L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Port de Kendra Kâr
MessagePosté: Mer 12 Aoû 2015 22:23 
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Le silence pour seule réponse, enfin... Le silence et un sac !

Elle s'attendait à une réaction négative à la suite de son commentaire involontaire, mais pas par rapport à son présent. Comment le prendre ? La testait-il ? Elle ne saurait le dire. Il n'affichait pas de fureur, pas de colère, mais plutôt un air d'irritation prononcé. Un vieillard sur la tard qui refusait de s'énerver pour préserver son coeur, voilà l'effet que lui fit "le maître" en cet instant.

Evelyn pensa à s'expliquer, elle, son geste, les difficultés qu'elle avait connu pour obtenir ce qu'il observait avant tant de dédain, mais le ton de son interlocuteur l'en dissuada. Il verra ce geste comme une faiblesse, un aveu d'échec à ses yeux. Elle tiendrait face à lui, bandant sa volonté pour essuyer son mépris à l'image d'un souffle de vent.


~ Un bon apport, oui. Vous avez beau avoir des agents, je vous offre un coup d'oeil dans les affaires internes de l'une des grosses fortunes de la ville, ses projets et ses dépenses. Quelque chose qui pourra vous permettre d'utiliser les informations pour encore quelques mois. Des informations qui ne concernent d'ailleurs pas que ses affaires en ville, en dehors aussi.

Elle ne pouvait que tenter la rebuffade pour ne pas s'écraser devant l'homme, le maître avait beau être une personne d'exception, ce type d'accueil n'était pour elle pas digne de quelqu'un qui disposait à son service d'autant de personnes en ville. Le livre offrait des opportunités, le sceau lui offrait des armes et un poids.

~ Concernant le sceau, je vous laisse deviner ce que ses héritiers pourraient faire en échange. Ils pourraient le changer, mais je suppose qu'il ne s'agit pas de quelque chose de particulièrement facile, sinon l'objet n'aurait pas autant de valeur. Pendez-moi si vous le souhaitez, vous n'aurez qu'à donner des ordres plus précis à la prochaine qui se trouvera à ma place.

Elle avait croiser les bras au cours de son discours, fulminant, hésitant à tourner les talons, à laisser le vieillard et son satané livre sur les docks, quitter la ville...

Elle devrait au moins la quitter si elle ne voulait pas subir les effets de sa désertion.

_________________


Thème

Paroles - #008080
Récit - #404080


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 Sujet du message: Re: Port de Kendra Kâr
MessagePosté: Ven 14 Aoû 2015 11:25 
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Le vieil homme n'en revenait pas ! Ses sourcils un temps rabaissés se relevèrent et l'étonnement put se lire sur son visage, lorsque la jeune femme, tenant tête et prenant sa remarque au premier degré, lui expliqua, à lui le vieux rapace, l'utilisation qu'ils pourraient bien faire de ce registre. Si son analyse était approximative, le moins qu'on pouvait dire de cette petite voleuse, c'est qu'elle ne manquait pas de toupet, un peu trop même...
Mais lorsqu'elle entama avec arrogance et bravade sa tirade sur le sceau, il n'eut plus aucun doute. Cette gamine ne manquait pas seulement d'expérience, elle était de surcroit orgueilleuse et assez peu avertie. Sans même tenir compte du fait que cela ne pardonnait pas dans le métier, avoir quelques talents pour la rapine ne signifiait nullement avoir l'envergure exigée pour les rejoindre.

Sur le visage de Grecal, l'incrédulité laissa place à la lassitude. Il avait suffisamment perdu son temps pour cette soirée. Sans même lui répondre, il leva la main et, d'un signe circulaire de l'index, donna l'ordre à ses troupes de se mettre en position. Aussitôt, sortirent des ruelles et de nulle part des hommes en armes qui virent encercler la jeune femme, tandis que le vieil homme se rapprochait de la bordure du quai. Là, de dos, la tête légèrement inclinée vers l'ombre d'un grand navire, il semblait attendre.

- Qu'ils ne l'abîment pas trop et la laissent s'échapper. Et fais savoir à cet incompétent de Ghislain qu'il a du ménage à faire s'il souhaite pouvoir me demander grâce.

A la seule intention de son homme de confiance, La Shadus avait tout juste susurré ces mots. Tout deux se connaissaient depuis tellement longtemps, qu'il n'en fallut pas plus au vieillard pour saisir la finalité de la manœuvre. Un sourire malicieux vint déformer sa bouche, tandis qu'un éclat de plaisir passait dans les yeux de Nérida. Rien n'était jamais perdu pour elle, chaque situation, même la plus déplorable, pouvait être rentabilisée pourvu qu'on l'envisagea sous son meilleur angle. Comme une pierre taillée, prête à être sertie, la vie offrait, à ceux qui savaient la regarder, une multitude de facettes…

- Laisse-lui le sceau aussi... à tout hasard.

Grecal eut un léger signe d'assentiment à son attention avant de se retourner. Il posa ensuite son regard froid et déterminé sur la pauvre enfant, alors qu'une silhouette, en cape et aux contours à peine marqués, semblait quitter les quais. L'occultant partiellement à la vue de la voleuse, un colosse, à la peau noire et dont les profondes cicatrices se voyaient à bonne distance, sortit lui aussi de la pénombre pour lui emboîter le pas.

A la demande de celui que la jeune femme avait pris jusqu'alors pour le maître, un des hommes de mains se détacha du groupe et vint prendre ses consignes. Penché, l'oreille à la bouche de son chef, il ne dit mot, se contentant de recevoir ses ordres.

- … trouve Ghislain et fais-lui bien comprendre qu'il vaut mieux qu'il ne nous déçoive pas. Il n'aura pas de seconde chance.

L'homme alla donner à son tour ses ordres à l'un de ses collègues qui partit en trombe. Le livre de comptes sous un bras, Grecal regarda une dernière fois la jeune femme, toujours au centre de la souricière, et lui lança le sceau.

- Tenez, puisqu'il a tant de valeur à vos yeux ! Cadeau de la maison ! Et sans plus se soucier d'elle, il se hâta de rattraper La Shadus.

La scène avait duré à peine plus de cinq minutes, tout s'était enchaîné avec la rapidité d'une organisation bien huilée où chacun connaît sa place comme son rôle et où un ordre s'exécute à la lettre sans la moindre contestation et dans l'humilité.
Une chose était certaine ce soir là, de Ghislain ou d’Évelyne, l'un des deux ne verrait pas le jour se lever, quant à l'autre...

