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Plusieurs jours de marche séparaient encore le trio de son arrivée. Libéré du mal de l’amulette, mais pas pour autant remis de ses cauchemars virulents, Gorog ne faisait plus d’esclandre. Plus trop, en tout cas, il restait tout de même lui-même, même si durement éprouvé par ses récentes expériences avec la magie de ces foutues paires d’ailes animées de parole. Un soir, il reprit tout de même l’amulette en mains et la toisa longuement, sur sa paume, la regardant sous toutes les coutures pour essayer de comprendre d’où lui venait ce pouvoir. Qui sait s’il n’avait pas loupé un indice, en la reluquant autrefois, ou en la laissant bêtement dans une poche de ses habits. Qu’il ait ou non trouvé quoique ce soit de pertinent, il ne la garda pas sur lui, la remettant dans son sac, loin de toute influence magique sur la qualité de son sommeil. Il en avait suffisamment souffert.
Les jours se faisaient de plus en plus brumeux. Le petit lutin qui les accompagnait Crassus et lui indiqua qu’il s’agissait du brouillard provenant du Lac de Nostyla, plus guère très loin. Je n’étais pas très fort en géographie, pour le coup, et n’avais jamais entendu parler de ce maudit lac. Des forêts, des étendues d’eau… Rien de pire, pour un nain qui se respecte. Les montagnes lui manquaient, et cette pioche qu’il trimballait partout ne lui était décidément pas d’une grande utilité.
Puis, un moment, un remue-ménage fit place au calme posé de leur avancée, dont Gorog ne saisit pas l’origine tout de suite, pensant que Crassus avait encore trouvé un moyen de râler tout seul parce qu’il avait un caillou dans sa botte. Mais non, c’était un peu plus ennuyant que ça : ils étaient désormais entourés d’un groupe d’une dizaine d’aldrydes, qui étaient sortie de nulle part, tombant du ciel à l’aide de leurs ailes colorées de bleu. Vêtus d’armures de cuir et de tissu grisâtre tout à fait inélégant, il y avait parmi ces bestioles nuisibles autant de mâles que de femmes, encore que Gorog eut du mal à les distinguer, puisqu’aucun n’arborait de vraie pilosité, et qu’ils étaient tous maigres comme des baguettes. Alors que celui qui était sans doute leur chef, un freluquet blond à la mine pâle et effilée comme un couteau s’avança vers eux à l’aide de ses ailes intégralement teintes en noir, il soupira avec subversion.
« Pfffff. Encore des soucis. »
Il commençait à en avoir marre d’être toujours fourré au milieu des problèmes, depuis son départ de Mertar. Il commençait à regretter sa vie d’alors, au quotidien répétitif à souhait, à taper sur des cailloux pour en libérer les veines de métal ou les pierres précieuses. L’insecte blond prit la parole d’un ton affable qui tranchait nettement avec le contenu de ses paroles qui… visait tout bonnement à les dévaliser de leurs habits et de leurs sous. La moutarde monta tout de go au nez du nain. Lui enlever ses sous, à lui !? C’était une hérésie. Son cuir, encore, il l’avait reçu de la milice de Kendra Kâr, et n’était pas de la plus grande qualité. Et puis, ça ne le dérangeait pas tant de se balader cul-nu : même le roi kendran en avait fait les frais. Mais sa bourse ! Pas touche !! Il jeta un regard noir au lutin apeuré qui s’exécuta sans fierté, pendant que Crassus le – pour une fois – brave et censé portait la main à son épée pour en découdre, les traitant de ce qu’ils semblaient être : des bandits de grand chemin. Bon, après il les menaça de son grade, comme si ça pouvait leur faire quelque chose, aux bestioles. Il devrait, à l’occasion, lui donner quelques cours de vocabulaire : celui du gradé milicien semblait un peu restreint.
Le mini-chef garda le calme, et toisa le sergent d’un sourire provocateur. Il se présenta comme Johran de l’aile noire de l’union du phénix. Un titre bien pompeux comme il fallait, qui excéda encore plus Gorog : il ne supportait pas les grades ronflants de la sorte. Ça lui faisait penser à des elfes. Et les elfes, il n’aimait pas ça. Ce qui acheva de clouer l’aldryde au mur des insupportables, et finit d’énerver le rouquin barbu, ce fut cette sentence cent fois entendue : Kendra Kâr n’avait aucune autorité ici. Il explosa :
« Par les cuisses de Meno, ça suffit avec cet argument insensé ! On est en plein cœur du Royaume de Kendra Kâr, et qui que vous soyez sur ces terres, vous devez allégeance à leur roi, même si c’est une fiotte finie. Bon sang, vous feriez moins vos intéressants s’il ramenait son armée pour la ravager, votre saleté de forêt, et brûler de ce foutu feu sacré vos chaumières minuscules ! »
Il était rouge comme une tomate. Et il n’aimait guère ça, les tomates.
« Des rebelles, hein ? En fait, vous ne valez guère mieux que ces saletés d’illuminées fanatiques qui veulent foutre le feu à tout et n’importe quoi, et surtout à ce qui ne sait pas se défendre contre elles. C’est de naissance, que les aldrydes sont aussi pétées de la cervelle, ou c’est juste qu’il n’y a pas assez de place dans vos petites têtes de mouches ? »
Loin de sortir son arme de son fourreau, car il était encoléré au-delà de toute envie de se bagarrer, il pointa du doigt le chef de cette escouade à la con.
« Alors le Rat-Jaune de l’aile unie du phénix noir ou je ne sais quoi et je m’en fous, vous allez fissa ravaler votre putain de fierté mal placée, ranger vos armes et un peu écouter ce qu’on a à vous dire. »
À cours de respiration, il s’autorisa un moment avant de reprendre, moins excédé.
« On est là pour vous aider, bande de buses, contre les pétasses de religieuses arriérées qui foutent la merde partout depuis qu’elles ont vu ces foutues loupiottes colorées dans le ciel. On sait pas encore ce qui leur est monté à la tête, mais apparemment vous êtes pas tous autant atteints qu’elles, et vous devriez être reconnaissants envers Kenkra Kâr de se soucier de vos problèmes plutôt que de vous laisser vous entre-déchirer avant de venir écraser tout ce qui reste à l’aide d’une tapette à mouche. Ce que je leur conseillerais sans doute de faire, désormais, vu ce que vous êtes bordel d’insupportables. »
Il inspira et souffla lourdement.
« Alors bouclez-là et menez-nous à votre chef, le… premier de l’armée rebelle, si vous préférez. Apparemment, ses sous-fifres sont aussi crétins que vos ennemis. On a des informations à lui donner sur ces saletés pernicieuses que vous affrontez, et de l’aide à proposer, s’il se montre moins stupidement con que vous. »
Ah non, décidément, il n’avait pas apprécié qu’on tente de s’emparer du contenu de sa bourse. Définitivement pas.
[1149 mots. Utilisation de la capa de classe de l'enchanteur (que tu peux valider du coup) sur l'amulette.]
_________________ Gorog, nain.
Le nez, c'est l'idiot du visage.
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