L'Univers de Yuimen


Forum de Jeu de Rôle Médiéval-Fantastique




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 Sujet du message: Re: Route entre Omyre et Dahràm
MessagePosté: Dim 29 Juil 2012 02:52 
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Le soleil se couchait sur Nirtim et au loin, très loin, les Cerbères pouvaient apercevoir les formes de la villes de Dahràm. Cette cité corrompue par le vice et le mal semblait paisible depuis les plaines du continent. Il devait rester moins d'un jour de marche, mais la tâche s'avérait épuisante. Forcés de ralentir l'allure pour Hern', la tension était palpable. Chacun avait les idées embrumées par le doute, le mystère, et la peur. Personne ne l'affichait, ni même le Sang Pourpre, mais avoir été l'objet d'un attentat laissait une trace de terreur dans l'esprit du demi-elfe, comme marquée au fer rouge.

Sur la route, les mercenaires se relayaient pour transporter Herny la Main Blanche. Plongé dans un semi-coma, on le forçait à boire durant ses états de réveil. A Dahràm, on l'emmènerai se faire soigner auprès d'un guérisseur plus compétent encore que Tinòndil. Grâce à la civière de bois et de tissu fabriquée de toute mains par les Cerbères, porter Hern' s'avérait être moins fatiguant. Cependant, avancer sur ses gardes toutes une journée pour protéger un "convoi" pareil forçait la fatigue. Leur nervosité provoquait parfois des querelles impossible à empêcher, particulièrement entre Jedidiah et Chester. Malgré leur grande amitié, ils avaient failli en venir aux mains plusieurs fois, chose rare jusqu'à présent.

La vue de la ville signa le point final de la journée:

-On va s'arrêter par ici les enfants, déclara Lou en pôle position.

Il contempla le paysage, les traits durs. La veille, il n'avait pas dormi. Il ressassait le malheur présent, Seymour le soupçonnait de culpabiliser. Et pourtant, il n'avait forcé personne à s'engager auprès de lui, chaque Cerbère avait fait son choix de vivre ainsi, bravant le risque et les règles. Lorsque le Sang Pourpre avait fait part de son sentiment envers le chef, celui-ci n'avait rien dit, approuvant de par son silence.

Seymour s'approcha de son chef, détachant son carquois, enlevant son arc.

-Ce n'est pas ta faute.

-Je sais.

Sa voix laissait paraître un soupçon de colère, une pincée de culpabilité.

-Hum... j'ai cogité toute la journée à propos de ce Clou d'Ombre et de Rufus.

-Je ne sais même pas qui est qui, sont-ils que des fantômes ou des ennemis bien réels? Lâcha Lou dans un soupir. On veut notre mort...

-Si Rufus existe bel et bien, coupa l'archer, le trouver ne relèvera pas du défi. Ce qui sera dur, c'est l'aborder. On ne peut lui annoncer l'objet de notre visite tel que.

-Bien joué l'artiste, tu as trouvé ça tout seul? Lança le chef en ricanant.

-Ecoute bien l'ancien, voici mon plan! Rétorqua Seymour dans un sourire.

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Seymour Gunjir, Demi-elfe au Sang Pourpre

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 Sujet du message: Re: Route entre Omyre et Dahràm
MessagePosté: Dim 29 Juil 2012 03:11 
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C'est le lendemain en fin d'après-midi, à peut-être huit kilomètres de Darhàm, que la pluie vint s'ajouter aux festivités.

-Oh noooon... s'exclama inévitablement Chester.

L'odeur de la terre vint bientôt leur chatouiller les naseaux, le clapotis régulier de l'eau jouait une symphonie à leurs oreilles. Seymour appréciait cela. Après comparaison avec Chester, Seymour devait apprécié bien des choses aussi... disons qu'elles ne le dérangeait pas.
Le Sang Pourpre était de charge de civière. Au milieu du rang avec Jedidiah, les Cerbères les escortaient. Enfin Lou s'arrêta et se retourna alors que la pluie s'intensifiait:

-Rannek et Bud, prenez en charge Hern'. Thor', Chester: un devant, un derrière. Seymour, Jedidiah, partez devant. Je pense qu'il ne va pas tarder à pleuvoir des trombes, on aura une visibilité réduite. S'il vous voyez quelque chose, prévenez-nous comme vous pouvez. On va être encore plus ralentis.

Jedidiah et Seymour obéirent. Armant chacun une flèche à leurs arcs respectifs, ils prirent la tête au pas de course. Les gouttes d'eau fouettaient le visage du Sang Pourpre, les prédictions de Lou se traduisaient; une fine brume s'était installée avec l'averse. Une cinquantaine de mètres derrière, le restes des Cerbères formait une masse, une silhouette unique aux formes indistinctes.
Le demi-elfe fut motivé à l'idée de rentrer en ville ce soir. Cette pluie diluvienne l'avait trempé, il n'aspirait qu'au repos et au confort: un bain chaud, une belle femme, une bonne pinte...
Absorbé dans ses pensées, les yeux suivant l'eau coulant le long de sa flèche armée, Jedidiah attira son attention:

-Hey, Sang Pourpre. C'est quoi là-bas?

Il désigna le sud de la pointe de sa flèche. Une ombre révélait une présence, assez loin. Comme d'habitude, les Cerbères avaient emprunté les plaines, et non la route principale. Seymour plissa des yeux pour mieux voir, il ne pu que décrire une forme, un mouvement.

-Non... c'est rien.

-Tu dis ça pour te convaincre ou tu le pense vraiment?

-J'en sais rien... avoua le demi-elfe.

-Vaut mieux pas trainer... on va rejoindre Lou et le prévenir. Il faut prendre la route principale.

-Hum... Lou va pas aimer ça.

-Ouai ba moi, j'aime pas ça (il désigna l'ombre).

-Je suis sûr que c'est rien que le fruit de ton imagination. Et puis tu sais avec l'angoisse que l'on subie depuis avant hier c'est normal que...

-Quoi? Rétorqua vivement l'homme en se retournant.

-Ba... que tu...

-Ne termine pas ta phrase, interrompit Jedidiah, menaçant. Malgré le battement de la pluie sur ses oreilles, Seymour entendit distinctement Jed' chuchoter: Je n'ai pas peur. Toi peut-être, moi non!

Il se mit en route d'un pas décidé en direction du groupe. Seymour eut un rire amusé:

-Et là, c'est toi qui essaye de te convaincre? Cria-t-il. Quel frimeur!

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Seymour Gunjir, Demi-elfe au Sang Pourpre

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 Sujet du message: Re: Route entre Omyre et Dahràm
MessagePosté: Ven 10 Mai 2013 18:57 
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Quitter Omyre ne se fait pas si aisément. Les occupants de la Cité Sombre ont apposé leur marque aux alentours, par des camps ou des traces de ceux-ci, et la désolation de la terre, l’absence d’arbres, de buissons, de cultures… Mais l’odeur de la masse grouillante massée entre ou au pied des murs s’évanouit peu à peu, balayée tantôt par les vents du larges ou ceux qui passaient les monts. Ce soulagement olfactif fit un peu oublier à Therion le collier qui lui irritait la peau du coup, son poids et la menace constante de ses pointes redoutables, prêtes à lui ôter la vie à la moindre velléité de révolte.

Avec les deux autres Liykors et les deux Shaakts il assurait la protection du mage, avec l’ordre de faire rempart de son corps entre les armes d’éventuels d’attaquants et ce corps chétif. « Sans lui not’ putain d’mission n’a pas d’sens ! » avait crié Vrugor. L’idée avait parue saugrenue à Therion, et après quelques heures de marche, cette incompréhension ne s’était pas dissipée.

(Il n’y a que ce collier… Pas de collier, pas d’ordres stupides auxquels obéir… Pourquoi un homme qui ne sait pas se défendre est-il aussi important ?... Parce qu’il sait… Que voulait le Capitaine ?... Chercher des objets, pour faire peur, pour donner l’impression d’être puissant… Ils sont faibles ceux qui ont besoin d’une babiole pour faire croire qu’ils sont puissants… Il n’est même pas capable de marcher et il faudrait que je le protège ?... Il y avait des Liykors, dans les marais, dans les forêts, qui faisaient aussi de la magie… Mais ils étaient aussi capables de défendre leur territoire… Ils étaient capables de chasser… Et lui ? … Qui chassera pour lui ?...)

Certains Garzoks entonnèrent une chanson de marche, où il était question de belles vaincues et du sort que leur réservaient les vainqueurs. Ceux qui ne connaissaient pas les couplets eurent tôt fait de retenir au moins le refrain, pour mieux le brailler en cœur. Les représentants des autres races se tinrent cois, chacun devant avoir ses raisons : Therion trouvait déjà désagréable de parler l’idiome des Garzoks, alors chanter dans cette langue… Non. Un des Liykors qu’il avait dans son champ de vision attira son attention par un jappement, et communiqua avec lui par le langage des signes de leur race, exprimant ainsi l’image d’un vol bruyant d’échassier des marais qui s’imposait à lui à l’audition du chœur improvisé. Le rire de Therion ressemblait à une série de brefs grognements et fit tourner la tête au mage. L’amusement retomba aussitôt.

A la tombée du jour, le chef Vrugor trouva un recoin plutôt plat sur la pente où la troupe allait pouvoir camper pour la nuit. Lieu de passage pour les troupes d’Oaxaca s’étant rendues à Dahràm, le sentier caillouteux était nu sur sa longueur de tout buisson ou arbuste susceptible de fournir du combustible, aussi aucun feu ne fut allumé. La compagnie se sépara en trois groupes égaux, et le chef fit tirer chaque groupe à la courte paille : deux perdants par groupe, six soldats pour veiller par paire au cours de la nuit. Les Garzoks qui allaient partager cette tâche ingrate avec Therion lui imposèrent le tiers du cœur de la nuit, celui qui l’obligerait à dormir en deux tronçons. Peu importait, il était capable de plonger dans le sommeil quelques secondes après avoir fermé les yeux. Veiller lui apporterait un certain réconfort : ses paupières toujours mi-closes ne suffisaient pas à soulager ses yeux de la fatigue imposée par le soleil, et la lune lui manquait. Elle serait haute dans le ciel, et quand bien même ne pourra-t-il pas hurler comme à son habitude lorsque l’astre était haut et plein, il aimait à la savoir là.

Voyage vers Dahràm : deuxième jour

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Dernière édition par Therion le Jeu 16 Mai 2013 14:37, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Omyre et Dahràm
MessagePosté: Jeu 16 Mai 2013 14:35 
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Voyage vers Dahràm : premier jour

« L’mage a b’soin d’une tisane ! Z’allez partir en avant les p’tits loups, z’allez m’trouver des brindilles, du vois, n’import’quoi qui s’brûle et z’allez m’ram’ner tout ça fissa ! Et qu’y’en ait un qui choppe c’te gourde et qui m’trouve de l’eau. »

(De la tisane ?... Qu’est-ce que c’est que de la tisane ?... Encore une de ces choses que boivent les Garzoks et les humains ?... Comme l’alcool ?... L’alcool pue, gratte la gorge, attaque les narines et ceux qui en boivent font de mauvais chasseurs… de très mauvais chasseurs… On n’a pas le droit d’avoir de l’alcool avec nous quand nous quittons la cité pour une campagne… L’Instructeur nous l’a bien précisé… Mais j’ai senti… Il y a des soldats qui ont de l’alcool, très fort, dans de petites outres, de petites flasques, dans leur sac… Certains boivent pendant leurs tours de garde… Je l’ai senti mais… je ne dirai rien au chef… Pourquoi je lui dirais quelque chose ? … Et on ne dénonce pas ses « camarades », ça je le sais… J’ai vu ce qui était arrivé à ceux qui dénonce… Leurs cadavres sont déchirés… ils ont soufferts…Je les laisserai boire de l’alcool, et je vais chercher du bois pour la tisane… Mais pas seulement…)

La fin de l’après-midi était fraîche, et de lourds nuages à l’horizon menaçaient de couvrir la troupe d’un blanc manteau au réveil. Personne n’aimerait cette situation, et beaucoup pesteraient, mais il faudrait continuer à avancer. Le chemin dans les montagnes n’avait rien d’une voie fréquentée, même si beaucoup d’éléments trahissaient le passage de troupes, entre autre une curieuse absence de végétation combustible le long de la route. Mais les Garzoks et Sektegs pressés ne se risqueraient pas trop loin, ni trop haut, ni dans des lieux trop escarpés, du moins Therion l’espérait-il, sans quoi il n’aurait vraiment aucune chance de ramener un fagot à même de satisfaire le chef Vrugor.

