L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 20 messages ]  Aller à la page 1, 2  Suivante
Auteur Message
 Sujet du message: Les égouts
MessagePosté: Lun 25 Jan 2010 20:44 
Hors ligne
Admin
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Dim 26 Oct 2008 15:46
Messages: 13843
Les égouts


Un système d'égouts existe dans la partie centre de la ville, venant se dévider dans la mer et le fleuve grâce à des mécanismes parfois complexes de tuyauterie. Ce sont des galeries d'eaux usées avec des petits rebords pour marcher sur les côtés, mais plus grand monde n'ose y passer depuis que les rats et autres vermines parfois dangereuses s'y sont installées.

Quelques trappes au centre de la ville, ainsi qu'à l'intérieur de certaines grandes maisons, permettent d'y accéder.

_________________
Chibi-Gm, à votre service !


La règle à lire pour bien débuter : c'est ICI !
Pour toutes questions: C'est ici !
Pour vos demandes d'interventions GMiques ponctuelles et jets de dés : Ici !
Pour vos demandes de corrections : C'est là !
Joueurs cherchant joueurs pour RP ensemble : Contactez vous ici !


Haut
 

 Sujet du message: Re: Les égouts
MessagePosté: Ven 23 Juil 2010 16:34 
Réponse à Serpent dans les habitations

Depheline se trouvait totalement désemparée. Elle était face à son sauveur et elle ne savait même pas comment réagir. Autour d’elle, tout était détruit, et pas seulement d’un point de vue matériel. Ses amis étaient voués à une fin certaine, tués par son propre bébé ! Et puis, le taudis dans lequel elle avait vécu depuis toutes ces années ne l’hébergerait plus jamais. Pour couronner le tout, la tranquillité de sa vie passée était maintenant remplacée par une terrible menace, celle de ces créatures venues des égouts.

Elle voulut pleurer, mais les larmes ne vinrent pas. Tout s’était passé bien trop brusquement et lorsque l’homme masqué l’empoigna pour foncer droit sur les zombies boiteux qui ne les avaient pas encore atteints, elle se laissa tout simplement faire, ne réagissant pas. Elle était comme une poupée désarticulée contrôlée par autrui, et n’avait d’ailleurs nullement envie que les choses en soient autrement.

Ils coururent d’abord dans l’antre de son bébé, sa petite araignée qui était devenue si grosse en si peu de temps. Elle l’avait nourrie durant des jours, avec affection, tendresse et passion. C’était donc ça, le remerciement de son amour ? Se voir ôter tout ce qu’elle avait de plus cher ici ? Depheline se sentait tout bonnement trahie. Et puis, Perier, lui aussi, il l’avait abandonné lâchement, courant indéniablement à sa perte. Elle commençait à lui en vouloir énormément, à mesure qu’elle et son mystérieux compagnon de fuite mettaient de la distance entre eux et la maison délabrée. Mais un coin de sa tête lui soufflait qu’il avait pris la fuite vers l’étage pour la sauver, lui donner une chance de survivre, plutôt que de les condamner tous. Oh oui, elle avait bien conscience qu’aucun d’entre eux n’aurait été assez puissant pour en venir à bout, du bébé, même pas avec leurs forces et leurs pouvoirs combinés.

« Merci…merci ! »

Ce fut un léger murmure d’abord, puis presque un cri qui retentit dans les égouts putrides. Elle avait ralenti sa course, car elle était essoufflée et le danger semblait provisoirement écarté. Les larmes commencèrent alors à couler, c’était le moment qu’elles avaient choisi pour se libérer, un moment de tranquillité passagère alors qu’au loin on entendait toujours le grondement des cadavres sur pieds, avançant et trébuchant parfois dans la marre de détritus infects et d’excréments nauséabonds en contrebas des petites allées surélevées. La lumière qui parvenait d’en haut était faible, très faible, mais elle avait suffi, pour les deux personnes, à s’aventurer assez loin dans le dédale des égouts. Elle suffirait donc également pour échanger des regards et constater l'allure imposante de l'individu aux cheveux roux clair.


Haut
 

 Sujet du message: Re: Les égouts
MessagePosté: Ven 23 Juil 2010 21:23 
Hors ligne
Avatar de l’utilisateur
 Profil

Inscription: Mer 23 Déc 2009 16:05
Messages: 3765
Localisation: quête 30
Après notre longue cavalcade, trébuchant dans les toiles du repaire de l'araignée géante, pataugeant dans les immondices putrides des égouts de Dàrham, je reprends mon souffle brièvement. Comment en suis-je arrivé là ? Je jette un œil à la jeune rousse, qui se met soudainement à pleurer en me remerciant. Enfin, je pense qu'elle s'adresse à moi. Elle semble littéralement sous le choc, et j'aimerais lui dire qu'on est en sécurité, mais les ombres mouvantes dans les galeries des égouts m'inquiètent trop pour que je puisse me prononcer avec certitude.

Je m'avance donc vers elle, je la dépasse d'une bonne tête, et mes muscles, bien que menus, sont plus développés que les siens. J'en déduis qu'elle n'est pas une guerrière. Mais mon dieu ce qu'elle est mignonne, je dirais même qu'elle est appétissante, avec sa poitrine rebondie qui tend son haut. Elle me regarde fixement, comme pour chercher à percer mon masque. Je cligne des yeux, je suppose que tenter de la rassurer en lui parlant ne peut-être que bénéfique.


« Hmm…alors? On s'amuse à appeler les esprits ? On fait des popotes de sorcière avec ses petits copains dans les vieilles maisons ? » lui dis-je, en tentant l'humour. Mes yeux verts la fixèrent derrière le métal de mon masque. Dissimulant mes traits, je ne dois pas être très rassurant à regarder. Je m'assure en même temps que rien ne s'approche de nous, j'entends encore au loin la rumeur de grognements plaintifs.

_________________
Image

Serpent Ménestrel (origine Voleur) Niveau 15
    "Oaxaca contre-attaque." (Quête 30)

    Réputation :
    ¤ Il est beau ¤ Une navigatrice dans la quête 27
    ¤ Il est fantastique ! ¤ Un tavernier de Dahràm
    ¤ rchhhtll blll rll !! ¤ Le dieu pieuvre des mines de Lebher
    ¤ Il est trop rapide pour moi ¤ Le Dragon Noir d'Oaxaca
    ¤ Il m'a faite danser, et j'ai aimé ça ¤ Silmeria, l'anima noire


    Haut
     

     Sujet du message: Re: Les égouts
    MessagePosté: Sam 24 Juil 2010 20:44 
    Depheline s’était sentie obligée d’être confiante, puisque son sauveur masqué avait pris la peine de l’amener avec elle dans les égouts à la recherche d’une issue. Il ne lui voulait sans doute pas de mal, pourtant, être en présence d’un inconnu commençait à la mettre de plus en plus mal à l’aise. Elle s’imaginait mille scénarios morbides, surtout à cause de ce masque rigide qui ne laissait percevoir aucune intention amicale.

    Et puis il ouvrit la bouche pour parler, sur un ton qui se voulait sans doute rassurant bien que l’humaine ne pouvait en être vraiment sûre. Sa voix était agréable à entendre et la jeune femme se raccrocha à ce détail là pour esquisser un sourire mouillé. Ses yeux continuaient à pleurer, la douleur dans sa poitrine était toujours là, mais quelque part elle avait réussi à se concentrer sur un petit rayon de soleil intérieur et elle s’y accrochait de toutes ses forces.

    Il fallait que la situation se tasse encore un peu, un tout petit peu, pour que Depheline puisse se mettre enfin librement à parler. Ce ne fut donc que quelques mots larmoyants qui parvinrent à sortir, avec un sourire en coin de lèvres qui n'arrivait pas à s'exprimer.

    « Moi je n’ai rien fait, j’ai aidé, juste aidé ! Je voulais pas… c’était pas ma faute ! »

    Les souvenirs des moments passés en compagnie de ses deux amis et de son araignée affluaient en masse. Ils étaient comme les pages d’un livre que l’on relisait encore, encore et encore, sans cesse et sans jamais réussir à tourner cette fichue page. C’était encore bien trop tôt, et pour pouvoir la tourner, il lui faudra attendre que le reste de l’histoire ait continué à s’écrire, avec d’autres héros, d’autres méchants, en d’autres lieux.

    « Maintenant je suis sans rien. Fichue. Je sais pas ce que je dois faire… on va continuer à avancer alors. »

    Elle avait baissé les yeux pour parler, mais maintenant, elle cherchait à nouveau à établir le contact par le regard avec cet homme qui se tenait en face d’elle, la surplombant de son imposante carrure musclée et qui lui garantissait la sécurité provisoire. Elle finit tout de même par se détourner de son triste sort et commença à s’intéresser à lui. La curiosité était un trait de personnalité dominant chez Depheline et il ne tarda pas à prendre le dessus. Ça permettait également de meubler un peu quand le silence pesait trop lourd, car elle détestait les blancs.

    « Et vous, qu’est ce que vous avez, dans votre vie ? Qu’est-ce que vous faisiez dans… mon ancien logis, hm ? On s’amuse à espionner les gens ? On espère ne pas tomber sur des choses trop bizarres qui pourraient nous attirer dans un sacré pétrin ? »

    La parole semblait lui être relativement bien revenue et elle reprenait plus ou moins bien les propos du curieux personnage pour les retourner contre lui. Au final, s’il n’avait pas fait marche arrière pour prendre la poudre d’escampette en voyant les morts vivants et l’araignée géante libérée, c’était aussi qu’il n’avait pas eu peur et elle commençait donc à se dire qu’il était sans doute un homme plein de courage.

    Ils reprirent alors leur avancée, marchant prudemment cette fois-ci, pour éviter les couloirs où se trouvaient les morts vivants. Ils finiraient bien par trouver une sortie, un passage, pour les mener à la surface, du moins, c'était ce qu'espérait Depheline...


    Haut
     

     Sujet du message: Re: Les égouts
    MessagePosté: Mer 28 Juil 2010 21:41 
    Hors ligne
    Avatar de l’utilisateur
     Profil

    Inscription: Mer 23 Déc 2009 16:05
    Messages: 3765
    Localisation: quête 30
    Je dévisage Depheline un moment en silence, puis lui dit d'un ton amusé :

    « Ce que je faisais ne regarde que moi. »

    Puis accélérant le pas, je m'engouffre avec la rouquine dans un tunnel au plafond bas, tellement bas que je dois courber l'échine pour ne pas faire office de ramasse-poussière. L'odeur est abominable, mélange entre excréments, moisissures, pourritures et charognes. Au fur et à mesure que nous approchons d'une salle circulaire éclairée par une grille d'égout à plus de six mètres au-dessus de nos têtes, je constate qu'il n'y a plus trace de la faune locale. Pourtant un peu auparavant j'ai aperçu une famille de rats cavalant en sens inverse. Je reste un moment à réfléchir sur le pourquoi, quand des Plaintes écorchées se font entendre dans le tunnel derrière nous.

    « Merde ! Ils sont déjà là ! On court ! »

    Je pousse la plantureuse rousse devant moi, et nous nous engouffrons dans un tunnel plus haut que le précédent et éclairé par intervalle par des ouvertures d'égout. Pendant la course, mes yeux se perdent sur le pantalon de lin de la jeune femme, qui se trouve être étonnamment moulant au niveau des fesses. Et mon dieu quelle croupe ! Je me mets à m'imaginer quelques salaceries, quand elle bifurque soudainement à droite dans une alcôve où une porte de métal nous bloque le passage. Les gonds sont rouillés et elle bloque à un tiers de son ouverture. Nous voilà tous deux poussant contre la porte avec toutes nos forces, stimulés par les plaintes lointaines, mais dangereusement trop proches.

    La porte cède d'un coup, nous happant tout deux à l'intérieur, Depheline chute sur les genoux, et je ne tarde pas à suivre en lui tombant dessus, mon bassin collé à son postérieur.


    « Ourf! Désolé...je... », balbutie-je en me redressant, après quoi je me rue sur la porte pour la refermer et dissimuler ma réaction masculine.

