quelle folie ! C’est super dangereux !"
"Le plus dangereux est de se faire attraper par les gardes, le reste tu dois savoir comment gérer ! Et puis assieds-toi et regardes !" Je m’exécute. Sous nos yeux s’étend la plus grande ville de Yuimen, contraste de lumière et d’obscurité. Malgré l’heure avancée, les nombreuses torches fond de la ville un puits de lumière. Le ciel dégagé est très étoilé et la lune est à trois quarts pleine, donne un éclat encore plus renforcé au panorama. Je suis subjugué par la beauté que je vois à mes pieds, alliance parfaite de magie et de maitrise humaine. Je commence à comprendre la taille et l’importance de cette cité.
"Voilà Kendra Kâr tel que peu ont pu contempler, ville multiple, centre de lumière mais que pourtant l’obscurité menace. Kendra Kâr, la somptueuse cité blanche, résiste si bien aux assauts de la nuit. Oh douce fleur à la senteur enivrante, oh douce humanité, que d’espérance dans tes murs." Un air de nostalgie s’échappe de ses paroles. Je n’ai jamais eu conscience de ce que Caffreen pouvait penser de tout ça, de ce monde, de sa guerre contre Oaxaca, des Dieux… Elle ne mentionnait peu de tout ça, alors qu’elle était si fortement impliquée.
"Est-ce que ton monde te manque parfois ?" Je tente de lui demander ça tout doucement.
"Quel est mon monde, existe-t-il encore ?" Cette fois la mélancolie déchire l’air, j’ai du mal à retenir mes larmes à ces seuls mots.
"Tu as bien un chez toi ? Je t’ai déjà vu en rêve dans un drôle d’endroit." J’essaye d’être calme, sans montrer mon trouble.
"Cent chez moi, ne font pas un foyer. J’ai beaucoup d’endroits, mais plus aucun réellement chez moi. La solitude est terrible, chaque lieu est imprégné de solitude. Même si Cléïs est une ville au-delà de l’imagination et au fourmillement d’êtres de toutes origines, j’y suis seule, aussi seule que sur mon rocher d’Eijhers, sur un autre monde, qui est mon endroit préféré à vivre."
"Tu as bien une famille ?"
"Oui, mais tous sont dispersés dans pleins de mondes, c’est difficile à expliquer, mais nous sommes tous éparpillés, tiens regardes, c’est comme si père était là, Naarlen ici, Navhira là…" Elle désigne des étoiles dans le ciel. Elle sent que je ne réponds pas et que je ne comprends pas le rapprochement.
"Ah oui, considère qu’une étoile est un soleil pour un monde habité, comme ici. Enfin qu’importe, ne t’inquiètes pas pour moi."
"Si personne ne s’inquiètes pour toi, qui le fera ?"
"Je suis ici pour vous, mes sentiments ne doivent pas interférer."
"Mais tu restes humaine, même si tu as des milliers d’années, que sais-je. Tu as juste besoin de ne plus te sentir seule, et d’avoir un chez toi. Nyr’ ne te plait pas ?"
"Je suis étrangère sur Nyr’, comme partout où je vais."
"N’y a-t-il pas un monde où tu n’es pas étrangère ? Là où tu es née, là d’où je viens ?"
"Asflhon s’est transformée au-delà de tout, le temps a fait de moi une étrangère, monde perdu où la tristesse règne." La mélancolie est si forte qu’une larme coule sur ma joue.
"J’espère que tu trouveras un endroit où te poser."
"Et vivre une éternité. Oh Lelma… le temps est une torture qui ronge ton esprit, adore les Dieux car ils ont tant de souffrances, vénères-les car ils supportent tant d’époques, de destructions et d’anéantissements. Je n’ai vu que guerres, massacres, et négativité…" Je reste abasourdi par ses paroles, estomaqué par tant de tristesse et d’entendre des sanglots dans sa voix, je commence à comprendre ce qu’implique son immortalité et le savoir incommensurable que lui a apporté ses voyages. Si le bilan de sa vie est si négatif, qu’est-ce qui lui a donné ses idées ?
"Il y a pourtant un espoir dans tout ?" Je tente timidement de la consoler.
"C’est ce que j’essaye de penser, mais rien n’est simple." Comprendre un être pareil pour moi est peu concevable, j’ai côtoyé Anhéïos, son semblable, mais je n’avais pas réalisé cela, parce que le vieux cachait tous ses sentiments derrière sa grande générosité. Pourtant il m’a trouvé dans une taverne mal famée, à moitié saoul… Il fréquentait ces endroits de perditions, il avait besoin de cela. Après tout dieux et hommes ne sont pas si éloignés, et ce ne sont pas, ou pas encore des dieux malgré tout.