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Ahmadou Kourouma

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 Sujet du message: Re: Port de Kendra Kâr
MessagePosté: Lun 26 Oct 2015 14:27 
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Quatrième entrée du journal



Ils se serrent, ils se poussent, ils me dégoûtent tellement… Comme des moutons qui suivent le cri du berger, les passants piétinent sur les pavés en zieutant à peine la même merde qui se vend dans les étales toute la journée. Tous ces bateaux qui quittent le port pour revenir vider les filets, vomissant la pêche de la matinée. Une vie sans le moindre intérêt, elle a déjà été vécue tellement de fois..

Quoi qu'il en soit, personne ne fait réellement attention à moi. Seuls quelques marmots me regardent en tenant la main de leurs mères, m'obligeant à resserrer mon foulard pour ne pas dévoiler mon visage. Inutile de les faire hurler de peur, je dois simplement garder l'esprit clair et concis sur mes objectifs. Mais alors que j'avance au fil des bousculades et du courant créé par la foule, je commence à m'interroger sur la suite des événements.

Il me faut un refuge. Un abri, un foyer, un endroit où reprendre des forces. La matinée s'achève à peine et je n'ai réussi qu'à fuir la milice comme un vulgaire bandit. Inutile de se lamenter davantage, je vais continuer à me mêler à eux jusqu'à trouver quelque chose qui en vaille la peine.



Presque une heure que je marche. Besoin de me ressourcer. Je vais me risquer à acheter quelques vivres avec la monnaie que j'ai récupérée sur le dernier cadavre que j'ai ouvert. Je ne suis jamais tombé aussi bas.



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La milice de Kendra Kâr recherche des renseignements sur les agissements ou la localisation du fugitif "Ellyan Crow". L'approche et le contact avec l'individu sont tous deux fortement déconseillés.


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Dernière édition par Ellyan Crow le Lun 16 Nov 2015 22:05, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Port de Kendra Kâr
MessagePosté: Jeu 29 Oct 2015 19:48 
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Cinquième entrée du journal


Voilà ce que je cherchais. Quelque chose de banal, qui n'attire aucunement l'attention. Un vieillard borgne, assis sur une chaise. Face à lui, trois bacs à moitié défoncés. Il remarque à peine que je marque l'arrêt devant son étal miteux. Je passe rapidement le regard sur ce qui m'est proposé, sans m'arrêter sur la qualité de la nourriture : des pommes rouges brunis à certains endroits, des pavés de pains qui paraissent rassis au possible et des lamelles de viandes périmées qu'il tente de faire paraître pour du boeuf séché.

Qu'importe, les prix sont bas et je peux m'en permettre une quantité non négligeable. Je lui tends la somme nécessaire à l'achat de trois pommes, une moitié de son pain et deux portions de viande séchées, qu'il accepte sans même me donner la totalité de ce que je lui ai demandée. Au lieu de ça, le vieux se rassoit sur sa chaise et me regarde de haut en bas avec l'oeil qui lui reste, avant de m'imposer de foutre le camp sous peine d'interpeler la prochaine patrouille qui passe.

Alors, maintenant, la sous-race qui vit dans cette ville pense pouvoir me menacer, moi, Ellyan Crow ? Le costume doit le tromper, il ne sait pas à qui il s'adresse. Je m'efforce de contenir ma main gauche qui n'attend que de s'échapper sur les contours de son cou et me contente d'abaisser mon foulard jusqu'à mon menton, lui dévoilant la masse difforme qui me sert de visage. La pupille de son oeil se fond aux miennes, dans un ballet de surprise et de terreur d'avoir offensé la mauvaise personne. Je peux suivre son regard qui s'attarde sur chaque irrégularité déformant mes traits, fixant finalement mes lèvres tailladées qui se séparent pour gargouiller une simple question du même effet qu'une lame sous la gorge.

Habituellement, quand je demande à quelqu'un s'il désire mourir, il n'est pas question de choix. Dans ce cas précis, je ne désire pas attirer l'attention et encore moins me faire repérer par la Milice. Mais voilà fort longtemps que je n'ai pas tenu le fil de la vie entre mes doigts... Et au vu de la réaction participative de mon interlocuteur, il me faudra patienter davantage pour assouvir mes besoins. D'un geste simple, je recouvre mon visage et attrape vivement le petit sachet qu'il me tend de sa main tremblante, dans lequel se trouve les vivres manquantes, avant de quitter l'étal sans même me retourner.

Au moins une bonne chose de faite...

...


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 Sujet du message: Re: Port de Kendra Kâr
MessagePosté: Sam 10 Sep 2016 13:58 
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Je descendais du pont d’une démarche chancelante, manquant de tomber à chaque pas que j’entreprenais et essayant de me rattraper aux cordages rares et effilochés que j’avais sous la main. Ma tête tournait comme jamais et le raffut des hommes qui déchargeaient les marchandises du rafiot sur lequel j’avais embarqué ne cessait de résonner dans ma boite crânienne.

(Plus qu’un mètre…courage !)

À peine le pied posé sur la terre ferme chérie que mon estomac fût pris de soubresauts et quelques secondes plus tard, je déversais le contenu de mon estomac sur le sol rocailleux de la zone de débarquement du Port de Kendra Kâr, la Blanche.

(Que Valshabarath m’en soit témoin je n’avais jamais été aussi malade de toute ma vie !)

Le ventre plié en deux, je relevais la tête vers des formes vaguement humaines que ma vison brouillée m’empêchait de distinguer correctement. Après de longues respirations, leurs traits se firent progressivement plus nets. Le bruit de l’équipage se dissipât et je recouvris ainsi mes sens : un groupe d’humains mâle d’âge mixte, assis sur des caisses de marchandises, se payait ostentatoirement ma poire ! J’entendais leurs rires au loin et je jurais sur l’honneur familial (ou du moins le peu qu’il en resta) qu’ils ne s’en sortiraient pas comme ça ! Le tout était de ne pas se faire marcher sur les pieds, ne pas répéter les mêmes erreurs que chez moi.

Je me redressais avec le peu de dignité qu’il me restait, menton levé, le regard solennel et strict, dans une parfaite imitation de ma grande sœur Lyndra lorsqu’elle me donnait des leçons de bienséance Shaakt. J’avançais donc vers eux d’une démarche que j’espérais assurée, ignorant mes nausées, tout en portant sur le visage une expression qui m’était peu familière et qui, j’en étais sûr, m’enlaidissais.

Arrivée à leur hauteur je les toisais de ma stature, profitant du fait qu’ils soient assis. Je pouvais maintenant voir les détails de leurs visages ainsi que le sourire provocateur peint sur la plupart de ceux-ci.

