L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 20 messages ]  Aller à la page Précédente  1, 2
Auteur Message
 Sujet du message: Re: Les égouts
MessagePosté: Dim 3 Jan 2016 08:58 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 6 Déc 2015 20:43
Messages: 295
Localisation: Aliaénon
Précédemment : ici

Elle se réveilla et constata que Sephon n'était pas là. Plutôt surprise par cette absence, elle se redressa, se sentant bien. Elle parvint à se lever complètement, bien que ce soit plutôt difficile. Quelques douleurs la tiraillaient encore ici et là, mais rien de bien grave. Elle réussit à effectuer quelques étirements sans trop de problèmes. Apparemment, elle était guérie. L'effet de l'onguent de l'esclave était plutôt bon. Elle voulut sautiller de joie, mais savait pertinemment qu'elle devrait rester en repos encore un peu. Tant pis.

Il n'y avait personne, mais Sephon avait eu la gentillesse de laisser la torche allumée. Elle commençait à l'apprécier. Ne l'avait-il pas sauvée après tout ? Elle sourit en songeant au duel imaginaire qu'il y avait eu entre Phaïtos et l'esclave. Elle aimait Phaïtos, et pourtant elle n'arrivait pas à en vouloir à Sephon... Mieux valait ne pas y penser.

Elle saisit la torche, et s'approcha de la porte. Verrouillée. Elle grommela, et saisit son pendentif. Elle avait toujours le petit bout de métal coincé dedans, et il l'aidait grandement à ouvrir les portes fermées. Disons qu'elle s'offrait des opportunités. Mais la porte résista. Tous ses efforts – et ses quelques protestations peu civiles – n'y firent rien et la pièce resta close. Elle se décida à fouiller un peu partout, dans la couche de l'esclave, dans les coins, et finalement dans le renfoncement aux potions.

Elle n'osa pas toucher aux pots, mais c'était trop obscur pour qu'elle distingue quoi que ce soit. Elle chercha à tâtillons au milieu des quelques fioles et instruments de préparation des potions. Soudain, elle sentit une froideur inhabituelle. Du métal. Elle retira vivement sa main et vit avec satisfaction une petite clé nichée dans sa paume. Il avait fait un double. Un sourire carnassier déforma ses traits. Elle allait bien entendu garder cette petite clé... qui pourrait lui être fort utile. Ici se trouvaient des objets de valeur non négligeable dans le renfoncement... mais elle ne se servirait pas aujourd'hui.

Elle déverrouilla la porte et, mesquine, ne referma pas derrière elle. Autour, d'autres pièces semblaient avoir été bâties de la même manière, dans un couloir de quelques mètres. À gauche, un escalier descendait dans les ténèbres ; à droite, une échelle montait et en haut un petit orifice laissait échapper un rai de lumière. Elle fonça dans cette direction et monta en haut, puis poussa la plaque qui bloquait le passage et déboucha dans une ruelle obscure. Elle s'extirpa des ténèbres des sous-sols en replaçant la plaque et laissa ses poumons s'emplir de l'air frais qui lui avait tant manqué, écartant les bras pour recueillir la douce brise de la liberté.

Mais elle n'avait pas que ça à faire. Elle se repéra et se dirigea rapidement vers la forge.

Suite : ici

_________________


Thème musical


Haut
 

 Sujet du message: Re: Les égouts
MessagePosté: Dim 21 Fév 2016 03:00 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 6 Déc 2015 20:43
Messages: 295
Localisation: Aliaénon
Précédemment : ici

((( [:attention:] Certaines scènes de ce rp sont à forte connotation sexuelle/violente/gore, aussi est-il recommandé aux lecteurs sensibles d'y réfléchir à deux fois avant d'en entamer la lecture.)))

La petite fille fit quelques pas à l'extérieur, observant ce nouvel environnement. Elle se trouvait dans un tunnel, sombre et froid, qui se finissait sur sa gauche par un escalier montant et sur sa droite par une obscurité inquiétante. Tandis que de sa gauche provenaient quelques voix d'hommes, de sa droite ne répondaient qu'un faible écho ou parfois seulement un silence de mort. Elle ne savait vraiment où aller. Son instinct lui envoyait des informations paradoxales, lui commandant de s'éloigner des deux côtés à la fois. L'obscurité comme la lumière, le silence comme l'agitation la repoussaient et si elle avait eu à suivre son intuition, elle serait retournée dans la salle de torture, preuve de l'absurdité de ses réflexions, réflexions rendues floues par le supplice qu'elle avait subi ces derniers jours.

Finalement, elle fit quelques pas timides vers la gauche. Arrivée en bas de l'escalier, elle tendit l'oreille, ses yeux grands ouverts uniquement fixés sur les pierres taillées dans le mur, éclairées par la lumière de quelques torches. À l'étage, des Gardes fêtaient. Ils ripaillaient, des rires gras s'élevant jusqu'à atteindre les oreilles de la fillette, immobile, médusée par l'incohérence de ce lieu, où certains chantaient plus haut lorsque d'autres pleuraient plus bas. Ils buvaient, ils mangeaient, ils s'amusaient, ils se moquaient du bourreau, retourné trop tôt à son travail, ils aguichaient les prostituées venues pour la fête, ils évoquèrent le nom de Xenair, lui portant à plusieurs reprises un toast pour le remercier de ce dîner. Et la petite fille retait dans les vapes, à moitié inconsciente.

Son ventre gargouillait, gargouillement caché par le bruit tonitruant que faisaient les Gardes juste au-dessus. Elle aurait voulu les rejoindre, croquer à grandes dents dans les mets présentés, leurs senteurs provocatrices venant titiller ses narines. Elle imaginait déjà le goût d'une simple tranche de pain, la fraîcheur apportée par un banal verre d'eau. Sur son visage passaient successivement des expressions d'envie puissante, de peur à l'idée de se faire découvrir, et finalement d'indécision flagrante : ses traits se transformaient soudains pour former un rictus tordu, avant de disparaître et laisser la place à un autre mime. Plus rien n'était sous contrôle. La fatigue, l'angoisse, la faim ressortissaient violemment de son corps. Mais elle ne parvenait pas à avancer. Elle restait donc là, droite comme un piquet.

Puis le vacarme se calma. Les rires se faisaient plus discrets, certains s'éloignant, d'autres se transformant en un ronflement lourd et pesant. Et ce fut le silence. Alors seulement, Yurlungur monta une marche. Puis une seconde et encore d'autres. Elle hésita un moment bien bref, à la limite entre l'ombre protectrice et la lumière révélatrice. Mais elle avait faim, sensation trop forte pour être ignorée. Elle monta, tout doucement, sa prudence surpassée par son désir.