A l’écart des passages se trouvait une petite gorge, creusée par un torrent, bas à cette saison mais qui devait rugir sitôt le dégel venu, en travers de laquelle était coincé un petit tronc d’arbre mort. Les racines de celui-ci se trouvaient encore pour parti sur une petite corniche terreuse en surplomb : il avait dû atteindre un degré de croissance où son poids l’avait entraîné fatalement vers le vide, à moins qu’un grand vent, ou un glissement de terrain, soit la cause de cette chute. Voilà qui convenait parfaitement à Therion, pour peu qu’il arrive à s’en emparer.

Les pentes étudiées, les parois rocheuses également, le Liykor trouva finalement un passage qui lui permettra de gagner la berge en dessous de l’arbre, à sec pour l’heure mais probablement submergée une partie de l’année. Restait à déloger cette arrête du gosier minéral dans lequel elle s’était coincée. Un bon et tout le poids du Liykor firent une bonne partie du travail, et ce de justesse il se laissa tomber en arrière pour ne pas être entraîné vers l’eau par le tronc.

(J’ai du bois et j’ai du temps… Personne ne viendra chercher ce tronc ici, personne… Sinon tant pis, je dirai que je n’ai pas trouvé de bois, ou j’en trouverai ailleurs… Que peut faire le chef ?... Me donner le fouet pour l’exemple ?... J’aurai le fouet… Mais j’ai faim…)

La truffe aux aguets, il humait le vent qui charriait des parfums qui ne lui étaient pas inconnus. En contrebas devaient pourrir un ou deux poissons bloqués par un rocher, emportés par une saute de courant ou abandonnés par un quelconque prédateur repu ; plus haut étaient passés des caprins à l’odeur si caractéristique, un mâle au moins ; mais tout près…

(Des lapins ! … Des lapins… Voilà qui me changera de leur viande séchée dure et sans goût… Un lapin juteux, des organes frais qui croquent sous la dent… De la vraie viande !... Je préfèrerais de loin un de ces bœufs gras d’Ynorie, comme celui qui un jour s’est égaré à la lisière des marais… J’ai dû me battre pour me servir le premier… Ces louveteaux doivent encore avoir les marques de mes crocs sur leurs bras… J’ai mangé… Les bêtes qu’élèvent les hommes sont bonnes, elles ont un goût différent… Elles sont toujours bien nourries… Elles ont de la chair… Mais il n’y a pas d’homme ici, je ne sens pas de troupeaux… Juste des chèvres de montagnes… Dures, puantes... Ce sera donc des lapins… Mieux que rien…)

Chasser s’avéra être toujours aussi facile, malgré les mois de manque de pratique. Deux lapins qui n’avaient pas connu la famine au cours de la belle saison furent promptement dissimulés dans la besace, pour ne pas avoir à partager : les autres Liykors les sentiraient mais ne le défieraient pas, ils le savaient plus fort, quant aux Worans, il ne savait pas mais se tenait prêt à défendre ses proies griffes et crocs. L’arbre au tronc guère plus large que ses bras chargé sur son épaule, Therion remonta tant bien que mal la gorge au fond de laquelle il était descendu et regagna plus facilement.

Le chef Vrugor exprima sa satisfaction par une bordée de grognements incompréhensibles, changeant assez de ses vociférations habituelles pour que les Liykors y voient une amélioration. L’occasion se présenta donc pour Therion de voir ce qu’était une tisane. Le tronc débité, le feu allumé avec les branches plus fines ramenées par les autres, le mage remplit d’eau une petite casserole à pied, et y plongea une poignée d’herbes diverses tirées d’une des fontes de sa mule. Les remarques qui fusèrent et l’éloignement progressif des soldats du foyer malgré le froid donnaient une vague idée de la puanteur qui se dégageait du mélange. Pourtant, une fois celui-ci à température buvable, Dreamar l’avala non sans force de grimace. Quelques minutes après il tombait dans un sommeil profond.

A l’écart, peu convaincu de l’utilité d’une tisane, Therion avait soigneusement dévoré ses lapins, jeté au loin les peaux et les os, puis s’était endormi, roulé sous sa couverture, espérant n’être pas couvert le lendemain par un manteau neigeux.

Voyage vers Dahràm : troisième jour

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Dernière édition par Therion le Jeu 16 Mai 2013 23:34, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Omyre et Dahràm
MessagePosté: Jeu 16 Mai 2013 23:31 
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Voyage vers Dahràm : deuxième jour

Tout se passa à une vitesse peu commune. La mule fut prise d’une peur panique que nul ne s’expliqua par la suite, qui la poussa à faire un écart. Tout aurait pu s’achever ainsi sans l’état traître du chemin, sinuant entre une pente raide et un à-pic dont personne ne s’était approché pour juger de l’éloignement du sol. Des cailloux charriés par les précipitations orographiques, un peu de terre au milieu de rochers, un faux mouvement ? Toujours était-il que dans un braiement pathétique se trouva proie de la gravité et chût sans cesser de faire entendre sa détresse, jusqu’à ce qu’un bruit sourd associé à quelques craquements amplifiés par les parois proches.

Dreamar avait pensé voir son âme rejoindre plus tôt qu’il ne l’espérait les Dieux auxquels il avait dédié son existence. Haletant de terreur, son pantalon trempé d’urine, sa vessie n’ayant pas supporté le choc, il pendait misérablement dans le vide, incapable du moindre mouvement pour saisir une prise, trouver un point d’appui : il lui semblait que toute tentative dans ce sens lui vaudrait le sort de sa monture. Un hoquet de surprise lui vint lorsqu’il s’aperçut que son dos frottait contre les aspérités du roc alors qu’il remontait vers le chemin dans un mouvement lent et fluide. Il manqua de défaillir sitôt assis sur une surface stable et horizontale, déserté par tout ce qui l’avait soudain rendu plus vivant que jamais aux portes de la mort.

A côté de lui se relevait Therion, époussetant sa cotte de maille, retirant du bout des griffes un à un les gravillons coincés dans le métal que ses mains larges n’avaient pas délogés. Comme si rien ne s’était passé, le Liykor ramassa ses armes et effectua un simulacre de garde-à-vous lorsque Vrugor se présenta pour s’enquérir de ce raffut et surtout de l’arrêt de la colonne alors que le jour se faisait déclinant et que l’espace le plus proche pour faire halte était proche.

« Où vous vous croyez ?! On n’est pas en prom’nade ! Y du ch’min qui nous attend ! J’veux des explications ! Où est partie brouter c’te damnée mule ?! »

« Elle ne broutera plus. Elle est tombée. »

La bouche ouverte comme pour assommer d’insulte son subordonné, le chef Vrugor s’arrêta soudainement, l’association s’étant fête sous son casque entre la réponse reçue à sa question et le mage à la face crayeuse avachis sur le sentir, l’air de revenir de loin. Ce fut sans hurler qu’il s’adressa à ce dernier.

« Qu’est-c’qui s’est passé ? »

« La mule… Elle a fait un écart… J’ai pas compris et puis… Elle a glissé, et j’allais la suivre, et puis je suis remonté... J’ignore comment… »

« Quelqu’un a vu ce qu’il s’est passé ici ?! »

« Comme il a dit. La mule a bougé, la mule a glissé, il est tombé. »

« J’me doute bien qu’ça c’est passé ! Qu’il s’est pas mouillé l’pantalon parce que pas l’temps d’baisser son futal ! Qu’la mule s’est pas offerte une prom’nade dans les nuages ! C’que j’veux savoir c’est comment y s’est r’trouvé l’cul ici ?! »

« C’est l’Liykor qui l’a r’monté, chef ! »

Therion avait hésité à se désigner comme responsable de l’exploit : bien qu’ayant sauvé la vie du mage, il ignorait comment celui-ci ou le chef prendrait le fait que cet acte soit le fait d’un esclave ; certains soldats d’Omyre étaient très chatouilleux sur la question de leur supériorité par rapport à certaines races. Le témoignage d’un des Garzoks assigné à la garde de Dreamar résolut le problème pour lui, amenant le chef Vrugor à se rapprocher et à le détailler sous toutes les coutures, comme s’il le voyait pour la première fois.

« C’est vrai c’qu’y dit ton camarade ? Qu’c’est toi qui l’a r’monté ? »

« Oui chef. »

« Et comment ça s’fait ? »

(Je suis un prédateur… Que ferait un prédateur incapable de fondre sur la proie qui jaillit des fourrés ou d’une touffe de roseau ?... Un instant pour décider, un instant pour agir, le même instant…)

« Bon entraînement à la forteresse ?... chef. »

« Ouais, prends-moi pour une bille. Et comment ça s’fait qu’les autres ont pas pu l’choper ? »

« Pas assez près ?... chef. »

« C’est ça, pas assez près. Et pourquoi qu’t’as essayé d’le choper ? Tu risquais d’tomber avec, non ? »

(J’ai plongé parce que c’était ma mission de le sauver… Le protéger sinon la mission ne sert à rien… Je me fiche de la mission, je me fiche de sa vie, mais pas de la mienne… Je dois attendre l’heure où le Père voudra que je regagne les territoires de chasse sans ce collier… En attendant je dois survivre… Et si je ne l’avais pas sauvé ? … Le chef aurait-il déclenché le collier ? … Se serait-il déclenché tout seul ? …)

« Il est important pour la mission chef ! Sans lui, pas de sens à la mission chef ! »

« Soit t’es aussi bête que t’en as l’air, soit t’es sacrément plus futé que j’le pensais… J’sais pas quoi penser… Dites voir, y’avait des choses importantes dans vos sacoches ? »

« Tout ! Des livres sur… sur ce que nous cherchons, les herbes dont j’ai besoin, des affaires à moi, des… »

« Ouais, ouais, si y’a des trucs pour la mission ça m’suffit. On n’a pas de temps à perdre. Toi mon gaillard, paraît qu’vous voyez la nuit, vous z’aut’ les p’tits loups ? »

« Oui chef. »

« Bien. On va pas pioncer ici. Tu vas m’trouver un moyen d’descendre en bras, d’me choper les fontes, d’les ram’ner. Clair ? On campera un peu plus loin, là où y’a une sorte de plateau. Tu ramènes tout, c’est bien clair ? »

« Oui chef. »

« Et prends l’temps d’manger un morceau… »

Therion crut voir le chef Vrugor lui faire un clin d’œil : au cours des quelques mois passé à Omyre, il avait appris que cela marquait parfois une forme de complicité, de compréhension, et autres nuances qui lui échappaient pour la bonne et simple raison qu’elles ne l’intéressaient pas. Il ne comprenait pas bien ce qui lui valait ce signe ; peut-être s’agissait-il tout simplement d’un des tics qui parfois déformaient la figure du Garzok. Il relevait de l’évidence qu’il allait en profiter pour remplir son estomac des morceaux les plus tendres de la mule, il n’avait pas besoin de se le faire conseiller par le chef. Mais il savait à quel point les Garzoks, les elfes et les humains s’attachaient à des choses qui lui paraissaient dénuées de tout intérêt.