Ces mâles n’avaient vraiment rien d’enviant : au nombre de cinq, tous portaient des vêtements rapiécés ou déchirés. Certains même étaient les heureux propriétaires d’impressionnantes cicatrices sur le torse ou les épaules, témoin de nombreuses bagarres de rue. Ils étaient tous d’ethnies différentes, mais visiblement rapprochés par la pauvreté. Ils faisaient peine à voir dans un sens : ils ne valaient pas mieux que ceux de ma race du même sexe, ils étaient même pires ! Aucun respect pour ceux qui leurs étaient supérieur !

Un des hommes se leva juste devant moi, me dépassant maintenant de deux bonnes têtes et me faisant profiter de toute l’étendue de son haleine alcoolisée. Il planta ses petits yeux noirs dans les miens ahuris et prit la parole en premier de surcroît !

(Soit les femmes ne sont pas assez fermes ici, soit les choses sont radicalement différentes de chez moi)

« On n’aime pas trop voir des chiennes Shaakts par che… »

Je ne lui laissais pas le temps de finir sa phrase que je lui décochais la plus belle gifle de sa vie qui résonna dans toute la zone du port. Ça allait lui remettre les idées en place j’en étais sûr, dans quelques secondes, il implora mon pardon. Mais ses paroles m’interpellèrent, comment savait-il que j’étais une Shaakt ? J’avais pourtant ma capu…ah non…elle avait dû se rabattre lorsque j’étais occupée à recracher mes boyaux sur le sol. Si j’allais être accueilli comme ça partout, les choses n’allaient pas être faciles.

Prise dans ma réflexion je n’avais pas remarqué que la totalité du groupe m’encerclait déjà, me faisant prendre conscience de la petitesse de ma taille tout comme la stupidité de mon action. Je n’étais pas chez moi, et ces rustres allaient me le rappeler d’une manière plus que déplaisante.

"Tu vas regretter d'être née, raclure" il grogna tout en se rapprochant encore plus près.
(Visiblement son imagination n'avait d'égal que son intelligence...)

L’aura menaçante de la scène avait déjà rameuté la foule partagée entre l’excitation de voir une femme (ou une Shaakt ?) se faire battre et la curiosité morbide cachée sous une façade d’outrage.

Maintenant j’étais complètement prise au piège, les cris diffus de mes assaillants et ceux de l’attroupement ne faisant que rajouter à ma confusion. Je n’avais même pas pensé à dégainer ma masse de derrière mon dos tant la situation m’était étrangère. Une femme ne devrait jamais avoir à se retrouver dans une situation pareille ! Je n’avais même pas remarqué que j’avais fermé les yeux desquels des larmes commençaient à perler et que mon corps s’était replié sur lui-même en signe de soumission. Des heures semblaient s’être écoulées depuis que j’étais sortie du bateau.

(Si ma sœur me voyait elle renierait tous liens familiaux…)

Tout à coup, dans l’euphorie de la scène, la même brute que j’avais giflée tout à l’heure me redressa brusquement pour m’envoyer son poing dans la figure, tellement fort qu’il me fit valdinguer dans ses camarades, ma masse s’enfonçant dans les muscles de mon dos en tombant.

Ma tête cogna durement sur le sol.

Silence.

Les gens tout autour comprirent que ce qu’ils avaient pris pour des chamailleries étaient allé trop loin et dans un mutisme entrecoupé de quelques murmures, l’attroupement se dispersa peu à peu, se désintéressant du spectacle pour retourner vaquer à ses occupations journalière, ne laissant plus que moi et mes agresseurs. Celui qui m’avait blessé releva soudainement la tête et non sans cracher nonchalamment à coté de mon corps inerte, s’enfui à toutes jambes dans les ruelles sombres non loin accompagné de ses sbires.

Couchée sur le sol sale du port, sonnée par le coup que j’avais pris à la tête et la vision brumeuse, je vis seulement une forme s’approcher de moi en courant accompagnée des cliquetis distinctifs des armures qui avaient dû faire déguerpir mes assaillants, à mon plus grand soulagement.

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_________________
"Nox", Shaakt, Guerrière


Dernière édition par Aeonox le Dim 18 Sep 2016 19:18, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Port de Kendra Kâr
MessagePosté: Sam 10 Sep 2016 14:16 
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Toujours à terre et dans le brouillard, je sentis une main moite me tapoter les joues pour me faire reprendre conscience. Bien que l'intention soit louable, cela ne faisait que raviver la douleur de ma pommette droite. En tout cas cela eu l'effet escompter car la sensation me réveilla sec !

"Besoin d'aide mademoiselle ?"

Un homme à l’âge indéfinissable me surplombait. Le visage rond et ouvert, le corps entretenu par de nombreux festins et des vêtements que je pouvait reconnaître comme étant de très haute qualité. Le crâne chauve et les yeux pétillants, il avait l'air sympathique d'un marchand voulant vendre ses produits à un clients et à en juger par les deux hommes en armures à ses côtés, il était plutôt influent.

(Décidément, les riches étaient les seuls personnes fréquentables !)

Voyant que je ne faisais aucuns gestes pour me lever, il ordonna d'un signe de tête à l'un de ses gardes de m'aider. Me tête tournait encore un peu mais lorsque je fus sur pieds, la sensation se dissipa.

J'avais maintenant tout le loisir d'inspecter mon environnement. Ce que je remarquais en premier était le ciel couvert teinté de rose par le soleil qui sortait ses premiers rayons en cette fraîche matinée. Chaque jour des longues semaines passées sur ce bateau je n'avais manqué ce spectacle. L'authentique calme de la scène me remplissait de sérénité et un sourire sincère se dessina sur mon visage malgré les récents événements. Même les rayons solaires qui me brûlaient la peau ne pouvaient rien n'y faire.
Revigorée, je tournais brusquement sur moi-même: le port que je n'avais pas eu le temps de considérer s'étendait à perte de vue. Les hauts mâts de vaisseaux bien plus onéreux que celui que j'avais emprunté s'étendaient au loin. A l'opposé de la mer calme était entreposées une série d'habitation à l'allure mal famée. Là où s’étaient enfui mes agresseurs. Ce quartier me faisait penser à ceux lugubre de la ville haute de Caix Imorhos que j'avais parcouru quelques fois avec mon père pour les affaires. Des bons souvenirs.

"Mademoiselle ?"

Prise dans ma contemplation j'en avais oublié leur présence. Un des gardes toujours à mes cotés. Je leur souris aimablement tout en ajustant ma capuche sur mes cheveux.

"Vous êtes le seul à m'être venu en aide." je constatais, en effet l’altercation avait désintéressé les passant aussi vite qu'elle les avait attiré.

