L'Univers de Yuimen déménage !


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Lun 16 Mai 2016 10:57 
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- « Le noir…l’obscurité…autour de moi…tout a disparu… »

La peur me saisit. Je commence à hurler, la boule au ventre.

- « Non…non…NON ! Laissez-moi ! Ce n’était pas de ma faute ! »

Je me lève et commence à courir. Je sais ce qui se passe. Les ténèbres m’ont enfermée, à cause de LA disparition. Ils pensent que c’est de ma faute. Ils m’ont scellée dans ma plus grande peur, l’obscurité éternelle. Courir, pour leur échapper, échapper aux ténèbres, trouver la lumière protectrice, bienfaisante. Fuir Thimoros, trouver Gaia. La peur se transforme en adrénaline, elle coule dans mes veines, elle remplace mon sang. Je veux juste m’en aller, le plus loin, loin de tout. Sinon je vais me tétaniser, m’enlevant toutes chances de survie. Je ne peux pas rester dans les ténèbres sans avoir peur et sans pleurer. Et il n’y a personne pour me rassurer. Je suis toute seule.
Bien vite, je me rends compte qu’il ne sert à rien de courir, je n’ai nulle part où aller. Je m’effondre en larmes, essoufflée, fatiguée et démoralisée. L’obscurité autour me donne l’impression de se jouer de moi, elle se joue de ma peur, s’en nourrit, tel un prédateur. Et la proie est paralysée. Sauf que le problème, c’est que la proie, c’est moi.

- « Pourquoi… »

Je n’attendais pas une réponse. C’était la même chose chaque fois, je me retrouvais seule. Ça se passait tout le temps comme ça. Je veux m’en sortir. M’en aller le plus loin possible.

- « Je sais. Tu te crois abandonnée, c’est ça ? »

Une voix. Voilà, dans cet environnement hostile, quelque chose d’étonnant. Normalement, il n’y a pas de voix pour me répondre, ou répondre à mes angoisses. Néanmoins, c’était mon seul espoir. Je voulais bien une aide pour échapper au prédateur.

- « Oui…j’ai toujours été seule. »

J’entendis un rire. Ironique. Serais-je tombée sur une personne qui se croît omnisciente et qui se permet de juger les gens ?

- « Oh…pauvre chou…toute seule…tu crois réellement être seule ? Très chère, arrête de te lamenter. Tu n’as jamais été seule. Les gens t’ont toujours aimé. La Reine, Lendwyrm, Siris…Il existe des gens bien plus malheureux que toi, et l’arrogance dont tu viens de faire preuve en prétendant être à leur niveau me donne envie de vomir. »

Je mourais d’envie de frapper la propriétaire de cette voix. Je la cherchais partout.

- « Arrête de tourner de tous côtés comme une imbécile. Je suis là. »

Je me retournai. Une femme se tenait derrière moi, assise dans les airs. J’avais l’impression qu’un trône était en dessous, invisible. Elle était majestueuse, force était de le reconnaître. Il y avait une ressemblance troublante entre nous, bien que mon visage soit plus rond.

- « Qui es-tu ? »

- « Je suis Siliesse Al Samaniya. Pour ne pas te servir.»

Cette femme portait le même nom que moi. Non mais franchement. Enfin, voir une personne, même juste énervante, dans cet endroit me rassura. J’allais me présenter mais elle me prît de vitesse.

- « Inutile. Je sais qui tu es. Et tu as sûrement remarqué qu’on porte le même nom. Mais ne te pose pas de questions, mon nom est la seule chose que tu dois savoir. Je suis là pour t’aider. Enfin, juste parce qu’on est de la même famille. »

- « A quoi tu pourrais m’être utile ? Explique-moi cela pour voir. Dans peu de temps, comme d’habitude, j’en aurai fini avec cet endroit. »

Je n'en étais pas si sûre, mais je trouverais insultant que ce soit elle qui m'aide.

- « Premièrement, je ne suis pas ton amie, donc tu te calmes ma petite. Je suis bien plus âgée que toi et tes 70 ans. Ensuite, aujourd’hui n’est pas « comme d’habitude ». Tu ne pourras pas sortir d’ici sans mon aide. Pour finir, mon aide n’est pas la seule chose dont tu as besoin et que je peux t’offrir. »

J’avais juste envie de lui coller une baffe. Mais je réussis à me contenir, au prix de nombreux efforts. A force de vivre dans une cour ou tout le monde ment et joue la comédie, se croit au-dessus des gens, tu apprends à te contrôler et à jouer la comédie, jusqu’à devenir impassible. A masquer tes sentiments. Malgré tout, je n’en voyais pas ici l’utilité.

- « En attendant, je ne vois en quoi j’aurais besoin de ton aide. »

- « Tu vas te calmer tout de suite. On ne t’a donc jamais appris à respecter tes aînés ? »

- « Pas les aînés prétentieux. »

Elle soupira. L’arrogance, ça fatigue visiblement. Pourtant, c’est facile de se croire supérieure. Il suffit de fermer les yeux sur ce qui t’entoure. Mais je ne peux plus fermer les yeux.

- « Je laisse passer pour cette fois. Ma chère, je vais t’aider à changer ton destin. »

- « Mon destin n’a nul besoin d’être changé. J’en suis la maîtresse. »

- « Pas besoin d’être arrogante ma petite. Je suis venue te faire une proposition : T’aider pour ton futur proche. Une fille va arriver dans cette ville, une demi-Taurionne. Elle a le même but que toi, ou presque. Retrouver ses parents. Je vais m’arranger pour que vous vous rencontriez. En parallèle, nous n’avons plus beaucoup de temps. Je sens que Siris arrive. »

- « Attends ! Pourquoi dois-je la rencontrer ? »

- « Ne discute pas mes ordres. Si tu le fais, tu retrouveras Caliel et Samayele, tes parents. Tout ce que je te demande en échange, c’est de me suivre. Tu rencontreras aussi des gens très intéressants. Et tu prendras la succession de ta mère au titre d’« Elfe élémentaire » »

- « Ça me va. Je te suivrai. »

Je ne l’aime pas. Mais elle m’offre une chance inestimable. Cependant, je ne suis pas stupide, je sais que ça l’arrange d’un côté. Parce que les gens ne font rien s’ils n’y gagnent pas d’une manière ou d’une autre. Donc je préfère l’aider.

- « Bien. Tu n’es donc pas aussi stupide que je le croyais. Suis mes ordres et tout se passera bien. Enfin, n’oublie pas la devise de la famille. »

- « Fais toujours ce qui te semble juste, car les choses qui nous semblent justes sont celles que l’on ne regrette pas. »

- « Au moins tu connais cela. Je te laisse sortir de là. A bientôt. »

J’étais seule à nouveau dans le noir mais je n’avais plus peur. Je souris et perçus devant moi un mur. Je posai ma main dessus, sûre. Commençant à psalmodier, le mur se fissura et j’entraperçus de la lumière. Enfin le mur se brisa, et de grandes plaines apparurent sous mes yeux. Ce n’était plus comme d’habitude, ou je pleurais dans le noir et c’était fini. J’avais brisé quelque chose en moi, et je compris que c’était un pas vers la liberté.
Soudain, je me réveillai. J’étais dans mon lit, à Cuilnen. Les draps défaits, les cheveux en bataille, je commence à croire que ce n’était qu’un simple cauchemar. Après ça, ma journée s’annonçait magnifique et je commençais à me demander si ce n’était réellement qu’un rêve, malgré le fait qu’il me semble horriblement vrai. Les rayons du soleil me chatouillaient le visage, les oiseaux chantaient, la cité se réveillait. La porte s’ouvrit soudainement, grinçante, laissant le visage de Siris apparaître. Et ce qu’elle déclara me prouva que ce n’était pas qu’un mauvais rêve.

- « Ma choute ! Tu as une lettre en provenance du palais royal. Je te la laisse sur le bureau, je crois que c’est une convocation. »

- « D’accord, je vais voir ça. »

Je m’habillai, l’esprit accaparé par cette histoire, et décachetai la lettre. La cire coula entre mes doigts, et j’en sortis un parchemin. Elle avait raison, c’était bien une convocation, écrite de la main de la Reine. La Reine. Je l’aimais, c’était indéniable, mais pas en tant que sujet. Elle avait pris la place d’une mère, et ses traits gracieux me revinrent en mémoire. Les larmes me brouillèrent la vue, et je caressai les lignes écrites sur le papier d’une main tremblante. Je sentis que ce n’était pas une lettre ordinaire, et décidai de me dépêcher.

(La nuit porte conseil, bien sûr. Maintenant je vais passer la journée à me demander ce qui s’est réellement passé.)

Tout en descendant dans le hall baigné de soleil, Siris m’interpella.

- « Ma choupette ! Tu y vas n’est-ce pas ? »

- « Oui, tu sais que… »

- « Ne te justifie pas. Mais quoi qu’il arrive, reviens nous. C’est anormal que l’on te convoque. »

Je savais que Siris m’aimait beaucoup, et qu’elle s’inquiétait pour moi. Je descendis les escaliers et me laissai aller dans ses bras. C’était devenu un membre de la famille.

- « N’oublie pas qui tu es, sois en fière. Et maintenant, file ! »

Elle me donna une petite tape dans le dos et e me dégageai et sortis de la maison, le cœur léger, la tête haute et l’amulette de ma mère au cou.
Mais je ne savais pas que j’étais espionnée…

- « Bien…tout se passe comme prévu… »

- « Encore en train de te servir des mortels, Siliesse ? »

Elle se retourna, l’homme qui venait de surgir du néant la regardait d’un air moqueur. Elle se leva et dépoussiéra ses vêtements.