En continuant de suivre la troupe il remarqua un moyen de descendre en contrebas et de remonter à l’aide de ce qui avait dû être un glissement de terrain, et qui pourrait lui fournir assez de prises pour l’escalade dans les deux sens. Retrouver la carcasse ne fut pas difficile, il avait pour lui son odorat, le repère de la paroi et une lune encore assez lumineuse pour baigner les montagnes d’une aura laiteuse ; trois renards commençaient à fouiller dans le ventre déchiré par les rochers, mais ils s’esquivèrent à l’approche d’un carnivore autrement plus massif qu’eux. Après avoir dégusté les organes les plus appétissants, Therion s’emplit le ventre avec un cuissot, accumulant ainsi des réserves lui permettant de tenir jusqu’à la prochaine chasse abondante, puis découpa un bon morceau à l’aide de son glaive pour le Liykor à qui il avait confié sa javeline, trop encombrante pour sa mission. Lorsqu’il regagna sans encombre le campement, tout le monde dormait, à l’exception des sentinelles, parmi lesquelles se trouvait celui qui gardait son arme, vite récupérée en échange de la pièce de viande encore saignante, et du mage. Les doigts noués, les ongles rongés jusqu’au sang, il attendait avec impatience le rapatriement de ses effets. A peines les fontes lui furent-elles rendues qu’il se mit à en inspecter fébrilement le contenu, évaluant les destructions et les atteintes.

Therion s’endormit d’un sommeil de bête, réparateur et léger, percevant à peine dans la brise fraîche les parfums du bois enflammé, couvert par les relents fétides des breuvages du mage.

Voyage vers Dahràm : quatrième jour

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Dernière édition par Therion le Ven 17 Mai 2013 11:32, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Omyre et Dahràm
MessagePosté: Ven 17 Mai 2013 11:30 
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Voyage vers Dahràm : troisième jour

Le dernier jour de marche s’est allongé à mesure que les signes de la destination se faisaient plus nombreux : des effluves marins charriés par le vent, les remparts de la cité au loin aisément visible tant le terrain est plat, la promesse d’un repas chaud, d’un bon feu et de quelques tavernes pour tous, sans parler des divers autres services plus particuliers dont les soldats pourraient bénéficier dans la ville lors d’une permission. Cependant la perspective de se retrouver à nouveau entre des murs ne plaisait guère à Therion, qui se posait la question de l’approvisionnement : peu de gibier sur cette plaine battue par les vents, ou trop petit pour vraiment se fatiguer à l’attraper, et le poisson ne lui convenait guère, mais c’était toujours mieux que rien.

Si la colonne se trainait, c’était sans aucun doute à cause du mage qui cheminait d’un pas de convalescent, lent et hésitant, manquant de trébucher sur les inégalités trop hautes du sol. D’un aboiement le chef Vrugor avait assigné Therion à sa garde rapprochée avec trois Garzoks en sus : leur rôle consistait à le soutenir, à le rattraper, à porter son sac et les fontes, allumer son feu et chercher de l’eau pour ses tisanes. Lors d’une des haltes imposées pour permettre à Dreamar de reposer ses jambes, ce dernier s’adressa au Liykor resté seul pour veiller sur lui tandis que les trois autres s’étaient égaillés pour diverses raisons.

« Merci pour hier. »

« Je devais vous protéger. Pour la mission. »

« Merci tout de même. »

« … »

« C’est la première fois que je côtoie des représentants de ton espèce. Vous m’avez l’air d’être de bons guerriers. »

« Nous sommes des prédateurs. »

« Oui… Mais qu’est-ce que cela change ? Vous tuez au final, non ? »

« Nous tuons. Pas pour les mêmes raisons. »

« Ah… Les raisons de tuer… C’est fou comme les gens s’y attachent… Mais les gens meurent, et pour Phaïtos c’est une même chose, quelque soit la raison. Connais-tu Phaïtos ? »

« Un des… Dieux Sombres disent les soldats… »

« Oui, un Dieu auquel j’ai fait allégeance. Je sers la mort, et cela me fera mourir un jour. Pries-tu le Dieu de la mort ? »

« Je ne prie pas. Je demande au Père et je remercie le Père. Je demande à la Mère et je remercie la Mère. »

« Et lorsque l’un d’entre vous meure ? »

« Il chassera pour l’éternité avec le Père. Et son corps retournera à la Mère. »

« Alors le Père est comme le Dieu de la Mort, il accueille et accompagne les âmes ! »

« Non, le Père donne le gibier, le Père lui donne la nourriture, le Père nous donne la force et les talents de la chasse, le Père amène les vols des oiseaux dans les marais… »

D’un geste de main agacé le mage mit fin à la discussion, peu enclin à entrer dans des détails de théologie avec un esclave. Le Liykor s’en accommoda et tira un bloc de viande séché de sa besace pour en tailler de son glaive une large tranche qu’il se fit un devoir de mâchonner consciencieusement. La troupe se remit en marche sitôt le mage ayant bue sa potion infecte, le foyer éteint et les affaires remballées.

Un plan pour la chasse

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 Sujet du message: Re: Route entre Omyre et Dahràm
MessagePosté: Mer 16 Oct 2013 14:53 
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Vers Omyre

Le cage d'acier et de bois tremblait doucement. La pas claudiquant des chevaux, la voix des hommes de Valtor... Vectelion émergea avec une migraine digne d'une gueule de bois. Le visage partiellement boursoufflé, il sentait son pouls battre sa tempe droite, là où la chaise avait fait mouche.
Les rayons du soleil perçaient à travers les planches soudées par la structure d'acier du chariot, il était escorté comme convenu par le jeune capitaine Dahràn, à la place d'un fugitif dont il n'avait jamais entendu parlé.
Se relevant position assise, Vec' examina le pétrin dans lequel il s'était fourré. En route pour la mort, l'angoisse se réveillait même s'il faisait tout pour ne pas la laisser transparaitre. L'homme se repassait en mémoire les derniers évènements vécus, et les paroles de Valtor... une histoire abracadabrante qui tenait pourtant la route, aucune faille ne s'ouvrait à Vectelion, aucune brèche à exploiter. Si le vrai Daguiero était un maître dans l'art de la permutation, même l'exposition publique de l'encapé ne changerait quelque chose. Qui pourrait le reconnaître? La discrétion dont Vec' faisait toujours preuve lui avait évité bien des ennuis, elle le conduisait aujourd'hui sur le billot.

Ce n'est qu'après de longs soupirs désespérés que Vectelion se releva pour dégourdir ses jambes, palpant le plafond de bois, déséquilibré par les secousses. Son cœur tressaillit lorsque ses yeux tombèrent sur le coin de la prison mobile: son manteau était soigneusement plié, son chapeau reposait dessus.

-Ma dernière volonté... se souvint Vectelion en caressant son précieux couvre-chef.

Un nid-de-poule souleva l'une des roues du chariot et le renversa sur le plancher. A genoux, l'encapé tenta de scruter l'extérieur à travers les failles du bois, sans conviction. Les discussions futiles de ses escorteurs lui montaient aux oreilles, il décela au bout de plusieurs minutes au moins six voix différentes.

(Si Daguiero est proche de sa réputation, j'ai sûrement droit au cortège d'élite...)

Non non, il n'y aurait décidément aucun moyen d'y échapper.

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Dernière édition par Vectelion le Lun 28 Oct 2013 01:57, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Omyre et Dahràm
MessagePosté: Jeu 17 Oct 2013 18:22 
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Au contact de la Mort

La halte au camp des forces d’Oaxaca, en bordure de Dahràm, avait été de courte durée. Dreamar avait tenu à envoyer un message pour annoncer le succès de sa mission aux mages noirs d’Omyre, et le retour de la Compagnie du Serpent Noir dans les plus brefs délais. L’intendant du camp n’avait cependant pas prévu ces bouches supplémentaires dans ses demandes de réquisition à la Milice de la ville voisine, et le commandant des lieux refusa, malgré l’insistance de Vrugor, de ponctionner ses propres réserves pour permettre à la troupe de se mettre immédiatement en marche – respect des consignes de sécurité disait-il, il fallait être prêt à toute éventualité, surtout à l’approche de l’hiver. Alors les guerriers purent profiter d’une demi journée de repos supplémentaire, après la matinée de marche qui les avait conduit des abords de la crique jusqu’à un havre plus hospitalier. Les rumeurs allaient bon train, alimentées par les témoins du rituel et du retour du Liykor ; les locaux ne manquèrent pas d’être impressionnés, mais surtout ils buvaient ce récit pour palier à leur besoin de rompre la routine, eux qui commençaient à s’ennuyer sur leurs positions : certes, ils ne risquaient pas leur vie sur un champ de bataille, mais ils auraient apprécié d’au moins participer à l’opération éclair qui avait été nécessaire pour capturer le guérisseur, voire à une petite manœuvre punitive pour marquer les esprits et empêcher à l’avenir toute embuscade. En attendant, ils demandaient à contempler la lame, et se gardaient bien d’y poser ne serait-ce qu’un doigt : tous avaient eu vent du sort de celui à qui on avait commandé de la prendre en main ; ce dernier avait vaillamment passé la nuit près de la crique, mais avait fini par succomber à la marche qui lui avait été imposé sur le chemin du retour, le corps fut tout de même ramené au camp, porté à tour de rôle par les soldats, pour ne laisser aucune place aux rumeurs que ne manquerait pas de faire naître la découverte du cadavre par un des locaux.

Ce temps de repos octroyé à contrecœur par les supérieurs, le temps que de des rations de voyages soient raflées à Dahràm et acheminée au camp, permit à Therion de remettre un peu d’ordre dans les coupures qui déchiraient sa peau. Les plus superficielles à portée de sa langue furent copieusement léchées, sa langue râpeuse retirant les impuretés et la poussière qui s’y étaient glissées et la salive accélérant la cicatrisation. Pour les plus profondes, il réussit à mettre la main sur un pot d’onguent puant, composé d’algues et de divers plantes littorales, qu’un des worans de la troupe accepta de lui appliquer, marquant ainsi sa soumission provisoire à celui qu’il considérait maintenant comme le mâle dominant de la meute. Quelques jappements et des signes de respect évident pour la force de Therion s’ajoutèrent à ce geste.

(Ainsi les Liykors ne sont pas encore complètement pourris par ces Garzoks… Ils savent encore comment se comporter avec ceux de leur race… Ils connaissent encore le respect du chasseur… Quel pitié que lui comme moi ayons ce collier… Vouloir faire de loups des chiens… Je ne serai jamais un chien… Jamais…Et j’ouvrirai de mes griffes le ventre des Liykors qui auront osé se soumettre, mes crocs arracheront leurs entrailles, et je les regarderai mourir comme des chiens… Je donnerai leur corps aux rats, aux plus faibles charognards, je hurlerai leur lâcheté au Père et à la Mère afin que jamais ils ne puissent parcourir les forêts giboyeuses dans l’autre vie…)

La nuit fut courte, l’aube ne jetait pas encore ses premier rayons sur l’horizon lorsque la troupe se mit en route. Peu importait à Vrugor qu’il fasse jour ou non pour faire avancer ses soldats sur la plaine, il suffisait d’aller tout droit, et de mettre les Liykors en tête de la colonne pour avertir de tout obstacle ou anfractuosité du terrain qu’ils ne manqueraient pas de relever du fait de leur nyctalopie. Ainsi des ombres cheminaient, drapées d’obscurité, vers le flanc des montagnes et leur destination finale, la ténébreuse cité, ses hautes tours noires, d’hypothétiques jours de repos, mais surtout le départ pour une nouvelle mission, sous d’autres latitudes. La fraîcheur de la nuit pénétrait les muscles et faisait frissonner les guerriers, hormis ceux qu’une fourrure protégeait des variations trop brusques de température ; la chaleur ne tarderait pas à envahir les corps avec la venue du jour combiné à l’effort de la marche, mais pour l’heure, le moral était bas, les esprits encore embrumés de sommeil malgré les lanières des sacs qui entaillaient les épaules et les irrégularités du terrain qui parfois manquaient de faire trébucher l’un des marcheurs. Au loin, masse sombre se découpant sur un ciel d’une nuance plus claire, les montagnes se profilaient comme une nouvelle épreuve que personne ne souhaitait trop vite aborder.

Retour vers Omyre : deuxième jour

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La faim chasse le loup du bois...


