Les paroles du prêtre m’intriguent tout autant que celles entendues dans la bouche d’Ishka. Ce monde m’est, décidément, totalement inconnu, et les races qui le peuplent semblent vouloir me réserver un nombre incalculable de surprises. De la guerre sur Nosvéris, je ne connais que les récits des quelques Phalanges revenues dans nos montagnes. Et la consternation que l’homme, qui me fait face, doit lire sur mon visage s’était là aussi emparée de moi : comment un peuple pouvait à ce point aimer détruire ? Qui étaient-ils donc ? Une question me brûle la langue, mais je n’ose la prononcer : cette confiance que je place en tous les hommes, est-ce la même que Yuia a placée dans son peuple ?
Le vieil homme se tait un instant et, de son mutisme, la réponse paraît naître. Ma Déesse a été trahie, elle a cru en la foi des siens et s’est donnée entière. Elle a peut-être espéré, comme moi, comme ceux que j’ai laissés, comme ceux que je ne connais pas et qui, j’espère, se battent encore. Mais ce n’est que déception et peine qui l’ont récompensés, cette ombre dont me parle le prêtre.
L’une de mes mains effleure mon torse, je ne laisserai pas cette ombre me recouvrir, la lumière doit vaincre, je montrerai à Yuia qu’elle peut encore faire confiance aux gens de ses glaces. Mais la voix du serviteur de Gaïa me ramène à cette réalité concrète et les mots qu’ils prononcent jettent un sombre voile sur mon cœur. Kendra-Kâr. J’en viens ! Le Casque des Glaces me semblait déjà plus proche que jamais et voilà qu’à peine ma quête entamée il me fallait revenir sur mes pas.
Je ferme les yeux et laisse échapper un léger soupir avant de reprendre la parole.
"Le Capitaine Aldora va me revoir plus tôt que prévu. Je suis déjà passé à Kendra-Kâr."Sans rien dire de plus, je me contente d’adresser un sourire au prêtre, préférant voir le côté comique de ma situation. Je sais que le Set existe et j’ai appris que les autres êtres vivants de ce monde n’étaient pas comme les miens. Il me faudrait toujours rester méfiant.
(Quel mot étrange et triste…)Je remercie le sage d’un signe de tête et quitte la pièce où il m’avait attiré. La Perle Rouge devait encore être au port, Ishka n’allait pas en revenir.
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