    (Oh que c'est moelleux ! Par les saintes cornouailles, ça faisait longtemps que je n'avais tâté le fessier d'une paysanne !), ne puis-je m'empêcher de penser, bénissant le masque de dissimuler le sourire de pervers heureux qui s'affiche à ce moment-là sur mon visage. M'adossant à la porte, je regarde la pièce, c'est un accès aux machineries et aux vannes qui régulent l'eau dans les égouts. On l'emploie pour vider les égouts en cas d'inondation. Des escaliers mènent à plusieurs tuyaux munis de vannes. Je regarde Depheline et lui demande :

    « Bon...quel est le plan ? »

    _________________
    Image

    Serpent Ménestrel (origine Voleur) Niveau 15
      "Oaxaca contre-attaque." (Quête 30)

      Réputation :
      ¤ Il est beau ¤ Une navigatrice dans la quête 27
      ¤ Il est fantastique ! ¤ Un tavernier de Dahràm
      ¤ rchhhtll blll rll !! ¤ Le dieu pieuvre des mines de Lebher
      ¤ Il est trop rapide pour moi ¤ Le Dragon Noir d'Oaxaca
      ¤ Il m'a faite danser, et j'ai aimé ça ¤ Silmeria, l'anima noire


      Haut
       

       Sujet du message: Re: Les égouts
      MessagePosté: Ven 30 Juil 2010 11:37 
      D’un ton provocateur, ce curieux personnage rabroua Depheline qui comprit que ça n’était apparemment pas le moment de lui extorquer quelques informations. Qu’à cela ne tienne, cette jeune femme avait de la suite dans les idées et ne laissait jamais tomber bien longtemps une question restée sans réponse. Il pouvait donc être sûr qu’à un moment où un autre, lorsqu’elle serait en position de force, son interrogation referait surface et il n’aurait d’autre choix que de lui répondre. Encore fallait-il que cette situation arrive, et ça, ça n’était pas gagné.

      Des morts-vivants, ils n’en croisèrent plus, mais avec le bruit de leur pas et de leur discussion, il y avait fort à parier que beaucoup d’entre eux étaient à leur trousse, encore et toujours. Elle préférait ne pas penser à ces horreurs-là tant elle avait éprouvé du dégout en les voyant et continuer à avancer était donc la meilleure chose à faire.

      Les couloirs se suivaient encore et toujours inlassablement, et la jeune femme commençait à avoir l’estomac retourné, mélange de fin et d’écœurement à force de devoir endurer ces infâmes parfums de pourriture. Sans compter les masses flottantes dans le liquide qu’ils étaient obligés de longer en permanence. Elle n’allait plus pouvoir tenir ainsi longtemps et déjà des points de côté naissaient dans son ventre.

      Ralentissant la cadence en faisant une mine toute déconfite, elle n’osa pas exprimer à son compagnon de fuite son mal-être. On avait que faire des états d’une si frêle personne quand la survie était en jeu et elle luttait de toutes ses forces pour ignorer elle-même ses problèmes. Sans doute avait-il remarqué cette petite baisse de régime, car il finit par la pousser vers l’avant, l’invitant à choisir leur route par la même occasion.

      Il fait un peu plus lumineux dans cette direction, ce qui permet à Depheline de se rendre compte qu’ils se trouvent dans une assez grande salle où s’arrêtent les égouts. Elle jeta un rapide coup d’œil en arrière pour vérifier que l’homme était toujours sur ses talons et frissonna en voyant des ombres, au loin, avancer maladroitement. Ils n’étaient pas bien loin et en constatant qu’ils étaient manifestement arrivés dans un cul de sac, elle maudit l’individu qui était derrière elle de l’avoir conduit dans ce précédent couloir plutôt qu’un autre. Il fallait bien que la faute repose sur les épaules de quelqu’un et il allait donc être son bouc émissaire.

      « C’est bien notre veine, on est coincé dans cette salle ! », lâcha-t-elle sur un ton agacé, mais néanmoins contenu. Elle ne voulait pas non plus s’attirer les foudres de ce personnage qu’elle ne connaissait pas et la mesure devait donc être de mise.

      « Ah, tiens ! Voilà une grille ! »

      Sur sa droite, elle venait d’apercevoir, en retrait au fond d’une profonde alcôve, une sorte de porte à barreau qui représentait leur seul espoir de sortie. Sans hésiter une seule seconde, elle s’élança vers cette dernière, mais il n’y avait pas de poignée. Elle la secoua en tous sens, poussant, tirant, sans grand succès. Ils s’y attelèrent donc à deux et à force d’effort et de persévérance, la grille sauta et s’effondra dans la salle suivante, Depheline tombant à sa suite, bientôt rejointe par son compagnon de course qui la plaqua contre la porte sans ménagement.

      (C’était fait exprès, ça, ou… ?)

      Un vent de frayeur parcourut l’échine de la jeune femme qui n’osa pas bouger, attendant que l’homme se décide plutôt à se relever. Elle ne voulait rien provoquer chez lui qui aurait pu lui porter préjudice, mais enfin, ce contact ne parut pas la déranger plus que cela après qu’elle se fût rendue compte de l’inoffensivité du personnage. Lorsqu’ils furent enfin debout tous les deux, il sembla manifester sa gêne par un empressement soudain à refermer la grille, ce qui fit sourire la jeune femme. L’air était bien moins corrompu ici et la rousse se sentait un peu plus à l’aise.

      Elle jeta un coup d’œil alentour et parut surprise de découvrir cet ensemble de vieux mécanismes à rouages et à engrenages complexes surélevés sur une petite plateforme à un bon mètre de haut. Elle ne s’y connaissait pas du tout et s’approcha du système pour l’étudier. Ce devait être le système d’évacuation des eaux sales et pleines de détritus qu’ils avaient longées durant une bonne heure et à en juger par l’état de ces eaux, ce mécanisme n’avait pas été utilisé depuis longtemps.

      « Avant que les zombies n’arrivent, autant essayer d’actionner ce mécanisme ! »

      Une dizaine de gros leviers étaient placés sur la plateforme et Depheline hésita quelques instants à les actionner. Que risquait-il de se passer si elle ne choisissait pas les bons ? Sans doute pas grand-chose et ce serait surtout les revenants qui en pâtiraient le plus, à bien y réfléchir. Elle préféra néanmoins faire le tour du gros mécanisme et derrière, elle découvrit une longue échelle discrète qui devait probablement mener vers l’extérieur. En bas il y avait deux gros tuyaux ouverts, sans doute pour amener et évacuer les eaux usagées de cette partie des égouts.

      « Bon, je commence à grimper en haut de l’échelle et vous, vous abaissez tous les leviers, ça marche ? Les zombis vont être évacués avec les eaux pourrissantes et on aura en plus nettoyé les sous-sols de la ville une bonne fois pour toutes ! C’est parti ! C'est ça le plan, ne réfléchissez pas ! Au fait, moi c’est Depheline ! »

      Sans plus attendre la réponse de l’homme qui était encore en bas, elle se mit à escalader l’échelle qui la mena tout droit à une trappe en bois donnant sur une grande place de la ville, non loin du fleuve qui la partageait en deux. Elle sentait le sol vibrer, signe qu'en bas il devait y avoir du mouvement, et pas qu'un peu, avec toute l'eau qui devait être entrain de se déverser dans tous les canaux des égouts. Elle était enfin satisfaite de s'être débarrassée de ces immondes créatures probablement déjà happées par le courant.

      « Ce que ça fait du bien de retrouver enfin le bon air marin ! »

      Une nouvelle vie allait pouvoir commencer et elle la devait à son sauveur. Elle avait, semblait-il, laissé ses peines et ses regrets au fond de ce merdier…

      Suite dans les ruelles, post de Serpent


      Haut
       

       Sujet du message: Re: Les égouts
      MessagePosté: Sam 21 Aoû 2010 09:45 
      Hors ligne
      Avatar de l’utilisateur
       Profil

      Inscription: Mer 23 Juin 2010 21:46
      Messages: 4612
      Localisation: Tulorim
      L'atmosphère était étouffante. Une odeur nauséabonde remplissait les égouts et remontait dans leurs narines. Quelques rats morts jonchaient le sol à l'endroit même où Rayd et Clay avaient posés les pieds. Ils entreprirent d'avancer un peu dans le canal, s'enlisant dans sa noirceur.

      Ils longèrent les rebords des égouts, avançant précautionneusement, toujours aux aguets. Des bruits de goutes d'eau tombant ci et là faisaient régner une ambiance lugubre. Quelques petites criailleries de rats résonnaient au loin de temps à autre. Chaque pas qu'ils faisaient sur la bordure retentissaient dans tout le tunnel, et parfois certaines ombres menaçantes faisaient leur apparition. Ils explorèrent les égouts, avançant pas à pas pendant près d'une petite heure. Bientôt, ils aperçurent quelques rogneurs cadavériques rongeant un cadavre. Sans s'en soucier, ils continuèrent leur chemin. A mesure qu'ils avançaient, les corps décharnés et mutilés se faisaient moins rares.

      Une ombre passa alors subitement derrière eux, trop rapide pour qu'ils puissent voir ce que c'était. Il continuèrent quelques pas et l'ombre repassa juste derrière eux, un peu plus proche cette fois. A peine ont-ils eut le temps de se retournés qu'elle avait déjà disparue. Ils ne savaient pas ce que c'était, mais une chose était sûr. Ce n'était pas bon signe. Leur avancé n'en fut que ralentie. Les risques de tomber dans une embuscade étaient grands. Plus ils s'enfonçaient dans le canal, plus l'odeur putride se faisait présente. Ils bifurquèrent dans un des deux chemins qui s'offraient à eux. Préférant suivre les cadavres, ils tournèrent à gauche. L'émanation était encore plus forte de ce côté des égouts. Elle était poisseuse, tenait à la peau et un léger goût restait dans la gorge. Ils finirent par arriver devant un tas de cadavres. Il y en avait au moins une bonne dizaine. Ils s'en approchèrent, pour constater leur mort, et regarder alentour.

      C'est à ce moment même que l'ombre apparue dans le dos des deux assassins. Ils se retournèrent et au même moment elle était passer de l'autre côté. En deux temps trois mouvements, ils se positionnèrent dos à dos, leurs sabres dégainés.

      _________________


      Haut
       

       Sujet du message: Re: Les égouts
      MessagePosté: Sam 21 Aoû 2010 11:40 
      Hors ligne
      Avatar de l’utilisateur
       Profil

      Inscription: Mer 23 Juin 2010 21:46
      Messages: 4612
      Localisation: Tulorim
      Rayd sentit une douleur sur son bras droit. Il n'eut pas le temps de le regarder que Clay gémit de douleur. Lui aussi avait été touché. L'ombre s'était repliée dans la pénombre, et s'avançait maintenant vers eux. Plus ses pas le rapprochait d'eux, plus sa silhouette se dessinait. En quelques instants seulement on put le distinguer presque parfaitement.
      Il tenait un katana identique aux leurs, maintenu sur son dos, du sang coulant le long de la lame. Il ne portait pour seuls vêtements qu'une sorte de pagne en tissu, et quelques bandages recouvrants une petite partie de son torse et le bas de son visage. Ses yeux étaient noires, et on y lisait la haine mêlée à la folie à l'intérieur. Ses cheveux étaient bruns foncés, sales et trempés de sang et lui descendaient jusqu'aux épaules.

      Image


      "Petit pantins de l'organisation. Alors c'est vous qu'ils ont dénichés pour venir me tuer? Mouhahah ! Me faites pas rire !"

      Son rire était horrible. Un rire de fou, un rire que l'on aurait aimé ne jamais entendre. Sa voix quand à elle était grave, lente et monotone.

      "Bon dites moi, quels sont vos titres? Clay et Blink c'est ça? Les plus nuls de l'organisation?! Hahaha !"

      Clay se lança sur lui, son arme en avant. Ses réflexes et ses gestes étaient d'une harmonie jamais vu. Il visa avec précision le cou de son adversaire, sa lame tendu en avant pour la lui planté. Celui-ci esquiva assez facilement et lui mis un coup dans le dos avec le manche de son arme. Clay tomba au sol un peu sonné. Rayd avait bondit lui aussi, sa lame positionnée comme une garde parcourant toute la largeur de son corps. Il esquiva cette deuxième attaque aussi facilement que la première. Rayd se rattrapa de justesse et se retourna en position de combat. Clay venait de se relever lui aussi, et ils étaient maintenant tout les deux côtes à côtes faisant face à l'ancien Rayd. Ce dernier riait de tout cœur.

      "Vous êtes lamentable ! Moi-même lorsque je suis sortis de la sélection j'étais déjà bien plus fort que vous. Je vais vous réduire en charpie !"

      "Rayd, colle toi à moi, on est une équipe !"

      Rayd s'exécuta immédiatement et se rapprocha de son coéquipier. Tout deux leur lame en mains, ils faisaient face au monstre en puissance qui leur fonçait dessus. Celui-ci évita chaque attaque et perça leur défense en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Il pointa Rayd du bout de son sabre en rigolant. Clay derrière lui venait de se relever et brandissait à nouveau son katana en direction de son ennemi. Il reçu le coup en plein dans l'épaule gauche et rugit de souffrance.

      "Rhaaa! Tu va me le payer blondinet! Fini de jouer maintenant!"

