L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Lun 14 Sep 2009 20:28 
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Semi-dirigé de Sidewinder


L'elfe soupire un instant, las de ta question ou des souvenirs que cela réveille en lui. Il te dévisage un instant , transperçant ton coeur pur avec son regard cristallin. La force est en lui, tu n'en doutes pas un instant.

" Orik, cette boîte contenait simplement une bague que voici..."

Il pose sa main sur la table et tu peux apercevoir sur son auriculaire un splendide bijou. Tout d'argent et de platine, le chef-d'oeuvre est surmonté d'un joyeux bleu sombre et semble crépiter de puissance blanchâtre... Comme animé d'une propre vie ! L'elfe remet sa main sous la table qu'il y a entre vous et reprend:

" Cette bague est un catalyseur, celui qui m'aide à contrôler ma puissance arcanique ! Il ne vous sera utile en rien. Argotik l'avait eu grâce à un commerce douteux avec Urgak qui me l'avait dérobé , quelques mois de cela... Cependant, je ne peux toujours l'affronter, il détient un objet qui contre celui-là et dont j'ai besoin. Pour vous aider, je ne peux vous dire que ce que je sais... Cette fois, vous serez seul ..."

Il laisse sa phrase faire effet, puis déglutit et enchaîne d'une voix plus sombre que le marbre noir des carrières de Khonfas :

" Je ne vous demanderais rien, je ne peux vous forcer à me ramener cet objet et ma promesse m'oblige à tenir parole et à vous donner des informations, Orik ! Urgak se terre avec sa bande dans les quartiers riches. Son réseau est assez large, il a des hommes près des tavernes et autour du marché, surveillant les différents trafics dont il est maître. Aucun de ses hommes n'est dangereux, mais attaquer de nuit et de face serait pure folie, ils seront plus de vingt ! Cependant, Urgak est certes très malin mais aussi très faible, physiquement, vous pourriez le battre ! Vous avez deux possibilités, vous intégrez à son groupe pour arriver jusqu'à lui ou vous infiltrez chez lui pour l'assassiner.... Voilà tout ce que je sais !

Sur ce, il se lève en soupirant et va chercher une pipe dans un tiroir. Il l'allume et va la fumer dans l'entre-baillemment de la porte qui donne sur la chambre du défunt. Aucun mot ne semblait plus vouloir de sa bouche...


((( Pense à respectez mes codes couleur pour Naganoor ( [color=#4080BF] ) ! Sinon, tu rp jusqu'à où tu veux ! Tu me Mp quand tu veux une Maj ! Tu me dis aussi jusqu'à où tu veux que t'emmène ce semi-dirigé ! Si tu as un but spécial ou juste vivre une petite aventure :pouceup: )))

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Quatrinette pour les intimes, n'hésitez pas à poser des questions, je suis là pour y répondre ;)
Merci à Itsvara
Et surtout, bon jeu à tous !


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Sam 17 Oct 2009 16:07 
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<< La Grand Rue

Repoussant la porte derrière moi, j'embrasse du regard la pièce dans laquelle je viens d'entrer : c'est un intérieur soigné et judicieusement rangé pour utiliser au mieux l'espace de la petite maison. Sur ma gauche, une lourde tenture d'un vert sombre est clouée à l'une des poutres apparentes qui soutiennent le toit ; je suppose qu'elle doit séparer la chambre à coucher du reste de la pièce. Au centre se trouve une large table en bois massif sur laquelle trône un vase en argile où baigne un bouquet de fleurs sauvages ; le couvert d'étain est déjà mis et je remarque que ce n'est dressé que pour trois personnes. Juste derrière s'élève une cheminée de pierre, dans laquelle le couvercle d'une marmite se soulève de temps à autre sous la pression de ce qui mijote à l'intérieur, et dont les arômes de vin et de poulet viennent chatouiller mes narines. Une femme, d'âge mûr mais à la silhouette encore élégamment svelte, se tient là, debout devant l'âtre et face à nous, découvrant sous de fines lèvres rosées et souriantes une rangée de petites dents blanches. Ouverte d'esprit ou prévenue par l'enfant, elle ne montre aucun signe d'étonnement face à ma physionomie.

"Bonsoir messire Rurik, je suis Alnia. Mon fils n'a eu de cesse de me vanter vos mérites. Je suis heureuse de vous rencontrer enfin."

Sa voix est à l'image de sa peau, douce et chaude, comme semblent l'être ses longs cheveux noirs qui ondulent avec grâce autour de ce visage serein au teint hâlé, où deux iris parfaitement ronds brillent d'un vert presque trop éclatant. Malgré ces différences physiques frappantes, je peux voir dans les traits de la dame ceux du petit blondinet qui se tortille au bout de mon bras.

"Gente dame, je ne mérite sûrement pas les éloges dont m'a gratifié votre jeune Belkas ! Je n'ai fait que bien peu de choses, mais serais ravi de pouvoir en faire plus pour votre famille."

Je ponctue ma phrase d'un salut de la tête et renvoie son sourire à la mère de Belkas. Ce dernier ne m'a pas lâché la main et observe la nouvelle arme qui pend à ma taille.

"- Si vous commenciez par vous installer à notre table, nous serions plus aises pour deviser. Et ôter donc votre manteau.
- Soit."


Serrant fermement ma main sur celle du petit, je le fais soudainement quitter le sol pour aller le poser sur l'une des quatre chaises qui encadrent la table : ses yeux s'arrondissent tout d'abord sous le coup de la surprise avant qu'il n'éclate de son rire communicatif.

"- Je t'avais dit qu'il était fort, hein maman ?"

Alnia se contente de hocher la tête en souriant et s'en retourne à la cuisson de son bouillon, pendant que je pose ma besace à même le sol, disposant par dessus ma cape, mon bouclier et mes armes. Étrangement, lorsque je saisis l'Épée des Glaces, rien ne se passe, ni illusion, ni sensation envoûtante... Est-ce dû à l'ambiance paisible ou aux yeux innocents de Belkas posés sur moi ? Mais décidé à laisser loin de moi les soucis de ma quête, ne serait-ce que pour un soir, je laisse là mes affaires et contourne la table pour m'approcher d'Alnia.

"- Puis-je vous être d'une quelconque utilité concernant le souper ?
- Si vous y tenez, donnez moi donc les écuelles je vous prie."


M'exécutant j'attrape les trois écuelles, qu'a rassemblées Belkas, pour les tendre une à une à sa mère qui, s'aidant d'une large louche en bois, les remplie à ras bord de potage où barbotent des morceaux de pain et de poulet. Reposant le tout sur la table, j'attends qu'Alnia ai rangé sa cuisine et se soit assise pour faire de même.

"- Bon appétit messieurs.
- Merci maman, toi aussi et toi aussi Rurik ! Tu vas voir, le poulet au vin et au verjus de maman, il est très bon !
- Merci à tous les deux, régalons-nous alors Belkas !"


Et sans plus attendre, voyant que Alnia a commencé, je plonge ma cuillère dans la soupe inconnue, me demandant ce qu'est le verjus. Les saveurs du plat sont multiples et pour la plupart méconnues de mon palais qui se délecte, comme chaque fois, de ces nouveaux horizons culinaires.

"- Dame Alnia, ce n'est pas là un frugal bouillon, puis-je vous demander ce que vous y avez mis ? 
- Oh rien de bien nouveau, c'est une recette de ma mère : du bouillon de bœuf, avec du poulet et du pain, comme vous l'avez sans doute vu.
- Dit-elle en souriant. Les petites touches qui doivent vous étonner, ce sont les épices : cannelle, gingembre et maniguette.
- Qu'en est-il du vin et du verjus ? Je ne connais pas non plus ce dernier.
- Le vin, comme dans presque tout bouillon, mais à petite dose dans celui-ci.
– Souligne-t-elle en jetant un regard rieur à Belkas qui a toujours le nez plongé dans son assiette. Le verjus, c'est du jus de raisin vert. 
- Et bien, je ne connais pas la moitié des ingrédients, mais quoi qu'il en soit, c'est succulent !
- Je vous en prie."


Le fond des écuelles est bien vite terminé, au désarroi de Belkas à qui sa mère demande d'aller se coucher.

"- Oh maman s'il te plait, Rurik est là, je peux rester un peu ?
- Je suppose que tu pourra le voir demain."


Les quatre yeux de la petite famille kendrâne se posent sur moi, interrogatifs.

"- Hélas non, je pars demain à l'aube.
- Maman ! ?
- Oui mon fils, reste alors un peu avec nous... Et aide moi à débarrasser."


Le petit s'exécute, tout heureux de pouvoir veiller tard avec les grandes personnes ; je ne reste pas les bras ballants et leur apporte également mon aide pour ranger et nettoyer, poursuivant la conversation.

"- Pourquoi tu dois partir Rurik ?
- Je dois me rendre aux Duchés des Montagnes bonhomme, et il va me falloir quatre jours de marche. Alors plus tôt je pars...
- Pourquoi tu vas aux Duchés ?
- Belkas ! Ce n'est pas très poli de questionner ainsi les gens !
- Le reprend sa mère.
- Je vous en prie Alnia, laissez-faire ! - Dis-je avec un sourire. Vous m'accueillez, c'est la moindre des choses que vous en sachiez un peu plus sur moi. - Puis me tournant vers Belkas. Je t'ai dis d'où je venais, tu te souviens ?
- Oui, des montagnes de Nosvéris.
- Et bien, vois-tu, là-bas sur mon continent une guerre ne cesse de s'étendre... Alors au lieu de rester à ne rien faire, j'ai voulu essayer de trouver une solution... C'est pour cela que je voyage...
- Ta nouvelle épée, c'est pour ça ?
- demande Belkas après un silence.
- Oui, c'est peut-être un petit morceau de solution."

Malgré son jeune âge, le gamin m'étonne par sa sagacité, Alnia peut se vanter d'avoir un fils intelligent et fort sage : nous avons fini de ranger et de lui-même le petit embrasse sa mère pour lui souhaiter une bonne nuit, et prenant de nouveau ma main, m'entraîne vers la chambre.

"Viens Rurik, tu peux me raconter une histoire de chez toi ?"

