L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Les Docks
MessagePosté: Dim 22 Mai 2016 19:32 
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lancement du sort : 28 (réussite !)

Aussitôt, de petites particules bleues et noires se matérialisent. Pendant un instant, c'est un spectacle féérique qui illumine la rue... avant qu'une série de crépitements se fasse entendre. Tu n'es pas encore assez puissant pour provoquer de réelles explosions, mais l'étranger, brûlé au bras par une gerbe d'étincelle, pousse un hurlement. Gaël lui-même manque d'être pris dans le chaos.

Il se retourne vers toi et, d'un coup du pommeau, t'assomme.

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Chibi-Gm, à votre service !


La règle à lire pour bien débuter : c'est ICI !
Pour toutes questions: C'est ici !
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 Sujet du message: Re: Les Docks
MessagePosté: Mar 5 Juil 2016 07:51 
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L’arrivée au port de Kendra Kâr se fait de nombreux jours plus tard. Si j’étais dans un état de fatigue et de déshydratation avancée lorsque nous sommes arrivés sur le bateau, le travail en cuisine m’a permis de me requinquer admirablement et c’est un pas presque altier que je pose pied par terre.

Quelque peu perturbé par toutes cette foule, je me rappelle brièvement de la dernière fois que j’ai posé le pied dans cette ville. C’est à ce moment que je me suis fait embrigader presque de force dans la folle aventure qui m’a mené jusque dans les tréfonds du désert de Sarnissa et que j’ai fait la rencontre d’Asterie et de Siaban.

Je dois aller à Bouhen et je compte bien profiter de cette magnifique invention qu’est le cynore, d’autant plus que j’ai entendu dire que Kendra Kâr était un grand port aérien avec de nombreux départs. Néanmoins, avant, j’ai quelques emplettes à faire…

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 Sujet du message: Re: Les docks
MessagePosté: Jeu 28 Sep 2017 15:16 
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Cela faisait une trentaine d’années que je n’avais pas foutu les pieds à Kendra Kâr, et ce simple fait procure en moi de nombreuses émotions contradictoires. Mais cette fois c’est dans les docks que j’entre. Et ça, c’est la première fois de toute ma vie. Je me souviens encore en avoir eu une trouille bleue lorsque j’étais môme, évitant ce quartier comme la peste. J’avais beau être un bâtard, je n’en restais pas moins de la noblesse, alors forcément un lieu pareil ça m’inspirait pas confiance. On appelait ce coin « la Petite Dahràm », à l’époque. Et je dois dire que m’y retrouver en tant que fugitif, tant d’années après, passant du côté de tous ces criminels qui m’effrayaient tant, a quelque chose de sacrément étrange. D’autant que la coupure avec le reste de la ville est spectaculaire. On dirait presque une cité dans la cité. Ici, ce n’est plus Kendra Kâr, c’est les Docks. Et on passe de l’une à l’autre en l’espace de quelques pas. Une seconde on est dans une capitale imprenable, plus sécurisée que n’importe quelle autre ville humaine, puis on passe le détour d’un bâtiment pour se retrouver dans une espèce de copie de Dahràm, entouré de voleurs, de violeurs, d’assassins et de criminels en tout genre… De fugitifs, aussi… Demain ma gueule sera placardée sur tous les murs de la cité et tous les pauvres villageois qui devront venir ici plus ou moins contre leur gré se diront sûrement « hey, l’autre gars, qui s’est évadé, il est sûrement là, pas loin ». Il y a une semaine encore j’étais l’un des chasseurs les plus réputés des villages du coin, aujourd’hui me voilà à la place de mes proies.

Je secoue la tête en m’enfonçant un peu plus profondément dans cet écosystème étranger, conscient de la futilité d’une telle pensée. En vérité j’ai toujours été un moins que rien. D’abord un bâtard coupable de mille maux, ensuite un assassin, plus tard un fils de personne, puis de nouveau un meurtrier avant de devenir fugitif. C’est sûrement dans l’ordre des choses. Peut-être aurais-je dû toujours vivre dans ces taudis, au milieu des soûlards et des malandrins. D’ailleurs ceux-ci m’ignorent royalement alors que je passe devant eux, comme s’ils m’acceptaient d’ores et déjà comme l’un des leurs. Habituellement les pauvres et les criminels gardent l’œil ouvert sur les petits nouveaux venus cohabiter avec eux. Soit par curiosité malsaine, pour voir la gueule du prochain hère qui finira par leur ressembler, soit par repérage, voir s’il n’y a pas moyen de se faire quelques yus sur une cible facile. Mais là, rien. Un simple regard de leur part et ils se détournent, prêt à vaquer à leurs occupations, me prenant certainement pour un résident de longue durée de ces lieux. Ou en tout cas pour quelqu’un y ayant parfaitement sa place, que le séjour n’abîmera pas plus qu’il ne l’est déjà et qui ne se laissera pas voler si facilement. Un bougre à l’allure pas commode, comme tous les autres. Ce qui m’attire une petite pensée inquiète pour Annabelle. Lionel passe encore après ses quelques jours passés dans une cellule, mais elle est une princesse comparée aux habitants de ce quartier. Alors je presse le pas, ignorant quelques tavernes particulièrement bruyantes pour me diriger vers des quartiers plus résidentiels, si l’on peut les nommer ainsi. Ils se seront certainement rendus vers un coin propice à héberger des habitations abandonnées.

Il ne me faut pas plus d’une minute pour que mes craintes me reviennent en pleine face, alors que je m’approche d’un coin relativement isolé. La voix d’Annabelle se fait entendre au loin, protestant vivement. J’entends également Lionel mais ils sont couverts par les marmonnements incompréhensibles d’une troisième personne. Mon cœur se sert et il ne me faut pas plus longtemps pour me mettre à courir en direction des bruits, ignorant l’intense douleur que je ressens dans tous les muscles de mon corps et, surtout, en dessous de mes côtes, reliquat de la blessure infligée par le garde des geôles. Les docks sont un véritable labyrinthe et il me faut plusieurs minutes pour trouver mon chemin, les cris s’intensifiant à mesure que j’approche. Une impasse, un détour, un second cul-de-sac… Finalement je sors d’un embranchement pour me retrouver dans le dos d’un soûlard gigantesque, me dépassant d’une bonne tête, qui tient Lionel par la gorge et lui distribue mandale sur mandale alors que la belle guérisseuse tente avec peine de se relever, le visage couvert de sang et les cheveux en bataille.

