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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Lun 27 Avr 2015 23:53 
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L'escalier est raide et se ferme par une trappe. La dague coincée dans la ceinture, elle commence la montée et s'aide de ses mains pour atteindre le haut silencieusement. Avec précaution, elle soulève la trappe et regarde tout autour d'elle. La pièce semble calme, un tapis enroulé bloque la vue sur sa gauche. Face à elle, la lumière se projetant sur le parquet l'informe de la présence d'une fenêtre et d'une porte la jouxtant. À sa droite, les pieds d'un meuble massif et un coffre scellé d'un cadenas posé à ses côtés. Impossible de voir derrière elle.
Elle s'accorde un instant de réflexion, notamment pour s'ordonner de ne jamais passer devant la fenêtre, quitte à ramper, et de retourner fouiller la pièce au cadavre. Celle-ci semble être cachée, il doit bien y avoir une raison. Elle s'apprête à y redescendre, mais le fait de ne pas disposer d'une arme convenable l'angoisse. Et si le second revenait pendant ce temps ? Tiraillée par le doute, elle se décide enfin à soulever totalement la trappe et à se retourner immédiatement pour affronter un potentiel ennemi. Mais, devant elle, nul combattant ; juste un lit miteux et un tonneau.

Complètement baissée, elle commence à faire un tour rapide des environs, le coup d'œil fréquemment jeté vers la porte et la fenêtre.
Il lui faut de quoi faire face, ne serait-ce que pour fuir, quitte à revenir pour taillader le deuxième voleur dans ce repaire.
Son premier tour ne lui apporte rien, sauf constater que le coffre est verrouillé, elle pourra toujours l'emmener si jamais, et qu'il va lui falloir fouiller un peu plus en profondeur. Elle ouvre la commode qu'elle entend bien fouiller avant de faire de même dans la pièce cachée.

(Si je trouve ce qu'il me faut, je peux même attendre l'autre en bas et lui faire regretter de m'avoir volé le leg de Valy.)

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mar 12 Mai 2015 22:52 
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Le premier tiroir de la commode offre un sac à Ines, dedans elle trouve un flacon d'hydromel et une liqueur noirâtre, ainsi que de la corde. le deuxième tiroir découvre une paire de botte légère en cuir apparemment neuve. Le dernier tiroir s'ouvre sur rien, de la poussière et des toiles d'araignées.


Citation:
Hydromel Grand Cru (For+3 pendant 6 tours. Le degré d’alcool provoquera probablement une tendance à prendre des risques inconsidérés.)
Potion de Pv +10Pv/dose (3 doses)
Botte en cuir (+10 esq)

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 17 Mai 2015 02:23 
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Elle ouvre brutalement le premier tiroir, un sac roule et tinte en claquant contre une corde mal roulée. Elle referme un peu la première gueule et ouvre la seconde. Elle renferme une paire de bottes qu'Inès sort immédiatement en jetant un coup d'œil nerveux vers la porte. Elle essaie d'en enfiler une, s'aidant de la commode pour ne pas vaciller mais elle est bien trop nerveuse, anxieuse à l'idée d'être surprise. Elle ressent chaque zone martyrisée par les assauts de morceau viande d'en bas, et plus encore la chair mordue à la base de son cou, qui lui arrache une violente douleur tandis qu'elle étire son bras pour enfiler cette foutue botte. Elle est trop grande. Ça sera toujours mieux que rien. Elle enfile la deuxième, toujours aux aguets et finit par ouvrir le dernier tiroir qu'elle trouve vide.
Elle revient au premier et ouvre, nerveusement mais sans geste brusque, le sac. Deux fioles, dont une composée de trois pièces se vissant à la suite les unes des autres. Dans l'une, un liquide à la couleur d'ambre qui, quand elle le renifle, se confirme être de l'hydromel. Dans la fiole triple, un liquide sombre et épais qui ne lui inspire pas confiance. Elle le renifle, une odeur intense de fer lui remonte les fosses nasales jusqu'à lui taper au fond de la gorge. Elle marque une moue de dégout et rebouche le flacon. Elle remet tout dans le sac et s'en saisit d'une main tandis qu'elle empoigne la corde de l'autre, celle-ci se déroule et traîne sur le sol alors qu'elle se dirige vers le tonneau avant de rejoindre les escaliers. Ses bottes claquent et brisent le silence étouffé de la rue. Elle redescend, en laissant la trappe ouverte, et retourne jeter un œil au sous-sol.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mar 19 Mai 2015 20:29 
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Le sous sol tu retrouves le cadavre de l'elfe, baignant dans son sang. Les caisses sont toutes les mêmes et contiennent de l'eau sale et impropre à la consommation, sauf trois. Une rouge une bleu et une verte, qui sont mieux fermés.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mar 26 Mai 2015 02:09 
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Le type gît toujours dans son lit de tonneaux et de caisses éclatées sur lesquels des éclaboussures de sang encore frais luisent. Elle dépose son sac et sa corde et s'arrache deux petits morceaux de tissus pour les fourrer au bout de ses bottes. Elle est, de toute façon, totalement débraillée et un peu plus ou un peu moins n'y changeront plus grand-chose. Entre chaque geste, elle marque une courte pause, pour guetter les bruits suspects et lancer des regards vigilants vers le haut des escaliers. La maison est calme, ce calme oppresse Inès qui se remet en action pour fouiller les caisses étalées sur le mur opposé au cadavre. Certaines se rendent, sans résistance, à l'indiscrétion de l'elfe, tandis que d'autres lui demandent une légère insistance. Dans toutes les caisses ou morceaux de caisses, ça pue l'eau croupie et les eaux usées. Le liquide sale se revêt d'une robe irisée qui apparait et disparait au gré des oscillations de la torche ou des bousculements d'Inès.
Elle finit par buter sur trois caisses, abîmées sans être dans un état pitoyable, chacune d'une couleur différente. Une rouge, une bleue, une verte.
Elle se laisse choir à côté des trois caisses rassemblées, blasée.

"Ça commence à sérieusement me courir sur le bonnet cette histoire…"

Elle est dans cette cave sinistre, le gars qu'elle a achevé sans remord lui tient compagnie, l'autre a tout simplement disparu elle ne sait où, elle ignore s'il compte revenir, elle n'a plus son équipement et, surtout, elle n'a plus son coffre.

"Et me voilà à hésiter entre des couleurs. Quel bourbier !"

Sans raisonner sur son choix, elle se saisit de la caisse rouge et tente de l'ouvrir en utilisant un morceau de caisse traînant à proximité. Nerveuse, elle maintient ses coups d'œil vers les escaliers et marmonne :


"Si je retrouve cet humain, je remets les comptes à l'équilibre…"

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Jeu 28 Mai 2015 18:40 
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Ines trouve dans la caisse une targe protégé par de la sciure de bois. Le petit bouclier, finement orné, léger semble très résistant. Alors qu'elle contemple sa trouvaille, Gezabelle débarque, tonitruante et faisant un ramdam de tout les diables.

Par Rana, Ines ça va?

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Lun 1 Juin 2015 01:17 
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Les planches finissent par craquer, de la sciure de bois s'échappe et laisse entrevoir, dans la crasse ambiante, une surface patinée et ciselée. Elle jette un coup d'œil vers le puit de lumière des escaliers et, plus ou moins rassurée, elle époussette le manteau de bois qui recouvre sa trouvaille et esquisse un sourire qui s'amplifie à chaque détail découvert.
Elle se tourne légèrement vers la torche, faisant ainsi en partie dos à l'entrée, et caresse la targe noire mais brillante. En son centre, deux dragons affrontés formant un cœur vif et féroce se détachent du fond légèrement granuleux, laissant libre court aux jeux de lumière de la torche sur sa surface. Un premier contour est marqué par une ligne marquée de rivets épais, suivent quatre bandeaux d'entrelacs à la silhouette tranchante et, finalement, une seconde ligne de rivets dans le prolongement des premiers.
Elle l'extrait de la caisse avec délicatesse et hausse légèrement les sourcils, surprise par la légèreté du bouclier, elle s'apprête à le retourner pour apprécier le système d'attache quand un raffut juste au-dessus d'elle lui fait monter la tension. Elle serre la caisse, qu'elle a failli renverser sur le coup de la panique, et la pose délicatement devant elle et place sa main sur sa dague en se retournant vers les escaliers. Le battement des bottes se rapproche des escaliers, Inès se fond dans l'ombre, à l'opposé du cadavre, pratiquement sous l'escalier. Les martèlements de son cœur surpassent presque ceux du pas franc et déterminé qui s'engage sur la première marche.
Inès s'imagine sauter à la gorge de l'arrivant mais la silhouette lui semble de plus en plus familière : la Barbare. Gezabelle.

L'elfe sort de l'ombre et l'humaine, épée sortie, s'exclame :

"Par Rana ! Inès, ça va ?"