"Oh ! Les gens du port ne sont que des marchands et des petits fauteurs de troubles ! La proximité des docks n'arrange malheureusement en rien à sa fréquentation"m'expliqua t-il gaiement tout en désignant les sombres bâtisses.

Il parlait d'une voix franche et claire, ce qui m'encourageait à répondre sur le même ton.

"C'est dommage qu'un si bel endroit soit peuplé de criminels. Je n'avait jamais rien vu de tel !" je disais avec un geste vague vers les alentours.

"Vous voulez dire que vous n’étiez jamais venu à Kendra Kâr !? Vous ne savez pas ce que vous avez manqué !"

Là, son regard étonné me gênait. Le monde entier semblait déjà être venu alors que moi, jamais je n’avais mis un pied en dehors de ma ville natale. Et encore, seulement la ville haute !

"C'est à dire que...l'occasion ne s'était jamais présentée !"

C'était faux. L'occasion aurait pû se presenter des dizaines de fois si j’étais restée avec mon père comme prévu ou si j'avais suivi les enseignements des Prêtresses. Mais les choses ne se passaient pas toujours comme ont s'y attendait.

"Permettez-moi alors de vous faire visiter la cité! Kendra Kâr est remplie de merveilles et il me tarde de vous les faire découvrir!"

Sur ce il se retourna et commença à marcher sans écouter ma réponse. Ses gardes fendant la foule, présente malgré l'heure aurorale.

(Après tout pourquoi pas ? Il m'avait bien aidé non ? Et puis je ne connais pas du tout la ville, il me sera utile ici.)

J'accouru pour me retrouver à sa droite, grimaçant un peu à cause de mes douleurs au dos dû à ma chute. Je tentais néanmoins un sourire envers...envers qui d’ailleurs !?
Je ne lui avais même pas demandé son nom !

"En fait comment vous- "

" Oryon, commerçant émérite ! Et ces deux là sont Abbo et Wilks "dit-il en me montrant les deux gardes qui me saluèrent d'un hochement de tête. " Et vous mademoiselle ?"

"Aeonox" je lui répondais fièrement " Mais vous pouvait m'appeler Nox ! Tout le monde m'appelle comme ça !"

"Et bien Nox, bienvenu dans la Ville Blanche !" m’accueillit-il tout en me fourrant un de ses bras boudiné près de mon coté droit, en signe d'invitation.

(Que veut-il que j'en fasse de son bras ?)

Je regardais en vitesse les gens qui nous entouraient. Certaines femmes avaient leur bras enroulé autour de celui qui les accompagnait, comme pour se soutenir. Elles n'avaient pas l'air souffrantes.

(Étrange coutume)

Je copiais alors timidement la posture de l'une d'elle sur mon compagnon qui visiblement n'avait pas l'air de se formaliser du temps que j'avais pris à m'installer.
Tout en sortant du quartier portuaire vers les portes de la ville, nous reprîmes la conversation:

"Vous y avez échappé belle juste avant. Ces hommes ne sont pas tendres et je n'ose imaginer ce qu'ils auraient pu vous faire !"

Je touchais du bout des doigts mon bleu à la joue. Aïe !

"Je n'imaginais pas attirer les ennuis aussi vite..."

"Car vous comptiez les attirer tout de même ?"

"Je suis venu rechercher quelque chose ici, et je vais devoir me battre pour l'obtenir !"

"Et qu'est-ce, si je puis me permettre ?" me demanda t-il avec un regard étrange.

"Je ne le sais pas encore" Je détachais mon bras du sien, me rappelant qu'une Shaakt ne devrait pas avoir besoin de ça. "Mais je suis sur que vous me serait utile" je lui déclarais avec un sourire.
Il me le rendit d'un air entendu, et nous continuâmes notre route.

La Grande Porte

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 Sujet du message: Re: Port de Kendra Kâr
MessagePosté: Dim 30 Oct 2016 13:32 
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rp précédent sur L'allégresse

Au goût âcre du vomi dans sa bouche, s’ajoutait l’odeur des entrailles de poissons que les pêcheurs avaient ouverts et laissés pourrir non loin du quai. Sibelle retira un mouchoir blanc de son sac et s’essuya le bas du visage, puis jeta le bout de tissu taché au loin parmi les autres détritus. La tête toujours lourde et victime de vertiges, tout en titubant légèrement, elle s’empressa de quitter la jetée et ses odeurs afin d’atteindre le plus rapidement possible des rues plus saines. Elle ne put malheureusement pas aller plus loin que les docks qui s’avéraient le quartier le plus malfamé de la ville constitué de ruelles dans lesquelles se côtoient ivrognes, prostituées, voleurs de bas étages, chats errants et rats d’égouts.

Adossée contre un mur de pierres humide et sale, la guerrière dont la peau encore plus pâle qu’à son ordinaire transpirait à grosses gouttes, tentait de reprendre contenance en inspirant et expirant lentement et profondément. Les relents du quartier ne constituaient pas le meilleur parfum à inhaler, mais Sibelle tentait tant bien que mal de se remettre des maux de mer qui l’accablaient depuis quelques jours.

En plus d’être incommodée, la belle guerrière nourrissait une colère envers l’océan. Malgré son obstination et tous les efforts qu’elle avait faits pour demeurer sur le navire, elle n’avait pu contrer ses malaises. Et au bout de quelques jours, le capitaine de L'Allégresse, agissant pour sa santé, ne lui avait donné le choix de débarquer sur terre. Obstinée, Sibelle n’avait pourtant pas renoncé à se rendre à Yarthiss puisqu’elle s’était engagée auprès de Selen à l’accompagner dans cette enquête sur Brytha et elle comptait bien tenir sa parole. Mais pour l’heure, elle devait prendre du repos et des forces. Elle envisageait donc de se reposer une nuit dans une auberge, après quoi, elle emprunterait la voie des airs jusqu’à la ville précitée puisque celle maritime lui était impossible.

Au bout de quelques minutes d’un relatif repos, elle s’apprêtait à repartir en direction des portes de la ville lorsque ses oreilles fines perçurent un bruit singulier. Doublement prudente, vu son état de santé, elle se dirigea à pas de loup vers la ruelle où un bruit l’avait alertée. Vigilante, elle tendit de nouveau l’oreille et entendit un faible gémissement. Doucement, elle se dirigea vers les caisses de bois vides abandonnées, et elle vit une jeune elfe grise ayant à peine atteint l’âge adulte à semi-consciente étalée par terre. Lorsque Sibelle s’approcha davantage, la demoiselle à la longue chevelure de neige tressée en une seule natte leva ses yeux d’un bleu intense vers elle et souffla quelques mots à peine audibles avant de perdre conscience.