Profitant de ma position avantageuse, je ne réfléchis pas plus longtemps avant d’intervenir. En quelques enjambées, dont le bruit est couvert par les grognements de l’ivrogne, j’arrive juste derrière lui et profite de mon élan pour lui coller mon pied droit sur la cheville. Il ne lui en faut pas plus pour flancher dans un petit cri dedouleur, mettant un genou à terre et devant lâcher Lionel pour se réceptionner de ses mains. Je ne lui laisse pas le temps de se remettre, lui assénant un coup de coude dans la tempe, maintenant à ma hauteur. Il chancèle un peu plus, tombant légèrement en avant mais je le vois déjà reprendre contenance. Mais j’aperçois dans le même temps la garde d’un couteau dépasser d’entre ses côtes, me donnant une idée sur ce qui a bien pu se passer. Ni une, ni deux, j’attrape l’arme de ma main droite et la retire d’un geste vif, lui tirant un nouveau grognement, avant de la lui planter dans l’articulation du coude. Cette fois c’est un véritable hurlement qu’il pousse, se ramassant aussitôt contre le sol, incapable de soutenir le poids de son corps sur un bras blessé. Histoire d’être certain qu’il ne se relèvera pas, je l’enfourche avant de lui coller quelques coups de poing en plein visage, assez pour qu’il finisse par tomber dans l’inconscience.

Les jonctions de mes phalanges sont extrêmement douloureuses à l’issu de ce combat unilatéral, mais c’est surtout mes muscles et mes poumons qui me posent un souci. Je peux me vanter d’être athlétique, mais cette nuit a été beaucoup trop forte en action et le simple fait de frapper un homme à terre me draine des dernières bribes d’énergie encore présentes dans mon corps. Mais je ne peux pas me reposer maintenant. Le visage de Lionel est tuméfié tant il a reçu de coups dans la gueule et celui d’Annabelle réussit l’exploit de la faire passer pour une habituée des lieux, elle qui respire généralement la noblesse et la beauté. Elle a du sang étalé partout sur la tête, des cheveux jusqu’aux mentons, dégoulinant même sur ses vêtements trop bien taillés pour ce quartier, et il semble que se relever lui soit difficile. Je me porte vite à son secours, sortant de dessus le colosse pour lui tendre une main et la tirer jusqu’à moi. Elle tombe rapidement contre mon torse avant de relever la tête pour coller ses yeux dans les miens.

« Adelphe, » fait-elle simplement, d’une voix assez faiblarde.
« Vous pouvez soigner vos plaies ? » lui demandé-je. « Magiquement, je veux dire. »

Elle hoche doucement la tête.

« Je devrais pouvoir nous rafistoler suffisamment pour pouvoir marcher, Lionel et moi, » me confirme-t-elle.

C’est à mon tour d’acquiescer avant de l’asseoir délicatement à côté de mon ami bâtard. Je les laisse s’affairer et fouille quelque peu le corps du soulard inconscient, récupérant le couteau, non sans lui tirer un gémissement, ainsi que sa bourse. Je tends l’arme à Lionel, qui me regarde avec la vigueur d’un rat crevé, avant de me tourner vers les bâtiments les plus proches.

« J’ai pas l’impression que les lieux soient particulièrement agités, » fais-je en observant quelques façades aux volets fermés. « On devrait pouvoir trouver un refuge pour la nuit dans le coin. »

Et, sur ces mots, j’offre une main à la belle guérisseuse et m’approche de la plus proche maison.

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 Sujet du message: Re: Les docks
MessagePosté: Ven 6 Oct 2017 18:11 
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Je me souviendrais toujours de lui. Herper Belleville, c'est comme ça qu'il s’appelait. A l'époque où je vivais encore dans le manoir familial, mes parents m'avaient obligé à sympathiser avec lui, le fils d'une autre famille bourgeoise. Sa gueule de bouffon, son veston aux couleurs de la ville et ces chaussures à talonnettes. Putain que je les détestais, ces chaussures. Il courait toujours lorsqu'il me voyait, le bruit de ses talonnettes résonnant sur le marbre et les murs du manoir. En tout cas, Herper n'était pas vraiment fin, comme garçon. Lui non plus n'avait pas d'autres amis et nous étions comme deux gouttes d'huile dans l'eau, incapable de se mêler aux autres. Lui par sa connerie et moi par ma maladie, nous avions finis par construire une relation étrange et incomplète, vide d'amitié et de haine. Le temps que nous passions ensemble ne l'était que par la volonté de nos parents respectifs, mais peu à peu, je n'exécrais plus sa présence à mes côtés. Ça a continué comme ça pendant plusieurs années, jusqu'à ce que mon père me demande de me trouver un travail. Herper, lui, savait déjà ce qu'il voulait faire. "Aider les gens tout partout dans l'monde !", qu'il disait. Quel abruti.

Un jour, il a ramassé ses affaires, son argent et il s'est barré du manoir de ses parents sans même leur faire ses adieux. Au lieu de ça, il est grimpé à ma fenêtre au milieu de la nuit. C'est dingue, j'arrive à me souvenir d'une pareille connerie sans la moindre importance et ce comme si c'était hier, alors que je ne suis même pas foutu de me rappeler le prénom de ma mère. Quoi qu'il en soit, Herper est venu me dire au revoir, à moi seul. Cette nuit-là, j'ai compris qu'il voyait notre relation d'une façon bien différente de la mienne. Il m'a proposé de l'accompagner dans sa quête, de faire le bien et de vaincre le Mal. Je suis resté muet, incapable d'accepter ou de refuser. Finalement, il est partit en me disant "On se reverra quand tu ne cacheras plus tes rêves, je te le promets !". Je n'arrive pas à oublier cette phrase et surtout, j'ai tout de suite compris ce qu'il tentait de me dire. Derrière son air béat et son manque de sagacité, Harper était un génie incompris qui avait vu ce que personne d'autre n'était capable de comprendre à mon sujet. Deux semaines après, j'avais assassiné mes parents et la Milice de la ville me traquait comme une bête sauvage. J'ai appris, quelques jours plus tard, qu'on avait pêché le cadavre de Harper dans le lac de Hynim, à moitié bouffé par les poissons. Au final, y'a pas vraiment de morale à retenir de cette histoire. Tout ce que j'ai gardé en tête, c'est qu'il n'y a pas besoin de quitter Kendra-Kâr pour affronter le Mal. En vérité, il est déjà ici, nourri par les vices de l'Humanité et son meilleur visage se trouve dans le quartier des Docks.