Inès hoche la tête et n'essaie même pas de cacher son état lamentable et impudique. Sans lui laisser l'occasion de répliquer, elle lui répond mécaniquement :


"J'n'ai plus de coffre, j'n'ai plus d'armes, mais j'ai un cadavre, des bottes, une dague, une targe et quelques autres trucs… Reste deux caisses qui résistent à l'ouverture… T'en prends une ? Sympa l'auberge et son bain ?"

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Lun 1 Juin 2015 14:53 
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Comprenant que tu n'as plus le coffre la guerrière se défigure. Visiblement en colère elle lâche un cri rageur.


Non ! je n'aurais pas du te laisser seul.


A la proposition d’ouvrir les coffres, elle répond fermement.

Non on doit retrouver le coffre et l’amener au temple.

devant l'incompréhension de l'elfe, elle reprend plus doucement.

Je ne suis pas une mercenaire, je ne l'ais jamais été, j'étais mandaté par le temple pour te suivre et veiller sur le coffre. On savait que des forces obscures projetaient de le dérober, mais on ne savait pas quand, qui et comment. C'est pour cela que je ne t’ai rien dit, personnes ne devait se douter. Dit moi à quoi ressemble les voleurs.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Lun 8 Juin 2015 19:23 
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Mais l'humaine n'a que faire du discours et de l'allure d'Inès et réagit immédiatement à l'annonce de la perte du coffre.

"Non ! Je n'aurais pas dû te laisser seule !"

Elle est manifestement furieuse, contre elle-même, et un peu paniquée, mais cela n'empêche pas l'hiniönne de poursuivre jusqu'à la fin de son exposé.
Gezabelle secoue l'air de la main et de l'épée comme pour mettre fin au plus vite aux inepties d'Inès.

"Non, on doit retrouver le coffre et l'amener au temple."

Le regard vide et las d'Inès se réveille instantanément à l'annonce du temple. Son cœur s'emballe, le sang déferle dans ses veines, la tension monte et sa main se plaque instinctivement sur sa dague. Comment sait-elle pour le temple ?! Qui est-elle ?! Elle avait raison de ne pas lui faire confiance ! Elle en veut au coffre de Vahly ! Elle est comme les deux gorets de cette foutue baraque ! Mais plus pernicieuse encore.
Sa bouche s'entrebâille, elle veut lui hurler dessus en la mettant à genoux par les cheveux. Elle veut lui pointer la dague devant l'œil et la faire avouer.

Gezabelle la voit hésitante et reprend d'une voix douce et posée :

"Je ne suis pas une mercenaire, je ne l'ai jamais été. J'étais mandatée par le temple pour te suivre et veiller sur le coffre.
On savait que des forces obscures projetaient de le dérober, mais on ne savait pas quand, qui et comment. C'est pour cela que je ne t’ai rien dit, personne ne devait se douter. Dis-moi à quoi ressemblent les voleurs."


La rage s'estompe lentement, si bien qu'à la question de Gezabelle, Inès reste un moment encore à hésiter. Ment-elle ? Après tout, elle l'a fait pendant ces presque deux jours. Mais, même si elle ment, elle peut tout de même servir à choper l'autre vermine, avec son équipement et son coffre. Parce qu'il s'agit bien de son coffre. À elle.

"Y'en a un là."

Elle le désigne de la tête et d'une voix calme.

"Il ne sera plus obligé de supporter tes grossièretés…"

Elle esquisse un sourire et reprend :

"L'autre, je dirais humain, race inconnue, taille moyenne, chauve, le visage abîmé par des cicatrices sans doute, mais je ne saurais pas dire combien ni où. C'est un combattant, ou en tout cas il en a l'équipement.

Qui sont-ils ? Comment comptes-tu le retrouver ?"

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mar 9 Juin 2015 10:17 
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« Il m'a laissé là ! » s'exclama Anastasie, furieuse. « Seule ! Une jeune femme de mon statut, laissée à la merci des loups et des bandits de grands chemins ! »

Le Duc Dimitri esquissa une moue désolée, suivie d'un regard noir à l'attention de Fitzekiel.

« Je suis vraiment navré, Ana, » s'excusa-t-il d'un ton calme. « J'avais donné pour ordre à cet homme de tuer ces deux hors-la-loi, et il a tendance à s'en tenir strictement à ceux-ci quand ça l'arrange. »

L'intéressé, visiblement amusé par la situation, lâcha un petit ricanement, s'attirant un regard foudroyant de la part du noble.

Cela faisait déjà deux jours qu'Anastasie était rentrée chez elle retrouver des parents morts d'inquiétude. Après avoir passé plus d'une journée à pleurer et à dormir, elle s'était levée comme si de rien n'était, décidant qu'elle allait passer voir le Duc en personne pour qu'il remonte les bretelles du goujat qui avait osé la laisser au beau milieu des bois après toutes les expériences traumatisantes qu'elle avait vécu.

« Ceci dit, tu n'aurais pas dû faire la route jusqu'à Kendra Kâr toute seule, » continua-t-il d'un ton réprobateur. « Tu es à peine tirée d'affaire que tu t'exposes de nouveau au danger ? »

La jeune femme baissa la tête en marmonnant quelques excuses maladroites. Elle aurait répondu sèchement et impérieusement à n'importe qui d'autre, mais en la présence du Duc Anastasie était une toute autre personne.

« Ce n'est pas à moi que tu dois t'excuser, c'est à tes parents, ils doivent se faire un sang d'encre. J'ai peu de personnes à détacher pour t'escorter, alors j'aimerais que tu restes en ville pour l'après-midi. Quelqu'un t'accompagnera chez toi en début de soirée. »

Sur ces paroles, il se leva pour ouvrir la porte à la demoiselle, qui pu, à sa grande satisfaction, le contempler de plus près. A sa connaissance, Anastasie était la seule dame de la cour à trouver du charme au Duc. C'était un homme grand, presque autant que Fitzekiel, et musclé. Son visage, long et anguleux, était orné de plusieurs cicatrices, la plupart partiellement cachées par son épaisse barbe noire. Ses cheveux courts prolongeaient parfaitement sa pilosité faciale et donnait à son visage un étrange mélange à mi-chemin entre la bestialité et la discipline militaire.

( Mmph. Et pourquoi papa ne veut pas que je l'épouse, au juste ?  )

« Et reste dans les quartiers sûrs, s'il te plaît. »

La jeune femme se leva et, attrapant les pans de sa magnifique robe à dentelles, quitta la salle en marquant particulièrement son déhanché, tout en prenant soin toutefois de ne pas avoir l'air de racoler. C'était un art qu'elle maîtrisait à la perfection, s'entraînant depuis son adolescence.

( Parce qu'il a quarante ans ? Laisse moi rire, papa est de plus de dix ans l'aîné de maman et ça leur a jamais posé de problème. )

« Merci de m'avoir reçu, Monsieur le Duc, » fit-elle sans même se retourner, d'un ton froid et hautain. Un homme comme Dimitri devait probablement aimer les femmes fatales.

( S'il fait lui-même sa demande, papa ne pourra jamais le lui refuser. )

---------------


« Dis moi ce que tu en penses, » demanda Anastasie à la fille de la tailleuse. « Honnêtement. »
« Parfait, » répondit celle-ci. « Tu aurais même pu demander à ma mère de raccourcir un peu plus le dos. »

La petite noble s'empourpra.

« Tu es folle ! Je ne veux surtout pas qu'il ait une mauvaise opinion de moi ! J'ai déjà peur qu'elle en montre un peu trop dans l'état où elle est. »

L'intéressée ricana à la vue des joues de son amie, ce qui n'eut pour effet qu'énerver d'avantage la jeune femme, déjà à cran à l'idée de se présenter dans sa robe nouvellement ajustée devant le Duc. Sérénité, la fille de la tailleuse, était la seule véritable amie d'Anastasie. Et il était difficile de ne pas le remarquer lorsque l'on connaissait la jeune noble. Elle d'ordinaire si froide, impérieuse et cassante, surtout avec les personnes d'une caste sociale inférieure à la sienne, était subitement tout à fait charmante et agréable.

Sérénité était une très belle jeune femme de trois ans l'aînée d'Anastasie. Sa longue chevelure brun clair, presque rousse, encadrait un visage d'ange à l'air pur. Elle était grande et pulpeuse, bien plus que sa jeune amie, qui enviait particulièrement sa poitrine plus que généreuse. Bien que d'ascendance bien plus modeste que la jeune noble, l'apprentie tailleuse se tenait comme une princesse et s'habillait, grâce au travail de sa mère, comme une comtesse. Son tempérament pouvait parfois paraître tout aussi enflammé que celui d'Anastasie, mais la plupart du temps elle transpirait la joie de vivre et la douceur de sa mère. La jeune noble l'admirait beaucoup ; le seul aspect de sa personnalité qu'elle n'appréciait guère était sa tendance à écarter les jambes bien trop spontanément.