Je le suis, notant qu'il n'a pas approfondi le sujet sur la guerre, a-t-il compris que c'est un terrain délicat pour moi ou l'a-t-il déjà oublié ? Je n'ai pas le temps d'y réfléchir, pensant déjà aux contes que les miens se narrent autour du feu, tandis que Belkas écarte la draperie verte, révélant un châlit en bois où s'entassent plusieurs étoffes de lin et de laine.

(Décidément, ils ne manquent pas de confort !)

Retirant ses bottines et ses chausses, Belkas se glisse en tunique sous les couvertures, et m'indique le bord du lit où je viens m'assoir.

"- Je connais une histoire qui est arrivée aux cultivateurs d'un village de Nosvéris. Veux-tu l'entendre ?
- Oui, oui !
- Les habitants n'avaient jamais connu de début d'année aussi froid, et bien qu'ils craignaient pour leurs récoltes, il leur fallu tout de même semer. Chacun se mit au travail, ne voulant pas perdre espoir, même devant la terre sèche et craquelée. Durant le labour, l'un d'eux se mit à pester et à maudire les dieux qui, disait-il, n'avaient pas le droit de s'acharner ainsi sur eux. Ils allaient se tuer à la tâche pour rien, par la faute des dieux, les graines allaient tout bonnement geler et ils devraient vivre sur leurs maigres réserves de l'année précédente. Ses voisins ne dirent rien, bien que comprenant en un sens son désespoir, ils ne trouvaient pas que braver ainsi les dieux était une solution.
Le temps passa, et contre toute attente, les champs produisirent en quantité, malgré le froid. Excepté l'un d'eux : l'homme qui n'avait cessé de rager durant la période des semis vit bien sur ses terres des plants pousser, cependant ils étaient tous chétifs et ratatinés, ne pouvant être consommés. Mais par la grâce des dieux, ses voisins firent des récoltes supérieures aux autres années et purent subvenir à ses besoins, passant outre le fait qu'il avait offensé les dieux. L'homme demanda pardon et depuis ce jour les récoltes de ce village ont toujours été bonnes.
Vois-tu Belkas, il ne faut jamais perdre espoir, car rien n'est immuable et un jour ou l'autre nous finissons toujours pas être récompensés de nos efforts."


Je me tais, peu sûr de mes talents de conteur, mais mon histoire semble avoir plu à Belkas.

"Merci Rurik, c'est une bonne histoire...
- Il baille. Je crois que je vais m'end..."

Ses yeux se ferment et sa respiration se fait régulière : souriant je remonte les couvertures jusque sous son menton avant de quitter la chambre. Alnia est restée assise à table, écoutant également mon histoire, tout en sirotant une tasse emplie d'un liquide fort odorant.

"- Il s'est endormi.
- Merci Rurik, je suis sûr que cela lui a fait extrêmement plaisir que vous le bordiez ainsi."


Je souris et m'installe à table, ne sachant trop quoi dire, bien que bon nombre de questions virevoltent dans ma tête. Alnia reprend la parole, indiquant son gobelet.

"- J'ai fait infuser du thym, vous en voulez ? Avec le temps qui se rafraîchit, ce ne peut être que bon.
- Avec plaisir."


Alnia se lève pour me remplir une timbale qu'elle pose devant moi, puis se rassoit.

"- Pardonnez ma curiosité Alnia, mais vous vivez seuls ici, vous et Belkas ?
- Oui, depuis que... Que son père est mort... C'était un gradé de la Milice de notre ville et... Il était de service le jour où celle-ci a été attaqué de l'intérieur... Personne n'a rien compris, des orques sont sortis de nul part et une bataille rangée s'est engagée avant que leurs... Leurs mages ont détruit le bâtiment. C'était affreux, toute la ville a entendu cette explosion, il ne restait presque rien... Tout était...
- Voyant ses beaux yeux verts s'emplir de larmes, je ne peux m'empêcher de l'interrompre, posant ma main sur la sienne.
- Alnia, je... Je suis désolé. Je suis un idiot de vous rappeler de si mauvais souvenir..."

Ses doigts se sont refermés sur les miens et malgré les deux sillons que tracent les larmes qui coulent maintenant sur ses joues, elle sourit.

"- Ne vous en voulez pas Rurik, chacun à son lot de malheur. Mayako était un homme admirable, et voyez, même après sa disparition, nous restons à l'abri du besoin. Le Roi en a fait ainsi, alors nous ne sommes pas à plaindre... Il me manque bien sûr, mais j'ai notre fils à élever. Il lui ressemble tant et me donne la force d'avancer chaque jour...
- Oui, Belkas est un garçon formidable, bien que je ne le connaisse qu'à peine !
- Il s'est si vite attaché à vous, vous allez lui manquer...
- Mais je ne manquerai pas de revenir vous voir... Lorsque je repasserai par Kendra-Kâr."


Un silence amical s'ensuit ; malgré la chaleur de cet instant, je sais au fond de moi qu'il est loin d'être sûr que je revoie Kendra-Kâr, mais comme je l'ai dit à Belkas, il ne faut pas perdre espoir, et celui-ci ne cesse de brûler en moi.

"- Je vous ai installé une paillasse près de la cheminée, je suis désolée de n'avoir rien de mieux à vous offrir.
- C'est déjà parfait Alnia ! Un toit, un feu et un matelas, que puis-je demander de plus !"


Nos tasses sont vides et la nuit est bien avancée, je sais qu'il faut que je me repose avant la route qui m'attend demain, mais j'aimerai pouvoir prolonger ce moment de calme et de sérénité. C'est Alnia qui prend l'initiative de se lever, et posant sa main sur mon épaule me souhaite une bonne nuit, le visage de nouveau paisible. Je la regarde rejoindre le lit où dort déjà son fils et tirer la tenture avec un petit geste de la main dans ma direction. C'est heureux que je repousse la chaise sur laquelle j'étais assis et m'en vais m'allonger sur ma confortable couche, m'endormant pour une fois sans devoir tourner en rond, les péripéties du temple semblent si loin.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Lun 19 Oct 2009 12:26 
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En ouvrant les yeux, il me faut quelques secondes pour me souvenir des évènements d'hier : le retour sur Kendra-Kâr, le temple, l'Épée, Belkas et Alnia... Cette dernière s'active d'ailleurs déjà dans la cuisine, alors que dehors le soleil n'éclaire pas encore les rues de la cité. M'asseyant sur la paillasse, je sens que les blessures infligées par l'ancien propriétaire de l'Épée des Glaces ne sont plus qu'un mauvais souvenir : les soins du prêtre y sont pour beaucoup et le repos réparateur dont j'émerge semble avoir achevé ma guérison. Mes doigts courent le long de l'entaille de mon front, ne pouvant croire que, grâce à la magie, ce qui aurait du mettre des lunes à cicatriser est déjà devenu une simple marque.

"Bonjour Alnia, vous êtes matinale !"

Dis-je dans un murmure, me doutant que Belkas dort encore. Elle se tourne vers moi, légèrement surprise de me voir aussi réveillé.

"Bonjour Rurik, je voulais vous emballer quelques provisions pour la route."

Sautant sur mes pieds, je m'étire tout en m'approchant de la femme penchée sur son plan de travail, pour la voir envelopper, à l'aide de torchons propres, du pain, diverses fruits et même des pommes de terres.

"- Il ne fallait pas Alnia ! Comment vais-je pouvoir vous remercier ? !
- En revenant nous voir à votre retour des Duchés ?"


Répond-elle dans un sourire. Je ne dis rien, car nous savons tous deux que je ne sais pas où me mènera ma quête. Bien que nous n'en n'ayons guère parlé la veille au soir, Alnia a compris que j'allais vers l'inconnu.

"Il y a du pain, du fromage et des œufs sur la table. Prenez le temps de vous restaurez avant de partir."

Je lui souris pour la remercier et m'attable rapidement, la laissant à ses préparations. Je déjeune en silence, savourant cette tranquillité matinale au sein d'une maison chaleureuse. Alnia dépose son paquetage près de mes affaires et disparaît dans la chambre, alors que je finis de manger. Je suis en train d'arranger ma besace lorsque je vois un Belkas tout endormi venir vers moi.

"- Tu t'en vas déjà Rurik ?
- Oui bonhomme, mais reste donc au lit, il fait froid... Nous nous reverrons un autre jour."


Mes pensées ne sont pas aussi sûres que ma voix, mais comment faire autrement devant ce petit bout d'homme qui m'entoure de ses bras et plonge son visage dans mon cou. Je le sers contre moi et le soulève en me relevant. Son corps, encore chaud de sommeil, se laisse aller tandis que je le ramène à son lit, où Alnia écarte les couvertures. De nouveau allongé, il entrouvre les yeux et me sourit brièvement avant de se rendormir. Avec un pincement au cœur je caresse ses cheveux blonds, puis m'en retourne à mes affaires, m'habillant avec hâte. Comme disaient les Anciens, "Prolonger des adieux ne vaut jamais grand chose ; ce n'est pas la présence que l'on prolonge, mais le départ."

Armé et couvert, je m'approche d'Alnia, qui comme à mon arrivée, se tient droite devant la cheminée. Je lui tends une main qu'elle s'empresse de serrer, souriante comme toujours.

"- Merci pour tout Alnia, j'espère pouvoir vous rendre un jour au centuple ce que vous avez fait pour moi.
- Vous nous avez déjà apporté plus que vous ne le pensez Rurik. C'était une soirée des plus agréables..."


Je lui rends son sourire et, sans plus m'attarder, reviens vers la porte que j'ouvre sur le froid qui court dans les rues à demi-éveillées de Kendra-Kâr. Avec un dernier signe de la main, je quitte cette chaude maison pour m'enfoncer dans la Grand-Rue, refermant soigneusement derrière moi la porte de bois.

>> La Grand-Rue

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Lun 19 Oct 2009 18:31 
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<< Les rues de Kendra Kar

" [:attention:] Certaines scènes de ce rp sont à forte connotation sexuelle/violente/gore, aussi est-il recommandé aux lecteurs sensibles d'y réfléchir à deux fois avant d'en entamer la lecture."