      Il désarma Rayd avant de se tourner vers celui qui venait de lui faire cette affreuse blessure. Il s'avança d'un pas lent et résolu vers lui avec ses deux sabres en mains maintenant. Clay lui fonça dessus bien résolu à le tuer, même s'il devait y passer aussi. Son estocade échoua et son arme vola quelques centimètres au dessus de sa tête avant d'aller s'écraser sur le sol. L'ancien numéro quatre avait maintenant le dessus et pointait Clay de la pointe de l'un de ses sabres. Il rit quelques secondes en jouissant de sa supériorité, puis redevint sérieux et s'apprêta à achever Clay. Il n'en n'eut heureusement pas le temps. Rayd avait sortit sa seconde lame et l'avait planté en plein dans l'abdomen de son prédécesseur. Ce dernier se retourna avec beaucoup d'efforts et constata que son agresseur était bien Rayd. Il le regarda dans les yeux une seconde puis détourna son regard dans le vide. Du sang commença à s'écouler de sa bouche, il vacilla quelques instants puis finit par tomber dans le tas de cadavres qu'il avait lui même entassé.

      _________________


      Haut
       

       Sujet du message: Re: Les égouts
      MessagePosté: Lun 6 Sep 2010 16:00 
      Hors ligne
      Avatar de l’utilisateur
       Profil

      Inscription: Mer 23 Juin 2010 21:46
      Messages: 4612
      Localisation: Tulorim
      Pendant près de deux mois Rayd ne reçu aucun ordre de mission. Pas même une nouvelle de l'organisation. Il passa la plupart de ce temps dans les égouts, à s'entrainer. Ses nouvelles armes acquises, il n'aspirait qu'à se perfectionner, et devenir bien plus fort qu'avec son katana long. Ses journées étaient ponctuées de visite de Darhàm, toutes plus étranges les unes que les autres. Il apprenait ce qu'est la vie en communauté, la politesse, la joie de vivre, les blagues salaces des ivrognes de la taverne, et avait même fait les frais de l'attirance envers les femmes, avec son lot de désagréments masculin. La première fois qu'il rit fut lorsqu'il comprit l'ironie d'une blague sur la comparaison masculine d'un étalon et du vieillard qui la racontait. Tout son séjour dans la cité lui forgea un début de personnalité, de sentiments, et lui permit d'ouvrir son esprit au reste du monde.

      Durant ces semaines d'entrainement et de perfectionnement, il s'était acharné à finaliser une technique qui lui tenait à cœur. Il avait vu un enfant s'entrainer au lancer de couteau dans la rue et avait eu l'idée de faire de même avec ses nouvelles armes acquises. C'est alors qu'il se mit très sérieusement dans ses exercices.
      Il passait son temps à lancer ses saïs contre un mur des égouts, ratant le plus souvent le point qu'il s'était fixé, l'arme partant de travers, ou n'allant pas où il le voulait. Il essaya quelques fois avec son wakizashi, mais la lame étant courbée le résultat était plus que laborieux. C'est alors que Rayd comprit ce qu'était la frustration dû à un échec. Il pensait en être incapable et commença à renoncer. Ses tentatives ratées le laissaient perplexe quand à son niveau actuel, et le doute s'installa en lui. C'est lorsqu'il prit conscience de sa frustration et qu'il s'énerva qu'il lança violemment l'un de ses saïs contre le mur. Celui-ci s'écrasa contre le mur et tomba au sol, le coup n'avait aucune précision et le lancer était médiocre, mais la force employée était ce qui manquait dans les attaques de Rayd. Il comprit enfin ce qui lui manquait. Il reprit courage et s'entraina dur pendant les jours qui suivirent, s'efforçant de retrouver cette force qu'il l'avait utilisée pour ce coup. Au sixième jour il réussi à la réutiliser. Chargeant son bras avec toute l'énergie dont il disposait, il lança son arme avec une tel puissance qu'elle vint se planter contre la paroi, retombant mollement sur le sol, laissant à l'endroit de l'impact une marque assez importante. La force y était. Néanmoins, aucune précision, ni habileté n'était dans ce coup. L'entrainement s'annonçait rude, mais cela lui paraissait faisable maintenant. Possible. Son esprit n'était habité de plus aucune angoisse, ni réticence. Il savait qu'il mènerait cette technique à son terme.

      Il passa encore quelques jours à essayé de combiner force et précision, mais dû vite conclure que s'il voulait avoir les deux, il se devait de faire quelques compromis. Une baisse de puissance, et une hausse de précision pour maitriser cette capacité comme il se doit. Il arriva vite à assimiler l'ensemble de la technique et à avoir des lancer précis et fort. A chaque jet, l'arme venait se placer à quelques centimètres du point où il visait, sans pour autant laisser un impact comme la première fois. La finalisation du lancer devait cependant se faire sur une cible mouvante. Rare seront les fois où il pourra avoir sa cible à l'arrêt.
      Il s'enfonça plus loin dans les égouts, à la recherche de rats. S'il parvenait à les toucher, il y arriverait sur des proie humaine. Plus rapides et plus petits, les rongeurs faisaient un entrainement extraordinaire.

      Il approcha doucement vers l'un d'eux, pencher en avant, préparant son tir, la main levée au dessus de lui, tenant fermement son saï, prêt à tirer. La bête ne le vue pas tout de suite, il chargea son bras de toute la force nécessaire, et, juste avant son attaque, cria d'une voix forte et tonitruante pour faire réagir l'animal. Ce dernier fuit instinctivement le long du mur, apeuré par le bruit. Le saï s'envola de la main de son propriétaire et vint se planter à quelques centimètres du but. Celui-ci en profita pour s'engloutir dans un petit passage étroit. Rayd recommença cette action plusieurs fois dans l'après-midi, sans amélioration. Le temps ne lui manquait pas, et il était sûr d'y arriver. Tôt, ou tard.

      Il se réveilla le lendemain, couché sur le sol poisseux des égouts, quatre rats jonchant non loin à ses côtés. Chacun avait le ventre ou la tête en charpie, des boyaux trainants à quelques pas, du sang coagulé aux alentours. Il avait réussi à maitriser sa technique, et avait enchainé trois lancer réussi d'affilé. Il était tombé d'épuisement peu après. Son succès l'avait mit de bonne humeur. Il s'apprêta donc à rejoindre la ville pour un peu de repos à la taverne.

      _________________


      Haut
       

       Sujet du message: Re: Les égouts
      MessagePosté: Mer 5 Sep 2012 01:37 
      Hors ligne
      Avatar de l’utilisateur
       Profil

      Inscription: Mar 21 Aoû 2012 11:22
      Messages: 487
      Localisation: Mertar
      Suite des habitations

      Dix heures étaient donc passées avant que Goont ne prenne les égouts.
      Pendant tout ce temps, il avait effectué un travail scandaleusement intensif avec seulement ses trois compagnons. Laissant un moment ses enfants à l'auberge, il était allé chercher les quatre caisses de feux d'artifices. Lui, Lür et Porick avaient dû attendre la nuit avant de sortir de l'entrepôt de Shurdriira. Ils profitèrent de l'obscurité pour amener les caisses jusque devant le temple. Toutefois, ils durent faire trois allers-retours depuis une petite ruelle jusqu'aux instruments qu'ils devaient trafiquer, à cause des soldats d'Oaxaca qui faisaient leur ronde sur toute la rue.
      Pour ce travail, les talents de discrétion du voleur se montrèrent particulièrement utiles. Pendant qu'Hivann et Lür installaient les fusées comme prévu à la verticale sur les pieds et le centre des estrades, Porick, lui, rallongeait les mèches en en fixant d'autres, qui avaient été ajoutée dans les caisses. Ainsi, les mèches de chaque fusées pouvaient se rejoindre en une seule, très longue. Par ailleurs, Goont avait fait une découverte sanglante, mais qui l'arrangeait énormément dans son entreprise:
      Sous chacune des estrades supportant tous les instruments de torture, il y avait une grille qui menait justement aux égouts, afin de permettre au sang des victimes d'évacuer les rues sans trop de peine. Une des rares attentions que l'Empire d'Oaxaca avait prise en décidant d'installer tous ces engins au dessus de ces évacuations.

      "Je ne sais pas si ce sera vraiment utile, mais ces canalisations mènent droit vers l'endroit où l'on se rejoint généralement, avec le Grand Lamin..." avait confié Lür, lorsque Goont partagea sa découverte.

      Ainsi donc, les choses étaient allées dans leur sens. Même si par deux fois, ils manquèrent de se faire repérer de justesse, ils réussirent à installer correctement les explosifs sur les supports, vers l'intérieur des estrades, ce qui les cachait aux yeux de tous. Cependant, Goont dût emprunter une des grilles de sang pour descendre dans les égouts. Juste là où il voulait rejoindre Wjran. Car ce dernier avait entreprit un travail bien plus long et pénible en empruntant les égouts depuis l'entrepôt de Shurdriira...
      En descendant, il avait tiré la mèche de manière à ce qu'elle soit accessible depuis les eaux usées, tout comme pour les deux autres grilles des deux autres estrades mortuaires.

      "Tout s'est bien passé, Ser Goont?"

      "Plus de peur que de mal je crois. J'ai bien cru mourir quand le garde s'est approché la deuxième fois... Mais c'est allé comme on voulait. On a même découvert ces grilles. La mise en scène sera encore plus délectable pour nous deux. Quant à Lür et Porick, ils sont placés aux endroits que j'avais indiqués. De votre côté, ça s'est passé comment?"

      "Regardez par vous-même!"

      D'ordinaire, l'eau circulait toujours au centre des égouts, ne laissant qu'un tout petit peu de place sur les côtés, grâce à une surélévation d'un petit mètre et cinquante centimètres. Mais ici, les eaux usées mélangées au sang des victimes avaient été évacuées grâce à un mécanisme que le gang du Grand Lamin utilisait régulièrement. Seulement, cette fois-ci, il avait été déclenché plus tôt, laissant un sol relativement sec (ou plutôt, "moins humide"). Même si dans l'obscurité, c'était dérisoire. Goont pouvait sentir des petits grains sous ses semelles, semblables à du sable.

      "Parfait..." avait murmuré Goont...

      Une heure passa avant que l'on atteigne les quatre heures du matin où se rejoignaient généralement le gang adverse. Durant toute cette heure, un sable surnaturel avait flotté autour du mage, qui n'avait cessé de faire circuler ses fluides...
      En quelques minutes après avoir atteint le moment M, c'était un groupe d'une bonne quinzaine de personnes qui arrivait. Le Grand Lamin était déjà en son centre. Et malgré l'ombre qui régnait ici, Goont ne fut pas épargné de son sourire condescendant qui lui fit encore une fois serrer le poing. Malgré tout, il sut garder son calme, mais il ne faisait pas fi de ce qui était arrivé à ses enfants.

      "Et bien! riait le Grand Lamin. Il faut croire que le petit cadeau que je vous ai envoyé vous a quelque peu... motivé! Ah ah!"

      "J'ai compris, Lamin. Je n'aurais pas dû frapper Lenny." dit Goont, ravalant sa colère péniblement dans l'ombre.

      "Lenny? Mais qui s'intéresse à ce petit morveux, vraiment? Si j'ai fait ça, c'était pour vous convaincre de mener la chose jusqu'au bout!"

      Goont n'avait qu'une envie: déchaîner ses fluides et voir s'il avait été capable de créer un véritable raz-de-marée rocheux, dans son "époque de puissance". Il aurait voulu tous les écraser, rien que pour le fait de rire de lui. Quant à ce qui était arrivé à son fils, cela alimentait une imagination bien moins expéditive. Son encensoir était d'ailleurs déjà brûlé, au cas où il devrait en venir à la violence. De toutes petites particules de sable, presque imperceptibles, n'avaient cessé de l'entourer.
      Les rires s'atténuèrent, et enfin, une torche s'éclaira. C'était Wjran qui l'avait allumée. Cette seule lueur dans le noir des égouts avait fait taire l'assemblée. Ils comprenaient tous à l'instant que le spectacle (sans mauvais jeux de mots) allait commencer.

      "Et dire que j'avais cru pendant un moment que vous tenteriez quelque chose contre moi! Finalement, vous avez fait un travail remarquable avec ces mèches, vraiment bravo!"

      Alors que le Grand Lamin s'extasiait, la flamme brûlait la première mèche qui se trouvait tout au bout du couloir. Très vite, elle s'enflamma dans un crépitement des plus excitants, laissant une petite traînée d'étincelles qui venaient mourir sur le sol froid, plat et sec de cette extrémité de la canalisation. Au bout d'une trentaine de secondes, les fusées firent un cri des plus aigus, rappelant presque celui d'un aigle. Les sifflements se mélangèrent, et à travers la grille, d'autres étincelles faisaient irruption. Des bien plus grosses cette fois-ci. Ce spectacle avant tout sonore pour les troglodytes improvisés sembla durer plusieurs minutes, mais il s'arrêta réellement après seulement cinq secondes. Au terme de ce compte à rebours, une explosion violente retentit. Le sol trembla fortement, et de la terre tombait même d'entre certaines briques alors que la grille, elle, se retrouvait projetée dangereusement contre le sol.
      Même Hivann ne s'était pas attendu à une telle violence. Il avait déjà connu les feux d'artifices, mais de bien plus loin! A l'époque, il lui arrivait de sentir quelques petites particules de cendre agresser sa peau, comme tout le monde. Mais il n'osait même pas imaginer ce qui pouvait être arrivé aux gardes qui auraient tenté d'éteindre cet incendie.
      Et pour la suite, cela lui faisait d'autant plus peur...