"Essayer, persévérer… Excuse-moi, je ne peux pas comprendre ton ressenti, je suis finalement si jeune. J’essaye de le percevoir à l’instant et…" J’ai du mal à trouver les mots. "Et, … Mais si je peux t’aider à te sentir mieux, tu peux compter sur moi comme sur un ami." Machinalement, quand je ne suis pas bien, je touche nerveusement un objet dans ma poche. Ah mais oui, je l’ai oublié celui-là, le collier phœnix, je le sors de ma poche, curieux de le voir à nouveau. Il ne m’a jamais quitté depuis que je suis sur Yuimen, et chose étrange, c’est la seule chose que j’ai emporté d’Asflhon, je le serais fort dans ma main lors du passage du fluide. Ce qui normalement n’est pas possible, m’avait dit Aakia.
"Je t’ai dit de ne pas t’inquiéter Lelma, j’ai l’habitude…"
"Pourtant j’aimerai te voir sourire et espérer à notre futur. Tu as déjà vu ça non ? Tu viens du futur, alors tu sais ce qu’il va se passer, c’est ça ? Et ? On va peut-être se taper la tête contre le mur, on va peut-être échouer, mais on va se battre, on va lutter et dépasser les prévisions." Le silence qui suit montre l’intérêt de la Voyageuse, je sens ses yeux briller dans le noir, son attention à nouveau réveillée.
"Je suis certains qu’on peut changer le futur et rendre meilleur l’avenir des mondes. De celui-ci en particulier, d’Asflhon peut-être aussi. Je vais me battre avec toute la force de mes convictions, pas seulement pour Seyra, pas seulement pour Nayla, ni pour Naren, mais pour tous ceux-là, tous ceux de ce monde qui rêvent à la paix et la prospérité." Je suis essoufflé et enflammé par mon discours. Je l’entends rire à mes côtés et venir tout contre moi.
"Toi t’es vraiment un vrai, un qui y crois encore. Ne te retiens pas, va et vis ! Merci Lelma, je sais désormais que je ne me trompe pas avec toi." Elle regarde alors ce que je touche dans ma main.
"Mais… C’est une clé, c’est la clé, Lelma tu as la clé, ce n’est pas croyable !" Je la regarde interloqué.
"Quoi ? Mon collier, c’est une clé ?" Elle touche le collier.
"Incroyable, la clé d’entrée de la salle du fluide de feu dans le temple chez Anhéïos… Mais si tu l’as Lelma, ça veut dire que…"
"Quoi ?"
"Que l’accès restera fermé, le futur change déjà Lelma, incroyable."
"Je ne comprends pas."
"Ton arrivée ici n’est pas prévue, quelque chose a changé, un détail et tout est modifié. Tu as raison Lelma, on peut remanier le futur, gardes bien ce collier à l’abri et que jamais il ne devra retourner à Surana."
"Mais pourquoi ?"
"Jure-le !" Elle ne plaisantait pas.
"Très bien je le jure !"
"Ça veut dire ne plus retourner sur Asflhon, ça tombe bien ton monde d’adoption a besoin de toi !"
"Oui mais, il faut les aider, ils vont se faire battre, tu te rends compte, il y avait des Sektegs et des Garzoks sur notre dernière bataille avec Naren, c’est pour ça qu’on s’est fait battre à Naelyan, la cité qu’on avait reprise quelques mois auparavant. Ce ne sont plus que des Thyus, ces créatures sont arrivées d’un coup, les mêmes qu’il y a ici !"
"Tu les as déjà aidés en ayant le collier ici, le reste est dans leurs mains. Tu ne vas pas pouvoir rentrer, c’est évident, mais tu as évité le pire en ayant le collier, alors la mission est remplie. Quelque chose d’autre va débuter, quelque chose d’intéressant. Oh, je suis bien contente, enfin ! J’ai bien fait d’attendre et espérer, bien fait de venir jusqu’ici, au croisement des possibilités !" Elle se lève, visiblement requinquée.
"Je n’en ai pas fini avec toi Lelma, à la semaine prochaine !" Elle saute alors en salto arrière pour atterrir sur le chemin de ronde en douceur très en contrebas, puis, très rapide, en quelques bonds s’éloigne dans la nuit, certainement pour prendre un anyore vers Nyr’.
(Elle est toujours aussi incroyable, mon amie, tu commences à percevoir Lelma ? Elle a raison, c’est ici chez toi, c’est ici qu’on a besoin de toi. Ton temps sur ton monde est passé, laisses-le partir !)
(Si j’ai bien compris, je ne sais pas y retourner de toute façon… Et j’ai juré à Caffreen, je ne compte pas la fâcher.)
(Si tu la voyais en colère en effet !)