Faire un pas est un geste aussi insignifiant que de respirer ou se mouiller les lèvres. Et pourtant, lorsqu'on pose le pied au delà des frontières créées par la pisse séchée et le vomi des soûlards, on entre dans un décor qui fait perdre tous ses moyens. Ici, les hommes sont tués, les femmes sont violées et tout le monde est traité comme un animal. On s'y bat pour des Yus, des vêtements, de la nourriture, des armes et même des enfants. Les lois humaines n'ont plus aucune importance ici-bas et celui que l'on appelle le Roi est bien heureux de pouvoir jeter les déchets de cette ville dans la poubelle que sont les Docks. Malgré tout ce qui s'y fait et ce qui s'y dit, je relâche ma vigilance, certain de ne pas croiser une patrouille envoyée par la Milice. Les pavés laissent leur place à une gadoue infâme qui colle aux bottes et à des pontons de bois craquants sous le poids des badauds. Peu à peu, je quitte l'obscurité des ruelles sombres et rejoint l'agitation, exposé à la lumière des torches et des lanternes. La règle est simple : pas de bavures, pas d'emmerdes. Personne ne veut se prendre un mauvais coup ou une dague entre les côtes pour avoir bousculé la mauvaise personne. Et ici, là mauvaise personne, c'est moi. Parfaitement conscient que ma réputation a une toute autre utilité dans ce quartier crasseux, je continue de suivre la route qui traverse la plupart des échoppes du coin jusqu'à trouver mon bonheur. Sur le chemin, des putains par dizaines, la lueur de couteaux n'aillant que trop bien servis et l'écho de plusieurs rires gras. Plus à même de repérer de potentiels clients au milieu des passants, c'est le regard des prostitués qui m'identifie le premier. Pour certaines un sursaut de stupeur, pour d'autres des chuchotements discrets aux collègues de derrière. Un brin amusé, je laisse le bouche à oreille faire son office alors que j'atteins les premières tavernes d'où monte dans l'air les effluves d'une bière mal brassée. Alors que je m'apprête à pénétrer dans l'une d'entre elles, quelqu'un tire mon sac et me fais réagir sur le champ d'un geste brusque de la main.

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"Messire, vous voulez prendre du bon temps, Messire ?"

Une gamine, c'est juste une gamine. Sans la quitter des yeux, je lui arrache mon sac des mains et cherche une quelconque émotion derrière ce visage éteint. Rien, ni joie, ni tristesse. La petite fait le tapin dans de vieux vêtements de chambre rapiécés, attirant les pédophiles aux fantasmes sans limites et visiblement, elle attend toujours une réponse. D'un geste de la main, je l'envoie balader et tente de reprendre ma route, mais la gamine insiste de plus belle.

"Fous moi le camp, pisseuse. Je ne suis pas intéressé par la marmaille."

"S'il vous plait, Messire ! Je sais faire tout plein de choses, je vous l'promet ! J'ferais tout c'que vous voudrez, même les choses bizarres !"

Une innocence entachée, c'est tout ce qu'on peut lire en elle. La gamine doit être persuadée de jouer à un jeu, certainement poussée par la famille ou une bande locale. Mais j'y pense. Il est plus discret de demander des informations à une putain qui promet de la fermer contre quelques Yus qu'à un aubergiste dans sa taverne. L'idée commence à me séduire alors que je me redresse et soutient la supplication qu'elle me lance du regard.

"Tout ce que je veux ? Dans ce cas... Tu connais un endroit où personne ne pourrait nous entendre, où les murs n'ont pas d'oreilles ?"

D'un sourire, la gamine me fait signe que oui et m'attrape par le doigt pour m'indiquer vers où la suivre. Je m'exécute, rajustant mon manteau et mon foulard sur mon visage et disparaît sous le regard de certains passants un brin déçus que la petite ai une nouvelle fois trouvé du travail.

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Dernière édition par Ellyan Crow le Ven 27 Oct 2017 00:22, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Les docks
MessagePosté: Mer 25 Oct 2017 16:22 
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Une porte se ferme et avec elle, les derniers espoirs que je porte pour les Hommes. C'est entre les murs d'une grande salle que s'entassent ensemble la débauche, l'avarice et la laideur à des degrés qui ferait vomir un prêtre. Ici, on baise, on boit et on sombre dans ce dépotoir que les habitants du quartier parviennent encore à appeler un bordel. La merdaille des Docks se contente de ces dames qui ne voilent même pas furoncles, moustaches et ventre gras à sa clientèle. L'odeur agresse les narines une fois entré, répugnant mariage entre la sueur, le renfermé et le vomi de ceux qui ne parviennent plus à se contenir. Je détourne le regard pour ne pas me donner davantage de raisons de détester l'espèce humaine et grimpe en haut de l'escalier, là où la petite m'attend toujours. Dans le couloir, plusieurs portes laissent résonner le bruit de coïts plus ou moins douteux allant jusqu'à me demander s'il ne s'agit pas plutôt de torture ou de meurtre. Sans y prêter davantage d'attention, je me faufile dans le passage étroit et rejoint la fillette dans une des chambres de libre. Tout en prenant bien soin de fermer le loquet derrière moi, elle m'assure que personne ne fera attention à ce qui se passera et se dira entre ces murs, puis commence à se déshabiller, un sourire forcé sur les lèvres. Tiraillé entre le dégoût et une inexplicable colère, je l'empêche d'aller plus loin et lui somme de rajuster ses haillons avant de m'installer sur le lit aux draps crasseux.