      "Bravo! hurla le Grand Lamin, accompagné par ses semblables. Ah ah! Ça, c'était du spectacle! Une autre!"

      Le porteur de feu regarda Goont, l'air penaud. Lui non plus ne s'était pas attendu à une chose pareille. Mais il ne pouvait pas s'arrêter maintenant, même s'il craignait que le sol ne lui tombe sur la tête...
      Gardant la torche bien loin de son visage, il traversa de nouveau le couloir pour atteindre l'autre extrémité de la canalisation. Ils finiraient donc par la mèche centrale. Celle qui était juste devant la porte monstrueuse du temple de Thimoros. Rien qu'en y repensant, Goont en avait des frissons.
      La mèche s'alluma de la même manière. Et le même spectacle explosif retentit, sur presque la même durée. A la fin, l'explosion fit sauter encore une fois la grille. Juste devant les pieds de Wjran. De peur, il sursauta et laissa tomber la torche. Ce seul acte provoqua des sueurs incontrôlées chez Goont qui cria sans pouvoir se retenir.

      "Attention!"

      On le fixa d'un air interrogateur. Il s'excusa péniblement en disant simplement qu'il ne voulait pas que la grille blesse qui que ce soit. Mais la raison était autre...
      Le mercenaire ramassa lentement la torche. Alors qu'il s'était montré toujours calme jusqu'ici, il affichait cette fois un stress monumental. Son visage semblait tiraillé par la douleur alors qu'il n'avait été nullement blessé. Voyant cette pauvre face à la lueur tremblante de la torche, Hivann lui prit la flamme. Il fut alors suivi de près quand il commençait à s'approcher de la dernière mèche, non loin du Grand Lamin.

      "Tenez."

      "Oh! Moi?"

      "Vous êtes le chef de votre résistance, non? Alors c'est à vous de brûler la dernière mèche."

      Excité par le pouvoir de destruction qu'il possédait maintenant, l'homme prit la torche et se mit à la brandir comme une hache de guerre. Derrière Goont, Wjran tremblait de peur. Au moment où le chef de gang s'apprêtait à allumer le fil, il se stoppa, net.

      "N'est-il pas censé y avoir quatre mèches, Goont? Vous ne voudriez pas me doubler?"

      La presque totalité des mercenaires dégaina leurs armes. Le seul bruit du métal glissant sur les fourreau aurait presque pu faire tressaillir le mage et son acolyte. Mais heureusement, ils surent se dominer alors que la torche montrait un peu mieux leur visage. Dans un sourire, Goont lui répondit:

      "Nous avons gardé deux fusées. Lür et Porick vont les utiliser pour les faire se croiser dans le ciel. Nous avions pensé que tracer le signe de la ville, les os croisés, serait une manière plus spectaculaire encore de soutenir la résistance."

      "Oh... Très bonne idée... On dira que c'était la mienne! Et les trois autres?"

      "Et bien! Pour le bouquet final!"

      Le chef de gang ria de plus belle alors que les mercenaires rangeaient tous leurs armes. Ils convinrent tous au fait que l'idée de Goont était une manière bien plus littérale de rire au nez des troupes d'Oaxaca.
      Au-dessus d'eux, alors qu'ils s'écartaient de la trajectoire probable de la grille, les cris des hommes de l'Empire de la semi-déesse retentissaient. Ils devaient se dépêcher s'ils ne voulaient pas qu'on découvre trop vite les dernières fusées de feu. Le Grand Lamin ne perdit alors pas de temps. Il porta la torche à l'ultime mèche.

      A cet instant, le temps se figea pour Goont et Karl, qui foncèrent tous deux à travers le cercle qui s'était formé autour de la grille. L'encens magique de Tôhko avait comme jailli de son récipient pour entourer les deux êtres alors que le mage sentait ses fluides lui brûler les veines et le front. Au moment où ils bousculèrent trois d'entre eux, les jetant presque derrière eux, une étincelle de feu touchait le sol...

      "MAINTENANT!" hurla Wjran.

      Alors qu'ils plongeaient vers la toute première grille qui avait été jetée sur le sol, une vague de chaleur intense se fit sentir dans leur dos. Goont ne put jeter qu'un coup d’œil, à peine une fraction de seconde, pour voir le danger qui les guettait. Cette seule vision semblait l'avoir suspendu dans les airs, alors qu'il sentait encore les fluides parcourir son corps entier. Sa pierre frontale luisait d'un pourpre similaire au sang de l'homme qui était cloué à la porte de Thimoros. Quand les flammes atteignirent ses chevilles, ce fut comme si la Pierre d'Oubli avait explosé en projetant ses fluides de terre de toute part, entourant son porteur, ainsi que Wjran. Ce mur de terre ne tint que cinq petites secondes, mais ce furent des secondes suffisamment espacées pour permettre aux deux fuyards de se relever et de s'écarter encore plus des flammes qui ravageaient les quinze combattants derrière eux.

      "Quoique vous ayez fait... Bon sang... Merci infiniment..." félicita Karl en reprenant péniblement son souffle.

      Alors que les autres mercenaires se roulaient parterre en tentant vainement d'éteindre les flammes, Hivann essayait de comprendre ce qui s'était passé. L'heure qu'il avait passée à méditer avec l'usage de son encensoir avait bien payé. Mais pas à la hauteur qu'il espérait. Ce qu'il voulait, c'était bel et bien créer un bouclier de terre, mais plus puissant. Celui qu'il avait fabriqué là, avec ses fluides, avait une consistance ridicule. Cette barrière n'aurait pas dû le contraindre à fuir en créant cette protection.
      Clairement déçu, il essayait quand même se féliciter en relevant le fait qu'il était resté en vie.

      "Tout de même... C'était suicidaire. Mais une idée de génie. Disperser la poudre sur le sol, en profitant de l'obscurité pour qu'ils ne voient rien... Avec leurs bottes, ils ne pouvaient vraiment rien sentir non plus. J'étais septique, mais vraiment... chapeau bas!"

      Sur cette autre félicitation, la mèche finissait d'être consumée au-dessus d'eux. Des étincelles plurent sur les corps brûlants de leurs victimes. Et cela, dans un cri qui ne devait finalement plus rappeler celui d'un aigle, mais plutôt celui d'un cerbère. Au moment de l'explosion, la grille fut projetée inévitablement sur l'un des pauvres guerriers, le tuant sur le coup. Une vision qui dégouta bien les deux acolytes qui contemplaient leur œuvre.
      Quelques secondes après l'explosion, ils purent entendre quelque chose de bien plus lointain, mais qui était aussi de leur cru. Lür et Porick allumaient leurs feux d'artifices. Depuis chaque extrémité de Dahràm, au-delà du port, des fusées traçaient leur chemin vers le ciel. Un spectacle unique de seulement quelques secondes. Mais ceux qui auraient eu l'occasion de regarder le ciel à cet instant auraient pu assister à un spectacle riche en espoir. Les os croisés se dressaient dans l'horizon.

      Goont avait rempli sa part du contrat, en plus d'avoir vaincu ses ennemis.

      Les flammes, sous terre, ne s'élevaient plus. Seuls quelques gémissements subsistaient après les cris de douleur. Mais l'un des membres du gang eu malgré tout le courage de se lever... Ou tout du moins, de se mettre à genoux. Plus de cheveux, un visage presque plat et une peau flasque. Une véritable vision de mort.

      "On... On va tous vous tuer! Toi... Toi et... Tes gosses!" criait le Grand Lamin.

      L'hécatombe avait été aussi assez bruyante pour faire comprendre aux troupes d'Oaxaca que la menace se trouvait sous terre. De là où ils étaient, Wjran et Goont pouvaient entendre que leurs ennemis allaient voir dans les égouts en prenant une autre grille qui ne soit pas bouchée par les débris des instruments de torture.

      "Il ne se relèveront pas, Lamin."

      Le cadavre ambulant chercha devant lui. Tous ses alliés étaient bien morts ou mourants. Hivann essuyait la suie sur son visage et se frottait les mains alors que son adversaire réalisait ce qui était en train de se passer. Puis son compagnon lui tira le bras, le forçant à s'éloigner de quelques pas pour s'en aller définitivement.

      "On doit partir, nous n'avons plus le temps!" préconisait Karl.

      "TU N'AS PAS INTÉRÊT A T’ÉLOIGNER! GOONT! FINIS CE QUE TU AS COMMENCÉ!"

      Le mage avait beaucoup de pitié. Pendant un instant, il avait vraiment pensé à en finir avec cet homme qui rampait à ses pieds. Mais il ne lui fallut pas bien longtemps avant de se souvenir de tout ce qu'il avait fait à lui, Tôhko et Lùthian.

      "Tue moi... Je... Je t'en prie! Ils... Ils vont me torturer quand ils me trouveront! Goont!"

      Le terramancien rebroussa chemin alors qu'il s'en allait. Mais il ne s'apprêtait nullement à utiliser le peu de fluides qui lui restait, ou même à l'étrangler. Il ne put simplement pas s'empêcher de lui faire une ultime mise en garde.

      "Personne ne joue avec un Goont. Quand tu seras là-haut, tu crieras mon nom."

      C'est seulement après ça qu'il s'en alla. Derrière les cadavres fumants, les silhouettes nombreuses et grandissantes d'autres soldats d'Oaxaca apparaissaient. Au moment où les deux compères tournèrent pour s'engager dans un autre couloir, les ombres semblaient engloutir leurs victimes. Le nom de "Goont" n'avait cessé de faire écho alors qu'ils s'enfuyaient...

      Fin du Chapitre I


      --------------------------------------------------------

      Tentative d'apprentissage du sort évolutif de combat "Bouclier de terre"

      _________________
      Multi de Ziresh et Jôs.

      Ser Hivann Goont, Archer-Mage niveau 10.


      Haut
       

       Sujet du message: Re: Les égouts
      MessagePosté: Lun 10 Sep 2012 00:43 
      Hors ligne
      Avatar de l’utilisateur
       Profil

      Inscription: Mar 21 Aoû 2012 11:22
      Messages: 487
      Localisation: Mertar
      Chapitre 2: La fuite

      Leurs pas résonnaient à travers les parois humides, donnant un indice tragiquement précis de leur progression. Derrière eux, les troupes d'Oaxaca marchaient sur un rythme saccadé. Presque militaire. Le Grand Lamin, quant à lui, se faisait encore entendre. Ces monstres étaient comme Hivann: ils ne le tueraient pas, le condamnant à une fin bien plus longue et pathétique.
      Karl avait beau connaître les égouts, cette fuite les avait perdus. La marche menaçante de l'Empire semblait être elle-même un danger. Comme personnifiée. Alors que le bruit de leurs semelles martelaient le sol, les murs des conduits donnaient l'impression de se refermer d'avantage sur eux. Ce seul rythme, entêtant et persistant, les avait suffisamment effrayés pour ne pas prendre le risque de s'arrêter sous une grille, au risque de devoir perdre trop de temps à faire la courte échelle. Il n'y avait pas de structures qui leur permettaient de remonter très vite et facilement non plus. Une chose à laquelle ils n'avaient pas pensé en élaborant le plan qui visait à vaincre Lamin en détruisant les instruments de torture par la même occasion.

      "Bon sang! Nous n'arriverons jamais à remonter sans leur donner une piste!" s'exclamait Wjran, qui s'était pourtant toujours montré calme avant l'assaut.

      "Pas le choix! Les enfants vont bientôt devoir partir! Il faut se dépêcher!"

      Malgré l'insistance de Goont, il ne pouvait se résoudre lui-même à aller plus loin. Tous cette course l'avait épuisé, et il n'était pas accoutumé aux efforts physiques intenses. Car au-delà de cette fuite qui semblait durer des heures (alors qu'ils n'avaient vraiment couru qu'une dizaine de minutes environ), il n'avait pas dormi. Il n'avait pas mangé non plus depuis le midi, et surtout, il avait utilisé trop de fluides pour se protéger de la vague de flamme qui avait consumé ses adversaires... Tout semblait devenir de plus en plus difficile. Bravant le point de côté qui le faisait boiter et qui le ralentissait bien trop pour soutenir la course de Karl, il essayait de s'aider tant bien que mal des murs. Mais quand ils durent descendre pour aller se confronter aux eaux usées qui arrivaient à mi-cuisse, Hivann sut immédiatement qu'il ne pourrait pas s'en sortir de cette manière.
      Tentant le tout par le tout, il avait quand même bravé l'eau qui lui barrait la route, alimentant encore plus le bruit qui allait inévitablement mener les troupes sur eux. Ils ne pouvaient pas non plus se cacher, et il était hors de question de plonger dans une eau certainement toxique, quand bien même il y aurait des flèches à éviter.
      Il regardait Karl s'éloigner et se battre contre les flots. Cet homme-là n'abandonnerait jamais, et il était d'avantage possible qu'il s'en sorte, contrairement à lui.
      L'encensoir en argent de la famille Goont coulait dans les eaux troubles des canalisations, laissant flotter l'encens qui perdait d'un coup toute sa puissance. Pendant un instant, le mage crut y voir là la chute de sa lignée. Il se voyait déjà mourir, après avoir déshonoré sa patrie, laissé ses enfants derrière lui et avoir commis un meurtre. Que l'encensoir sombre n'était que justice, si l'on se plaçait d'un point de vue neutre.
      Au-dessus de lui, il y avait encore une de ces grilles qu'ils ne pouvaient atteindre. Ou du moins, qu'ils ne pouvaient traverser à deux. Seul l'un d'entre eux pouvait réussir à remonter à la surface, mais l'autre ne pourrait pas le suivre. Désespéré, Goont prit la parole.