Le souci, c’est que je me retrouve en pleine nuit, sur le toit d’une tour du rempart, seul et bien embêté. J’ai su monter avec difficulté, la descente fut encore plus périlleuse. Je me suis fait cueillir par la garde en bas qui m’a arrêté quelques instants pour savoir ce que je faisais là. J’ai prétexté une mission de milice en montrant mon insigne et me présentant, ils n’y ont vu que du feu, et j’ai pu rejoindre les rues pour rentrer chez Naren. Tout chamboulé par les révélations, j’ai eu du mal à dormir de la nuit, songeant à tout ce que je laissais derrière moi, définitivement. Mais je savais tout ce qu’il y avait ici et les possibilités à découvrir. Après tout Naren n’a jamais cherché à retourner et a sa vie ici. J’ai désormais bien plus ici que là-bas. Caffreen a raison, je dois rester ici et oublier là-bas, ils n’ont pas besoin de moi, plus maintenant. (Et d’autres prendront le relais). Déjà trois ans que je suis ici, presque neuf pour Naren. Ce monde a besoin de lui, alors certainement aussi pour moi ? Je dois servir du mieux possible pour améliorer la sécurité de Yuimen. Le lendemain, après ma course quotidienne effrénée dans la ville, je me mis en quête de mon équipement que j’avais laissé de côté depuis mon combat. Je l’ai entretenu depuis mon réveil, mais pas encore sorti, ni encore porté. L’armure a été réparée chez Argaï, au frais de Naren, le bouclier aussi. Il me reste ma rapière à défaut d’une arme qui change de forme. Ce n’est pas une mauvaise lame, mais sa finesse est difficile à appréhender. Je n’ai finalement que peu de techniques d’escrime, j’improvise toujours. Caffreen m’enseigne la rigueur, le placement, les gardes, le jeu de jambes, tel qu’essayait de la faire Anhéïos. Avant lui, je n’étais qu’écuyer, et même si Naren m’a donné des techniques, jamais je n’ai eu l’enseignement de son école militaire, ni sa spécialisation ambidextre à deux armes. La tradition à Surana était une épée à une main avec une dague en seconde main. Désormais je serais à la rapière et bouclier en seconde main. Autant j’adore le bouclier qui me permet de dégager certains combats, autant la rapière reste assez difficile à manier. J’essaye alors de m’imaginer des combats et comment réagir en mimant des attaques, des parades au bouclier. Rien de bien convainquant. Le reste de ma semaine sera de cet acabit, avec beaucoup de gestion du poteau. J’ai pu voir un jour Naren, où j’ai pu lui dire que j’avais besoin de participer à la communauté, et que j’avais envie de retourner à la milice. Il me dit d’attendre car il avait quelque chose d’important à voir pour moi.