Là-haut, les Gardes s'étaient assoupis. Certains se trouvaient au sol, dans les bras d'une fille de joie tout aussi ivre. Dans un coin, un couple semblait un peu plus actif, mais également bien trop occupé pour prêter attention à la silhouette qui se profilait et qui se faufilait à travers la petite pièce, cherchant pas à pas à s'approcher de la table au centre où trônaient encore quelques restes alléchants. Elle s'accroupit à côté de la table, vérifiant de quelques rapides regards autour d'elle qu'elle n'avait pas été aperçue. Puis se releva un peu pour saisir des bouts dans un plat. Il y avait là encore un peu de viande sur des os d'un gros animal, peut-être un cochon. Sans se faire prier, elle les rogna, l'estomac prenant le pas sur l'instinct de survie.

Lorsqu'elle eut fini, les deux enlacés en avaient fini. Elle venait à peine de replacer le plat sur la table lorsque l'homme se leva, tirant brutalement la jeune femme par le poignet pour l'attirer vers un comptoir non loin. Il avait un sourire béat, le torse nu et la braguette encore ouverte – on voyait bien par là qu'on avait affaire à un gentilhomme. La fille ne résistait pas, presque traînée au sol par son homme d'un soir.

« Regarde, poupée... Regarde-moi ce butin qu'on a acquis il y a quelques jours... Mais chut ! dit précisément celui qui faisait le plus de vacarme. C'était une gamine qui l'avait et elle a été placée en salle de torture... Je te dis pas ce qu'elle a dérouillé ! Plusieurs jours qu'elle y est... J'ai pas d'argent pour toi, mais j'ai ça... »

Et là, sous les yeux stupéfaits de la petite fille qui observait la scène, il exhiba de derrière le comptoir sa capuche, la capuche, celle qu'on nommait la capuche aux Mille Visages. Et cet homme, cet imbécile, l'exhibait tel une simple capuche, de la même manière qu'elle l'avait considérée lorsqu'elle l'avait vue pour la première fois.

« C'est pas grand-chose... Mais ça suffira bien à te payer ! -hic- Allez, dégage, putain... »

Il la poussa violemment et elle s'effondra au sol sans se relever. Il ne faisait aucun doute qu'elle n'était elle non plus plus sobre depuis bien longtemps. Le Garde avança de quelques pas, tituba et s'étala au sol peu après. Le calme revint. La fillette, une lueur de convoitise dans les yeux, s'avança. Elle était imperturbable, uniquement concentrée sur la capuche, sa capuche. Elle la prit, déplia les doigts de la prostituée et la récupéra. Puis la plaça sur sa tête. C'était bien trop facile, sans doute, mais elle aimait cette facilité. Un frisson d'excitation parcourut sa colonne vertébrale et se propagea dans tous son corps tandis qu'elle sentit l'aura de feu son premier propriétaire l'investir. Ainsi qu'une indescriptible envie de tuer, là, maintenant, tout de suite.

Mais elle devait retrouver sa dague, qui devait se trouver non loin. Elle s'approcha du comptoir et, bingo, elle reconnut le sien à ses éraflures entre divers autres petits couteaux. Négligeant les autres, elle brandit son arme à deux mains devant elle : l'instrument sacrificiel était prêt. Son expression était neutre, d'une neutralité effrayante. Seuls ses yeux étaient énormes, ouverts au possible, semblant ressortir de leurs orbites tellement ils étaient écarquillés. Elle ne se contrôlait plus, elle souhaitait se venger des tortures subies. Le meurtre de son tortionnaire n'avait pas suffi, loin de là.

Elle tenta un instant de résister à cette folie meurtrière. Tandis qu'elle luttait contre son double, de violents maux de tête l'atteinrent. Le combat, avant d'être physique, allait être mental. Elle se prit la tête d'une main, émettant un léger grognement. (Thimoros veut du sang.) (Je veux rentrer à la maison...) (Thimoros veut du sang.) (Je suis fatiguée...) (Thimoros veut du sang.) (S'il te plaît... Laisse-moi y aller...) (Thimoros veut du sang.) La fillette céda. Un sourire dément apparut sur sa figure et elle se jeta sur le premier Garde. D'un seul mouvement du poignet, elle le tua, la gorge tranchée. Le sang jaillit de la plaie béante et s'écoula sur le sol. Ce fut au tour de sa compagne de cette nuit d'y passer, le sang giclant sur les bras et sur les vêtements de la fillette qui gardait la même expression, l'expression d'une folle à lier. Elle faisait un sacrifice à son Dieu, mais son Dieu n'était pas rassasié. Elle abattit encore la lame, sur tous les corps de cette lugubre pièce continuant d'asséner ses coups jusqu'à ce qu'il n'y ait plus rien à sacrifier, jusqu'à ce que le sol soit couvert d'un liquide rougeâtre, sang mêlé au vin tombé des coupes de ces hommes, jusqu'à ce que les cheveux autrefois bruns de la petite fille devienne aussi noirs que la nuit la plus sombre, souillés à jamais par ce crime ignoble et irraisonné.

Elle fit quelques pas, ses chaussures créant des vaguelettes dans les flaques tandis qu'elle perturbait le calme encore plus profond qu'elle avait elle-même créé. Et elle se mit à rire. C'était un rire enfantin, cristallin, presque pur. Elle riait car elle s'amusait follement en cette douce soirée. Elle riait car elle ressentait une jubilation mystérieuse, jubilation inspirée par Thimoros. Mais ce sentiment de plaisir ardent s'éteignit bien vite, la laissant sur une faim insatiable. Elle avait besoin de tuer, encore. Elle avait besoin de satisfaire son Dieu pour ressentir à nouveau ce plaisir intense.

Elle s'avança à travers la mare de sang et s'engagea dans l'escalier. Elle sentait maintenant qu'il y avait quelque chose là-bas qui l'attirait, quelque chose qu'elle devrait offrir en sacrifice à la nuit ou mourir. Elle devait le faire et elle allait le faire. Le sang devrait couler cette nuit, encore plus abondamment que ce qu'elle avait déjà fait. Cela n'était qu'un préambule, une introduction, une mise en bouche ! Ces victimes n'étaient pas dignes d'être considérées comme de véritables sacrifices. Mais là-bas, oui, là-bas, il y avait quelqu'un ou quelque chose qui l'attendait. Elle descendit en sautillant les quelques marches sur lesquelles un petit ruisseau de sang encore chaud coulait, venant ensuite se perdre en descendant le couloir pourtant plat. Ce sang annoncerait sa venue à sa proie, ce sang la guiderait dans les ténèbres. Elle s'avança sans crainte, un simple sourire des lèvres sur son visage tandis qu'elle reprenait une expression plus banale. L'expression d'une petite fille normale, la plus normale du monde : celle qui se rendait au Temple pour prier et pour offrir un présent à une divinité, à ceci près que sa divinité était celle du sang et de la souffrance.