[:attention:] A l’entrée de la ruelle du pré fleuri. [:attention:]

Lors que le jour atteignait son zénith aux alentours du midi, Margilla et Blast arrivaient en vue de la Place des Soupirs. Cette place faisait l’angle du faubourg des Mille Regards et de la Ruelle du pré fleuri. Il y avait là la « chaumière » du jeune couple. En fait de chaumière, il s’agissait plutôt d’un bâtiment en bois massif noirci à l’enduit, au fenêtres ornées de ferronneries posé sur une lourde base de pierre taillée qui accueillait une échoppe ayant pignon sur rue. La bâtisse faisait apparemment trois étages bien distincts. Au rez-de-chaussée, l’échoppe en question était la menuiserie de Borrick. Il y fabriquait toutes les pièces de base nécessaires au chantier naval de Kendra Kâr, comme la plupart des menuisiers de la ville, mais sa spécialité était les meubles. Au premier étage était les pièces à vivre. La salle à manger, la cuisine, la salle de séjour et une petite bibliothèque. Au dernier étage, il y avait les chambres et la salle d’eau.

Lorsqu’ils arrivèrent, il y avait devant la menuiserie des tréteaux posés dans l’avant cour, Une large poutre appuyée dessus et Borrick rabotant le morceau de chêne brut, torse nus avec un simple tablier de cuir. Ses cheveux bouclés bruns tirant sur le roux étaient retenus par une lanière de cuir qui lui entourait le haut du crâne. Maintenant qu’il n’était plus endimanché, on remarquait que le dénommé Borrick était de bonne carrure. Il possédait des muscles volumineux et parfaitement dessinés qui roulaient sous sa peau à chaque mouvement de rabot. Avec lui, deux apprentis qui effectuaient le même travail. Blast et Margilla entrèrent dans la cour et la jeune femme s’approcha de son mari. Il fit un mouvement de bras vers elle pour la serrer dans ses bras. Il avait un large sourire amoureux qu’elle lui rendit sur l’instant. Elle éclata de rire quand les pattes d’ours de Borrick l’attrapèrent par la taille et la tirèrent dans leur étreinte sans retenue. Elle posa sur les épaules du menuisier ses deux mains en riant de plus belle :

- Borrick ! Non ! Haha, tu es dégoûtant ! Tu colles !
- C’est la rançon du travail au grand air, donzelle ! Le maître des lieux réclame son tribut !
Il la souleva en l’air avec un rire qui ébranla les fondations de la maison.
- Ce que tu es bête ! Lui lança-t-elle avec un large sourire quand il la reposa sur le sol, après qu’elle l’ait gratifié d’un baiser sur les lèvres. Tu te souviens du prêtre que j’ai aidé l’autre jour ?
- Oh ton mystérieux pasteur ? Eh bien quoi il t’est apparu en rêve te disant que tu allais me donner de beaux garçons ?

Blast eut un sourire, manifestement, Borrick ne l’avait pas remarqué. Il s’approcha à travers les débris de bois et les copeaux, il tendit la main à Borrick lorsque celui-ci le regarda avec un regard interrogateur, sûrement le prenait-il pour un client. Mais Blast décida de mettre les choses au clair pour éviter toute situation inconfortable.

- Je ne suis ni prêtre ni pasteur, et je ne peux apparaître dans les rêves des gens. Mais je suis persuadé que vous aurez de beaux enfants cela dit. Je me nomme Blast. Je suis Apostat au temple de Meno. Borrick rougit jusqu’aux oreilles et Margilla étouffa un rire moqueur. Le regard qu’il lui lança contenait toutes les menaces possibles agrémentées d’une irrésistible tendresse pour ce démon femelle.
- Pardonnez moi, Apostat. Ma femme est plutôt taquine et…
- Et pleine de vie et d’insouciance. J’avais saisit ce trait de caractère.

Borrick arborait un sourire approbateur et, s’excusant, se remit rapidement au travail. Margilla serra une fois de plus la main de Blast et rentra dans la bâtisse pour y déposer ses courses. L’Apostat se retourna et sortit par la porte dans la clôture qui donnait sur la ruelle du pré fleuri. Cet endroit était plutôt calme. Il s’agissait d’une impasse, au fond de cette impasse, une grande porte cochère, faisant face à la façade intérieur de la maison de Borrick et Margilla, était flanquée de grand pot de terre cuite dans lesquels poussaient deux arbrisseaux verts à fruits rouges et jaunes. Des plantes dévalaient les murs de briques depuis le balcon et les fenêtres et derrière le mur qui fermait la ruelle, on voyait le ciel bleu strié de petits nuages et d’un vol d’oiseaux. Blast s’approcha de la porte. Cet endroit était du genre bien pompeux. Borrick avait entreposé devant la porte, contre son mur, des planches et des barils. Blast y jeta un petit regard et se tourna vers la porte. Il leva le poing et frappa contre le bois. Les coups résonnèrent dans l’enceinte de la maison et la porte entrouverte grinça sur ses gonds.

Cette porte était censée être fermée, Blast en était sûr. Il entra la tête dans le bâtiment. Il n’y avait personne. Pas âme qui vive. Il entra un pied et se glissa dans la maison. Il arriva dans un grand hall sombre. Il y avait trois commodes, des miroirs, un tapis rouge et noir, des chandeliers et des chandelles éteintes. Devant lui, un escalier montait à l’étage en partant du mur du droite et en longeant le mur face à Blast. En haut, sur sa gauche, il y avait une avancée et l’entrée aux chambres certainement. Sur sa gauche et devant lui, eux ouvertures donnaient sur des couloirs. Il se dit qu’il serait bien vu de faire un tour et d’inspecter pièce par pièce. Mais alors qu’il poussait les rideaux lourds de velours rouge, il entendit à l’étage un fracas de verre cassé et de chute d’objet. Il se glissa calmement dans les escaliers, pour ne pas faire grincer le bois. Il grimpa rapidement mais avec souplesse pour rester le plus silencieux possible. Il porta la main à sa garde et passa la tête dans le couloir du haut. Il y avait au bout une baie vitrée qui donnait sur la rue principale et un long tapis rouge et beige couvrait les sols. Une porte laissait filtrer un rayon de lumière acidulée qui trahissait la présence dans une des pièces d’âmes qui vivent. Blast s’approcha doucement et posa la main sur la poignée. Il poussa calmement la porte et eut un haut le cœur.

La pièce était un office. Une pièce où le magistrat recevait ses mandataires ou autres. Meno était représenté partout sous ses formes d’avatars ou sous sa forme de dieu. En statue ou en peinture. Mais sur le fauteuil, Sylbus était assis les mains sur la table. Les mains bleues et veineuses, crispées sur des paperasses qu’elles froissaient, certains des ongles avaient été retournés sous la violence du coup, lorsque ses mains s’étaient serrées. Devant lui, il y avait posé sur les papiers du bureau, comme une figure comique, les yeux écarquillés, la propre tête du magistrat. Elle avait été coupée, les yeux s’étaient révulsés et la langue en pendait comme celle d’un veau étouffé. Le sang coulait depuis le crâne sur les papiers, les collants les uns aux autres. Du cou, des gerbes de sang étaient encore entrain d’être projetées mais pas suffisamment fort pour trahir une mort récente. Il était mort depuis un bon quart d’heure. Blast se retourna et rendit son petit déjeuner sur le tapis du couloir. Il pleurait, choqué par la vue de ce corps décapité dont la tête admirait les formes crevées. Il essaya de se reprendre, suffoqua un instant, sanglota, repris son souffle et se redressa. Il avança avec calme et en luttant de toutes ses forces pour ne pas ficher le camp le plus vite possible. C’est alors qu’il la vit.

Fichée dans le crâne par le haut, une dague aux signes de Thimoros fixait la tête sur le bureau. Etrangement, à cet instant, ce ne fut plus du dégoût. Mais une immense colère qui oblitéra toutes pensées en lui. Il s’approcha de la tête, posa sa main sur le crâne déjà froid et de sa paume droite, il tira sur la garde de la dague. Dans un bruit atroce de glissements humides et d’os qui cassent, la dague se dégagea. Blast la regardait en fulminant, un rideau de larmes couvrant sa rage et sa haine. Dans la bouche, il trouva vit que dépassait une cordelette. Une médaille y était attachée, lorsqu’il la sortit de l’orifice béant, il remarqua un emblème de Meno un peu modifié. La flamme était ornée de deux ailes. Il la glissa dans sa poche et songea que les mystères de la mort de l’Archiprêtre et du Magistrat étaient liés. Il se retourna et sortit de la pièce. Il était dans le couloir et remontait en chancelant le long du tapis. C’est alors qu’un sacré boucan le fit tourner la tête en arrière. Quatres ombres noires filaient vers lui à une vitesse hallucinante. Blast sortit son arme, le serpent d’acier siffla hors de son fourreau.

Les quatre ombres se précipitaient vers lui. Il y en avait deux vraiment gigantesques et deux un peu plus frêles. Les deux premières, Blast en était certains, venaient pour le mettre à mort. Elles avaient accéléré laissant les autres un peu en arrière. Mais au moment de l’impact, les deux hommes avaient bondit, étaient passé par-dessus l’Apostat qui s’était accroupit pour esquiver un coup. Les deux silhouettes passèrent au dessus de la rambarde de l’escalier et atterrirent dans le hall. Ni une ni deux, elles avaient disparu par la porte ouverte. Blast compris que leur but était de disparaître. Il n’en était pas question. Il se redressa. Planta son sabre dans le bois, et saisit la dague de Thimoros à sa ceinture. Les deux silhouettes s’élancèrent sur lui à toute allure. Il fit tournoyer la dague pour la saisir par la lame. Et d’un coup sec, en accompagnant le mouvement avec son corps et son épaule, il lança le trait vers ses adversaires. La lame se planta dans la cuisse d’un des deux sprinters. Le craquement d’un os se fit entendre et dans un cri, il bascula cul par-dessus tête en se tenant la cuisse. Le second fit l’erreur de regarder en arrière pour vérifier si son comparse allait bien. Blast en profita pour récupérer son sabre et s’interposa dans le chemin du fuyard. Il fit un tour sur lui-même et dans le mouvement, se pencha sur le côté afin d’adopter une ellipse qui positionnerait sa lame dans la diagonale du buste du coureur. Il donna une impulsion et tournoya sur lui-même. Le coup s’écrasa lourdement sur le gantelet de métal de l’ombre qui, dans un mouvement de réflexe avait réussit à parer le coup de l’Apostat. Il fit trois pas en arrière et tira une dague semblable à celle qui était plantée dans la cuisse de son complice. Il bondit sur Blast avec la précision d’un jeune chien fou aveuglé par la peur. Le coup fut facile à éviter et la paume de l’Apostat se plaqua sur la poitrine du jeune idiot en résonnant dans sa cage thoracique. Il toussa et cracha un peu de sang. L’impact fut brutal. Lui et Blast s’engagèrent dans un enchaînement de coup de lame, la plupart parés ou évité et pour ceux qui avaient une chance de tailler la chaire, il s’échouaient sur une pièce métal d’un côté ou de l’autre.

