L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Marais du Narshass
MessagePosté: Mar 10 Aoû 2010 21:39 
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Marais du Narshass


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Le Fleuve qui marque la frontière entre l'Atha Ust et l'Anorfain porte le nom de Narshass, c'est une contraction de "Naréthiel Estira" et de "Shass Shonis". Le premier nom désigne un Roi Anorfain, là où le second est celui d'une matriarche atha-ustoise. Au terme d'une longue guerre voilà près de 8000 ans, les deux signèrent la paix, fixant la frontière le long du fleuve. S'apercevant qu'il n'avaient pas de nom commun, ils le nommèrent avec leurs propres noms.

Au delta de ce fleuve se trouve un marais : le marais du Narshass. Composé de bandes de terres extrêmement fertiles, mais entrecoupées de canaux changeant en permanence avec l'afflux d'alluvions. C'est à ces fines particules que l'on doit la couleur de l'eau qui devient d'un vert lentille à l'approche de la mer.

Au cœur de ce marais, se déplaçant à l'aide de canots à fond plat, se trouve un groupe de Shaakts rebelles et opposés aux pouvoirs des matriarches. Ils ont fondé un clan où mâles et femelles vivent à égalité. Mais pour les rencontrer il faudra connaître votre chemin, car ils ne vous aideront pas.

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Alors il y a une règle que je veux que vous observiez pendant que vous êtes dans ma maison : Ne grandissez pas. Arrêtez, arrêtez dès cet instant. Wendy dans "hook" (petit hommage à Robin Williams)
Pour toute question: Service d'aide
Pour les services d'un GM: Demande de service


Je suis aussi Lothindil, Hailindra, Gwylin, Naya et Syletha


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 Sujet du message: Re: Marais du Narshass
MessagePosté: Mer 11 Aoû 2010 18:15 
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Ensuite les Shaakts survivants s’approchent de moi, ils m’entourent et me regardent. Je suis quelque peu mal à l’aise d’avoir autant d’yeux tournés vers moi. Je ne sais pas quoi dire, mais une chose est sûr c’est que je suis fier d’eux. Je leur dis :

« Mes amis, je suis heureux que nous ayons pu faire reculer l’armée d’Oaxaca. Vous vous êtes battu comme des démons pendant quatre longs jours. Mais vos efforts ont été récompensés. Le combat que j’ai fait hier, c’était pour vous, pour vous montrer qu’ils ne sont pas invincibles. Si j’ai pu vaincre quelqu’un comme Nifit, vous aussi vous le pouvez. J’ai passé quelques années loin des miens, loin de vous, le temps de devenir assez puissant pour revenir la tête haute. Je suis peut être meurtrie aujourd’hui, je n’ai peut être plus d’armure, mais je continuerais de combattre même à mains nues si cela en devient nécessaire. »

J’entends des acclamations dans la foule, ces cris de joie réchauffent mon cœur. Et c’est à cet instant que je me rappelle du cryomancien rebelle qui est mort, il y a quelques jours.

« Mais dans cette guerre, nous avons perdu un grand homme, un grand guerrier, un grand mage. J’ai fait l’erreur de ne pas lui demander son nom, mais il était un grand cryomancien. Il aurait pu me tuer facilement et bien au contraire, il m’a fait confiance. Je vous demande de toujours vous souvenir de lui. Il vous a protégé, il vous a aimé et il m’a fait confiance. Je sais que vous avez un campement dans les marais, je vous prierais de m’emmener là bas pour que je puisse vous annoncer quelque chose de très important. »

Un des soldats m’apporte un cheval et me dit qu’il m’y conduit car j’ai prouvé ma valeur face à Oaxaca. On me hisse sur l’animal, mes blessures me tirent, je grimace jusqu’à ce que je sois en seille. Ils apportent aussi un cheval à Akino puis une formation se met en place pour nous emmener dans les marais.

La jeune elfe de tout à l’heure reste à côté de moi, je lui propose de monter sur ma monture. Elle refuse me disant qu’elle ne méritait pas d’être à cheval avec moi. Je souris pour lui répondre :

« Vous m’avez soigné, je me sens redevable. Je vous prie de monter, puis nous sommes tous égaux et me dites par parce que j’ai combattu leur général que je suis puissant. Nous sommes tous puissant dans notre domaine. Je serais incapable de soigner quelqu’un comme vous l’avez fait. »

Je lui tends la main, elle sourit, cela me réchauffe le cœur. Une image me traverse la tête, le visage de Flora, elle sourit exactement comme elle. La jeune Shaakt monte devant moi, nous discutons de mes aventures passées et un peu de ce qui pourrait m’arriver dans le futur. Je regarde Akino lui fait un signe de la tête, il n’a pas l’air plus enjoué que ça d’aller voir le campement rebelle. Je peux comprendre qu’il n’est pas à son aise autour de mes frères et sœurs. Il ressent ce que je ressens quand je suis parmi les autres.

Après une demi-journée, nous arrivons enfin dans les marais. Le sol est recouvert d’eau, l’épaisseur d’eau arrive jusqu’aux genoux des soldats. Il y a beaucoup d’herbes et très peu d’arbres. On a des roseaux, des herbes basses, des lentilles d’eau,… Nous nous enfonçons dans les marais, je ne sais jusqu’où nous allons, mais un campement apparaît rapidement. Un des membres de notre escorte se dépêche de prévenir le campement de notre arrivé. Il doit en profiter aussi pour raconter la guerre et à mon avis, mon combat.

Nous sommes au milieu du camp, la jeune elfe descend de cheval. On s’empresse de venir m’aider, je demande à Akino de venir m’aider à marcher. Il me répond que je suis assez grand pour réussir tout seul. Qu’il ne sera certainement pas une canne pour moi. Je rie de sa réponse. On me guide devant un groupe de cinq shaakt assis derrière une table. L’un d’eux prend la parole :

« Bienvenu dans notre camp guerrier. Nous sommes le conseil des rebelles. Nous décidons des actions à mener contre Oaxaca et les prêtresses. Nous avons appris votre combat contre le général Nifit et votre victoire.

-Je n’ai pas gagné, mais lui non plus. On est venu me retirer du champ de bataille avant la fin.

-Peu importe pour nous, il s’agit d’une victoire car vous avez mis une claque à son orgueil.

-Nifit n’est pas quelqu’un d’orgueilleux. C’est un fier guerrier et qui possède un honneur.

-Vous ne le connaissez pas aussi bien que nous. En bref, que voulez vous pour que vous ayez demandé à venir ici.

-Je parlerais devant tout le monde. »

Je me retourne et monte sur des planches en bois. Je jette mes béquilles et commence à dire :

« Mes frères, mes sœurs, je suis devant vous aujourd’hui malgré de lourdes blessures qui m’ont été infligé hier face au général d’une des armées d’Oaxaca. Je suis venu vous dire que la flamme noire vient de s’embraser à nouveau. Mes parents, d’autres elfes et d’autres races ont constitué les chevaliers de la flamme noire. Ils ont combattu les forces du mal, Oaxaca, les prêtresses, mais ils ont aussi apportés leur aide aux pauvres et nécessiteux. J’ai réouvert les portes du manoir de la flamme noire. Je vous demande votre soutien et en échange je vous apporterais du financement, des savoirs et du matériel. »

J’entends des murmures et l’un des chefs dit :

« Pourquoi acceptez de l’aide de gens comme lui ? * il montre Akino du doigt* Alors qu’ils nous ont jamais aidés.

-Pourquoi rejeter la faute sur ceux qui n’ont pas connu le conflit ? Montrons que nous sommes aussi droits et juste qu’eux, faisons remonter notre estime dans le cœur des autres races. Montrons que nous pouvons être des elfes sur qui on peut compter. Prenez Akino, il nous a aidés à combattre Oaxaca ces quatre derniers jours. Nous avons tous un objectif commun, combattre les forces du mal. »

A nouveau des acclamations se font entendre. Je souris et Akino aussi quand des frères et des sœurs viennent lui donner une accolade. Les chefs des rebelles viennent me voir et me donnent leur approbation pour faire ce que j’ai à faire. Je leur donne en échange une bourse de Yus pour qu’ils puissent ouvrir une forge qui leur donnera accès à du matériel et à un revenu.

Je me promène dans le campement à la recherche d’une nouvelle armure, mais bien plus légère que la précédente afin que je puisse être plus libre dans mes mouvements. Il me faudrait une armure de maille en mithril comme ça elle sera légère et résistante. Je vais voir au niveau d’une tente d’où je peux voir une grande quantité de matériel de combat.

J’entre à l’intérieur et rencontre un de mes congénères qui est occupé à affuter des armes. Toutes les armes sont classées en fonction de leurs caractéristiques, coupantes, perforantes, une main, deux mains,… il y a quelques armures aussi, je n’ose pas fouiller de peur de désorganiser tout. Je m’approche du Shaakt et lui demande :

« Excuse moi mon frère, je voudrais savoir si tu aurais une armure de maille en mithril ou quelque chose de similaire au niveau légèreté et résistance. Je suis prêt à payer pour. »

Il me regarde et sourit

"J'ai une armure de maille en mithril, il t'en coutera 1535 yus pas un de plus et pas un de moins. Le prix te va?

-Oui, mais je te demande de me faire une casque avec mon ancienne armure qui est complètement en morceaux. Je viendrais le récupérer dans plusieurs lunes."

Il met fait un signe oui de la tête. Je lui jete un bourse bien rempli et je pose mon ancienne armure sur le sol pendant qu'il me tend la nouvelle que j'enfile immédiatement. Une chose est sûr les combats seront beaucoup plus simple maintenant vu la légèreté de l'armure.

((((armure de maille de mithril end+18))))

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Trois êtres distincts pour une seule âme et une destinée


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 Sujet du message: Re: Marais du Narshass
MessagePosté: Dim 12 Avr 2015 18:47 
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Le shaakt tient parole pendant les longues heures du trajet, assis sur son étalon, l'elfe à tresse se retenant à lui avec un air mécontent. L'itinéraire suivi par le groupe le fait passer à bonne distance des villages fortifiés installés près du fleuve. Dans les terres aussi. La seule compagnie sur ces plaines et collines a été constituée par des bestioles gigantesques. Amusé par ma curiosité, chose qui m'a agacé, Dae'ron m'a appris qu'on appelle ça des kaeash. Cela ressemble à un mélange de mouflon gigantesque à cause des cornes recourbées vers l'arrière, de bovin à poils longs, et faisant près de deux mètres et demi pour les plus grands. Herbivores inoffensifs, qui nous ont placidement regardé passer avant de se remettre à brouter.