Elle marchait d'un pas tranquille, étonnamment apaisée. Ses nerfs avaient été mis à dure épreuve pendant les quelques jours précédents, soumise à la torture et à un interrogatoire. Mais elle se délectait désormais de sa liberté retrouvée. Elle avait tué là-haut et elle ne craignait plus rien, rien ni personne. De toute façon, la vraie Yurlungur, la peureuse, s'était réfugiée dans un coin de son esprit, laissant libre cours à la folie destructrice de l'Autre qui avait maintenant un contrôle total sur ce corps. Malgré l'obscurité qui régnait dans le tunnel, elle parvint tout du long à repérer au sol le filet de sang. Elle s'était mise dès le début à renifler sa lame encore rouge, essayant de s'imprégner de cette odeur si particulière.

Puis elle s'arrêta net. Elle venait d'arriver dans un grand hall toujours aussi obscur, une forte odeur régnant ici. Une expression de dégoût apparut sur son visage tandis qu'elle reconnaissait la douce senteur. Il s'agissaient de fientes, de fientes d'oiseau. De ce qu'elle voyait, la salle souterraine était plutôt grande, une quinzaine de mètres de largeur pour une trentaine de longueur, avec facilement cinq ou six mètres de haut. Elle entra pour de bon, essayant de repérer l'habitant de ces lieux c'était lui qu'elle cherchait.

Au centre de la pièce, une lumière blanche venue de nulle part éclairait une couche faite de paille, d'herbe jaunie et de déjections. Elle s'approcha, toujours aussi calme, et leva les yeux au ciel. Au-dessus d'elle, un orifice circulaire de deux bons mètres de diamètres laissait une ouverture jusqu'au ciel dans lequel la reine des astres culminait, pleine.

Il s'agissait sans nul doute du repaire d'un serviteur de Xenair. Elle aurait pu se méfier, elle aurait pu se demander comment il était possible qu'un tel lieu existe dans Dahràm sans qu'elle en ait jamais entendu parler, mais elle ne se sentait pas d'humeur. Non, elle était sereine. L'heure du combat approchait inéluctablement et dans quelques minutes il serait là. Une intime conviction l'avertissait de cette venue.

Elle s'éloigna un peu de la couche, se fondant dans les ténèbres et quelques instants plus tard, une ombre recouvrit ce seul lien à la surface. Et l'homme-oiseau atterit. Il ne portait plus l'armure de l'autre jour, sans doute pour pouvoir voler, dévoilant un corps difforme bien que puissant, recouvert de poils et de plumes. Aussitôt, il perçut sa présence et hurla. Non pas un hurlement de terreur, mais le cri d'un animal furieux d'être ainsi dérangé dans son antre. Il s'était tourné vers la petite fille qui souriait encore. Si tel était le défi de Thimoros, elle allait le relever. Entre la championne auto-proclamée du père contre monstre d'un lieutenant de la fille, le combat s'engagea.

Suite : ici

_________________


Thème musical


Dernière édition par Yurlungur le Jeu 3 Mar 2016 00:04, édité 2 fois.

Haut
 

 Sujet du message: Re: Les égouts
MessagePosté: Dim 21 Fév 2016 03:03 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 6 Déc 2015 20:43
Messages: 295
Localisation: Aliaénon
Précédemment : ici

La griffe de la bête passa à quelques centimètres du visage de la fillette riante qui l'érafla à l'aile de sa dague tout en s'éloignant en sautillant toujours. Cette première attaque avait été rapide et violente, mais elle l'avait vu venir. Profitant de l'assurance de son adversaire face à la petite fille qu'elle était, elle avait fait mine de rester sur place sans rien voir puis s'était décalée au dernier moment, l'oiseau ayant un trop grand élan pour rectifier son tir. Maintenant, un filet de sang s'écoulait de la première plaie du combat et la tension était à son comble. Il fusillait du regard la fillette mais celle-ci n'en avait cure. Elle était libre, elle se battait, elle dansait. C'était à son tour de rire et de s'amuser.

Elle invita d'un signe de la main son adversaire à attaquer à son tour. Il le fit et alors qu'elle s'apprêta à esquiver, il leva son autre griffe, qu'elle se prit de plein fouet. La feinte avait réussi et elle s'y était fait prendre comme une débutante. Roulant au sol sur quelques mètres, elle se releva rapidement en étouffant un grognement sourd. Son sourire avait disparu pour laisser place à une expression de rage inconditionnée. Si la griffure et le choc l'avaient blessée, elle essayait d'ignorer cette douleur, la mêlant aux douleurs héritées de la séance de torture qu'elle avait subie.

Elle s'approcha de quelques pas en laissant sa colère monter en elle. En face, l'oiseau la jaugeait de même, préparant sa prochaine attaque. Soudain, elle hurla et se jeta sur lui. Tous ses muscles se tendirent et ses mouvements s'accélérèrent à un point hallucinant, plusieurs lames semblant apparaître dans l'air devant elle. L'oiseau, surpris, ne put toutes les éviter et subit une nouvelle blessure, tout aussi mineure que la première. Il émit un nouveau cri pour intimider la fillette qui recula de quelques pas.

Et ils se jetèrent à nouveau l'un sur l'autre, les armes prêtes à frapper, qu'il s'agisse des serres aiguisées de l'un ou de la lame et du poing de l'autre. Les coups s'enchaînèrent, rapides, sans qu'aucun réel dommage soit encaissé d'un côté ou de l'autre. Une fois qu'ils se furent écartés à nouveau, il soufflaient et grognaient, chacun énervé de son côté de voir que l'autre résistait aux coups portés. Presque simultanément, ils hurlèrent à s'en vider les poumons. Voyant que l'autre ne flanchait pas, ils commencèrent à se tourner l'un autour de l'autre afin d'obtenir un meilleur angle d'attaque, se retrouvant ainsi constamment face à face.