« Aidez-moi ! »

Prudente, et craignant un guet à pans, la guerrière poussa d’abord l'elfe grise du bout du pied pour s’assurer qu’elle ne simulait pas l’inconscience afin de mieux l’attaquer. Puis, elle se pencha vers la jeunette vêtue de beaux habits elfiques et vit le sang qui maculait sa jolie tunique orangée au niveau du ventre. Sibelle, déplaça la main de la jeune femme aux oreilles pointues pour voir l’étendue de la blessure. Son ventre était entaillé de quelques centimètres, mais la plaie ne paraissait pas très profonde. La guerrière ne possédait aucun pouvoir de guérison, mais comme tout bon soldat, elle était en mesure de faire un bon bandage, après avoir fait pression sur la plaie et y avoir mis un bout de tissu propre trouvé dans le sac de la victime. Le pansement mis en place, Sibelle fouilla les vêtements et l’équipement de la jeune rescapée. Dans son cou pendait un bijou en forme de croissant de lune abritant une pierre noire polie. En fouillant plus à fond son équipement, Sibelle remarqua que l’épée de bonne facture et d’aspect antique était gravée des mêmes symboles cabalistiques lunaires mystérieux que le pendentif. Perplexe, elle se promit de questionner la jeune propriétaire dès son réveil.


Après cette brève inspection hâtive, Sibelle se pencha davantage vers la frêle jeune elfe et la prenant par la taille, elle la bascula sur ses épaules à la manière d’une poche de pommes de terre.

Malgré son indisposition, aidée de sa force musculaire hors de l’ordinaire, à pas lent, mais régulier, Sibelle traversa les ruelles sans incident. Elle franchit les portes de Kendra Kâr et se dirigea vers l’auberge de la tortue guerrière. Elle y avait séjourné une nuit quelques jours plutôt et comptait retourner dans ce lieu très hospitalier.

(((suite à l’auberge de la Tortue Guerrière)))

(((742 mots)))

_________________
Sibelle, Maître d'armes


Dernière édition par Sibelle le Mar 22 Nov 2016 03:30, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Port de Kendra Kâr
MessagePosté: Ven 18 Nov 2016 01:51 
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Nous rentrons à Endor

Alors que les nuages défilaient, le croissant de lune brillait au-dessus des toits. Dans une ruelle étroite et sombre, éclairée ponctuellement de lanternes vacillantes, Daemon découvrait enfin les bas quartiers de la ville. Ils étaient bien moins propres et spacieux que les riches demeures adjacentes à la grande avenue et paraissaient peu fréquentables.

Il suivit les pas d'Asad sans un mot, sans comprendre pourquoi son compère avait décidé de prendre la route à la nuit tombée. Ils croisèrent quelques ivrognes à l'allure déformée, ainsi que des miliciens maltraitant un clochard, sans pour autant y prêter attention. Tel était l'envers du décor, les ténébreux baffons de la cité blanche, à quelques rues du grand port.

Ils débouchèrent sur une artère longeant un canal aux eaux noires et chevauché par une succession de ponts en bois. Il n'y avait pas un bruit. Le jeune homme du désert s'arrêta enfin, il balaya les environs du regard, s'assurant que personne ne les observait, et lui fit signe de s'engager sur un escalier. Daemon l'interrogea du regard, puis s’exécuta en descendant dans les ombres.

Il aboutit sur un appontement grinçant à peine au-dessus du canal. Ne sachant où aller, il attendit Asad et se laissa guider. Ils marchèrent quelques mètres et s'arrêtèrent sous un pont, où les attendait un homme vêtu à la manière des Messagers du Corbeau, avec un grand manteau noir recouvrant tout son corps et dissimulant son visage, qui semblait les attendre debout sur une longue barque.

« Je te présente Phlégias. Il va nous conduire à Endor par le fleuve. »

Daemon jaugea la barque et doutait que l'embarcation fût appropriée pour un tel voyage. Il salua néanmoins l'homme, par politesse.

« Enchanté. »

L'homme ne répondit pas. Un silence ponctué de clapotis s'installa, puis il tendit une main dans sa direction. Quelques battements d'ailes se firent entendre et un corbeau vint se poser sur l'embarcation sans que quiconque ne le note.

« Phlégias a pour habitude de prendre deux yus pour chaque voyage, peu importe la distance. » commenta Asad.

« Seulement deux yus ! » s'étonna Daemon, presque trop fort.

Le voyage était tout de même conséquent, il nécessitait plusieurs jours, même par la voie des eaux. Payer une somme aussi dérisoire revenait à l'extorquer. Le semi-elfe fit un pas en arrière avec un signe de négation.

« Phlégias, je regrette, mais je ne veux pas vous plumer. »

« Il ne te répondra pas. » répondit Asad, amusé. « Il est muet. Phlégias n'est pas intéressé par le commerce, non. Il n'est guidé que par sa foi envers Phaïtos et ne récolte que deux pièces par voyage comme offrande envers le passeur. »

À présent le silence naquit de Daemon. Il fut sensible à ce vœu de pauvreté accompagnant cette piété déraisonnable. Sans trop savoir pourquoi, il se sentit coupable, à l'instar de tous ses pécheurs vivant pour leur seule vanité. Lui qui s'imaginait spirituel et désintéressé... Ce Phlégias l'intriguait davantage et il bascula de la tête pour tenter d’apercevoir son visage. Il ne vit cependant que les ténèbres de sa capuche.

Le passeur réclama à nouveau son paiement. Daemon se saisit de sa bourse et la déposa dans sa main.

« Voici votre dîme, ces 400 yus scellent notre accord. À présent, vous devrez allégeance à notre ordre. »

Phlégias fit disparaître l'argent dans les plis de son manteau, puis il s'inclina pour l'inviter à monter à bord.