« Tu devrais apprendre à t'amuser Ana. Reste ici pour la soirée, j'ai un ami à te présenter. Un jeune pirate de Tulorim, il a une verge de la taille d'un... »
« SERENITE ! » la coupa-t-elle, horrifiée. « Je n'offrirais mon corps à personne d'autre qu'à Dimitri. Fin de la discussion. Et tu devrais apprendre à garder tes cuisses fermées pendant plus d'une journée. »
« Passons les étapes intermédiaires, donne moi directement une corde pour me pendre à un arbre. »

Anastasie, renfrognée, préféra ne pas relever la remarque de son amie et se repositionna face au miroir pour admirer le travail de la mère de celle-ci. La robe de ville dans laquelle elle était arrivée ressemblait maintenant à une robe de bal. Les manches et les épaules avaient été découpées, et le décolleté avait été largement approfondi, quoique caché par des petits morceaux de tissus blancs. Les dentelles du bas avaient également été remplacées par des étoffes semblables, rendant le tout un peu moins poupée et plus mature.

« Avec ça, s'il ne commence pas à me considérer comme une femme, je ne sais plus quoi faire. »
« Tu peux toujours te mettre à quatre pa... »
« SERENITE ! » s'empourpra Anastasie à la grande satisfaction de son amie, qui riait maintenant à gorge déployée. « Si je tenais celui qui t'a rendu aussi... dévergondée. »
« Le jour où tu sauras ce que tu rates tu changeras de discours, crois moi ma belle, » répondit l'apprentie tailleuse.
« Appelle moi fleur bleue, mais je ne veux connaître la couche que d'un seul homme. Et si ça pouvait être le Duc, ça m'arrangerait. »

---------------


Anastasie tentait de ne pas montrer sa satisfaction devant la mine confuse de Dimitri. Après plus de cinq ans de tentative de séduction en tout genre venues s'écraser sur le mur d'indifférence du Duc, la jeune femme savourait chaque instant de cette première victoire.

« Je... hum... je ne m'étais pas rendu compte que tu avais tant grandie, » commença-t-il, visiblement mal à l'aise, mais attrapant tout de même délicatement sa main. « Je n'ai trouvé personne pour te raccompagner, alors je m'occuperais personnellement de t'escorter. »

Dans un coin de la pièce, avachi sur un fauteuil, Fitzekiel leva un sourcil, un sourire aux lèvres. Peut être mentait-il pour passer un peu de temps avec elle, songea la jeune femme, à qui l'idée plaisait beaucoup.

« Il me semblait pourtant que tu m'avais demandé de le faire, » fit-il.
« Je n'ai pas assez confiance en toi ! » rattrapa l'autre d'un ton sec, tentant de cacher son malaise.

Cette intervention du géant confirma les suspicions d'Anastasie, qui avait de plus en plus de mal à ne pas afficher un sourire radieux. Pourtant, son bonheur allait être de courte durée, car bientôt quelqu'un frappa à la porte. Un jeune soldat personnel de Dimitri fit irruption dans la pièce, porteur de ''bonnes'' nouvelles.

« Monsieur, nous avons localisé le campement des frères Achari. Ils ont environ une trentaine d'hommes avec eux, à moins d'une demi journée de Kendra Kâr. »

Anastasie savait ce que cela signifiait et elle voulait hurler sa rage à ce jeune soldat impétueux avec son stupide ton enjoué. Elle se retint de toutes ses forces de ne pas refermer violemment la porte au visage du malotru qui avait osé les interrompre, et tenta d'afficher un air mesuré avant de prendre la parole.

« Je suppose que vous allez devoir y aller, » fit-elle d'un ton neutre.

Le Duc semblait en proie au doute, comme s'il hésitait entre son instinct et sa raison. Mais en homme d'état responsable qu'il était, la raison l'emporta et il acquiesça tristement.

« Cela fait des semaines qu'ils nous échappent, je ne peux pas laisser passer cette chance. Fitzekiel te raccompagnera. »
« Je comprends, » répondit la jeune femme d'un ton bien plus calme qu'elle ne s'en pensait capable. « Mais je pensais revenir la semaine prochaine. Alors je ne partirais pas avant que vous m'ayez promis de me servir d'escorte personnelle la prochaine fois. »
« C'est une promesse, alors. »

( Après tout, il me voit comme une femme maintenant, le plus dur est fait. )

Sur ces paroles le Duc disparu avec le jeune soldat, laissant la jeune femme aux mains du rustre dont elle était venue demander la réprimande le matin même.

« Tu es prête ? On doit partir maintenant, le soleil se couche. On n'arrivera pas avant le milieu de la nuit mais Dimitri a promis à ton père que tu serais chez toi avant demain matin par missive. »
« Je crois que c'est ''Monsieur le Duc'' pour vous, et non Dimitri, » rétorqua Anastasie d'un ton hautain. « Et c'est un vouvoiement et un ''Mademoiselle'' pour moi. »
« Si tu veux l'appeler Mademoiselle, c'est toi qui vois, mais je doute qu'il apprécie, » ricana le géant, jouant sur les mots. « Allez, on y va. »

La jeune noble chercha une réplique cinglante à lui envoyer, mais, à court d'inspiration, se contenta d'un soupir d'agacement avant de se décider à le suivre.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mar 4 Aoû 2015 17:43 
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PrologueUne ombre dans les jardins

Evelyn vérifia une dernière fois que la lame de sa dague coulissait bien dans son fourreau avant de quitter sa cachette. Elle attendait cet instant depuis longtemps, son heure de gloire ! Elle pourrait enfin prouver à Ghislain qu'elle était digne de leur organisation et peut-être même rencontrer leur employeur ! La jeune femme traversa la rue, son ombre grandissant à chacun de ses pas sous la lumière de la lune et le clocher sonnant l'ultime heure de la journée dans son dos.

Elle attendait depuis un long moment, ayant méthodiquement fait le tour de la propriété, le seul accès viable semblait se trouver au niveau des écuries. Une porte donnait directement sur la rue, sûrement pour ne pas gêner à la circulation dans la cour de la demeure, elle profiterait de ce point faible avec un petit sourire amusé.

Surveillant les alentours pour ne pas être surprise par le guet, elle glissa lentement la lame de sa dague entre les battants de la porte avant de la faire remonter en douceur, une résistance marqua son mouvement un instant alors qu'elle sentait le poids du verrou à travers la porte. S'armant de patience, elle continua à lever sa dague vers le haut jusqu'à ce qu'un léger bruit ne lui apprenne que le loquet avait quitté sa cale. Posant une main gantée sur le battant de bois, elle le poussa délicatement pour jeter un coup d'oeil à l'intérieur.

Une faible lueur éclairait les lieux, vestiges d'une lampa achevant de se consumer dans un coin des écuries. Tendant l'oreille, elle ne percevait que des bruits d'animaux provenant des stalles, aussi écarta plus avant le panneau de bois et posa un premier pieds à l'intérieur.

Prenant garde à la position de ses petons, elle progressa rapidement au sein de la dépendance, ne s'arrêtant qu'une fois proche de la porte, retenant un cri de surprise.

Quelqu'un se tenait face à elle, dans l'ombre, la tête rivée vers elle, assis dans le noir. Elle s'immobilisa immédiatement à sa vue, se préparant à faire taire l'important s'il osait ne serait-ce qu'esquisser une tentative d'alarme, mais l'homme ne fit rien, l'observant.

Son coeur manqua un battement lorsque l'homme émit enfin un bruit, mais elle se rassura vite, la profondeur de ses ronflements devait témoigner d'un état d'ivresse avancée lorsqu'il s'était assoupi, comme pouvait également l'indiquer la présence d'une bouteille dans sa main mollement avachie contre sa cuisse, le liquide empourprant légèrement le tissu de ses braies.

Rassurée, elle reprit sa progression au sein de ce territoire ennemi, n'ayant d'autre choix que de quitter les écuries par la grande porte, les rayons de la lune braquaient sur elle.

Yuia devait la faire bénéficier de ses faveurs, car la seule sentinelle dont elle put percevoir l'ombre était occupée à trousser l'une des servantes dans un coin de la cour. La demoiselle, toute à son occupation ne perçut le faible murmure des bruits de pas d'Evelyn alors qu'elle quittait les zones de lumières pour s'enfoncer dans les ombres du jardin marquant l'arrière de la propriété.

Magré ses précautions, la jeune voleuse devait découvrir que le milieu dans lequel elle s'était enfoncé se révélait être un nid de traîtrise comme pouvait en attester la branche qui venait de se rompre sous sa botte. Véritable système d'alarme ou absence de travail des jardiniers ? Elle n'aurait su faire la différence et ne pouvait se pencher sur le problème pour l'heure alors qu'elle entendait réagir l'une des sentinelles de la famille Peyron.