Yurlungur fit mine d'attaquer et l'oiseau se jeta sur le côté, mais elle recula prestement. Surpris, la bête recula à son tour mais se retrouva bloquée par le mur derrière elle. En grognant, elle se jeta en avant et la fillette l'évita de justesse. Puis ils entrèrent à nouveau l'un et l'autre en contact, échangeant des coups minimes, mais qui s'accumulaient dangereusement de part et d'autre, des bleus et des ecchymoses de mauvaise augure fleurissant sur la peau de chacun des deux adversaires.

Après quelques reprises de ces affrontements soutenus, l'oiseau comme l'enfant était exténué. Dans la fraîcheur de la nuit, on pouvait distinguer chez les deux une traînée de vapeur d'eau qui s'élevait à chaque respiration. Sur le front de Yurlungur, des gouttes de sueur s'étaient accumulées et le sang collé à ses cheveux et à sa peau n'arrangeait rien. La fatigue commençait à revenir maintenant que l'adrénaline diminuait dans son sang. Le combat devint lent et monotone.

Soudain, l'oiseau s'éleva dans le ciel, bondissant au-dessus de la fillette qui se jeta sur le côté pour l'éviter. Mais il n'essaya pas de revenir droit sur elle, au contraire, il s'approcha à grands battements d'aile de l'orifice au plafond. Il fuyait.

« Hé ! Reviens ici ! Sale lâche puant ! »

L'oiseau ne l'écouta pas et une fois dans l'orifice, il s'arrêta en vol stationnaire pour émettre un cri distinctif, qui résonna lugubrement dans le hall, mais il se perdit également dans la sombre nuit, montant jusqu'à la Lune dans le ciel. À deux reprises encore, l'oiseau cria à nouveau, des vocalises dissonantes brisant le calme de la ville. La fillette prit peur et recula, prête à fuir par le couloir derrière elle. Mais il était trop tard. Tandis que son premier adversaire se posait à nouveau au sol, deux autres formes aviaires atterrirent à ses côtés.

Aussitôt, la petite fille se retourna pour courir et fuir. Mais l'un des volatiles s'éleva dans les airs pour se poser devant elle, bloquant le tunnel d'où elle était venue. Autour d'elle, ses trois adversaires s'étaient répartis l'espace, couvrant une partie de son angle de vision. Elle tournait la tête de tous les côtés, mais ne pourrait jamais réussir à les avoir tous dans son champ de vision.

La première attaque la transperça à l'épaule, fulgurante. Elle venait évidemment de derrière, l'un des oiseaux profitant de son inattention pour l'attaquer. Il repartit tout aussi sec pour s'éloigner de Yurlungur, celle-ci laissant sa douleur hurler. Elle vacilla, mais ne chuta pas. À nouveau, des serres affilées vinrent la couper au bras, la faisant valdinguer au sol. Elle se releva rapidement, retenant un cri de détresse. Jamais deux sans trois, son premier adversaire l'attaqua à nouveau, de manière moins puissante mais tout aussi fourbe. Elle chuta au sol en hurlant. Le cri résonna à son tour dans la grande salle avant de s'enfuir dans les cieux.

Les oiseaux ne l'attaquèrent pas avant qu'elle se relève. Code de l'honneur ou simple méfiance, la fillette n'en avait cure. Elle allait mourir durant cette nuit, la seule alternative étant de se défendre jusqu'à la mort, potentiellement en entraînant l'un de ses adversaires dans sa chute. Elle se releva et hurla à nouveau. Elle envoyait ses tripes dans ce cri, elle évacuait sa rage, son désespoir et son impuissance.

Mais dans son esprit, les idées s'enchaînaient à toute vitesse. Il fallait qu'elle parvienne à répliquer à leurs attaques pour pouvoir se défaire d'eux. Il était impensable d'essayer d'en attaquer un, les deux autres lui tomberaient dessus par derrière si elle le faisait. Il fallait rester sur la défensive, mais sur une fausse défensive. Si elle se tournait vers deux de ses adversaires, présentant son dos au troisième, elle n'aurait qu'à se concentrer sur son ouïe pour percevoir le moment où ce dernier l'attaquerait. Les deux autres, par facilité, ne l'attaqueraient pas de face, ou du moins l'espérait-elle. Le plan se fomentait. Lorsque l'attaquant serait suffisamment proche, il lui suffirait de l'éviter pour le prendre par surprise.

Elle fléchit ses jambes, écartant ses bras face aux deux oiseaux qu'elle avait encore dans son champ de vision. Son dos était légèrement penché en avant et son oreille alerte, prête à reconnaître le moindre signe d'attaque du dernier des volatiles. Elle perçut un mouvement derrière elle et s'écarta prestement sur la gauche pour éviter le coup. Trop tard. Une plaie s'ouvrit sur son avant-bras et du sang gicla tandis qu'elle cria à nouveau de douleur.

Mais elle n'abandonna pas. Elle se plaça à nouveau face à ses deux nouveaux adversaires, laissant le dernier derrière elle. Si elle avait bien calculé, ce dernier était fatigué par leur premier face-à-face et risquait d'être moins rapide. À nouveau, elle essaya de l'esquiver dès qu'elle perçut qu'il attaquait, mais tomba à nouveau au sol, l'air sortant de ses poumons dans un cri lugubre. Elle se releva et réessaya, une fois, deux fois, trois fois. Sans succès.

Elle était meurtrie et couverte de sang, que ce soit le sien ou celui de ses victimes. Peu à peu, l'espoir l'avait abandonnée, la laissant en proie à une terrible angoisse. Angoisse face à la mort qui s'approchait, imminente. Son corps était lardé de plaies, qu'elles soient profondes ou superficielles, et son liquide vital se vidait de son corps petit à petit. Il ne restait plus que de la peur et de la détresse, comme en attestèrent les multiples hurlements qu'elle avait pu délivrer à la suite des coups qu'elle avait reçu. Elle s'apprêta à abandonner, à se laisser tomber au sol, à la merci de ses trois adversaires.

Soudain, l'un des oiseaux émit un rire strident. Une telle créature était incapable de rire comme un homme, mais c'était pourtant bien ce qu'on percevait. Il se moquait de la faiblesse de la petite fille. Il se moquait de Thimoros, incapable d'envoyer un combattant suffisamment puissant pour les vaincre. Il se moquait de l'essence même de Yurlungur, il la méprisait. Un dernier relent de rage fit son apparition dans le cœur torturée de la gamine. Elle grogna doucement, grognement couvert par les trois sinistres rires des volatiles. Elle n'avait plus qu'une seule idée en tête : se venger. Elle allait perdre sa vie, soit, mais elle finirait vengée.