Dans la charrette, l'elfe aux cheveux courts semble avoir du mal à récupérer. Je m'en fiche, mais son état inquiète ses congénères, les passagers du chariot, et bien entendu le protecteur. L'humeur n'est pas au beau fixe, constat m'incitant à vouloir me débarrasser de tout ce monde au plus vite. Je tressaille en sentant la main du brun contre la peau de mon abdomen. Dae'ron continue de voyager derrière moi au lieu de voler, sans que je sache pourquoi. Il devrait pourtant s'être remis ces derniers jours.

Malgré ma curiosité, je ne lui demande rien. Ce serait trahir le fait que je m'intéresse à son bien-être. Ce qui serait vrai, mais que je refuse de manifester. Ce n'est pas parce que nous sommes un peu plus proches que je vais changer du jour au lendemain !

"Euh... On y est obligé ?", demande Razar au cavalier, Myrimak pointant les marais devant nous.

"Pas plus de quelques heures. Au-delà, vous deviendriez des cibles pour les nôtres.", fait posément l'elfe noir. Son passager hausse le ton, l'engueulant encore dans ce dialecte incompréhensible. Quoi qu'il ait dit, l'elfe à tresse désapprouve vivement.

Je fronce les sourcils. Les marais. Un endroit non seulement humide, mais aussi bardé d'arbres, de hautes herbes, de zones dans lesquelles il est facile de s'embourber. Dans mon dos, Dae'ron agrippe fermement sa javeline d'argent. Il semble être sur la défensive. De mauvais souvenirs, peut-être ?

La vitesse de déplacement des grandes-gens diminue. Normal. Chevaux ou roues ont tendance à s'enfoncer dans la terre détrempée. Passage à gué d'une des ramifications du fleuve. Et encore un, et encore un. Mon agacement croît.

"Il a intérêt à savoir où il va, celui-là.", sifflé-je.

"Je l'espère aussi.", commente mon passager avant de resserrer un peu les doigts contre l'un des filins de ma tenue.

De longues minutes s'écoulent avant que le cavalier ne stoppe l'avancée du groupe, main levée. Lyïl vole de façon stationnaire, ses battements d'ailes ne troublant guère plus le silence que les crapauds du coin. Myrimak regarde de façon circulaire autour de lui, tendu. Après quelques pas, sa silhouette a agrippé et extirpé quelque chose d'un bras mort d'un canal. Une sorte de barque à fond plat, en fait.

L'elfe noir repose le tout abruptement et bondit en selle. Il n'a vraiment pas l'air tranquille.

"On bouge. Vite.", lance-t-il à Razar.

La tension me parvient aussi. Cet elfe noir est un guerrier plutôt costaud. Pour qu'il ait l'air d'être aussi perturbé, la menace doit être importante. La pensée du brun rejoint la mienne, et j'incite ma monture à perdre un peu d'altitude. Le protecteur échange brièvement avec Myrimak. Concis, ce dernier ne fait que vaguement mentionner des habitants des marais, qui n'étaient pas dans les environs à son dernier passage.
Par mes ailes ! Il ne peut pas être un peu plus clair ? Ses effets de mystère commencent à m'agacer !

Quelques minutes d'avancées plus tard, pile sur notre trajectoire, une silhouette émerge de hautes herbes. Je n'ai pas le temps de voir ce que c'est que la nuit tombe sur le groupe.

"Monte Lyïl !", hurlé-je à mon oiseau, l'obligeant à vivement s'élever.

Mon coeur cogne brutalement, ma mâchoire se crispe. Je sais ce que c'est. Une sorte de voile des ténèbres magique, mais à peine assez grand pour envelopper la charrette et le cavalier. D'autres mouvements attirent mon attention. Une demie-douzaine de silhouettes bipèdes, entre brunes et noires, avancent à grande enjambées vers la zone. Un masque similaire blanc, comme un crâne, sur la tronche. Pas d'armes. Des mains dotées de griffes épaisses et un cri rauque, violent, guerrier.

Quand le nuage noir se dissipe, les grandes-gens font face à un demi-cercle de créatures sifflantes. Myrimak tire lentement une épée de son fourreau. La créature aperçue est plus massive que les autres. Cela ne ressemble pas à des humains, mais ça en approche la taille. L'elfe à tresse laisse entendre une voix enrouée, un mot guttural.

"Oui. Des Kadus... Si loin des tréfonds...", commente lentement Myrimak, son attention tournée vers le plus gros.

"On... On fait quoi ?", demande Razar, la sienne rivée au canal naturel à sa droite.

"Ils ne nous laisseront pas partir.", annonce posément le shaakt. "Ce sont eux, ou nous."

Voilà l'occasion parfaite pour me débarrasser de ces grandes-gens plus qu'enquiquinants ! Et sans avoir à gaspiller mes fléchettes.

"Protégeons le chariot. On ne sera pas trop de deux.", souffle le protecteur près de ma spirale.

Ou pas. J'avais presque oublié qui j'avais derrière moi. Ma soif de liberté se rebelle à l'idée d'obéir à cet ordre, mais voir la paume claire quitter ma silhouette me laisse un arrière-goût désagréable. Pourquoi je ne trouve pas la force de l'envoyer se faire voir ? Encore une fois, je vais me lancer dans un combat qui n'est pas le mien ! Soupir teinté d'agacement. C'est toujours pareil.

Je n'ai pas encore songé à convoquer l'armure dorée que les bestioles passent à l'attaque. Cri suraigu, frappe du pied au sol, mouvement adverse. Le calme du marais est troublé par une frénésie soudaine. Dae'ron décolle, plongeant vers le chariot où le petit taurion bande son arc en tremblant. Razar glapit, l'oudio forme un barrage de son corps de bois au-dessus du shaakt blessé. L'elfe à tresse grimace, sa main virant au bleuté glacé. Myrimak arme un bras, l'autre tenant fermement les guides de son étalon.

Je coiffe mon casque et extirpe ma sarbacane de ma manche. La protection d'or se matérialise. Mouvement vif d'un des kadus, esquivant un sort glacé brutal. Réveil de mon esprit combattif. Méfiance. Ces choses ont l'air plus dangereuses que des gnolls.



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Dernière édition par Nessandro le Dim 10 Mai 2015 12:11, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Marais du Narshass
MessagePosté: Mar 14 Avr 2015 18:12 
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Yeux plissés, sarbacane chargée, je me sens prêt. Je laisse ma monture s'éloigner. Les arbres sont trop proches. Lyïl ne pourra pas m'aider et son agilité contrariée pourrait le mettre en danger. Autant le laisser hors de portée. Je vole aux côtés du protecteur. Mon muscle cardiaque pulse. Je jette un coup d’œil à son profil. Il est concentré. Ses muscles tressaillent et son regard perce la menace. L'allure d'un combattant capable. Est-ce qu'il a toujours eu cet air vaillant ? J'ai l'impression de le voir pour la première fois.

Les kadus donnent l'assaut. Ils se ruent vers nous, la moitié visant l'ennemi le plus proche. Le cavalier elfe noir. Sa lame décrit un arc-de-cercle. L'onde presque invisible se crée, fendant l'air sur sa gauche. Je retiens mon souffle puis fronce les sourcils. Aucune victime. Les porteurs de masque ont bondi hors de la trajectoire. La lame intangible brise en deux un arbre à plusieurs mètres. Le craquement boisé fait brièvement réagir les attaquants.

Un total de sept. Deux totalement sur la gauche du shaakt, un pile en face, les trois derniers sur sa droite, donc devant le chariot. Et bien sûr, le gros derrière.

Au-dessus de la charrette, je constate rapidement mes possibilités. Dae'ron à ma droite vise déjà le kadu le plus près du véhicule. Le cavalier me gêne. Agacement. Angles de tir moindres. Je ne peux viser que ceux faisant face au véhicule. Razar recule à bord, venant s'accroupir près de l'arbre bipède. Impossible de compter dessus ! Ma puissance physique emplit mon abdomen et accompagne une fléchette. Le projectile file et percute l'épaule du kadu au milieu des trois s'approchant du cheval. Couinement de sa part. Écho de son voisin, frappé à la clavicule par la javeline Plume d'Argent.

Sueur froide. Ils continuent de courir vers nous sans s'en soucier. L'intact de droite évite sans difficulté la flèche maladroite de l'enfant taurion. Ils se rapprochent trop vite ! Bref échange de regards avec le protecteur. Entente silencieuse. À ses côtés, je m'élance droit dans leurs faces, sarbacane chargée et magie pulsante. Les distraire. Les éloigner. Les tenir occupés le temps de trouver une ouverture !

Impact d'un pic de glace et cri d'agonie d'un kadu du côté de Myrimak. Les shaakts se défendent sans problème. Je ne m'y intéresse pas, volant droit vers le masque d'os à gauche des deux autres. Vif éclat lumineux sur ma droite. Dae'ron vient d'aveugler ceux-ci.

Les mains griffues de mon adversaire plongent vers moi. Je vise au-dessus de son épaule gauche. Je vrille, esquive le coup en frôlant sa tignasse puante. Mes yeux sombres se rivent à droite, se posant sur celui que j'ai déjà blessé. Souffle court dans ma sarbacane. La fléchette file et cogne. Ma mâchoire se crispe quand elle ricoche contre le casque d'os.

Le kadu esquivé poursuit sa course vers le chariot. Crispation. Non, il ne m'ignorera pas ! Je m'empare d'une poignée de fléchettes. Quatre projectiles emplis de ma volonté combattive partent tour à tour, vers les pieds de la chose. Les deux premières ne touchent pas. Les deux autres suffisent à le faire trébucher. Son casque percute la roue de bois et s'y fêle. Sonné, provisoirement.

Pas le temps de m'en réjouir. J'ai découvert mon flanc face à celui que j'ai touché plus tôt. L'erreur ! Ses griffes ripent férocement contre mon armure dorée. Souffle tendu. Elles n'ont pas percé, mais les vibrations douloureuses accompagnent le son du cuir arraché. Ma sacoche ! Repli des ailes, je me propulse brutalement pour prendre de la distance. Le kadu scrute mon bien entre ses doigts et le jette par-dessus son épaule.