Riche marchand ayant connu le succès dans le commerce maritime, Savignan Peyron disposait des moyens d'entretenir une petite milice privée pour sa protection et celle de ses propriétés en ville, des hommes souvent de métier, aguerris et qui s'ennuyaient profondément..

Evelyn avait pensé pouvoir passer facilement sous leur nez, leur vigilance endormie par la répétition des nuits sans aucun trouble, estimant que la bague d'ambre caractéristique du marchand et son livre de comptes pouvait constituer un parfait cadeau pour l'arrivée de leur employeur, mais visiblement sa première idée venait de lui jouer un tour.

S'immobilisant au coin d'une haie, elle attendit que les bruits de bottes de la sentinelle se rapproche, la lueur de sa torche illuminant petit à petits le tapis d'herbe fraîche dont était constitué le sol du jardin. Elle n'avait droit qu'à une tentative si elle voulait éviter l'alarme et les risque d'être prise, aussi arma t-elle son geste à l'avance, visant un point approximatif pour être prête dès que l'homme tournerait.

Basculant le poids de son corps en avant en bougeant l'épaule droite, elle détendit son bras avec force, paume tendue en direction de la gorge de l'homme. La sentinelle disposait d'un casque et d'un plastron, un uniforme efficace et d'un prix certains, mais disposant également de points faibles que l'on pouvait exploiter.

La respiration bloquée, l'homme porta une main à sa gorge dans un hoquet réfréné de surprise alors que la jeune femme se repositionner déjà pour frapper une seconde fois. Ramenant son poids sur un appui arrière, elle détendit sa jambe avec violence, talon en avant.

Le coup, bien ciblé, vint percuter le genou du garde, puissant, mais pas assez pour briser l'os, il lui fit mettre genou à terre avant de basculer déséquilibré par la modification brutale de ses appuis.

Pensant tenir son moment, elle arrêta la chute du garde en glissant un bras sous son menton maintenant délivré, crochetant sa prise à l'aide de son second bras et commença à serrer.

Elle pouvait sentir les mouvements brusques du garde contre elle, griffant les protections de cuir de ses bras, incapable de prononcer autre chose que de vagues borborygmes, la respiration coupée par ce poids sur sa gorge.

Cet agencement dura longtemps. Evelyn, les bras douloureux, maintenait sa prise tant bien que mal sous les ruades puissantes du garde. Dans une position normal, il aurait sûrement pu briser cet étreinte qui le menait progressivement vers les ténèbres de l'asphyxie, mais sa position, à moitié avachi sur le sol et la douleur qui remontait le long de son genou lorsqu'il tentait de prendre appui sur lui l'empêchait de retourner la situation.


~ Shhh, Phaïtos vous ouvre ses portes mon ami, appréciez mon don et laissez vous aller.

Elle lui murmurait des mots sur un ton qui se voulait apaisant malgré la tension qu'elle pouvait sentir dans sa voix, mais l'homme n'y prêtait pas l'oreille, tentant vainement de se sortir de cette situation alors que sa force faiblissait chaque instant un peu plus.

Bientôt il ne bougea plus, sa respiration stoppée à jamais. Des minutes entières s'étaient écoulées au cours de cette étrange étreinte et la jeune femme avait les bras engourdis lorsqu'elle laissa enfin la tête du garde s'effondrait sur son giron. Elle ne connaîtrait jamais son nom ni ses occupations, mais elle le remerciait pour le savoir qu'il lui offrait. Chaque vie prise était également une somme de temps offerte par son dieu pour continuer ses apprentissages, aussi n'éprouvait-elle pas de haine pour cet homme qui souhaitait l'enfermer.

Evelyn lui ferma les yeux, dernier geste qu'elle accordait à ses victimes, une bénédiction pour que leurs enseignement dans le monde suivant ne soient pas alternés par leur vision restée ici-bas. Elle caressait doucement la courbe de sa mâchoire dure, l'homme aurait pu être beau sans ses yeux exorbités et cette langue exsangue tentant de quitter sa bouche, mais il était trop tard pour cela. La lame de l'homme, encore rengainée, attirait davantage son regard, un instant elle voulut céder, mais une arme de ce calibre ne ferait que gêner ses mouvements et aussi la laissa t-elle au contraire de la bourse de sa victime, qui disparut rapidement de sa ceinture pour venir orner celle de son assassin.

Etouffant la torche du pieds, elle recommença sa progression, prenant cette fois bien garde aux pièges parsemant le sol à ses pieds et parvint finalement près d'une petite fontaine, marquant la fin des jardins et le début du bâtiment lui-même.

De nouveau éclairée par la lune, elle pouvait apercevoir la lueur d'autres torches dans le jardin. Décidée à ne pas traîner, elle s'avança vers le treillage qui recouvrait une partie du mur et entreprit son escalade. S'il lui fallait une preuve de plus qu'elle ne s'était pas trompée de demeure, c'était bien celle-là. Les officiers disposaient également de propriétés dans les environs, mais aucun d'eux n'aurait laissé un point d'accès aussi facile vers l'intérieur de la maison, au contraire d'un marchand qui n'y voyait qu'un ornement de plus qui laissait présager de sa richesse. Du moins était-ce ainsi que la jeune femme interprétait la présence de la structure de bois, renforcée par la présence du lierre grimpant lentement le long de la construction.

L'intruse se reçut avec souplesse sur le balcon, vide de tour ornement et ne donnant que sur une ouverture en ogive vers l'intérieur de la demeure. Le lieu devait habituellement servir à la contemplation des jardins, mais servait ce soir comme point d'entrée pour l'assassin en mission.

Eclairé par la lueur d'une bougie, elle découvrit le bureau de l'homme avec son occupant reposant tranquillement dans son fauteuil. Rendu sec par le temps et les nuits de travail, l'homme arborait une couronne de cheveux blanchi par le poids des ans, mais tourna néanmoins vers elle des yeux vifs lorsqu'elle entra dans la pièce.

Son regard, un instant interloqué se fit calculateur, il estimait ses chances de s'en sortir, insensible au charme romantique de cette inconnue tout de sombre vêtue entrant par son balcon. Ses yeux ne s'attardaient pas sur les courbes de son bureau comme elle pouvait en avoir l'habitude, mais se braquaient aisément dans ceux de l'intruse.


~ Bonsoir.

Evelyn marqua un temps d'arrêt, s'attendant à tout, des cris, des tentatives de marchandage, une fuite, mais clairement pas un mot aussi commun que "Bonsoir". Son désarroi dû marquer son visage car les lèvres du vieil homme s'ourlèrent d'un sourire narquois.

~ On ne finit pas à ma place sans éliminer un ou deux opposants, mademoiselle. Que cherchez vous ?

~ Le livre de compte, monsieur et votre bague.

Elle ne devait pas hésité, chaque seconde passée ici était une seconde de plus qui pouvait augurer la découverte du corps de sa victime, mais la tranquillité patiente de ce vieil homme l'avait troublé. Celui-ci, sans se départir de son petit sourire, referma l'ouvrage sur lequel il était penché à l'arrivée de la jeune femme avant de le faire glisser sur le bureau dans sa direction. Dans un mouvement lent et calculé pour ne pas l'effrayer, il leva sa main gauche avant de venir récupérer la lourde bague en ambre juchée sur son index qui faisait sa réputation.

~ Je n'aurais qu'une demande. Si vôtre employeur n'en a plus besoin, qu'elle revienne à mon fils cadet, il est le véritable héritier de mon esprit.

~ Je m'y emploierais monsieur.

La chose semblait bien se passer, Evelyn se réjouissait de découvrir enfin une personne appréciant son don à sa juste valeur, il connaîtrait un monde où la vieillesse ne serait plus un handicap pour lui et c'est avec un discret sourire qu'elle s'avança vers le bureau. Mais c'était sans compter sur la fourberie du vieil homme, endormie par son calme apparent, elle n'avait pas vu sa main se poser sur l'encrier à sa gauche et ne comprit le piège que lorsque celui-ci quitta la table en direction de son visage.

Levant un bras pour se protéger, elle quitta un instant le vieillard des yeux et recula d'un pas. Un pas salvateur, issu des réflexes de combats qu'elle avait mené dans la rue et qui lui permit ne pas être écrasée par le bureau quand Savignan le renversa vers elle.


~ ALERTE !!! AUX GARDES !! INTR-us...

Le corps de l'homme connaissait quelques soubresauts alors qu'un sourire écarlate fleurissait lentement sur sa gorge, une partie de son liquide vital maculant à présent la dague de la jeune femme. Elle ne pouvait le remercier ni lui fermer les yeux, l'alarme donnée il ne lui restait que peu de temps. Aussi empaqueta t-elle du mieux possible le livre dans une pièce de tissu avant de glisser la bague dans la bourse de sa précédente victime et quitter la chambre pour le balcon.