L'attaque vint vers elle et elle la perçut. Au lieu d'essayer de s'écarter de son passage comme toutes les fois précédentes, elle se retourna et plaça sa dague entre les serres mortelles et elle. Elle réussit à bloquer l'un des bras de l'homme-oiseau et l'écarta d'un habile retournement du poignet. Tandis que la seconde main griffue de son adversaire la transperçait, elle plongea sa dague dans le corps de l'oiseau. Ce dernier essaya de s'écarter, un peu de sang giclant sur la fillette lorsque cette dernière retira sa dague, mais elle n'abandonna pas. Elle se jeta sur l'oiseau, s'agrippant à ses plumes, levant et abattant son arme sur le corps de l'oiseau qui s'était mis à hurler. Elle s'y agrippait comme elle s'agrippait au dernier souffle de vie qui lui restait, de la volonté inébranlable qu'elle avait d'emmener l'oiseau avec elle dans sa mort. Ce dernier essayait vainement de se débarrasser d'elle mais les coups continuèrent. Elle abattait son couteau sans relâche, jusqu'à ce que son adversaire s'effondre au sol.

Là, elle voulut continuer de le frapper, de le saigner à blanc, de voir sa peau se détacher de son misérable corps. Mais sans qu'elle comprît ce qui lui arriver, elle se retrouva soudainement à voler au-dessus du sol sur quelques mètres, puis son corps épousa la dure pierre du sol. Les deux oiseaux restant s'étaient enfin rapprochés pour s'accroupir à côté de leur frère inanimé. Pendant quelques instants, ils essayèrent de le faire se relever, sans succès. La fillette, de son côté, se replaça sur ses deux jambes, tremblotante et souriante.

Les deux volatiles se tournèrent vers elle, en rage. Elle l'avait tué, elle avait tué leur frère. Ils se jetèrent simultanément sur elle pour l'attaquer et elle releva le défi. Elle se laissa tomber sur la droite, évitant ainsi les coups de l'un, avant de parer adroitement l'attaque de l'autre, utilisant son propre bras gauche comme bouclier et enfonça à nouveau sa dague dans l'une de ces bêtes. Elle s'agrippa à cette nouvelle proie, à moitié consciente, effectuant les gestes mécaniques de sa mise à mort. Elle enfonçait à nouveau sa dague dans ce corps qui hurlait, résistant aux coups et aux attaques de son autre adversaire.

Et ils s'élevèrent dans les airs, ballet sanglant laissant derrière lui une traînée rouge de mort et de douleur. L'air frais frappa son visage lorsqu'ils émergèrent à l'air libre, elle continuant de frapper, frapper, encore frapper. Ses cris déments rejoignaient ceux inhumains des deux bêtes dans leur danse aérienne.

« Meurs ! Meurs ! Meurs ! Meurs ! … »

Elle avait à peine la force de prononcer ces mots, mais elle le faisait. Elle ne ressentait plus rien. C'était une sensation à la fois agréable et dérangeante. L'éclat blanc de la nuit se reflétait dans ses yeux et dans les larmes pourpres qui s'échappaient de ses pores et de ses chairs. Le vol de sa monture déclina, effectuant une courbe aux airs de parabole dans l'espace aérien, jusqu'à tomber en chute libre, la seconde proie de la fillette ayant à son tour succombé à ses blessures.

Le choc fut rude, mais amorti grâce au doux duvet des plumes. La fillette respirait et regardait autour d'elle sans bouger. Le monde était devenu un ensemble de formes et de couleurs tourbillonnantes sans ordre logique tandis que son âme s'écartait petit à petit de ce corps détruit. Et parmi toutes ces formes, une silhouette s'approcha. Yurlungur la vit et sourit. La mort allait donc ainsi venir sur elle, pour la faire rejoindre Phaïtos. Mais cette silhouette, au lieu de la tuer, s'accroupit et lui parla. Son ton était alarmé, angoissé, et la petite fille sourit. La peau de ces mains qui avaient pris son visage était si douce...

Suite : ici

_________________


Thème musical


Haut
 

 Sujet du message: Re: Les égouts
MessagePosté: Dim 21 Fév 2016 03:13 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 6 Déc 2015 20:43
Messages: 295
Localisation: Aliaénon
Précédemment : ici

L'Humain aveugle, peu après la visite de la petite fille, avait reçu la permission du Gros Néral de rester ici, malgré sa qualité d'esclave libre, pour travailler en tant qu'apothicaire. Il préparait ainsi diverses mixtures, qu'elles soient destinées à guérir ou à tuer, recevant à chaque fois un assez gras rendement financier qui lui avait permis de s'acheter du matériel de meilleure qualité. Il n'avait pas grand-chose d'autre à faire de ses journées et aimait bien son travail.

Cette nuit-là, comme d'habitude, il travaillait tard. Il avait commencé à préparer des onguents et comme il ne ressentait pas la fatigue, il avait continué avec des potions, des herbes de soins et quelques poisons. Être aveugle avait quelques avantages. S'il ne pouvait lire des ouvrages pour augmenter ses connaissances, il était cependant infatigable, dormant moins car nullement soumis au cycle jour-nuit au contraire de ses semblables. Il ne pouvait simplement pas savoir si c'était la journée ou non et ne la respectait donc pas. De plus, à rester beaucoup dans sa chambre transformée en laboratoire dans lequel sa petite couche restait présente dans un coin, il se fatiguait relativement peu.

C'est en pleine préparation du dernier poison qu'il souhaitait faire qu'il entendit son nom être crié. Il crut à un hasard du vent qui soufflait entre les bâtisses et continua. Mais le hasard se répéta plusieurs fois, de plus en plus fort. Grommelant, il délaissa sa préparation et sortit pour voir qui l'appelait. Cela provenait de l'étage, mais l'appel se faisait de moins en moins puissant et il se précipita jusqu'à l'échelle pour ouvrir la trappe au-dessus et tomber nez à nez avec Liniel.

« Qu'est-ce que vous faites là ? … Mais... C'est... »

Il reconnut immédiatement la fillette qu'il avait déjà sauvée une fois. Sans dire un mot, il la récupéra et l'emmena dans sa chambre, suivi de près par la Semi-Elfe et sa chevelure rousse. Celle-ci ignorait l'existence d'un tel lieu dans les souterrains de Dahràm, mais ce n'était pas le plus important. Elle entra dans le laboratoire, ignorant les divers objets présents ça et là pour se concentrer sur la fillette.