Caffreen revient comme chaque semaine, me trouvant prêt à l’entrainement et en armure complète, l’occasion pour elle de faire quelques remarques sur mon équipement. Elle n’a rien à redire sur la combinaison rapière et bouclier, c’est rare mais parfaitement acceptable. L’armure par contre manque d’équilibre et elle me conseille de la faire revoir. En riant elle ajoute de faire supprimer ces ailettes sur le casque qui sont totalement ridicule, et en plus dangereuse. Elle me demande ensuite de faire la démonstration de mes compétences avec la rapière et détecte vite mes problèmes offensifs et défensifs. Elle m’enseigne alors l’art de l’escrime, un petit résumé de ce qu’elle pourra m’enseigner par la suite. Placements, gardes, attaques, elle passe en revue le principal, en me disant de travailler ces mouvements encore et encore quand elle n’était pas là. Elle m’indique aussi le poteau où faire ces exercices afin d’améliorer mon équilibre, encore et encore. La journée se passe en entrainements et exercices, Caffreen ne m’a jamais montré autant de choses à la fois, et j’ai du mal à tout assimiler d’un coup. Le fait d’être en équipements est un signe, un bon signe. Je suis prêt, ou du moins je le pense et elle sait qu’elle ne m’aura bientôt plus à entrainer. Alors elle accélère sa transmission de savoir, j’apprends plus qu’espéré. Très vite arrive le soir, et je suis exténué par la journée, Caffreen aussi semble pour une fois vannée. Naren arrive dans la cour et me voit pour la première fois en équipement depuis le combat. Il sourit, mais a les mêmes avis que Caffreen sur celui-ci, en me rappelant que j’ai bien assez d’argent pour m’en payer chez Argaï ou de les faire modifier. Mais il a une nouvelle à nous faire parvenir et nous fait rentrer tous les deux.