Ce fut Blast qui, arrivé près de la baie vitrée, agrippa le pourpoint de cuir de l’enfant rebelle et dans une vrille sur la gauche ponctuée d’un croche patte, il le fit basculer à travers le verre, deux étages plus bas. Sa chute, dure et sans pitié se termina sur les cervicales dans un craquement lugubre. Blast s’approcha, regarda les badauds et remonta la capuche de sa robe d’un rouge profond. Il se retourna et remonta lentement le couloir. Il fit tournoyer sa lame pour en retirer les quelques gouttes de sang qui s’y étaient échouées et la rengaina d’un geste sec et précis. Il remonta la petite allée et lorsqu’il arriva à l’endroit où le second devait se trouver, il était parti. Il remontait en boitant le couloir. Il poussait des gémissements et il grognait. Blast secoua la tête d’un geste désinvolte et pressa le pas. Arrivé à la hauteur du mec, il passa devant lui en glissant une épaule. Manifestement, l’autre fut surpris. Et d’un coup sec, il enfonça son talon dans le manche de la dague la décalant de quelques pouces sur la gauche. Le bruit sec et fort qui suivit fit comprendre à Blast qu’il venait de faire sauter le fémur de l’ombre dans sa hauteur. Une belle fente, apparemment puisque le mec s’écroula sans connaissance au pieds de l’Apostat.

L'ombre avait succombé, il était pourtant sûr de son coup. Il avait quinze ans et c'était sa première mission. Sûrement, il ne s'attendait pas à se faire démonter. Lorsqu’il rouvrit les yeux, il ne savait pas où il se trouvait. La pièce était vide et froide. De pierre brute. Il était attaché sur une chaise, un lourd bandage et des atèles sur la cuisse et dans cette pièce sombre, derrière lui, il entendait un homme respirer calmement.

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Dernière édition par Blast Lancaster le Sam 24 Oct 2009 02:58, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Jeu 22 Oct 2009 19:33 
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" [:attention:] Certaines scènes de ce rp sont à forte connotation sexuelle/violente/gore, aussi est-il recommandé aux lecteurs sensibles d'y réfléchir à deux fois avant d'en entamer la lecture."

Le feu qui s’éteint ne laisse que des cendres.

Une fois le fuyard mit hors d’état de nuire, Blast agrippa le corps de l’évanoui et le jeta en travers de ses épaules pour ressortir de la maison du magistrat emplit de tristesse et de colère. Il s’engagea dans la ruelle et déposa le corps dans les tonneaux et les planches entreposées par Borrick. Il s’engagea vers la rue principale ou la foule entière était penchée vers le corps du l’assassin. Blast s’approcha en prenant soin de contourner la foule et de se décapuchonner. Il se fraya un passage parmi les badauds sur place et s’approcha de l’homme en question. Il se pencha sur lui et avec la main il l’attrapa au niveau de la mâchoire. Il retourna la tête vers lui avec précautions, faisant craquer atrocement les os brisés de sa nuque. Il était jeune. Mais Blast était troublé. La peau du garçon était d’une clarté irréelle au point que l’on discernait le réseau des veines et veinules qui parcourraient son visage au demeurant doux malgré une expression terrorisée. Blast remarqua aussi que ses yeux étaient d’un bleu presque coupant. Les iris étaient bleus et si clairs qu’ils semblaient transparents. Il n’avaient pas de pupille et étaient marbrés de veines bleues dans la cornée.

Blast en sembla troublé. Ce n’était pas naturel. Pas pour un homme normal. Etrange. Il se releva, laissant ses doigts glisser les uns sur les autres. Il se tourna vers la foule et aperçu un gosse au premier rang. Il articula calmement.

- Ce spectacle n’est pas pour les enfants. Tu ferais mieux de filer et de prévenir les gardes du coin. Ce cadavre ne devrait pas rester dans la rue devant tout le monde. C’est pas sain. Allez, dépêche….

Il n’eut pas le temps de finir sa phrase que le gamin fila en courant. Au début Blast se dit qu’il avait enfin réussi à avoir de l’impact sur un gosse, mais il remarqua que la foule recula et qu’elle le fixait comme s’il était un fantôme. En fait de fantôme, Blast n’était pas visé en droite ligne. Il remarqua le regard de la foule s’abattre sur lui avec un effroi qui frisait la panique et aussi avec la demande de secours que l’on peu adresser à un protecteur de la lumière. Blast fronça les sourcils et se retourna avec circonspection. Il se trouva nez à nez avec un regard froid et bleu d’acier. L’homme était à nouveau debout. Il se redressait du sol. Il remontait lentement. Blast était tétanisé par la peur et l’incompréhension. Arrivé presque à la hauteur de l’Apostat, il tordit la tête vers son épaule gauche et fit violemment craquer ses os brisés. Il fit de même dans l’autre sens et à nouveau sa tête et sa nuque étaient comme neuves. Il remonta les bras d’un coup sec vers l’arrière et fit craquer l’ensemble de sa colonne vertébrale et de ses côtes brisées dans la chute. Puis il se fendit d’un sourire en coin, vicieux et mauvais. Sa peau retrouva rapidement un peu d’opacité et il rabattit sur sa tête son noir capuchon. Blast avait porté la main à son arme de manière réflexe.

Le mort pas si mort que ça jeta sur la foule un regard de provocation. Il eut un léger rire et soudain, il ouvrit les bras en grand, tendant ses mains crochues vers la foule bigarrée et poussa de grands cris rauques. Les badauds paniqués, hirsutes, se mirent à fuir dans tous les sens comme un troupeau de bufflons sauvages à qui les fouets de la mort claquaient aux oreilles et les dards de la douleurs aiguillonnaient les flancs. Blast eut un coup de sang. Il vit les gens s’enfuir de gauche et de droite, les plus petits se faire piétiner et le mort pas si mort que ça se plier en arrière et se fendre d‘un rire caverneux. Il fila, profitant de la panique vers le centre ville, Blast se lança à sa poursuite, mais à peine au bout de quelques mètres, il en perdit complètement la trace. Il le chercha dans la foule, mais rien. Il rengaina son arme, dépité, et se tourna vers la ruelle. Dans son champ de vision, il vit Borrick debout devant sa menuiserie regardant les fous furieux qui s’agitent dans la rue. Il s’approcha de lui et s’appuya sur la balustrade dans le flot ininterrompu des paniqués. Il toussota puis s’adressa au menuisier.

- Borrick, je sais que j’ai déjà abusé de votre gentillesse à toi et à Margilla. Mais j’aurai besoin d’aide et je ne sais pas à qui m’adresser.
- Ah… Apostat, je vous en dois une je crois. Après tout vous avez sauvé mon mariage, Margilla m’aurait assassiné si j’avais levé la main sur son vieux cagneux de père.

- Bon. Ecoutez, j’ai… eu un petit accrochage avec des voyous dans la maison de Sylbus, votre voisin.
- Le vieux clinquant ? Il est timbré !
- Oui… et surtout il est mort.
- PARDON ?
- J’ai attrapé un de ses assassins, mais comme il appartient au culte de Thimoros, étrangement, je crains qu’il ne soit pas inquiété par la garde.
- Que puis-je faire ?
- Je voudrai savoir si tu avais un réduit, une petite pièce inutilisée où je pourrais lui poser des questions ?

Borrick parut gêné et n’eut pas de suite la volonté de s’opposer à la garde et à la morale. Mais le regard de marbre de l’Apostat lui fit comprendre qu’il se passait quelque chose de grave et de dangereux que lui, menuisier à Kendra-Kâr ne pouvait comprendre. Il acquiesça et se rendit dans la maison. Il alla ouvrir la porte dans la ruelle du pré fleuri. Blast traînait derrière lui le malheureux endormi. Il entra dans le réduit. Borrick avait disposé une chaise. Blast récupéra dans l’atelier de quoi sécuriser la cuisse de l’assommé. Il serra les bandages et ficela l’homme sur sa chaise comme un saucisson sur l’étal d’un boucher. Il se posa dos contre le mur du fond et attendit.

Lorsque le gars ouvrit les yeux et qu’il regarda dans tous les sens pour essayer de deviner sa situation et là où il se trouvait. Blast s’élança calmement en avant, s’arrêta à la verticale une seconde et il posa un pied sur le sol. Il laissa claquer sa botte.

- QUI EST LA !

Il avança encore, marquant des petits tournants et des hésitations dans son déplacement.

- QUI ETES VOUS !
- La marche inexorable de ton destin et si tu ne peux pas mourir, la voie de la torture.
- La … LA TORTURE !
- Celle qu’a souffert Sylbus et celle qui a eut le pas sur l’Archiprêtre.


Blast posa la main sur l’épaule du garçon. Il tremblait comme une feuille et dans un souffle il laissait transparaître des sanglots de panique. L’Apostat était exaspéré, et jamais il n’avait l’intention de tuer cet homme. Mais pour la première fois devant de la vraie, de la pure détresse. Il n’éprouva aucun sentiment de compassion ou de pitié. Il sentait même un peu de colère bouillir dans son estomac. Il décida d’y céder, mais avec modération tout de même. Tendant la main, il agrippa le veston de l’assaillant et retourna la chaise avec un coup sec. Il lui faisait face à présent. Ce qu’il avait sous les yeux était un gamin. Un gosse de quinze ans maximum. Blast savait que le gosse était à deux doigts de pisser dans ses culottes et il décida d’en jouer. Il se pencha sur lui et l’empoigna à pleines mains par le pourpoint. Il le secoua comme un prunier et cracha entre ses dents.