Cette dernière souriait doucement, l'air rêveur. Entre Sephon et Liniel, c'était la plus décontractée à l'approche de sa mort. Elle avait effectué son destin, elle avait tué les deux volatiles. Il était temps pour elle de partir maintenant.

Les deux adultes la déposèrent dans la couche et Sephon se saisit de bandages pour recouvrir le corps meurtri. Il mesura un pouls faible, mais Yurlungur était encore vivante. Il la recouvrit de baumes, d'onguents et de pansements mouillés, il nettoya toutes ses plaies à l'alcool avec l'aide de Liniel et il s'en préoccupa comme de son propre enfant.
De son côté, Liniel priait. Elle n'avait jamais été particulièrement croyante, mais elle priait tous les Dieux, bons comme mauvais, de la garder en vie. Elle priait Gaïa d'accord son pardon à l'âme damnée de la petite fille, elle priait Yuimen d'oublier ses travers, elle priait Thimoros de conserver la combattivité de la fillette intacte, elle priait Phaïtos de ne pas la rappeler aussi tôt.

Et pendant toute la nuit, ils s'activèrent pour raviver l'âme qui s'éteignait dans ce corps.

***


Deux jours après cette funeste nuit, Yurlungur ouvrit un œil. Liniel et Sephon se trouvaient non loin, en train de manger une coupelle de lentilles. Tandis que Sephon n'avait pas beaucoup changé, les yeux de Liniel étaient désormais soulignés par des cernes noires bien visibles, véritables traits dans sa peau plus pâle qu'à l'accoutumée. La fillette tenta de se redresser mais la difficulté de la chose lui arracha un geignement. Les deux adultes présents tournèrent immédiatement la tête vers la fillette et se précipitèrent vers elle.

« Yurlungur ! Tu t'es réveillée... C'est pas trop tôt. »

Liniel souriait en essayant de prendre un air digne. Elle aurait aimé cacher à sa protégée qu'elle s'était inquiétée pour elle, elle aurait aimé caché la dilection qu'elle lui témoignait si bien lorsqu'elle était inconsciente, mais elle ne pouvait retenir une expression de soulagement intense à la vue de ce rétablissement. Elle carressa doucement les cheveux de la petite fille tandis que Sephon restait en retrait, souriant simplement, tout aussi heureux de voir que la fillette s'en était sortie mais également d'avoir réussi lui-même à la sauver.

« Reste encore au lit un peu. Je pense que tu es encore bien fatiguée, n'est-ce pas ? On s'occupe de toi, aucun problème. »

La petite fille leur sourit. Elle voulut leur dire qu'elle n'avait pas besoin de ça, qu'elle pouvait se relever et repartir sans les encombrer davantage. Mais c'était non seulement inutile mais aussi faux. Elle se sentait redevable à ces personnes et un nouveau sentiment germait en elle. Quelque chose de nouveau, quelque chose qu'elle n'avait encore jamais pu expérimenter. C'était une forme de joie, mais une joie profonde, mêlée à une forme d'amour envers Sephon et Liniel. Elle ne parvenait pas à trouver les mots pour cette émotion toute simple : l'amitié. Avant de retomber dans les limbes du sommeil, elle leur adressa un unique mot, bien plus important que tous les discours qu'elle aurait pu tenir :

« Merci. »

***


Pendant les quelques jours qui avaient suivi, la fillette s'était réveillée normalement, reprenant un rythme de sommeil de plus en plus normal. Toujours sous la surveillance de l'Humain et de la Semi-Elfe, elle avait progressivement réessayé de se lever, puis de marcher. Sephon avait retiré certains de ses bandages, qui laissaient maintenant place à des cicatrices sur son visage et sur ses jambes. Les blessures qu'elle y avait subies étaient minimes et les traces des plaies étaient à peine visible, mais les autres stygmates du combat qu'elle aurait sur d'autres parties du corps seraient sûrement bien plus visibles et douloureuses.

Sa rééducation continuait et au bout de quatre jours, Yurlungur parvenait à nouveau à marcher normalement sans les béquilles en bois apportées par Liniel lors d'une excursion dans Dahràm. Ce soir-là, l'homme, la femme et la fille prirent ensemble un dîner un peu plus copieux que les autres soirs pour fêter l'événement. Sephon avait préparé une bouillie avec divers insectes et rats d'égoûts, fort heureusement bien lavés auparavant, ceci agrémenté de quelques herbes exotiques volées par Liniel. Pour accompagner le tout, la Semi-Elfe avait également rapporté avec ses larcins du jour une bouteille de vin de Kendrâ Kar.

« Vous ne devinerez jamais comment je l'ai trouvée. En fait, j'étais en train de me ballader quand je suis tombée sur un marchand ambulant qui faisait l'éloge des produits qu'il vendait. Ça m'a bien fait rire, au début ! J'allais passer mon chemin, parce qu'il y avait un trop grand attroupement pour que je réussisse à lui piquer quoi que ce soit. Mais il m'a appelée lui-même, le fou ! J'allais pas le laisser sur sa fin : il m'a défié en pensant avoir affaire à l'une de ces ménagères des grandes maisons. Il a lancé une pièce en l'air entre nous deux et je l'ai rattrappée avant qu'il ait le temps de bouger à nouveau. Il l'avait dans le baba ! Avec la pièce, j'ai proposé de lui acheter la bouteille de vin de Kandrâ Kar et face à la foule qui riait, il a pas pu dire non ! Allez, à la bonne vôtre ! »

Les trois levèrent leur verre et burent cul-sec le précieux liquide. Les papilles de la fillette n'étaient pas habituées à l'alcool, mais il y en avait peu dans ce vin. S'il présentait une forte senteur de vigne et une onctuosité sans pareille, cela ne plut pas tellement au palais peu délicat de la petite fille qui délaissa rapidement son verre pour se servir dans le plat. Les bouillies de vermine étaient parfois un peu repoussantes, mais celles de Sephon étaient très bien préparées et les trois compères s'en donnèrent à cœur-joie pour finir le plat. Ils discutèrent, ils rirent, ils nouèrent des liens. Si Yurlungur avait été dans un premier temps le seul lien entre Sephon et Liniel, les deux avaient fini par s'apprécier l'un l'autre et leur groupe était maintenant bien formé et bien soudé. La soirée s'avança ainsi, dans les rires autour d'une petite torche allumée.