      "Karl... arrêtez-vous."

      Le mercenaire s'arrêta, tentant d'inciter malgré tout son employeur de le suivre. Mais le silence du terramancien était évocateur. Il se tût alors, laissant uniquement les pas d'Oaxaca envahir le boyau dans lequel ils s'étaient engagés. C'était aussi la première fois qu'Hivann l'appelait par son prénom.

      "Il n'y a qu'une chose à laquelle je tienne d'avantage que ma vie. Ce sont mes enfants. Et sans vous, ils ne pourront ni quitter la ville, ni changer de vie. Montez sur moi, sauvez les, et Tôhko vous remettra le paiement à Mertar."

      Wjran n'avait pas cherché à le convaincre de s'en sortir. Plus que quiconque, il le comprenait. Quant à Hivann, il savait qu'il pouvait faire confiance à cet homme-là. Il était un mercenaire avant tout, c'était vrai, mais avant de penser à l'argent, il penserait à ses enfants. Si lui-même n'avait pu sauver les siens, il pouvait toujours essayer d'aider ceux d'un autre.
      Sans attendre, il monta sur ses épaules et réussit à pousser la grille faiblement, du bout des doigts. Elle était bien trop lourde pour l'ouvrir rapidement. Ne pouvant user de sa force brute, il la poussa juste assez pour y mettre son épée sur le côté. En l'utilisant comme un levier, il réussit enfin à atteindre les hauteurs. Un dernier regard fut échangé entre les deux compères et la grille se ferma dans un cri strident.

      Exactement au même moment, six hommes arrivèrent. Cinq d'entre eux étaient en armure et portaient le symbole du scorpion sur leurs plastrons. Le sixième, par contre, était vêtu d'une longue robe avec un capuchon. En descendant un peu ses yeux, Goont put voir qu'il ne portait pas une simple corde noire, mais une ceinture rouge sang. C'était bel et bien un prêtre de Thimoros qui se tenait devant lui.
      Un mètre cinquante plus bas, Hivann pataugeait dans son eau poisseuse, incapable de savoir s'il devait mourir en leur faisant face ou tenter le tout pour le tout et s'enfuir. Il pouvait tout aussi bien se rendre, mais cela n'aurait fait que reporter sa mort. Et il n'avait aucune envie de mourir aux côtés de Lamin.

      "Je vous reconnais..." fit le prêtre en s'agenouillant à la hauteur du mage, immobile.

      Le sang de Goont ne fit qu'un tour. Ils avaient beau être plongés dans l'obscurité, il lui semblait percevoir un semblant de regard à travers le capuchon. Deux yeux qui reflétaient une démence exceptionnelle. Quelque chose de sadique. Les soldats, eux, restaient interdits.

      "Vous avez fait deux offrandes à Thimoros, il y a quelques mois. Vous êtes l'ancien mage d'Ynorie... L'homme corrompu, oui..."

      Sous l'eau, l'Ynorien commençait à serrer son encensoir, vidé de toute essence magique. Même s'il essayait de se battre, il savait qu'il serait vite vaincu par la puissance du prêtre ainsi que les cinq soldats qui l'escortaient. Jamais il n'avait eu aussi peur. Et encore, ce n'était pas de la peur: c'était bien de la terreur.

      "Et quand le dieu du mal et de la souffrance vous récompense avec de l'or, vous le remerciez avec ceci...? Vous avez vandalisé le Temple de Thimoros. Vos actes précédents ne vous sauverons pas. Même si je dois admettre que vous avez fait une belle démonstration de cruauté en brûlant vos compagnons... Ce serait un exemple à prendre."

      "Doit-on le tuer?"

      "Bien sûr que non! Le Grand Thimoros y verrait là un gâchis et un affront!"

      Le prêtre prit un long moment pour réfléchir. C'était comme s'il faisait fi de la situation qui l'avait mis dans un égout puant, ou tout simplement en face d'un ennemi. Il comprenait sa supériorité et en profitait grandement. Après plusieurs longues minutes, il se manifesta enfin. Sa seule exclamation sut faire couler de grosses larmes sur les joues rondes et pleines de Goont. Des larmes douloureuses qui semblaient lui creuser la peau alors qu'il s'étouffait dans sa panique.

      "Nous ne pouvons le garder au Temple! Il vient de donner raison à la totalité des hérétiques en créant ces explosions. Il nous faut donc le montrer clairement à tous les habitants de Darhàm. Réparons très vite les instruments de torture, exposons les corps des calcinés qui sont morts. Ceux encore en vie, torturez les dès que les "douceurs" seront dressées. Le mage ira trôner sur la chaise de fer quand ce sera fait. En attendant, il nous faut l'enfermer ailleurs. La prison de Darkhàm me parait assez isolée pour qu'il ne soit pas tué par quelques fidèles excités ou des résistants réclamant vengeance. Mais laissez donc les brûlés encore vivants avec lui, en attendant. Je doute qu'ils puissent le tuer, mais je les sens capable de l'accabler de quelques reproches qui le priveront de sommeil..."

      Si Goont avait été machiavéliquement intelligent en décidant de vaincre ses ennemis avec un stratagème tel que l'usage de la poudre... Ce prêtre s'était montré bien plus cruel qu'il ne l'aurait imaginé. Même si cela était bien entendu propre à Thimoros et Oaxaca. Les soldats l'attrapèrent alors par le col de son kimono et l'amenèrent de force sur le sol sec des égouts.
      Le mage paniqua, incapable de savoir ce qu'il devait faire, ou même ce qu'il pouvait faire. Il se débattit sans savoir ce qu'il pourrait accomplir prochainement. Ses fluides le traversèrent intensément, juste l'espace de quelques secondes. Mais on comprit vite son entreprise.
      Un coup sec se fit sentir derrière la nuque, et l'ombre de Thimoros l'envahit pour l'emporter dans ses songes.

      _________________
      Multi de Ziresh et Jôs.

      Ser Hivann Goont, Archer-Mage niveau 10.


      Haut
       

       Sujet du message: Re: Les égouts
      MessagePosté: Mar 27 Oct 2015 12:49 
      Hors ligne
      Avatar de l’utilisateur
       Profil

      Inscription: Sam 15 Aoû 2015 16:54
      Messages: 70
      Aeglos se releva couvert de boues et de détritus, il ne ressemblait plus à un Sindel, toute la grâce de sa race était comme la splendeur passée de son peuple, élimée par le temps et le sang versé pour protéger les souverains de Tahelta. Seul son bâton plongé dans un mélange d'acier et d'obsidienne lui rappelait sa place parmi la société, son véritable but en tant qu'individu au sein du groupe des prêtres de Maenauster. Il se tint soudainement contre les parois de l'égout, son esprit submergé par une autre vision. Cela faisait une semaine qu'il était dans ce trou perdu et ses visions augmentaient en intensité et en fréquence. Devant lui se tenait une femme de glace, ses lèvres bleues répétaient la même chose: "Trouve la glace la plus pure et ton véritable destin te sera dévoilé" Il y reconnut les montagnes de Nosveris et il sut alors qu'un long trajet se dressait devant lui. Simplement, il ne savait pas ce qu'il devait chercher là-bas. Une arme, un des artefacts laissés par Yuia lors de son départ de Yuimen ? Un cri faisant écho dans les profondeurs lui parvint jusqu'à lui.

      - Maudits traqueurs obscurs, ils ne me lâcheront pas !

      S'enfuyant, sa robe de mage éclaboussée par les flaques d'eau boueuse lors de son trajet, il chercha paniqué une bouche d'égout muni d'un escalier en barreaux alors que les bruits de course des créatures de Vallel se rapprochaient. S'ils n'étaient pas en mouvement, même ses yeux d'elfe ne les verraient pas, ils avaient réussi à se fondre dans cet environnement repoussant en très peu de temps. Tournant à droite, il finit par trouver des barreaux en direction de la surface, il sauta dessus, grimpant aussi rapidement qu'il le pouvait en dépit de sa robe alourdie par l'humidité et du bâton qu'il tenait dans sa main droite. Soudain, une paire de griffes l'attrapa et s'enfonça dans sa peau. Il se retourna et vit trois traqueurs se tenir en contrebas, leurs griffes crissant contre les parois de roche, ouvrant leur gueule déformée et béante pour venir laper les quelques gouttes de sang qui s'écoulaient de sa jambe droite que tenait le quatrième traqueur obscur. Ce dernier essaya de le tirer en contrebas et le Sindel eut du mal à tenir bon, ses mains attrapant in extremis le barreau du dessous alors que son adversaire commençait à se faire plus insistant.

      - Lâche-moi, vermine !

      Se tenant à une main, il dirigea son bâton vers ses adversaires, celui-ci se couvrit de givre et des pics de glace s'abattirent sur les créatures modifiées par l'un des treize lieutenants d'Oaxaca. Cela suffit pour faire abandonner son assaillant et il entreprit de monter à toute vitesse le long des barreaux jusqu'à la sortie. Atteignant la surface, il poussa une plaque devant l'entrée d'où des cris stridents firent écho. Dehors, des marins ivres se tenaient le bras en chantant des chansons paillardes et des Garzoks patrouillaient dans Dahram, preuve qu'Oaxaca avait la main mise sur la cité côtière.

      _________________


      Haut
       

       Sujet du message: Re: Les égouts
      MessagePosté: Sam 19 Déc 2015 11:26 
      Hors ligne
      Avatar de l’utilisateur
       Profil

      Inscription: Dim 6 Déc 2015 20:43
      Messages: 263
      Localisation: Aliaénon
      Précédemment : ici

      Devant elle, un magnifique serpent bleu se dressait. Ses écailles luisaient, oscillant entre un vert vaseux et un bleu sublime, donnant une impression d'ensemble époustouflante par sa beauté – et par le danger qu'il représentait. Il avait dressé, étrangement, le haut de son corps hors de l'eau, qui dépassait presque la fillette, tremblante. Il possédait des cornes plus sombres, des sortes de griffes au bout de ses nageoires, et derrière lui, une queue menaçante bougeait frénétiquement, sortant et rentrant alternativement de l'eau. Mais le pire, c'est qu'il semblait avoir faim.

      Il replongea entièrement dans l'eau, ondulant sous la surface, éliminant les derniers mètres qui le séparait de Yurlungur. Seule sa silhouette était visible, mais cela suffisait à terrifier la fillette, pétrifiée par cette apparition cauchemardesque. Elle n'avait jamais vu ce genre de bestioles, et se doutait bien que le gros serpent était bien trop fort pour elle.

      En elle, des émotions et des raisonnements contradictoires s'affrontaient. D'un côté, sa nature d'enfant lui hurlait de s'enfuir, de tout lâcher, et de remonter à la surface, ou même de se rouler en boule au sol, si la fuite n'était pas envisageable, pour attendre, attendre que quelqu'un lui vienne en aide, que ce mauvais rêve se finisse et qu'elle se retrouve dans les bras de sa maman. Cette bête était bien trop dangereuse, bien trop puissante, pour qu'elle ait la moindre chance de s'en sortir vivante si elle l'affrontait. Elle ne devait pas rester ici, ni attirer son attention !

      Mais, d'un autre côté, sa folie faisait surface à nouveau face à ce monstre. Elle n'avait, de toute manière, aucune chance non plus de lui échapper, donc autant l'attaquer, non ? Elle savait qu'elle voulait le dépecer, le trancher, qu'elle voulait voir son sang, ses entrailles, et le voir agoniser à ses pieds, elle voulait voir souffrir cette bête immonde, ce serpent horrible qui la terrifiait, afin de se défaire de ce sentiment absurde de peur, qui était contraire à ses idéaux, les idéaux d'une folle, mais des idéaux quand même, qu'elle devait défendre quel qu'en soit le prix.