- « Toujours, Dante. Tu sais ou est Alto ? »

- « Tu veux parler de cet Hinion qui est amoureux de ta protégée ? Que comptes-tu faire de lui ? »

- « Tu n’as pas besoin de le savoir. N’oublie pas de qui tu es le serviteur, sinon je te renvoie à Phaitos. »

Dante fit un pas en arrière. Cette femme pouvait le réduire à néant en une fraction de seconde, elle était effrayante. Elle avait réussi à échapper à la mort, et vivait depuis des millénaires.

- « Bien. Il se trouve à Aratmen. »

- « Je suis satisfaite, merci. »

- « Tu es la personne la plus manipulatrice que j’ai eu le loisir de connaître, tu ne te lies jamais si tu n’y vois pas un intérêt. Pourquoi cette petite t’intéresse tant ? »

- « Ah, ça…eh bien, c’est une bonne question… »

Elle n'en dit pas plus. Il choisit de se taire, et d’observer ce qui aller se passer. C’était un bon choix.

Le choix du faible observant le fort.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 13 Juil 2016 23:52 
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Localisation: Forêt de Cuilnen
Réveil dans la nuit

J'ai du mal à me rendormir, le reste de la nuit n'est que sommeil partiel et rêves agités. Mon esprit est perturbé, et je n'apprécie guère de ne pas savoir quelle en est la cause. Finalement, l'aube fini par arriver et avec elle les bruits caractéristiques d'un début de journée.

Ces bruits, que nombreux considéreraient comme anodins voire gênants, sont pour moi des repères, des informations précieuses me révélant tout ce qu'il se passe autour de moi. Les soupirs de mes parents tirés de leur sommeil par les premiers rayons du soleil, le craquement du sol en bois alors qu'ils se lèvent, les premiers mots, trop faiblement prononcés pour être compréhensibles mais suffisamment audibles pour savoir que tout deux sont debout.

Je décide d'en faire autant. Je me lève donc et enfile ma robe de chambre. Avant de bouger, je me concentre un instant, cherchant à repérer ce qui m'entoure. Il s'agit d'un exercice prescrit par mon maître afin de maximiser ma vision du monde et ainsi être à même d'y évoluer sans risque.

Immobile, je cherche au fond de moi, au fond de ce corps qui relit mon âme à ce qui m'entoure. De nombreuses sensations m'apparaissent, le battement calme et raisonné de mon cœur, le flux de sang irriguant ton mon être, le frémissement des mes muscles encore engourdis, les brèves secousses de mes jambes pour garder l'équilibre. J'y sens aussi une énergie, présente de manière uniforme, sans que j'arrive encore à bien la comprendre.

Je ressens aussi cette énergie hors de moi, mais beaucoup plus aléatoire, et noyée dans le flot d'information que le monde extérieur m'apporte. Les faibles courants d'airs sur ma peau nue, le craquement du bois sous mes pieds, la chaleur du soleil naissant, le bruit des couverts posés sur la table ou la respiration ensommeillée de mon petit frère.

Toutes ces informations m'arrivent pèle-mêle et il me faut parvenir à les trier, à les différencier pour n'en retenir que les plus importantes. Les oiseaux chantent et le soleil à peine levé réchauffe déjà l'air autours de moi. J'en déduis qu'il fera beau. Mon frère ne bouge pas dans son lit et sa respiration, quoique ronflante, est calme et profonde. Il n'est pas encore réveillé. Au rez-de-chaussé, les bruits que j'entends m'apprennent que mes parents ont déjà commencé à déjeuner.

Soudain, un petit cri retentit. Rien d'alarmant, mais il s'accompagne d'un court silence. Juste après, je sens l'énergie qui m'entoure s'échapper en un seul mouvement dirigé hors de ma chambre. Cela ne dure que quelques secondes, puis tout redevient normal. Je pense que quelqu'un s'est coupé et s'est soigné juste après.

J'inspire un bon coup, puis me dirige vers le rez-de-chaussée. Je marche sans hésiter, chaque pas me révélant les informations nécessaires. Je sais où je suis, et surtout, les obstacles sont pour moi aussi faciles à éviter que pour n'importe qui d'autre. Depuis toute petite, j'apprends à écouter les réverbérations des murs, à différencier les bruits du plancher et à comprendre les courants d'air. Ils sont mes repères naturels et donnent vie à ce monde qui m'entoure.

"Bonjour Diana, bien dormi ?"
"Très bien merci. Et vous ?"

Ainsi débute ma journée, avec mes parents, comme tous les matins. Je m'assoie à table et commence à déjeuner avec eux. Un café léger ainsi que du fromage et du pain, en petite quantité. Mon petit déjeuner favori. La conversation continue, classique, sans grand intérêt, et j'y prête une oreille distraite, jusqu'à ce que le nom de mon maître soit mentionné, ainsi que le rendez-vous qu'il m'avait fixé.

"Oui, c'est aujourd'hui. Je m'y rendrai après le petit déjeuner."
"Sais-tu pourquoi il t'a demandé de venir ?"
"Il ne m'a rien dit de plus."
"Peut-être a-t-il quelque chose de spécial à te faire faire. Où en êtes vous ?"

Mon père a aussi eu Malun comme maître, il le connait donc assez bien, même si plusieurs années ont passé depuis la fin de son apprentissage. Ce grand magicien a accepté de me prendre comme apprentie, tout en explicitant le fait qu'il aurait peut être recours à de nouvelles techniques pour palier à ce qu'ils ont appelé mon handicap.

C'est lui qui m'apprend à lire dans les vibrations qui m'entourent, à comprendre leurs natures et à les apprivoiser, à en faire un substitut à ce sens qui me manque. Je n'en suis qu'au début de l'apprentissage, mais je sais qu'il faudra du temps pour maîtriser cette parcelle de mon être, et pour pratiquer la magie comme je l'entend.

Mais pour le moment, je n'y suis pas encore, et mes rêves et espoirs restent dans mon esprit en attendant leur heure...

L'entrainement

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mar 26 Sep 2017 17:25 
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Inscription: Jeu 26 Fév 2015 21:51
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Localisation: Nessima, Naora
Après près de douze journées de marche sans histoire, et sans avancée notable au niveau de mes visions, nous longeons par le sud ce qui me semble être une discrète cité Hinïonne, encore qu'elle soit fort différente de la seule que j'aie jamais arpenté, Hidirain. Ici les maisons paraissent se fondre dans les arbres, certaines en tout cas, comme celle dont nous nous approchons qui semble avoir été creusée à même un arbre gigantesque avec lequel elle est venue à se confondre. Un jardin magnifique l'entoure, décoré d'arbres de plus petite taille, de buissons arborant de splendides fleurs de teintes diverses. Le tout semble totalement naturel mais je ne doute pas que cela ne soit qu'une apparence, une telle harmonie a sans doute demandé des années, des décennies voire des siècles peut-être, d'attention. Cela me rappelle certains jardins Hinïons que j'ai vu en Imfitil, mais poussé ici au rang d'art majestueux qui insuffle aux environs une sensation de paix profonde et ancienne.

Je me tiens un peu en retrait, observant les environs avec une certaine admiration, jusqu'à ce qu'un elfe se glisse derrière Isil pour lui murmurer quelque chose à l'oreille. Je me détends en voyant la réaction d'Isil, qui pousse un cri de joie mêlée de surprise avant d'étreindre l'Elfe qui, je le remarque à cet instant, possède un net air de famille avec elle. Il remarque qu'elle a l'air plus en forme que ne le laissaient supposer ses derniers messages avant de me scruter d'un air Interrogatif. Isil fait les présentations, l'Elfe n'est autre que son frère Alessan, que je salue d'une légère inclinaison du buste et d'un sourire aimable:

"Heureux de vous rencontrer, Messire Alessan."

Mon salut semble passablement amuser Alessan qui m'invite à oublier tout de suite les "messires", justifiant cela en m'expliquant qu'ils n'ont rien de nobles et que je suis le bienvenu ici qui que je sois. Il jette un intriguant regard en coin à Isil lorsqu'il évoque cette absence de noblesse, pour une raison que j'ignore et que je ne me permets pas de creuser pour l'instant.

Deux silhouettes sortent alors de la maison, une femme de taille modeste aux cheveux noirs et aux yeux légèrement bridés qui court au travers du jardin pour rejoindre Isil, et un Hinïon pure souche aux cheveux bruns et aux yeux me rappelant ceux de ma compagne de voyage. Je mets une seconde à réaliser que ce sont probablement ses parents, Isil ne m'a parlé que de son frère en termes de famille et je supposais qu'ils étaient décédés. Après avoir étreint chaleureusement leur fille, qui nous présente les uns aux autres dans la foulée, ses parents se tournent vers moi, un sourire de bienvenue véritable aux lèvres et dans les yeux. Ils m'adressent un profond signe de tête, main sur le coeur, avant que sa mère ne déclare:

"Vous êtes le bienvenu chez nous, autant que vous le souhaitez. Il semblerait que nous vous devions la vie de notre fille. Merci."

Je m'incline respectueusement devant eux avant de leur retourner un franc sourire et de répondre:

"Enchanté de faire votre connaissance, soyez remerciés de votre accueil."

Je jette un bref regard à Isil avant d'ajouter en souriant doucement:

"Ils s'en seraient très bien sortis tout seuls, en réalité. Mais je passais par là et je n'ai jamais su résister à l'attrait d'une belle bataille."

Quelques heures plus tard, décrassé de la poussière du voyage et vêtu de propre, je me trouve attablé avec la famille d'Isil autour d'un savoureux thé lorsqu'une Hinïonne entre soudain dans la pièce. Bien qu'elle ne soit vêtue que d'une simple robe noire aux liserés d'or, de facture somptueuse en y regardant bien, elle dégage une prestance proprement incroyable et presque incongrue dans cette demeure somme toute modeste. Outre une grâce surréaliste, elle est d'une beauté à faire pleurer le plus talentueux des peintres, qui se verrait incapable de n'en capturer plus qu'une bribe. Son opulente chevelure auburn encadre un visage d'albâtre aux traits fins, écrin épuré de ses prunelles solaires dangereusement perçantes. Je me lève aussitôt, mû par une habitude datant de ma jeunesse au sein de la noblesse du Naora. Je crois savoir de qui il s'agit, à voir l'éclat de tendresse inhabituelle qui brille dans le regard d'Isil: Callirhoé d'Escalie, sans aucun doute.