"Garde tes guenilles. Je ne suis pas là pour profiter de ton corps, mais plutôt de ce que tu sais. Dis-moi comment tu t'appelles."

Méditant un instant sur ce que je viens de lui dire, la petite rajuste la soie déchiré sur ses épaules, ne comprenant visiblement pas ce qui se passe. Il lui faut un moment supplémentaire pour se faire à l'idée qu'elle ne gagnera pas sa croûte en couchant et c'est la mine gênée qu'elle me répond d'une petite voix.

"Je-Jenna..."

Les bras ballants, elle s'immobilise et fixe son regard sur mes yeux, seule partie de mon visage visible sous mon déguisement. D'un signe du menton, je lui indique le sol et la gamine s'y assoit en tailleur, prête à répondre à mes questions.

"Ça fait combien de temps que tu fais ça ?"

"Heuuu... Pas longtemps, j'pense... C'est d'puis qu'ma maman est plus là."

Un classique. Le père quitte la ville pour ne pas s'essayer à son rôle, la mère crève dans le désespoir et la gamine est ramassée par les pires mange-merdes qui puissent exister. Si c'est un garçon, il surinera les passants dans une ruelle et récupérera leurs bourses. A l'inverse, c'est une nouvelle putain sur le trottoir. Quoi qu'il en soit, ils sont toujours trop jeunes pour comprendre ce qu'ils font et quelqu'un a bien dû leur expliquer. Certainement une bande locale qui gère ce genre de marché. Ce n'est qu'une hypothèse, mais ça vaut le coup de creuser.

"Une bande qui s'appelle "Noir-Désir", t'as déjà entendu parler ? C'est pas eux qui t'ont récupérée dans la rue ?"

La gamine se mord les lèvres et détourne le regard, visiblement gênée par la question. Je sors ma bourse et récupère quelques pièces, certain qu'une poignée de Yus sauront lui délier la langue. Le tintement des sonnantes la ramène vers moi et je lui expose une jolie somme que je dépose sur le lit tout en conservant la main dessus. Jenna comprend qu'elle doit répondre pour les obtenir et comme attendu, elle s’exécute.

"J'connais pas, Messire, j'vous l'jure. C'est M'dame Aline qui m'a retrouvée quand ma maman elle est morte. Même que c'était une amie d'ma maman et qu'elle m'a appris à jouer avec les grandes personnes."

Sans un mot, je dissimule ma déception et refuse de m'attarder sur la situation de la pisseuse. Elle n'est qu'un infime fragment de la poubelle qu'est Kendra-Kâr et je n'ai pas suffisamment de bonté pour m'éprendre de son cas, sans parler du fait que j'ai déjà découpé des gamines de son âge. Il ne me reste plus qu'à suivre la seule piste fournie par Jenna.

"Et cette Madame Aline, tu sais où elle est ?"

"Ba M'dame Aline, elle attend toujours qu'on lui ramène l'argent le soir, dans les sous-sols. Mais j'sais pas si j'ai l'droit d'vous y emmener... M'dame Aline, elle a dit qu'elle voulait pas d'clients en bas."

Les sous-sols. Et bien, je sais où me rendre, maintenant. J'attrape les Yus tout en me relevant et la gamine fait de même sans me quitter des yeux. Son regard ne s'abaisse que quand je lui tend l'argent qu'elle s'empresse de récupérer. Je referme mes doigts sur son poignet et capte sa surprise qui se change rapidement en peur.

"On a joués, tous les deux. Tu t'es beaucoup amusée, moi aussi et c'est tout ce qui s'est passé. C'est compris ?"

D'un signe de tête, Jenna me répond à l'affirmative et ramasse son dû avant d'ouvrir le loquet et de s'enfuir dans le couloir, me laissant seul avec un étrange sentiment de fierté.

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(((15 Yus à enlever de ma fiche)))

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Dernière édition par Ellyan Crow le Ven 27 Oct 2017 00:23, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les docks
MessagePosté: Jeu 26 Oct 2017 17:11 
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V.4 On part en mission.

Nous arrivons enfin dans les docks. Comme attendu, nous ne sommes pas capables d’aller trop près de lieu de l’explosion, les différents chemins possibles étant bloqués par les gardes. Si je cherchais à passer, je commencerais par soudoyer les gardes, cependant le taux de réussite est aléatoire. Si avec un peu de chances on tombe sur un garde peu honorable, il est plus que probable de rencontrer un homme intègre et s’il a un peu de jugeote, à mettre au point un piège pour facilement nous mettre aux arrêts avec autant de complices que possible.

Ne sachant comment faire, Sylve et moi décidons d’aller à la rencontre des habitants du quartier recueillir des nouvelles directement à la source. Si la tâche semble simple, la traduire en action est un problème délicat pour ma part. Si tôt les portes ouvertes dévoilant mon apparence, les habitants les referment et si mon ouïe ne me trompe pas, s’assurent de la solidité de l’obstacle en posant une poutre à l’horizontale. S’ensuit un flot continu d’injure et quelques projectiles quand ils n’ont rien de tranchant sous la main pour vous menacer. De son côté ma camarade est à peine plus en veine. Si son charme elfique lui permet de ne pas se faire claquer la porte au nez, elle revient également bredouille. Soit les personnes n’ont rien de nouveau à nous apprendre hormis l’abandon de certaines demeures, soit elles rechignent à aider la milice prétextant qu’elle est la cause de ce remue-ménage. La semi-elfe fait également mention en grognant d’un homme promettant quelques plaisirs charnelles pour la nuit, mais à la façon qu’elle a de se frotter les phalanges de sa main gauche, l’homme ne risque pas de réitérer ce genre de promesse dans l’immédiat.

"Bon tout ça n’a rien donné ! Que fait-on ?" Me demande-t-elle.