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Des vagues spectrales

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 Sujet du message: Re: Port de Kendra Kâr
MessagePosté: Jeu 9 Mar 2017 12:31 
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~ IV – 6. Bjørgen Bière-Brisée ~


Ashen embrassa avec vigueur le plancher des vaches. Littéralement. Perturbée par ce sol qui ne bougeait plus sous la houle des vagues, elle s’étala de tout son long sur les docks de Kendra Kâr et les ricanements de quelques marins. Elle se redressa en leur lançant un regard mauvais. Si seulement elle ne se sentait pas aussi faible qu’un louveteau d’Omyre…

La jeune femme se para de toute sa superbe et s'éloigna avec, entre les mains, les rennes de Condor, sa monture, qui semblait accuser autant qu'elle le contrecoup du navire. Durant tout le voyage, elle l'avait complètement oublié dans la cale et en concevait de très légers remords rapidement occultés. Elle se dirigea vers le port de Kendra Kâr avec la ferme intention de se procurer son propre rafiot, quelque chose de plus rapide et de plus sûr que cette miche qu’elle venait de quitter. C’est ainsi qu’elle passa les deux heures suivantes à errer sur les quais, observant les différentes offres qui se proposaient à elle. Il y avait de tout, dans l’un des plus grands ports de Yuimen, et la jeune femme n’y connaissait rien en matière de navigation. Elle questionna plusieurs personnes, offrant gracieusement quelques pots-de-vin pour avoir quelques informations intéressantes. Il fallait y mettre un prix non négligeable pour compenser sa peau un tantinet trop foncée pour être honnête et briser la méfiance des marins. Finalement, après avoir étudié toutes les offres, un navire ressortait parmi tous, la Serre du Faucon, et son Capitaine : Bjørgen Bière-Brisée. Le navire était une corvette à trois mâts qui semblait avoir déjà vécu son lot d’aventures et dont la peinture bleue et or s’écaillait çà et là mais paraissait autrement plus fiable que ce sur quoi elle venait de voyager. Mais, surtout, le Capitaine avait un passé de corsaire et semblait peu scrupuleux, ce dont elle avait besoin si elle voulait l’avoir à son service.

C’est ainsi qu’elle se retrouva face à un thorkin à la barbe noire ornée de quelques anneaux, à l’œil bleu vif perçant tandis que l’autre était du blanc de l’aveugle et barré d’une vilaine cicatrice. C’était la première fois qu’elle voyait un nain sur un navire, et de surcroit à la tête d’un équipage, pourtant celui-ci semblait parfaitement à sa place sur le pont de sa goélette. Bjørgen Bière-Brisée s’accueillit d’un regard scrutateur alors qu’elle grimpait sur la passerelle pour le rejoindre.

- Il paraît que vous avez envie de rendre votre tablier et que votre service en tant que corsaire ne vous convient plus, dit-elle en guise de préambule.

Le nain croisa les bras, la regardant de haut en bas avant de daigner répondre :

- Ça se pourrait bien. Qui l'demande ?

Elle se carra devant lui, consciente que quelques membres de son équipage s’étaient rassemblés pour assister à la conversation. La semi-sindel se maudissait de ne pas avoir pris le temps de se reposer et de prendre une douche avant de partir en quête d’un bateau ; elle offrait une bien piètre vision. Pourtant, elle savait, au vu des activités qu’elle prévoyait d’avoir en ville, qu’elle risquait de devoir quitter précipitamment la cité. Elle devait avoir son moyen de repli déjà prêt.

- Ashen Hródvitnir, propriétaire du Bordel de la Morne Plaine de Darhàm.

Autant annoncer clairement d’où elle tenait son argent et ce qu’elle avait à proposer au Capitaine. L’œil valide de celui-ci s’éclaira un bref instant avant qu’il ne tombe sur le pendentif en forme de murène aux yeux améthyste qu’elle portait autour du cou.

- Visiblement pas simple maquerelle. Je connais la Murène. Tous, ici, nous connaissons la Murène et avons entendu parler du Capitaine Von Klaash. En rentrant sous vos ordres, nous serions également sous ceux de la Caste des Murènes ?

Ashen masqua sa surprise en faisant mine d’enlever une poussière imaginaire de sa chemise. Elle ne s’était pas attendue à ce que son pendentif soit si vite reconnu. Est-ce que cela jouerait en sa faveur ?

- En effet. Je suis membre de la Caste, en me rejoignant, vous la rejoignez et acceptez nos buts.

Bjørgen se grattait la barbe en observant ses membres d’équipages qui observaient, dans l’expectative. Ashen en comptait une petite quinzaine. Soudain, le nain reporta son regard borgne sur elle.

- Ashen Hródvitnir, ce nom m’est pas inconnu. Un nom de légende, rattaché aux dieux sombres.

La jeune femme se renfrogna. Il existait en effet une légende qui circulait sur son nom, qui était murmurée au coin du feu depuis bien longtemps déjà. Elle relatait la rencontre de ses parents et la malédiction qu’aurait infligé sa mère à son père. Si elle avait été considérablement embellie, rendue tragique et digne d'être contée, mais Ashen ne voyait en elle que la preuve de l'absence de maîtrise qu'elle avait eu sur son enfance et son histoire. Elle ne répondit rien, ce qui était une confirmation suffisante pour le Capitaine.

- Entrer au service d’une reconnue des dieux, membre de la Caste des Murènes qui compte l’un des pirates les plus renommés, Capitaine de la Laide-les-Maines… Plusieurs membres de mon équipage seraient ravis. C'est qu'ça fait d'beaux nom pour des gens superstitieux.

Elle n’avait rien d’une reconnue des dieux, elle qui avait fuis le temple de Thimoros dans lequel elle avait grandi et renié son père, mais elle se garda bien de le contredire, le laissant poursuivre après un instant de réflexion.

- J’accepte de vous laisser acheter nos services, nous avons fait notre temps comme corsaires de Kendra Kâr, il est temps de voir ailleurs si les eaux sont plus bleues. Nous avons déjà signé notre démission. On n'est pas des enfants d'coeur, mais plusieurs membres de mon équipage risquent d'pas aimer passer à c'point du côté d'Oaxaca. Piller des navires, ça va, mais les Murènes, c'est une autre pair de manches. Va falloir que je recrute, et recruter des gens pour les Murènes c'est délicat par ici.

Ashen haussa un sourcil. Cela se passait bien mieux que prévu.

- Il y a un dispensaire en ville, le dispensaire des Pivoines, là-bas vous trouverez peut-être quelques mousses. Il appartient aux Murènes.

Une lueur d’intérêt perça de nouveau dans l’œil du nain. Il annonça un prix qui serait le sien, plus une paye pour ses matelots. Elle répliqua par un montant dérisoire et il s’en suivit un rude marchandage à l’issue duquel ils convinrent d’une somme. Cela creuserait un trou considérable dans les finances d’Ashen, mais ce trou était un bien moindre mal face à l’idée de remonter sur un navire qui ne tenait pas la mer. Et puis, se dit-elle avec une lueur avide dans les yeux en regardant la Serre du Faucon, elle ne s’était jamais offert un si gros cadeau.

Elle cracha dans la main et la tendit à Bjørgen Bière-Birsée qui fit de même.

- Topons-là.

- Topons-là.


[Achat de la Serre du Faucon.]

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 Sujet du message: Re: Port de Kendra Kâr
MessagePosté: Sam 1 Avr 2017 14:48 
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     Je prends une grande inspiration et me concentre sur mon objectif. Le projectile est lové dans ma main ; sa forme, plate circulaire et lisse, est parfaite. Il est sans aspérités, léger mais équilibré. Je m'accroupis, déterminé et, d'un mouvement sec du poignet, tout en dépliant mes doigts, j'envoie le projectile dans un mouvement de rotation qui me semble parfait.