Isil se lève pour aller à sa rencontre et l'étreindre tendrement, bien qu'il me semble discerner une subtile méfiance sur son visage. Peut-être parce qu'elle ignore toujours le motif de la convocation que lui a adressée la sculpturale Noble? Elles discutent brièvement, Isil émettant la supposition que Callirhoé manigance quelque chose et ajoutant d'un air désabusé que cette dernière ne fait jamais rien sans raison. La noble Elfe déclare être ravie de retrouver Isil en un seul morceau, laissant entrevoir une inquiétude véritable qui fait miroir à celle qui se distingue dans les yeux de ses parents, puis la nouvelle arrivante se tourne vers moi. Elle me scrute avec une redoutable attention, ainsi qu'une totale absence de pudeur, de la tête aux pieds avant de me sourire d'un air entendu:

"Messire Tanaëth Ithil, Dirigeant de l’Opale. Ravie de faire votre connaissance, j’ai lu quelques petites choses à votre sujet."

Je pourrais rester aussi stupidement figé qu'un jouvenceau ensorcelé face à une telle femme, si je n'avais serré contre moi ma bien-aimée Sithi, mais ce souvenir est aussi net dans mon esprit que si cela s'était passé hier. C'est lui seul qui me permet de ne pas laisser paraître mon trouble et ma surprise d'avoir été aussi aisément reconnu pour m'incliner fluidement avant de rendre la pareille à l'audacieuse Callirhoé. Un infime sourire au coin des lèvres, je la contemple sans détour de haut en bas avant de replonger mes prunelles de jais dans les siennes:

"Dame Callirhoé d'Escalie, de la prestigieuse noblesse de Cuilnen. Isil m'a parlé de vous. C'est un honneur de vous rencontrer, ma Dame."

La noble Hinïonne hoche la tête, son amusement animant ses prunelles d’une flamme troublante et, me semble-t'il, quelque peu carnassière:

"L’honneur est partagé, Messire."

Après s'être installée à l'invitation de la mère d'Isil qui lui sert une tasse de thé, elle sort une lettre et la tend à ma compagne de voyage. Ses parents échangent un regard entendu tandis que son frère s'adosse à son fauteuil de l'air de celui qui va assister à une scène amusante. Isil ouvre la lettre, un air des plus méfiants plaqué sur le visage, je vois ses yeux s'écarquiller à la lecture de la missive et ses mains se mettre à trembler légèrement. Elle jette ensuite un regard estomaqué à la noble dame, par Sithi, que peut bien dire ce mot pour la perturber à ce point? Callirhoé, elle, l'observe avec une tranquille satisfaction, se bornant à hocher la tête lorsque Isil assène ce qui doit relever de l'évidence:

"Elle porte le sceau de la reine."

Elle dépose ensuite la lettre sur la table et se lève pour faire les cent pas avant de se retourner vers la dame d'Escalie pour lui jeter un regard accusateur:

"C’est une lettre d’anoblissement. Signée par la reine. Tu me fais entrer dans ta famille. Je…"

Elle s'interrompt pour se remettre à tourner tel un fauve en cage sous le regard placide de ses parents et celui, amusé, d'Alessan, qui paraît faire un effort méritoire pour ne pas éclater de rire.

"Et vous ! Et vous, vous cautionnez ça, vous l’avez laissé faire", s'exclame Isil d'un ton accusateur.

Si ses parents ont l'air un peu gênés, son frère n'en sourit que plus largement et cela semble bien exaspérer davantage encore Isil, qui finit par s'arrêter devant Callirhoé, bras croisés:

"C’est ça que tu manigançais depuis le début. Alors maintenant, dis-moi pourquoi ? Qu’est-ce que tu attends de moi ?"

Callirhoé reste sereinement assise, comme si cet éclat ne la touchaient pas. Mais, si son visage ne trahit rien, ses mains sont croisées sur ses jambes et crispées à s’en blanchir les jointures, une nervosité que remarque Isil et qui la pousse à tenter de se calmer et à s'asseoir devant la noble qui explique alors:

Tu dois te rendre à Kers et j’aimerais que tu profites d’être au Naora pour nouer quelques contacts là-bas. Mais tu ne seras pas prise autant au sérieux qu’en étant membre d’une quelconque noblesse, alors je te fais entrer dans ma Maison.

Elle me lance un coup d’œil à cet instant, auquel je réponds d'un simple hochement de tête indiquant que je veillerai sur elle si nous allons ensemble là-bas comme cela semble se préciser. Elle fait ensuite taire Isil d'un geste et poursuit:

"Mais ce n’est là qu’une infime raison. Le plus important est que je suis stérile et que j’ai besoin d’un héritier. Nous en avons longuement discuté avec la Reine, je ne peux me permettre de laisser la Maison d’Escalie péricliter, j’ai accumulé trop de pouvoir et cela déstabiliserait une partie de Cuilnen dans une ère de plus en plus sombre avec le retour d’Oaxaca. Nous ne pouvons nous le permettre. Il ne reste plus personne de ma famille – mon dernier cousin est mort cet hiver – et les vautours commencent déjà à me tourner autour, j’ai essuyé deux tentatives d’assassinat cette dernière année."

Je plisse légèrement les yeux à ces révélations, un peu étonné qu'elle se livre à de telles confidences en ma présence, écoutant avec attention Isil lui répondre:

"S’il existe un autre membre de ta famille – moi, en l’occurrence – les tentatives d’assassinat auront moins lieu d’être, car il y aurait de toute manière un autre obstacle sur le chemin. J’aurais l’avantage d’être souvent en déplacement, donc moins aisément atteignable qu’en restant à Cuilnen, te laissant ainsi les mains libres. Et pourquoi moi ? Parce que je suis la seule personne en qui tu aies assez confiance pour laisser les rênes de ta Maison dans l’hypothèse où il t’arriverait quelque chose, précisément parce que je n’en ai pas la moindre envie et que je représente une neutralité qui ne te fait pas prendre parti pour une autre Maison de Cuilnen."

La Dame d’Escalie acquiesce sans un mot, puis Isil demande encore:

"Et c’est officiel ?"

Cette fois, Callirrhoé secoue négativement la tête:

"La reine, comme tu l’as vu, a accepté, mais ça n’a pas encore été rendu officiel. Ça le sera lors du bal qui aura lieu dans quelques jours, maintenant que tu es là."

Je souris pour moi-même à ces mots, retrouvant cette confiance affirmée qu'ont les nobles puissants quant à l'accomplissement de leurs quatre volontés, ce qui fait bien évidemment réagir Isil:

"Je n’aime pas ça."

La Dame d’Escalie pose une main sur celle d'Isil et la serre avant d'ajouter:

"Je sais, Aisil. Merci."

Isil pousse un soupir alors que sa mère se lève pour la serrer dans ses bras, tandis qu'Alessan se tourne vers moi pour me lancer d'un air ouvertement amusé:

"Votre séjour à Cuilnen risque d’être un peu plus animé que prévu, je suppose. Qui a dit que c’était une ville ennuyeuse ?"

Je lui retourne un sourire non moins amusé et hausse un sourcil:

"L'ennui n'est jamais une menace, aux côtés de votre soeur, Alessan. Un calme plat m'inquiéterait assurément davantage."

A cette réponse, son frère éclate de rire et rétorque:

"Je vois que vous avez assez voyagé avec elle pour vous en rendre compte."

Mon sourire s'élargit à la répartie du frère d'Isil, laquelle nous jette un regard noir qui transforme mon sourire en un rire léger:

"Allons, ce n'est pas si terrible d'appartenir à la noblesse, n'est-ce pas vous qui m'affirmiez qu'il fallait savoir faire quelques courbettes de temps à autre? Vous voilà prise à votre propre piège, admettez que c'est assez amusant."

Cette boutade me vaut un tirage de langue en bonne et due forme de la part d'Isil, à qui j'adresse un léger clin d'oeil soutenu d'un doux sourire. Je suis heureux de la voir aussi détendue, une première en ce qui me concerne depuis que je la connais. Je jette ensuite un regard circulaire, m'arrêtant brièvement sur chaque personne présente, puis je reprends plus sérieusement, les yeux passant de Callirhoé à Isil:

"Je devrais pouvoir vous ouvrir quelques portes au sein de la noblesse du Naora, je présume. Et assurer votre sécurité si besoin, bien que je ne doute pas que vous soyez fort capable de vous défendre seule."

Cette affirmation plonge la Dame d’Escalie dans une profonde réflexion, elle m'observe au travers d’yeux légèrement plissés, comme si elle songeait aux motivations qui l’animent. Elle finit par demander franchement:

"Quelle place occupez-vous au Naora, en plus d’être dirigeant des Danseurs ?"

Je hausse les épaules avec un sourire en coin et lui réponds du tac au tac:

"Aujourd'hui, aucune, j'ai été banni de ma ville natale pour avoir refusé un mariage arrangé par mes nobles parents."

Je marque une courte pause, remarquant que Callirhoé se comporte comme si elle était chez elle, puis reprends pensivement:

"Mais si ce bannissement était levé, ce qui ne saurait tarder, j'hériterais du titre de mon père et deviendrais l'un des princes "honorifique" du Naora, comprenez par là que notre sang n'a aucun lien avec la dynastie royale. C'est un titre réservé aux plus anciennes et illustres lignages dont la filiation est prouvée jusqu'aux temps où nous vivions encore sur Eden, notre monde natal. Cela se dirait en Sindel: Nenlaer Tanaëth'tar Ithil."