- Pourquoi avez-vous tué Sylbus de Golmerie !
- Je… je …je
- JE JE JE QUOI ? ON VOUS APPREND PAS A PARLER DANS VOTRE TEMPLE ?
- SI ! SI !!! JE … JE ne sais pas pourquoi ! Je … JE
- ALLEZ VAS-Y CRACHE !
- C’était une mission comme un autre, on nous avait ordonné de ramener un socle c’est tout !
- UN SOCLE ? QUEL SOCLE ?
- Le socle que le magistrat entreposait dans son officine ! Un socle doré aux icônes de Meno ! Il manquait au grand prêtre Azdreval pour accomplir sa destiné !
- QUELLE DESTINEE !
- JE SAIS PAS !!
- TU VAS ME REPONDRE BON SANG ! QUELLE DESTINEE
- MAIS JE SAIS PAS !


L’Apostat se redressa et croisa les bras. Il avait l’air satisfait et pourtant il portait sur lui une sorte de tristesse. Une tristesse parce qu’il avait dû traumatiser un gamin. Il l’avait secoué, encore et encore, il l’avait fixé avec une telle violence dans le blanc des yeux, le gosse pleurait. Il pleurait à chaudes larmes. Blast se redressa donc, les bras croisés. Il prit une grande inspiration et lâcha avec calme et circonspection.

- Tu sais que je ne peux pas te laisser sortir d’ici conscient. Tu dénoncerais et tu finirais par venir massacrer les gens qui vivent ici. Avec votre ordre contre nature. Aussi…

Sa phrase se ponctua par un violent coup de pied droit dans la mâchoire du gamin l’envoyant aussi sec dans les vapes. Blast le délia et le traîna hors de la maison des menuisiers. Borrick et Margilla le regardèrent passer comme si ils voyaient un fantôme. Il leur adressa remerciements et au revoir et leur souhaita la félicité dans les prochaines années de leurs vies.

L’apostat sortit de la maison et se rendit dans une ruelle adjacente de la place publique. Il faisait nuit noire, déjà. Il se glissa parmi les ombres et arrivé au fond de la ruelle la plus sombre qu’il trouva, il déposa le gamin, faisant attention de laisser sa jambe dans une position qui lui assurait la sécurité. Ensuite, se relevant, il repartit pour le temple de Meno, le ventre serré de colère et de questions. Il fila vers sa maison, il avait des dispositions à prendre.

Temple de Meno>>

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 23 Déc 2009 03:31 
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Suite du Semi-dirigé de Gm4

Orik observa un moment Nagaanor. Voila pourquoi il avait fait cela. Voila pourquoi, Argotik le marchand était mort. Il aurait voulut se mettre en colère. Mais il ne savait pas pourquoi. Parce que mourir pour cela ne valait pas la peine? Le nain n'en savait que trop rien... Orik se leva de sa chaise. Une douleur le lança dans la jambe droite, au niveau de la cuisse. L'elfe se retourna quand il entendit le grognement de douleur. Orik regarda la plaie à travers le pantalon déchiré, il avait totalement oublié sa blessure ces dernières heures. Que valait une entaille face à la mort? Rien. Mais la douleur le lançait, et malgré le sang qui avait séché, quelques gouttes perlaient encore.
Nagaanor qui s'était avançé pour examiner la plaie s'exclama a voix basse, comme si il ne fallait pas reveiller un quelconque dormeur...

-Il ne faut pas laisser cela ouvert plus longtemps. Je vais m'occuper de recoudre cela.

Dans une bouffée de fumée il tourna les talons et se dirigea vers la chambre du mort. Il revint une minute après avec ce qu'il falait, posa sa pipe sur la table en bois, s'agenouilla auprès d'Orik qui releva sa jambière pour laisser l'elfe opérer.

-Je... commença Orik.

Mais il ne savait pas quoi dire. Par ou commencer. Il décida de ne rien dire.
Lorsque Nagaanor eut fini de panser Orik (ce qui lui arracha quelques grimaces au passage), il se releva, fixa le nain comme un medecin face à un patient maladif, soupira et dit:

-Reposez-vous.

Il posa une main sur l'épaule du nain, puis se detourna, s'empara de sa pipe et retourna dans l'entre-baillement.

-Croyez moi mon ami, dit-il dans une nouvelle bouffée de fumée blanche, vos forces ne seront pas de trop...

-Je compte prier Meno dès demain, lacha Orik. Pour m'approprier sa force et son courage...

-Vous en aurez besoin au plus au point.

Il se retourna et retira la pipe de sa bouche. Fixant un point dans le vide, il s'exprima lentement, avec ampleur:

-Urgak est si vil... J'ai eu à l'affronter qu'une seule fois. Vous pouvez le vaincre! S'écria Nagaanor en fixant à présent Orik. Mais tant que vous ne l'aurez pas face a vous, vous ne savez pas ce qui vous attend.

Orik n'avait jamais vu sa cible. On lui avait seulement raconter avec quelle brutalité il avait réduit à l'état de mort son père et nombreux de ses compagnons. Le nain n'avait pas de description physique, mais il était facile d'imaginer un barbare pareil.
Dehors, un chien aboya au loin dans la nuit. Et puis il lui faudrai vaincre non pas un mais deux ennemis. La Langue Noire. Il n'avait aucune intention d'en parler. Une chose à la fois, mais il savait qu'il serait au plus vite rattrapé par la réalité...

-Reposez-vous cette nuit, repris Nagaanor. Je ne puis vous gardez içi, mais vous trouverez facilement une auberge à cette heure-çi.

Orik se leva sur ces dernieres paroles. Il s'empara de sa hache qu'il rengaina sur son dos avec difficultées. Sa jambe lui fesait mal.

-Vous avez raison, Nagaanor.

Il se dirigea vers la porte après avoir lancer un dernier regard à l'elfe. Avant qu'il ait posée sa main sur la poignée de la porte, l'elfe gris s'enquit de dire:

-Orik. Si par chance, il hesita, vous parvenez a me rapporter sa "soeur", dit-il en agitant son auriculaire, vous pourrez me trouvez içi même ou à la Taverne du Paladin.

Orik grogna d'approbation. Il était tellement injuste et tellement vrai que Nagaanor lui donna si peu de chance d'y parvenir. Mais il y parviendrai.

-Meno te garde mon ami, répondit simplement le nain.

-Je suis avec vous Maître nain, puisse Yuia surveiller vos arrières.

Le nain ouvrit la porte. Le vent frais de la nuit carressa sa barbe rousse. L'Auberge de la Tortue Guerrière était le seul endroit qui paraissait sur pour passer la nuit. Il s'engouffra alors dans la nuit, aussi noire que le coeur de Thimoros.

Suite

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Orik guerrier Nain


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Sam 23 Jan 2010 15:38 
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Détermination est mère de succès, je n’avais plus aucun doute là-dessus depuis que Raek m’avait quitté, partant avec sa rousse en direction de la bibliothèque de Kendra-Kar. Je n’aurais jamais dit qu’il était un homme de lecture. Enfin bon, il avait accepté de m’enseigner à la condition que je procure des fluides de foudre, voilà un objectif que je pourrais sans doute atteindre sans trop de difficultés même si l’aventure m’avait mis sur la paille financièrement sans rien m’apporter financièrement. En gros, je n’avais rien et je ne savais pas vraiment où aller.

Quel paradoxe pourtant. Je connaissais cette ville par cœur et j’aurais pu saluer la moitié de ses marchands mais quelque chose en moi avait brisé cette image de pupille de la cité. Je n’avais aucune envie de cette vie mondaine. Retourner dans ma petite demeure étriquée, où je ne pourrais nourrir que des desseins petits et inutiles m’effrayait. J’avais envie de grandeur, d’espoir, de conquête. J’avais envie de me battre pour une vraie cause et non pas pour une petite vie tranquille et peur enrichissante. J’avais pris conscience de l’inutilité d’un apprentissage et d’une vie au temple, il fallait agir pour le monde, il fallait aller, comme ce nécromant, au devant de la vie.

C’est dans cet état d’esprit que je m’étais éloigné du port et que j’avais lentement erré dans les rues tout en restant dans les quartiers des habitations. Je ne pouvais que rentrer chez moi, à contre cœur. J’aurais volontiers esquivé la scène des retrouvailles émouvantes avec une mère inquiète. Mes projets étaient de repartir au plus vite, et je savais déjà que cela ne leur plairait sans doute pas. Enfin bon, il faudrait bien un jour prendre son indépendance.

Je filai donc plus rapidement vers ma petite demeure que je trouvai close. Etonnante surprise, mes parents ne sortaient que très rarement. J’allai donc saluer la voisine qui, j’eu cette impression, eu du mal à me reconnaître et lui demanda ce qui leur était advenu. Elle me répondit aimablement qu’il était parti en campagne voir de la famille, comme il l’avait prévu. C’est vrai qu’il m’avait prévenu, mais cela m’était complètement sorti de l’esprit. Ainsi, j’avais la maison complètement vide pour mon confort.

Un mal pour un bien somme toute. Je me fis prêter la clé de la porte par la voisine et je rentrai chez moi, j’étais exténué par cette aventure. Il me fallait dormir pendant au moins une bonne journée. Du moins, c’est l’impression que j’en avais. Je posai mon sac au bas l’escalier ainsi que ma crosse puis me dirigea vers la cuisine avec l’espoir d’y trouver un petit quelque chose. Ma mère, la bienheureuse, m’avait manifestement gratifié d’un petit casse croûte au cas où je repassais avant eux. Je pris donc mon assiette et m’installa confortablement à la table du salon face aux quelques livres de la maigre bibliothèque. Tout en mangeant, je me perdis dans mes pensées.


