Chapitre 17 - la lueur des lames dans la nuitV.17 la lueur des lames dans la nuit (suite).
L’elfe noir commence à douter de l’écoute de son dieu, lorsque soudain une violente crispation le saisit dans tout le corps. Toutes les fibres de son être hurlent de douleurs comme si tous ses membres individuellement clament leur indépendance. La souffrance est telle qu’il se plie en deux et manquent de s’écrouler au sol.
Le reste des personnes présentes ne s’en sortent pas mieux. Déjà blessé, le renard est complètement refermé sur lui-même. Ses crispations doivent accentuer les coups déjà pris. P’tit George aussi n’est pas en bonne posture. Il s’affale lourdement laissant tomber une liasse de papier qu’il tenait en main. Le maître d’arme lui aussi subit les foudres du dieu malsain. Bien qu’il parvienne à garder ses armes en mains, il s’oblige à poser un genou au sol pour ne pas totalement flancher.
(Thimoros n’est pas le dieu de la souffrance pour rien. Même ses propres fidèles font les frais de son courroux, mais parce que je suis l’un de ses adeptes il sait que je suis à même de supporter cela.)Au rythme d’une respiration accélérée, Relonor reprend contenance et tend sa lame vers Warik pour libérer le sortilège qu’il contient. La lame luit un instant et l’air autour d’elle se matérialise en une tornade qui prend de l’ampleur en se dirigeant vers le maître d’arme. Celui-ci ne peut cette fois éviter la manifestation magique qui accumule les poussières environnantes et crée rapidement un obstacle visuel.
"Tu aurais mieux fait de m’achever quand tu en avais l’occasion. Je n’aurais pas la pitié dont tu as fait preuve." S’exclame Relonor qui s’avance vers son adversaire en buvant sa gourde contenant un liquide salvateur.
La potion fait rapidement effet et les douleurs issues des blessures s’estompent quelques peu, remplacées par une force renouvelée. Il lance sa gourde au poète et sert la garde de sa rapière. Loin de croire que le combat est gagné d’avance, le Shaakt détermine l’actuelle maîtrise à l’épée de son ennemi qui se relève difficilement, avant de se lancer dans le vif du sujet. Malgré la douleur de la malédiction de Thimoros associée aux blessures subies, l’elfe noir porte un coup de taille à son adversaire qui parvient à bloquer malgré une évidente difficulté. Assuré de voir le bretteur ainsi diminué Relonor enchaîne les assauts. Cependant son adversaire n’est pas idiot, la milice doit être prévenue et se dirige certainement ici. Il ne lui reste plus qu’à adopter une posture défensive en les retenant tous les trois. Le Shaakt a beau pousser le maître d’arme dans ses retranchements, ce dernier ne flanche pas.
Il doit en finir vite et si la magie lui fait maintenant défaut, son énergie interne n’attend que l’occasion de dévoiler toute sa fureur. L’elfe noir rassemble son énergie pour la concentrer dans sa lame. Feintant une retraite après un assaut, il se déploie. Corps et lame se meuvent comme un seul être sur l’ennemi. Face à un coup d’estoc, Warik n’as pas la capacité physique pour esquiver correctement et il se sait incapable de parer le coup qui vient. Il ne peut que protéger ses points vitaux avec ses lames et serrer les dents. Relonor prend un immense plaisir à le voir si désemparé et sa lame se dirige avec une précision stupéfiante, non pas sur un point vital, mais sur la main principale du maître d’arme. Le but n’était pas de la toucher mortellement, mais de briser sa défense pour ce qui vient. Saisissant son arme à deux mains, il rassemble de nouveau son énergie pour un fulgurant assaut. Si le premier coup à l’épaule gauche est paré par la dernière main valide, le poignet est fragilisé par la puissance de l’attaque laissant tout le plaisir au Shaakt pour porter le second coup de l’autre côté de l’épaule, enfonçant sa lame de plusieurs centimètres sur une large partie du torse. L’homme ne crie même pas. L’accumulation de souffrance le fait choir sans bruits sur ses genoux, avant de tomber face contre sol, à la merci de l’elfe noir.