La Dame d'Escalie hoche pensivement la tête avant de demander:

"Et comment comptez-vous lever votre bannissement ? Les Sindeldi ne sont pas réputés pour leur magnanimité."

Je m'assombris légèrement à cette question, gardant le silence durant quelques secondes avant d'y répondre:

"Une telle sanction est très inhabituelle pour une faute de cet ordre, d'un point de vue légal elle n'est pas justifiée. Il suffirait que le père de la femme que j'étais censé épouser lève sa plainte pour que je rentre dans mes droits. J'ai bon espoir de le convaincre."

Si elle remarque que j'ai esquivé la manière concrète dont j'entends m'y prendre, Callirhoé ne le relève pas et se contente d'admettre:

"En effet, vous pourriez être d’une certaine aide à Isil, Messire Tanaëth. Je vous en serais redevable."

Je la dévisage un instant, indéchiffrable, avant de préciser doucement:

"L'amitié s'accommode mal des redevances, Dame, je me sentirais offensé que vous vous sentiez débitrice d'une façon ou d'une autre."

La Dame d'Escalie se contente de hocher la tête à mes paroles, sans doute ne croit-elle guère aux actes désintéressés compte tenu de sa position. L'Anorfain ne peut probablement pas être comparé au panier de crabes qu'est le Naora, mais aucune noblesse ne se maintient en haut de l'échelle sans négocier ses services d'une façon ou d'une autre. Isil semble elle aussi vaguement dubitative, mais qu'importe, je sais qui je suis et comment je fonctionne, si bien que j'accueille cette méfiance d'un sourire serein et demande plutôt:

"Sauriez-vous quand ce bal que vous avez évoqué se déroulera?"

"Dans cinq jours", répond Isil, assertion qui fait hausser un sourcil à Callirhoé de derrière sa tasse de thé fumante, mais elle n'en acquiesce pas moins. J'incline sobrement le visage en guise de remerciement pour cette information, cinq jours, cela devrait me laisser le temps de réaliser ce que j'ai en tête.


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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 4 Oct 2017 13:54 
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Cinq jours après notre arrivée à Cuilnen, je me rends à la fastueuse demeure de Callirhoé pour participer au bal promis. Isil s'y trouve depuis belle lurette déjà, habillage oblige. Un sourire franchement amusé illumine mon visage lorsque je l'imagine en train de se prêter à d'interminables séances d'essayage et de maquillage, je la vois d'ici pousser des soupirs à fendre l'âme et faire tout son possible pour les écourter, au grand dam sans doute des servantes qui l'assistent. Je ne l'ai guère aperçue ces derniers jours, son intronisation au sein de la maison d'Escalie impliquant qu'elle apprenne de nombreuses choses, j'en ai profité pour visiter la cité Elfique et faire plus ample connaissance avec son frère Alessan et ses parents.

Le manoir de la Dame d'Escalie est somptueux, entièrement bâti de pierre blanche et orné de colonnades florales. Il est construit au pied d'un arbre immense et entouré d'un splendide jardin, plus ordonné que celui de la famille d'Isil me semble-t-il. Des serviteurs obséquieux m'invitent à entrer sans délai lorsque je me présente aux portes et je découvre que l'intérieur de la demeure est à l'avenant de son extérieur, indiquant sans détour l'aisance de notre hôte. La vaste salle de réception où aura lieu le bal est jalonnée de colonnes magnifiquement sculptées, une grand lustre de cristal dispense un éclairage tamisé sur les nombreux invités qui s'y pressent déjà dans une ambiance imperceptiblement fébrile. Cette scène me ramène des décennies en arrière, en un temps auquel je ne repense plus désormais que rarement, devenu si flou que j'ai le sentiment diffus que c'était dans une autre vie.

Malgré tout, je ne me sens pas incongru dans ce cadre, mon éducation a été si bien ancrée en moi que je retrouve instinctivement les manières adéquates pour ce genre de réception et le faste de ma tenue n'a rien à envier aux plus riches atours de la noblesse de Cuilnen. Madame Boisant a fait des miracles, parvenant à me transformer d'austère guerrier errant en prince du Naora avec pour seule magie les plus belles soieries qui soient. Un pantalon bleu nuit sobrement orné d'arabesques en fil d'or sur les hanches, une chemise d'un bleu plus sombre, largement échancrée et subtilement transparente aux ourlets eux aussi dorés, doublée d'une veste à haut col mêlant différentes nuances de bleu au blanc pur pour l'intérieur. Une cape de soie blanche bordée de fourrure d'hermine et des bottes noire du plus beau cuir complètent mon accoutrement, enrichi des rares bijoux que j'arbore habituellement: le collier de l'Opale bien sûr, mais aussi la chevalière Mouraïque, l'insigne révélant ma place d'instructeur au sein de la milice d'Hidrain et, pour finir, l'amulette de mithril bleu signifiant une appartenance à la garde militaire de Nessima. Je n'ai à dire vrai aucune légitimité pour porter ce dernier bijou, mais il a pour moi une valeur sentimentale et symbolique qui dépasse sa signification première et rares seront ceux pouvant l'identifier en ces lieux.

Les minutes s'égrènent au fil des courbettes destinées à ceux et celles que je croise, agrémentées ici et là de quelques mots aimables et de laconiques présentations. Je bavarde aussi quelques instants avec Alessan et ses parents, des gens que j'apprécie sincèrement et avec qui je me sens parfaitement à l'aise. Isil et Callirhoé se font attendre, comme il sied en pareilles circonstances, mais cette dernière ne tarde pas à venir accueillir ses hôtes et son apparition soudaine me laisse sans voix. Elle est éblouissante, littéralement, vêtue d'une robe blanche et or qui s'harmonise aussi bien à son teint qu'à la couleur inhabituelle de ses prunelles. Ses courbes étourdissantes sont subtilement mises en valeur et son splendide visage encadré par sa chevelure auburn savamment coiffée incarne un idéal de beauté Elfique susceptible d'envoûter n'importe quel homme. C'est assurément l'une des plus superbes femmes que j'aie jamais contemplé, aussi troublante que Sithi à sa façon.

Remplissant avec une grâce quasi divine ses devoirs d'hôte, elle fait le tour des invités, échangeant quelques mots avec chacun, jusqu'à parvenir finalement vers moi. Après un échange de protocolaires courbettes et des menus compliments d'usage, elle me détaille une nouvelle fois de la tête aux pieds avant de river son regard au mien, un sourire entendu aux lèvres. Elle n'a pas manqué de remarquer que je l'observais un peu plus longtemps que nécessaire bien sûr, elle me trouble et elle le sait parfaitement, n'hésitant pas à jouer subtilement de son charme pour pousser son avantage. Puisant au fond de moi pour ne pas me laisser décontenancer, je lui retourne un même sourire, assuré et joueur. Je ne suis pas aveuglé au point de ne pas remarquer la flamme discrète qui teinte son regard d'or, la même que j'ai entrevue lors de notre première rencontre, elle le dissimule admirablement mais je sais tout aussi bien que je ne la laisse pas totalement indifférente. Nous n'échangeons que quelques banalités, ses obligations l'appelant, mais son sourire discrètement sensuel et la légère caresse de sa main sur mon avant-bras constitue un message clair: la soirée ne fait que commencer, le jeu se poursuivra en temps voulu.

Quelques minutes plus tard, un héraut couvre le bruit ambiant d'une voix de stentor pour annoncer:

"La Dame Aísillyn An’Naïnelim d’Escalie, pupille de la Maison d’Escalie, Coureuse des Plaines avec pour Compagnon, Lhyrr."

Je sens mon coeur s'emballer et ma gorge s'assécher en l'apercevant aux côtés de Lhyrr paré de sa magnifique armure, ornée de quelques draperies de mêmes teintes bleu foncé que la robe d'Isil ainsi que d'armoiries représentant une créature que je ne connais pas et deux étoiles. L'Elfe porte une merveille de soies et de velours noirs et bleus sombres qui font ressortir son teint délicatement nacré, la forme pure de son visage et le bleu intense de ses yeux. Sa coiffure est aussi travaillée que celle de Callirhoé, laissant libres quelques mèches qui lui donne un petit côté farouche et sauvage. Si la Dame d'Escalie évoque la splendeur du jour, Isil incarne celle d'une sombre nuit étoilée, un contraste qui n'a, j'en suis certain, rien d'un hasard.

(Tanaëth! Arrête de la reluquer, elle va finir par le remarquer), me tance Sindalywë, sarcastique.

(Je ne la reluque pas, je l'admire, nuance. Elle a vraiment un sacré charme...)

(Tanaëth...), murmure ma Faëra d'un ton lourd de menaces.

(Ho, ça va, hein! Je ne suis pas marié et elle non plus, alors détends-toi.)

(Tu es incorrigible mon bien-aimé! Tu ne l'intéresses peut-être même pas, en plus, ne viens pas te plaindre si tu prends une claque!)

(Mmm...on verra, insupportable petite moralisatrice, on verra...)

Une bonne demi-heure plus tard, une fois la tournée des ronds de jambes diplomatiquement corrects terminée pour Isil, qui s'efforce de faire contre mauvaise fortune bon coeur en offrant un sourire que je devine de façade à tout un chacun, elle se dégage de la foule pour s'approcher de moi et me glisse discrètement:

"Par pitié, dites-moi que les réceptions au Naora sont plus animées."

Un petit sourire en coin relève mes lèvres à cette supplique et je murmure sur le même ton:

"Il n'y a que la couleur de peau qui change, je le crains."

Ma réplique lui fait pousser un soupir exagérément dramatique et je la dévisage ensuite un instant, un éclat admiratif dans les yeux. Elle est vraiment extrêmement séduisante, bien trop pour ma tranquillité d'esprit en vérité, mais je m'abstiens rigoureusement de lui faire part de mes pensées, sachant que le moindre compliment qui franchirait mes lèvres l'agacerait et la mettrait mal à l'aise. Domptant sévèrement mes émotions, sans pour autant chercher le moins du monde à dissimuler le fait qu'elle me plaît, je lui souris doucement et lui adresse une révérence malicieuse avant d'enchaîner:

"Mais puisque vous semblez souhaiter de l'animation, m'accorderiez-vous une danse, gente Dame d'Escalie?"