Dernière édition par Therion le Ven 18 Oct 2013 15:35, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Omyre et Dahràm
MessagePosté: Ven 18 Oct 2013 15:34 
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Retour vers Omyre : premier jour

Vrugor ordonna de dresser le camp sur les premières pentes de la montagne, dans un repli du terrain qui selon lui permettait cachait la luminosité vacillante des maigres feux de camp à la plaine d’où risquait toujours de venir une attaque. Les tours de garde furent distribués, et Therion se porta volontaire pour prendre celui du milieu de la nuit, acte pour lequel ses compagnons lui furent reconnaissant : peu d’entre eux souhaitaient voir leur sommeil coupé en deux tant il était difficile de s’endormir enroulé dans une maigre couverture, sur les irrégularités rocheuses de la montagne. Laissant le feu diminuer jusqu’à n’être plus que braises et flammèches hésitantes, qu’il entretenait de quelques branche morte, le Liykor laissa ses yeux se reposer dans l’obscurité reposante. Tout au long du jour il avait avancé les paupières mi-closes pour se prémunir des agressions du soleil, ne réussissant cependant pas à s’épargner la forte migraine qui s’était manifestée lorsque l’astre commença à lui faire face en descendant vers l’ouest. Il aurait été bien plus rapide pour lui de dormir tout le jour et de courir la nuit, empruntant des chemins par lesquels il aurait été plus difficile de faire progresser une troupe qu’un seul individu, chassant un lapin imprudent puis le dévorant en pleine course. Mais rien de tout cela n’était envisageable, malgré son collier ; le problème n’était pas tant sa fidélité que la nécessité de maintenir une discipline militaire et l’unité de la troupe pour faire face à un éventuel danger : une possible escarmouche de forces hostiles à Oaxaca était tout à fait possible, menée par un groupe petit mais efficace agissant détaché de toute base. S’ajoutait à cela que Therion, comme porteur de la Lame Sombre, ne pouvait pas s’exposer à des risques inutiles sans compromettre la réussite de la mission, qui n’était pas tant de trouver l’artefact que de le ramener et d’en faire étalage à Omyre pour galvaniser les troupes que les récents déboires militaires auraient pu amener à douter de la force de leur parti.

Les oreilles aux aguets, la truffe au vent, adossé à un rocher, Therion prenait pour la première fois le temps de contempler cette arme si particulière à laquelle il s’était trouvé bien malgré lui dès le moment où il l’avait saisie dans la grotte. Si elle semblait absorber la lumière, l’impression était bien plus vive dans la nuit, où l’obscurité servait d’étalon : contempler le métal mystérieux et relever les yeux sur l’horizon conduisait à prendre conscience du rayonnement des étoiles dans la nuit. Comme une longue écharde de néant, la Lame Sombre pourrait encore se découper par contraste dans une pièce dépourvue de toute source lumineuse, Therion en était persuadé, car les ténèbres étaient encore quelque chose, l’absence de lumière ; la Lame Sombre paraissait être l’absence de tout, y compris les ténèbres.

(Que peuvent vouloir de moi le Père et la Mère pour avoir lié mon existence à cette arme ? … J’ai senti cette force, si contraire à toutes celles qu’il m’a été donné de connaître, dans la grotte… Cet arme n’est pas normale… Mais lorsque je la saisis… Je sens la force couler dans mon bras… Ma prise se faire plus solide sur la poignée… D’où me vient la force ? … La force vient du Père, qui nous a donné la rapidité pour courser nos proies, la puissance pour arrêter le plus massif des sangliers de la forêt, les griffes et les crocs pour déchirer le cuir le plus résistant des gibiers et nous mesurer les uns aux autres pour nous répartir les territoires de chasse… Chaque battement de cœur est la vie du Liykor, comme toute chose que la Mère nous prodigue… Mais le Liykor est aussi la mort… Je suis la mort pour chaque bête que je chasse, pour chaque ennemi que je mets à terre… Mon souffle est le dernier qu’ils perçoivent… Je suis la mort… Pourrais-je alors également brandir la mort ?...)

La Lame Obscure sortit de son fourreau d’un glissement feutré, aussi silencieux qu’une brise d’automne dans des arbres nus. Therion percevait au bout de son bras le poids de l’arme, mais n’eut aucune peine à trancher par deux fois l’air devant lui, chacun de ses mouvements révélant une fluidité qu’il n’avait pas connu avec le glaive forgé dans les profondeurs d’Omyre qu’on lui avait fourni avec l’ensemble de son équipement : la Lame Obscure prolongeait son bras comme ses griffes chacun de ses doigts.

(Une griffe… Un croc… Non… La Griffe… Le Croc… Voilà ce que doivent être les crocs du Père sur les vastes plaines sombres où il chasse pour l’éternité des bêtes plus grandes et plus puissantes qu’aucun de ses enfants ne peut imaginer… Les porteurs de la Mort...)

Un oiseau eut le malheur de vouloir planer au dessus du feu pour gober au vol les derniers moucherons de la saison, bientôt tenus par le froid de demeurer dans leurs retraites ignorés de tous les géants qui pour eux arpentent le monde. La tête du volatile fut tranchée d’un habile revers de la Sombre Lame, et sa course gracieuse qui devait lui faire gagner le ciel s’acheva en une chute lourdaude peu digne d’un être des airs. Peu regardant sur l’espèce, Therion le pluma sommairement et l’acheva en deux bouchées, broyant les os fragiles de ces mâchoires implacables ; les rations de voyage attribuées par le chef Vrugor convenaient à peine à son estomac de prédateur, et toute occasion de savourer un peu de chair fraiche, fut-elle aussi fade que celle d’un petit oiseau de passage, était bonne à prendre.

Quelques gravillons roulèrent dans le dos du Liykor, mais il reconnut l’odeur de celui qui approchait, aussi rengaina-t-il son arme.

« Je veille Chef… »

« Je sais. J’vais prendre le dernier tour de garde. Mais j’voulais t’parler. T’as eu du cran pour descendre dans c’te grotte… J’en m’nais pas large…»

« J’avais peur, Chef… Mais on combat la peur… Chef… »

« Va pas croire que t’as gagné que’qu’chose là bas. C’t’épée, tu vas pas la garder. T’es qu’un gros chien, et on donne pas des trucs d’ce genre aux chiens… Va pas t’croire supérieur. Une fois à Omyre, tu s’ras comme les aut’. C’est clair ? »

« Comme les autres… Chef. »

« T’es costaud, mais oublie pas ton collier. Clair ? »

« Clair… Chef. »

« Bien, va dormir alors. »

Retour vers Omyre : troisième jour

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La faim chasse le loup du bois...


Dernière édition par Therion le Sam 19 Oct 2013 15:13, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Omyre et Dahràm
MessagePosté: Sam 19 Oct 2013 15:12 
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Retour vers Omyre : deuxième jour

« Je peux aller chasser… Chef ? »

« T’as pas d’tour de garde ce soir vu qu’tu l’as pris hier, mais j’veux qu’tu sois d’retour avant la fin du premier tiers d’la nuit. Clair ? J’veillerai à c’que tu sois là, et j’veux qu’après tu pionces. D’main on va avancer, et ça va être coton, y’a des nuages qui m’chiffonnent au loin. Un tiers de nuit, vu ? »

« Bien… Chef. »

Se débarrassant de la cotte de maille à proximité du camp, ne conservant au côté que la Lame Sombre, Therion se glissa à sa manière dans la nuit, silencieux, à l’affût, sur la piste d’un gibier dont il avait senti l’odeur tenace alors qu’il s’installait avec ses compagnons pour passer la nuit. La chasse l’amena à grimper sur les pentes de la montagne, alors que le chemin de la troupe se contentait de longer le dénivelé jusqu’à pouvoir obliquer vers Omyre. Bien que plus lourd que sa potentielle proie, le Liykor noir déployait des trésors d’équilibre pour passer de rochers en rochers, sautant parfois une crevasse dans laquelle un être au regard nocturne moins acéré que le sien aurait sans doute chu. Au bout d’une heure de marche, il parvint jusqu’à un versant bien exposé où avait poussé une herbe grasse sur une coulée de terre riche, dont il commença à s’approcher tout en veillant d’avoir bien le vent de face, pour ne pas se signaler aux formes allongées et endormies dans les rochers. Le prédateur moyen aurait sans doute peiné à atteindre ce havre qu’un bouquetin gagne sans peine de quelques bonds agiles ; être bipède, disposer de doigts puissants et de pouces opposables donnait à Therion un avantage certain par rapport à ce que la montagne compte de carnivore.

L’alerte fut quand même donnée assez tôt pour que les bouquetins filent dans la nuit tant bien que mal, par toutes les issues qui leur était connues. Le Liykor savait qu’il ne surprendrait jamais les bêtes endormies, et qu’il serait bien incapable de les courser dans leur milieu naturel, incapable qu’il était des performances des ces animaux agiles et précis, capables de traverser un chaos rocheux sans un instant vaciller. La panique, cependant, servait ses intérêts : il comptait sur un spécimen trop âgé, trop jeune, ou simplement trop malchanceux, qui en quittant le refuge avec trop de hâte se blesserait, se coincerait dans une aspérité du terrain, devenant ainsi une proie qu’il serait bien plus aisé de poursuivre.

Therion poussa un grognement de contentement en constatant que le Père était avec lui lorsqu’il entendit un cri de détresse s’élever à l’opposé du point où il avait fait irruption. Un animal appelait désespérément les siens à l’aide, dernier recours pour le condamné, ignorant qu’aucun des siens ne lui répondrait, ni même ne ferait mine d’amorcer un demi tour pour lui venir en aide. La Mort avait dispersé le troupeau, et malheur à ceux qui n’avaient pas bondit assez vite et assez loin. Le guerrier de la Compagnie du Serpent Noir trouva une femelle de belle taille, la pate coincée entre deux blocs de pierre : l’un deux avait dû vaciller lorsqu’elle s’était réceptionné dessus, la chute n’aurait pas porté à conséquence sans ce hasard malheureux qui la condamna. Ses bêlements se firent de plus en plus bruyants à mesure que l’ombre massive s’avançait vers elle, son rythme cardiaque accéléra et elle redoubla d’effort pour se dégager, s’appuyant sur ses trois pattes valides en tirant celle broyée par la pierre, s’infligeant une douleur qui irradiait dans son corps. Peu enclin à laisser souffrir ainsi un animal, Therion pressa le pas pour arriver plus vite à la hauteur de son repas, l’attrapa par les cornes, et d’une torsion répétée de nombreuses fois, lui brisa la nuque, abrégeant ses souffrances.

(Merci Père, pour cette proie… Veille, Mère, à ce que son troupeau soit fécond, et que nombre de petits naissent en son sein, pour que jamais Tes enfants ne manquent de gibier en ces lieux…)

Cette prière sommaire adressée à ses Dieux, Therion tira la Lame Sombre de son fourreau et d’un geste précis trancha la patte prise au piège, laissa un peu de viande aux charognards qui avait peut-être déjà perçu l’odeur de la mort planer, et la possibilité d’un festin ; bien maigre pitance que leur cédait le Liykor. Autrefois, s’il avait été certain de n’être pas dérangé par l’un de ses semblables, il aurait dévoré sa part de viande, et laissé le reste aux soins de créatures placées bien plus bas dans la chaîne alimentaire ; contraint de rentrer au camp avant la deuxième veille de la nuit, il lui fallait cette fois rejoindre la Compagnie du Serpent Noir, et manger là bas, aussi partagera-t-il les restes de viande avec les autres Liykors noirs de la troupe, à moins qu’eux aussi soient partis chasser. Ces derniers n’auraient que deux manière de prendre la chose : accepter les restes de Therion, et ainsi entériner leur soumission au mâle dominant de la troupe ; refuser et entrer dans une position de défi, qui déboucherait à terme sur un combat.

Le chemin du retour se déroula sans encombre ; deux lapins détalèrent dans leur terrier au passage du Liykor noir, un renard le suivait à la trace, pistant le sang qui gouttait de la patte tranchée de la femelle bouquetin, quelques silhouettes se déplacèrent dans son champ de vision, mais Therion ne représentait de menace pour aucune de ces bêtes. Il avait chassé de quoi remplir son estomac pour la soirée et le lendemain, et ne comptait pas ôter une nouvelle vie cette nuit là, à moins qu’il ne s’agisse d’un être assez téméraire pour venir lui disputer sa proie. L’hiver n’était pas encore là, et les prédateurs trouvaient de quoi se sustenter sans avoir besoin de prendre tant de risque ; après la tombée des premières neiges, la situation aurait été tout autre, et nul doute que la meute de loup qui rôdait non loin de là aurait reconsidéré la possibilité de venir s’en prendre à cette créature que tous ses membres percevait comme leur étant supérieure en bien des points.