( L'enflure ! Où est-elle tombée ? )

Je balaie brièvement le sol des yeux, mais les herbes me le cachent. Pas le temps pour ça ! Dae'ron laisse échapper un cri combattif. Il a lui aussi pris un coup dans le plastron en blessant la main de son adversaire au passage. Une flèche maladroite file entre les combattants. Encore un essai loupé du taurion.

"Hayïaiaye !", hurle Razar en tombant toutes griffes dehors sur le kadu contre le chariot.

Report d'attention sur celui qui m'a frappé. Ses muscles se contractent. Il s'accroupit. Il bondit dans ma direction ! Mâchoire serrée, cœur pulsant brutalement, je ne réfléchis pas. Je monte à la verticale subitement. Sa main tendue cherche à m'agripper. Mon pagne est à sa portée !

( Pas cette fois ! )

Je tire sur la pièce de cuir en vrillant en l'air. Deux fois, pas trois ! Esquive, stabilisation. Jet de fléchette sur la cible qui retombe. Réflexes impressionnants. Il a à peine posé un pied par terre qu'il roule. Mon projectile se perd au sol. Bruits de lutte, hennissements apeurés, sons de magie de glace percutant les alentours. Mes spirales sifflent. Mon corps tremble d'excitation. C'est si enivrant !

Je me ramasse dans les airs, plongeant vers mon adversaire. Ses bras s'arment, prêts à me cueillir. Sourire en coin. Pendant ma descente, je canalise ma magie noire. Ses yeux sont sur moi. Je la matérialise. Une ombre qui lui ressemble m'entoure subitement puis lui plonge dessus. La bête reste debout, tétanisée par la vision cauchemardesque. J'en profite. Sarbacane aux lèvres, je délivre un coup visant à le repousser. Sur fond de grondements mécontents, de cris guerriers et d'impacts, ma cible trébuche. Chute lourde et roulade au sol.

Pas le temps d'attendre ! Bref regard sur le félin. Razar est par terre, aux prises avec le kadu au masque fêlé. Roulade latérale des deux pendant que je charge mon arme et tente de viser la bête. Sifflement frustré. Impossible d'aligner mon tir ! Basculé sur le dos, Razar empoigne le kadu. Ses jambes se collent entre eux. Elles se détendent d'un coup, propulsant son agresseur au-dessus de lui, dans le canal. Il se relève et me gueule quelque chose d'incompréhensible.

"Ugh !"

Le froid mortel de la magie noire me submerge. Mon cœur ralentit, comme drainé de sa chaleur. Le gros m'a pris pour cible. Tout ça parce j'ai été distrait par ce géant félin ! Quel imbécile ! Tout mon corps tremble. Je plane plus que je vole, soutenu par mon orgueil et la colère d'avoir subi une telle attaque. Un mouvement soudain alors que je me retourne. L'adversaire que j'ai effrayé est debout, en pleine course, griffes tendues vers moi.

Mon corps subit le contrecoup de la magie. Je ne peux pas éviter l'assaut. Dents serrées, je ramène mes bras recouverts d'or devant moi, aussi prêt que possible à encaisser le choc. Un éclair argenté passe dans mon champ de vision. À peine un souffle plus tard, mon corps pulse de peine alors que je suis sonné par un puissant impact.




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Dernière édition par Nessandro le Dim 10 Mai 2015 12:26, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Marais du Narshass
MessagePosté: Mer 15 Avr 2015 16:49 
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Non. Pas un impact. Trois. Une masse me percutant de plein fouet. Un coup brutal me donnant de l'élan. La rencontre étourdissante entre mon dos et le sol. La vitesse est telle que je glisse presque sous le chariot. Ma vision se trouble brièvement sur le coup, mais l'urgence me fait me reprendre. Je me sens lourd. Mes yeux sombres m'en apprennent la raison. Je suis coincé sous la silhouette du protecteur.

Je me repousse de ma main noire, relevant Dae'ron avec moi. Il a l'air sonné. Instinctivement, je le soutiens, retenant ses épaules d'un bras et sa tête de l'autre.

"Eh ! Reprends-toi ! Ce n'est pas le mo...", commencé-je avant de me figer.

Quelque chose sous mes doigts. Bref coup d’œil. Mon cœur rate un battement.

( Du... Du sang ? )

Incrédule, je ne parviens que difficilement à détacher mes yeux de ma peau tâchée. Un effort de volonté sur-aldryde m'est nécessaire. Je regarde le protecteur. Une sensation glacée m'étreint. Son flanc à découvert est déchiré. Toute son épaule et sa tête sont en sang. Un flash se fait devant mon regard. Dae'ron... Il s'est mis sur la trajectoire des griffes ? Il... Non, ce n'est pas le moment ! Je dois faire quelque chose ! Il saigne trop !

Je tâte l'emplacement de ma sacoche, réalisant les conséquences de sa perte. Non ! Je ne dois pas me disperser ! J'agrippe mon pagne et l'appuie contre sa tête. Je tremble. Imbécile ! Crétin d'aldryde ! Pourquoi a-t-il fait cela ? Je ne lui ai jamais demandé... Tout autour de nous, les grandes créatures s'affrontent. Jetant mon orgueil aux orties, je hurle désespérément les noms du félin et du shaakt. Pas de réponse. Je suis seul. Et je ne peux rien faire. Mes yeux aperçoivent le sac du protecteur. Je le fouille d'une main, n'y trouvant qu'un sachet tintant de yus et une gourde. Oui, je la reconnais ! C'est celle que je lui ai laissé. Pourvu que...

J'appose le contenant contre mes lèvres, pensant au liquide de soin. Je sens ma langue détecter le puissant contenu curatif. Je soutiens la tête du brun, tentant de le faire boire. La vision de son visage en sang me fait tourner la tête. Mes mains tremblent. Mon cœur s'affole. Je ne veux pas le voir mourir encore une fois ! À cause d'un choix stupide ! Chaos dans mon esprit. Le blessé ne peut pas se concentrer sur la boisson dans son état.

J'entrevois une solution. Je l'exécute. Maîtrisant mes tremblements, je l'assois comme je le peux. Buvant la potion sans l'avaler, je maintiens sa mâchoire ouverte et tente de la lui verser dedans. Un élan glacé me submerge. Le liquide coule mal, débordant du coin de sa bouche. Pas le choix. Mes lèvres englobent les siennes, canalisant le remède dans sa gorge. Jusqu'à la dernière goutte.

( Allez ! Allez ! )

Mes yeux sombres observent ses blessures. Elles se referment grandement. Un frisson horrible me parcourt. L'évidence me frappe. Ce n'était pas suffisant. Le flux est moindre, mais son sang continue de s'échapper. Yeux écarquillés, je scrute ce visage clair. Est-ce qu'il a toujours été aussi pâle ? J'enserre lentement sa tête entre mes bras, secouant la mienne en un évident refus.

Une vague glacée me dévale. Mon cœur rate un battement. Puis un deuxième. Souffle court. Yeux écarquillés. Mon corps ne m'obéit plus. Mon esprit s'engourdit à cause d'un détail. Son sang forme une petite flaque au creux de sa gorge. Là où... Où son double illusoire se l'était tranchée. Pour me sauver.

Les images me reviennent. Elles tournent, tournent et m'assaillent. Je souffre. Ma tête est dans un étau. Ma vision se trouble. Je... Je deviens fou. Sa mort me hante. Son sourire soulagé là-bas... J'ai triomphé car il n'était pas vraiment... Mais là il... Il faut que je me reprenne ! Que je me... Une raison. Un but. Il faut... Un appui ! Quelque chose ! N'importe quoi !

Dans un coin de ma tête s'élève soudain une voix familière. Un ton que je déteste... La conscience de l'Orbe de Nostrad. Sa face de crapaud ricane derrière mes yeux... Elle se moque. Elle me prend en pitié... Et puis, elle me donne un simple conseil.

( Détruis-les. )



Mains ensanglantées rivées au casque, je grimace et hurle silencieusement. Comme si je ne contrôlais plus mon corps, je me vois étendre le brun et me redresser en chancelant. Martèlement de pensées sombres.

( La douleur... Leur faute... Je veux... Ils doivent payer... )

Ma détresse croît. Elle s'unit à ma haine et au sentiment d'agonie. Mon corps me fait mal, comme augmentant rapidement en chaleur. Ma vue se trouble. Mes spirales ne m'apportent que du brouhaha. Je la sens... La corruption. Elle me ronge. Plus forte, plus mauvaise, plus inarrêtable encore. Elle mord chaque fibre de mon être, s'y logeant en profondeur.

Tremblements incontrôlés. L'insupportable fièvre m'envahit. Elle gagne du terrain à chaque seconde que mes yeux passent rivés à Dae'ron. Flou. Brouillard. Il est la seule chose que je vois nettement. Sous l'armure dorée, je perçois ma peau brûler et se ternir, comme si ma magie noire voulait aussi me dévorer.

Mais je m'en fous.

( Dae'ron... Dae'ron... )

C'est ce que je veux... Mon regard s'embue puis s'assèche brutalement. La douleur me submerge, m'arrachant des grondements bestiaux, instinctifs. Ce lien que j'ai avec lui me cause une souffrance immense... Je le savais. Mais j'ai persisté. Et là, je ne peux que le regretter amèrement. Non. Je ne sombrerai pas... Je suis fort ! Je dois vivre... Retrouver qui je suis... Ma réponse... Je l'ai déjà. Je l'avais juste oubliée. La haine. La violence. La vengeance. La liberté... Détruire chaque obstacle se dressant sur ma route... Mon cœur frappe lourdement, m'assourdissant...

( Tuer les responsables... Les faire souffrir. Les anéantir. Je les hais... Je les hais ! )

La Voix Sombre m'encourage, me guide de son ton sifflant. Je l'écoute. Je la comprends. Je l'accepte... Mes ailes me brûlent. Elles se teignent à leur tour. La corruption me gagne, miroir de mes pensées. Elle brûle mon visage en grande partie, le faisant virer au coloris charbon. La colère se joint à ma soif de sang. Mes pouvoirs noirs pulsent.

Mes ailes couleur ténèbres se déploient lentement, comme alourdies, mais pulsant de force. J'aperçois le mouvement d'un kadu... Ces monstres... Je vais les détruire... Répandre leur sang... Rien ne m'arrêtera. Je ne cesserai le combat qu'une fois tous mes ennemis brisés...