Elle me lance un regard indécis entre l’irritation et l’amusement avant de me tendre sa main:

"Bien. Faisons jaser ces nobles, après tout c’est d’usage dans ce manoir."

Amusé par cette réplique autant que par cette situation qui semble fort inconfortable pour elle, je prends délicatement sa main et la porte à mes lèvres avant de la gratifier de mon sourire le plus charmeur pour lui répondre sur le ton de la plaisanterie:

"Et si nous nous efforcions plutôt de les laisser sans voix? Allons, souriez, vous serez la première native de Yuimen à valser avec un Danseur d'Opale. Venez, allons enflammer la piste..."

Je l'entraîne avec galanterie vers la piste, droit en son centre, puis je jette un regard explicite à ceux qui se trouvent dans les parages afin qu'ils fassent place. Quelques seconde plus tard, nous sommes entourés d'un large cercle vide, avec bon nombre de regards tournés vers nous. Isil place une main légère sur mon épaule et plonge son regard d'un bleu profond dans le mien avant d’esquisser un sourire facétieux:

"Voyons si vous êtes à la hauteur de votre titre."

Un indéfinissable sourire ourle mes lèvres à ces mots tandis que mon regard plonge sans détour dans celui de l'Elfe. Je glisse une main autour de sa taille et l'invite d'une légère pression à entamer le premier pas. Cela fait des décennies que je n'ai dansé de cette manière, mais mon équilibre est sans faille et cela n'a rien de bien différent avec les arts que je pratique. Détendu et assuré jusqu'au bout des ongles, je l'entraîne dans une danse à la grâce céleste, toute en arabesques fluides et aériennes, inspirée de la Danse de l'éclipse que j'affectionne tant. Je la teinte ici et là d'une discrète sensualité, sans jamais me permettre le moindre geste déplacé. Ce n'est qu'un hommage à sa beauté, une manière de mettre au premier plan la reine de la soirée afin que tous ici gardent cet instant en mémoire comme étant celui où la grâce féminine s'est incarnée parmi eux.

Si les premiers pas d'Isil sont légèrement hésitants, elle ne tarde pas à prendre de l'assurance et nous virevoltons sous les regards des convives, les yeux dans les yeux, un discret sourire sur les lèvres. La musique finit par s'éteindre, nous nous séparons sur la dernière note et l'Elfe se recule d'un pas pour effectuer une gracieuse révérence en guise de remerciement. Je la lui retourne avec naturel avant de désigner les tables où sont disposées les boissons du menton avec un petit éclat taquin dans les yeux:

"Que diriez-vous d'un verre, avant que je ne vous emmène faire une ballade en mer?"

Ma cavalière hausse un sourcil à ma proposition avant de lancer un bref regard autour d'elle. Comme de juste, quelques galants attendent leur tour avec impatience, je leur adresse un sourire d'une redoutable neutralité, les convenances les obligent à patienter, je le sais et je n'ai pas la moindre vergogne à en abuser. Isil reporte vivement son attention sur moi en amorçant le mouvement vers les tables, ce qui m'indique que ma proposition ne la dérange pas spécialement.

"Avec plaisir. Une ballade en mer, disiez-vous…", me demande-t'elle?

Quelques-uns des impatients tirent une mine de six pieds de long en réalisant que leur tour ne sera pas pour tout de suite, il faudra bien que je résolve à leur consentir quelques rondes avec ma si séduisante partenaire de danse, mais ils attendront. Chassant ces êtres de mon esprit, je souris plus ouvertement à Isil pour lui répondre:

"Une ballade symbolique, une danse marine, issue de la mer, des vagues, de la houle, un peu moins...aérienne que la précédente, en somme."

"Ce sera avec plaisir, mais je crains que cela ne doive attendre quelques danses, il y a des limites à ce que je peux faire sans devenir insultante pour les convives", répond-elle avec amusement.

Lorsque nous approchons des boissons je lui sers le breuvage de son choix, prenant pour ma part un verre de vin léger et fruité que je lève vers l'Elfe pour trinquer délicatement avec elle en murmurant d'un air faussement féroce:

"Ils ont beau faire la tête, ils attendront un peu, ils n'avaient qu'à se décider plus tôt à vous inviter!"


Un petit clin d'oeil souligne que je plaisante, puis j'ajoute sur le ton de la confidence, adoptant un air exagérément inquiet:

"Pourvu que toutes les dames présentes ne se mettent pas aussi en tête de danser avec moi..."

L'Hinïone rit légèrement et lance un coup d'oeil autour d'elle en répliquant:

"Seriez-vous aveugle pour ne pas les avoir vues ? Vous êtes l'attraction, l'exotisme Sindel à leurs yeux. Seul votre air renfrogné les tient à l'écart, mais après cette danse, je ne donne pas cher de votre peau pour que ça dure."

Mon rire fait miroir au sien et je me penche pour lui murmurer à l'oreille d'un ton facétieux:

"Il suffira que je marche ici et là sur leurs jolis pieds et elles fileront comme canaris devant le loup."

Isil secoue la tête d'un air faussement réprobateur à ma boutade, un sourire aux lèvres. Je me recule et ajoute avec une petite moue dubitative sur le visage, usant de mon ton le plus pince-sans rire:

"Ceci étant, je vous trouve bien injuste. Je n'arrête pas de sourire depuis que je vous ai croisée, à tel point que je me demande si je ne vais pas aller voir un exorciste pour m'assurer que vous ne m'avez pas ensorcelé."

Alors que l'Elfe reste pantoise devant cette nouvelle touche d'humour, je jette à mon tour un regard alentour et, avisant canaris et autres paons qui s'enhardissent pour nous approcher, je remarque à mi-voix:

"Mais cela attendra demain, pour l'heure je crois que le moment et venu de donner le tournis à ces nobles Dames et Seigneurs."

Après un petit regard du côté de la cour attendant notre bon vouloir, Isil hoche pensivement la tête et m'adresse une petite courbette avant d'ajouter:

"Messire, sans doute nous reverrons-nous plus tard."

Je lui rends une révérence et rive un intense regard au sien avant de sourire doucement, manière de lui indiquer que je l'espère bien. Elle n'a pas le temps de faire trois pas qu'un galant tente sa chance en venant s'incliner devant elle pour l'emmener danser. Je la vois plaquer son plus beau sourire sur son visage, mais j'ai bien l'impression que ce n'est là qu'une façade et qu'elle préférerait largement arpenter quelque poussiéreux chemin.


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Mer 11 Oct 2017 20:31, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 4 Oct 2017 14:19 
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A peine Isil s'est-elle éloignée avec son nouveau cavalier que je me vois entraîné à sa suite en compagnie de l'une des Hinïonnes qui nous tournaient autour. Ainsi que l'a relevé la nouvelle Dame d'Escalie, je suis l'animal exotique du jour et notre première prestation semble avoir rendues jalouses toutes les invitées, si bien que les valses s'enchaînent sans répit durant ce qui me semble être une éternité. Mes cavalières ont beau être charmantes et aussi gracieuses que peuvent l'être des Elfes, leurs minauderies et autres jeux de séduction me laissent de marbre. Toutes pomponnées qu'elles soient, elles me semblent bien ternes et insignifiantes en comparaison d'Isil et de Callirhoé; je prends davantage de plaisir à valser avec Jaïna, la mère d'Isil, largement moins superficielle et guindée que la plupart des nobles dames regroupées ici. Sans compter que pour elle, contrairement aux autres Hinïonnes, je ne suis pas seulement un oiseau exotique qu'il faut impérativement approcher pour pouvoir s'en targuer plus tard et faire mousser les absentes, ce qui me change fort agréablement.

La Dame d'Escalie profite de ce que j'achève une pause désaltérante pour me rejoindre, glissant avec assurance un bras sous le mien et plantant sans détour son regard pénétrant dans mes prunelles. Un sourire léger et subtilement provocateur flottant sur les lèvres, elle m'informe sans ambages de sa volonté:

"Il est temps de m'inviter à danser, cher Tanaëth. Voilà des heures que j'espère vous avoir pour partenaire, prendriez-vous plaisir à me faire languir?"

Ainsi reprend le jeu entamé en début de soirée, une partie que je sais n'avoir que peu de chances de remporter face à une telle femme. Toutefois il est de bon ton d'offrir une certaine résistance, si bien que je lui retourne un sourire enjôleur en posant sensuellement une main sur celle qu'elle a posé sur mon avant-bras:

"Nullement ma Dame, il convenait que je me dérouille avant de me risquer sur la piste en votre gracieuse compagnie, je tenais à faire figure honorable."

Et gracieuse elle l'est, bien au-delà de ce que les mots pourraient évoquer. Nous dansons ensemble durant un bon moment, tantôt sur des mélodies enlevées, tantôt sur des rythmes plus propices aux rapprochements. Callirhoé ne manque pas alors d'user de ses charmes pour me troubler avec toute la subtilité d'une courtisane confirmée. En temps normal j'attiserais la flamme que je vois briller dans son regard, je suis raisonnablement certain qu'elle n'aurait rien contre l'idée de passer une nuit en ma compagnie mais, pourtant, je m'en abstiens. Si belle et pleine de grâce que soit la Dame d'Escalie, c'est une autre qui occupe mes pensées ce soir. Fine et perspicace, elle semble le comprendre et l'accepter, sans pour autant renoncer si j'en juge par son sourire entendu. C'est le contraire qui m'aurait étonné, en réalité. Elle profite habilement des instants que nous passons ensemble pour me poser diverses questions, plus ou moins personnelles selon les cas. Je réponds à certaines et en esquive d'autres, retrouvant peu à peu mes marques dans les méandres de la diplomatie de cour.