Naren nous sert à boire et l’on s’assoit autour de la grande table.
"Bon, y a du nouveau, je reviens d’un conseil d’état avec le roi et il se trouve que des inconnus d’un monde que l’on ne connaissait pas encore sont venus demander de l’aide." Il poursuit.
"Je n’ai jamais vu ça, ils viennent d’un monde ou les techniques sont bien plus avancées qu’ici."
"Ils viennent du futur ?" réagit Caffreen.
"Si on peut dire oui, mais bien d’un autre monde, tu as connaissance de ça ?" demande Naren.
"Ah non, pas du tout."
"Bien, alors nous avons un marché avec eux, ils n’ont pas été très bavards, mais ils ont besoin d’aide pour déjouer un complot dans leur monde. Ce sont des officiels de leur monde, ils font partie de leur gouvernement. Là encore pas d’informations, royaume, république, théocratie… Aucune idée, tout est à découvrir. L’intérêt est que si nous parvenons à déjouer le complot qui les menacent, alors ils nous récompenseront par de la technologie avancée. Imaginez si nous parvenons à avoir des armes plus destructrices, nous aurions l’avantage sur la guerre, et nous pourrons éliminer définitivement la menace."
"Et devenir la menace ?"
"Mais non Caffreen, nous œuvrons pour une cause juste, nous ne sommes pas une menace."
"Quiconque a le pouvoir de destruction est une menace, une cause n’est jamais juste quand la guerre est là."
"Fait moi confiance !"
"De toute façon je ne suis pas là pour vous arrêter." Une certaine tension règne entre mon frère et Caffreen, mais Naren préfère continuer.
"Lelma, je ne t’ai pas raconté encore nos échecs. Tu te rappelles de l’anyore qui s’était écrasé dans les duchés, et qu’on avait miraculeusement réparé ?"
"Le fameux avec lequel tu as failli tous nous tuer sous tes bombes ?"
"Euh… Oui, désolé encore. Eh bien, nous ne l’avons plus. On a eu deux petits soucis. Le premier allait nous toucher en quelques jours : le ravitaillement. Les Sindels ont été furieux d’apprendre que nous avions un anyore et ont refusés de nous vendre de quoi le ravitailler. Or seul Balsinh a de quoi ravitailler un anyore, à partir de là c’était fini pour nous. Le second souci est lié à ton combat. Les deux des treize qui ont reculés devant nous, ont dévastés le campement et l’anyore en remontant vers Omyre. Ils ont tout détruit de colère, anyore, bombes, campement. J’ai eu quelques hommes qui ont pu fuir, mais tout le reste anéanti."
"Ah, quelle perte !" Je suis vraiment désolé par la perte des hommes, moins par l’appareil de mort.
"Oui vraiment, c’était une arme qui allait bien rééquilibrer le combat, désormais plus moyen de contrôler les airs et nous débarrasser facilement de camps d’entrainements Garzoks ou Sektegs. A quoi bon faire des explosifs de cette taille si je ne sais plus les propulser vers l’ennemi. Et encore je ne parle pas des approvisionnements en matériaux pour les concevoir car c’est vraiment déprimant."
"Tu ne sais plus faire tes explosifs ?"
"On manque de matières premières, ça n’arrive plus, une partie venait du Nosvéris, mais la mer est contrôlée par l’ennemi, et par le ciel… Les Sindels refusent de coopérer… Bref on est au point mort. Alors si on peut assoir une suprématie technologique sur l’ennemi et se faire des alliés de ce type, ça serait vraiment une bonne chose !"
"Et bien il faut les aider, c’est simple non ?"
"Pas tellement, ils ont aussi proposé aux autres nations de Yuimen, et même à notre ennemi. Il y aura donc une forte concurrence pour les aider. Le meilleur remportera la mise."
"Il faut donc envoyer notre meilleur représentant, donc toi Naren !"
"Ah non, le roi a bien demandé le meilleur, mais quelqu’un qui n’est pas connu à Kendra Kâr, car c’est aussi un jeu diplomatique et être connu dévoilerai déjà nos objectifs."
"Alors c’est pour toi Caffreen, tu n’es pas connue ici."
Elle fait mine de de s’étrangler puis lance un cinglant : "Je ne suis pas de Kendra Kâr et je n’interviens pas dans votre histoire."
"Ben alors qui ? Dalhar peut-être ? c’est un Shaakt, il peut brouiller les pistes."
"C’est aussi un Shaakt célèbre désormais pour servir Kendra Kâr… Non je ne vois qu’une personne qui a le potentiel pour réussir, et c’est toi Lelma, mon frère !"
"Moi ? Mais je n’ai rien fait depuis des mois ?"
"L’occasion de se dérouiller un peu mon vieux. Le vaste monde t’attend, il ne faut pas en avoir peur !"
"Ton frère a raison, l’entrainement c’est bien, mais tu dois avancer. Seyra t’attend depuis des mois, elle se languit de toi et si tu ne fais rien, alors l’accès à Nyr ‘ ne te seras pas ouvert."
"Oui je comprends, mais suis-je prêt ?"
"Tu ne le seras jamais, mais c’est ainsi, on pourrait y passer des dizaines d’années à te perfectionner… Mais après ? Lelma ça fait des mois que tu t’entraines depuis ton réveil, il est temps d’y aller, temps de montrer aux dieux de quoi tu es capable. Et ça je ne peux pas le faire à ta place !" Caffreen avait raison, je me suis entrainé sans penser à la suite, sans penser à rejoindre Seyra au plus vite, sans penser à Nayla ou Felis disparu. Il est temps que je saute le pas, je dois être utile à ma patrie d’adoption, utile à mon frère qui a tout donné depuis déjà presqu’un an. Utile à Caffreen qui croit en moi, un tel être peut-il se tromper ?
"D’accord, je suis partant, c’est un honneur pour moi, il me tarde vraiment de montrer ma valeur pour Kendra Kâr." Naren a trouvé le sourire.
"Mon frère est le meilleur candidat, je l’ai dit au roi, et je te retrouve bien là. Oh ça ne sera pas simple, mais tu as toutes les qualités pour l’emporter. Reste droit dans tes convictions, fidèle à ton roi et ta patrie. Et penses à ce que tu peux nous apporter pour la victoire dans cette guerre !"