Je décolle brutalement, m'arrachant à la proximité du protecteur étendu. Un hurlement de rage monte des tréfonds de mon être. Je le libère en jaillissant des herbes, poing serré sur mon arme. Je n'ai qu'une pensée. Violence. Jusqu'à mon dernier souffle. Je ne peux rien faire pour le sauver. Mon impuissance à l'aider crée un désespoir alimentant ma haine. La corruption en est la preuve.

Je ne veux et ne sais que donner la mort.




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 Sujet du message: Re: Marais du Narshass
MessagePosté: Lun 20 Avr 2015 18:11 
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Puissants battements d'ailes m'élevant au-dessus du champ de bataille. Deux kadus morts au sol, quatre debout. La tête du dernier émergeant du canal plus loin. Hurlement équin puis shaakt. L'elfe à tresse est coincé sous le poids de la bête. Myrimak le défend contre un guerrier et le gros. Les deux derniers sur le chariot. Taurion qui chiale, oudio dont le sang clair comme de la sève suinte de son dos. Razar aux prises avec un ennemi, l'autre aux griffes dans l'écorce de l'arbre humanoïde.

Ma rage éclate, s'alliant à mon énergie combattive. Elle offre à mes muscles un surcroît d'énergie. Où que je frappe, ce sera destructeur. Ils souffriront. Pas les tuer trop vite. Viser les points de douleur, pas vitaux.

Regroupant mes ailes noires, j'effectue un piqué vers celui occupé avec l'oudio. Viser ses articulations. Sarbacane aux lèvres, je lance une fléchette vive dans son coude. Elle frappe l'extérieur, recourbant non naturellement le bras dans le sens opposé. Le masque d'os se tourne vers moi, accompagné d'un cri de douleur. Pas assez fort à mes spirales. Coeur cognant rudement dans mon torse, je cale l'impact de mon aile sur son rythme. Le faire reculer en passant pile devant sa tronche cachée. La bestiole gronde et réagit vite. Trop. Son autre patte me barre le passage. Mon élan et ma hargne m'empêchent de l'éviter. Je la percute. Dents serrées, j'y prends appui et plonge vers le sol. Esquive. Ses mains claquent, n'attrapant qu'une poignée de plumes.

Mon corps fait volte-face alors que je plonge la main dans mon étui puis charge mon arme. Chute libre un instant sur le dos. Regard rivé à son aisselle. La fléchette part. Traverse un muscle. Percute l'omoplate de l'autre côté et reste logée dans la blessure. Le bras s'abaisse, la plaie est masquée. Douleur vive quand mes lombaires sont accueillis par le bord du chariot. Grimace, supplantée par ma haine et cette insatiable soif de vie. Mon ennemi tient encore debout. Hurlement bestial et guerrier venant de ma gorge.

La chose se baisse, griffes parées malgré la douleur. Furieuse. Elle veut m'épingler au véhicule. Coup d'aile puissant sur le côté. Roulade douloureuse, esquive. Appui sur l'air pour me faire tomber dans le chariot. J'y atterris avec un genou au sol. Brève inspiration, poussée sur l'avant de ma botte et décollage. Esquive d'un autre coup. Les griffes se plantent dans le bois derrière moi.

J'ai chaud. Je brûle, mais mon cœur est de glace. Face à face avec la bête. Ses griffes filent vers moi depuis ma droite. Percussion de mon armure dorée, bras et torse. Pivotement aérien brutal. Je ne résiste pas. Poursuite du mouvement en plaquant une fléchette dans le tube. Mon esprit hurle plus férocement qu'une banshee. De nouveau face à la créature, je souffle, propulsant le projectile. Tout mon être veut sa destruction. Son sang. Sa souffrance.

La pièce de bois obéit. Elle percute son ventre, passe outre les muscles, et y rentre sans s'arrêter. Bile et sang se mélangent, surgissant de la plaie accrue par ma puissance physique. Pas assez... Il tient encore sur ses pattes. Onde de douleur sous mon armure. Échos mauvais de la Voix Sombre sous mon casque. Elle rit, se moque, demandant si c'est là toute ma force. Râle animal. Encore ! Il m'en faut plus !

L'ennemi réagit malgré sa blessure immonde. Dans un cri combattif, ses mains se rejoignent en une massue s'abattant sur ma forme. Percussion brutale et double. Le coup entre mes ailes m'envoie m'écraser au fond du chariot. Bref étourdissement. Doigts serrés sur mon arme. En levant le nez, je vois son pied descendre sur moi.

Réflexe. Ma magie noire me protège, me glissant dans l'ombre qu'il crée. D'une zone sombre à sa voisine, je surgis le long de sa jambe valide. Dégainant ma dague-croc, je vise et frappe au-dessus de son talon. La chair résiste, se déchire et cède en éclaboussant ma protection d'or. Rictus triomphant. Le tendon est sectionné. La chose bascule sur un hurlement, incapable de tenir debout. Elle chute tête la première hors du véhicule.

Bref survol de ma victime, glissant pitoyablement au sol. Elle vit encore mais saigne lentement, mortellement. Elle souffre ! Oh oui, elle a mal et ne peut rien faire pour empêcher la lente venue de sa douloureuse fin !

"Wuugh !", gémit Razar, son pif éclaté par un coup de la tête masquée.

Taurion inutile, en train de trembler contre l'arbre étalé sur le shaakt à tignasse courte. Tant mieux. Aucun géant dans mes pattes ! J'aperçois un reflet sanguin sur la main du deuxième kadu. C'est celui qui a frappé Dae'ron.

Ma magie noire pulse, avide de vie, attisant ma furie. Je me fous de ce qui peut arriver au chat. Je veux frapper ce porteur de masque ! Lui faire gicler plus de sang encore qu'il en a tiré au protecteur ! L'enflure... La charogne en devenir ! Je vais le massacrer !

Mes ailes me portent avant que ma tête ait pensé à la suite. Je vole, frappant de mes plumes assombries le masque au niveau des yeux. Bruit surpris des deux géants. Distrait, le kadu est repoussé hors du chariot par le chat au nez pété.

La créature ne chute pas. Le futur cadavre prend appui sur le bois, bascule et fait une cabriole, atterrissant sur ses pieds. Cri guerrier de sa part. Rage incontrôlée de la mienne. Je veux qu'il tremble pour sa peau ! Voir son regard empli de terreur et de souffrance ! Mon amère énergie sombre est si présente qu'elle forme comme une boule dans mon estomac.

Je porte ma sarbacane vide à mes lèvres. Expulser cette magie avant qu'elle ne se retourne contre moi ! Le premier tir est raté. La puissance noire tombe de mon arme comme un liquide visqueux. Il se désagrège aussitôt après. La brûlure se renforce dans mon corps. Mon visage me fait souffrir. Mon œil droit pique atrocement sous la trace de la corruption.

Mais je m'en fous. Je veux voler sa vie, exterminer toute trace de son existence ! Qu'il accueille son trépas avec gratitude après tout ce qu'il aura enduré ! Et j'y arriverai. Dussé-je laisser la marque du Cœur Sombre ruiner jusqu'à la dernière trace bleutée de ma peau pour y parvenir !

Qu'il crève ! Qu'il crève ! Qu'ils crèvent tous !



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 Sujet du message: Re: Marais du Narshass
MessagePosté: Mer 22 Avr 2015 14:07 
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Mon désir de vengeance me propulse droit vers le masque d'os. Pas-chassé de sa part. Il m'évite. Je vire brutalement, suivant sa trajectoire. Il se baisse. Je cogne son casque de ma dague au passage, vire encore et reviens quand il se redresse. Harcèlement continu. Ma magie est encore dans mon estomac, mais je sais ce que je veux en faire. Le faire paniquer. Le terroriser. Le rendre fou !

Mon arme de jet se plaque contre mes lèvres, délivrant une boule d'ombre. Mais la chose anticipe et roule au sol. Son instinct de survie se réveille. À travers les ouvertures, je sens son regard sur moi. Elle bondit, plonge, bouge et tente de contourner le chariot pour gêner mes tirs. L'agacement s'allie à ma haine. Poing serré. Ongles griffant ma paume. Je rassemble ma puissance physique dans ma main. Il faut que je l'arrête, même un instant. Le kadu me fuit puis fait volte-face. Au moment où je suis à portée, son bras s'élance. Quelques griffes percutent violemment mon armure, me coupant le souffle. D'autres épinglent des plumes noires.

Réaction instinctive. Ma dague se plante sur le côté de sa main. Je m'y cramponne en grondant. Le kadu gueule aussi, tirant sa paluche vers lui. Grossière erreur. J'arrache ma lame de sa chair. Mes ailes noires me propulsent dans sa face. Poing armé, parcouru de colère et de force physique, je déploie mon bras. Ma main couverte d'or et auréolée de bleu percute le menton de la créature. Brutalité. Craquement osseux du masque. Le kadu est propulsé à quelques mètres. Bruit sourd de son dos contre un arbre. Grondement animal enragé émergeant de ma bouche.

J'aperçois le sang sur ses griffes. La vision du protecteur passe vivement derrière mes yeux. Ma rage se mue en une haine glaciale. Il doit payer. Il va payer. Sarbacane aux lèvres, je propulse ma magie vers la bestiole à terre. Le fluide touche, mais ses effets ne sont pas perceptibles. Le kadu se secoue et prend appui sur l'arbre.

( Lutte ! Résiste ! Te tuer n'en sera que plus gratifiant ! )

J'imagine la terreur s'insinuer sous ce masque. Canalisant cette volonté, je tente une nouvelle fois d'expulser la magie qui m'alourdit. Le nuage sombre file de mon arme, déployant un visage pendant un instant. Mon ennemi se fige. Oui, il sait. J'ai déjà usé d'un sort semblable pour l'effrayer. Mais là, je veux le terroriser ! Lui faire voir son trépas et celui de tous les autres ! Charogne... Macchabée en devenir... Et tout ça, je vais le lui montrer !

L'habitant des marais se reprend. Cri courroucé de sa part. Nouveau tir de la mienne. Je suis concentré. Ma magie m'obéit. Le projectile magique file et se déploie en percutant ma cible. Un cauchemar, vision de sa fin, entoure la bête. Celle-ci griffe le vide. Une fois. Deux fois. Ses pattes se plaquent contre son masque osseux. Son d'angoisse.