"Nous pouvoir attendre la nuit, mais nous devoir attendre encore quelque temps. Si tu le permettre je vouloir essayer de monter sur les toits, la vue pouvoir être révélatrice." Je lui réponds.

"Eventuellement." Me dit-elle peu enthousiaste à ma réponse.

Nous tournons un peu en rond avant de trouver de quoi nous permettre d’atteindre les hauteurs des toits. Malheureusement, même si la vue semble plus dégagée qu’au sol, il est clair qu’utiliser les toits pour passer la vigilance des gardes requièrent des talents acrobatiques conséquents à cause de l’architecture des bâtiments. J’espère que nous n’aurons pas à poursuivre quiconque de la sorte ou ma première mission sera aussi mon premier échec.

"Tu devoir aller te reposer !" Je lui déclare simplement une fois revenu au sol, provoquant un écarquillement des yeux dont je ne lui savais pas possible. "Tu avoir un entraînement assez éprouvant ce matin et être difficile de tenir toute une nuit. Toi aller dormir dans auberge, je pouvoir tenir cette nuit."

"Tu es sous ma garde et il est hors de question de te laisser seul ici, j’espère avoir été claire !" M’intimide-t-elle avant de reprendre plus calmement. "En revanche, si nous devons attendre toute la nuit il serait effectivement bon de se reposer et ça vaut pour toi aussi. Apparemment quelques villageois ont préféré quitter leur maison par peur de ce qui se trouve dans le périmètre de sécurité. Nous devrions profiter de l’occasion pour ne pas trop nous éloigner du secteur."

J’opine du chef avec un petit sourire, car plus le temps passe et plus je me dis que son histoire de tutelle n’est qu’un simple prétexte.

V.6 Faire face à sa faiblesse.

_________________

Italique : langue Shaakt
Normal : langue commune

Multi de : Jorus Kayne et Relonor


Dernière édition par Nhaundar le Jeu 26 Oct 2017 17:23, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les docks
MessagePosté: Jeu 26 Oct 2017 17:21 
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V.5 Enquête de voisinage.

Nous nous dirigeons vers l’une des habitations ayant perdu son propriétaire pour y dormir cette nuit. A l’intersection de deux rues nous entendons le brouhaha d’une foule en colère. Une trentaine d’hommes et femmes rassemblés dans l’une des rues menant à l’explosion et stoppés par une poignée de miliciens. Les fourches et pics en bois de fortune des uns s’entrechoquent avec les lances et les boucliers des autres sous une pluie d’injures. Pas vraiment de leader définit, tout le monde y va de sa remarque rendant le tout presque inaudible. Dans ce brouhaha nous parvenons tout de même à comprendre la raison de la colère, si nous n’étions pas au courant des récents évènements survenus. Certains se plaignent de la perte d’un être cher ou la fermeture forcée d’une boutique, quand d’autres exposent leurs mécontentements d’avoir été délogé de leur propre maison. S’ils subissent des peines différentes, ils s’unissent tous pour critiquer ouvertement le roi et sa milice d’agir de la sorte et probablement aussi d’être la cause de tout cela. De leur côté les miliciens arrivent avec difficulté à contenir cette foule, pauvres soldats qui ne font qu’obéir aux ordres sans probablement ne pas savoir non plus la raison de l’explosion. Il n’en faut pas plus à Sylve pour s’agiter.

"Nous devrions aller leur prêter main forte !" Me déclare-t-elle en s’avançant.

Je la retiens par le bras espérant ne pas subir sa colère.

"Ce n’être pas une bonne idée." Lui dis-je calmement pour tenter de l’apaiser.

"Serais-tu redevenu ce Shaakt faible que j’ai rencontré dans la forêt ? Ta lâcheté t’empêche à ce point de servir le devoir qu’on vient à peine de te confier ?" M’invective-t-elle avec les yeux pleins de rages.

"Ce ne pas être notre mission. Nous devoir empêcher les personnes qui s’insinuer la nuit sous la barbe des gardes, pas aider la milice à les contenir." Je lui réponds en soutenant son regard. "D’ailleurs comment toi penser que les manifestants réagir lorsqu’un elfe noir apparaître avec les couleurs de la milice ? Eux dire que roi ou milice faire sauter les bâtiments mais quoi eux vraiment savoir ? Et si moi aider, ils dire que tout cela être complot des elfes noir. Dans le pire des cas eux me donner la chasse pour satisfaire leur rage, mais surtout toi subir le même sort pour aider moi et la milice risquer de subir une véritable émeute ! Non rester en retrait être meilleure solution pour moi et aussi pour la milice. Je comprendre tes souhaits et les partager, mais je ne pas être encore reconnu pour agir efficacement."

Je vois son regard perdre peu à peu d’intensité pour ne traduire que la tristesse qu’elle ressent face à l’implacable véracité de mes propos. Les phalanges de ses mains blanchisse tant elle serre le pommeau de son épée de frustration.

"Je n’ai pas rejoint les forces armées pour voir des camarades de corps servir de défouloir sans agir. Trop souvent j’ai vu femmes et hommes servir de bouclier protégeant les dirigeant contre le peuple qu’ils sont censés gouverner. Entre le marteau et l’enclume ils finissent par craquer sous la pression qu’ils subissent des deux côtés. Et certain voient leur destin changer de voie pour un chemin funeste." M’explique-t-elle les larmes aux yeux, son regard me fuyant.

"Je être désolé. Je pas savoir que toi vivre tant de souffrance." Dis-je timidement.

"Ce n’est pas grave et c’est d’ailleurs pour cela que j’ai demandé à travailler dans la forêt comme sentinelle. Le danger est grand, mais au moins l’ennemi peut-être vaincu par un coup de lame." M’explique-t-elle en tournant son regard à nouveau vers moi. "Alors si ma capacité à agir ou non dépend de tes propres compétences, tu vas te mettre au travail dès ce soir !"

Elle termine son discours par une bourrade sur la tête comme si ces mots devaient être gravés à jamais dons mon esprit et part se préparer pour la nuit.

V.7 Parlons théologie.