      Si bien que, pendant qu'il s'approchait, elle ne savait que faire, perdue. Finalement, par réflexe, elle évita juste à temps un coup de queue qui vint écraser la pierre derrière elle. Elle vit, les yeux écarquillés, un grand renfoncement dans le mur en pierre derrière l'endroit exact où elle se trouvait juste avant. Non, non, non, elle ne pouvait pas ! La folie revint à la charge, en même temps que la terreur la submergeait.

      (Laisse-moi le contrôle !)

      Elle entendait cette voix, cette voix qui provenait de la région la plus obscure de son esprit, mais se sentait incapable de lui répondre. Elle évita un nouveau coup de queue, se jetant sur le sol vers la gauche.

      (Laisse-le moi ! Ce serait si facile, si plaisant !)

      Je... Je...

      Le serpent semblait de plus en plus énervé, et rendait ses coups plus fréquents. Elle en évita un nouveau, par chance, mais qui déchira la manche de son bras gauche, faisant gicler un filet de sang aux alentours. Elle regarda, d'abord horrifiée, les bouts de tissus voler, mais son regard se raffermit, et son visage se fit plus dur. Un torrent de haine se déversa en son âme alors que la petite fille lâchait son emprise et que la petite folle arrivait aux commandes. Elle hurla subitement :

      Je vais tu tuer, sale bête !!

      Le serpent, s'il n'entendait peut-être pas les sons, fut surpris par cette soudaine agressivité, et eut un mouvement de recul, mais repartit bien vite à l'attaque. La petite fille laissa volontairement l'appendice la frôler, avant de le taillader violemment de sa dague. Elle traça une longue marque rouge en travers de la queue, qui ne la trancha certes pas, mais qui lui causa une sérieuse blessure, pensait-elle. La créature hurla, et retourna sous les flots, y ramenant tout son corps. L'eau prenait une couleur rougeâtre malgré l'écoulement constant des eaux usées vers le port, et camoufla l'adversaire de la gamine. Elle rugit :

      Viens donc m'attraper si tu l'oses !

      Elle se mit alors à courir, vers une autre intersection. Ses sens en alerte, elle essayait de percevoir si le serpent arrivait, mobilisant ouïe, vue et intuition, sans résultat. Une fois arrivée dans une cavité plus large, elle regarda autour d'elle, anxieuse. Rien ne semblait venir, et l'eau restait simplement sombre. Où était passé le serpent ? Était-ce possible qu'il ait déjà récupéré, et que son sang ne soit plus visible ? Elle scrutait, rapidement, tous les passages qui arrivaient à elle. Elle essayait de percevoir un changement dans l'écoulement des flots, un clapotis inhabituel, quoi que ce soit qui puisse la mettre sur la voie. Mais ce ne fut pas nécessaire. Elle perçut finalement une traînée rouge avancer, contre le courant, provenant d'un des canaux. Elle serra le manche de son arme, raidissant ses muscles, en s'adressant aussi bien au monstre qu'à elle-même :

      Je t'attends...

      Elle se concentra. Ses muscles étaient prêts, prêts à se contracter, d'un seul coup, et à taillader le serpent de toutes leurs forces. Elle était elle-même prête mentalement, prête à déverser son énergie dans cette attaque, attaque qu'elle sentait déjà bien plus rapide que tout ce qu'elle avait fait jusqu'à présent. Tout son corps, en phase avec son esprit, était prêt à réagir au quart de tour, l'adrénaline se concentrant de plus en plus dans son corps. La traînée rouge continuait d'avancer, de plus en plus rapide, et elle continuait de se concentrer. Son énergie vitale s'accumulait, débordait, voulait sortir, et elle, elle le sentait et voulait se déchaîner. Se déchaîner contre cette créature abominable qui terrorisait une part d'elle-même.

      Le monstre bondit hors de l'eau, fonçant sur elle, mâchoires ouvertes. Elle relâcha le contrôle qu'elle exerçait sur elle, le contrôle de ses pulsions et de son énergie, et lui sauta dessus. Elle laissait couler à flot en elle sa puissance, sa force, pour attaquer la créature.

      En un instant, elle fit pleuvoir un déluge de coups sur le monstre marin. Sa main droite taillait, tranchait, donnait un coup et aussitôt le retirait. Les blessures n'étaient pas profondes, mais nombreuses. La créature les recevait, et souffrait, sous les yeux durs de Yurlungur. On aurait dit qu'une centaine de lames s'abattaient au même instant sur le monstre – à moins que ce ne soit qu'une impression, la réalité faussée par l'adrénaline de la fillette. Cette dernière remarqua qu'elle se trouvait au-dessus de l'eau après son saut, et prit appui sur la peau du serpent pour se propulser en arrière et revenir sur la terre ferme. Elle réussit plutôt bien son coup, la peau écailleuse étant moins glissante au contact que ce qu'elle avait redouté. Par la même occasion, elle poussait le serpent meurtri loin derrière elle, dans l'eau.

      Mais ce dernier n'avait pas sauté pour rien. S'il avait été surpris par l'attaque intense et fulgurante de Yurlungur, il s'était repris à la fin, et la mordit d'un grand coup à la jambe au dernier moment, modifiant la trajectoire de la petite fille, et lui arrachant un hurlement horrible. Elle battit des jambes, donnant un grand coup de pied à la créature, qui lâcha prise, et dégagea sa jambe saignante.

      Elle retomba sur la terre ferme, mais sa jambe gauche, qui avait été mordue, flancha dès qu'elle tenta de s'appuyer dessus. Elle chuta au sol, hurlant à nouveau, la douleur lui étant insupportable. Elle gardait les mains crispées, la droite sur sa dague recouverte de sang, et l'autre sur la torche, qui menaçait de s'éteindre, ainsi appuyée sur le sol humide. Une fine pluie crasseuse vint l'asperger lorsque le serpent retomba dans l'eau.

      Elle tenta de se relever, mais ce fut au tour de son bras gauche de ne plus répondre. Elle tenta de le bouger à nouveau, mais elle n'arrivait plus à le contrôler : il ne répondait simplement plus, et elle ne percevait presque plus aucune sensation physique du toucher de ce membre. Elle jeta un regard dessus, et sentit une douleur fulgurante provenant de la blessure que le serpent lui avait faite avec sa queue, tout au début de leur affrontement. Elle n'était pourtant que superficielle, mais sans doute empoisonnée. Son bras était maintenant entièrement paralysé, et elle ne pouvait plus le bouger. Donc elle ne pouvait plus porter la torche, à moins de renoncer à la dague... Son choix fut vite fait.

      Elle tenta à nouveau de se relever, mais encore une fois elle retomba au sol. Elle serra rageusement son poing valide autour de la lame. Allait-elle mourir ainsi, perdue dans les sous-sols de Dahràm ? Face à ce monstre répugnant, allait-elle se montrer vaincue ? Elle qui avait résisté à tous ceux qui avaient voulu sa mort jusqu'ici, elle qui avait grandi et vécu sans son père, seule, allait devoir abandonner maintenant ?

      Elle rugit, et se releva, dans un effort incroyable de volonté, et cria :

      Jamais ! JAMAIS !

      Elle se soutenait presque uniquement sur sa jambe droite, l'autre la faisant souffrir terriblement. Son bras gauche pendait, la torche restée au sol, et elle brandissait sa dague devant elle, le regard déterminé, déterminé à en finir avec cet affrontement. Elle était prête à combattre, et à tuer cette vermine. Elle se mit à prononcer, d'une voix inhabituellement claire pour son état, une prière à Thimoros. Dans cette prière, elle déversa sa haine, son ressentiment et sa douleur, invoquant le Dieu pour reprendre courage.

      Thimoros, dieu des os,
      Accorde-moi, ce pour toi,
      Ta puissance, et ta science,
      Du combat, du trépas !


      Lorsqu'elle prononça le dernier mot, 'trépas', elle sentit qu'Il lui avait répondu, malgré la courte longueur de la prière. Elle se sentit plus forte, plus grande, et capable de vaincre son adversaire. Celui-ci sembla reculer un moment, impressionné. Il plongea sous les flots, se faisant invisible. Elle regarda autour d'elle, et savait qu'elle prenait un désavantage. La torche était au sol, donc elle ne pouvait plus quitter l'endroit. Le serpent, lui, pouvait s'en aller un peu pour récupérer, et revenir.

      Il semblait vouloir faire cela, mais elle ne pouvait pas en être sûre. Les eaux étaient trop sales et rouges suite aux multiples blessures de la bête pour qu'elle puisse distinguer quoi que ce soit de ses yeux fatigués. Le monstre jouait avec ses nerfs, et elle se doutait bien qu'il ne l'avait pas délaissée, il attendait simplement la bonne occasion de passer à l'attaque. Il attendait que les circonstances soient plus favorables, qu'elle perde sa détermination, et elle, elle ne pouvait rien faire contre ça.

      Dans un premier moment de colère, elle commença à l'insulter, à l’exhorter de venir se montrer si c'était un homme, à le provoquer, elle le traita de lâche, d'incapable, de monstre de seconde classe. Elle rejetait tout son venin, tout ce qu'elle ressentait en cet instant présent sur le monstre marin, elle lui attribuait la cause de sa douleur, la cause de tous ses malheurs, la cause de la maladie de sa mère et de son idiotie pour ce qui était de l'utilisation de ses yus. Elle continua ainsi pendant quelques minutes, relâchant complètement tout ce qu'elle gardait enfoui en elle. Enfin, elle finit par s'arrêter. Elle savait pertinemment que le serpent ne pouvait pas l'entendre, et de toute façon pas la comprendre, que ce soit ce qu'elle disait ou ce qu'elle ressentait. Elle restait là, haletante, et plus détendue. Le monstre avait dû prendre le temps de récupérer maintenant.

      Elle se concentra, fermant les yeux. Elle apaisa ses dernières peurs, les analysant, les réfutant, les détruisant une à une. Elle faisait confiance à son corps pour percevoir la venue du monstre, et se concentrait sur son esprit. Elle faisait le vide dans sa tête, afin de se dédier uniquement au combat, unique moyen de s'en sortir. Elle devait se dédier à cet art, cet art de vivre pour le gagnant, et art de mourir pour le perdant. Soudain, elle perçut un mouvement. Elle ouvrit les yeux, et vit le serpent lui sauter dessus.

      Sans essayer de bouger, elle leva sa dague, libérant d'un seul coup toute la force qu'elle avait accumulée. La lame et le poing vinrent frapper la tête du serpent dessous, qui eut un cri affreux de douleur et fut projeté en l'air. Elle l'avait frappé à ce qui semblait lui servir de tête, et il n'appréciait clairement pas. En roulant doucement au sol, elle s'en écartant, il retomba dans l'eau. Mais revint bien vite à la charge, furieux. La petite fille se sentait faible, ayant utilisé toutes ses ressources, et elle ne pouvait plus esquiver facilement de par sa jambe blessée, préférant ainsi ne pas bouger de trop pour éviter toute chute. À la place, elle tailladait l'air devant elle en se tournant sur sa jambe valide qui lui servait de pivot, se contorsionnant légèrement pour éviter les crocs et les griffes du monstre, et répliquant à son tour, sans parvenir toutefois à être très efficace.

      Ce jeu dura quelques minutes, mais, au grand dam de la fillette, le serpent ne semblait pas fatigué, que ce soit par ses blessures ou par ses assauts incessants ; alors qu'elle l'était sérieusement. Il continuait d'attaquer sans relâche, la petite fille souffrant et tremblant, ne pouvant pas contrôler ces mouvements. À ses pieds, une petite flaque de sang s'était formée, et elle tentait, pendant les quelques instants de répit fort courts qu'elle avait entre les attaques de la créature, de s'en éloigner. Elle risquait fort de glisser si elle restait dessus. Elle ne pouvait croire que toutes les blessures qu'elle lui avait causées avant n'étaient que broutille pour lui, mais c'était pourtant ce qu'il semblait dire par ses attaques, toujours aussi puissantes, rapides et précises.

      Petit à petit, la lumière s'amenuisait, et les espoirs de la fillette aussi. Elle était exténuée, face à ce monstre bien plus rapide et résistant qu'elle, et elle n'allait pas tarder à commettre une faute qui l'achèverait. Son bras droit faiblissait, et elle avait reçu d'autres blessures plus ou moins superficielles au corps, qu'elle n'osait pas regarder. Le serpent fonça à nouveau. Elle s'écarta, prête à abaisser sa dague, mais ce qui devait arriver arriva : elle glissa dans son sang, tombant au sol. Elle regarda le monde chuter autour d'elle, monde qu'elle allait quitter. C'était fini. Le serpent s'enroula autour d'elle, et l'emmena dans les flots. Elle fut immergée en un instant, sentant l'étreinte du monstre la serrer de plus en plus fort.

      Elle perdait petit à petit conscience, ses pensées voguant au-delà de son corps. Beaucoup seraient bien contents de la voir disparaître, elle. Le forgeron y gagnerait une armure, les gardes y perdraient une criminelle, et le Rebouteux n'avait plus personne pour s'opposer à lui concernant sa mère. Il pourrait jouer avec elle comme il voudrait...