Elle se met à courir encore et encore, comme un mulot cherchant à échapper à un rapace nocturne. Bien fait... Bien fait ! Sa course l'entraine près du gros, manieur d'ombre. Percussion entre les deux. Le paniqué tombe en arrière. Rampe. Tente même de frapper la jambe du gros. Minable. Sa cible le repousse d'un puissant coup de pied.

Rictus. Je charge. Alors qu'il se relève, profil à moi, j'arme ma dague. Le croc est évité une fois. Et encore une autre. L'effet du cauchemar se dissipe. Sa sale patte manque de peu de me frapper. Riposte. Je plonge le long de son bras, dague prête. L'ivoire déchire son muscle, tirant un cri de souffrance. Son membre blessé me frappe le flanc et me repousse brutalement. Crispation. Ma dague est encore plantée dans sa chair. Dommage qu'elle ne puisse pas faire pourrir sa plaie !

Ma magie noire gronde, comme ayant sa volonté propre. Compréhension instinctive. Je vrille, écoutant mes pensées. Si elle peut voler la vie pour me la donner, elle doit pouvoir la détruire sans rien en laisser. Brûlure de la corruption. Lourdeur de mes ailes. J'en fais fi. Je sais ce que je veux. Attaquer directement leur force vitale. Gangréner leurs plaies. Les faire souffrir sans qu'ils puissent résister.

J'étends mes ailes noires, retournant frapper le masque d'os avec. Je tourne autour de sa tête, évitant les coups de poing maladroits qu'il donne autour de lui. Profitant d'une ouverture, je plonge, récupérant ma dague au passage. L'arracher provoque une petite gerbe sanguine de toute beauté. Mon énergie sombre pulse cruellement. Je vais tuer son corps lentement avant d'en finir avec lui !

Bruits de lutte sur le côté. Myrimak vient de trancher net le bras de l'autre kadu normal. Non loin, le gros lui postillonne dessus. La puanteur de ce sang emplit l'air. Mon cœur cogne. Mon souffle raccourcit. Mon corps pulse de douleur et de fatigue, mais mon esprit est plus enragé que jamais !




Tentative d'apprentissage du sort d'éradicateur "Flèche cauchemardesque".

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Dernière édition par Nessandro le Sam 9 Mai 2015 11:04, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Marais du Narshass
MessagePosté: Ven 24 Avr 2015 14:54 
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Virevoltant, poussant mon corps dans ses retranchements, je harcèle encore ma proie. Ses blessures l'ont tirée de son état effrayé. Ses coups me frôlent de plus en plus. Traction sur une aile. Et trois plumes noires en moins... Saloperie ! C'était juste ! Ma haine me fait bouillir les sangs ! Ma main noire plaque une fléchette dans le tube brutalement. Mais le tir qui suit est évité. Et une fois de plus ! Encore une ! Il m'énerve ce futur corps à m'esquiver aussi habilement !

Et d'un coup, je comprends ses intentions. Trop tard. Il plonge au sol, évitant un autre projectile. Son acte laisse le champ libre au gros. La magie noire se déploie pour me frapper encore. Il m'imite ! Mon esprit courroucé est pris de terreur. Une ombre. Comme une aldryde femelle se ruant vers moi avec une cage grande ouverte dans les mains ! Cette forme gigantesque s'élance dans ma direction !

Dents serrées, je fuis en sens inverse, plongeant vers le sol. Ce n'est que magie ! Je le sais ! Mais mon instinct de survie me pousse à reculer ! Non ! Je ne dois pas fuir ! Avec un cri de rage, je me retourne vers cette manifestation terrifiante qui vole en cercle autour de moi. Elle a l'air de perdre en taille à mesure qu'elle s'approche. Vaincre ma peur ! Tuer cette création magique ! Briser son cou fragile ! Battement de cœur sourd. Je le sais. Une ombre. Je ne peux pas la frapper de ma dague ! Je la range, évitant la cage qu'elle me tend et agrippe sa gorge de mes doigts noircis.

Brutalement, j'accompagne son mouvement, la faisant pivoter dans l'air et l'éloignant vers ma droite. Je ne la lâche pas. Mes yeux sombres se tournent alors vers le manieur de magie. Je devine son regard sous son masque d'os. Il me provoque ! Il va voir ! Mon fluide obscur se manifeste en volutes noires, que je teinte de rouge. Soif de sang, de guérison. Je vais effacer ma douleur en causant la sienne !

"Peux plus... Resp...", perçois-je à ma droite.

Frisson glacé, regard meurtrier vers ma main. Effroi. Mes phalanges sont enfoncées dans la gorge de Dae'ron. Le sang de sa tête coule jusqu'à elles. Contraste entre le rouge et le doré de mon armure. Perte de concentration immédiate. Je le lâche. Il chute, incapable de se maintenir dans les airs.

Instinct. Plongeon, soutien en agrippant sa taille craquelant de sang sec, et plaquant sa silhouette contre la mienne. Je l'accompagne au sol aussi doucement que ma haine brutale m'y autorise. Il grimace et tousse. Il souffre. Je vois la trace de ma poigne contre son cou pâle. Je... J'ai porté la main sur lui ? Quand ? Comment ? Il s'accroche à mes bras comme un noyé qu'on maintiendrait hors de l'eau. Maudits kadus ! Je vais les tuer ! Les réduire en bouillie ! Les...

Gémissement du brun entre mes bras. Subite tempête sous mon crâne. Mes ennemis doivent être détruits ! Mais le laisser là... Non... Non ! Je veux tuer ! Mais l'aider aussi... Comment ? Que faire ? Je ne sais qu'apporter la peur et dérober les essences de vie avec ma magie noire ! Bruits de lutte. Myrimak tient les trois affreux restant en respect de plus en plus difficilement, aidé par le shaakt à tresse lanceur de glace.

( Voler... La vie ? )

Idée folle. Ma colère réduit à néant toute barrière logique. Dae'ron s'accroche à mon bras. Il m'empêche de redécoller. Volontairement ? Aucune idée. Je... Je veux les massacrer ! Les faire souffrir jusqu'à leur trépas mérité ! La Voix Sombre m'y pousse ! Mais je veux aussi lui venir en aide. Moi... La Gardienne tente de s'immiscer à travers mes ténèbres. Pour contrer la corruption qui me dévore. Faire un geste de protection ! De sacrifice, s'il le faut ! Pour le bien d'un autre que moi !

Contradiction. Tempête intérieure. Brûlure de la corruption amoindrie par ces idées nouvelles. Je dois tenter le coup ! Un genou à terre, le protecteur grimaçant contre moi, je l'entoure de mes ailes noires et de mon bras à sarbacane. Lui par la faute de qui je suis dans ce tourment, le voilà placé sous ma protection. Et parce que c'est ce que je veux... Rictus douloureux. Il m'en aura fait faire des choses...

À couvert de quelques herbes, ma main noire se tend vers le kadu qui l'a blessé, le plus proche. Volutes assoiffées de son essence de vie émergeant de ma paume. L'ombre se déploie, le frappant sans ménagement. Il hurle sous son casque. Sa souffrance me revigore, amoindrissant ma douleur. Mais ce n'est pas ce que je veux !

Je souhaite... Arracher sa capacité de guérison et refermer les plaies du brun. Mais pour cela... Je dois tenter de pervertir cette magie. La contraindre à remplir un autre rôle. Aider quelqu'un d'autre que son possesseur. La changer, comme je change moi.

Je recommence. L'attention de ma cible est détournée par une flèche maladroite du taurion. C'est peu utile, mais cela me laisse de la marge. Concentré, je canalise ma volonté pour arracher la vie de mon ennemi et la transférer à Dae'ron. Le kadu siffle. Aucun résultat sur le protecteur, la magie semble me revenir d'elle-même, chargée en vitalité. Je la dissipe avant de l'avoir absorbée. L'aldryde pâle transpire, sa poigne mal assurée.

( Je suis plus têtu que toi, magie sombre ! Obéis ! )

Peut-être... Peut-être que si je refoule cet apport de vie au dernier moment, je pourrai... Cri guerrier du gros. Son masque vient de prendre un coup de katana. Sa tronche en-dessous saigne abondamment. Ne pas me laisser distraire !

Nouvelle tentative. Volonté canalisant la soif de sang, renforcée par la haine de l'existence du kadu. Nouveau retrait violent de vie. Concentré, je sens cet apport que mon corps réclame. Nouvel effort mental. Je contrarie cette soif de vie, visualisant un surplus d'eau tombant dans une coupe trop pleine. J'en paie les conséquences, comme si une bête avait été privée de sa récompense. Ma magie claque, me tirant un grondement de souffrance. Sensation d'avoir été mordu dans la poitrine. Autre essai, même constat. La douleur est intense, irradiant dans l'ensemble de mon corps, comme si j'étais agressé au-delà de cette barrière physique.

Mais je l'ai vu.

L'espace d'un instant, en pleine sensation mortelle, j'ai senti ma magie chargée de vie se suspendre. Si je pouvais la rediriger à ce moment précis... Poids supplémentaire. Je sens le regard de Dae'ron sur moi. Incompréhension, méfiance devant ma main masquée de volutes de magie sombre. Il redoute cette énergie obscure. Il ne doit pas comprendre ce que je tente de faire et ne me voit que torturer le kadu à distance. Mais je me fous de son avis. Je l'aiderai, dussé-je endurer encore un foutu sermon de sa part ou me faire haïr plus tard.

Poitrine qui se serre. Je viens de penser à quelque chose de désagréable, mais n'ai pas le temps de m'y attarder.

"Me regarde pas... Comme ça.", soufflé-je entre deux pulsations douloureuses et haineuses. Ma colère gronde toujours, mais protéger ainsi le brun réduit inexplicablement mes envies de meurtre.

Je réitère mon sort noir, oubliant l'expression désapprobatrice du protecteur. Mes pulsions assassines sont encore là, mais canalisées par mon souhait de l'aider. La Voix Sombre me parait lointaine, contrairement à celle de la Gardienne, de l'Âme Pure. L'ombre gorgée de vie me revient. Je m'appuie sur mon entêtement, contrariant mon désir de chasser la douleur. Je sens cet apaisement si proche, si recherché... Mais je n'y cède pas. Je dévie mon sort, arrachant l'ombre liée à ma silhouette. L'inconfort du manque est balayé par la brutale douleur du retrait. Il s'en faut de peu pour que je me déconcentre.