Pourtant, Relonor ne prend pas le temps à l’achever et se languir du supplice qu’il peut lui infliger. Autrefois il aurait pris ce plaisir malsain, se serait amusé à le torturé longuement, mais les derniers évènements l’ont fait réfléchir. Il a manqué un test d’un des membres importants de l’organisation dont il fait désormais parti. Cela lui a valu d’être mis de côté pour un raid sanglant contre une organisation rivale. Suite à cela il s’est lancé dans un projet personnel en se mettant à la recherche d’une ancienne relique, mais encore, son orgueil lui a valu de trahir ses nouveaux camarades criminels en dévoilant leurs projets à un nécromancien et certainement de divulguer d’autres informations à l’avenir. Cette entrevue peu agréable a été le fruit de la rencontre avec le renard et s’il ne l’a pas tué après être sous le joug du maître des morts, il ne le regrette pas. L’homme lui a permis d’entrer au contact avec le propriétaire de la relique en lui offrant des vêtements d’un milieu huppé, lui apprenant les manières requises et a prouvé être un atout contre un adversaire particulièrement dangereux.
Jusque-là refouler ses pulsions sanguines s’est révélé utile et le maître d’arme étant hors de combat ainsi que l’annonce de la milice en route, la fuite devient une priorité. Tous les trois ont perdu assez de temps et ils ne peuvent se permettre de rester ici, qu’ils aient ou non ce qu’ils cherchaient. Poussé par son instinct, l’elfe noir court vers p’tit George et rengaine son arme.
"Allez bouge-toi de là, la milice arrive et je sais très bien à quel point tu peux exagérer !" Ordonne l’elfe noir qui lève le semi-homme par le froc.
Le renard quant à lui parvient à se relever, bien qu’avec difficulté. La potion de soin seule ne semble pas suffisante et il faudra un peu de repos pour panser ses plaies. Rapidement les trois hommes arrivent au balcon. Relonor le franchit avec la difficulté que lui impose son dieu et s’empresse de rattraper le semi-homme et le renard qui ne possèdent pas sa capacité à agir sous une douleur permanente. De nouveau la même stratégie pour sortir que pour entrer est utilisée. Le semi-homme est aidé pour atteindre le haut du mur et se laisse descendre par la corde que tient l’elfe noir. Mais voilà l’instant délicat. Si le semi-homme est utile pour maintenir la corde tendue de l’autre côté, il n’a nul besoin du renard pour le franchir. Par ailleurs, la présence d’un homme encore présent peut ralentir la milice et aider à la fuite. Les deux hommes se regardent mutuellement dans les yeux comprenant tous deux l’enjeu que peut représenter d’abandonner l’autre ici.
"Dépêche-toi !" Déclare finalement le Shaakt joignant les mains pour faire une courte échelle.
"Allez !" Ordonne-il alors que le renard le regarde médusé.
Le poète ne se fait pas plus prier et grimpe aussi vite qu’il peut. Relonor grimpe à son tour, cependant la tension de la corde disparaît.
"C’est quoi ce délire ?" Rugis l’elfe noir.
"C’est p’tit George, il est parti !" Répond simplement le renard du haut de son perchoir.
"J’entends des bruits de pas venir, dépêche-toi de monter je tiens la corde !"
Finalement c’est le Sinaris qui les a trahi. Après tout ce semi-homme s’est toujours montré pleutre, aucune raison que cela change. Aidé par le poète, l’elfe noir franchit le mur et tous deux atteignent l’autre côté alors que plusieurs hommes armés arrivent.
"Par où allons-nous ?" Demande l’homme endimanché, car si le chemin opposé à ce qui semble être les miliciens et le plus évident pour fuir est une grande rue, les bâtiments qui leur font face possèdent un grand nombre de ruelles étroites, mais avec une chance non négligeable de tomber sur un cul de sac.
"Par ici messires !" Déclare une petite voix dans une des ruelles.
"P’tit George ?" Se surprend de voir l’elfe noir.
L’actuelle proximité des hommes armés venant dans leur direction les pousse à agir dans l’instant. Ils se rendent vers le Sinaris qui fait tomber un tas de caisse en bois entravant la progression des poursuivants.
"Par ici !" Déclare-t-il en prenant le rôle du guide.
Il mène la troupe au travers du labyrinthe que représentent tous les chemins possibles jusqu’à une des nombreuses entrées des égouts.
"Vous m’avez bien dit que vous connaissiez les sous-sols de la ville ?" Déclare timidement le semi-homme.
"Bien joué p’tit George, tu as assuré !" Fait le Shaakt.
"Heu…vous ne comptez tout de même pas me voir entrer là-dedans ?" Se dégoûte le renard.
"Libre à toi de refuser, mais c’est ça ou la milice." Répond l’elfe noir qui pénètre à l’intérieur suivi du Sinaris, puis après quelques râlements le renard.
Chapitre 1 - Les pouvoirs de l'ecu.