      Elle restait là, sentant les anneaux du serpent autour de son corps meurtri, et l'oxygène commençant à lui manquer. Mais, à sa grande stupéfaction, elle se sentait encore en vie, capable de maîtriser ses mouvements. Elle ne pouvait pas abandonner ce corps. Elle sentait quelque chose qui la rattachait à lui, qui faisait qu'elle ne pouvait pas le quitter comme cela. Soudain, elle comprit. Elle avait invoqué Thimoros plus tôt, et celui-ci lui avait accordé ses faveurs. Il attendait maintenant d'elle qu'elle revienne, qu'elle reprenne le dessus, ou du moins qu'elle s'en sorte vivante. Il ne souhaitait pas l'avoir fait pour rien, et ça, elle le ressentait au plus profond de sa conscience.

      Un regain d'énergie vint la réveiller, comme si le Dieu même encourageait cette réflexion. Elle avait toujours la dague en main, mais il lui fallait s'extirper de ces anneaux. Elle avait réussi jusque là à ne pas trop en souffrir malgré l'étreinte, sa souplesse aidant, mais le monstre commençait à serrer de trop. Et il lui fallait respirer.

      Elle le surprit en commençant subitement à taillader dans tous les sens de sa main encore valide, là où elle pouvait. Les écailles de la créature la protégeaient, mais elle relâcha tout de même momentanément son emprise, par réflexe. La petite fille en profita. Elle se dégagea en continuant de la blesser et essaya de monter vers la surface, rapidement. Bien que vivant dans une ville maritime, elle n'avait jamais appris à nager, et s'en trouvait bien embêtée. Les quelques mètres à remonter lui semblèrent durer une éternité, et elle émergea enfin, aspirant l'air d'un seul coup, haletante. Ses poumons la brûlaient, et elle ingurgitait cette manne dans l'obscurité sans penser à autre chose, essayant tant bien que mal de se maintenir à la surface de l'eau heureusement peu agitée.

      Mais le monstre lui frôla le pied, et elle sursauta. Elle se dirigea, aussi vite que possible, avec des mouvements brusques et peu efficaces, vers la rive. Elle le sentit s'enrouler autour de son pied sur le chemin, mais elle se ramena vivement dessus, pour trancher à nouveau les écailles, donnant de nombreux coups de dague. Malheureusement, le serpent se retira vivement, et elle ne put s'empêcher de se donner un vilain coup au pied. Elle hurla encore. Mais recommença aussitôt à avancer. Elle continua jusqu'au rebord, où elle se hissa à grand-peine. Une fois entièrement hors de l'eau, elle se regroupa en position fœtus. Elle avait mal. Une douleur qui saisissait tout son corps, la menaçant d'évanouissement subit. Mais sa peur l'empêchait de relâcher son attention.

      Elle ne percevait plus rien. Elle ne voyait de toute façon plus rien, entièrement plongée dans le noir profond. Sans lumière et hors de l'eau, le serpent ne devait plus savoir où elle était. Et, après quelques instants d'angoisse profonde en attendant le retour de la bête, elle parvint à se détendre. Elle ferma doucement les yeux, et s'endormit, dans son propre sang.


      ***


      Quelques instants plus tard, une silhouette s'approcha. Elle avait assisté au combat, de loin, silencieuse comme une ombre. Elle n'avait alors pas osé intervenir face au serpent de Moura, bien trop puissant, et de plus furieux de s'être perdu dans les égouts, loin de la mer. Mais maintenant qu'il semblait parti, la forme indistincte se montrait.

      Il s'accroupit à côté de la jeune fille, et mesura son pouls. Elle vivait encore. Mais ça ne tenait qu'à un fil. Il la prit délicatement, soulevant le corps léger sur ses épaules, et partit, disparaissant, obscur dans les ténèbres.

      Suite : ici

      _________________


      Thème musical


      Dernière édition par Yurlungur le Dim 3 Jan 2016 08:54, édité 1 fois.

      Haut
       

       Sujet du message: Re: Les égouts
      MessagePosté: Dim 3 Jan 2016 08:54 
      Hors ligne
      Avatar de l’utilisateur
       Profil

      Inscription: Dim 6 Déc 2015 20:43
      Messages: 263
      Localisation: Aliaénon
      Précédemment : ici

      La petite fille redressa douloureusement le haut de son corps sur un sol rugueux, parfaitement blanc. Elle regarda un instant autour d'elle, alongée uniquement sur ses coudes et éblouie par la lumière. Elle ne se souvenait plus de ce qui était arrivé jusqu'à présent ni comment elle était arrivée ici, mais ne s'en souciait pas. Tout son attention était focalisée sur son environnement direct, très spécial. Toute cette blancheur...

      Elle finit par se relever complètement, et aperçut qu'elle se trouvait dans une pièce aux murs de couleur blanche et grise, alternativement. En observant autour plus longuement, elle remarqua qu'il s'agissait d'un dôme et que toutes les rayures grises argentées, qui brillaient sous cette lumière blanche intense, se rejoignent au-dessus de sa tête. Elle ne distinguait pas de porte de sortie. Elle s'approcha d'un mur, les yeux encore plissés et la main droite levée pour se protéger de la lumière aveuglante, et lorsque sa main gauche se posa dessus, il s'évapora. Seules les rayures grises restèrent, une fumée opaque se diffusant maintenant de tous les côtés. Elle toussa, respirant difficilement, et essaya de chasser la fumée avec de larges mouvements de bras.

      Après quelques minutes, il lui fut possible de respirer correctement, les yeux néanmoins rougis par ce gaz étrange. Elle regarda les rayures, qui n'étaient tout compte fait que les barreaux d'une vaste prison où elle était, semblait-il prisonnière. Elle s'approcha et en saisit deux, essayant de passer au travers, de les écarter et de tirer dessus successivement. Mais tous ses efforts se révélèrent vains.

      Elle soupira en reculant, mais un ricanement derrière elle la fit sursauter. Elle se retourna brusquement, se plaquant contre les barreaux de la prison. Elle ne put retenir un hoquètement de surprise en voyant l'être qui se trouvait désormais en face d'elle, sous le dôme de fer. Il s'agissait de son sosie parfait, le même corps, la même allure, les mêmes petits doigts fins et agiles, les mêmes bras apparemment dénués de force, les mêmes jambes et les mêmes pieds, le même visage, avec ce sourire enfantin, toujours aussi innocent, les années le rendant plus doux, plus amical, plus beau. Mais la créature devant elle avait les yeux non pas bruns mais mauve, d'un mauve tellement foncé qu'il se rapprochait du noir. Et elle continuait à ricaner, une expression d'amusement cruel sur son visage.

      Bienvenue chez moi !

      Elle dit ces mots en levant un bras pour désigner l'endroit, puis enchaîna, sans laisser le temps à la petite fille encore abasourdie de placer le moindre mot.

      J'espère que tu t'y plairas : j'ai bien l'intention de te garder avec moi encore longtemps. Mais ne t'inquiète pas, je prendrai soin de toi.

      Elle lui adressa un sourire amical, mais on ne pouvait pas ignorer dans ses yeux une lueur malicieuse, mesquine et mauvaise. Yurlungur prit peur de cette copie d'elle-même qui, lorsqu'elle s'approcha en tendant la main, parut étonné de voir la petite fille glisser sur le côté le long des barreaux pour lui échapper.

      Mais... Je ne te veux pas de mal. Je suis toi, après tout, je suis celle qui te protège, ne te souviens-tu pas ? La petite voix dans ta tête, c'est moi ! Tu me réponds même, parfois !

      C'est... C'est toi ? Mais alors tu es sortie de moi ? Tu as pris un autre corps ?

      Hmmm... Plus ou moins.

      Elle finit encore une fois sa phrase avec ce même sourire, mais il semblait moins effrayant que la dernière fois. Yurlungur s'éloigna petit à petit des barreaux, et avança une main craintive vers l'autre. Elle toucha la peau de la joue, une peau douce, sous le regard presque maternel au-dessus de ce bout de tissu charnel si agréable.

      Tu as le même corps que moi ?

      En ce moment, oui.

      Elle se regardèrent l'une l'autre, presque timides, impressionnées malgré tout de se voir en face, pour la première fois après tout ce temps passées ensembles. Ce fut Yurlungur qui brisa le silence, demandant :

      Et où suis-je, au juste ?

      Je te l'ai déjà dit, tu es chez moi. Actuellement, nous sommes toutes deux enfermées. Mais il ne tient qu'à toi de briser ces barreaux pour sortir. Vas-y, je t'en prie, et je te montrerai d'autres choses.

      Ils sont bien trop épais et solides pour moi. Je n'y arriverai jamais.

      La fillette aux yeux mauves eut un haussement d'épaules peu convaincu, et traîna dans la pièce. Elle observait toujours Yurlungur du coin de l'oeil, sifflotant un air quelconque en essayant de paraître désintéressée. Mais le manque de réaction chez la fillette encore hébétée la poussa à ajouter :

      Tu es sûre que tu ne veux pas ? Je suis sûre que tu pourrais briser ces barreaux, et puis...

      Je t'ai déjà dit qu'ils étaient trop gros ! Tu me prends pour qui ?

      L'insistance de l'autre petite fille lui paraissait étrange. Elle s'assit, doucement, respirant amplement, et faisant le point sur la situation en fermant les yeux. Elle ne parvenait toujours pas à déterminer où est-ce qu'elle se trouvait, mais une chose était sûre : avec de pareils conseils, la voix dans sa tête n'était pas toujours aussi forte qu'elle le prétendait.

      Peu à peu, une léthargie confuse l'envahit. Elle se sentait fatiguée, et se sentit tomber doucement au sol, allongée comme à son arrivée. Elle pensait, les yeux fermés et le corps relâché.

      (Je suis donc dans cette prison argentée... ce dôme... avec mon double... aux yeux... mauves...)

      Il lui devenait difficile de se concentrer. Ses sensations disparurent, et tout ne devint que pensées brutes. Elle voguait dans son esprit comme on vogue sur une rivière. Derrière elle, elle entendait les cris lointains et confus de la voix dans sa tête, mais n'y prêtait pas garde. Elle était sortie de la prison et ce, sans la briser, elle le savait. Qu'elle le fasse aussi, l'autre, pour voir !

      Elle se retrouva soudain sur une barque qui filait, emportée par le courant, sur un cours d'eau pure. Elle voguait et entendait le bruit apaisant de l'eau qui coulait. Elle sentait monter en elle une chaleur qui la soulageait et se sentait bien, sans bouger d'un poil. Un sourire apparut sur son visage tandis que quelques rayons de Soleil réchauffaient son visage. Elle ferma les yeux, pofitant du moment, avant de les rouvrir pour observer, heureuse, le courant d'onde pure. Elle se pencha par-dessus la barque, cherchant des poissons et joua à essayer de les attraper un moment. Mais ils passaient à travers ses mains comme si elle essayait d'attraper des courants d'air.

      Soudain, l'atmosphère s'assombrit. Ce fut brutal et la petite fille se replaça droite sur l'embarcation, observant le ciel menaçant. Des nuages noirs s'agglutinèrent au-dessus de sa tête et une pluie, d'abord fine puis plus drue, se mit à tomber. Ses membres s'engourdissaient, devenaient froids et alourdis. Elle se mit à trembler, pressentant un sombre événement, et ramena ses bras autour de son corps pour se réchauffer. Le courant devenait plus fort, la barque accélérait de plus en plus sans qu'elle ne parvienne à contrôler quoi que ce soit. Elle se laissa porter.

      Soudain, un coup de tonnerre gronda, et une fois l'éblouissement passé, un homme se tenait en face d'elle dans la barque. L'homme en question était entièrement couvert par une large robe noire. Son visage restait dans l'ombre d'une capuche, une faux à la main, elle ne distinguait rien de lui, mais savait de qui il s'agissait. Ses tremblements redoublèrent. Un croassement retentit dans les airs au-dessus d'eux, ce qui ne fit que confirmer les soupçons de la fillette, sans même qu'elle ait à vérifier du regard quel animal avait poussé ce cri – n'était-ce pas évident ? Elle regardait avec des yeux emplis de terreur le Dieu en face d'elle.

      Il leva la main et elle se replia brusquement sur elle-même en position foetale, fermant les yeux et murmurant quelques prières et bénédictions pour Phaïtos incarné devant elle. Mais Il n'arrêta pas son geste et posa une main squelettique sur l'épaule de la petite fille. Ce n'était qu'un geste banal, presque affectif.

      Elle releva la tête, fixant son regard apeuré dans l'obscurité sous la capuche. Et encouragée par le mouvement, elle se blottit dans les plis du tissu, trois fois trop large pour le corps du Dieu, mais néanmoins nécessaire à contenir toute son essence. Et se mit à pleurer à chaudes larmes, les rares sons s'extirpant de sa bouche rendus incompréhensibles de par ses sanglots. Elle s'aggripait aux larges vêtements sans que son propriétaire ne fasse un quelconque geste pour l'en empêcher et s'abandonnait complètement, retrouvant sa nature profonde.

