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Alors que Sibelle questionnait Ser Ellanieh sur les bêtes mutées, Sirat s’informait aussi. Cependant, plus il buvait, et plus ses questions devenaient confuses et inappropriées pour ne pas dire vulgaires. Tout d’abord, il s’intéressa apparemment à ce qui était arrivé aux habitants de Ouesseort, mais il mentionna le nom de Nagorin. Puis il voulut savoir quelle était leur méthode d’enfantement et poussa la vulgarité jusqu’à dire qu’il espérait que s’ils ne concevaient pas d’enfants qu’au moins ils profitaient du plaisir de la chair. Il se permit même de piquer un clin d’œil à la jeune fiancée. Sibelle était estomaquée de voir un tel comportement. Pas qu’elle était à cheval sur l’étiquette, mais elle considérait qu’il risquait de ruiner toutes leurs chances d’obtenir de l’information. Elle ne doutait point de la vaillance et de la force de l’humoran au combat, mais comme convive, il ne valait pas un clou, ne pouvant s’empêcher de boire comme un trou. Puis reportant son attention sur Nagorin, il leur demanda s’ils avaient utilisé les souterrains.
(Mais ils sont de Ouesseort, pas de Nagorin ! )
Décidément, l’humoran n’avait plus toute sa tête. Bien que sachant de la bouche même du beau-père que le Sans-Visage était leur ennemi juré, Sirat fit remarquer que le Sans-Visage vivait à l’époque de leur naissance et qu’ils l’avaient sans doute priés.
Ce fut cette fois sans mépris, mais sobrement que Yorhy répondit à l’interrogation de l’hinionne. Il n’y avait plus de guerre depuis la reconstruction de Ouesseort, grâce aux Chevaliers qui protégeaient la cité. Aucune créature ne risquerait de s’y aventurer sous peine d’être massacrée sur le champ. Il n’avait jamais entendu parler des mutants mentionnés par Sibelle.
Comme Sibelle s’en était douté, le beau-père s’offensa, non sans raison, des propos de Sirat et le somma de ne plus recommencer. Les autres invités demeuraient plus discrets, mais n’étaient pas moins contrariés. La jeune femme, les joues rosées de gêne, n’osait regarder autre chose que son assiette, et son fiancé serrait ses couverts à en blanchir ses jointures et ses poings.
Reprenant son calme, l’aîné fit remarquer la confusion de Sirat quant aux villes de Nagorin et de Ouesseort, ignorant sûrement volontairement la question portant sur le Sans-Visage. Par contre, l’autre homme du groupe, le dénommé Petr, expliqua qu’à l’époque dont il était question, personne ne pouvait se douter de la trahison du Sans-Visage, ce qui à son avis changeait tout. Mais il n’eut point le temps de poursuivre son idée, puisque Yorhy lui jeta un regard noir qui le dissuada d’en dire davantage.
Discrète et efficace, l’hôtesse des lieux ramassa les assiettes des entrées et annonça le repas principal : Colvert en aiguillettes, foie gras poêlé, figues, orge perlé et jus aux épices. Toujours sur le chemin, d’aventure en aventure, Sibelle n’avait pas l’habitude de repas si copieux, ni si raffinés. Ainsi elle n’avait aucune idée de ce qui l’attendait exception du fait qu’il y aurait du canard au menu. Le plat qui leur fit présenté fut de belles tranches d’une viande de chair plutôt foncée, accompagnées d’un petit pâté, de fruits rouges et baignant dans un jus appétissant. Bien qu’alléchée par le fumet dégagé, Sibelle se contenta d’une maigre part.
Malheureusement, l’arrivée du repas ne fut qu’une courte pause aux maladresses de l’humoran ivre. Ce dernier à présent debout, parla de Triman et révéla qu’un avatar du Sans-Visage était caché à Nagorin. Puis il se laissa retomber pesamment sur sa chaise, balayant au passage une bouteille de vin qui se vida sur la table et les convives. Il se leva alors annonçant qu’il s’était sali et qu’il se rendait dans sa chambre afin de mettre un costume propre. « Si c’est pour être si odieux, ne revenez pas, restez-y et cuvez votre vin. »
Lança Sibelle à la tête de Sirat, alors qu’il annonçait qu’il partait dans sa chambre. Contrariée, mais surtout en colère que son compagnon ne prenne davantage la mission au sérieux, se vautrant dans les plaisirs de l’alcool, libérant ainsi son côté sauvage, vulgaire et maladroit. Elle était rouge de colère, presqu’autant que le père, le fils, alors que le saint d’esprit vidait sa coupe de vin aussitôt remplie. Elle n’avait pas pu se contenir davantage, ne songeant plus à se faire discrète, même si la coutume Ouessienne l’exigeait.
Puis se tournant vers le père, elle précisa les dernières paroles de Sirat.
« Triman nous a effectivement appris la présence d’un avatar dans la cité de Nagorin. Mais il ne le cache ni le protège, il est leur prisonnier. C’est la raison pour laquelle ils n’ont pas accepté notre visite dans leur cité. Ils craignaient que le Sans-Visage puisse saisir une faille pour s’enfuir. La cité de Nagorin est en quarantaine, tant que les autres avatars ne seront trouvés et tant que Naral ne les aura pas détruits. »
Sibelle n’avait pas menti, du moins pas sciemment, elle avait tout simplement rapporté ce qu’elle en avait compris.
Et elle en voulait beaucoup à Sirat, elle craignait que par sa faute, la suite de la soirée soit gâchée et qu’il lui soit impossible de retirer d’autres informations.
((( 846 mots -se fâche contre Sirat, lui reproche d’être odieux - explique comme elle peut, la présence de l’avatar à Nagorin )))
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Sibelle, Maître d'armes
Dernière édition par Sibelle le Sam 30 Sep 2017 13:40, édité 2 fois.
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