(Pour unir tous les combattants de la lumière et du bien sous une seule bannière, comment puis je faire ? Les objectifs seraient simples : venir en aide aux populations, combattre les forces d’Oaxaca… Mais comment faire ? Je n’ai aucune idée par où commencer et une organisation pareille sans avoir de hiérarchie, de règles ou de but final ne pourrait que tourner court… Pour le premier point, ce pourrait être assez simple. Je verrais bien deux chefs mondiaux, un diplomate et un guerrier, dirigeant un capitaine de continent qui lui mènerait des lieutenants de régions qui eux même dirigeraient des hommes sur places… Pas trop d’intermédiaires seraient peut-être préférable. Si je voyais moins grand, on pourrait éliminer les capitaines de continents et les lieutenants viendrait rendre compte du diplomate. Le chef guerrier resterait dans l’ombre sauf lors des opérations ouvertes et garderait ainsi une mysticité et une apparente souveraineté sur son action… Je me verrais parfaitement à l’aise dans un rôle de diplomate… Mais faut –il encore un chef guerrier à mes côtés. Darek aurait été parfait…

… Enfin bon, passons. Si j’ai bonne mémoire, il y a ce qu’on appelle les enfants de Gaïa qui pourrait avoir un rôle dans cette organisation, mais il faudrait que je me renseigne sur leurs rôles et sur ce qu’ils sont. Le premier problème restant comment parvenir à réunir tant de monde sous une bannière et rester assez discret pour ne pas trop attirer l’attention d’Oaxaca.)


A ce moment là, je terminais mon assiette et je me levai pour aller la rincer dans une bassine. En passant près de la bibliothèque, j’aperçus un livre intéressant auquel je n’avais pas fait attention auparavant. Il s’intitulait : « Le mythe des Ermites de Yuimen ». Après avoir fait ce que j’avais à faire, je vins m’en saisir et grimpa à l’étage avec affaires pour le lire. Posant le tout sur mon bureau, je gardais seulement le livre dans les mains et me posa sur mon lit.

Je l’ouvris avec délectation, m’imprégnant de chaque mot comme si cela avait été une source d’eau claire. Les pages tournaient assez rapidement entre mes doigts, mais le sommeil finit par l’emporter et je glissais, en pleine après-midi, dans les bras de Morphée.
Quelques heures après, alors que nous devions être en pleine soirée, je dus descendre ouvrir à un messager qui m’apportait une missive alors que je ne comprenais pas bien ce qu’il se passait, encore dans les brumes du sommeil. L’ouvrant sans peine, je découvris qu’une récompense m’attendait sur le port de Kendra-Kar et qu’elle serait conséquente en vertu des actions réalisées. Ainsi, j’étais désormais riche.


(Si je gagne beaucoup, j’aurais peut-être assez pour m’offrir des fluides de foudres… J’irais demain matin, nous verrons bien.)

Et sur ces pensées, je glissais de nouveau dans les combes de la nuit.

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Terminator des cours d'écoles ! Théurgiste en formation, prêt au combat ! Près de mourir !


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Sam 6 Fév 2010 18:52 
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Comme le veut la règle de précaution d’usage dans un milieu aussi urbainement populeux que Kendra Kâr, il te faut revêtir la cape de camouflage dont Gwerz t’a fait don, et celui-ci la rabat justement sur ton corps avant de se couvrir lui-même de la sienne. Rangeant ensuite tes pauvres bottes dans une des fontes qui bardent Cheshire, il bondit sur dos de celui-ci qui ne bronche toujours pas. Ce n’est que lorsqu’il reçoit Gaïa sait quel message par le biais des mains de son cavalier qui se frottent contre son échine que l’animal au pas lent mais sûr se met en route, circulant parmi la canopée ambiante avec toute l’aisance que peut laisser supposer son indolence apparente.

Et donc, après un séjour bref mais plein d’émotions dans la Bise d’Ynorie, vous rebroussez calmement chemin, la seule chose qui vient perturber votre trajet –si l’on excepte la douleur de tes jambes- étant la va-et-vient permanent des citoyens de la Cité Blanche dont la rumeur des mouvements et des voix emplit l’atmosphère d’un lourd brouhaha continu. Pas de danger, pas de mésaventure et pas d’accident, les capacités de dissimulation ainsi que l’expérience et la vigilance du trio que vous constituez faisant le mieux du monde son office pour éviter tout risque potentiel sur la route.

Ainsi, quelques temps plus tard, te voilà à nouveau sur le pas de la grande fenêtre qui donne accès à la demeure de ton bienfaiteur, la monture de prédilection de celui-ci s’arrêtant devant pour vous laisser descendre, ou plutôt pour laisser descendre le propriétaire des lieux qui tombe alertement, regagnant son chez-lui avec à ton adresse un :

« Attends, je reviens. »

Tu peux le voir courir jusqu'à un buffet et en sortir quelques chiffons qu’il se met à disposer sur l'unique lit de la pièce, de toute évidence afin que tu puisses t'allonger dessus sans pour autant tacher les draps de tes fluides vitaux.


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Sam 20 Fév 2010 02:36 
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Telle une mère qui cache sous les draps les épaules de ses enfants lorsqu’elle les borde affectueusement, Gwerz me recouvre de cette cape qu’il m’a offerte généreusement, moi, une étrangère, puis se camoufle sous la sienne. Ce vêtement au pouvoir de dissimulation va nous assurer un certain anonymat.
D’un bond agile, M. Porsal saute ensuite sur le dos de son compagnon. Ça ne fait que deux jours que l’on s’est rencontré et pourtant j’ai l’impression de connaître ce lutin plus que ma voisine qui habite près de chez moi depuis plus de quarante ans. Il faut dire que je ne lui ai parlé qu’à deux reprises, elle est veuve et très casanière. Elle demeure des journées entières emmurée dans sa maisonnette. Si ce n’était de ses enfants qui entrent et sortent de ce logis, on pourrait croire sans difficulté que cette bâtisse est abandonnée. Cette faible, voire inexistante, relation avec cette lutine sédentaire m’amène à penser que ce n’est pas tant la proximité des gens qui importe, mais plutôt la quantité et surtout la qualité des contacts que l’on veut bien établir avec ceux-ci. Je rajouterais même que c’est dans les rudes épreuves que l’on ouvre notre cœur et que l’on se rapproche des individus. Ce qui explique pourquoi en si peu de temps je me suis tant attachée à ce brave lutin barbu.
J’attends donc que ce sympathique aïeul soit bien en place, puis j’appuie doucement ma tête contre son dos et j’entoure sa taille de mes membres supérieurs. Je ne suis pas lourde, le poids de ma petite caboche ne l’incommodera pas et ne pouvant serrer mes jambes blessées sur les flancs de Cheshire, mes bras enlacés me permettront de garder mon équilibre.
C’est ainsi que les yeux fermés, j’attends le départ. D’un pas lent, mais sûr, Cheshire reprend la route sans que son maître n’ait eu à prononcer un seul mot. Leur relation en est une privilégiée, hors du commun et mystérieuse pour moi. Certes, la complicité entre deux êtres partageant une véritable amitié ne m’est pas étrangère: inutile de parler lorsque nous pouvons déchiffrer les mimiques et les besoins de notre partenaire. C’est ce que je vis quotidiennement avec mon petit frère adoré. Cependant, mes deux compagnons de route semblent encore plus près l’un de l’autre que moi et mon frangin. Et puis, Audaz est un lutin et non un animal. Comment peut-on entretenir une telle relation avec un être d’une espèce si différente de la nôtre ? D’ordinaire, j’aurais questionné le bon lutin à ce sujet, mais vu mon état, je laisse ma curiosité de côté et me contente de relaxer un tant soit peu.
Alors qu’à l’aller, je n’avais pas assez de mes deux yeux pour tout voir, cette fois, c’est les paupières closes que je fais le trajet de retour, espérant que le temps s’effrite plus rapidement, écourtant ainsi cette promenade qui aurait pu être agréable sans ces horribles blessures. En effet, chaque petit soubresaut représente pour moi une souffrance supplémentaire puisque mes chevilles meurtries entrent alors en contact avec la peau écailleuse de ce reptile docile. Je ne pipe mot, ni gémissement, me lamenter ne m’apporterait rien de plus et inquièterait davantage mon aîné. Je me contente donc de prendre de grandes respirations afin de me concentrer sur celles-ci plutôt que sur la douleur. Ce stratagème, dont je suis incapable d’expliquer de façon rigoureuse, fonctionne à tout coup. C’est un peu comme si ma cervelle de lutine était trop petite pour contenir toutes les sensations en même temps. Ainsi, lorsque je me concentre sur l’air qui circule dans mon être, j’en oublie mon mal.
Nous circulons ainsi dans les rues de Kendra kâr et j’entends les gens s’interpeller, marchander, crier, mais je n’y porte pas attention. Je me laisse conduire, ayant à peine conscience de ces bruits en toile de fond, ma respiration tenant l’avant scène, et pour une fois je garde le silence.
Et puis, la bête s’arrête. Par l’odeur de sarrasin qui parvient à mes narines, je devine que nous sommes arrivés sur ce toit de chaume dont la senteur m’a rappelé plus tôt ce matin les crêpes de ma tendre maman. J’ouvre aussitôt mes petits yeux fatigués et m’empresse de libérer monsieur Porsal de mon étreinte, lui permettant ainsi de descendre de sa monture.

Après un bref :

« Attends, je reviens. »

Il s’engouffre par la fenêtre ronde et se dirige, quoi se précipite serait plus juste, vers un imposant meuble de bois. De ma position sur Cheshire, je peux le voir en ressortir des chiffons qu’il installe sur son lit de paille. Je comprends assez vite où il veut en venir, et je me sens un peu gênée de me faire soigner ainsi comme un petite précieuse.
Ce paillasson devrait, à mon avis, servir de repos à Gwerz, il a combattu vaillamment contre l’abominable bestiole et doit être lessivé, quant à moi, je n’ai que quelques éraflures aux chevilles après tout.
Je me laisse donc doucement choir à plat ventre sur le dos de Cheshire tout en prenant soin d’entourer ses flancs de mes mains afin de garder mon équilibre. Il ne me reste plus qu’à ramener mes membres inférieurs ensemble et me laisser glisser sur le sol. Plus facile à dire qu’à faire en fait : puisqu’aussitôt que mes jambes se sont retrouvées, mes mains n’ont pu soutenir le poids de mon corps et ma descente de la charmante bête fut un peu plus abrupte que prévue. Heureusement, mes chevilles meurtries n’ont pas accusé le coup, c’est mon popotin qui s’est occupé de tout.
Ce n'est qu'une fois assise que j’ai pu remarquer tout le sang sur la peau du fidèle compagnon. Ce liquide rouge qui jadis m’appartenait et circulait sagement dans mes veines, semble vouloir pénétrer dans la peau de cet animal tant les écailles paraissent avoir adopté cette couleur.
Je ne sais si c’est le bruit de ma chute qui l’a alerté ou bien que ses préparatifs terminés, il était fin prêt à revenir me chercher, quoi qu’il en soit, toujours précipitamment, il revient me trouver.
Avant qu’il n’amorce le moindre geste pour me soulever, je lui exprime ma doléance.