La valse s'achève, suivie d'autres et d'autres encore, cavaliers et cavalières changeant à chacune puis, ayant satisfait aux convenances en accordant une danse à la plupart de celles qui le souhaitaient, je m'extirpe de la foule à force de sourires et de futilités, quittant la salle pour aller prendre un peu l'air dans les jardins. Ils ne sont pas déserts mais leur superficie permet néanmoins de trouver des coins tranquilles, à condition de s'éloigner un peu des ouvertures donnant sur la salle de bal. Avec un soupir de soulagement, je dirige vers l'un d'eux, contournant quelques bosquets qui dissimulent, je le sais pour l'avoir aperçue en arrivant, une fontaine entourée de quelques bancs de pierres.

Je marque un arrêt en réalisant qu'il y a déjà quelqu'un, une femme vêtue de sombre à peine discernable dans les ombres, m'apprêtant à aller me trouver un autre coin lorsque je me rends compte qu'il s'agit d'Isil. J'hésite un instant de plus, ne désirant pas la déranger si elle a besoin d'un moment de solitude, mais je me dis aussi qu'il suffit de lui poser la question et je finis par avancer en prenant soin de faire assez de bruit pour qu'elle m'entende approcher. Arrivé assez près pour ne pas avoir besoin d'élever la voix pour me faire entendre, je demande doucement:

"Cela vous dérange-t-il que je me joigne à vous quelques instants? Je comprendrais que vous ayez besoin d'un peu de solitude, n'hésitez pas à le dire."

Elle se retourne, un sourire aux lèvres, pour m'assurer que ma présence ne la dérange pas et me demander si je fuis également les festivités. Je la rejoins d'un pas souple, avec une petite moue sur le visage:

"Oui, j'avais besoin de prendre l'air. Je préfère les grands espaces et la paix de la nature à ces mondanités, le bruit et la foule me fatiguent."

Je hausse les épaules et chasse ma moue d'un sourire:

"Ceci dit, j'aime danser et faire de temps à autre la fête, j'ai du plaisir à être là, en particulier en votre compagnie et celle de Callirhoé. C'est une femme remarquable, je comprends que vous vous appréciez. Puis-je vous demander comment vous l'avez rencontrée?"

L'Elfe m'adresse un sourire, appréciant visiblement davantage les compliments adressés à son amie qu'à elle-même, bien qu'implicitement il lui ait été également destiné, puis elle reporte pensivement son regard sur les étoiles:

"Callirhoé est une fille unique d’une mère morte en couche et son père a très tôt souhaité qu’elle ne grandisse pas isolée. Ma mère était déjà réputée pour être une bonne préceptrice, et il s’est avéré qu’elle venait d’avoir un enfant, aussi, de fil en aiguille, lui a-t-il demandé d’éduquer sa fille et de lui servir de figure maternelle. Nous avons donc grandi ensemble et elle prit rapidement l’habitude de m’embarquer dans toutes ses manigances. Au début… disons que ses talents de diplomate étaient encore à parfaire, s’attirant les foudres d’autres enfants et", ajoute-t-elle avec un petit rire gêné, "je me suis alors retrouvée à casser quelques figures plus souvent qu’à mon tour."

J'écoute avec attention ce récit qui me permet de beaucoup mieux cerner le lien qui les unit. Son aveu final me fait rire doucement, l'imaginer comme une enfant turbulente est amusant et n'a rien pour me surprendre:

"Ainsi vous étiez farouche dès votre plus jeune âge, voilà qui ne m'étonne guère, pour être honnête."

Je la dévisage intensément durant un instant avant d'ajouter à mi-voix avec un sourire léger flottant sur mes lèvres:

"Même maintenant, parée comme une reine, vous avez un petit côté sauvage tout à fait troublant. Je sais que vous ne prisez que peu ce rôle de noble Dame qui vous est imposé, mais vous vous en tirez admirablement, si je peux me permettre de le dire."

Elle tourne la tête vers moi avec un petit sourire malicieux et rive un regard d'une intensité qui n'a rien à envier à celui que je plonge dans ses prunelles océanes:

"On ne fréquente pas la Dame Callirhoé sans apprendre quelques petites astuces."

Je me sens vaciller intérieurement sous ce regard qui met à mal mon assurance pourtant solide, elle a appris bien plus que quelques astuces apparemment, pour parvenir à m'ébranler ainsi. Cela m'arrive si rarement que je ne me souviens pas de la dernière fois mais, en cet instant, mille doutes m'assaillent et je ne sais comment réagir, me sentant subitement dans la peau d'un adolescent timide. Je crains de la brusquer par un geste de tendresse maladroit que je meure pourtant d'envie de laisser jaillir mais, je peine à me l'avouer, je n'ose tout simplement pas prendre ce risque. Le réaliser me permet de reprendre pied, jamais je ne laisserai la peur me dicter sa loi, quel que soit le domaine de ma vie.

Lentement, sans prononcer un mot ni détacher mes prunelles des siennes, je lève les mains pour prendre les siennes d'un geste caressant et les porter délicatement à mes lèvres. Je prends soin de lui laisser tout loisir de se dégager si elle le souhaite, espérant du fond du coeur qu'elle ne le fasse pas mais refusant de la contraindre si peu que ce soit. Elle ne se dérobe pas cette fois et, sans détourner son regard brûlant un seul instant, sourit plus malicieusement encore pour murmurer:

"N’aviez-vous pas dit quelque chose au sujet d’une danse ?"

Sans lâcher ses mains que je presse avec douceur, j'incline légèrement le visage en m'autorisant un sourire plus sensuel et réponds sur le même ton:

"Avec joie, Isil. Laissons alors les vagues nous emporter et voyons où elles nous mèneront."

Une réponse qui fait naître un sourire amusé sur les lèvres d'Isil à qui j'offre mon bras pour l'inviter à rejoindre la salle et la piste de danse, marquant un arrêt près des musiciens pour souffler à celui qui règle le rythme:

"Nous feriez-vous la faveur d'un air inspiré de la mer, messire?"

Le chef d'orchestre sourit largement et hoche positivement la tête, je le remercie d'une petite inclinaison du buste et conduit sans plus tarder Isil au centre de la piste. Nul besoin de demander que l'on nous fasse de la place cette fois, les danseurs s'écartent naturellement tandis que de nombreux regards intrigués se tournent vers nous. Je me place face à Isil, le regard rivé au sien pour murmurer:

"Fermez les yeux, voulez-vous? Imaginez la mer, les vagues, le rythme du ressac et de la houle..."

L'Elfe arque un sourcil surpris à cette demande des plus inhabituelle mais elle accepte néanmoins de s'y prêter, non sans se tendre légèrement. Je sors le diadème que j'ai fait ouvrager pour elle et murmure:

"Détendez-vous, vous n'avez rien à redouter, j'ai juste un petit présent pour vous..."

D'un geste aussi doux que précis le place sur son front à l'instant où la musique marque le pas pour séparer les morceaux. Ma phrase a néanmoins eu l'effet inverse et Isil ouvre brutalement les yeux une seconde avant que je n'aie fini de placer le bijou. Des exclamations étouffées fusent dans la salle, presque aussitôt couvertes par une mélodie aux accents rappelant l'océan et ses houles, tantôt paisibles tantôt sauvages. L'Elfe lance un bref regard alentours avant de le visser à nouveau au mien alors que j'ajoute:

"Voilà, maintenant nous pouvons danser!"

Un sourire satisfait éclaire mon visage, les artisans ont véritablement donné forme à mon imagination et le bijou sied merveilleusement à l'Elfe, j'espère qu'il lui plaira autant qu'à moi. Crispée, Isil se retient de retirer l'ornement pour l'examiner, sans doute parce qu'une bonne partie de l'assemblée a les yeux rivés sur nous, et se contraint à garder les bras le long de son corps, soufflant entre ses dents serrées d'un ton où perce une pointe de méfiance:

"Tanaëth… qu’est-ce ? Pourquoi ?"

Je lui souris avec douceur avant de désigner les convives qui nous observent d'un infime mouvement du menton et de répondre d'un murmure:

"Je répondrai à vos questions plus tard, Isil, l'heure est à la danse océane..."

Je l'invite à entamer la danse en lui tendant une main, mes prunelles toujours intensément rivées aux siennes. Elle jette un dernier regard aux convives avant d'accepter ma main, nous entamons les premiers pas et je sens aussitôt qu'elle est tendue, aux abois. Au gré des mouvements souples et ondulants, parsemés d'approche et de reflux, je profite d'un instant de proximité pour lui murmurer d'un ton imperceptiblement taquin:

"N'en faites pas toute une histoire, ce n'est jamais qu'un bout de métal destiné à protéger votre jolie frimousse. Comme je sais que vous avez tendance à casser quelques figures ici et là je me suis dit que cela vous serait plus utile qu'une belle robe pour les bals."

Elle se contente de hocher la tête et je la sens se détendre imperceptiblement, bien qu'une discrète lueur de reproche me semble assombrir son beau regard. Cette réaction m'attriste un peu, bien qu'à la réflexion je puisse la comprendre, me souvenant des doutes de Callirhoé et des siens lorsque j'ai dit quelques jours plus tôt que l'amitié s'accommodait mal de redevances. Calculs et ambitions régissent le monde, comment pourrais-je leur reprocher leur méfiance? Je chasse ces pensées d'un léger soupir et me plonge corps et âme dans la musique, dans la danse, dans l'instant présent. Je laisse pleinement s'exprimer la sauvagerie de l'océan, mais aussi sa douceur, sa sensualité fluide et spontanée, au gré des mouvements qui s'enchaînent sans heurt. Peut-être parviendrais-je à faire oublier pour quelques instants le monde et ce qui nous entoure à l'Elfe, qui sait?