     "Semble", car si ma pierre effectue les deux premiers ricochets gracieusement, le troisième la déséquilibre de façon incompréhensible ; son inertie mise à mal et terminant dans une position peu avantageuse, elle percute l'eau une quatrième fois avant de couler pathétiquement au fond de la mer. Frustré, je donne un coup de pied dans les quelques autres pierres que j'avais sélectionnées pour l'occasion et elles rejoignent leur congénère dans l'eau, troublant un temps, par les ondes produites à la surface, le reflet des bâtiments portuaires de la ville blanche.

- Aurais-tu insulté Moura ce matin ? rigole l'homme à côté de moi. Il semble que la mer n'est pas ton alliée aujourd'hui...

- Si les dieux n'ont pas d'autres priorités que de m'empêcher de faire des ricochets, la situation du monde n'est pas aussi troublée qu'on veut nous le faire croire.

     Les bras croisés, je regarde mon ami Ahol envoyer, dans un angle parfait et d'un geste expert, son propre projectile sur la surface de l'eau ; après le 6ème ricochet, je détourne les yeux, dégoûté, et observe mon environnement. Le port de Kendra-Kâr fourmille de l'activité synonyme d'une journée faste pour ses docker : un navire marchand est arrivé dans la matinée et termine d'être déchargé. On voit également poindre, sur la mer -plutôt calme, en cette fin de matinée-, un autre bateau, L'Entreprenant : un imposant bâtiment commercial habitué du port, facilement reconnaissable même de cette distance, ce qui veut dire plus de travail encore pour l'après-midi. En tout et pour tout, une petite dizaine de bâtiments, militaires ou commercial, grands et moins grands, mouillent auprès des quais de la ville blanche, doucement bercés par les vagues. Les marins du navire arrivé ce matin, manifestement heureux de poser pied sur terre, semblent discuter avec enthousiasme de leur programme de la journée ; les dockers, eux, sortent encore du navire marchand les derniers tonneaux de bière directement importée de Shory. Moi-même et Ahol avons participé à ce fastidieux travail ce matin, avant de nous détendre par cette petite compétition improvisée.

- C'est toujours un plaisir de voir le port aussi vivant, me dit Ahol, évitant gracieusement de se moquer plus avant sur mes capacités de ricochet défaillantes. Nous pourrions presque nous ressembler si la différence de carrure entre nos deux personnes n'était pas aussi remarquable : cheveux et yeux noirs comme moi, Ahol est cependant une force de la nature tandis que je suis plus fin et musculeux. Il travaille presque tous les jours sur les docks et, quand le travail vient à manquer, sait tirer parti de ce que les dieux lui ont offert en proposant ses services dans des tavernes ou autres établissements, ce qui suffit en général à y garantir la bonne tenue des clients. Il me dit parfois qu'il vend aussi son "corps de rêve" à des bourgeoises en demande, mais je suis plus sceptique sur ce point.

- C'est certain. La venue de l'Entreprenant va vous occuper pendant un bon moment. Essaye de mettre de côté quelque chose pour moi pendant que tu décharges, leur capitaine est un grand naïf et ils ont toujours de la nourriture exotique...

- Fais-le toi même ! Pourquoi est-ce que tu ne rejoindrais pas les autres dockers avec moi cet après-midi ?

- Je dois rejoindre mon maître, lui réponds-je, tout en sachant très bien qu'il connaissant déjà la réponse et qu'il ne cherche qu'à nous lancer sur ce sujet de conversation.

- Le Maître ! Il me semble qu'il prend son temps pour t'apprendre quelque chose de vraiment utile, ton fameux foutu Maître ! Ahol tord les traits de son visage en une imitation assez approximative du Maître puis ajoute :

- Six ! Trois tour de quartier ! Ton physique est le premier obstacle entre toi et tes Fluides, sache le dompter ! Six ! Deviens la terre, Six ! Pense rocher, Six ! Prépare-moi mon repas, Six !

- Tu exagères, lui dis-je, bien qu'il ne soit pas si loin de la vérité...

- Tu aurais très bien pu te présenter à la Guilde de la magie, nouvelle obéissance ou je-ne-sais-quoi. Ils sont très accueillants, il paraît, là-bas. Tu y aurais peut-être déjà appris quelque chose d'utile au lieu d'avoir le pouvoir de souffler de la poussière sur les gens. Pouvoir faire voler des objets par exemple, tiens. J'ai entendu qu'à Tulorim un gars se faisait payer rubis sur l'ongle pour décharger magiquement les cargaisons de navires en un temps record !

- C'est une capacité liée aux fluides d'air. Je suis lié à la terre, tu le sais.

- Et tu peux pas vol... acheter des fluides d'air quelque part ? Un docker magique, voilà un objectif honorable.

- Euh... le Maître est opposé au multi-élémentalisme, il dit que c'est souiller sa...

- J'emmerde ton maître ! Tu fais bien ce que tu veux, non ?

     Partie sur un ton enjoué, la conversation commence à faire monter mon irritation. Je me baisse pour retrouver des pierres idéales pour le ricochet, surtout pour éviter de me disputer avec mon ami. J'ai déjà eu ces conversation de nombreuses fois, pas seulement avec lui, et je ne cherche désormais plus à me justifier. Les bras croisés, Ahol, le regard sombre, observe les marins qui semblent enfin s'être décidés et se dirigent vaguement dans la direction des bordels les plus proches du port.

- Il m'a tout de même appris à lire et écrire. S'il n'avait pas été là, je serais toujours en train de jouer aux petites frappes dans le coupe-gorge le plus proche. Voire mort, avec moins de chance.

- Je sais, me répond simplement Ahol après un instant de silence. Je sais.

     Si il a parfois mouillé dans quelques une des affaires illégales dans lesquelles j'étais lié il y a quelques années, Ahol n'a jamais irrémédiablement repoussé l'idée de vivre de son métier de docker pour le restant de ses jours. Intégré dans la vie du port, naturellement (physiquement) doué pour cela, il a du mal à comprendre ce qui m'a amené à suivre ce que beaucoup considèrent comme un entraînement incongru pour exploiter un vague potentiel magique pas particulièrement exceptionnel. Je ne pouvais pas supporter l'idée de la vie que ma place dans une famille kendranne humble mais attachée aux tradition et à la légalité m'offrait ; la seule chose qui a pu m'éloigner de travailler pour des salauds pour de l'argent qui m'intéressait à peine fut la découverte de mes fluides de terre. Au moins mon ami était-il suffisamment sincèrement intéressé par mon bien-être que pour faire semblant de le comprendre, ce qui n'était pas le cas de tout le monde.