Lorsqu'ils partirent se coucher, quelqu'un toqua. Liniel et Yurlungur, qui partageaient la même couchette, se redressèrent immédiatement pour voir la réaction de leur hôte. Celui-ci s'approcha de la porte qui s'ouvrit sans attendre de réponse, dévoilant un homme au visage caché sous une large capuche dans l'entrebaillement.

« Sephon. Le Gros Néral te demande trois onguents de soins et une fiole de Liqueur dansante. Tu as cette nuit et... »

Il sembla alors remarquer les deux femmes juste derrière l'aveugle.

« Tu aimes les prostituées, maintenant, et tu accueilles des femmes dans ton lit ? Enfin, j'imagine que tu m'en laisseras bien une... »

« Attends ! Je... »

Il écarta Sephon d'un bras puissant et s'approcha. Liniel se releva et adressa à l'homme un regard sans équivoque. Un duel de regards silencieux s'engagea et l'homme finit par reprendre :

« Tu es Liniel, n'est-ce pas ? Le Gros Néral se demandait où est-ce que tu étais passée. Quant à toi, gamine, je te reconnais aussi et tu n'es pas autorisée à rester ici, pars. Je reviendrai demain : si tu es encore là je te tuerai. Le Gros Néral ne supporte pas les échecs. Bonne nuit. »

Puis il quitta les lieux. Sephon soupira et referma la porte derrière lui avant de se tourner vers les deux femmes. Yurlungur et Liniel échangeaient un regard chargé de sous-entendus. Elle savaient chacune qu'il était inutile de lutter contre le maître des lieux. Le Gros Néral était bien trop puissant. Il fallait que la fillette parte. Liniel tendit une main à la gamine, qui la saisit. Tirant doucement, la Semi-Elfe remit sur ses pattes la blessée et elle se retourna vers Sephon.

« Merci pour tout. Nous reviendrons peut-être... un jour. »

Il avait été inutile de parler davantage pour expliquer le pourquoi du comment. Implicitement, Liniel comme Yurlungur avait compris l'intention de l'autre et elles étaient prêtes à partir. Finalement, la petite fille s'approcha de l'homme aveugle et se jeta dans ses bras pour le serrer fort, très fort. Il ne résista pas et l'enveloppa lui aussi dans des bras protecteurs. Après quelques instants, il retira ses bras et repoussa doucement la petite fille qui partit sans dire un mot à la suite de Liniel. Sephon, en refermant la porte derrière elles, essuya une larme qui venait de couler sur sa joue et se mit au travail.

Suite : ici

_________________


Thème musical


Haut
 

 Sujet du message: Re: Les égouts
MessagePosté: Lun 14 Nov 2016 15:35 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Sam 7 Mar 2015 17:53
Messages: 262
~ IV – 3. Une puanteur infâme ~


Ashen s’approcha de la paque d’égouts qu’elle toisa avec un dégout profond, se demandant quel dieu elle avait encore pu contrarier pour se retrouver une nouvelle fois dans un lieu puant. La dernière fois, lorsqu’elle était rentrée des marais d’Omyre, elle avait mis trois jours avant de se débarrasser de l’odeur sur ses cheveux. Elle retint un reniflement avant de se pencher sur la plaque, cachée dans une ruelle sombre du centre-ville de Darhàm et de la soulever pour se glisser à l’intérieur, refermant la grille métallique derrière elle. La semi-shaakt descendit l’échelle et grimaça lorsque ses bottes pénétrèrent dans l’eau, la parcourant de remous qui exhalèrent son doux fumet, lui arrachant un haut le cœur. Fort heureusement, la jeune elfe avait pensé à se munir de cuissardes qu’elle avait payé une fortune pour s’assurer qu’elles étaient bien étanches. Elle avait également jugé bon de menacer avec luxe de détails le cordonnier des pires atteintes à sa virilité si une goutte venait à pénétrer à l’intérieur. Elle plaça son visage le masque de vision qui lui permettrait de voir dans l’obscurité du tunnel et raffermit la prise du sac étanche sur ses épaules, réceptacle de ses vêtements propres.

Cette fois, elle soupira pour de bon avant d’entreprendre la périlleuse entreprise d’évoluer dans le tunnel obscur et sordide rempli d’eau jusqu’aux genoux. A peine eût-elle fait quelques enjambées laborieuses qu’elle entendit une agitation devant elle. Sa main vola à la Dague de la Maléfique Noire dont le manche se retrouva instantanément serré dans sa main, sa lame perçant les ténèbres devant elle. La jeune femme se détendit lorsqu’elle se rendit compte qu’il ne s’agissait là que de rats terrorisés qu’elle avait coupé dans leur festin. Festin n’étant rien d’autre qu’un amas de chairs de la taille d’un chien, qui n’avaient plus aucun attribut pour déterminer la race de leur défunt propriétaire. Détournant le regard, elle continua sa progression, sans pour autant ranger sa dague.

Les courbes réconfortantes de la Maléfique Noire dans une main, elle ouvrit dans l’autre la carte des égouts. Un œil devant elle, l’autre sur la carte, elle entreprit de progresser pas à pas. A deux reprises, elle dut faire un détour car une partie s’était effondrée ou s’était retrouvée inondée, mais elle parvint petit à petit à se rapprocher de sa destination : les sous-sols du Giron Prodigue. L’excitation d’enfin sortir des égouts commençait à la gagner lorsqu’elle entendit un petit bruissement. Le son était ténu, infime même, et elle aurait bien pu passer à côté si ses nerfs n’avaient pas été mis à rude épreuve par tous les rats qu’elle avait croisés. Le bruit provenait d’un tunnel sur sa droite, par lequel elle n’avait d’autre choix que de passer pour atteindre les caves du bordel.

Aussi subrepticement qu’elle en était capable, et créant le moins d’ondes possibles avec ses bottes, elle s’avança vers le coin du boyau et passa l’œil de l’autre côté. Elle se redressa soudain et s’aplatit contre la paroi, son cœur battant à la chamade. Elle déglutit. De l’autre côté du tournant se trouvait une créature gigantesque. Elle avoisinait sa taille, mais là s’arrêtait la ressemblance. La bête faisait trois fois sa largeur et possédait une tête monstrueuse pour un corps vaguement humanoïde doté d’une musculature impressionnante. De grandes et effrayantes dents sortaient de sa bouche alors qu’elle était en train de se repaître sur un cadavre dont il ne subsistait plus que la main, encore ouverte dans une muette supplique. Sa grande queue semblable à celle d’un scorpion battait l’obscurité de façon menaçante. Un jinn iphrit. De toutes les créatures damnées, il avait fallu qu’un jinn iphrit se trouve sur son chemin dans les égouts. Un dieu devait être très, très énervé contre elle, ou avoir un sens de l’humour particulièrement douteux. Elle jura – en silence.