Au camp de la Compagnie, le chef Vrugor veillait, et poussa un grognement satisfait en voyant revenir Therion, et surtout la Lame Sombre. Il avait regretté durant chaque minute d’avoir laissé le soldat aller à la chasse, se couvrant intérieurement d’injure pour tant de négligence ; heureusement que le Liykor avait remis sa cotte de maille avant de se présenter dans la faible lumière du feu de camp, sans quoi des remarques acerbes, ainsi que des promesses de punitions – très probablement tenues – une fois de retour à Omyre auraient fusé. Le Garzok se contenta de découper un morceau de cuisse à l’aide de son glaive, sans rien demander à Therion, et de le mettre à griller au-dessus du feu, piqué au bout d’une branche.

« On a beau dire, z’êtes quand même d’putain d’bon chasseurs toi et les autres chiens d’guerre… Avec vous, on a pas à s’faire d’souci pour l’approvisionn’ment. Et comme en plus z’êtes plutôt costauds, vous pouvez porter plus d’matos, plus d’rations qu’les aut’… Si vous étiez pas des putains d’animaux… »

« Nous ne serons jamais des Garzoks… Chef. »

« C’est bien qu’t’en sois conscient ! Aller, mange un bout et va pioncer. Y’a d’la route demain. »

(J’espère bien que nous ne serons jamais comme des Garzoks… Que nous resterons des « putain d’animaux », et que nous regagnerons un jour notre liberté…)

Retour vers Omyre : quatrième jour

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La faim chasse le loup du bois...


Dernière édition par Therion le Lun 21 Oct 2013 22:04, édité 1 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Omyre et Dahràm
MessagePosté: Lun 21 Oct 2013 00:01 
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Chapeau et manteau revêtus, Vectelion reprit sa place initiale, adossé à la paroi de sa prison mobile. Les yeux fermés il somnola un moment, lamentablement impuissant au bout du compte. Une heure sembla passer, peut-être une deuxième, et un nouveau problème s'invita naturellement:

-De l'eau... marmonna l'encapé, la tête entre les genoux. De l'eau! Scanda-t-il dans sa cage à l'adresse de ses escorteurs.

Les voix calmes s'estompèrent à l'extérieur, seul le claquement des sabots parvenait aux oreilles de Vectelion. Il discerna de l'agitation mais pas un seul mot, se relevant instinctivement. Son cortège s'arrêta brusquement, lui qui se voyait déjà souffrir des insultes et de l'ignorance des gardes à son appel...

(Est-ce bon signe?...) Se demanda-t-il en entendant le loquet de sa cage s'ouvrir.

La pleine lumière du jour lui fit cligner de l’œil, alors que se braquaient devant lui une demi-douzaine de lanciers, prêts à l'empaler.

-Whao... échappa le prisonnier.

Armure intégrale, casque à la visière grillée, bardiches aiguisée. Décidément Valtor jouait le jeu jusqu'au bout. L'attitude des soldats démontraient clairement qu'ils croyaient tenir le Daguiero parmi eux... mais non. Eux-même n'étaient pas au courant du subterfuge de leur capitaine, obéissant gentiment aux ordres. Des voix s'élevèrent hors champ de vision de Vectelion, achevant tous ses espoirs:

-Quatre auraient suffit...


L'un des lanciers avança son arme d'un air menaçant, le laissant comprendre qu'un seul geste serait puni de mort. L'homme porta la main à sa ceinture et s'empara de sa gourde, la balançant sur le plancher de la cage.

-Le voyage ne sera plus très long, s'éleva une voix alors que Vec' se jetait sur la fin de son supplice.

-J'en suis presque ému, lâcha l'encapé entre deux gorgées salvatrices.

Il allait terminer le contenu de la gourde d'une traite, résigné à l'idée de convaincre ses geôliers itinérants, lorsqu'un bruit de métal résonna. Tous les regards se braquèrent sur l'un des soldats, qui lui tenait le sien sur la flèche sortant de son armure:

-Ha! S'exclama-t-il joyeusement, indemne.

Il n'eut pas le loisir de profiter de sa chance plus longtemps, une véritable pluie de traits mortels fauchèrent la garnisons impuissante. Touchés de toute part, les hommes tombèrent comme des mouches devant le regard hébété de Vectelion. Il n'avait pas bougé d'un pouce, la gourde toujours à mi-chemin de sa bouche, les yeux rivés sur ses gardiens transformés en tapis de sol. Le bois de son carrosse craqua lorsque plusieurs pointes le perça, laissant transparaître de fins traits de lumière. Dehors, les hennissements des chevaux autant que le voix des survivants furent vite réduites au silence, un vent de mort souffla sur le cortège.
Tétanisé, Vectelion trouva le courage de porter le goulot à sa bouche, conscient qu'il rejoindrait Phaitos peut-être plus vite qu'il ne le pensait... il pourrait lui cracher toute sa haine au visage au moins.
Des bruits de pas feutrés, il y avait beaucoup d'agitation autours de la cage; mais pour l'instant Vectelion leva simplement les mains en signe de paix: les lanciers terrassées laissaient leur place à une dizaine d'hommes encapuchonnés, des rôdeurs peut-être. Leurs arcs bandés en sa direction, Vec' ne sortirait visiblement pas vivant de sa prison. Il interrogea du regard son potentiel peloton d'exécution, dégageant toute hostilité de son attitude:

-Je me rend.

L'un des archers détendit sa corde et s'approcha, enjambant la marche pour faire face à Vectelion qui ne recula pas, curieux. Il le dévisagea franchement, Vec' ne se priva pour faire de même avec plus de discrétion: la face partiellement cachée, il avait la tignasse brune, en queue de cheval, et des yeux particulièrement clairs. L'encapé repéra de suite le couteau à lame courbe qu'il portait à la cuisse. Avant que l'idée suicidaire de lui dérober n'intervienne, le rôdeur s'exclama d'un air agacé:

-C'est pas Daguiero...


Il fit volte-face, tournant le dos à Vectelion qui fut emprunt pendant une seconde à prendre l'homme en otage, mais la curiosité le poussa à écouter la suite. Ces hommes savaient qu'il n'était pas Daguiero, ils n'étaient pas là pour le tuer lui. Alors maintenant?

-Il échappe à l'armée, il échappe aux milices... fulmina le rôdeur.

-Tant mieux pour nous, rétorqua un autre en débandant son arc. Sa capture nous revient et nous le coincerons un jour.

-Même Darhàm ne met pas la main dessus, malgré la récompense complètement insensée qui est prévue. Daguiero fait danser le monde et il échappe constamment à son destin...

Faisant de nouveau face à Vectelion, il déclara simplement:

-Toi-même, tu ne connais pas Daguiero n'est-ce pas? Lança-t-il convaincu.

Emprunt de confiance, Vectelion se détendit, heureux de pouvoir communiquer enfin. il retira son chapeau:

-Malheureusement je ne suis qu'une pauvre illusion, approuva-t-il, je suis destiné à mourir à la place...

Il n'alla pas plus loin dans les présentations, foudroyé. Il sentit soudainement l'acier glacé, la dague de son interlocuteur lui ronger les entrailles. Ses yeux restaient hypnotisés par le regard du rôdeur, impassible.

(Quelle rapidité!)


-Vous êtes destiné à mourir, c'est tout. Conclut sobrement son assaillant.

La douleur tira un râle à l'encapé qui recula en trébuchant. Tout allait très vite dans sa tête, lui qui se croyait sauvé. Adossé mi-debout contre le bois de la cage, il releva les yeux, haletant:

-Vous recherchez ce Daguiero... je ne le connais pas, et vous me tuez? Articula-t-il sur le ton de la discussion.

-Il semble devoir en être ainsi, répondit le rôdeur en voyant sa cible s'affaisser.

-Alors... sauvez ma vie, acheva Vec' en s'asseyant, pressant sa plaie. Sauvez ma vie! S'énerva-t-il devant le regard étonné du rôdeur.

-Qu...

-L'homme qui m'a enfermé dans cette cage... et qui m'a promis à un funeste destin...

Vectelion se sentit partir, complètement engourdi. Assez conscient pour savoir qu'il tenait l'audience, il informa le rôdeur de sa bêtise:

-Il est le frère de Daguiero... il est capitaine de Darhàm.

Se permettant de tutoyer le rôdeur avant de s'évanouir il ajouta:

-Alors sauve-moi... pour avoir son nom.

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Dernière édition par Vectelion le Mar 28 Juin 2016 18:35, édité 2 fois.

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 Sujet du message: Re: Route entre Omyre et Dahràm
MessagePosté: Lun 21 Oct 2013 22:02 
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Retour vers Omyre : troisième jour

Un brouillard de mauvaise augure s’éternisait sur les pentes de la montagne, annonçant aux voyageurs l’arrivée proche des mauvais jours, l’automne et son concert d’intempéries, outre les précipitations orographiques, qui ne manqueraient pas de rendre plus difficiles qu’elles ne l’étaient déjà les trajets empruntant les versants nord de la chaîne. L’opacité grisâtre de l’air ralentit la marche de la colonne, qui ne tenait guère à ramasser l’un des siens au fond d’un précipice, bien qu’il soit plus probable qu’on l’y abandonne en cas d’accident, ayant ou non survécu à sa chute ; Dreamar fit marcher autour de la mule qu’il chevauchait quatre soldats, afin d’être à l’abri d’une telle mésaventure, préférant sacrifier un Garzok ou un membre d’une autre de ces races qu’il tenait comme inférieure que sa propre personne, dont il avait une très haut idée de la valeur.

Le prix accordé à la vie de Therion le dispensa de cette escorte aux finalités douteuses, mais pas de fermer la marche du fait de ses autres sens capables de se substituer à la vue pour déceler toute tentative de prise à revers de la troupe. Le chef Vrugor partait systématiquement du principe que les montagnes n’étaient pas sures, encore moins depuis la bataille du col de Luminion, et qu’il serait bien dans l’esprit des troupes de certains des Duchés des Montagnes de lancer quelques raids loin de leurs bases, en territoire sous domination ennemie, pour ramener des trophées à même de renforcer un peu plus le moral des populations avant les assauts de l’hiver qui ne manqueraient pas d’entraîner leur lot de maux et d’inquiétudes. Peut-être même les longues nuits de blizzard seraient-elles le théâtre de sanglantes expéditions punitives dans les villages trop isolés, la mort passant de chaumière en chaumière, le vent emportant avec lui les hurlements des habitants exécutés un à un, tandis que le sang des sentinelles égorgées gèlerait sur leur cottes de maille inutiles, au pied de leurs frêles palissades.

Un effluve animal tira Therion des souvenirs des conversations qui s’étaient tenues lors du dernier bivouac, où les Garzoks rivalisaient d’imagination pour tenter de mettre le doigt sur la teneur de leur prochaine mission. Il avait suivi d’un air distrait les différentes suppositions, plus pour essayer de comprendre ce dans quoi son appartenance à la Compagnie du Serpent noir risquait de l’embarquer par la suite que par intérêt pour le contenu des hypothèses ; sa véritable attention se portait bien plus sur la mastication lente du cuissot de bouquetin et sur les deux autres Liykors noirs qui avaient accepté, non sans hésitation, les morceaux qu’il avait daigné leur laisser. La scène du matin s’effaça complètement lorsque l’odeur se précisa. D’un cri il avertit son compagnon le plus proche, et quand il tourna la tête, lui fit signe qu’il revenait sur ses pas pour observer quelque chose ; Vrugor n’aurait sans doute pas apprécié la manœuvre, mais il était fort probable qu’il n’en sache jamais rien si tout se passait bien. Le brouillard voilait toujours le prédateur sur les traces de la Compagnie, mais à mesure que Therion se rapprochait de lui, les relents de chair nécrosée se faisaient plus insistant à sa truffe, allant jusqu’à dissimuler complètement l’odeur si caractéristique du loup.