Elle voyait les torches se multiplier dans le jardin, mais n'apercevait aucun autre point de sortie. Une seconde escalade lui aurait pris de temps et elle entendait déjà les premiers gardes frappait à la porte du bureau de leur maître. Désespérée, elle posa un pieds sur la rambarde avant de se jeter en direction du jardin, atterrissant dans une roulade calculée, mais non pas sans le craquement sinistre de sa cheville droite.

Pourchassée, handicapée, elle entreprit de passer par le plus court chemin vers les écuries, retenant sa respiration à plusieurs reprises alors que des sentinelles passaient à proximité d'elle, mais par chance semblaient concentrés sur la demeure et ce qui pouvait bien en sortir.

Les cris la signalant dans les jardins la signalèrent bien tard dans son dos alors qu'elle claudiquait dans l'écurie. Le palefrenier encore assoupi, sa bouteille à la main, ne lui opposa aucune résistance et la laissa passer, retrouvant la liberté de la rue et bien vite l'ombre salvatrice des ruelles.


-Fin du Prologue-

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mar 20 Oct 2015 12:04 
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Anastasie jeta un coup d’œil en coin au Duc Dimitri. Il avait agit plutôt froidement à son égard, au vu de leur rapprochement à leur dernière rencontre, si bien que la jeune femme soupçonnait Fitzekiel de s'être vanté des avances qu'elle lui avait adressé. Mais au fond elle était rassurée de ne pas avoir à l'éconduire personnellement ; c'était certes lâche, mais après toutes ces années à lui courir après il lui semblait cruel de repousser ses avances au moment où il s'intéressait finalement à elle en tant que femme. Surtout pour se jeter dans les bras de son homme de main, un malpropre, pirate et à moitié prisonnier qu'il ne parvenait à tenir en laisse que par chantage.

« Comme vous pouvez le voir, aucune d'elle n'est mort de la même façon, » déclara le médecin légiste, la tirant de sa rêverie. « Celle-ci a eu la gorge tranchée, celle-là a été étranglée, alors que les deux autres sont mortes de plusieurs coups de couteau portés vraisemblablement sans grande précision. »
« C'est pour ça qu'on pense que ces meurtres ne sont que dans un but sacrificiel, et non de la part d'un cinglé qui aurait une dent contre ce genre de femmes, » intervint, Rénus un des hommes de Dimitri. « Sinon le meurtre aurait eu autant d'importance que la mise en scène. »

Cet homme lui avait été présenté quelques minutes plus tôt comme l'un des lieutenants du Duc, et plus précisément celui chargé des enquêtes. Ils se trouvaient dans un sous-sol du quartier général de Dimitri, emménagé en salle d'examen spécialement pour enquêter sur les meurtres. Le Duc ne possédait que d'un nombre extrêmement réduit d'hommes comparé à la milice Kendrâne, et tous ses moyens militaires découlaient de sa poche et de celle des nobles prêts à le financer, mais sa petite armée personnelle ne souffrait nullement la comparaison des troupes indépendantes que l'on pouvait trouver un peu partout sur Yuimen. C'est pourquoi, en plus d'être un noble de première importance, il possédait l'influence nécessaire pour recevoir de la milice la gérance de certains dossiers que celle-ci ne pouvait pas faire passer en premier plan.

« Non, ça ne colle pas, » rétorqua la jeune femme. « Il y a quelques critères essentiels pour certains sacrifices, mais rien d'aussi précis. »
« Alors ce ne sont pas des sacrifices ? » demanda Dimitri.

Anastasie se mordit l'intérieur de la lèvre. Quelque chose la frappait devant le spectacle qu'offrait ces quatre femmes. Quelque chose à laquelle la description de Fitzekiel ne rendait pas gloire.

« Elles se ressemblent beaucoup trop pour cela. »

Rénus afficha un air peu convaincu.

« Question de point de vue. »
« Je ne parle pas de ressemblance purement physique, plutôt d'un sentiment général, » répondit la jeune femme, cherchant tant bien que mal à mettre des mots sur son intuition. « Ce sont des... mères. »

Le lieutenant attrapa un registre, confus.

« Non, non, » fit-il finalement. « Les deux seules dont on connaît l'identité... »
« Rah, mais non ! » s'énerva-t-elle. « Pas dans ce sens là. Je veux dire qu'elles sont la représentation des mères ou des mères spirituelles telles qu'on les voit dans une majorité des récits populaire. Des femmes dans la quarantaine, plantureuses, un peu bourrues qui inspirent un sentiment de chaleur au héros. Quels étaient les métiers de celles qu'on a identifié ? »
« L'une était tavernière, l'autre s'occupait d'un orphelinat. »
« Voilà, des femmes sociables, très certainement chaleureuses et gentilles. »

Rénus et Dimitri échangèrent une moue quelque peu admirative, arrachant un ricanement de la part de Fitzekiel.

« Et tu voulais engager un expert à quinze mille yus la semaine. »

Toute cette attention subite arracha un léger rougissement aux joues d'Anastasie.

« En plus... on l'a faite venir pour les histoires de magie noire, pas pour l'enquête elle-même, » ajouta le Duc.
« Ouais, » rétorqua le géant avec son habituel sourire en coin, signe annonciateur d'une réplique cinglante, « trouver ça c'était le boulot de Rénus normalement, pas d'une noble de vingt ans dont c'est la première enquête. »

L'intéressé afficha une mine sombre mais ne releva pas la pique, conscient du bien fondé de celle-ci.

« Ce n'est pas le moment de se disputer, » intervint Dimitri. « Anastasie, qu'est-ce que tu peux nous dire de plus ? Qu'est-ce que c'est si ce ne sont pas des sacrifices. Il les tuerait par vengeance ? Par passion ? »

La jeune femme se gratta la joue, examinant le corps le plus proche. Elle n'était pas experte en psychologie, et encore moins dans celle des cinglés qui pouvaient tuer par simple passe-temps, mais la remarque de Rénus concernant l'importance de l'acte du meurtre en lui-même semblait fondé.

« Non, je pense que c'est un rituel. »
« Vous venez de dire l'inverse, » intervint le lieutenant, visiblement perdu.
« Non, j'ai dit que ce n'était pas des sacrifices. Le livre « Gaïa la Chasseresse » différencie de manière très précise ces deux actes. »
« Gaïa la Chasseresse ? » interrogea le Duc.
« C'est un ouvrage de référence, pour apprendre à identifier et combattre la magie noire. Et ce livre, disais-je, différencie le sacrifice et le rituel. Le sacrifice est soit ce que l'on offre à un Dieu ou à une entité que l'on considère comme supérieure dans le but de s'attirer ses faveurs, soit en magie noire, la dernière phase de certains rituels, dont le but est de libérer la puissance que l'on a accumulé tout au long du processus par la magie du sang. Mais là les meurtres ne sont pas une offrande, ni le dernier acte d'un rituel, sinon ils auraient tous eu lieu dans le même laps de temps. Non, là ils font partis intégrante du rituel. »
« Et qu'est-ce que ça change concrètement pour notre enquête ? » s'impatienta Rénus.
« Les sacrifices et les rituels n'ont pas du tout les mêmes codes. Un sacrifice doit être opéré selon les désirs, fantasmés ou avérés, de l'entité dont on cherche les faveurs. Pour comprendre le but et la nature de ces sacrifices, il suffirait d'identifier l'entité en question et de connaître sa psychologie. Il serait ensuite facile de comprendre quand, comment et pourquoi ces meurtres ont lieu, et le qui viendrait dans la foulée. Mais les rituels, il y en a un nombre infini. Si certains sont réutilisés régulièrement et connus, ça ne veut pas dire que chaque rituel possible a été répertorié et qu'il suffit de chercher la signification de celui-ci dans un livre pour avoir notre réponse. »
« En somme, c'est plutôt une très mauvaise nouvelle si le but est rituel, » conclut le Duc, un air terne sur le visage. »
« Ce n'est pas aussi catastrophique que ça en a l'air, » le rassura Anastasie. « Vous vous doutez bien que ces rituels ne sont pas fait au hasard, et les mages noirs ne connaissent pas simplement et tout à fait naturellement la marche à suivre pour les appliquer. Ce n'est rien de plus compliqué que la science, l'art, ou même les rituels religieux, ou de magie blanche. Il y a un certain nombre de codes et de significations, et l'instigateur du rituel ne fait rien d'autre que les assembler et les théâtraliser pour en tirer un sort. Si l'on parvient à identifier les codes présents dans ce rituel, alors on pourra en comprendre les tenants et aboutissants et arriver jusqu'au tueur. »
« Et vous pouvez faire ça ? » interrogea le lieutenant. « Identifier les codes, je veux dire. »
« Non. Premièrement parce que je n'étudie la question de la magie noire que depuis une semaine, et ensuite parce que, de toute façon, il y a bien trop de codes. L'énorme majorité doit être répertoriée dans les ouvrages du temple de Gaïa ou dans ceux de la bibliothèque de Kendra Kâr, mais il n'est pas possible de tous les apprendre par cœur. Et puis, ils ne sont pas écrits noir sur blanc, il faut les interpréter. Je vais avoir besoin d'aller consulter ces ouvrages, et cela prendra certainement plusieurs heures. »
« Mais le temple et la bibliothèque sont tous deux fermés au public à cette heure. »

Anastasie serra les dents de frustration. Lorsqu'elle avait pénétré dans ce bâtiment il faisait déjà presque nuit noire, et c'était une heure plus tôt. Il ne faisait aucun doute qu'aucun des deux bâtiments ne soit effectivement ouvert à une heure pareille.