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Dernière édition par Nhaundar le Jeu 26 Oct 2017 17:31, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les docks
MessagePosté: Mer 1 Nov 2017 18:15 
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Le couloir résonne de l'écho des cris de plaisirs simulés, des râles masculins et du grincement des sommiers qui supportent tant bien que mal l'étreinte animale de ses occupants. C'est dans ce désagréable concert que je quitte la chambre et emprunte l'escalier qui redescend dans la salle principale. Spacieuse et mal éclairée, je fais peu fis des passes qui s'y déroulent et me lance dans une exploration sommaire des lieux à la recherche d'un possible escalier menant vers les sous-sols. Quelques paillasses et bancs de bois parsèment les recoins de la pièce carrée, parfois séparés d'un paravent à moitié déchiré. Les rares lanternes à bougies n'éclairent que les points clés, à savoir l'entrée, l'escalier qui mène vers les chambres et un passage dont l'accès est dissimulé par une vieille draperie. S'il ne s'agit pas d'un voyeur ou d'un quelconque autre taré, un homme dans la trentaine semble en garder l'entrée, confortablement assis sur son tabouret et promenant son regard sur l'ensemble de la pièce. Seul péquenaud sans donzelle à la ceinture, je ne tarde pas à capter son attention qui mêle méfiance et suspicion à mon égard. Une poignée de secondes plus tard, le garde me fait signe de le rejoindre et je peux le voir gonfler son torse pour accentuer sa voix et son attitude de brute épaisse. A mon approche, ses yeux se plissent alors qu'il découvre les traits de mon immonde visage.

"Purin ! T'as une sacré gueule de rat, le maroufle ! Si tu veux mon avis, pas sûr qu'une de nos donzelles accepte de s’asseoir sur ta pine."

"Je ne suis pas venu pour triquer de la ribaude. Je cherche Madame Aline, la bordelière qui tient cet endroit."

Le demi-sourire qui éclaire ses lèvres disparaît soudainement, voilé par une teinte de colère grandissante. Narines écartées, menton relevé et croisement de bras, le bonhomme s'affirme et tente de m'intimider pour me faire cracher le morceau.

"Et qu'est-ce que tu lui veux à Madame Aline ? T'es qui toi, d'abord ?"

La gamine ne m'a donc pas menti. Inutile de cacher mes intentions, je suis toujours à la recherche d'informations. Sans geste brusque, je fouille dans mon sac en gardant les yeux rivés vers mon interlocuteur afin de lui prouver mes bonnes intentions. Finalement, je lui tends un parchemin usé par le temps et la pluie, le tout accompagné d'une réponse claire et concise.

"Amène lui ça. J'ai juste besoin de lui parler. Sans bavures."

Le gaillard attrape le calligraphié et le parcourt, visiblement capable d'en déchiffrer le contenu. Sa lecture est lente, fastidieuse et je l'observe rouler chaque mot en silence jusqu'à ce qu'il en comprenne l'essence. Ses sourcils se soulèvent, sa bouche s'ouvre légèrement sous l'effet de la surprise et c'est en contenant son étonnement qu'il replit le parchemin.

"Je... Bouge pas de là."

Sur ces mots, il disparaît en pressant le pas jusqu'à s'engouffrer derrière la draperie. J'entends le bruit d'un loquet qui claque, le grincement d'une porte qui s'ouvre et se referme, puis plus rien. Alors je patiente, bercé par le succès d'avoir joué de ma mauvaise réputation. Ragaillardi, je me remémore mes anciens plans qui datent de mon évasion des geôles de la cité. J'étais fou de me penser capable de réduire Kendra-Kâr en cendres, mais ce rêve ne m'en paraît plus un depuis mon entrée chez les Murènes. J'ai le matériel qu'il me faut, la sécurité dont j'ai besoin et personne ne trouve à redire sur la qualité de mon travail. Mon petit moment d'euphorie s'envole définitivement lorsque le garde revient, les mains vides de mon avis de recherche. J'en conclus qu'il a été adressé à sa hiérarchie et me garde donc de le lui réclamer.

"Par ici, s'il vous plaît."

Le ton change et ça ne m'étonne qu'à moitié. Dans ces quartiers, les monstres sont rois et les bonnes âmes écrasées sous nos bottes. Je passe la draperie que le gaillard écarte de mon chemin et dépasse la porte entendue plus tôt, largement ouverte sur un escalier propre, mais usé par le temps. Les marches avalées, nous arrivons dans une pièce grande comme le hall principal de l'étage, visiblement aménagé comme appartements pour la bordelière. Un bureau, un lit voilé d'un rideau en tissu, quelques meubles et lanternes qui éclairent l'endroit et enfin, l'intéressée. La vieille femme est debout derrière son pupitre et caresse sa crinière blanchie par le temps, le visage ridé par l'âge et l'inquiétude, avant de se présenter.

"On m'a dit que tu me cherchais. Je suis Madame Aline, propriétaire de cet établissement."

La main à plat sur mon avis de recherche, elle ouvre le marché non sans jeter de rapides coups d’œils à mon accompagnateur ainsi qu'à un autre homme appuyé contre un coin du mur.

"Ta réputation te précède, Ellyan Crow. La Milice est déjà venue à quelques reprises me questionner à ton sujet, sans succès. Que me veux-tu ?"

"Ribaudes et mendiants sont les meilleurs des informateurs. J'imagine que tu dois connaître de nombreuses choses au sujet des Docks. Je suis à la recherche d'un groupe de bandits réputé dans le coin, Noir-Désir."

Le regard fixe, la vieille femme reste impassible et ne quitte sa posture qu'après une longue expiration. Ses pas l'éloignent du bureau et c'est en observant la flamme dansante d'une lanterne qu'elle me tourne le dos.

"Oui, ce nom m'est familier. Mais supposons que je connaisse ce nom, quel est mon intérêt à te donner des informations les concernant ?"

"Ne joue pas à plus maline avec moi, je suis loin d'être patient."