      Ainsi, elle ressemblait plus que jamais à une petite fille 'normale' comme elle l'avait souhaité, petite fille qui sanglote dans les bras de son père, exception faite qu'il ne s'agissait pas de son père mais de la mort en personne. Le Dieu écoutait, silencieux, les gémissement de la fillette. Il n'était pas certain qu'Il les comprît, mais Il gardait cependant son bras autour du corps fin, dans une étreinte rassurante.

      Soudain Phaïtos leva lentement son bras droit qui tenait la faux au-dessus de la tête de Yurlungur. Cette dernière leva son regard, attendant le châtiment. Elle avait commis diverses infractions au culte de son Dieu pour qu'elle admette qu'il ait raison de la punir. Elle restait là, sans broncher, toujours blottie aux côtés de la mort. Son visage, à la fois mouillé par la pluie qui continuait de tomber, et par les larmes qui s'étaient échappées, restait neutre.

      Mais le bras ne s'abattit pas. Il attendait quelque chose qui ne venait pas. Et puis, finalement, il redescendit, aussi lentement qu'à l'aller, pour enlacer entièrement la mortelle. Cette dernière se détendit, et s'aggrippa encore plus à la robe noire, retrouvant une figure paternelle. Elle lui chuchotait des secrets à mi-voix, si faiblement que Lui seul pouvait les entendre – s'Il les entendait.

      Et, peu à peu, elle tomba dans les profondeurs de la cape noire, sombrant dans un sommeil profond, sans plus d'images, les sons se mêlant confusément et disparaissant dans le labyrinthe de son esprit. Sa chute continua, douce et lente.

      Suite : ici

      _________________


      Thème musical


      Dernière édition par Yurlungur le Dim 3 Jan 2016 08:57, édité 1 fois.

      Haut
       

       Sujet du message: Re: Les égouts
      MessagePosté: Dim 3 Jan 2016 08:56 
      Hors ligne
      Avatar de l’utilisateur
       Profil

      Inscription: Dim 6 Déc 2015 20:43
      Messages: 263
      Localisation: Aliaénon
      Précédemment : ici

      Elle ouvrit les yeux à moitié. Autour d'elle, la pénombre régnait. Elle ne parvenait pas à distinguer quoi que ce soit, mais sentait une légère couverture recouvrir son corps. En palpant le sol, elle reconnut la même texture que dans la prison argentée de la voix dans sa tête, et se demanda un instant si elle n'était pas à nouveau au même endroit. Mais il n'y avait ici ni lumière aveuglante, ni petite fille aux yeux mauves.

      Même si rien ne venait éclairer le lieu où elle se trouvait, elle parvenait à distinguer quelques éléments. La pièce était petite, et il y avait une porte à quelques pas. Aucune couleur ne venait donner à ce tableau une réelle consistance, les teintes de gris unique rendant l'ensemble éthéré, comme issu d'un rêve. Non loin, derrière plusieurs parois, elle percevait le même son d'écoulement d'eau que sur la rivière avec Phaïtos. Où se trouvait-elle donc ?

      Elle se redressa et émit un gémissement en se rallongeant aussitôt. Elle avait horriblement mal aux côtes. Immédiatement, une main se posa sur son épaule et une deuxième sur sa bouche, l'empêchant de crier. Elle parvenait à reconnaître une forme humanoïde, mais rien de plus. Elle se débattit, mais fut bien vite stoppée par ses douleurs et par les bras immobilisant de la chose.

      Ne bouge pas.

      La voix était grave et douce, monocorde. Elle reconnut la voix d'un Humain adulte qui, une fois qu'elle se fut calmée, la lâcha et se dirigea vers un coin de la pièce. Alors seulement, un rai de lumière émergea d'une torche qu'il alluma. Il se retourna et elle put enfin voir son visage.

      Ses cheveux étaient noirs, d'un noir d'ébène, contrastant avec sa peau blanche et pâle. D'une taille moyenne, mais bien plus grand que la fillette, il se tenait droit, et arborait une musculature puissante sous des vêtements noirs usés, la barbe naissante, le nez plat au-dessus d'un sourire amical. Mais le plus étonnant étaient ces yeux. Des yeux entièrement blancs, ne reflétant rien. Les yeux d'un aveugle. Il s'avança et ajouta :

      J'imagine que tu auras besoin d'un peu de lumière. Moi, ça ne me dérange pas, mais comme ça tu pourras voir.

      Ce disant, il s'était accroupi et écarta les vêtements en lambeaux de Yurlungur, cherchant un moment à tâtons avant de trouver la blessure sur la jambe, puis chercha sur le bras. Sur la cuisse, une large éraflure, certes cicatrisée mais bien méchante, restait visible. La fillette frémit, mais ne laissa aucun mot s'échapper. L'homme se releva et annonça :

      Tu guéris vite ! Et...

      J'ai dormi longtemps ?

      Elle avait coupé son sauveur, cette question lui brûlant les lèvres. Qu'en était-il de sa mère ? Et de l'armure qu'elle avait commandée ?

      Euh... Oui, tu as dormi, quoi...

      Il se gratta la tête, réfléchit, et acheva :

      Je crois que ça fait deux jours depuis que je t'ai récupérée. Mais tu dois avoir une côte cassée, donc tu ne bougeras pas d'ici avant au moins encore deux autres jours. J'ai préparé quelques onguents ce matin.

      Il se dirigea vers ce qui semblait être un renfoncement dans le mur, et en extirpa un petit pot. Il l'ouvrit, renifla, avant de le reposer et d'en chercher un autre. Le deuxième était le bon et il s'approcha, le brandissant fièrement dans la main. Il s'accroupit et plongea un doigt dans le pot encore ouvert.

      Tiens, ne bouge surtout pas.

      Il rigola, et ajouta :

      C'est sûr que c'était plus facile quand tu dormais !

      Elle rougit mais préféra ne rien répliquer, observant minutieusement ses faits et gestes. Il appliqua un onguent de couleur vert pâle sur la peau de la fillette autour et sur les deux plaies, qui se sentit apaisée. Elle resta alongée et se détendit peu à peu. Autour d'elle, la torche éclairait faiblement les murs de pierre, les mêmes que dans les égoûts. Ils devaient se trouver non loin. Une fois que son travail de guérisseur fut achevé, l'homme alla reposer le pot et revint à côté.

      Tu te sens bien ? Pas de maux de têtes, de ventre ou quoi que ce soit ?

      Oui... Ça va. Merci.

      Il rougit en entendant le modeste mot prononcé avec tant de gravité et bafouilla :

      Oh, ce n'est rien. D'ailleurs, tu n'as qu'à m'expliquer comment tu t'es retrouvée face à ce serpent de Moura en échange.

      C'est fort simple. Je me promenais dans les égoûts, et je suis tombée dessus...

      Elle lui adressa un sourire ironique, mais bien sûr, il ne pouvait pas le voir. Il sembla tout de même percevoir l'humour dans le ton de la fillette et reposa sa question, le même sourire aux lèvres :

      Mais encore ? Comment t'es-tu retrouvée dans les égoûts ?

      Vous ne le saviez pas ? Les jeunes filles ont l'habitude de se ballader dans les égoûts à leurs heures perdues. C'est comme une cure de jouvence pour nous autres.

      Cette fois, c'était un ton froid qui avait répondu à l'homme, pour bien lui signifier qu'il n'avait pas à fourrer son nez dans les affaires de la fillette. Il parut déçu, et son sourire disparu.

      Très bien.

      Il se releva et se dirigea vers la porte.

      Où allez-vous ?

      Pourquoi devrais-je te le dire ? Ne fais pas de bêtises. Au revoir.

      Sans plus de cérémonies, il sortit. Un cliquetis se fit entendre, et Yurlungur sut qu'elle était enfermée. Elle pesta un moment contre l'homme. Pourquoi diantre avait-il à être aussi curieux ? Elle se tourna un peu sur elle-même, encore au sol, cherchant une position confortable, puis essaya de se rendormir.


      Une odeur alléchante vint la réveiller et elle sourit en ouvrant les yeux et découvrant un bol de soupe, tenu par l'homme juste devant ses narines. Elle tendit la main pour le prendre mais le bol se déroba.

      Si tu veux manger, parle.

      C'est un chantage odieux !

      En effet.

      Elle eut une moue boudeuse, mais ne put qu'apprécier la franchise de l'homme. Il avait toujours le même sourire qui se faisait maintenant provocateur. Pendant quelques instants, elle resta silencieuse, s'attendant à ce que l'homme abandonne. Mais l'appel de son ventre fut le plus fort.

      Bon... J'ai compris. En fait... Je me suis réfugiée ici parce qu'on me poursuivait... et on me voulait du mal.

      Je vois. Mais il manque encore quelque chose. Qui ?

      Je vous le dirais bien... Mais j'ai faim.

      Cette fois, le bol s'approcha sans s'en aller. Affamée, elle se jeta presque dessus et l'engloutit. Pendant quelques instants, on n'entendit que le son de ses rapides gorgées, puis elle toussota un peu une fois le bol vide.

      Si tu manges trop vite, tu vas t'étouffer !

      Lui avait ri de la situation, et buvait doucement le breuvage chaud. Il semblait la fixer, même s'il était évident qu'il ne pouvait rien voir. La petite fille le laissa finir son bol, continuant de l'observer. Elle ne le reconnaissait pas, et si la population de Dahràm était trop nombreuse pour qu'elle connaisse chaque petit mendiant, les malfrats, voleurs et assassins faisaient bande à part. Et lui n'en était pas un.

      Bon. Alors, qui te poursuivait ?

      Attendez un peu. Je ne suis pas d'accord avec cet état des choses. C'est assez inégal, vous en conviendrez, et je propose plutôt que nous nous posions réciproquement des questions à tour de rôle. Vous avez déjà posé la vôtre, donc c'est à moi.

      Sans lui laisser le temps de répliquer, elle enchaîna :

      Qui êtes-vous ?

      Il lui sourit et répondit, énigmatique :

      Je suis Sephon, Humain. Voilà qui devrait répondre à ta question. À moi. Qui te poursuivait ?

      Elle eut un regard suspicieux, mais se prêta au jeu, maintenant sur ses gardes, prête à bondir au cas où sa réponse choquerait l'aveugle maître des lieux.

      La garde. Pourquoi m'avez-vous sauvée ?

      Il eut un moment de réflexion, avant de poursuivre.

      Je vois. Disons que je t'ai sauvée parce que je te trouve mignonne.

      A-t-on le droit de mentir ? Je sais très bien que vous êtes aveugle.

      Mmh. Je t'ai sauvée parce que je manque de compagnie. Et puis, à quoi bon savoir guérir si ça ne profite à personne ? À moi. Pourquoi la garde te poursuivait-elle ?

      Un marin bourré leur avait dit que j'étais responsable de je-ne-sais-quoi de farfelu... Et comme ils sont idiots, ils l'ont cru. À moi. Comment gagnes-tu de quoi manger ?

      C'était l'instant de vérité. Selon l'emploi de l'homme, elle pourrait facilement déterminer s'il était plutôt du côté de la garde... ou de l'autre côté du rideau.

      Je suis un esclave.

      Elle écarquilla les yeux, de surprise. Un esclave ? Il avait maintenant l'air triste et ne répondit rien en retour. Yurlungur comprit qu'elle aurait mieux fait de ne pas poser cette question. Mais au moins, elle estimait ses chances de ne pas être livrée bonnes. Un silence pesant s'installa.

      Tu n'as qu'à te reposer. Je vais aller dormir moi aussi.

      Elle s'emmitouffla dans la couverture, se réchauffant face à l'air plutôt frais qui régnait ici. Mais pourquoi donc se sentait-elle mal après cette discussion ? Elle essaya de ne plus y songer, mais mit quand même plus de temps que la veille à s'endormir.

      Suite : ici

      _________________


      Thème musical


      Dernière édition par Yurlungur le Dim 3 Jan 2016 08:59, édité 1 fois.

      Haut
       

      Afficher les messages postés depuis:  Trier par  
      Poster un nouveau sujet Répondre au sujet  [ 20 messages ]  Aller à la page 1, 2  Suivante


      Qui est en ligne

      Utilisateurs parcourant ce forum: Aucun utilisateur enregistré et 0 invités


      Vous ne pouvez pas poster de nouveaux sujets
      Vous ne pouvez pas répondre aux sujets
      Vous ne pouvez pas éditer vos messages
      Vous ne pouvez pas supprimer vos messages

      Aller à:  
      Powered by phpBB © 2000, 2002, 2005, 2007 phpBB Group  

      Traduction par: phpBB-fr.com
      phpBB SEO

      L'Univers de Yuimen © 2004 - 2016