« Alors j'irais demain matin à la première heure, » conclut-elle. « Je vais avoir besoin d'examiner les corps un peu plus longtemps, par contre. Mais je n'ai besoin que du registre et de votre médecin. »
« A votre service, » accepta ce dernier, comme heureux que l'on fasse de nouveau attention à lui.
« Bien, » fit le Duc. « Lorsque tu auras terminé, demande à un garde de t'escorter jusqu'à ta chambre, Kendra Kâr est une ville dangereuse de nuit. »

La fierté de la jeune femme la poussait à rétorquer qu'elle pouvait très bien se défendre seule, mais elle se ravisa au dernier moment, préférant éviter une conversation qu'elle savait perdue d'avance. Sans compter que l'atmosphère de cette salle pleine de cadavres ne la rassurait guère, et que la perspective d'avoir une escorte armée n'était, finalement, pas pour lui déplaire.

Dimitri et ses deux hommes quittèrent donc la pièce par les escaliers en colimaçon, laissant Anastasie seule avec le médecin légiste et les quatre corps.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mar 20 Oct 2015 12:12 
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« Donc, que vouliez vous voir ? » demanda le légiste.
« Je suppose que votre examen est intégralement noté dans le registre ? »
« Effectivement. Et tout ce qui ne relève pas de la magie a été analysé. »
« De la magie ? Je suppose que vous faites référence à la marque sur leur front ? »

Le médecin hocha la tête en confirmation. Il semblait effectivement logique qu'il ne se risque pas à étudier ces marques alors que sa connaissance même en magie noire ne lui permettrait pas d'arriver à une quelconque conclusion.

« Bien, je regarderais les détails de l'autopsie chez moi ce soir, » fit la jeune femme. « En attendant, penchons-nous sur ces étranges marques. »

Elle s'approcha du corps le plus proche, et également le plus récent, celui qui avait été égorgé. Les cadavres étaient maintenus en parfait état grâce à la magie blanche, mais ce choix n'en était pas dû au hasard pour autant : Anastasie voulait recueillir les données les plus récentes possible. Le médecin effectuerait ensuite la même opération sur les trois autres cadavres pour remarquer s'il y a une différence entre les procédés, mais il était déjà tard et une longue nuit d'étude s'annonçait devant la petite noble, qui devait résoudre cette affaire le plus rapidement possible.

La jeune femme passa ses doigts sur la marque noire apposée sur le front de la victime, mais la texture de la trace ne différait en rien de celle de la peau. Comme le lui avait dit Fitzekiel plus tôt dans la journée, elle était semblable à une tâche de naissance, comme incrustée dans la peau. En se penchant, on pouvait même voir les pores et les aspérités de celle-ci. La marque était un rond parfait, de près de deux phalanges de diamètre, placé pile au milieu du front.

« Vous pouvez lui retirer la peau ? » demanda la jeune femme.

Sans plus de question, le médecin s'exécuta, et, attrapant un petit outil tranchant, se mit à soigneusement découper une partie du front de la victime devant les yeux quelque peu dégoûtés d'Anastasie. Une fois son travail terminé, celle-ci s'approcha de nouveau du corps pour observer la chair mise à nue. Et, comme son intuition le lui suggérait, la marque était toujours là, parfaitement visible et reconnaissable. Elle semblait même plus grande.

« Vous avez une règle ? »
« Bien sûr. »
« Mesurez la marque sur la peau que vous avez retiré et celle sur la chair, je vous prie. »

De nouveau, le légiste s'exécuta docilement. Lorsqu'il eut terminé ses mesures, il afficha un regard plein d'incompréhension à la jeune femme.

« Celle sur la chair est plus large de près d'un centimètre. »

Anastasie se mordilla l'intérieur de la lèvre, pensive.

« Retirez le reste de la chair, je vous prie. Je dois voir le crâne. »

Quelques coups de scalpel plus tard, elle put admirer une tache plus de deux fois plus importante que celle incrustée dans la peau. La plus grande partie du front était recouverte de noir, et, comme sur l'épiderme, la couleur semblait appartenir à l'os plutôt que l'envelopper.

« Donc c'est bien magique, » souffla le médecin. « Il n'y aurait eu aucun autre moyen que la magie de mettre cette marque directement sur le crâne, n'est-ce pas ? »
« J'en ai bien peur, » confirma Anastasie. « Mais pourquoi ne voit-on pas l'intégralité de la marque sur la peau ? »
« Peut-être parce qu'il l'a directement faite apparaître sur l'os ? » suggéra le légiste.
« A ce moment-là nous ne verrions pas de marque du tout. D'autant que ça l'arrangerait, nous n'aurions eu aucun moyen de savoir que la magie était impliquée, et nous chercherions certainement encore qu'un maniaque et non un mage noir. »
« Pensez-vous qu'il soit puissant ? » s'inquiéta son interlocuteur.
« Difficile à dire. En tout cas, il est inexpérimenté. »
« Qu'est-ce qui vous fait dire ça ? »

La jeune femme pointa la gorge tranchée de la victime en guise de réponse.

« Regardez ce travail, il s'y est pris à trois fois avant de l'ouvrir correctement. »
« Qu'il ne sache pas manier un couteau ne nous en apprend pas plus sur ses capacités magiques, si ? »
« Il s'y est pris à trois fois car la victime devait se débattre. La magie noire peut être utilisée pour empêcher des personnes de bouger. Surtout des femmes inaptes au combat. »

Un sentiment d'exaltation commençait à parcourir Anastasie. Elle n'était pas très à l'aise avec le fait de se sentir excitée par la perspective d'un meurtrier parcourant les rues de Kendra Kâr, mais elle faisait preuve d'un pouvoir de déduction jusqu'alors inconnu et se sentait d'une utilité qu'elle n'avait jamais expérimentée pendant sa vie oisive au domaine de ses parents. Il y avait comme une voix dans sa tête qui lui murmurait que sa place était là, à chasser le mal. Elle ne se sentait pas justicière, ni milicienne, mais elle avait enfin trouvé quelque chose à quoi elle était douée, et qu'elle puisse y risquer sa vie, plutôt que de l'effrayer, l'exaltait profondément.

« Bien, vous m'avez été d'une grande aide. Demain matin j'aimerais que vous fassiez la même chose avec les trois autres cadavres et m'écriviez un rapport. S'il y a des différences, vous me trouverez au Temple de Gaïa. Sinon, inutile de vous déplacer, j'en conclurais que toutes les autopsies étaient les mêmes. »

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mar 20 Oct 2015 12:22 
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La chambre mise à disposition par le Duc était plus confortable encore que celle qu'Anastasie possédait dans son domaine. Elle était d'une taille plus qu'honorable, possédait un lit deux places, une armoire pour y ranger ses affaires, une petite table munie d'un miroir collé au mur et même une salle de bain personnelle directement reliée à la pièce. A l'intérieur de celle-ci, un bain où pouvaient aisément rentrer deux personnes avait été remplie d'eau chaude par les deux serviteurs chargés de l'assister pendant son séjour.

Le Duc recevant de manière régulière nombre d'invités qu'il ne pouvait loger dans sa maison personnelle, le bâtiment comptait deux autres chambres semblables, mais Anastasie était actuellement la seule résidente de la bâtisse.

A peine arrivée dans la pièce, où ses affaires avaient déjà été soigneusement rangées pendant sa visite à la salle d'autopsie, Anastasie se déshabilla complètement. Après plusieurs heures de chevauchée et la présence pendant plusieurs heures de corps à moitié disséqués, elle sentait le besoin pressant d'utiliser le bain mis à sa disposition.

Elle posa ses affaires sur une chaise près de la porte, comme le lui avait indiqué sa servante, s'engouffra dans la salle d'eau, jaugea la température du bout des doigts et, celle-ci étant à sa convenance, s'immergea sans attendre dans le liquide relaxant. A peine fut-elle installée, cependant, qu'un cognement vint se faire entendre à la porte de sa chambre.

« Qui est-ce ? »

La voix d'une jeune femme lui répondit de l'autre côté du mur.