Les deux carnivores finirent par se rejoindre. Ce que l’odorat indiquait, la vue le confirmait : la gangrène rongeait toute une patte arrière de l’animal, et gagnait lentement sur son flanc. C’était un mâle superbe, bien plus haut que la plupart de ses comparses, et bien plus puissant ; sous son pelage, sombre sur le dos, d’un gris plus clair sur le ventre, roulaient des muscles qui trahissaient le coureur endurant, la bête des montagnes, rompue aux dénivelés les plus abrupts. La place d’un tel seigneur était à la tête d’une meute, place chèrement défendue contre tous les prétendants à ce rôle, à mener la chasse, féconder les femelles, veiller sur les louveteaux. Mais une flèche en avait décidé autrement. Probablement rompu dans la fuite du chasseur, le fût ne dépassait pas de la chair, si bien que le loup n’avait pu retirer ce corps étranger en le saisissant entre ses crocs. La pointe, peut-être empoisonnée, avait accéléré le mal tout en empêchant la plaie de se refermer. Quelques jours avaient suffit pour diminuer cette force de la nature, et le contraindre à fuir les siens, sans quoi un mâle plus vigoureux l’aurait certainement occis. La guérison n’était pas venue, et toute fuite devenait inutile, les charognards n’allaient pas tarder à s’occuper de ce mort en sursis. Il ne lui restait que le choix de la manière dont mourir. Attendre son dernier souffle, tapi comme un rongeur craintif dans le creux d’un terrier abandonné, sous un buisson encore assez feuillu, trouvait chez le loup une résistance instinctive. En proie à une folie induite par le poison qui lentement corrompait son sang, il errait dans les montagnes, fuyant jusqu’au gibier, se laissant mourir de faim et d’épuisement. Les émanations de la troupe de soldats l’avaient éloigné du sentier, jusqu’à ce qu’il perçoive une présence différente, et fasse demi tour pour aller à sa rencontre.

Pour Therion, il ne faisait aucun doute que le Père avait organisé cette rencontre entre deux de ses enfants. Le bipède et le quadrupède se toisaient, chacun reconnaissant en l’autre une forme de lui-même que ne pouvaient abolir toutes les différences entre eux. Ce furent de longues secondes de communion, qui donnèrent au Liykor le temps de prendre la mesure de la situation de ce frère.

(Il était un chasseur, et maintenant… Il n’est plus rien… La dernière trace de sa force est devant moi… Bien des bêtes auraient déjà succombé avec autant de chair pourrie… Pas lui… Les enfants du Père sont forts… Et aucun d’entre eux ne mérite une telle mort, une mort par le poison, par des chasseurs incapables d’affronter une proie dans un duel lui laissant une chance… Des flèches… Ma chair a aussi été transpercée par une flèche de lâche !... Et j’aurais pu finir comme lui… Mais le Père en a décidé autrement… Le Père a fait se croiser nos chemins… Et le Père ne guide pas sans raison ses enfants…)

D’un geste lent et mesuré, Therion tira la Lame Sombre du fourreau en s’efforçant de ne pas effrayer le loup. Loin de fuir, de montrer les crocs ou de faire simplement preuve d’une défiance élémentaire, ce dernier se laissa tomber sur le dos et présenta son ventre, en signe de soumission, en poussant un long geignement. Les choses devinrent alors claires dans l’esprit du Liykor.

(Jamais il ne se serait ainsi soumis sans combattre… Voilà pourquoi le Père m’a mis sur sa route… Un enfant dont il peut être fier mérite une mort digne… Or le Père ne m’a-t-il pas permis de porter la Mort à mon côté ?... Frère, je t’offrirai ce que tu mérites…)

La Lame Sombre s’enfonça entre les côtes du loup sans que ce dernier d’esquisse le moindre mouvement, lui apportant la paix lorsqu’elle trouva le cœur, l’arrêtant et avec lui le lot de souffrances qu’entraînait cette enveloppe physique corrompue.

« Que le Père t’accueille sur les vastes territoires de chasse éternels. Puisses-tu courir à ses côtés à la poursuite des plus belles et puissantes proies… »

Ayant remisé son arme au fourreau, Therion, avant de rejoindre la troupe qui s’était peut-être déjà rendu compte de son absence, prit le temps de retirer les plus beaux crocs du loup, avec des craquements sinistres qui éveillaient chez lui ce qui s’approchait le plus de la pitié pour ce prédateur qu’il avait dû achever ainsi. Ces macabres trophées récoltés, il les glissa, encore sanglants, dans la bourse qui contenait sa maigre solde, jeta la carcasse en bas de la pente, où seuls les charognards pourraient l’atteindre, et entreprit de rejoindre ses comparses, soudain pris par le doute quant à l’effet que pouvait avoir le collier en pareille situation. Aux yeux de ses supérieurs, avait-il déserté ? Il l’ignorait, trop peu familier des raisonnements des Garzoks et de leurs affidés, à ses yeux d’une rare absurdité.

Un passage chez Galdrünk

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La faim chasse le loup du bois...


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 Sujet du message: Re: Route entre Omyre et Dahràm
MessagePosté: Lun 23 Juin 2014 10:59 
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Si la route est plus large que celle à travers les marais, elle n’en reste pas moins un simple chemin non pavé, tortueux et plein de trous. Le cauchemar pour un cheval, et pire encore pour une carriole. La direction est facile à prendre, mais le soir tombant, je me dois de me trouver un abri pour la nuit. J’ai aperçu, dans mon sac, des vivres en suffisance pour les repas de mon voyage, ainsi que le nécessaire pour faire du feu. Mais ni tente, ni couverture. Et Lune n’est pas là pour me prêter sa couverture de monte, pour une fois. Mon trajet de ce jour est terminé, alors que l’atmosphère s’assombrit petit à petit pour tomber dans la pénombre de la soirée. Mon but, maintenant, avec les quelques forces qui me restent, est de trouver l’endroit propice pour camper. Le temps est sec, par chance, et je n’aurai donc pas à trouver une grotte pour avoir un couvert.

Autour, la végétation n’est pas dense, ni totalement inexistante. Une plaine aux collines brisant le paysage, sans laisser de plat trop grand pour être vu de loin. Je finis par trouver un endroit propice à la nuit, et y dépose mon sac et mes affaires. Un gros rocher, haut comme une petite masure, dont un côté revient par-dessus le sol, comme pour offrir une protection naturelle contre les précipitations. Dos à la route, en plus, il permettra de cacher, tant bien que mal, ma présence à d’éventuels rôdeurs, même si je fais du feu. D’ailleurs, je me mets en hâte à la recherche de petit bois et d’herbes sèches pour démarrer un feu qui tiendra chaud pour la nuit.

À peine dix minutes plus tard, j’ai tout le bois nécessaire, et m’active pour l’allumer, sans grande difficulté. Ça fait longtemps qu’il n’a plus plu ici, et le bois est bien sec. La flambée prend facilement, et je m’en réjouis, puisque je vais pouvoir me débarrasser de toute l’humidité latente du marais dont je sors. Bottes trempées, froid transperçant la chair, le feu est le meilleur allié dans ce genre de situation, et je profite de ses bienfaits tout en grignotant un lambeau de viande séchée, dont le goût un peu faisandé me rappelle un peu le ragoût de ce matin. J’accompagne la viande d’un morceau de pain, arrosé d’un peau d’eau pour qu’il ne soit pas trop sec, et entreprends de goûter à la gourde d’alcool qui m’a été confiée. Déjà rien qu’en l’ouvrant, les vapeurs fortes et odorantes qui s’en dégagent me prennent à la gorge et au nez. C’est pas une boisson de fillette, c’est un fait ! De l’alcool garzok… Je pose mes lèvres sur le goulot, et laisse quelques gouttes glisser dans le fond de ma gorge, que j’ai aussitôt l’impression de sentir brûler.

« Rhaaaa ! »

J’agite ma main devant ma bouche, comme pour éteindre l’incendie qui s’y est déclaré.


« Purée, c’est fort ! »


Puis, en bouchonnant le récipient, je poursuis…

« Bon ben… ça servira toujours pour désinfecter mes plaies si je me fais mal. »

(Hé bien, voilà que je parle tout seul !)

(Non ! Tu n’es pas tout seul !)

(Oui… Mais toi, il n’est pas nécessaire que je parle, tu es tout le temps flanquée dans mes pensées !)

(Ce n’est pas une raison pour ne pas me parler !)


Je la sens boudeuse… Elle s’attend sans doute à des remerciements pour la manière qu’elle a eue de me sortir des griffes du dragon d’Oaxaca… Mais je ne suis pas encore prêt à aborder le sujet. C’est trop récent, trop vif encore dans mon esprit, malgré la journée complète de marche. Elle le sait, et se tait également sur le sujet, même si son humeur s’en fait ressentir… Quel caractère !

Après mon repas, je m’installe pour me reposer. Pas allongé, puisque le sol caillouteux n’est guère très confortable, mais je m’emmitoufle dans ma cape, vautré contre le rocher, profitant des dernières grandes flammes de mon feu qui, lorsque je dormirai, s’éteindra pour ne laisser que les braises me chauffer les pieds à travers mes bottes.

Et la nuit passe, alors que dans mon esprit, les images marquée de ces derniers jours pénibles et dangereux défilent en accéléré. La mort de Fléau, celle de Madoka, les monstres de l’île, Crean… Et dans mon sommeil, tout finit par se mêler en une soupe incompréhensible…

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 Sujet du message: Re: Route entre Omyre et Dahràm
MessagePosté: Lun 23 Juin 2014 19:13 
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À l’aube, je suis éveillé par un sacré remue-ménage. Des grognements, des borborygmes ineptes, des bruits de nombreux pas marchant militairement, d’un pas rapide et ajusté, mais sans la moindre coordination, ni souci de discrétion. Des bruits de maille, d’armes qui s’entrechoquent doucement au rythme de la marche, c’est bien une petite troupe armée qui voyage sur la route, en direction d’Omyre. Et donc certainement en provenance de Dahràm. Ou, par malchance, du même endroit que moi, le chantier naval de Mourakat. J’émerge aussi vite que possible, et me redresse sur mon séant, immobile. Mon feu est éteint, et n’émet plus la moindre fumée. Je ne suis pas en vue de la route… J’ai toutes mes chances de passer complètement inaperçu derrière ce gros rocher. Aussi, je reste sans bouger, les sens aux aguets, attendant que la troupe passe, tout en écoutant leurs commentaires bougons et rustres.

« Gurgh, la p’tite blanche là, avec ses pertes de connaissance, j’me la s’rais bien faite ! Mouargh argh argh. »

« Beuah t’as des goûts d’merde. À la broche, j’l’aurais bien bouffée, mais pas fourrée avec ton poireau ! »

Éclat de rire gras, primaire et guttural général. Sauf de l’intéressé au poireau, bien sûr. De mon côté, je crispe la mâchoire. Parlent-ils de Sinaëthin ? Peu probable, même si j’ai tendance à penser le contraire, juste pour me stresser un peu plus… Cependant, ils poursuivent.

« Moi c’est la garzok que j’aurais bien mis dans mon plumard. A son âge, elle devait y savoir faire ! »

« Ouais, elle t’aurait défoncé la tronche, elle était aussi bourrine et musclée que toi ! Ahah ! »

« Purin d’perte, n’empêche. Si c’t’elfe à la noix l’avait pas plantée là… »

Mon teint argenté se para d’une teinte plus pâle. Ils parlent bien du petit groupe que nous formions, la veille, près du chantier naval. De Sinaëthin, et de la voleuse orque. Et… de moi. Je sers les poings, vexé de ces interventions grossières et déplacées, alors que la petite colonne continue d’avancer, et passe de l’autre côté du rocher où je me suis dissimulé. Je les crois passés, et m’apprête à bouger, lorsque tout d’un coup, un éclat de voix retentit.