J'y suis, je le sens ! Ma magie gorgée de vie est dirigée vers les plaies encore sanguinolentes de Dae'ron. Échec. Il refuse ce que je lui offre. Mon ombre l'effraie. Le sort se dissipe sans l'avoir aidé.

Glapissement douloureux de ma part. Un courant glacial de froid mortel me traverse. Magie du gros ? Contrecoup de la mienne ? La corruption est ralentie, mais la fièvre qui l'accompagne me vide de mes forces. Mes spirales bourdonnent. Contrariété et amertume reviennent. Ma main noire se plaque rageusement contre les yeux de Dae'ron. Protestations de sa part, sourde spirale de la mienne. Étreinte forcée pour le maintenir immobile. Regard meurtrier vers le gros kadu.

Ailes noires déployées, je canalise toute ma pensée en une ombre pourvue de crocs. Elle se fiche dans la forme du meneur démasqué, arrache une parcelle de sa vitalité et revient à moi. L'effet curatif est bloqué au beau milieu par ma volonté. L'ombre bienfaitrice m'obéit. Elle m'est arrachée douloureusement et expulsée de mon corps, anéantissant la sensation de bien-être. Encore un effort !

Peine viscérale supplantée par ma hargne et ma pulsion d'arrêter le saignement du brun. L'ombre est dirigée vers sa plaie au flanc. Et je l'y maintiens, retenant le protecteur contre son gré. Il ne parle pas mais fait tout pour quitter mon accolade.

"Reste tranquille, par mes ailes !", grincé-je, tentant de maintenir ma concentration. Il ne pige pas que je fais ça pour son bien ? "M'oblige pas à te faire du mal !"

L'aldryde agité cesse de se débattre. Ses mains ne cherchent plus à me gêner. L'hémorragie contre son côté ralentit et s'arrête enfin. J'ai réussi ? Quand je le relâche, c'est un regard noir qui se rive au mien. Il grimace, les yeux brillants. Il n'a pas l'air ravi. Pas du tout.

Je siffle entre mes dents, le repousse, et me redresse vivement avant de me figer, nauséeux. J'ai contraint ma magie à faire quelque chose d'inattendu, d'improbable. Mon corps en souffre, comme ponctionné d'une partie de son essence. Ma tête est lourde. Elle tourne, chargeant ma vision de points entre grisés et blancs.

Hurlement de l'elfe à tresse alors que Myrimak est jeté à terre par un assaut multiple. Retour de mon attention sur la situation. Déploiement de mes ailes noircies.

Le combat n'est pas fini !





Tentative de création et d'apprentissage de mon sort personnel "Sombre Transfert Vital" [ Le lanceur projette une ombre aspirant la vie de la cible pour en restituer une partie à une cible alliée, au prix d'une part de sa propre vie (-0,5PV/lvl pour le lanceur, -1PV/lvl pour la cible ennemie, +1PV/lvl pour la cible alliée). Le lanceur fait deux jets : un jet d'attaque normal sur le donneur (S'il est raté, le lanceur devient le seul donneur), et un jet sans esquive sur le receveur. (S'il est raté, le sort n'est pas lancé) ]


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Dernière édition par Nessandro le Dim 10 Mai 2015 12:59, édité 3 fois.

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 Sujet du message: Re: Marais du Narshass
MessagePosté: Mar 28 Avr 2015 17:09 
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Ce sont du moins mes pensées, jusqu'à un constat simple. J'ai du mal à tenir debout. Un froid magique s'élève soudain. Le ciel vire au gris. Je déglutis et avise le protecteur. Réflexe. Mobilisation de mes dernières forces. J'ai juste le temps de le ceinturer et de l'entrainer avec moi sous le chariot qu'une pluie de grêlons tombe sur les lieux. Magie supérieure, bien plus dangereuse que celle de la femelle de ma race. La glace ronde heurte si violemment le sol qu'elle en arrache des parcelles. Frisson instinctif. J'agrippe l'aile qui a été brisée par ce genre de magie.

Cris de différentes natures, bruits sourds. Quand enfin la pluie glaciale cesse, c'est le sifflement de flèches qui se fait entendre. Désordre, sons de bousculades et de coups. Je veux savoir ce qui se passe, mais j'en suis physiquement incapable. Chaque muscle tire. La plus petite inspiration me demande des efforts colossaux. Mon œil droit me pique et la moitié de mon corps brûle de fièvre. À mesure que je fais le point, la douleur m'envahit. Les voix de l'Âme Pure et du Coeur Sombre se mélangent dans ma tête.

J'entends d'autres voix, inconnues, faisant écho entre les arbres. Le combat semble cesser brutalement. Mais ma tête résonne. Je... Je n'arrive plus à me concentrer. J'ôte mon casque et le laisse choir. J'agrippe mes spirales, les comprimant de toutes mes forces. Contact contre mes mains. Dae'ron se tient devant moi, ses doigts plaqués contre ma peau. Nos regards s'arriment. Aucune parole. Aucun autre mouvement. Juste un appui. Plus de rancune lisible sur son visage. Mon cœur cogne vivement deux ou trois fois avant de se calmer lentement.

Quand je reprends enfin le dessus, c'est pour apercevoir le taurion à genoux à nous regarder. Entre ses doigts, la javeline et ma sacoche. Sur sa forme, la sève luisante et craquante de l'oudio. Dans son regard, une peine immense. Respectueusement, il nous porte sur ses mains et se retourne.

Le champ de bataille en porte bien le nom. Du sang, des morceaux du sol retournés, les corps de plusieurs kadus, de la monture de Myrimak, mais aussi ceux du shaakt du chariot et de l'oudio. L'arbre a succombé à l'immense et profonde blessure de son dos. Frappé par-derrière, sans doute parce qu'il protégeait le petit. L'idiot, comme Dae'ron... Un silence certain enveloppe les lieux, troublé par les murmures en shaakt de Myrimak et d'une poignée d'elfes noirs inconnus.

J'ai tué et blessé des créatures honnies. Ma magie m'obéit. Dae'ron est en vie. J'ai évacué une partie de ma rage aujourd'hui. Je devrais être satisfait, mais non. Je me sens vide et épuisé. La haine qui me donnait mes forces s'est dissipée.

Une goutte éclate à mes pieds. Le petit elfe vert pleure, sa tempe accolée contre le buste de Razar. Le chat au nez pété grimace, son regard rivé aux elfes. Une patrouille de mâles et de femelles, aidant Myrimak et l'autre à se lever.

( Des femelles... J'arrive même pas à vouloir leur cracher dessus. )

Lentement, j'avise le protecteur. Dae'ron est silencieux, mais je sais que le trépas du bouleau le touche. Il est sensible et gentil, même envers quelqu'un qu'il connait depuis peu. Son honneur de protecteur doit aussi en prendre un coup. Mes pas le font réagir et me regarder. Il doit encore physiquement souffrir, mais c'est la douleur coupable que je lis dans son regard qui me frappe le plus. Il tend sans brusquerie la main, s'arrêtant avant de me toucher. Je prends sur moi et le laisse effleurer mon visage teinté par la corruption. Erreur de ma part. Cela renforce son expression, en particulier quand il avise mes ailes, noires et dénuées du plus petit reflet.

Autrefois, j'aurais empêché son geste. Ou je lui aurais lancé une pique violente et cruelle, lui faisant comprendre pourquoi s'associer avec des géants était une mauvaise idée. Oui... Autrefois...

Ma main claire imite son mouvement, effaçant quelques lignes sanguines de sa peau pâle, puis attrape sa nuque sans brutalité. Il n'oppose aucune résistance quand j'attire son front contre mon épaule. Mes yeux sombres avisent vaguement une forme pendant que je perçois le tremblement du brun. Il fait au mieux pour se contenir. Ces bestioles humanoïdes étaient trop nombreuses et vindicatives. Il ne pouvait pas sauver tout le monde. Il doit s'en vouloir énormément car son choix de m'aider a peut-être condamné l'oudio.

"Tu as fait ce que tu as pu.", soufflé-je à sa spirale.

Ses mains agrippent mes manches de cuir. Ses ailes s'abaissent. Toujours pas un son, mais je ne suis pas dupe. Ce n'est pas de la sueur qui dévale lentement ma peau bleue. Je savais bien qu'à force de créer des liens, il allait finir par grandement le regretter. Mais cette pensée reste à l'abri de mon crâne. Je me contente de lui prêter mon épaule, de mon plein gré.



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"Être libre, c'est ne pas s'embarrasser de liens."


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 Sujet du message: Re: Marais du Narshass
MessagePosté: Dim 30 Aoû 2015 20:04 
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    « On peut tout quitter, sauf ses obsessions. »

La plume d’oie sauvage, légère, glissait sur le parchemin avec aisance. Depuis combien de temps n’avais-je pas pris le temps de m’en saisir, de m’asseoir et d’écrire ? Bien trop longtemps, à mon avis. Une décennie, peut-être. Mes anciens écrits avaient fini par se perdre dans les huttes des marais, suite à l’un de nos nombreux déménagements. Les troupes imorannes n’y venaient quasiment jamais, mises à part l’une ou l’autre patrouille aléatoire faisant une ronde de surveillance dans tout l’Atha Ust, guère plus d’une fois par mois, dont nous prenions grand soin de nous dissimuler. Même elles, à vrai dire, ne pénétraient pas profond dans ces lieux aux détours fourbes et aux sentes peu sûres. Notre groupe était à l’abri ici, au cœur des Marais du Narshass, caché du sombre pouvoir des Matriarches de Caïx, contre lequel nous nous rebellions. La seule communauté d’elfes noirs apte à m’accepter parmi-eux, moi, le sang mêlé. Sang de traître, comme ils m’appelaient parfois. Vlos Og’Elend. Et encore, tous ici savaient que je n’étais pas comme eux, et s’ils ne m’avaient jamais chassé, c’était parce que j’étais l’ami de leur chef, Khal’Abbil, un notable de Caïx Imoros qui autrefois prit soin de m’éloigner de la ville où ma mère m’élevait.