« C'est Amande, Mademoiselle. »
« Entre. »

La porte s'ouvrit, laissant apparaître une fille tout juste sortie de l'adolescence en tenue de servante. Elle avait un physique plutôt passe partout et des cheveux châtains attachés en un chignon plus pratique qu'esthétique, mais de petites fossettes aux coins des lèvres venaient apporter un charme qu'Anastasie lui jalousait beaucoup. La nouvelle venue s'engouffra dans la salle de bain et vint se poster devant la petite noble.

« Est-ce que votre bain vous convient ? Je peux faire monter plus d'eau chaude, ou au contraire vous le refroidir, si vous le désirez. »
« Non, il est parfait, merci. Mais pourrais-tu me tutoyer, s'il te plaît ? »

Depuis que les chevilles d'Anastasie avaient désenflées, elle s'était prise à éprouver une certaine affection pour les tutoiements, et, au contraire, les ''vous'' la chagrinaient de plus en plus, en particulier lorsqu'ils venaient de la part de personnes de son âge.

« Vous tutoyer ? » s'offusqua la jeune servante en écarquillant les yeux. « Je ne puis, Mademoiselle, je me ferais à coup sûr renvoyer. »
« Au moins quand nous sommes seules, alors. Ce sera notre petit secret. »

A cette déclaration, les joues de la dénommée Amande prirent une teinte rouge et elle baissa les yeux de gènes. Elle ne devait, la pauvre, rencontrer que du gratin de la noblesse dans cette grande maison, songea Anastasie. Du genre prétentieux et hautain. Du genre qu'elle était quelques semaines auparavant.

« Si cela fait plaisir à Mademoiselle... » accepta finalement la servante. « J'étais venue voir ce que vous aimeriez à dîner... heu... tu... pardon. Nous n'attendions personne, alors nous n'avons pas grand chose, mais nous pourrons vous... te préparer une petite collation. »
« Peu m'importe, je te laisse choisir. »

Amande hocha la tête et quitta la pièce, emportant avec elle le tas de linge que lui avait laissé son hôte.


Anastasie se relaxa dans le bain près d'une demie heure avant que l'eau tiédissant ne la force à s'en extirper. Elle aurait très bien pu exiger quelques baquets d'eau chaude supplémentaire, mais un certain travail l'attendait et elle jugea plus raisonnable de ne pas s'endormir dans la salle d'eau, au sens figuré comme au propre. D'autant que les serviteurs étaient en ce moment même en train de lui préparer à dîner alors même que la nuit était largement entamée et, invitée d'honneur ou non, elle se refusait à les obliger à garder son repas chaud pendant une heure supplémentaire, les empêchant par la même occasion d'aller dormir.

« Si l'Anastasie d'il y a six mois m'entendait, elle ne comprendrait pas grand chose, » se fit-elle à elle-même, un sourire en coin.
« Vous m'avez appelé, Mademoiselle ? » fit la voix d'Amande derrière la porte.
« Non, je parlais toute seule. Mais puisque tu es là, je vais être prête à prendre mon repas. Peux-tu me le faire monter ? J'ai beaucoup de travail et j'aimerais commencer immédiatement. »
« Très bien Mademoiselle. »

Une fois séchée et vêtue de ses sous-vêtements, Anastasie s'empara du registre qu'elle avait ramené du quartier général du Duc et s'installa à son bureau. Les deux livres qu'elle avait apporté avec elles s'y trouvaient déjà. Le premier, « Gaïa la Chasseresse », était le seul qu'elle avait eu le temps de terminer depuis le début de ses études personnelles sur la magie blanche et la lutte contre la magie noire. Il se concentrait surtout sur les bases, allant du lexique magique à la levée des malédictions les plus classiques en passant par la chasse de la nécromancie et la lutte contre les revenants et morts-vivants.. Le second, « Gaïa et Thimoros », était spécialisé dans la lutte contre les rituels et sortilèges relevant de la magie noir, et, s'il était plus court, était bien plus précis dans ce domaine que le premier de ses tomes. Elle n'avait cependant eu le temps de n'en lire que quelques pages. Les deux ouvrages lui avaient été offerts une semaine plus tôt par Etienne, le docteur du Domaine Terreblanc et ancien prêtre de Gaïa.

La porte de la chambre s'ouvrit, tirant Anastasie de ses rêveries, pour laisser passer Amande, portant un plateau plein de nourriture qu'elle posa sur le lit.

« N'as-tu pas froid ? » demanda-t-elle en faisant un geste vers les cuisses presque entièrement nues de la petite noble. « Je peux faire intensifier le feu si tu veux. »

La chambre, située au premier étage, disposait d'une petite aération menant directement à la cheminée de la maison, laissant une partie de sa chaleur envelopper la chambre à coucher où régnait, malgré l'hiver approchant à grands pas, une température digne d'un après-midi de printemps.

« Non merci, il fait très bon. »
« Comme tu voudras. Je suis la seule à être autorisée à entrer dans ta chambre, alors ne crains pas te faire surprendre nue. »

Anastasie lui adressa un sourire de remerciement.

« Si tu as besoin de moi tu n'as qu'à demander, je serais devant ta porte, » continua la jeune servante.
« Bien, mais tu en as assez fait, va plutôt dormir. J'ai tout ce qu'il me faut de toute manière. Et dis à George d'en faire de même. »
« Bien Mademoiselle, merci. Et si jamais, je serais dans la chambre en face de la tienne. »

Sur ces paroles, Amande quitta la pièce, laissant Anastasie seule avec son repas et son registre plein d'une vingtaine de pages d'informations en tout genre, de la plus capitale à la plus dénuée d'intérêt.

« Le soucis, c'est que l'information la plus anodine soit-elle pourrait se révéler capitale. Me voilà contrainte à tout lire. »

---


« Mademoiselle... » fit une voix douce à son oreille. « Mademoiselle... »

Anastasie ouvrit les yeux pour croiser le regard d'une Amande inquiète. Elle mit quelques temps à se rendre compte pourquoi : elle était toujours assise devant son bureau, en sous-vêtements, les bras croisés pour s'en servir d'oreiller. Sentant des courbatures parcourir son dos resté voûté trop longtemps alors qu'elle se redressait, la jeune femme jeta un œil autour d'elle. Le plateau de nourriture était presque plein, le registre n'était ouvert qu'à la seconde page et il faisait déjà jour. Visiblement, la relaxante chaleur du bain avait eu raison d'elle.

« Quelle idiote ! » jura-t-elle entre ses dents en se rendant compte de la masse de travail qu'il lui restait à accomplir, alors même que, au vu de la position du soleil, elle devrait déjà être au temple de Gaïa.
« Tu avais besoin de repos, » la réconforta la servante.
« Tu ne comprends pas, » se lamenta la petite noble. « La survie d'une femme dépend de ma capacité à rester assise plus de dix minutes sans tomber comme une pierre, et j'ai échoué lamentablement. Je vais devoir accomplir le travail de deux jours en un après-midi et ce qu'il reste de matinée. Apporte moi mes affaires s'il te plaît, il faut que je parte immédiatement. »
« Elles sont déjà là, j'étais justement venu te les apporter. »

Anastasie se leva, enfila rapidement ses vêtements de voyage – presque les seuls qu'elle portait depuis une dizaine de jours – et, en moins de temps qu'il n'en faut pour dire Gaïa, elle se retrouva au bas des escaliers, un croissant fourré dans la bouche et le registre qu'elle n'avait eu le temps d'étudier sous le bras.

« Je vais faire mander un garde, » proposa Amande, qui avait presque dû courir derrière elle.
« Aucun besoin, les quartiers que je dois traverser son sûrs... et puis, j'ai mon épée, » ajouta-t-elle en tapotant le pommeau de l'arme qui pendait à sa ceinture.
« Mais Mademoiselle... » protesta la servante, mais elle n'eut pas le temps d'ajouter quoi que ce soit que la petite noble sortait en trombe de la bâtisse.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 25 Oct 2015 01:45 
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Scène 1-c

L'oeil de boeuf bascula sans bruit, laissant la jeune femme passer sans plus de résistance.S'écroulant plus qu'elle ne se déplaçait, elle se retint de peu au rebord de la fenêtre pour éviter de finir les quatre fers en l'air, une main serrée contre le flanc.

L'entrevue ne s'était pas bien passée, loin de là. Une chance qu'elle ait pu s'en sortir en vie, chance qu'elle ne laisserait pas passer et n'arrêtait pas de remercier Phaïtos depuis lors. Retenant un gémissement, elle se releva sur un bras avant de se traîner lentement vers le premier meuble qu'elle voyait, une table basse sur laquelle reposer encore les reliquats d'une bougie abandonnée. Voilà déjà plusieurs jours qu'elle n'avait pas été allumée, aussi la jeune femme dût-elle tatonner un long moment avant de mettre la main sur le briquet à amadou qu'elle avait laissé à proximité.