La décision la plus sage aurait été de faire calmement demi-tour et de revenir à un autre moment, mais la jeune elfe savait qu’elle n’aurait peut-être pas d’autre occasion d’en apprendre plus sur la Tunique Sans Ombre. Et puis, on ne grandit pas dans un temple de Thimoros en ayant pour parents un prêtre et une prêtresse des dieux obscurs sans développer un caractère de cochon, hors, celui d’Ashen était particulièrement exacerbé et acceptait fort mal les contrariétés. C’est pour cette raison qu’elle attendit que les battements de son cœur se calment pour lentement se glisser de l’autre côté du tournant dans l’espoir de passer derrière la bête sans qu’elle ne s’en rende compte. Avec un peu de chance, elle serait trop absorbée par son festin pour prêter attention à une pauvre semi-sindel. N’est-ce pas ?

Pas après pas, elle entreprit de contourner le coin du tunnel. Elle grimaçait à chaque remous qu’elle causait, à chaque pas et pourtant, après des secondes qui lui parurent infiniment longues, elle parvint à se retrouver dans son dos, au plus près de lui. Déjà elle voyait de l’autre côté le tunnel à moitié effondré qui lui permettrait d’atteindre le Giron Prodigue, si proche et pourtant si lointain. Mais, soudain, elle sentit que quelque chose clochait. Peut-être la perspective d’une sécurité prochaine la rendit maladroite, ou peut-être était-ce simplement les sens du jinn qui s’éveillèrent, toujours est-il que lorsqu’elle se retrouva avec deux gros yeux jaunes braqués à quelques centimètres de son visage, seule la tétanie imposée par la peur l’empêcha de crier.

La créature se mit à la renifler et un grondement naquit dans sa gorge. Un grondement qui la prit par les tripes, lui urgeant de prendre ses jambes à son cou et de courir, loin, très loin de là pour ne jamais plus y revenir. Pour une fois, ses pieds lui obéirent et elle se mit à faire quelques pas dans l’eau des égouts, sans oser quitter le regard jaune hypnotique des yeux de la bête. Elle tâtonnait derrière elle en quête du mur, autant pour trouver un appui que son chemin. Mais l’iphrit avançait au même rythme qu’elle et déjà elle pouvait voir sur ses traits la perspective d’un bon repas, repas qui n’était autre qu’elle-même.

Son cœur battait à la chamade et elle tourna soudain les talons pour se mettre à courir, mais la créature bondit sur elle et lui faucha les jambes. Elle se retrouva la tête la première dans l’eau souillée en recrachant la tasse qu’elle venait d’avaler. Autant pour ses cuissardes étanches à présent imbibées d'eau. L’iphrit était de nouveau sur elle et elle n’eût que le temps de rouler sur le côté avant qu’il n’écrase toute sa masse sur elle. Un combat semblait à présent inévitable et elle profita de l’instant de battement pour se relever et sortir sa dague en tentant de se remémorer tout ce qu’elle savait des jinn iphrit, c’est-à-dire pas grand-chose. Elle n’avait jamais prêté une oreille très attentive aux cours dispensés par les prêtresses de Thimoros et commençait à le regretter, mais une chose était certaine : c’étaient des créatures redoutables.

Elle plongea sur le côté, roulant dans l’eau avant de se relever dos au mur. Si seulement elle parvenait à le contourner, peut-être pourrait-elle courir se mettre à l’abri dans la portion de tunnel effondrée. Brusquement, alors qu’elle s’apprêtait à faire un pas pour mettre son plan – suicidaire – à exécution, un souvenir lui revint à l’esprit. Celui d’une gamine à la peau anthracite d’une quinzaine d’années qui riait aux éclats en apprenant que le point faible d’une des créatures les plus monstrueuses n’était autre que… la musique. Les créatures en question n’étaient autres que les jinn, et parmi eux les jinns iphrit.

Ashen n’avait évidemment aucun instrument sur elle, mais il lui restait sa voix et sa dague. La première option risquait de s’avérer aussi désastreuse que la seconde, mais elle devait faire un choix rapidement.

Ce fut la mélopée qui remporta la bataille et une légère musique sortit de la gorge d’Ashen, souvenir de sa douce enfance.

Promenons-nous dans l'marais
Pendant que la goule n’y est pas
Si la goule y était,
Elle nous saignerait.

Mais comme elle n’y est pas,
Elle nous saignera pas…

Goule y es-tu, entends-tu ? Que fais-tu ?

- J’arrache mes croûtes.

Promenons-nous dans le marais
Pendant que la goule n’y est pas
Si la goule y était,
Elle nous saignerait.


Aux premières notes, l’iphrit qui s’apprêtait à fondre de nouveau sur elle s’arrêta tout net pour prêter l’oreille et la voix d’Ashen fut bientôt rejointe d’un grondement sourd provenant de la gorge de la créature. La shaakt se rendit compte avec effarement que le jinn tentait de joindre sa voix à la sienne pour chanter de concert. Son étonnement grandit plus encore lorsqu’elle vit la créature monstrueuse, la gueule encore pleine de sang se mettre à osciller de gauche à droite au rythme de la musique.

Alors, se joignant à sa danse, Ashen fit quelques petits pas chassés dans l'eau des égouts, sans qu’elle n’ose cependant faire le moindre geste brusque et s’approcha ainsi petit à petit du tunnel effondré. Lorsqu’elle ne fut plus qu’à deux mètres, elle cessa brusquement de chanter pour foncer vers le tunnel effondré et se jeta dans le trou qui restait. Elle-même ne passa que de justesse, se tortillant pour sortir et traînant son sac derrière elle.

Quelle jouissance ressentit-elle lorsqu’elle entendit le hurlement de dépit du jinn iphrit qui voyait ainsi sa proie et sa musique s’enfuir !

_________________


Haut
 

Afficher les messages postés depuis:  Trier par  
Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 20 messages ]  Aller à la page Précédente  1, 2


Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités


Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
Vous ne pouvez pas éditer vos messages
Vous ne pouvez pas supprimer vos messages

Aller à:  
Powered by phpBB © 2000, 2002, 2005, 2007 phpBB Group  

Traduction par: phpBB-fr.com
phpBB SEO

L'Univers de Yuimen © 2004 - 2016