Voilà plusieurs semaines qu’il était parti en mission dans la capitale de l’Atha Ust, me laissant la protection de sa cadette, Dalharil, qui d’aventure n’en avait guère besoin. Il devait retrouver la trace sur place d’un ancien allié, dirigeant une guilde locale, membre d’une ancienne famille puissante de Caïx : Daïo Ichioama, des Chevaliers de la Flamme Noire. Voilà longtemps que le shaakt au cœur d’or et aux lames fines n’était plus venu nous rendre visite, dans les marais. Khal craignait pour lui, et désirait s’assurer qu’il aille bien. Lui-même issu d’une noble famille, il n’était pas vu comme un hors-la-loi, là-bas. De mon côté, j’attendais son retour de mission, à la fois impatient et désireux de retarder un peu ce moment. Car j’en avais pris la décision : mes jours parmi eux étaient comptés. J’avais atteint la maturité idéale de mon corps, et appris à maîtriser les fluides de foudre qui étaient apparus en moi voici quelques années. Tout en trempant la plume dans l’encre rouge sang, issue des fleurs du Lendora, je tendis la main, paume vers le haut, pour les faire crépiter entre mes doigts, à la lueur de la chandelle de suif, unique lumière dans la nuit approchant de l’aube.

J’avais déjà parlé maintes fois à Khal’Abbil de ce départ prochain, expliquant mes motivations à poursuivre non pas le travail d’une vie, mais bien de plusieurs : celles passées de mon âme. J’avais évoqué mes théories sur le Sang Ancien mais malgré qu’il les ait écoutées, sans les commenter, je savais qu’il n’y croyait guère. Il se contentait alors de sourire, opinant du chef en m’assurant que l’heure de mon départ n’était pas encore arrivée. Hors, là, elle l’était. Mais je ne pouvais pas quitter le clan sans lui dire au revoir. Je n’avais prévenu quiconque, pas même Dalharil qui dormait toujours dans sa couche, protégée dans un recoin d’ombre que la lumière de la chandelle n’atteignait pas. Elle ne comprendrait pas plus mes motivations que son frère. Mais de cela, je ne leur en voulais pas. Je savais que ces théories étaient prises par beaucoup comme la lubie farfelue d’un bâtard en recherche d’identité. Peut-être n’avaient-ils pas tort. C’était mon obsession. Et de ce que j’avançais, je n’avais aucune preuve étayant mes recherches.

Du chahut, dehors, attira mon attention. Par-delà la brume, les premières lueurs de l’aube naissaient sur un ciel verdâtre, tirant sur le bleu, aux fines pellicules nuageuses rosées. Je passai une main sur mes paupières, mes tempes et mes joues. J’avais écrit toute la nuit durant, sans me rendre compte du temps qui passait. Je refermai mon livre et le poussai sur le bureau pour me lever doucement, afin de ne pas réveiller Dalharil. Je fronçai les sourcils en ouvrant la porte de jonc, afin de voir ce qui produisait ce raffut à une heure si matinale.

À peine la porte ouverte, je me fis repousser à l’intérieur de la hutte, sans délicatesse.

« Dégage, Cretok ! »

Cretok. Orque. Un surnom que les shaakts de Caïx Imoros me donnaient, autrefois. De ceux qui me voyaient en esclave plus qu’en citoyen de leur sombre cité. Ici, un seul être m’appelait comme ça : Shrez. Un shaakt bourru, brutal et vulgaire, avec une crête sur la tête. Mais ce n’était pas un mauvais bougre, au fond. Il n’avait juste aucune manière, ni aucun sens de la diplomatie. Et pourtant, rarement j’eus croisé quelqu’un d’aussi loyal et sincère envers ses proches. Protecteur. C’était pour ces qualités que Khal l’avait pris avec lui dans sa mission à Caïx. Et s’il était là, ça signifiait que…

Je reculai vivement, ne prenant pas ombrage de la bourrade, ni de l’appellation. Shrez portait sur son épaule un Khal’Abbil blessé et fourbu. Ils avaient dû chevaucher longuement, plus que de rigueur, comme témoignait l’odeur âcre de la transpiration et du cheval qui envahit mes narines à leur entrée fracassante. Sans délicatesse, il alla porter son ami jusqu’à une couche, où il l’étendit. Il était à peine conscient. M’approchant, prudemment, je questionnai l’elfe à la crête alors que Khal gémissait. Je croisai ses yeux rouges, dans la nuit, étreints par la douleur qui irradiait une plaie profonde à l’épaule, lui ayant probablement brisé la clavicule.

« Qu’est-il arrivé ? »

Shrez tourna vers moi un regard mauvais, plein d’agressivité.

« T’occupe, Cretok. Y’a plus urgent. Va faire chauffer de l’eau, il faut nettoyer sa plaie. »

J’opinai sentencieusement du chef. Je savais pertinemment qu’il ne valait mieux pas le contredire quand il était de cette humeur. Et puis, ses paroles étaient censées : l’urgence allait à la blessure. J’apprendrais bien vite comment il l’avait eue, ensuite. Je m’aidai de la chandelle et d’une buche neuve pour raviver l’âtre, dont il ne persistait plus de la veille que des braises rougeoyantes. Le feu prit assez vite, et j’y posai une marmite contenant de l’eau pure bouillie la veille au soir pour la débarrasser des impuretés du marais. Les nains des Montagnes se gaussaient de chier et pisser dans l’eau que consommait les gens des Marais de Narshass. Ils n’avaient pas tort, même si c’était assez peu civil de le souligner avec tant d’entrain. Mais avec le cours du fleuve, il ne restait à l’arrivée plus grand-chose de leurs excréments, à part les sédiments que l’on trouvait naturellement dans l’eau. Peut-être est-ce cela qui rendait, après tout, les terres du marais si fertiles. Indéniablement, en revanche, l’eau consommable avait un goût répugnant, ici. Bien plus répugnant que l’eau des autres cités, pour peu que je me rappelle de mes vies précédentes, voire même de mon enfance à Caïx. Un goût de boue âcre et persistant, qu’importe qu’on la fasse bouillir trois ou quatre fois, ou qu’on y rajoute du pollen d’Altefiz, sensé la rendre sucrée au goût.

Alors que l’eau chauffait, émettant de petits grésillements sur la fonte de la marmite, Shrez entreprit de sommairement m’expliquer ce qui s’était passé.

« C’est ces foutus blancs-becs. Une patrouille. Ils nous ont foncés dessus sans sommation. »

Les Hinïons de l’Anorfain. Ils ont dû tomber sur une patrouille frontalière, au sud des marais. Un étranger se demanderait sûrement ce qu’ils faisaient au sud, alors qu’ils sont censés venir de Caïx, plein nord, et il aurait raison de s’interroger, mais voilà bien longtemps que je vivais parmi les shaakts du marais, et j’avais appris leurs ruses. Afin d’être certains de ne pas se faire repérer, les rebelles qui rentraient au bercail préféraient contourner par le Sud, exposé à la frontière d’Anorfaïn, où les imorans ne les suivraient pas, ni eux ni leurs traces. Un détour rusé, mais dangereux, si l’on tombait sur une patrouille blanche. Ce n’était pas un mystère, les relations entre blancs et noirs avaient toujours été des relations de haine et de guerre, depuis la nuit des temps. J’en savais quelque chose, en vérité : ma toute première incarnation s’était, voici plus de vingt-mille ans, faite tuer par un shaakt, lors d’une légendaire bataille. J’étais alors de l’autre côté de la barrière : un elfe blanc de Nayssan. Les choses n’avaient pas beaucoup évoluées, depuis cette ténébreuse période. Même si les attaques massives d’un peuple sur l’autre étaient devenues rares, surtout depuis le rattachement du Royaume de l’Atha Ust sous protectorat de l’Empire oaxien. Chacun vivait chez soi, et renforçait ses frontières…

« Ils ont dû vous prendre pour des bandits en maraude dans leur forêt. »

C’était assez courant que de courageux lâches pénètrent les terres surveillées pour s’attaquer à d’innocents hameaux peu gardés. Shrez renâcla bruyamment.

« Ouais. C’est ça. N’empêche qu’ils se sont pas posé longtemps la question, ces salauds. »

C’était le problème de nombreuses espèces : dès que deux peuples étaient, officiellement ou pas, ennemis, ils avaient tendance à mettre tout le monde dans le même panier. Dans un camp comme dans l’autre. L’eau était prête, je ne tardai pas plus avant de l’amener vers mon ami souffrant.

« Que sont-ils devenus ? Comment en avez-vous réchappé ? »

« Morts. Tous. » précisa Shrez, laconique. Ses capacités guerrières n’étaient plus à vanter, tout comme celles de Khal’Abbil. À deux, ils avaient dû faire un massacre. Je ne demandai pas le nombre de leurs assaillants à Shrez, sachant pertinemment que je pourrais multiplier par deux le compte qu’il en aurait fait. La brute épaisse n’aimait guère se vanter de ses exploits meurtriers. Il poursuivit néanmoins.

« On les tenait, ces salauds. Mais y’en a un qui a eu le foutu temps de foutre un coup de son putain de sabre dans l’épaule de Khal. »

Sur ces entrefaites, Dalharil s’était éveillée, et s’était glissée au chevet de son ainé, assise près de sa tête, passant ses doigts dans la chevelure courte, mais dense, du chef du village. Me voyant apporter l’eau, Shrez s’empara du cruchon que j’avais précédemment rempli d’eau bouillante.

« Laisse. J’m’en charge. »

Mais Dalharil s’interposa, posant une main légère sur l’avant-bras du shaakt à la crête.

« Je vais le faire. Tu dois être au moins aussi fatigué que lui. Va te reposer, Shrez. Tu as accompli ton devoir en le ramenant en vie. Il est entre de bonnes mains, maintenant. »

Le regard d’or de la sœur de Khal était perçant, et Shrez n’y résista guère, grognant un peu, mais cédant en lui donnant le cruchon de terre cuite, avant de quitter la hutte sans plus demander son reste, pour regagner la sienne, sans doute. Je m’agenouillai auprès de Dalharil, tendant un tissu propre pour qu’elle éponge la plaie. Shrez avait mis Khal torse-nu, révélant l’ampleur de la plaie. Moins grave que je ne l’avais cru initialement.