"Tu ne comprends peut-être pas, mais ces hommes de l'ombre ne sont pas de simples bandits. Ils sont presque rois dans les Docks et rien ne se fait sans leur consentement, même entre ces murs. Corruption de gardes, chantage, cambriolage et assassinat, rien ne semble les freiner dans leur course au pouvoir. J'ai entendu dire qu'ils bataillaient avec d'autres organisations du même acabit, mais ce ne sont que des mots. Que peux-tu bien leur vouloir ?"

"J'ai des affaires avec eux, des affaires d'ordre professionnel. Saurais-tu me dire où se trouve leur quartier général ?"

Agacé, Madame Aline ne semble pas vouloir céder aussi facilement. Je peux le lire sur le visage qu'elle tourne vers moi, mordillant d'inquiétude sa lèvre inférieure.

"Je suis désolée, mais je ne peux pas t'aider. S'ils apprennent que je t'ai fourni des informations, ils s'en prendront à moi ou à mes filles."

A ses dires, rien ne semble capable de la faire changer d'avis. Malgré tout, je connais le point faible des bouseux des Docks. Chacune des personnes m'observent avec prudence et attention alors que ma main extirpe ma bourse hors de ma sacoche. Le tintement des pièces font hausser un sourcil à la bordelière et je ne manque pas de continuer sur cette voie.

"Dis-moi ton prix."

Ses lèvres se séparent, mais aucun mot n'en sort. Je me décide donc à mener les enchères et la discussion qui se porte peu à peu en ma faveur.

"Deux cents."

Rien, aucune réaction. La reine des Ribaudes croise les bras, m'incitant à monter plus haut.

"Trois cents."

Un sourire se dessine sur son visage, traduisant sa joie grandissante. Cette vieille putain est persuadée que ce petit jeu peut monter jusqu'aux milliers, mais je la fait soudainement tomber de son nuage.

"Trois cents Yus. Si tu veux davantage, je te prendrais un doigt toutes les centaines."

Sur ces mots, l'ambiance retombe aussitôt. Les deux gus à mes côtés font un pas vers moi, main sur la poignée de leurs armes et échangeant de nombreux regards avec leur patronne. Cette dernière prend un instant pour reprendre ses esprits avant d'indiquer à ses hommes de main de se calmer.

"Reculez ! Reculez... Nous ne faisons que marchander."

Plus sereine, Madame Aline s'installe à son bureau et pose ses mains croisés sur le bois. Tout dans son attitude indique que la vieille femme comprend l'enjeu d'une discussion avec un criminel dans mon genre et qu'il n'est pas judicieux de toucher ses limites. Pourtant, elle pose carte sur table pour sa dernière proposition.

"Quatre cents. Et je continuerais de dire à la Milice que tu n'es jamais venu par ici."

La puterelle. Je me suis fait avoir sur ce coup. Je n'ai clairement pas envie que la Milice vienne me gêner. Grommelant dans mon écharpe, j'extraie la somme demandée et la verse sur la table, lui laissant le temps d'en compter l'exactitude. Satisfaite, Elle se lève de son tabouret et se rapproche de moi sous l’œil attentif des gardes.

"Noir-Désir s'est établit dans un commerce, directement sur les quais. Après avoir chassé l'ancien propriétaire, ils se font maintenant passer pour une compagnie de transport navale appelée Vogue-Mer, mais ils refusent toutes les demandes de la clientèle. D'après ce que je sais, ils exportent des marchandises illégales dans tout le continent et génèrent d'importants bénéfices. Comme je l'ai dis, ils ont la Milice dans la poche, ce qui leur permet de passer les contrôles du port sans la moindre difficulté. Un conseil, sois discret ou ils te trouveront avant."

Satisfait, je lance un dernier regard à la bordelière et me dirige vers la sortie où m'attendent déjà ses deux hommes de main.

"Tu n'oublies pas quelque chose ?"

La main tendue, Madame Aline me tend mon avis de recherche soigneusement enroulé et maintenu par une ficelle. Je lui attrape du bout des doigts non sans me racler la gorge de mécontentement et disparaît aussitôt par là où je suis arrivé, accompagné des dernières paroles de la vieille peau.

"Bonne chance. Reviens quand tu le souhaites..."

_________________
La milice de Kendra Kâr recherche des renseignements sur les agissements ou la localisation du fugitif "Ellyan Crow". L'approche et le contact avec l'individu sont tous deux fortement déconseillés.


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 Sujet du message: Re: Les docks
MessagePosté: Lun 18 Déc 2017 17:36 
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V.8 Les bases de la magie.

En ouvrant le volet je m’aperçois que la nuit est encore présente, mais à l’horizon les premières lueurs de l’aube s’apprêtent à démarrer un nouveau jour. Je réveille Sylve qui doit malheureusement manquer de sommeil vu sa petite mine du matin. Je réchauffe les restes de la veille et me hâte de ranger mes affaires que je la vois déjà sur le pied de guerre malgré sa fatigue. Entraînement de soldat certainement. De par ses habitudes militaires Sylve m’indique qu’il ne faut pas avoir le ventre trop plein dans l’éventualité où nous aurions à faire quelques efforts physiques. Nous quittons rapidement les lieux après nous être assuré de n’avoir rien laissé derrière nous.

Le froid de la nuit nous accompagne dans les rues de Kendra Kâr. Nous nous déplaçons discrètement, allant d’une obscurité à un coin d’ombre pour ne pas être repéré. Cependant, au bout de quelques instants Sylve m’agrippe le bras et m’impose le silence. Si rien ne semble perturber le silence de la nuit, quelque chose attire l’attention de la semi-elfe qui m’intime de la suivre en silence. Nous parcourons plusieurs mètres avant de nous arrêter vers la devanture d’une boucherie. De la main elle me désigne trois personnes apparemment à l’intérieur. Elle s’apprête à se rendre à la porte lorsque subitement elle me force à rejoindre l’obscurité de la ruelle adjacente et plaque sa main contre ma bouche. Des bruits de pas provenant de la rue arrivent eux aussi à la boucherie.

"T’es sûr que c’est ici ?" Demande une première voix.

"Certains ! Je suis déjà venu et je les ai vus rentrer plusieurs nuits de suite." Répond une seconde.