« Oh, stop ! J’dois pisser, et on ira pas plus loin tant qu’l’aurai pas fait, bande de porcs sur pattes. Profitez-en pour boire un coup, tas d’ordure, parce qu’après c’est direction Omyre, et au pas d’course ! »

Je soupire de lassitude. Comble de la malchance, ma crispation devra encore durer un peu. Et… pas qu’un peu, en vérité, puisque l’orque qui a parlé entreprend de contourner une partie du rocher pour satisfaire son besoin urinaire. Il arrive droit dans mon champ de vision, desserrant grossièrement sa ceinture pour sortir son membre vert. Et là, je me rends compte : s’il est dans mon champ de vision, je suis potentiellement dans le sien. Je décide de ne pas bouger d’un poil, histoire d’avoir une chance de passer inaperçu. Il commence son œuvre en arrosant d’un liquide dont la puanteur me répugne aussitôt, la roche en question.

(Purée, qu’est-ce qu’il fout là ? Il ne pouvait pas pisser devant ses hommes ?)

(Les orques sont parfois délicats… Et prudes.)

Un garzok pudique. Voilà bien ma veine. Et gradé apparemment, au vu des décorations en os sur ses épaulières de cuir, reposant sur une chemise de mailles recouverte d’enduis noir, qu’il a retroussée pour ne pas la rouiller de ses déjections liquides et nauséabondes. Puis, je le vois regarder dans ma direction. Nos regards se croisent, et… il ne semble pas réagir de suite, continuant le parcours monotone de ses yeux vers son arrosoir personnel. Puis, dans sa tête, ça fait tilt. Il saisit ce qu’il vient de voir, et se retourne vers moi avec tant de brusquerie qu’il s’en fout partout.

« Merde ! Qu’est-ce que… putain mes braies ! »

Il lâche son engin et empoigne son arme, une grosse hache qui pend à sa ceinture. Il beugle un coup, à l’attention de sa troupe…

« À moi, bande de chiens galeux ! »

Puis, sans transition, alors que des exclamations de surprise abrutie naissent dans ses troupes, et qu’elles se mettent en broue pour venir voir ce qui se passe, il poursuit à mon attention.

« Qu’est-ce tu fous là ? Qui t’es ? Parle ! »

Je n’ai le temps de répondre qu’une dizaine de garzoks, armurés plus ou moins pareil que leur chef, les décorations d’os en moins, et avec l’une ou l’autre modification donnant à leur aspect général quelque chose de dépareillé, débarque. L’un d’eux s’exclame.

« Foutre ! C’est l’gris qu’a buté ta grognasse, Grük ! »

Le susnommé me reluque plus attentivement, et répond, ahuri.

« Purin mais ouais, c’est lui. Oh j’vais l’trouer, c’cornard ! »

Le premier l’interrompt, alors qu’il dégaine une lame semblable à celle qu’avait prise ma métamorphe dans les mains de l’orquesse.

« Hey mais il a pas prêté serment, c’pas l’dragon qui doit l’buter ? »

Et au chef, de trancher…

« Boah, mort pour mort, on va lui mâcher le travail, à l’écailleux ! À l’attaque, vermines ! »

Et aussitôt, avant même que j’ai pu penser les convaincre de m’épargner, de discuter avec eux de la désobéissance de leur attitude par rapport aux ordres directs d’Oaxaca, ou du danger de m’attaquer aussi directement, moi qui suis sorti indemne de l’île d’entraînement, ils partent à l’assaut de ma personne, beuglant et vociférant comme des bœufs en pleine charge, toutes armes dehors.

À un contre dix, j’ai plutôt intérêt à faire attention à ma tronche, si je veux survivre.

(Mais non, mais non… Tu sous-estime ta propre puissance, mon Cromax.)

D’un bond leste, je me relève de ma position, et dans le même mouvement, avec une rapidité foudroyante, je dégaine mes deux armes. Ma rapière se porte en position de garde, pointée loin en avant, au bout de mon bras tendu, pour les tenir à distance, et mon autre arme se change en hache au large tranchant, prêt à les faucher s’ils s’approchent trop.

Et évidemment, avec une charge aussi brutale qu’irréfléchie, ça ne manque pas d’arriver. Le premier à m’arriver dessus, l’amoureux transi, poussé par les siens, s’empale la gorge sur ma rapière, sans même ralentir. D’un coup de hache puissant, je lui brise les deux genoux, et il s’effondre par terre, en pleine trajectoire de ses pairs, qui trébuchent sur le corps alors que j’en ôte ma lame. L’un d’eux, tellement pressé qu’il n’a même pas vu son frère d’armes tomber, se prend tellement les jambes dans le corps qu’il lui retourne un bras et lui écrase la tête avant de choir lamentablement, comme un vieux sac de bouses, sur le sol.

Mais il est le seul à tomber, et bientôt, les autres, ayant simplement trébuché sur leur ami mort, me cernent de toutes part. Acculé à ce rocher, les neuf orques debout me menacent d’un air mauvais, gloussant dans leur jabot immonde. D’un regard analyste, je perçois le plus hargneux de la bande, qui est aussi le premier à lancer une attaque… ma porte de sortie de cette encombrante situation. Je dévie son coup de hache avec ma rapière, et le bouscule du manche de ma hache avec un coup dans les côtes qui le plie en deux. Profitant de l’ouverture, je me jette sur lui et roule sur son dos pour me retrouver hors de ce piège fermé sur moi, lui assénant un coup de pied royal dans le derrière, qui ne manque pas de l’envoyer bouler sur l’orque d’en face, qui a tenté de m’attaquer dans le dos en me voyant faire. Il ne faut que de peu qu’il tue son confrère déséquilibré. Par chance pour lui, il retient son coup au dernier moment, lui butant à peine l’épaule de son gros gourdin. Et la horde se tourne à nouveau vers moi comme un seul homme. Mais à sept, cette fois, puisque le premier chu n’a pas fini de se relever, que le mort reste mort, et que le maladroit du gourdin se prend une droite de son pote hargneux.

Et les sept êtres verts qui me regardent, à la lueur de l’aube, avec leurs yeux porcins luisant d’une lueur jaunâtre avide de ma vie, je les défie du regard sans ciller, analysant le moindre de leur mouvement. Mais cette fois, c’est moi qui charge dans le tas, changeant pour l’occasion ma hache en lance au fer solide et épais, quoique pointu et acéré. Et ainsi armé, je charge sur eux quasiment aussi violemment qu’ils l’ont fait sur moi… Mais avec plus de maîtrise de moi. Surpris de cette attitude offensive de ma part – à un contre onze, ça a de quoi déconcerter, même pour un orque – ils réagissent avec un quart de seconde trop tard, et alors que les deux du milieu de leur ligne de front s’écartent en bousculant leur voisin pour échapper à mon coup, c’est celui de derrière qui ne voit rien venir, et qui se fait transpercer le poitrail par mon fer de lance, alors que je passe carrément au milieu de leur groupe pour ressortir de l’autre côté, lance changée en dague histoire qu’elle ne reste pas plantée dans le corps de l’orque qui s’effondre, mort.

(Et de deux !)

Compte efficace de Lysis, qui s’amuse à me voir combattre ainsi sans sembler craindre le moins du monde pour ma personne. Pour ma part, je souffle un bon coup, sentant la chaleur du combat commencer à me faire suer dans mon armure. À peine sorti de leur formation, et toujours emporté par mon élan, je vois sur ma trajectoire le premier tombé qui se relève difficilement. J’arrête ma course en lui envoyant un monumental coup de pied dans la tronche… Et il tombe derechef sur ses fesses, l’air ahuri. Je profite de sa confusion pour lui passer derrière, et me tourner à nouveau vers mes ennemis, à peine en train de se retourner.

Par contre, je me retrouve bien malgré moi entre deux feux, puisque le duo belliqueux ayant arrangé leur différent par une beigne chacun dans l’œil de l’autre, se tournent vers moi, me prenant en tenaille par rapport au peloton d’attardés. Deux d’un côté, six de l’autre… le choix est vite fait. Je me tourne vers le duo, qui tente en un geste uni – sans doute ne l’ont-ils jamais tant été – de me trancher en deux, et de me cogner dur, de sa lame et de son gourdin. De retour à la hache, pour ma part, je pare leur combo mal placé du manche, alors que ma rapière vient percer l’œil de l’un, qui lâche son arme, pendant que je fais un pivot sur moi-même, sortant ma lame de son globe pour faire un coup horizontal, de tranche, droit sur la gorge du second, qui se retrouve avec une belle plaie en travers du coup, dont une giclée sombre de sang poisseux s’écoule avec passion. Dans leur dos, je m’empare de ma rapière, et je fais de mon autre arme sa jumelle, et je les transperce sans pitié par derrière, remontant de bas en haut le long de leur colonne vertébrale, pour arracher leur vie déjà si amochée… Ils meurent, et je suis de nouveau face au groupe, deux corps entre eux et moi.

(Et deux de plus, ça fait quatre.)

Deux corps, et un étourdi qui tente, encore une fois, de se relever. Je profite de son encombrement sur le terrain de combat pour… tourner le dos à mes agresseurs et courir vers la route, derrière l’énorme roc. Ils réagissent correctement, cette fois, car j’entends leur capitaine crier ses ordres :

« Vous, contournez par-là. Les autres, avec moi ! Toi et toi, restez là. Faut le retrouver ! »

Pris de vitesse, j’ai atteint l’autre côté du rocher, mais me retrouve du coup bien dépourvu, puisqu’ils vont m’arriver dessus par tous les côtés. Grimaçant, je m’apprête à nouveau à me faire encercler, quand je me rends compte que ce versant-ci de la pierre semble bien plus approprié que l’autre, incurvé, à l’escalade. Sans hésiter une seconde de plus, je m’élance à l’assaut de mon abri nocturne, et y grimpe habilement, en deux temps, trois mouvements. Pile au bon moment, puisqu’ils arrivent face à face, au pied de ce que je viens d’escalader. Abrutis, ils se reluquent une seconde, avant que leur chef ne s’exclame :

« Mais merde, il est passé où ?! »

Taquin, mais surtout parce que j’ai une bonne position et qu’ils sont moins forts que je ne l’ai initialement pensé, je leur lance à la cantonade :

« Vous me cherchez ? Levez un peu les yeux ! »

Et comme d’un homme, ils tournent tous leurs mirettes vers moi, certains plus réactifs que d’autres. Et je m’aperçois là que ma bravade s’avère plus dangereuse que prévu, lorsque l’un d’eux dégaine un arc de bois et y encoche avec rapidité une flèche aussi épaisse que mon pouce.

(Oups…)

Pas le temps de réfléchir, je me retourne et saute vers mon campement provisoire, où deux garzoks m’attendent… Plus le tombeur relevé, qui, manque de chance, se ramasse ma chute en plein sur la tête. Nous tombons tous deux de concert, et je le remercie mentalement de l’amortissage de ma chute, qui lui a sans doute tassé quelques vertèbres. Plus agile, je me relève d’un bond, sans même prendre appui sur mes mains, toujours en train de tenir mes lames. Et je constate une douleur à l’arrière de mon épaule… La flèche est coincée dans les spalières de ma cotte. Sans les avoir percées, elle n’en a pas moins défoncé la première couche de métal, et je m’en tirerai avec un beau bleu. Ce qui sur ma peau grise, sera du meilleur effet. Mais trêve de digression esthétique, le combat fait rage, et les deux guerriers restés là pour me réceptionner œuvre à leur tâche, pendant que de l’autre côté du rocher, j’entends le branle-bas de combat des autres qui se ruent à travers tout pour m’atteindre.

(Ils vont finir pas s’essouffler, à courir comme ça.)

(Ouais… et moi aussi si ça continue.)

Le combat est rude. Pas spécialement dans sa difficulté technique, mais seul contre onze garzoks, il faut de l’endurance (comme me l’a une fois dit Pulinn, au Temple des Plaisirs. Mais en parler ici relèverait d’une nouvelle digression tout à fait malvenue). Ainsi, alors que je me mets à penser, pire chose qu’il soit pour un combattant en pleine action, je me prends un coup de marteau de guerre dans l’estomac, qui me plie en deux alors que le deuxième orque m’envoie au sol d’un coup de coude dans le dos. Je tombe à plat ventre, à la merci de son Kikoup dégueulasse, qu’il abat avec force… Droit dans le sol. Car heureusement, j’ai eu le bon sens de rouler sur moi-même dans la poussière, ce qui outre m’avoir redécoré en version commando terrestre, me sauve la mise, pour le coup. Plein de débris, je tousse la terre ainsi avalée, et me redresse tant bien que mal. Tous mes adversaires sont de nouveau là, et je suis à nouveau contre le rocher, à leur merci. Tout comme au tout début du combat.