«Je ne veux pas paraître impertinente, mais je préférerais rester ici. Je crains de tacher votre lit, malgré ce que vous y avez mis.»

Ma tête légèrement inclinée sur le côté, je le regarde avec mes yeux rieurs et mon petit sourire charmeur, le suppliant silencieusement de me laisser ici. Enfin je reprends la parole :

«Et puis, la journée est jeune et la température clémente, je ne risque pas de prendre froid, n'est-ce pas ? »

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Dernière édition par Guasina le Mer 24 Fév 2010 05:18, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Lun 22 Fév 2010 00:53 
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Gwerz, qui avait jusqu’ici presque l’air affolé, paraît grandement reprendre de son sang-froid devant ton attitude tranquille et courtoise qui laisse entendre que tes griffures à la triste allure ne sont pas si graves qu’elles le pouvaient sembler. Circonspect et attentif, le regard du lutin va de ton visage jusqu’à tes jambes qu’il examine d’un œil averti depuis sa position au bord de la fenêtre, avant de revenir à toi pour te répondre tout en retirant ses lunettes pour gratter son arcade sourcilière aux poils blanchis :

« Comme tu veux. » T’accorde-t-il avec un demi-sourire concessif, tournant ensuite les talons pour s’affairer à quelque chose.

Si tu le regardes faire, tu pourras voir qu’il va tout d’abord jusqu’à un buffet dont il sort une bouteille contenant un liquide d’un blanc tirant légèrement sur le jaune, puis à une armoire contenant entre autres choses un gros pot en terre cuite qu’il prend lui aussi dans ses bras. Grappillant quelques-uns des morceaux de tissu couchés sur le lit, il passe par l’ouverture pour aller te rejoindre sur le toit, et dépose ce qu’il a rassemblé à côté de toi, t’expliquant alors qu’il s’assoit à son tour :

« Il y a de l’alcool dans la bouteille et du baume dans le pot. J’imagine que je n’ai pas besoin de te donner le mode d’emploi. » T’explique-t-il aimablement, estimant manifestement qu’il n’y a pas non plus besoin qu’il soit sans cesse aux petits soins pour toi.

Te laissant donc t’occuper de toi, il se met plus à l’aise, ôtant son chapeau et retirant son pardessus qu’il plie dextrement en bon homme organisé et soigneux de ses affaires. La situation ne laissant désormais définitivement plus de quoi s’inquiéter, il pousse un soupir de soulagement et se met à observer la populeuse rue en contrebas d’un air flegmatique qui laisse entendre qu’il n’est pas peu habitué à ce spectacle, tandis qu’une de ses mains caresse distraitement la tête plate de Cheshire. Celui-ci n’en paraît pas le moins du monde dérangé, le reptile s’étant en ce qui le concerne posé paisiblement sur le toit, semblant avoir jugé, dans son infinie sagesse, qu’à chaque jour suffit sa peine et que, pour le moment du moins, il a eu son compte de cabrioles.


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Sam 27 Fév 2010 16:52 
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Après une certaine hésitation, pendant laquelle j’ai senti son regard se poser sur mes chevilles puis sur mon visage, mon bienfaiteur me rétorque calmement que je peux faire à ma guise, tout en esquissant un sourire un peu contraint comme s’il cédait malgré lui au caprice d’une charmante fillette.
Il préfèrerait sans doute m’installer plus confortablement dans sa demeure. L’âge ne lui a pas seulement apporté les rides et les cheveux blancs, mais aussi la sagesse et la compréhension de la nature lutine. En conséquence, je crois, j’en suis même presque certaine, qu’il a compris que toutes ces attentions à mon égard me mettaient un peu mal à l’aise.
C’es ainsi qu’il fait demi-tour. Le cou étiré, j’essaie de voir ce qu’il trafique dans sa maison. Je constate sans peine qu’il farfouille dans le même meuble de bois que tout à l’heure puis qu'il se dirige vers une jolie armoire construite sûrement à partir d'une essence similiaire sinon identique, puisqu’elle arbore la même teinte et le même grain. Il revient enfin quelques instants plus tard, les bras chargés de guenilles, d’une bouteille transparente emplie d’un liquide presqu’incolore si ce n’était d’un mince reflet jaune, et d’un gros pot en argile. Après avoir déposé tout son fatras devant moi, il ne me donne que de brèves explications, croyant que je saurai me soigner, puis s’assoit à son tour sur le toit de chaume.

« Ça ira merci » lui dis-je gentiment tout à fait reconnaissante qu’il me laisse le soin de m’occuper de mes blessures.

(Voyons voir ce qu’il a apporté !)

Au premier coup d’œil, j’ai deviné que la substance contenue dans le gros pot jouerait le rôle de pommade. Cependant, alors que celle utilisée par ma grand-mère sent le thé des bois, celle-ci dégage aussi une douce odeur quoique différente que je ne peux par contre identifier.
Pour l’alcool cependant, je ne sais que trop en faire. Chez moi, on l’utilise pour boire et non pour soigner. Espérant comprendre un peu plus sa fonction, je prends délicatement la bouteille, l’examine, la renifle, l’observe à nouveau, puis la remet à sa place, tout aussi perplexe, en jetant toutefois un regard interrogateur à mon protecteur qui, redingote sous sa tête en guise d’oreiller, caresse tout bonnement la crête de son compagnon.

(Commençons par le début. Avant toute chose, je dois voir ce qu’il en est de mes blessures !)

Avec soin et prudence, j’enlève donc mes chausses pour constater avec dégoût le piètre aspect de mes chevilles. Quelques morceaux déchirés, de ce qui était il n’y a pas si longtemps un vêtement, s’adhèrent à ma chair engluée de sang agglutiné. Avec appréhension, je tire doucement sur les bouts de tissus qui refusent de se détacher sans emporter avec eux de minces fragments de ma peau.

« Siiiiiiii »

Ce n’est pas un cri, mais un léger murmure que j’ai laissé échapper.
La vue de mes chevilles ensanglantées me secoue un peu plus que je l’avais anticipé, mes jambes étant plus lacérées que je l’aurais cru. Et puis, même si je veux demeurer forte, je ne peux retenir un frisson; en regardant ces lambeaux de chausses et de peaux, j’ai revu, bien malgré moi, la scène où cette affreuse bestiole s’est avidement jetée sur mes chevilles à la recherche de nourriture. Si M. Porsal n’était pas intervenu d’un coup de canne, je serais probablement décédée.
Ma vision s’embrouille, mes larmes veulent s’échapper, mais je les retiens du mieux que je peux. Toute grelottante, je respire un bon coup pour tenter de me ressaisir.

(Je dois maintenant désinfecter mes plaies. )

Pour se faire, ma grand-mère fabrique toujours une espèce de mixture jaune exhalant une odeur désagréable, que je n’aperçois pas ici ! La désinfection des plaies étant nécessaire, j’en viens donc à la conclusion que cet alcool jaunâtre doit faire office de désinfectant. Je m’empare de nouveau du récipient de verre et les mains tremblantes, j’en verse un peu sur mes jambes meurtries. Le liquide s’insinue à travers les petites fentes de ma peau pour atteindre rapidement les chairs tuméfiées.

« Ouille, ouille, ouillle...»

Ce disant, je laisse tomber la bouteille qui par chance tombe sur le côté, goulot vers le haut, sans qu’aucune goutte de ce probablement précieux liquide ne s’imbibe dans la paille de sarrasin.

« Ça brûle ! Grand papa pourrais-tu s'il te plaît... »

Je m’interromps aussitôt ce dernier mot prononcé. Les lèvres pincées, les yeux baissés fixant mes chevilles douloureuses, les joues empourprées, je suis embarassée par mes dernières paroles. J'attends donc silencieusment la réaction du grand lutin espérant ne pas l’avoir insulté.

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Dernière édition par Guasina le Dim 7 Mar 2010 02:59, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 28 Fév 2010 15:05 
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A ta remarque à la familiarité pour le moins insolite, tu peux voir Gwerz jusqu’ici paisible se tourner dans ta direction en un véritable sursaut, les yeux écarquillés d’une manière qui pourrait bien aller au-delà de la simple surprise. De fait, la main toujours posée sur le crâne de son impavide compagnon, il te regarde presque en tremblant à travers ses lunettes comme s’il venait de voir un fantôme, se départissant de son allant habituel pour revêtir un visage hâve et confus, la respiration coupée sous l’espèce de stupeur qui l’a saisi.
Pendant quelques secondes à peine, il t’observe fixement, les pupilles comme ourlées d’une cataracte pâle provenant d’une lointaine hantise, mais ce bref instant paraît s’étirer longuement dans la trame d’un moment de tension et de malaise inconfortable. Toutefois, ton aïeul n’est pas non plus fait de papier, comme il l’a précédemment montré, et c’est d’une grande inspiration qu’il se reprend, secouant la tête avant de se diriger rapidement vers toi d’un air tout de suite plus confiant et assuré. De traces de son trouble tout récent, il ne reste plus qu’une lueur de chagrin au fond de ses orbites, et celle-ci pourrait d’ailleurs tout aussi bien n’être qu’une autre manifestation de l’allure un chouïa réprobatrice qu’il prend alors qu’il ramasse la bouteille, commentant :

« Ne verse donc pas ça directement sur tes plaies. C’est un alcool fort tu sais ! »

Toute trace d'ébahissement semble être passée, excepté que son faciès s’est paré de quelque chose de mélancolique, de désabusé, de fataliste, alors qu’il verse un peu du liquide jaunâtre sur un morceau de tissu, s’en servant ensuite pour tamponner doucement tes blessures en des gestes précautionneux et attentifs, ne pipant plus mot.