- Bon... Tu me mets quelque chose de côté, alors ? Dis-je après un autre instant de silence inconfortable.

- Ouais. J'espère que ça vient d'Oranan. Ils ont toujours les meilleurs amuse-gueule, de ce côté là.

- Merci, je te revaudrai ça. Bon, je dois y aller. Tiens moi au courant sur les arrivées de navire.

     Je lance rapidement la pierre que j'avais en main vers la mer puis me retourne pour ne pas voir le résultat.


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 Sujet du message: Re: Le port de Kendra Kâr
MessagePosté: Dim 17 Sep 2017 22:27 
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Sorti de chez le Vieux Moboutou, Maltar fait un crochet rapide au marché prendre de la viande séchéepour deux semaine et deux litres d'huile de lampe. Il s'autorise aussi deux brochette sur la route, pour le petit déj'. Puis il prend la direction du port et retourne là où il était quelques heures avant, devant la Serre du Faucon. Il demande là à ce qu'on le laisse monter avec sa monture pour rencontrer Ashen, qui l'attend. Il aurait peut être été plus raisonnable. Le matelot le conduit à une cabine.

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 Sujet du message: Re: Le port de Kendra Kâr
MessagePosté: Mar 19 Juin 2018 16:23 
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Localisation: Montagnes de Nirtim
Pister le boulot aux piécettes, tombées dans les bonnes mains, glissées sur un comptoir, dresser l'oreille, à l'affût d'une rumeur, d'un bon plan, la trace d'une aubaine : je chasse mon voyage pour ailleurs. L'argent ne manque pas, même si j'ai laissé tout mon salaire à Shory, discrètement, entre de bonnes mains, pour ceux qui en auront besoin. Accompagner la caravane fut grassement payé, les sinaris sont honnêtes, leur parole est d'or, et pas qu'elle. Alors l'argent... C'est rester inactif, un lourdaud sur le pont, un poupin dans son berceau, coincé dans la cabine et le regard condescendant des marins. Je ne serai jamais comme eux, j'ai la terre sous les bottes et dans les tripes et pas question d'être en-dessous d'un homme qui peine.

Dans les forêts d'Anorfain mon projet a mûri. Je suis allé de ville en ville, j'ai versé mon sang, toujours loin de ce qui fut mon foyer. Aussi loin que j'irai, il sera encore trop près, et les routes toujours m'y ramèneront. La tentation sera là, à chaque croisée des chemins, labeur et dangers ne m'en tiendront pas éternellement éloigné. Tandis que la caravane avançait, cela me vint comme une évidence : la mer me fera obstacle, la découverte m'occupera bien assez. Sandoc est un marchand voyageur, il a touché terre dans chaque port où il pouvait sans crainte faire du commerce, de bourgs en cités, aussi fut-il de bon conseil. Et puis les choix sont minces pour un homme commun. Les lointaines terres des elfes ne présentent aucun intérêt pour moi. Aller plus au nord, ce serait chercher la guerre, le conflit et des plaines couvertes de neige. Ah la neige... j'en ai soupé, un flocon me rappelle cette traque hivernale, le liykor... Rien que d'y penser, ça me lance dans les épaules. Et puis la guerre, toujours la guerre... Une âme ancienne m'a poussé dans mes rêves, à prendre les armes contre les garzoks, à honorer cette mémoire ancestrale... J'ai résisté. Au nord, il n'y a rien, et pas besoin d'un oracle pour le savoir.

Alors ne restait plus que l'Imiftil. Sandoc m'a déconseillé de rester à Tulorim, sauf à me tailler une réputation. Ce n'est pas l'usage que je veux faire de ma hache. Alors selon lui, Yarthiss accueillera bien plus volontiers un bûcheron : une guilde prospère supervise là-bas l'abattage du bois, elle accueillera sans doute un gars habile de ses mains et dur à la tâche. Plus au sud encore, un sacré voyage pour quelqu'un qui ne connaît pas les routes, les gens et les coutumes de ce continent, Dehant : cette cité plus jeune offre d'autres opportunités. Et puis partout, il n'y a pas que sa force à vendre. C'est sa peau à risquer. Loin des routes et des remparts, ce sont toujours les mêmes menaces sous d'autres formes. Garde, chasseur, bûcheron, terrassier... il y aura bien quelqu'un pour me donner l'occasion d'assurer ma subsistance en attendant que je trouve un trou où mener ma vie.

Me perdre dans mes pensées. Il faut au moins ça pour supporter la cohue, les odeurs de marée, de poissons, les relents de sueur, les cris. Trop de monde à Kendra Kâr, encore plus d'agitation au port. Ca grouille, populace pressée. Pourtant je repère rapidement le capitaine, pile à l'endroit où on me l'a indiqué, fidèle à sa description. Exagérément grand, fin comme un roseau, une voix grave et puissance que l'on n'associerait pas à un si frêle coffre. Il porte une chemise verte qui lui pend sur les épaules et un bonnet rouge vissé sur le crâne achève de le rendre identifiable par tous. Pour expliquer je ne sais quoi à un matelot, il agite les bras dans une démonstration qui n'est pas sans rappeler le tissage d'une araignée, ou un moulin par grand vent. En m'approchant il me faut éviter de prendre un coup et me signaler par deux fois. Enfin, il laisse partir un grand gamin tremblant de confusion avant de se tourner vers moi.

« Paraît qu'vous cherchez des gars. »

« Ouais, y paraît. Et ? »

« J'veux passer à Tulorim. »

Se grattant le menton, il me dévisage et inspecte mon paquetage comme un cargaison étrange, lorgnant ostensiblement sur la hache, le bouclier et le casque sanglé sur mon sac. Je n'ai guère l'habitude d'être scruté d'en haut, et il me domine de plus d'une tête, même si j'ai l'impression d'être plus large que lui. Après quelques secondes à donner l'impression de réfléchir en dodelinant de la tête, il me tend la main.

« T'as l'air d'faire l'affaire. J'ai p'us d'gars d'escorte. Si t'as pas peur des pirates, t'embarque. Si tu t'bats pas, si on y passe pas, j'te coule en pleine mer. Clair ? »

« Ca m'va. »

La poignée de main scelle notre accord. Ses longs doigts fins m'enveloppent et malgré leur apparente fragilité, je ressens la force de sa poigne. Une drôle de bête aux ordres de laquelle je vais me soumettre...

« Rendez-vous ce soir ici. Le canot nous embarquera. »

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