Lorsque la musique s'estompe, je plonge mon regard dans le sien et désigne les jardins d'un petit signe de tête en proposant sur le ton de la banale conversation:

"Souhaitez-vous que nous allions prendre l'air quelques instants?"

Elle comprendra, j'en suis certain, que j'indique par là que je suis prêt à répondre à toutes les questions qu'elle pourrait avoir. Nous sortons aussitôt et, dès que nous sommes suffisamment éloignés pour que nul ne puisse entendre, Isil déclare abruptement:

"Tanaëth, je ne suis pas une pouliche que l’on marque au fer rouge."

Elle s'arrête subitement pour inspirer et reprendre plus posément:

"Je ne pense pas que telle ait été votre intention, mais…"

Elle s'interrompt une fois encore, ne sachant comment dire diplomatiquement ce qu'elle a sur le coeur sans doute, puis elle détourne les yeux vers les ombres nocturnes avant de les reporter sur moi pour ajouter:

"Merci pour votre présent."

Mon visage se pare d'un masque d'impassibilité à ses premiers mots, qui font naitre en moi une sourde et profonde colère que je n'ai aucune envie de lui montrer. Je ne réagis pas davantage aux seconds, me contentant de garder mes prunelles, à cet instant rigoureusement indéchiffrables, rivées aux siennes. Lorsqu'elle me regarde à nouveau après s'être détournée pour me remercier, j'incline simplement le visage pour accepter ce merci avant de prendre la parole d'un ton résolument sérieux:

"Vous faites erreur sur la personne, Isil, sans vouloir vous offenser. Et sur mes intentions aussi, semble-t-il. Je vous apprécie beaucoup et, ce n'est pas un secret, vous me plaisez. En tant que femme bien sûr, mais surtout en tant que personne, que les choses soient claires. En conséquence de cela, je souhaitais vous offrir quelque chose pour marquer votre entrée dans la famille d'Escalie, mais je ne savais sur quoi porter mon choix, sachant que d'inutiles babioles ne vous intéresseraient pas le moins du monde."

Je laisse mon regard dériver un instant sur les environs, puis je le ramène dans celui de l'Elfe:

"Maintenant, réfléchissez comme Callirhoé vous l'a appris. Examinez les implications de ce qui vient de se passer, les conséquences, compte tenu des raisons qui ont amené la Dame d'Escalie à faire de vous sa pupille."

Un léger sourire prend place sur mon visage alors que j'ajoute d'un ton moins grave:

"Et jetez ensuite un oeil à ce bijou, il y a quelques détails qui vous intéresseront, je l'espère."

Elle n'esquisse pas le moindre geste pour observer le diadème, se contentant de garder ses prunelles rivées aux miennes. Elle finit par les détourner pour aller faire quelques pas dans la nuit, avant de me faire part de sa réflexion:

"Vous espérez que les convives aient assisté à ce manège pour voir en vous mon protecteur, comptant sur votre statut de guerrier et votre réputation pour repousser leurs velléités de meurtre."

Elle ajoute, dans un murmure à peine audible:

"Mais ce faisant, vous m’avez marquée comme vôtre."

Elle pousse un léger soupir et, alors qu'elle lève les mains vers son front pour en retirer le diadème, je lui réponds d'une voix douce:

"Seuls les imbéciles pensent qu'une femme, ou un homme, peut appartenir à qui que ce soit, Isil. Les imbéciles et les esclavagistes."

Tandis que je laisse passer une seconde de silence avant de poursuivre, durant lequel Isil renifle sardoniquement en remarquant:

"Qui a dit que la noblesse devait faire sens ?"

Je ne peux m'empêcher de sourire légèrement à cette question, sachant fort bien que la noblesse se fait un devoir d'être excentrique et futile, mais ce n'est pas ce que pense la noblesse qui m'importe, c'est ce que pense Isil. Néanmoins ce que je pensais devoir dire à ce propos l'a été, je repasse donc aux considérations politico-stratégiques:

"Mais allez plus loin dans votre raisonnement: je suis un noble de Naora, dirigeant d'un ordre de guerriers légendaires qui accroit de plus en plus son influence, sur ce continent, mais aussi en Imfitil et au Naora. Nous avons une ambassade à Luinwë, vous avez une ambassade à Tahelta, il y a des liens assez étroits entre nos peuples. En me positionnant comme je l'ai fait, j'indique sans détour que je soutiens la maison d'Escalie, pas uniquement vous. Les ennemis de Callirhoé se renseigneront sur mon compte et ce qu'ils découvriront ne leur plaira pas. Ils y réfléchiront à deux fois avant de se risquer à encourir des représailles de ma part, soyez-en certaine."

Après avoir examiné le diadème, avec attention, Isil relève la tête vers moi pour déclarer:

"Il est magnifique, Tanaëth."

Je lui souris avec douceur, les yeux plongés dans les siens, pour lui expliquer un peu ce qu'elle tient entre les mains:

"Le métal provient d'une grotte possédant un glacier souterrain, dans les plus hautes montagnes au-dessus de Luminion. Je l'ai trouvé après avoir apprivoisé Sinwaë, tandis que nous tentions de redescendre sans recroiser un Béhémot avec qui j'ai eu quelques démêlés. La perle provient du tombeau d'Eswann Sessra, dans les tréfonds de la grotte obscure qui se trouve près d'Omyre. Elle m'a été offerte par le Sylphe qui la garde, pour me remercier de ne pas avoir tenté de piller la sépulture. J'y ai fait incruster deux runes, afin de renforcer sa magie."

Les mains de la belle Hinïonne se mettent à trembler un peu après ce bref récit, puis elle incline la tête pour me remercier à nouevau, avec une toute autre sincérité cette fois, qui m'indique qu'elle accepte vraiment mon présent. Elle se rapproche ensuite et me tend le diadème en baissant légèrement la tête afin que je le remette en place, une façon émouvante de me dire qu'elle souhaite que nous repartions sur une autre base. Je prends délicatement l'ornement de ses mains et le pose sur son front d'un geste doux, ce qui la fait frissonner. Puis, incapable de contenir le flot de tendresse que j'éprouve pour cette Elfe si touchante, je frôle sa joue du bout des doigts d'un geste tendre et murmure un peu timidement:

"J'aimerais vous prendre dans mes bras, mais...le permettez-vous?"

Elle ne se dérobe pas à ma caresse, levant plutôt les yeux vers moi d'un air amusé avant de se dresser sur la pointe des pieds et de m'attirer à elle pour déposer un léger baiser à la commissure de mes lèvres. C'est à mon tour de frémir, un frisson délicieux qui fait étinceler mon regard dans les ombres tandis que je sens des émotions profondes se bousculer en moi. Avant que je n'aie eu le temps d'esquisser un geste, elle redescend à terre et arque un sourcil, une étincelle joyeuse dans les yeux, pour me dire avec malice:

"Retournons à l’intérieur ?"

Mes yeux, intensément plongés dans les siens, se plissent d'amusement tandis qu'un discret sourire relève mes lèvres. Si je suis d'ordinaire plutôt direct et peu enclin à temporiser en la matière, je n'ai aucune envie cette fois de précipiter les événements. Il y a quelque chose d'exaltant et d'euphorisant dans ces instants d'approche, ce sont des moments uniques et, si je n'y accorde d'habitude guère d'importance, il en va autrement cette fois, pour une raison que je ne m'explique pas vraiment. J'incline légèrement le visage et prends l'une des mains d'Isil pour l'embrasser avec douceur, un peu plus longuement que s'il ne s'agissait que d'un geste de courtoisie:

"Oui, profitons pleinement de cette soirée, elle n'aura lieu qu'une fois."

Je l'invite d'une légère pression sur la main à nous diriger vers la salle de bal en ajoutant avec un sourire mystérieux et imperceptiblement séducteur:

"Et puis, il y a encore quelques danses que j'aimerais partager avec vous, maintenant que la musique s'apaise."

"Je n'en doute pas", me répond-elle.

Nous virevoltons joyeusement ensemble quelques temps tout en flirtant avec la retenue qui sied au cadre dans lequel nous évoluons. Je réalise rapidement qu'Isil établit une limite à ce flirt, m'indiquant subtilement que les choses n'iront pas plus loin ce soir. Cela ne m'étonne pas vraiment, bien que l'intensité de son regard rivé au mien et son attitude en général semble révéler qu'elle n'aurait fondamentalement rien contre l'idée de quelques ébats sensuels. Mais ce soir est particulier et mon présent, ainsi que la manière dont je le lui ai offert, donnerait une connotation très moyenne à une telle relation. Je n'en ai personnellement rien à faire, mais je comprends parfaitement que cela puisse la déranger et je respecte son sentiment, m'abstenant dès lors d'éprouver cette limite qu'elle désire conserver.

Bienséance obligeant, nous nous séparons pour aller danser avec d'autres alors que la nuit se déroule peu à peu, jusqu'à ce que le hasard, méticuleusement planifié si mon instinct dit vrai, me ramène dans les bras de Callirhoé. Le jeu de séduction reprend aussitôt, plus sensuel que jamais car les mélodies sont maintenant plus propices à l'intimité, ce que la Dame d'Escalie ne manque pas de mettre à profit. Rester totalement insensible à ses charmes est impossible, du moins en ce qui me concerne, mais cela me gêne compte tenu de ce qui s'est passé ce soir avec Isil. Rares sont les femmes tolérant que celui qui vient de leur faire la cour se jettent dans d'autres bras et je n'ai pas la moindre envie de risquer de la blesser.