(Bon… on ne va pas s’en sortir si je reviens toujours ici.)

(Oh ça va, il sont quatre en moins, tout de même.)

Ce qui en fait tout de même six face à moi, si l’on excepte le tassé des vertèbres qui relance sa parade coutumière en tentant de se relever, pestant et grommelant de plus belle. Et à six, je peux me prendre quelques coups avant d’en venir à bout. Il est temps de réfléchir à une stratégie plus construite, plus offensivement désignée pour les découper en rondelles sans trop me faire amocher la tronche. Je repense, un instant, à Daïo qui a tenté de faire trembler le sol de son arme, en vain, en présence d’Oaxaca, et me dis qu’une telle capacité pourrait bien m’être utile, à présent… Mais je ne m’en sens pas la force, et… j’avoue mal voir comment ça peut se concevoir. Lysis me fait alors parvenir une idée, sous la forme d‘une image mentale me représentant en mouvement, dans un décor vide de tout. Je me vois faire des mouvements dans les airs, armé de mes deux lames, tournoyant sur moi-même tout en assénant des coups dans le vide, à intervalles régulier, mais avec une rapidité certaine, qui semble tellement naturel dans le mouvement général de mon corps que le tout ressemble à une danse agile et complexe à appliquer.


(Tu crois que ça peut marcher ?)

(Qui ne tente rien n’a rien…)

En face de moi, les garzoks s’esclaffent en me voyant ainsi apparemment démuni face à leur nombre, piégé au pied du mur, fait comme un rat… Mais je n’en ai cure, et n’y prête même pas attention. Mes yeux vont de l’un à l’autre, alors que je jauge leur position, et les gestes qu’il me faudra effectuer pour réaliser cette danse assassine de manière la plus efficace possible. Je sens mes forces se galvaniser dans mes membres, alors que ma métamorphe se change en épée longue et légèrement courbée, pour une meilleure pénétration des chairs sans y rester coincée. Je me vois, tournoyant et sautant, au milieu de leur groupe, et… cela me semble satisfaisant. Ainsi, avant qu’ils aient le temps de prendre l’initiative de me harceler de nombreux coups, je me jette une nouvelle fois dans leurs rangs, mais sans les traverser cette fois. Je saute, les deux lames au clair, et entame cette chorégraphie macabre, cette danse des lames.

Vue de l’intérieur, elle semble moins impressionnante, mais plus condensée, plus brouillon que son résultat extérieur. Ainsi, autour de moi, je ne vois que le sang qui gicle, l’éclat des lames que j’évite tout en tournant sur moi-même, tranchant une gorge par-ci, pointant un estoc en plein cœur par-là, découpant un bras avant de pivoter pour arracher une jambe et planter en un dernier coup létal ma rapière en travers du ventre d’un garzok, qui s’effondre avec mon arme dans le bide.

Autour de moi, c’est le carnage. La poussière sur mes habits est colorée du sang de mes ennemis. Il n’y a plus que des cadavres, l’un étêté, l’autre se déversant de son fluide vital par la gorge, un troisième animé de quelques derniers soubresauts, au rythme des giclures de sang qui s’expulsent d’une plaie toute petite, mais droite au cœur. Seul le chef reste debout. Il s’est écarté du combat, et je ne l’ai pas touché dans ma danse des sabres. Cinq sont morts de celle-ci, sans m’avoir octroyé la moindre blessure.

(J’ai perdu le compte, démerde toi !)

Cinq morts… L’efficacité de ce coup est redoutable. Mais maintenant, je n’ai plus qu’une arme, et mon ennemi me fait face, armé de sa grosse lame orque dentelée. Je me pare ainsi d’une simple épée batarde, et me positionne en posture de duel, bien plus confortable et défensive que le brouillon d’un combat de masse. Bien plus précise, aussi. Mais un bruit me déconcentre, et j’aperçois, à quelques mètres, l’orque tombé aux vertèbres tassées qui se fait la malle en courant comme un dératé.

(Chiotte !)

Je ne peux pas le laisser filer. Il ne doit pas rapporter mon massacre ici aux autorités d’Omyre. Pas avant que j’y sois entré, en tout cas. Je n’ai aucune envie qu’ils redoublent les gardes et les patrouilles. Aussi je change aussitôt mon arme bleue en une javeline fine et pointue, que je lance avec précision, droit dans le dos du fuyard, qui s’effondre une nouvelle fois au sol, mais pour de bon, cette fois.

Et… comme un con, je me retrouve désarmé face au chef de la bande, dernier survivant, qui ricane en me voyant ainsi sans plus rien pour le menacer. Me voilà bien embêté, et je ne vois qu’une occasion de ne pas me faire rouer de coups : la fuite. Je me retourne vivement, alors qu’il frappe en taille, et démarre au quart de tour alors que le plat de son arme me frappe le bassin. Déséquilibré, je manque de me planter comme une tulipe, et rattrape ma course au dernier moment, entendant derrière moi mon ennemi me courser en respirant comme une locomotive. Même si j’ignore complètement ce que ça peut être. Bruyant, sans doute, et régulier.

Courant ainsi pour ma sauvegarde, un plan me vient à l’esprit, et je fonce droit vers le roc, témoin fixe de ce combat absurde, seul décor réel à notre affrontement. Comme un abruti, l’orque me poursuit… Et lorsque j’arrive face à la pierre, au dernier moment, je lance un pied dessus, puis un autre, et je marche ainsi à la verticale, emporté par mon élan, sur deux bons mètres… Avant de me laisser tomber en arrière, dans un salto qui me fait retomber droit, sur mes pattes, derrière mon poursuivant, qui doit certainement se demander où je suis passé, dans sa caboche vide. Je ne perds pas de temps, et n’attends pas qu’il se retourne pour plaquer ma main contre l’arrière de sa tête, et venir violemment écraser son visage sur la pierre que j’ai foulée. Je m’écarte, et il se retourne vers moi, l’air rageur, la gueule en sang, le nez pété et l’arcade ouverte. Il n’a vraiment pas l’air content, et ne ricane plus du tout. Le sang lui coule dans les yeux, mais ce n’est apparemment pas ce qui va l’empêcher de me trancher en deux. Il balaie l’air devant lui de son arme, et je ne dois qu’à un réflexe ultime de survie ma vie, alors que e bondis en arrière.

Me vient alors une révélation. Une vision. Depuis le début du combat, il n’a toujours pas remballé ses parties intimes, qui balancent toujours hors de ses braies, entre ses deux jambes maladroitement positionnées du fait de son aveuglement partiel. Opportuniste, je profite de ce détail sensiblement à mon avantage pour décocher un coup de pied monumentale dans sa paire de valseuses… qui valsent bien, d’ailleurs, alors qu’un gémissement suraigu, et tellement étrange venant d’une telle bête, sort de sa gueule pleine de dents pointues. Il en lâche son arme, le bougre… Je ne demande pas mon reste, et m’en saisis avant de lui trancher le chef d’un coup rapide, mais puissant.

L’objet de ma visée tombe au sol, et roule à mes pieds, alors qu’il choit lui-même par terre, à genoux, son corps restant dressé, appuyé en arrière sur ses pieds, avant de s’effondrer sur le côté, mort.

(Et de onze !)

(Ah ben, tu as le compte finalement ?)

(Voui… Mais puisque tu les as tous tués, mon boucher adoré, c’était plutôt facile.)

Boucher… Il est vrai que j’ai été sans pitié, et que leurs morceaux découpés font de cet endroit un lieu bien moins hospitalier pour dormir la nuit. N’ayant aucune envie d’attirer les prédateurs de cette région de Nirtim, je me dépêche de ramasser mes affaires et de m’en aller vers le chemin pour commencer ma journée de marche. Le petit déjeuner attendra… Je dois avouer qu’avec tout ça, je n’ai plus très faim.

[HJ : apprentissage de la compétence de classe "Danse des sabres"]

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 Sujet du message: Re: Route entre Omyre et Dahràm
MessagePosté: Mar 24 Juin 2014 01:15 
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Sitôt éloigné du lieu du combat, mes pensées se remettent en place petit à petit. S’ils ont pu me reconnaître en ne m’ayant vu qu’une fois, c’est que ma réputation m’oblige désormais à jouer la carte de la prudence, en territoire hostile. Nul ne sait ici ma probable future affiliation à Oaxaca, et nul n’a envie de voir le terrible Cromax, massacreur de troupes d’Oaxaca, se promener sur son sentier de garde. Il va donc falloir me trouver un déguisement irréprochable pour poursuivre mon voyage… Et entrer finalement dans Omyre incognito. Aussi, je reviens sur mes pas pour retrouver mes cadavres tout frais. Dans le tas, j’en cherche un qui n’est pas trop recouvert de sang, et aux pièces d’équipement encore intactes, et lui subtilise quelques détails d’apparat qui sauront tromper leur homme.

Ces barbares, hélas, n’ont guère d’habits couvrant que des parties de peaux de bête leur servant de cape ou de doublure à leur armure. Je décide toutefois de déchausser un garzok pour lui enlever ses braies, large et poisseuses, elles aussi doublées de fourrure, et de les enfiler. Un bon coup de ceinture, et elles tiendront malgré leur grande taille à ma taille fine. Une cape de fourrure pour remplacer, temporairement, la mienne, que je range dans mon tout nouveau sac, et un casque grossier en fer cabossé pour poser sur mon crâne, par-dessus mon diadème. L’illusion sera parfaite ! Ma maille, bien que fort claire pour appartenir à un garzok, a la capacité de changer d’apparence, ce que je ferai le temps voulu.

Et cerise sur le gâteau, moi aussi je change mon apparence, pour prendre celle d’une de mes victimes, approximativement. Et en quelques secondes, me voilà dans la peau d’un orque, avec de grosses paluches vertes griffues, des dents qui m’encombrent la bouche, et des muscles disproportionnés. Sans parler de ma coupe de cheveux, puisque de chevelu, je passe à une calvitie totale de mon crâne lisse et vert… Vert comme tout le reste de ma peau.

(Beuark, c’est d’un goût…)

(Tu es ravissant ! Selon leur sens de l’esthétique, bien sûr.)

Balafré de partout, à moitié borgne et à la musculature disproportionnée, je doute de ses paroles, même si c’est un fait : je n’ai jamais compris ce peuple. En tout cas, chose est sûre : personne ne me reconnaitra ainsi dissimulé sous l’apparence de cet être hideux. Et baignant ainsi dans un nouveau corps, dans lequel je me sens pour l’instant un peu pataud, je reprends la route…

Plus tard dans la matinée, je croise un ruisseau, dans lequel je me désaltère avant de m’y laver, peau et équipements, qui étaient encore tâchés d’agglomérats de poussière et de sang mêlés. Pas vraiment présentable. Je profite de la pause pour remplir ma gourde d’eau, et me restaurer de quelques tranches de viande sèche. Il ne m’en reste plus des masses, mais Omyre n’est plus bien loin, alors je peux me permettre quelques largesses pour mon confort personnel. Et la journée passe ainsi, sans que rien de fâcheux ne m’arrive plus.

(Hé, oh, une fois ça suffit !)

Le soir tombé, je sais que j’approche de la cité Noire de Nirtim. Le ciel s’est assombri depuis plusieurs heures, et pas qu’à cause de la nuit tombante. La roche, aussi. Tout semble plus ténébreux, ici. À l’horizon, encore lointaine, mais visible déjà, la Tour Noire d’Oaxaca se dresse, terrible. Seule vision que j’ai de la capitale de son empire.

Ne trouvant guère mieux qu’un petit bosquet dense pour abriter ma nuit, je décide de ne pas allumer de feu ce soir, et je profite de ma cape de fourrure pour me tenir au chaud, alors que la fatigue du combat de ce matin et de la journée de marche finit par m’assommer de sommeil…

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