"C’est quand que je pars ? Ah… C’est où que je vais ?"
"Tellement pressé de bien faire…"
"Attends les autres informations, n’ai pas trop de hâte, prends le temps qu’il faut pour bien faire les choses, sans précipitations. Bon alors une chose importante, tu ne dois jamais, mais alors jamais dire que tu es milicien, ou venant de Kendra Kâr. Tu as de la chance de ne pas être kendran et être assez différent du kendran type, c’est déjà bien. Mais tu ne peux pas montrer ton appartenance à la milice ou autre chose kendrane. Ton équipement te masque bien, mais il te faut retirer ta bague d’appartenance à la milice, elle est trop voyante."
"Ah si ce n’est que ça…"
"Et assures-toi que ton équipement est correct, prends la journée de demain pour ça, avant de partir."
"C’est déjà prévu !" En effet avec Caffreen, j’ai été conseillé sur tout ce que je pouvais améliorer, j’ai une belle liste de modifications à faire en ville.
"On se revoit demain avant de partir." Naren sort alors rejoindre sa femme et son fils et je reste seul avec Caffreen.
"Bien il est temps de se dire à bientôt j’imagine ? Pourquoi bientôt d’ailleurs ? Je n’ai jamais compris ce mot que tu avais laissé avec la boussole ?"
"Oh, j’aime entretenir le mystère, à la base je pensais que tu allais venir de toi-même sur Nyr’, je t’ai envoyée la première boussole pour te l’indiquer. Mais bientôt car j’avais la sensation que tu savais ce qu’il en était. Ce n’est rien qu’un mot pour attiser ta curiosité…"
"Ça a marché, j’ai mis des jours à comprendre ce qu’il en était réellement, et encore je me demande bien ce que tu viens faire avec moi."
"Tu mets du temps à comprendre, c’est pourtant simple, je parie sur l’avenir." Elle se lève et viens me rejoindre, j’ai toujours du mal à la regarder tant elle m’impressionne. Elle me prend la tête entre ses mains et pose son front contre mon front.
"Lelma, tu vas me promettre de venir sur Nyr’, j’ai encore beaucoup à t’enseigner ! Tu vas aussi me promettre de rester en vie et de te comporter avec les valeurs humaines que j’essaye de te transmettre."
Je suis très gêné et je bafouille "Euh, oui…"
"Promets !"
"Oui, je te promets !" Elle éloigne son visage et je perçois de l’inquiétude dans ses yeux.
"Dans ce cas je t’attends sur Nyr’ après ta mission, sois fort, soit honnête, soit droit, méfies-toi des apparences, méfies-toi de quiconque en fait. Tu seras seul, dans un monde inconnu, et personne, à part Aakia ne pourras t’aider."
"Mais je pourrai te contacter ?"
"Pas à travers les mondes, non, la communication faerique sera probablement impossible, il faut que tu t’y fasses !"
"Mais comment je vais faire, et Seyra ?"
"Seyra m’a moi, je m’en occupe, je lui explique, ne t’inquiètes pas, cette fille est bien plus forte que ce que tu peux imaginer ! Tu lui manqueras, mais c’est pour mieux venir la voir !"
"Je ne sais pas combien de temps ça durera, mais je ferai tout pour venir !"
"Le temps n’a pas d’importance pour nous, mais pour toi oui, alors fait au plus vite !"
"J’espère ! Au revoir Caffreen, et merci, merci de croire en moi et de t’occuper de Seyra ! J’espère vous rejoindre très vite !"
"Aurevoir Erahen, puisse tu guider dans les ténèbres ceux qui te sont chers !" Elle s’habille de sa cape et passe la porte d’entrée. Un grand sentiment de vide s’installe, je vais m’assoir à la grande table et termine péniblement ma boisson en pensant à tout ce qui a pu arriver ces derniers mois.
Naren revient quelques minutes plus tard et me voit dépité.
"Eh bien, que t’as dit la Voyageuse pour te mettre dans cet état ?"
"Oh non rien, juste que ça fait drôle de devoir aller en mission, j’appréhende un peu, ça fait si longtemps que je ne me suis pas retrouvé seul."
"Tu t’y feras sans problème. Mais dit moi, comment ça se fait que tu sois amis avec ce genre… d’être ? Il y a eu la liseuse d’Oranan, puis la Voyageuse. Lelma, expliques-moi car là je n’y comprends rien."
"Si je comprenais moi-même… Netare je l’ai rencontré quelques semaines après mon arrivée, c’est elle qui m’a indiquée que tu étais en vie sur ce monde, c’est elle qui m’a guidé alors que j’étais perdu."
"Elle est venue spontanément ici quand elle a su pour ton état, tu te rends compte que c’est une des célébrités les plus importante du monde ?"
"Je n’ai pas fait attention à ça…"
(Et que tu as désormais des secrets sur elle qu’aucun mortel ne peut appréhender.)
"Et la Voyageuse ! Tu te rends compte que je suis arrivé en retard pour te protéger des deux treize et qu’elle seule, face à eux, les tenait en respect. Ils ont vite compris qu’ils ne pouvaient rivaliser avec… Mais rends-toi compte, moi seul je n’aurai pas suffi. A un contre un, j’ai peut-être une chance, mais face à deux, aucune ! Elle est d’une puissance inégalable, que fait un être comme ça avec toi ? Tu pourrais la convaincre de rester avec nous et combattre dans nos rangs ?"
"Laisses tomber, elle ne voudra jamais, elle ne fait qu’observer et agir indirectement, comme le font les dieux depuis la nuit des temps sur ce monde."
"Dommage, elle aurait été d’une aide précieuse dans les combats."
(Ton frère n’a rien compris…)
(J’en ai peur…)
"Oui, probablement, elle m’a été d’une aide précieuse, et j’espère continuer à garder sa confiance. Je ne sais pas ce que j’ai fait pour mériter une telle attention, mais j’aimerai m’en montrer digne !" Je clôture la discussion sur ce point, et je vais me coucher, exténuer par une journée d’entrainement et angoissé par la journée qui arrive.