Les deux individus pénètrent à leur tour dans le bâtiment en tentant de générer le moins de bruit possible, mais une lumière au travers des volets dévoile une torche.

"Si je comprendre bien, ces deux hommes suivre les premiers et seuls les premiers connaître le chemin pour passer." Je déclare tout bas à l’attention de Sylve.

"Non !" Me répond-elle tout simplement. "Ils étaient trois. Il n’a rien dit, mais je te confirme au bruit de pas qu’il y avait bien trois hommes la deuxième fois et seulement deux la première."

(Décidément son acuité auditive est un véritable atout.)

A notre tour, nous pénétrons à l’intérieur du bâtiment et rapidement un problème se pose pour ma gardienne. L’obscurité est si dense qu’elle est incapable de voir où elle met les pieds. Ses capacités elfiques semblent avoir leurs limites. Je lui prends donc la main et l’intime silencieusement à me suivre. Contrairement à elle l’obscurité n’est pas un problème qui me concerne et je parviens à nous guider assez aisément. Je la force à se baisser pour éviter des couteaux laissés trop près du passage et la tient par la main lorsqu’une caisse au sol peut provoquer sa chute. Malgré l’absence de lumière déchirant les ténèbres de la nuit, nous parvenons à rattraper le second groupe et leur torche jusqu’au sous-sol servant de stockage de la viande grâce à sa fraîcheur plus marquée. Pris au piège dans une cage en métal, le feu qui brûle n’éclaire que par de fins rais de lumière ce qui leur permet de ne pas générer une trop forte intensité lumineuse et dévoilerait leur présence. Ils disparaissent derrière un meuble en bois qui de toute évidence est un accès secret dans le mur.

(Nous aurons tout le loisir de comprendre l’intérêt de ce trou lorsque la milice sera au courant.)

La voie mène à une cave où quelques morceaux de viandes sont également présents.

(De la viande de chaque côté, mais pourquoi faire ?)

Je continue de suivre les rais de lumière tout en guidant ma complice. Fort heureusement la trappe permettant d’atteindre la cave est restée ouverte et nous débouchons sans bruit dans une maison. Nous progressons tous deux lorsqu’une rixe éclate à quelques mètres de notre position.

"Mais qu’est-ce que vous foutez là bon sang ?" Interroge une voie grave.

"Je te l’avais dit ! J’étais sûr qu’on était suivi." Renchéri un second. "Bon on fait quoi d’eux ?"

"On est là pour dévoiler la vérité au peuple !" Répond une des voix que j’ai entendue avant d’entrer dans la boucherie. "On sait que vous êtes là aussi pour l’entrepôt. On veut raconter ce que cache le roi aux Kendrans."

"C’est pas vrai encore des fouineurs ! S’ils racontent tout on est fini." Déclare le premier.

"Non vous n‘avez pas compris, on veut juste dénoncer ce que cache le roi. On se moque du trou pour voler le boucher par lequel vous êtes passé, ni pourquoi vous traversez le blocus de la milice. Tout ce qu’on veut c’est la vérité !" Déclare l’homme.

Je profite de l’obscurité pour l’avancer jusqu’à l’ouverture de la porte et y jette un œil. L’intérieur est assez pauvre. Quelques étagères traînent ici et là contre le mur, un buffet bien amoché par le temps, tandis qu’au plafond un lustre vétuste se sent seul sans bougies et que le mur qui me fait face possède une porte barricadée par une table et quelques chaises menant à l’extérieur. La lanterne des hommes que nous avons poursuivis encore allumée bien qu’au sol, dévoile deux jeunes hommes assis au sol et deux autres debout. Un premier massif tenant un jeune homme par le col tandis que le second plus fluet tient une grande dague menaçante. Les deux hommes se regardent l’un l’autre et semblent se mettre d’accord du regard.

"C’est pas vot’e nuit mes p’tits gars !" Déclare l’homme avec la dague. "Vous avez mal choisi vot’emoment pour jouer les héros du peuple."

(Ils vont les tuer pour ne pas laisser de témoins ! Le capitaine de la milice m’a bien demandé de ne pas causer de trouble, mais cela ne compte peut-être pas si je sauve des vies ? Enfin si j’essaie.)

"Non, non arrêtez ! Faites pas ça !" Implore l’homme tenu par le col.

Ils s’apprêtent à les tuer ! Je me tourne vers Sylve qui a certainement compris ce qu’il se passait.

"Y avoir un homme armé. Bloque-le je m’occuper de l’autre." Je lui indique tout bas.

Ni une ni deux nous déboulons dans la pièce de concert. Je malaxe le fluide magique en moi et rassemble ma puissance dans ma main droite, l’autre tenant fermement mon bâton. Le sort me permettant d’atteindre des cibles éloignées, ma boule de feu jaillit pour porter le premier coup contre l’homme massif. Sous le choc ma cible relâche le jeune homme qui tombe au sol. Sylve quant à elle se rue sur le second homme et leur lame s’entrechoquent.

"Naundar !" M’interpelle-t-elle.

Je la vois forcer la garde de son adversaire et le pousse à lever son arme, complètement désarmé face à une attaque extérieure. De nouveau je fais rugir ma magie et envoie une nouvelle boule de feu sur l’homme fluet. Sylve pointe sa lame sous sa gorge tandis que je me précipite vers son comparse et dirige mon bâton en direction de son visage. J’ai déjà vu les magiciens menacer de la sorte avec une certaine efficacité.

"Posez immédiatement toutes vos armes." Tonne la semi-elfe.

"Vous aller bien ?" Je demande aux trois jeunes hommes.

"Un Shaakt ! On est mort !" Lance l’un d'eux.

"Je venir de sauver vous. Merci être plus approprié je croire !" Je lance contrarié. "Je pas avoir finir avec vous, je travailler pour la milice et vous devoir expliquer pourquoi vous être là !"

A voir un elfe noir effectuer des missions pour le compte de la milice Kendrane, une véritable incompréhension se lit sur leur visage. Les choses semblent sous contrôle lorsqu’une chose nous renverse Sylve et moi.

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