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 7 Mar 2010 15:23 
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Je risque enfin un coup d’œil en direction de l’homme et de son caméléon. Le premier, soudainement immobile me fixe d’une façon étrange, son esprit semble avoir déserté ce vieux corps temporairement inerte. Ne voulant faire une seconde bévue, imitant son immobilité, j’attends, non sans crainte, les paroles qui sortiront de cette bouche pour le moment figée.
Après quelques secondes qui me parurent une éternité, M. Porsal revient enfin à lui. Il laisse alors entrer une grande goulée d’air dans ses vieux poumons comme s’il avait même arrêté de respirer pendant ce temps d’inactivité. Sans perdre une seconde de plus, Gwerz, presqu'aussi alerte qu'un jeunôt, se place devant moi.

« Ne verse donc pas ça directement sur tes plaies. C’est un alcool fort tu sais ! »

Encore une fois, j’ai l’impression que grand-papa est toujours près de moi. Comme lui, il me reproche ma maladresse, mais sans plus. Grand-maman sermonnait toujours tendrement son mari à ce propos.

« Tu les gâtes trop ! Même lorsqu’ils méritent une punition. À l’âge adulte, ils auront encore besoin de toi ! »

Calmement, il lui rétorquait alors avec son charmant sourire édenté, qu’il jouait convenablement son rôle envers ses petits enfants chéris et qu’il laissait aux parents le soin de nous éduquer et de nous disputer.
Ainsi, agenouillé à mes pieds, ce vieil aïeul, n’ayant avec moi aucun lien de parenté ni de près ni de loin, verse un peu du liquide désinfectant sur un linge propre avant de l’appliquer consciencieusement sur mes blessures. Cette façon de procéder permet de diminuer la sensation de brûlure provoquée par ce liquide alcoolisé, son contact avec ma peau étant ainsi plus facile à tolérer. Cela ne m’empêche pas de serrer tout de même un peu les dents.
Puis, je lève les yeux pour regarder en face mon bienfaiteur afin de lui présenter convenablement mes excuses. C’est alors que j’aperçois cette mimique mélancolique, ces yeux voilés d’une tristesse que je ne peux expliquer.

“Je vous ai manqué de respect et je vous en demande pardon… C’est que vous me faites tellement penser à mon grand-père.”

Mon grand-père me manque, ma grand-mère aussi, ainsi que tous les membres de ma famille. Je fais partie d’un tout, d’un clan très uni, seule, je ne suis rien. J’ai besoin des autres, mais je ne suis pas opportuniste pour autant. J’ai une place et un rôle à jouer au sein de ma famille; je suis un maillon de la chaîne aussi important, mais pas plus que les autres.

(Comment vais-je faire pour passer une année sans eux ?)

Si je veux survivre une année entière sans Pedro, ni Audaz ou les autres, j’aurai besoin d’aide, mais surtout de compagnie. Celle de ce lutin me conviendrait parfaitement, j'y suis déjà attachée. Il pourrait, à lui seul, devenir temporairement ma famille adoptive, s’il veut bien de moi bien sûr.

(Il est par contre trop tôt pour lui en parler.)

À la réflexion, je crois qu’il sera toujours trop tôt. En fait, je sais que je ne trouverai pas le moment approprié et je n’oserai jamais lui faire une telle demande.
Résignée à ma future solitude, comme un petit animal docile, je laisse le vieux lutin nettoyer mes plaies.
Il faudrait bien que je reste muette encore un moment pour lui permettre de remettre en place ses pensées, mais le silence me pèse. Je n’aime pas cette atmosphère lourde et triste. Je dois trouver à tout prix quelque chose à dire ou à demander. C’est ainsi, que les yeux rivés sur mon sac, je me rappelle soudain que ce dernier contenait un objet quelque peu mystérieux.

(Cette pierre, qu’il nommait rune, semblait l’intéresser. En parler, lui changerait sûrement les idées.)

Et d’une voix qui se veut artificiellement calme et posée, je m’adresse à mon aimable protecteur.

« Et cette rune, vous pensez être capable de percer son secret ? »

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Dim 7 Mar 2010 19:02 
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Ainsi, de longues et pesantes secondes se passent dans ce silence lourd qui reflète votre mutuel embarras, chacun n’osant pas vraiment relancer le sujet de peur de rouvrir des cicatrices, de se mêler de ce qui ne le regarde pas ou tout simplement d’avoir l’air idiot. Gwerz s’occupe sans ciller de tes blessures, finissant de les humidifier de ce costaud désinfectant alcoolisé avant de s’emparer d’un autre morceau de tissu, sec et propre cette fois-ci, s’en servant pour essuyer le surplus de liquide ainsi que pour éponger les quelques petits restes d’écoulement de sang sur tes jambes. C’est à ce moment, peu après que tu te sois excusée, que sa bouche s’entrouvre pour laisser échapper ces mots à voix très basse, comme un souffle qui aurait involontairement filé entre ses lèvres :

« Je l’ai été, fut un temps… »

Mais il n’en dit pas plus, ni n’affiche d’ailleurs une quelconque réaction autre que ces quelques mots vagabonds, finissant placidement son œuvre pour ensuite s’écarter de toi, rajustant machinalement ses lunettes sur son nez. Quant à ta question, même si celle-ci sent clairement le jeu de scène, il n’y réagit pas défavorablement, y faisant écho avec un entrain qui manque certes quelque peu de naturel mais n’est pas pour autant dénué d’un intérêt réel :

« Oui, je dois avoir quelque chose là-dessus ! Attends. »

Et sur ces entrefaites, le voilà qui, empoignant au passage la charpie désormais tachée ainsi que la bouteille, s’absente à nouveau à l’intérieur de son domicile qu’il se met à fouiller à droite à gauche avec énergie, se livrant à la recherche de quelque objet qu’il semble avoir égaré chez lui, ce qui n’a rien d’étonnant étant donné toutes les cachettes potentielles qu’offrent tous les meubles dont est garni son chez-lui. Pour seule compagnie, tu as le gros pot d’argile toujours inutilisée et Cheshire qui ne paraît même pas faire attention à toi, prenant nonchalamment le soleil.
Gwerz met de longues minutes à explorer jusqu’aux moindres fonds de tiroir de son logement avant de pousser un « Ah ! » de triomphe, revenant derechef avec sous le bras le « quelque chose » qu’il avait mentionné et qui consiste en un gros tas de feuillets renfermé entre deux couvertures de cuir, le tout maintenu par un solide cordage. Alors qu’il pose ce considérable dossier à terre et défait les attaches qui le maintiennent fermé, révélant des pages et des pages recouvertes d’écritures, de dessins et de schémas, il t’explique :

« J’ai récolté pas mal de documents sur les runes. Avec un peu de chance, on pourra trouver ce que fait la tienne parmi tout ça. »

Et le voilà qui se met à éplucher toute cette paperasse, t’invitant implicitement à faire de même.

Tu pourras découvrir à l’aide de ces papiers que ta rune est une rune aoy, c'est-à-dire une rune d’invocation qui te permettra de faire apparaître pour la durée d’une journée un animal choisi aléatoirement qui sera à tes ordres.


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Sam 20 Mar 2010 13:55 
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Et voilà que Gwerz vient de terminer d’essuyer la dernière goutte du produit désinfectant qui perlait encore sur mes jambes meurtries. Sur ma vulnérable peau de rousse, on ne retrouve plus désormais aucune trace de mon sang souillé par ce liquide visqueux, sans doute une espèce de salive, provenant des monstrueuses mâchoires de l’affreuse bestiole sortie de je ne sais où. Je me sens propre à présent, j’irais même jusqu’à dire purifiée.
Pendant toute la séance de nettoyage, mon protecteur n’a prononcé à voix basse que quelques mots, et si j’ai réussi à les entendre, c’est parce que je suis très près de lui. En effet, c’est dans un seul souffle à peine audible qu’il a laissé échapper :

« Je l’ai été fut un temps. »

(Il avait lui aussi des petits enfants...Il était grand-père !)

Pas besoin d’être très perspicace pour deviner qu’il ne possède malheureusement plus ce titre. Quoiqu’il soit arrivé à sa famille, elle n’existe plus et il vit à présent seul. Afin d’oublier son passé, il occupe sans doute ses journées entières à fabriquer ces splendides meubles de bois qui s’entassent dans sa maison, ayant Cheshire comme unique compagnon. Enfin, ce ne sont que mes hypothèses de petite lutine naïve puisqu’il ne m’a, évidemment, rien raconté à ce sujet.
Je plains un être qui n’a pas eu d’enfants ou de petits enfants, mais je compatis encore plus avec celui qui en a eu et qui ne les a plus. Alors que le premier ne sait pas vraiment ce qui lui manque, le second au contraire n’est que trop conscient de la perte qu’il subit, du bonheur qui lui a été enlevé. Il paraît, à ce que papa et maman m’ont raconté, qu’il n’y a pire peine pour un parent que celle de survivre à ses enfants. Les années passent et on entasse les peines; elles ne s’effacent jamais, elles sont tout simplement plus faciles à tolérer, enfin c’est ce que disent les vieux.

À peine six mots prononcés et il s'enferme dans un lourd silence jusqu'à ce que je lui parle de la rune. À ma question à ce propos, il répond avec le presque même enthousiasme que lorsqu’il a découvert la nature de ce singulier caillou.
Après m’avoir affirmé avoir colligé quelques informations au sujet de ces pierres magiques, il repart dans sa maison en passant encore une fois par cette fenêtre qui semble vraisemblablement faire office de porte, agrippant au passage les bouts de chiffons tachés de mon sang.
Cette fois-ci, je ne l’épie pas, je profite plutôt de son absence pour m’emparer du pot de terre cuite. La pommade violette, qu’il contient, dégage une douce fragrance qui me rappelle agréablement la campagne.
C’est ainsi qu’après avoir plongé la main dans cette pâte, j’en étends généreusement sur mes chevilles blessées pour sentir presqu’immédiatement un certain soulagement. Le feu dont étaient victimes mes guibolles, s’apaise peu à peu pour faire place à une fraîcheur bien appréciée.

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