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 18 Sep 2016 19:29 
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"Alors !? Personne ?...Oui monsieur, venez, approchez ! "

Une vingtaine d'hommes me faisaient dos dans une petite pièce mal éclairée entourée de draps rouges recouvrant les murs. Tous amassés autour d'un même espace, ils semblaient être rudement concentrés si bien qu’aucuns bruits ne venaient troubler le calme religieux qui régnait ici. Seul le son distinctif des cartes qui se retournaient se faisait entendre.
M’avançant vers les humains, je jouait des coudes tout en m'excusant par réflexe. L'air s'épaississait à mesure que je m'enfonçais vers le centre de l’attention, je ressentais une sensation d'étouffement et me démenait pour déplacer les colosses de mon passage. L’odeur désagréable de la transpiration émanait de tous les côtés si bien que je bouchais mon nez sensible.

Au milieu, une petite table ronde devant laquelle était assise une femme. Habillée de vêtements finements décorés, bien qu'usés, et d'épais bracelets encerclaient ses poignets. Ses longs et épais cheveux noirs retombaient délicatement sur sa poitrine. Elle contrastait vraiment l’environnement déplorable de la pièce et je la trouvais bien professionnelle avec ses sourcils froncés et sa moue désapprobatrice tandis qu'elle mélangeait les cartes face cachées sur le plat de la table. Devant elle, un humain d'allure ouvrière était hypnotisé par la dance des cartes sous ces yeux et en désignait une de temps en temps. Quatre fois pour être précis. A la dernière réponse, tous les gens autour de moi furent prient d'euphorie, me brisant les tympans au passage, et je voyais l'homme en face de la table attraper vivement une petite bourse de yus envoyé par un type à l'allure suspcte se tenant dans le noir. Il avait visiblement gagné et je me surpris à bien vouloir être à sa place.

La femme se leva en souriant et dit d'une voix forte et avenante, regardant les personnes tour à tour :

"Qui veut tenter sa chance ?"

Ses yeux noirs hypnotiques s’accrochèrent aux miens dans un millième de seconde. La tête haute, un petit sourire en coin, un air de malice. Elle avait l’air si sûr d’elle et pourtant elle avait besoin de l’un d’entre nous. Je ne pouvais être focalisée sur rien d’autre sinon cette humaine, toute autre forme de distraction était occulté de mon champ de vision.

(Moi ! Je veux tenter ma chance !)

Son regard s’étala à nouveau de mon côté, je sentais le mâle derrière moi bouger et comme subjugué, il s’avança lentement vers la table les yeux pleins d’adorations. Je le repoussai brutalement en arrière et il trébucha presque sur ses camarades du fonds.

Je devais y allez moi, aucunes alternatives possibles.

Chaque pas vers le centre était une bénédiction, presque un soulagement alors que la femme me regardait d’un œil bienfaiteur, presque maternelle. Ses yeux noirs impénétrables.En face d’elle, elle me dévoila une carte sortie de son tas, une étoile se dessinait sur sa face cachée, et elle la reposa au milieu des autres.

« Cinq essais, cinq réponses justes, un sac de yus. Retrouve cette étoile à chaque fois et tu seras la gagnante. »

J’acquiesçais lentement alors qu’elle commençait à faire danser les cartes sur le bois de la table de ses mains habiles. Elles bougeaient à une vitesse affolante, je ne pouvais presque pas les distinguer et en plus j’avais loupé le départ ! Dans ma confusion j’avais abandonnée de suivre la carte à l’étoile et espérais que la chance soit de mon côté lorsqu’ elle déciderait à s’arrêter. C’est ce qu’elle fit, toujours un air de concentration dessiné sur son fin visage. Mon instinct décida pour moi et désigna la carte du milieu.