« L’os n’est pas touché. Il s’en remettra sans peine. »

Je regardais la shaakt passer le tissu imbibé sur la plaie, arrachant de nouveaux gémissements à Khal. Il était conscient, mâchoire serrée, mais encore trop secoué sans doute pour parler distinctement. Aussi ne le fit-il pas. Ils avaient beau être frère et sœur, maintes différences les parcouraient. Khal avait la peau plus claire, plus grisée que celle de sa cadette, qui l’avait presque aussi noire que la mienne. Ses yeux à elle étaient d’un jaune pur, alors que son ainé les avait rouge sang. Elle avait une toison blanche, mi-longue, en guise de chevelure, là où il l’avait noire, drue. Il était tout en puissance, grand et basé, pour un elfe noir, et elle était plus fluette, à la fois petite et fine. Silencieuse, elle s’écarta alors que je m’approchai de son épaule avec du fil et une aiguille courbe. Je n’avais guère de don pour la guérison, mais recoudre une plaie, ça je savais faire. J’en avais vu plus d’une. Cela ne dura guère, et une fois le travail fait, je laissai Dalharil étaler du baume sur la cicatrice pour éviter qu’elle s’infecte, avant de bander l’épaule. Khal, bercé par les soins de sa sœur, s’endormit.

J’observai en silence la scène, assis au bureau, jusqu’à ce qu’elle me rejoigne.



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 Sujet du message: Re: Marais du Narshass
MessagePosté: Sam 10 Oct 2015 14:46 
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    « Il n’y a pas de bonne fête sans lendemain. »


Les rires, des éclats de voix et de musique aux rythmes endiablés me parvenaient comme à travers une chape de brume épaisse, alors qu’ils m’entouraient au plus près. Un trio de tambours tribaux, à la peau frappée des mains sombres de mes confrères shaakts, tenaient tête au chant suraigu d’un petit flutiau entonnant des stridences frénétiques et mélodiques. Mais pour l’heure, je n’y prêtais guère attention, trop absorbé par les craquements sourds des buches se consommant dans le grand feu de joie. Leur chant, celui du bois qui se tord et craque en se consumant, me parlait davantage. La musique de la vie, verte et visible, primale, qui renait après sa mort en lumière, en chaleur et en sons évocateurs. Étais-je le seul ici à la voir, cette vie après la mort ? Étais-je le seul à m’y attarder ? Je n’en doutais pas. Et je m’en voulais presque de ne pas davantage me mêler aux rires des elfes noirs, à cette fête en mon honneur. En l’honneur de mon départ. Mais ainsi étais-je, détaché des plaisirs éphémères, et n’en profitant que de manière plus éphémères encore que mes semblables. Ils avaient raison, ô comme ils avaient raison, de s’amuser ainsi, de fêter, insouciants. Parfois, je m’en voulais d’avoir perdu cette innocence, d’avoir en moi trop de conscience des choses passées. Trop de sagesse, diraient certains, trop d’amertume, affirmeraient d’autres, plus nombreux.

Mais ce soir, je ne voyais dans mes prunelles noires que les flammes s’agitant, immenses au milieu du village de paillottes, faisant danser en elles les ombres de mes pairs, les plus jeunes de la tribu, ou les plus vaillants aussi. Shrez était de ceux-là, non pas qu’il fut jeune, mais la danse rituelle faisait partie de ses arts cachés, avec ceux de la guerre et du meurtre. De la chasse.

Les danseurs avaient le torse dénudé, et rougis par leur ingurgitation empressée de soupe de sang de papillon. Un plat typique de l’Atha-Ust, mêlant les feuilles de Papillon de Sang broyées à l’aide d’un pilon à du sang d’une proie chassée. Celui d’un groupe malchanceux d’Elyds, ce soir. Tombés entre les mains de nos chasseurs, ils ont été égorgés pour agrémenter ce plat traditionnel que nombre d’autres espèces trouverait répugnant, tant dans l’idée que dans le goût. J’avais siroté la mienne à l’aide d’une cuillère d’argent, laissant les longues goulées salissantes aux danseurs pleins de vie. Et le bol vide gisait devant moi, à la table sur laquelle j’étais accoudé, non loin de ma chopine de grès encore à moitié pleine d’Absinthe noire. La fée verte mêlée à de l’encre de poulpe. Une boisson fort prisée par les shaakts, et ayant eu son succès dans tout l’Empire Oaxien. Une boisson forte en teneur alcoolisée, dont il ne fallait pas abuser. Nous en avions tous abusé, ce soir. Ce soir de fête, la veille de mon départ. Peut-être était-ce pour ça que j’avais l’esprit embrouillé de pensées, que la brume masquait ma vue et mon ouïe.

Ces derniers jours, l’état de santé de Khal’Abbil s’était amélioré grandement. Véritable force de la nature, ça n’était pas une plaie à l’épaule qui allait le jeter à bas de la scène de sa révolte pour les droits des shaakts contre l’oppression des matriarches. Dès le lendemain, il s’était levé, contre mes indications et celles de Dalharil pour tenir conseil aux membres du village des résultats de son expédition. Je n’y avais pas insisté. Cela ne me concernait pas. Cela ne me concernait plus. Je m’en étais expliqué le soir même, en annonçant ma décision de partir. Mon ami, car il n’y avait pas de mot plus juste pour parler de lui, comprenait mon choix, même s’il le regrettait. Et il avait annoncé très vite la fête en mon honneur. La fête qui battait son plein actuellement. Dalharil, elle, l’avait nettement moins bien pris. J’avais senti monter en elle une colère froide, que j’avais mise sur le compte d’un sentiment d’abandon : après les expéditions de son frère, c’est moi qui finissais par quitter le giron protecteur pour m’envoler vers mon destin. Elle avait quitté la hutte sans un mot, et ne m’avait plus adressé la parole depuis. Ce soir, je ne l’avais aperçue nulle part.

Comme s’il lisait mes pensées, Khal’Abbil fit une remarque de sa voix grave et profonde comme l’obscurité d’une nuit sans lune :

« Elle viendra. Ne t’inquiète pas pour ça, et profite de ta soirée, Vadokan. »

Cela me ramena aussitôt dans la réalité, et dissipa la chape de brume qui m’engourdissait. Je clignai des yeux plusieurs fois, rétine aveuglée par les flammes que je fixais depuis plusieurs minutes maintenant. Je me tournai vers lui, prenant conscience des notes furieuses de la musique faisant entrer en de curieuses chorégraphies Shrez et les siens. Un sourire ourla mes lèvres, dévoilant mes proéminentes canines au shaakt.

« Tu as raison, mon frère, mon ami. Trinquons à cette soirée ! »

Il n’était pas dupe : je ne cessais pas de m’en faire. Mais je ne mentais pas pour autant. Il avait raison de m’encourager à profiter de leur présence plutôt qu’à regretter son absence. Mes derniers instants avec eux. Je levai ma chopine et trinquai avec la sienne, engloutissant d’une gorgée moins raisonnable qu’elle ne l’aurait dû. Ce qui se passa ensuite ne fut plus que brume, le lendemain matin. Les verres s’enchainèrent, la raison s’étiola et la fête prit le pas. Les rires et danses animèrent la nuit. Les accolades, aussi. Même Shrez, qui ne m’avait jamais vraiment apprécié, se fendit d’une gaillarde poignée de main, et d’une frappe virile sur l’épaule. Sans un mot. Il n’était pas fort pour les longs discours. Surtout quand il s’agissait d’adieux. Si j’avais la certitude de croiser encore Khal’Abbil ou Dalharil, je doutais fortement le recroiser, lui. Lui ou n’importe lequel autre membre de cette petite communauté des marais.

Les heures passèrent, festives et embrumées. Jusqu’à ce qu’enfin, elle fut là. L’apercevant, droite comme un ‘i’ à observer la liesse des siens, adossée à une hutte un peu en retrait, dans l’ombre, je quittai les abords du feu sans demander mon reste, grisé par l’alcool et la ferveur festive. Un frisson me surprit, alors que je m’éloignais de la chaleur. J’avais finalement laissé tomber la tunique pour me joindre aux danses, et mon torse d’ébène luisait de sueur. La nuit était fraiche, le vent faible, mais suffisamment présent pour me donner la chair de poule. L’ivresse se déroba aussi vite, alors que j’arrivai à proximité d’elle, silencieux. Mes pupilles noires fixèrent ses iris d’or, alors qu’elle-même semblait mutée dans un silence profond. Nous ne regardâmes ainsi plusieurs minutes durant, sans rien se dire, sans besoin que le moindre mot fut prononcé. Il n’y en avait pas besoin. Khal’Abbil connaissait bien sa sœur : elle était venue. Elle était là. Et alors que j’ouvris la bouche pour prendre la parole, sans même savoir ce qui allait bien pouvoir en sortir, elle s’approcha de moi et fondit ente mes bras. Sa joue contre mon épaule, ses bras enserrant mes côtes, sa poitrine collée contre mon torse, animée d’amples inspirations, et de longues expirations. Je décidai de garder le silence, encore un peu, et lui rendis son étreinte. Il n’y avait pas besoin de mots. Il n’y en avait jamais eu besoin. Nous nous l’étions toujours interdit. Je comprenais son ressenti. Elle m’en voulait de partir. Elle le comprenait néanmoins, et ne pouvais me laisser partir sans me dire au revoir. De mon côté, je savais qu’elle avait songé me suivre, mais que sa raison l’en avait empêchée. Elle devait rester près des siens. Elle devait rester près de son frère, le soutenir dans sa mission. Qu’importent ses envies d’aventure. Qu’importe l’attachement qui la liait à moi, et sur lequel nous n’avions jamais mis de mot…

Juste le silence. L’interdit. Et ce soir, malgré l’alcool, malgré la fête, ce fut encore le cas. Le silence. L’interdit. Aucun mot ne fut prononcé, aucun geste déraisonné. De l’affection, certes, mais empreinte de censure, de réserve.

J’ignorais combien de temps cet instant avait duré, mais c’était certainement le souvenir le plus intense de ma soirée. La sentir contre moi. Laisser une larme couler sur ma pommette, et s’écraser dans la masse de ses cheveux d’ébène. Une seule larme. Unique et sans sanglot. Car avec elle, c’était tout ce que mon corps actuel avait connu, que je quittais. Elle était le symbole de mon évolution parmi les shaakts, plus encore que son frère, ce héros. Et lorsque je m’endormis, ce soir-là, ce fut avec le souvenir féroce et profond de cet instant. Un souvenir que j’ancrai au plus profond de mon âme. Et la certitude, encore, de la revoir…

Un jour.



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