Pourtant, lorsque j'observe discrètement ses réactions alors qu'elle me voit dans les rets de Callirhoé, elle ne semble nullement s'en offusquer ou même simplement s'en faire, souriant sans le moindre signe de crispation. Mon indécision se prolonge quelques minutes, après tout, puisque cela ne semble pas la déranger et qu'elle ne souhaite apparemment pas finir la soirée en ma compagnie, pourquoi me priver de répondre aux avances de la sculpturale Callirhoé? Si j'éprouve de la tendresse, de l'affection et du désir pour Isil, il serait largement exagéré de parler de sentiments, d'autant plus que c'est le genre de choses dont je me méfie viscéralement depuis que j'ai pris conscience que ma vie ne serait jamais qu'une longue suite de combats. Le prochain sera peut-être aussi le dernier et, à cette aune, remettre les plaisirs de la vie au lendemain n'aurait pas le moindre sens. Pourtant, quelques mots entendus plus tôt dans la soirée me reviennent à l'esprit, qui font naître un sourire songeur sur mes lèvres.

(Qui a dit que la noblesse devait faire sens?)

Je prends congé de Callirhoé quelques instants plus tard et vais discrètement récupérer mon équipement martial et Sinwaë chez les parents d'Isil avant d'emprunter l'un des sentiers conduisant dans la forêt.


Dernière édition par Tanaëth Ithil le Mer 4 Oct 2017 17:51, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Les habitations
MessagePosté: Mer 4 Oct 2017 18:01 
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Je regagne le manoir de Callirhoé en fin de matinée, ayant été invité à prendre part au déjeuner organisé pour clôturer dignement les festivités, bardé de mon attirail de guerrier cette fois, une tenue dans laquelle je me sens somme toute plus à l'aise.

Je trouve Isil, Alessan et Lhyrr en train de comater, leurs mines de déterrés révélant sans détour qu'ils ont tous trois abusé de la dive bouteille. Je souris à cette vision, amusé, et vais m'installer sans bruit à la tablée, me contenant de les saluer à mi-voix, avec une pointe de sarcasme:

"Bonjour, la grande forme à ce que je vois?"

Pour ma part je suis aussi frais et dispos que de coutume, les quelques heures passées en forêt m'ont permis de réfléchir et de me reposer tout mon saoûl.

Isil pousse un profond soupir de dépit à ma remarque taquine, sans que je ne parvienne à en définir la raison exacte, tandis qu'Alessan relève difficilement la tête pour m'adresser un petit sourire et préciser comme si cela expliquait tout:

"Nous avons mis la main sur une bouteille d’hydromel blanc et de capsésin."

Un léger rire s'échappe de mes lèvres à cette réplique alors que je m'empare d'une pomme:

"Je vois ça."

Je hausse ensuite les épaules en souriant doucement à chacun:

"Je ne vois guère d'occasion plus digne d'être fêtée, vous avez bien fait d'en profiter."

"Pléthore d’exemples de meilleures raisons de faire la fête me viennent à l’idée plutôt que la soirée qui a scellé ma liberté dans une bague", me contredit Isil en me montrant la chevalière de sa nouvelle maison passée à son doigt.

Alessan, lui, émet un petit rire et riposte:

"Ne sois pas si dramatique, petite sœur."

Je scrute Isil en silence durant quelques instants, de ce même regard intense qui a marqué nos échanges de la veille, puis je lui réponds à mi-voix:

"Vous aviez besoin d'évacuer vos tensions et votre frustration d'avoir été "manipulée", cela me semble une raison plus que valable pour boire un ou deux verres de trop."

Je baisse les yeux sur la pomme que je tiens et la fais pensivement tourner entre mes doigts avant de relever les yeux dans ceux de l'Elfe et d'ajouter:

"Mais ce n'est pas le titre de noblesse qui prive les êtres de leur liberté, Isil, c'est ce qu'ils en font."

Alessan garde prudemment le silence, laissant sa soeur poursuivre:

"N’avez-vous pas justement été obligé de renoncer à votre titre pendant trente-cinq ans pour conserver votre liberté ? Pensez-vous que les obligations ne vous rattraperont pas, une fois de nouveau en possession de votre nom, si ce n’est avant ?"

Je secoue lentement la tête et réponds doucement:

"Non, j'ai choisi de fuir parce que je n'avais pas la moindre idée de ce qu'était la liberté et que j'avais peur de me dresser contre ceux qui voulaient diriger mon destin à ma place, je ne savais pas comment m'y prendre. J'étais submergé par le chagrin et la colère, si bien que mon choix n'était pas le plus judicieux et que j'en ai subi les conséquences, que je vais les subir encore."

Mon sourire se fait plus songeur alors que j'enchaîne, un éclat fier et farouche dans les yeux:

"Aujourd'hui, la situation est différente, je sais ce que je me veux et qui je suis. J'aurai des obligations, certes, mais j'ai choisi et accepté de les endosser, parce qu'elles peuvent me permettre de faire davantage pour les miens et que cela passe avant mes propres états d'âme."

Isil avale un verre d'eau d'une traite avant de riposter:

"Vous acceptez donc de laisser une partie de votre liberté de côté pour faire ce que vous estimez être le mieux pour le futur. C’est aussi mon cas et la raison pour laquelle j’accepte cette tâche, mais c’est aussi la raison pour laquelle elle me déplaît et que j’estime n’être plus aussi libre de mes mouvements que je l’étais."

Je plonge une nouvelle fois mon regard de jais dans celui de l'Elfe et murmure:

"Je ne laisse pas une partie de ma liberté de côté, ce titre me rendra plus libre que je ne le suis aujourd'hui, je n'aurai plus les mains aussi liées qu'aujourd'hui. Nous avons souvent tendance à ne voir qu'une face de la pièce, mais il me semble nécessaire de soupeser soigneusement ce que l'on perd et ce que l'on gagne, l'équilibre n'est pas toujours celui que l'on pensait à l'origine."

Isil secoue malgré tout la tête pour manifester son désaccord:

"J’ai soupesé la pièce, Tanaëth, et l’équilibre ne tombe pas en ma faveur. Peut-être l’avenir me prouvera-t-il que j’ai tort. Cela ne m’empêche pas d’assumer ce choix et je le porterai jusqu’au bout."

Le ton employé m'apprend qu'elle n'y croit pas, Alessan pousse quant à lui un gémissement en se plaignant:

"Une joute verbale de bon matin, vous n’avez aucune pitié."

Je souris, amusé par cette dernière réplique, puis lui réponds avec une discrète tendresse:

"Il tournera en votre faveur, parce qu'au fond de vous vous le souhaitez, même si vous n'y croyez pas. Et puis, vous savez combien j'aime le faire basculer, je vous aiderai si je le puis."

Elle me lance une œillade amusée ainsi qu'un "Nous verrons" tout à fait dans la ligne de sa réserve habituelle, ce qui me faire rire doucement. Je me lève ensuite souplement pour adresser une légère révérence à Callirhoé qui entre à cet instant dans la salle en remarquant que nous avons bien profité de la soirée. Cela s'adresse sans doute davantage à Isil et son frère qu'à moi, mais je n'en incline pas moins le visage en guise d'acquiescement. La dame d'Escalie s'installe gracieusement à côté d'Isil tandis que des servantes amènent nourriture et boissons chaudes. Callirhoé m'observe, le menton posé sur l'une de ses mains, pour remarquer avec un léger sourire flottant sur ses lèvres:

"Vous avez disparu bien tôt, hier, comme c’est dommage. J’espère que la soirée ne vous a pas déplu."

Je la dévisage un instant en silence, le sous-entendu ne m'a pas échappé et me met quelque peu dans l'embarras. Je ne peux tout de même pas lui dire qu'une autre occupait mes pensées, ou du moins pas sans le tourner de manière courtoise. Un sourire ourle lentement mes lèvres alors que je choisis mes mots:

"Votre soirée était exquise, ma dame, tout comme vous."

Je tourne brièvement les yeux vers Isil puis reviens dans ceux de Callirhoé avant d'ajouter:

"Ne voyez en ma disparition qu'une marque de courtoisie, Callirhoé, une réminiscence de mon éducation rouillée de gentilhomme."

La Dame d’Escalie éclate d’un petit rire léger en entendant ces mots, les balayant d’une main et répondant avec malice:

"J’ai pu voir votre action d’éclat qui est venue agréablement étayer cette soirée."

J'incline le visage, partagé entre l'amusement et une certaine gêne qui se manifeste sous la forme d'un sourire plus timide que de coutume. Elle sait pertinemment pourquoi je me suis abstenu de répondre à son invitation, ses mots amènent un léger rosissement aux joues d'Isil qui s'empresse de le masquer derrière sa tasse de thé avant de proposer:

"Je pense que nous allons rester quelques jours avant de partir. Le temps de nous remettre de tout ceci et de nous reposer, puis nous serons de nouveau sur les routes. Si cela vous convient, évidemment, Tanaëth."

Je hoche la tête en signe d'acceptation avant de répliquer avec une discrète malice:

"Fort bien mais, à défaut de la ville que j'ai déjà parcourue, j'espère que vous en profiterez pour me faire visiter un peu la forêt des alentours, j'ai bien cru que je ne retrouverais pas Cuilnen la nuit passée."

L'Elfe me lance un regard gêné en répondant:

"Il est vrai que j’ai manqué à tous mes devoirs, je suis restée prise par tout ce qu’il y a à apprendre. Je pourrais vous faire visiter les alentours de Cuilnen dès demain, si vous le souhaitez. Dès que je me serai remise d’hier, il s’entend."

Elle ajoute cette dernière mention en reprenant une gorgée de thé, semblant soudain un peu irritée. Je n'ai pas l'impression que ma taquinerie soit la source de son agacement, toutefois, mais je précise tout de même ma pensée en lui souriant avec douceur:

"Vous n'avez nullement manqué à quoi que ce soit, Isil. Vous avez fait ce que vous deviez faire, simplement. Aujourd'hui vous vous remettez de vos émotions et vous avez besoin de vous reposer, je suis très heureux que vous ayez fini agréablement la soirée et la forêt ne se déplacera pas de sitôt."

Elle se contente d'un simple hochement de tête en guise de réponse et le reste de la journée ainsi que la nuit suivante se déroulent tranquillement, faites de bavardages divers et de repos.


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