Acceptant de délaisser un instant son flanc qui n'en finissait pas de la lancer, elle frotta les pierres entre elles. Une fois... Deux fois... Trois fois... Enfin ! Sa dernière tentative avait réussir à générer une étincelle suffisament puissante pour allumer la mêche, projetant enfin un maigre halo de lumière dans la pièce solitaire qu'elle pouvait seule appeler "maison".

~ On peut dire que tu as bien foiré ce soir Evy'.

Un frisson parcouru l'échine de la jeune femme, prise entre peur et douleur, elle se retourna lourdement, le dos coincé contre la table basse pour faire face à son interlocuteur.

~ Et toi tu fais plus le malin qu'avant. Tu fais quoi ici ?

Le jeune homme quitta le fauteuil élimé dans lequel il était assis jusque là, arpentant la pièce en quelque pas, les dimensions des environs ne lui permettant guère plus, obligé qu'il s'était à baisser la tête pour éviter les poutres soutenant le toit.

Il l'observait de haut, un sourire narquois aux lèvres qui parvenait mal à dissimuler le trouble qui l'animait. Il était ici pour une raison précise et visiblement pas pour l'aider à croire le tour de passe passe qu'il ne cessait de pratiquer en faisant disparaître son couteau dans sa manche avant de l'en sortir d'un mouvement rapide du poignet.


~ Mon boulot Evy', mon boulot. T'as foiré dans les grandes largeurs ce soir et Le maître a pas aimé. Résultat j'ai le choix. J'me laisse buter ou j'fais en sorte que tu disparaisses pour de bon.

~ Tu es là pour me faire passer de l'autre côté du coup ? Après tout ce temps, tu vas juste me jeter dans un caniveau avec un nouveau sourire ?

Les lèvres de Ghislains se crispèrent à cette pensée, ils savaient tous deux que les mots de la jeune femme n'allait pas modifier sa décision, mais cela ne rendait pas l'acte plus facile. Voilà longtemps que les deux pouvaient compter l'un sur l'autre et à présent il était temps de mettre fin à cette association.

~ Je ne fais pas ça de gaieté de coeur Evy'. Tu étais vraiment obligée de la ramener autant ? Tu pouvais pas juste laisser passer pour une fois ? NON, il fallait que tu joues à la plus fine ! TOUT EST DE TA FAUTE !! SI JE DOIS LE FAIRE C'EST A CAUSE DE T-.. !?

Les lèvres tremblantes, le temps cramoisi, Ghislain perdait son calme, son esprit tourmentait par l'acte qu'il se savait obligé d'accomplir. Mais il n'était pas le seul concerné, Evelyn savait clairement de quoi il en retournait et si elle acceptait volontiers une partie du blâme, elle n'était pas prête à abandonner. Crochetant la cheville de son ami, elle tira de toute ses forces pour faire opposition à son mouvement.

Soudain privé d'appui stable, il ne put que battre des bras sous la surprise avant de s'écraser lourdement sur les planches vermoulues, soulevant un épais nuage de poussière dans le même temps.

Si Evelyn avait pu bénéficer de l'initiative, sa blessure se rappela rapidement à son bon souvenir, l'homme de main du Maître lui avait laissé en souvenir en plus de son sourire étincelant dans les ombres lorsqu'il l'avait rattrappé, seul..


~ Cours mon petit chat, je saurais te retrouver quand il sera temps.

L'image la hantait encore et l'éclair de douleur qui lui déchîra le flanc ranîma la force du souvenir un bref instant dans son esprit, instant qui suffit à Ghislain pour se reprendre.

Ses sentiments avaient pris le dessus un bref instant, mais il en restait pas moins un homme d'expérience en la matière. Survivant de nombreuses rixes, il ne prit pas le temps de sa relever, se jetant sur elle, l'écume aux lèvres avant de refermer sa prise sur la gorge pâle de son ancienne subalterne.

Le poids des doigts épais du jeune homme pesaient sur sa gorge alors que sa bouche s'ouvrait, tentant de happer l'air qui ne voulait plus entrer dans ses poumons. Agitant les bras, elle tenta de saisir le manche de sa dague, nichée au creux de ses côtes, mais sa position et la force de Ghislain l'empêchait de se soulever assez pour s'armer.

Sentant la jeune s'arquer contre lui, le voleur comprit la menace et tira la tête de la jeune femme vers lui sans desserrer son étreinte. Ecumant de rage, le visage transformé par les larmes qui coulaient à présent de ces yeux qu'elle avait jadis observé avec admiration, il la poussa violemment, sa tête heurtant le rebord du meuble derrière elle.

L'air quitta rapidement ses poumons sous le choc et sa vision s'obscurcit sous l'effet combiné de l'asphyxie et du choc. Agitant les bras, poussant, tirant, cherchant un refuge quelque part, Evelyn ne répondait plus à un plan précis, la panique ayant pris le contrôle de son esprit pour ne laisser dans sa tête qu'une peur primitive, gommant avec aisance le vernis de civilisation.

Dans un geste de désespoir, elle plongea son pouce dans l'oeil droit du jeune homme, lui arrachant un cri de douleur, parvenant à desserrer sa prise un bref instant. Pas assez pour saisir l'arme dans ses côtes, mais juste assez pour tendre le bras.

Le choc remonta le long de son bras, suivit d'un bref tremblement avant que la pression sur sa gorge de se desserre, rapidement remplacée par le poids du corps affalé sur elle.

Lentement, presque comme dans un rêve, elle lâcha le manche de la dague de Ghislain qu'elle avait saisi au dernier moment. Celui-ci dépassé désormais des côtes du jeune homme, profondément enfoncé jusqu'au coeur.


~ Ghis ! Je.. Je..

Sa gorge, toujours douloureuse du traitement infligé se nouait désormais sous l'effet de ses larmes. Celles-ci roulant abondamment sur ses joues, allant se mêler avec les boucles sombres de l'homme qu'elle ne verrait plus sourire.

Evelyn resta immobile un long moment, serrant le corps de Ghislain contre elle, ne prenant pas la peine d'essuyer ses larmes.

Enfin, elle trouva la force de déplacer le corps, le soulevant à grand peine avant de le pousser sur le côté. Il s'effondra comme un sac, étranger à la vivacité qui l'avait toujours animé.

Se relevant lentement, elle se trouva l'impression d'agir en statue, aucune émotion ne parvenant à percer la barrière du choc qui agitait alors son coeur. Vide de sensation, elle ne souvint qu'à peine s'être penchée sur lui pour retirer avec difficulté la lame prise entre ses côtes. Après son arme, elle le déposséda encore de son manteau et de la bourse qu'elle savait présente contre sa poitrine, suspendue par une mince cordelette. Sentir cette peau froid sous ses doigts ne lui fit rien, elle ne parvenait pas à saisir l'ensemble de la scène. Comme il elle observait depuis un trou de serrure, un trop gros flot d'informations semblait vouloir se frayer un chemin en elle et n'avait pour seul résultat que de rester bloquer avant son coeur. Sa tête saisissait se qu'elle entreprenait, mais ne le réalisait qu'à peine.

La mort avait toujours fait partie d'elle d'aussi longtemps qu'elle s'en souvenait, mais ce soir, elle prenait pour la première fois un côté bien amère. Elle l'avait toujours vu comme un soulagement pour ses victimes, elles quittaient ce monde pour découvrir l'autre côté, mais ce soir elle aurait volontiers privé Ghislain de ce voyage.

Adressant son âme à Phaïtos au travers d'une brève prière silencieuse, elle se saisit de ses dernières affaires avant de quitter son refuge par l'entrée qu'elle avait prise en arrivant. Le corps resterait là, insoupçonné, avec pour seule compagnie les dernières affaires d'une jeune femme qu'il avait autrefois courtisé.

Quittant son seul domicile la mort dans l'âme, elle se demandait s'il aurait accepté de fuir avec elle, de trahir le maître pour elle si elle s'était donnée à lui quand il avait cherché à obtenir ses faveurs. Une question qui resterait sans réponses, comme bien d'autres concernant le jeune homme à présent. Elle devait quitter Kendra kâr, elle ne serait pas à l'abri ici. Mais pour aller où ? Tout recommencer ailleurs ?

Tout ce qu'elle savait pour l'instant c'est que sa vie ne connaissait véritablement qu'une chose stable, il ne s'agissait pas de personnes, pas de faits, pas de lieux. Phaïtos était le seul compagnon de tous les instants dont elle ne pouvait se séparer, le seul qui ne pouvait l'abandonner ou la trahir. Si elle devait quitter la ville, alors elle devrait se rapprocher de lui.


(1657 mots)

- FIN DE L'ACTE I -

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Paroles - #008080
Récit - #404080


Dernière édition par Evelyn le Dim 25 Oct 2015 16:19, édité 1 fois.

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