Elle la retourna gracieusement et la mit en hauteur pour que tout le monde puisse la voir.
Une vague de délire pris la salle alors que je ne pouvais toujours pas me détourner de la fierté qu’arborait son visage lumineux. Une fois le calme retrouvé, elle remit la carte parmi les autres et recommença le processus.

Une fois, je gagnais.

Deux fois, je gagnais.

Trois fois, je gagnais.

La quatrième fois, mon bonheur était tel que je croyais pouvoir exploser d’allégresse ! Maintenant, j’étais invincible. Rien d’autre n’avait plus d’importance qu’elle et les cartes qui reprenaient leur tourbillonnement. Sans aucunes hésitations je désignais à nouveau celle du milieu. Elle la prit dans sa main, la retourna précautionneusement devant ses yeux charbonneux, me jeta un regard mystérieux et la reposa, face cachée.
Elle tendit sa main devant moi et dit impérieusement:

« Tu as perdue, donne-moi l’argent. »

Soudainement, son visage semblait plus terne, ses yeux fatigués parsemés de rides et ses cheveux parcourus de fils argentés. Mon euphorie avait complètement disparue comme un retour brutal à la réalité. L’ambiance de la salle s’assombrit progressivement et l’odeur de moisie mélangé à la transpiration reprit de l’ampleur. Ce n’était plus des cris de joies que j’entendais mais plutôt de la déception mélangée à une certaine résignation. Tétanisée et abasourdie, je restais sur place sans dire un mot, mes mains moites pendant lamentablement sur mes côtés.

(Que s’est-il passé ? Tout se passait merveilleusement bien et tout d’un coup, je m’étais stupidement trompée !)

« Mais…vous n’aviez rien dit sur un paiement ! »

« Tu es bien naïve pour penser qu’une victoire avec récompense ne pouvait s’accompagner d’une défaite avec indemnités. Maintenant dépêche-toi si tu ne veux pas que mes hommes s’occupent de ton cas ! »

Comme pour affirmer ses dires, l’homme dans l’ombre avança de deux pas et sorti partiellement une dague de sous son manteau bleu noir dont la lame refléta brièvement la lumière froide de la chandelle. Un autre fendit la foule et se plaça menacement derrière moi. Je regardais les hommes autour de moi à la recherche d’un peu de soutien: certains détournaient le regard, d’autre se contentaient de me fixer.

(Tous des lâches ! Accepter leur aide relèverait même de la faiblesse.)

La seule sortie était à des mètres de moi, et se battre n’était pas une option. J’étais en infériorité numérique et je ne savais pas du tout quelles capacités m’avaient laissé les enseignements de mon père. C’était il y a longtemps tout de même !

Je baissai la tête, souffla laconiquement et sans une attention pour ceux autour de moi, je tâtonnai ma ceinture à la recherche de ma bourse.

Encore une fois.

Mes yeux s’agrandirent et mon cœur manqua un battement :
(MA BOURSE !)

Heureusement, ma capuche me couvrait encore sinon on aurait pu remarquer mon expression figée et ma peau qui devait être d’au moins dix nuances plus claires. J’eu l’impression que toute la salle retenait son souffle pour moi. Un coup d’œil vers le haut, la femme me scrutait avec un soupçon de méfiance, elle ouvra la bouche pour donner un ordre à l’homme derrière moi.

Je ne lui en laissais pas le temps. Je me retournais vivement sur la gauche et dans un même mouvement envoya mon poing rencontrer le nez de l’obstacle dans mon dos. Je ne savais si il était tombé à terre où était à ma poursuite tant j’étais occupée à me frayer un chemin jusqu’à la sortie. Sans un regard derrière moi, je poussais les rares personnes sur mon chemin, leur couardise les empêchant de prendre part à ce qu’il se passait devant leurs yeux et je bondis vers la sortie dans les ruelles de Kendra Kâr.

Les rues de Kendra Kâr

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"Nox", Shaakt, Guerrière


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