<Les rues>La maison était étrange. A la fois puante et parfumée, sale et ordonnée. Les morceaux de mur qui s'effritaient étaient maladroitement masqué par des tapisseries.
Avec un jolie sourire, Garcia me tendit un papier et un crayon.
« C'est la charte. Elle stipule qu'a partir de ton engagement, tu es nourrie et logée ici. En échange, tu dois faire les travaux qui te sont confiés. Les jeunes employées ne sont pas assignées à des maisons de clients, ce travail est réservé aux bonnes plus expérimentées. En attendant, tu effectuera des travaux pour la ville. Voici tes horaires. Tu commences le matin à 5 heures, à midi, tu as une pause de 15 minutes, le temps de manger la collation que l'on t'aura donné avant de partir. Le soir, tu rentres à 20 heures et mange dans la salle commune qui se trouve ici. Pas de salaire bien évidemment, tu es payée en nourriture et en logement. T'engages-tu ? »Je déglutis avec difficulté. C'était un travail monstre, j'étais petite et frêle, bien incapable de supporter ce rythme de travail! Et pourtant il le fallait, je le savais.
( Bon, je repère où peut se trouver le pendentif, je le récupère, et je m'en vais vite fait d'ici )Je levai les yeux vers Garcia. Elle n'était absolument pas comme je l'imaginais, je la voyais... moins jolie, moins grande et moins mince. Moins raffinée aussi. En un sens, il était naturel qu'elle le soit, Uroldir m'avait expliqué qu'elle était la bonne de Dorothée, Dorothée la fortunée...
Et puis pourquoi ne confiait-elle les maisons qu'aux bonnes expérimentées?
( Je suis sûre que c'est pour effectuer des vols dans les maisons. Mais elle ne veut pas y envoyer n'importe qui, sous peur d'être dénoncée. Alors elle teste les bonnes avant de voir si elles sont de confiance. Et si elle m'a engagée, ce n'est sans doute pas pour ma petite taille qui me rend moins efficace, mais plutôt pour ma manie d'emprunter les choses, comme tout kender qui se respecte, ce qu'elle considère sans doute comme du vol. )« Ça me va. » Répondis-je, et joignant le geste à la parole, j'apposais ma signature en bas de la page, après l'avoir lue en diagonale.
Garcia la plaça dans une enveloppe, fit couler de la cire fondue et y enfonça son sceau pour la celer. Elle retourna l'enveloppe, y écrivit Loys, d'une écriture ronde et délicate, et la rangea dans sa poche intérieure.
« Parfait, parfait... murmura-t-elle pour elle, puis elle reprit, à mon intention : Suis moi, Louise, je vais te montrer ta chambre »Je faillis faire un remarque sur l'erreur de mon prénom, mais me tut au dernier moment et suivit Garcia docilement. Elle me mena dans un long couloir, se posta devant une des portes -la 17- et l'ouvrit. Une chambre simple, un lit de chaque coté de la pièce, contre le mur, et entre les deux lits a peine l'espace pour circuler, et une table de chevet, su laquelle se trouvait divers effets personnels. Sur le lit de droite se trouvaient divers objets : Une lampe à huile, des vêtements roulés en boule, quelques bijoux sans valeur et un petit miroir. Sur le lit de gauche, une couverture à la propreté douteuse, pliée en vitesse.
« Tu peux t'installer. Pour l'instant les autres sont au travail, tu descendra diner lorsque la cloche sonnera, tu commences demain. »Garcia me sourit. Alors qu'il était sincère et parlant quelques minutes plus tôt, il était ici pinçant et ironique. J'y restais impassible, la fixant toujours sans ciller. Elle tourna les talons.
« Oh, j'oubliais... Tu ferai mieux d'être en forme. Nous nous débarrassons des inefficaces. » Sur ces paroles, elle claqua la porte, me laissant seule dans cette minuscule chambre qui était désormais mienne.
Il devait être le milieu d'après-midi, j'étais à peine partie à l'aube de ce matin. J'étais épuisée, je m'affalai nonchalamment sur mon lit et rejoignis aussitôt les bras de Zewen.
Je me réveillais un peu plus tard. J'empruntais le miroir sur le lit voisin, et refis avec soin mes tresses, le sommeil les ayant transformées en deux baguettes d'où des mèches rebelles s'échappaient sauvagement. J'enroulais ensuite avec méthode mes tresses autour d'un ruban en soie rouge, et en fit deux petits chignons sur le haut de mon crâne. Satisfaite, je reposai le miroir où je l'avais pris, et je m'assis en tailleur sur mon lit. Je sortis le croquis d'Uroldir de ma poche. Je le triturai entre mes doigts sans même le déplier, puis regardai le dessin avec insistance, passant même à plusieurs reprise mes doigts lentement sur le dessin, comme si j'avais voulu l'encrer à jamais dans ma mémoire, comme si le regarder ainsi me permettrai de l'avoir entre les mains.
La poignée de la chambre se baissa. Avec précipitation, je rangeai le papier dans ma poche. La porte s'ouvrit, ma camarade de chambre entra. Je la dévisageai en silence. C'était une Kendrane, avec des jambes infiniment longues. Elle avait les cheveux rasés et un visage très féminin. Sa bouche était fine, ses yeux en amande foncés. Elle portait de grosse boucles d'oreilles, et était très mince, presque maigre. Elle ne me vit même pas, jeta les affaires de son lit à terre et s'avachit épuisée sur sa couchette. Elle inspira très fort, et expira doucement.
« Salut. » Dis-je.
Elle se redressa brusquement et me sourit :
« Tiens, salut toi. Super, je ne serai plus toute seule. »J'esquissais un sourire, elle m'en rendit un, triste :
« Toi aussi tu es condamnée maintenant ? »« Condamnée ? »« Oui... A servir Garcia jusqu'à la fin de tes jours... »« La fin de mes jours...? »« Tu n'as pas lu la charte, n'est ce pas. » Comme j'acquiecsai, elle poursuivit :
« Eh bien, elle stipule que tu dois servir Garcia pour toujours. Trop tard pour regretter... Si tu veux partir, elle montrera ta signature a un sergent de la milice, les garde t'attraperont et t'emprisonneront. Je l'ai appris quand j'ai voulu quitter ses services. »« Ça ne me fait pas peur, je n'ai pas l'intention de rester ici indéfiniment. »Elle se mit à rire, tout doucement, et ajouta :
« Tu es bien naïve ma petite... »La cloche sonna, elle se leva et m'invita à la suivre :
« L'heure de manger ! Viens, je vais te présenter aux autres filles. Au fait, moi c'est Karinn. »« Loys. »<Les habitations>